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Discours sur l’agent magnétique
Denis Jules Du Potet de Sennevoy

La nature et le médecin

Vous qui voulez faire de grandes choses et apprendre l’art de magnétiser, soyez comme cet enfant, simple d’esprit, sans prétention ; obéissez seulement aux impulsions mystérieuses qui sembleront venir d’autre part que de vous-même. Placé près d’un malade épuisé par la souffrance et dont les forces médicatrices ont été anéanties par les remèdes, étendez vos mains doucement, tranquillement, avec la sérénité qui accompagne toujours le désir de faire le bien ; considérez-vous comme un instrument divin dont les ressorts sont mus par l’âme. Cette harmonie nécessaire détermine la puissance magnétique à sortir de ses voies ordinaires, et à se porter là où votre entendement l’appelle, où vos mains veulent la diriger.

Ne croyez point faire mieux en cet instant si, vous exaltant comme certains magnétistes, vous vous imaginez que le bouleversement de vos traits, le tumulte de vos passions, l’énergie fiévreuse de votre volonté va donner à votre action une impulsion plus grande ; là n’est point le secret de ce qui produit des cures inespérées, des retours à la vie d’êtres abandonnés par les hommes de science. Vous les avez vus, mettant dans un des plateaux d’une vie dont l’équilibre a été rompu, les extraits de cent poisons, tous les remèdes matériels que la chimie ou l’industrie des pharmaciens a pu inventer, et la vie baissait toujours à chaque nouvel essai. Miracle du magnétisme ! un être docile à la voix de nature peut, sans science aucune, rétablir l’équilibre en versant dans les organes ces effluves d’une nature si inconnue, qu’elles confondent la science et le raisonnement ; elles vont, comblant le vide qui s’en est fait, faire naître la lutte qui doit, non sans secousses ni sans oscillations, rétablir l’équilibre perdu. La science magnétique git dans l’étude des symptômes de cette lutte et des oscillations qu’on aperçoit. Ici le champ est immense et les magnétistes y ont marché à l’aventure, s’imaginant créer de toute pièce ce que la nature produisait par parties et avec poids et mesure, et ce serait ici le lieu d’indiquer ces nuances de sentiments divers qui viennent donner aux opérations une direction si différente de celle qui devrait toujours exister. L’enfant n’a ni les caprices, ni l’orgueil, ni les calculs humains qui donnent à la quintessence humaine des propriétés si différentes.

Lorsque vous voulez décanter un liquide formant dépôt, vous vous gardez bien d’agiter le vase, pour que la liqueur soit pure ; il se passe en nous quelque chose de semblable lorsque les passions entrent en jeu ; le principe de vie, d’abord pur, est bientôt troublé. J’ai vu bien des médecins qui m’ont fait cette confidence : — J’avais un malade dont je ne pouvais calmer les spasmes ou les douleurs ; je mis ma main sur son estomac sans croire au magnétisme, mais pourtant avec l’idée d’essayer ce pouvoir, que je croyais vain ; les douleurs se calmèrent, et souvent les malades maintinrent la main qui leur occasionnait un soulagement inespéré.

N’est-il pas vrai, d’ailleurs, que tous les magnétistes qui se sont laissé émouvoir par les passions ou seulement par la crainte, ont toujours échoué dans leurs démonstrations ? J’étais si pénétré de la vérité de ce fait, que, dans ces circonstances délicates, je fermai mes oreilles et voilai mes yeux pour ne pas voir et ne point entendre et les gestes et les sots discours qui se faisaient ou se tenaient autour de moi. J’avais toujours la crainte de voir mon esprit s’enflammer et mon cœur battre d’émotion, car, à l’instant même, j’eus perdu cette sorte de calme et d’état simple si favorable au succès. Tantôt c’était un médecin qui trépignait sur son siège, en disant assez haut pour que je l’entendisse qu’on ne lui ferait point avaler de semblables blagues ; tantôt c’était un prétendu bon mot ou un quolibet lancé par un de ces grands esprits qui croyait faire preuve de bon sens, et qui se montrait stupide et plat en présence du démonstrateur qui cherchait à l’éclairer. Le mépris, l’insolence même, patrimoine de la sottise humaine, tout cela me trouvait cuirassé dans ce moment ; mais, dans un autre instant, les mêmes choses m’eussent fait bondir et entrer en rage.

Que, près du malade, tout soit doux chez vous ; que le seul amour, que la seule passion soit celle du bien. Vous arriverez ainsi à déterminer les plus heureuses crises, et la nature sollicitée répondra par des signes non équivoques de l’influence qu’elle reçoit du principe bienfaisant que vous avez émis. Ceux qui nient l’existence d’un agent ou n’ont point magnétisé, ou ne comprennent pas le mécanisme qui fait agir la nature ; ils ont oublié ou n’ont tenu aucun compte de l’axiome des sages de l’antiquité : Nature surmonte nature ; nulle nature n’est amendée sinon en sa propre nature. Nous mettrons hors de doute l’agent réel du magnétisme et signalerons ses qualités naturelles, et celles bonnes ou mauvaises dont il peut se revêtir par le jeu des passions.

Magie magnétique

Pour tous les faits sur lesquels ces considérations s’appuient, voyez les nombreux articles insérés dans les tomes III et IV

Si vous avez lu les Ecritures ; si vous avez médité sur l’histoire religieuse de tous les peuples ; si vous vous êtes pénétré de la réalité des phénomènes qui servirent de base à toutes les croyances ; si vous avez écouté en vous le jeu singulier des passions ; si votre Ame émue a fait vibrer vos chairs et secoué votre cerveau ; si, repassant dans votre esprit les pressentiments de votre jeune âge, vous vous rappelez les émotions que vous avez pu causer par votre approche à des êtres qui ne pouvaient deviner l’état de votre âme ni les pensées qui vous agitaient, vous étiez sur le point de découvrir la force secrète que Dieu a mise dans tous les êtres et qui s’est manifestée dans tous les siècles par des œuvres magiques.

Qui que vous soyiez, chrétien ou musulman, juif ou idolâtre, vous avez la force qui commande à la chair ; vous n’avez plus besoin que de la volonté, et la loi qui préside au développement des faits miraculeux peut se dévoiler à vos yeux.

Les barrières opposées par des préjugés ou de vaines croyances, vous pouvez les briser ; et, franchissant la distance qui vous sépare des esprits, entrer en communication avec eux.

Ne vous arrêtez point aux impossibilités qu’a su trouver la science. Méprisez ces vains sermons de prêtres ignorants ; ils n’ont rien compris aux Ecritures ; le sens caché en est resté voilé pour leurs faibles yeux. Une science grande, noble et venant de Dieu, est répandue sur toute la nature, car Dieu a dit à l’homme :

Tu es mon lils et tu participeras de mes œuvres. Tu pourras tout soumettre à la force de ton esprit ; et, m’imitant de loin, créer des choses à mon image. Mais l’homme n’a pas compris, ou plutôt il a oublié les paroles du maître ; et sa volonté, paralysée par l’ignorance, est restée stérile. Aussi, tout est mort auprès de lui ; aucune voix ne se fait entendre à ses oreilles ; il vit au milieu de merveilles sans les comprendre ; il a rompu le lien qui l’unissait à la création ; il est étranger dans un domaine qui fut fait pour lui.

Nous allons réveiller aujourd’hui les esprits engourdis. Il faut que l’antique magie revoie le jour par nos efforts. Il ne sera pas dit qu’une vérité profonde doit à jamais demeurer enfouie parce qu’elle déplaît à l’ignorance et choque les hommes qu’on appelle distingués. Rien n’avance en ce monde que par le combat ; nous trouverons des contradicteurs, mais nous espérons n’être point seul dans la lutte. On n’assassine plus aujourd’hui les novateurs ; on ne leur crève même pas les yeux comme autrefois, le couteau sacré est remis dans le fourreau pour ne plus en sortir ; les bûchers sont éteints, tout est donc favorable à nos projets. La magie revivra, car elle fut une science profonde, elle part d’une vérité incontestable, comme nous le prouverons dans de prochains articles et par de nombreux faits.

***

Heureux les hommes dont l’esprit fertile sait créer pour toutes choses un langage plein de charmes. Heureux le romancier qui, sans souci de la vérité, fait sortir de son cerveau des faits imaginaires et les revêt d’un coloris brillant ; tout en trompant, il amuse et divertit. Et, ne sont point à plaindre, non plus, ceux qui, à défaut de science et de réalité, savent inventer un langage plus incompréhensible que les hiéroglyphes ; ils étonnent et confondent le jugement ; on ne peut les accuser de tromperie, car on ne les comprend pas. Eux-mêmes, hélas ! se comprirent-ils toujours? Vérité ! erreur ! où sont les hommes qui savent discerner ces deux choses dans les faits d’occulte puissance, reconnaître ce qui vient de l’égarement de nos sens ou de notre imagination, distinguer ce qui appartient en propre à la nature, ce qui se rattache à une de ses lois.

Faiblesse humaine, c’est ici que tu apparais ; car il n’est jusqu’à présent aucune œuvre irréprochable, partout la vérité est mélangée avec l’erreur ; aucune gloire scientifique n’est sans tache. Trop heureux les savants qui n’ont point écrit, et les sages ont prouvé leur sagesse en instruisant seulement par la parole. Ils évitèrent par là des disputes sans nombre ; leurs disciples seuls furent en bulle aux sophismes des faux sages.

Ai-je à craindre pour ce que je vais écrire ? Non, car je ne suis pas savant, et je n’ai nulle autorité. Je puis, en liberté, faire sortir de la poussière des temples anciens une science oubliée, je puis lui rendre un commencement de vie ; la vérité est clouée de ce pouvoir, et l’âme de celui qui la comprend n’a besoin que d’un peu de courage pour amener les hommes à son sentiment.

***

Qu’ils sont à plaindre les hommes qui croient qu’en nous tout est mortel ; qu’ils sont ignorants ceux qui pensent que le principe qui nous anime ne peut exercer aucun pouvoir en dehors de sa grossière enveloppe, comme si tout dans la nature avait, comme le caillou, une sphère d’activité bornée. Tout ne dit-il pas, au contraire, qu’au loin s’étend l’action de l’âme, qu’elle est en rapport avec sa nature et son principe, et que, créée pour une destinée encore inconnue, elle transmue la matière selon la loi prescrite. Lorsque son travail vient à cesser, et que la chaîne invisible qui retenait la matière se trouve rompue, l’âme ainsi dégagée n’ayant plus de poids à porter, agit alors en liberté. C’est ainsi qu’en vain vous tourmenterez le corps et insulterez à l’âme, l’un sera insensible à la souffrance, l’autre ne daignera point répondre. Mais planant longtemps autour de ce qui fut sa demeure, et touchant de son aile invisible les âmes qui, moins heureuses, sont encore enchaînées, elle cherche à les délier, à les détenir, enfin les appelle à elle. El c’est ainsi qu’une vague idée de l’immortalité vient se placer au cœur de la femme tendre et fidèle qui perd son mari, comme aussi le regard d’une mère aimante se dirige vers le ciel pour y chercher le filon de lumière laissé par son enfant, que la Parque a saisi. Sublime enchaîne ment ! de ce qui cesse d’être, avec ce qui est encore, il n’y a d’anéanti que des organes. Une voix mystérieuse et qui charme entretient des rapports que nul ne peut entendre par les oreilles. Il faut que la nature ait développé en nous une corde sympathique, ou que par un pouvoir magique nous évoquions les mânes de ceux qui ne sont plus. C’esi dans ces instants où l’homme, puissant de volonté comme de savoir, commande aux esprits d’apparaître. Ils descendent à sa voix des régions célestes, ou sortent des tombeaux. Rien ne les arrête, ils obéissent ; mais malheur, cent fois malheur à celui qui les évoque seulement pour montrer sa puissance, et répandre au loin la terreur.

Les âmes des maudits sont les premières à répondre, car elles sont encore disposées à servir de sinistres projets. N’exigez d’elles rien de plus, elles n’ont que ce pouvoir. Des hommes méchants, tel a été le délire et le destin, car l’antiquité les a vus servir pour de l’or le dérèglement des passions.

L’homme froid, l’académicien, ne pourront comprendre ces choses ; chez l’un l’instinct seul fonctionne, chez l’autre la raison a coupé les ailes au génie, et détruit cet œil sans prunelle que Dieu a placé dans chaque être. Les sceptiques riront de nos assertions comme de nos alarmes, jusqu’à ce que, finissant leur carrière, leur bouche voulant parler, il leur soit défendu de retourner vers le passé. Semblable au criminel dont le tranchant du glaive sépare en un instant la tête, la mort met fin à leur pensée. Les sectaires vont nous crier : Pourquoi dire ces choses, que prétendez-vous ? laissez-nous nos croyances et nos dieux, ne troublez point nos âmes. Nous sentons en nous-mêmes la vérité que vous annoncez. Mais faibles, nous n’osons ni vous suivre ni vous entendre. Seul d’abord j’irai dans ce chemin ; guidé par mon intelligence, je sonderai l’avenir ; ne craignez rien , j’obéis à ma destinée. Ce germe qui en moi est éclos, ne grandira qu’avec les temps, mais je n’y serai plus. Ma cendre dispersée sera confondue avec la vôtre, mais tout ce qui est vrai survit, et vos descendants ayant plus de vertu que vous s’abriteront sous les rameaux de l’arbre nouveau. Ils verront Dieu, car ils seront purs et dégagés de cette rouille qui, aujourd’hui, ronge le cœur de toutes les nations.

Qui peut donc me donner tant d’assurance ? Eh ! mon Dieu, ce que j’ai vu, ce que j’ai fait. Socrate a dit : Dieu existe ; c’était un fou ; Galilée, la terre tourne ; fou aussi ; et le plus fou de tous, Jésus : Vous êtes tous les enfants de Dieu ; Aimez-vous. Fourier ajoutant à celle formule : Associez-vous, la terre sera votre conquête, et vos plus grands maux cesseront d’exister ; fou encore. Enfin Mesmer a dit : L’homme a pouvoir sur l’homme, l’âme sur la matière ; autre fou. Mais toutes ces vérités prouvées ont confondu les innombrables faux sages. Ma pensée, comme la leur, survivra au jugement de mes contemporains, car elle est le reflet d’une lumière divine qui, pour un instant, a éclairé mon esprit. Impuissant et faible, je ne puis me comparer à ces grands hommes. Au premier échelon d’une échelle qu’ils gravirent, mon œil a pu les considérer, mais il me fut défendu d’en approcher. C’est assez pour moi. Comme l’enfant qui fait jaillir le feu d’un caillou, mon faible esprit aura fait paraître une étincelle, qui suffira, cependant, pour pénétrer quelques intelligences supérieures.

O science, que tu es belle ! avec toi, l’on pénètre l’immensité, l’on sent sa destinée, et même avant la mort on est déjà dans le sein de Dieu.

Ce n’est point par ces nuits sombres où la nature voilée imprime aux âmes faibles une sorte de terreur ; ce n’est point au roulement du tonnerre ni à la lueur des éclairs que je me plais à opérer. Ici nulle préparation, aucun onguent, si nécessaire aux sorciers, nul réchaud allumé, et, comme je l’ai déjà dit, aucun parfum pour agir sur les sens. La lumière brillante m’est préférable et les nombreux spectateurs, quoique incrédules, ne sont point capables d’empècher les résultats que je me promets. Que m’importe le doute de ces esprits forts ; est-ce que je ne puis, avec une lentille, concentrer les rayons du soleil et leur faire sur la peau une profonde brûlure ? De même, rassemblant les rayons épars, lancés par le foyer qui gît dans mes organes, ne puis-je pas déterminer en eux un changement subit et rendre à tous visible le trouble de leur âme ; de même encore, déposant sur une surface quelconque ce feu-principe, faire que ceux qui vont la considérer éprouvent le saisissement précurseur de la vision ?

Homme qui doutes, dis-moi si, avec les meilleurs instruments, tu vois le principe et la forme qui gissent dans ce grain de blé ; dis-moi si dans cette goutte de liqueur séminale tes yeux savent distinguer l’être humain qui s’y trouve ; il y est cependant, qu’il prenne forme ou non. Semblable à l’idée qui n’ait en nous, son éclosion dépend de causes fortuites, mais il est en puissance dans le sein de la nature, car rien ne se perd. C’est ton orgeuil qui obscurcit ton esprit, et ta vue bornée réduit tout à la mesure de tes connaissances. Vois le chimiste retrouver dans des éléments impalpables, invisibles des corps matériels ; le physicien dans l’air puiser la foudre ; est-ce que tu l’y apercevais ? elle y était pourtant. Dans cette pierre d’aimant ton œil a-t-il suivi les courants qui la parcourent? Non ; et tu voudrais qu’on ne puisse croire aux esprits, comme s’il était possibe qu’ils fussent anéantis !

C’est donc en vain qu’on voudrait empêcher, par des raisons d’impossibilité, cette propriété d’exister et de se reproduire, car elle est de l’essence même de notre nature, comme il est de l’essence des rayons du soleil de répandre au loin la fécondité et de donner à toute la nature un caractère de majesté. Sans eux les germes renfermés dans les semences resteraient endormis, comme sans les rayons de l’intelligence les germes des facultés animiques ne paraîtraient point et ces phénomènes si brillants que nous pouvons produire resteraient également dans leurs germes.

Qui peut dire ce qu’il existe encore d’inconnu dans un cerveau humain, et combien de merveilles sont réservées aux temps à venir ? Mais sans nous préocuper de ces choses, donnons un exemple du pouvoir nouveau sur deux personnes dont le doute s’est manifesté.

***

J’ai déjà dit quel est le miroir magique, un petit disque de carton couvert d’un côté par une feuille d’étain, terne et sans aucun reflet. C’est sur celte surface que des images viennent se peindre, moi-môme je n’y aperçois rien ; mais je sens, lorsque l’expérience commence et qu’elle doit réussir, une sorte de frémissement singulier, mes doigts se crispent légèrement et tout mon être reçoit un choc. Tout cela esl indépendant de ma volonté, mon imagination n’y entre pour rien, je suis froid et c’est toujours avec surprise que l’émotion me saisit, car mon doute chaque fois accompagne mes tentatives et je suis tout aussi étonné que les spectateurs en apercevant le résultat.

Je dis ces choses pour que l’on ne croie point à des dispositions de mon esprit ou de mon imagination. Je suis parfaitement calme au commencement de l’opération, mes impressions sont donc la suite naturelle de la vue du fait et delà force spirituelle mise en mouvement.

Une chose remarquable. c’est qu’ayant toujours joui d’une santé parfaite, j’étais affecté dans ces derniers temps de palpitations. Ce fait étant nouveau dans ma vie, j’on recherchai la cause sans la trouver d’abord, mais je la reconnus bientôt ; ayant pris l’habitude de mettre dans ma poche le miroir magique, sa surface métallique appuyée sur la région du cœur, je soupçonnai qu’il pouvait donner lieu au malaise que j’éprouvais ; je cessai de le porter, el depuis je n’ai plus rien ressenti.

Ces détails ne sont point oiseux, car j’écris pour des esprits attentifs et j’ai l’intention bien arrêtée de transmettre ce que je sais, comme ce que j’apprendrai, de la force occulte, cause des plus grandes merveilles.

[…]

Quel est donc ce pouvoir, quelle est celle nouvelle puissance qui secouent l’entendement et déterminent un changement si subit ? Ce n’est plus le magnétisme seul, car je n’ai pas cessé d’étre passif, et la curiosité m’eût, dans le cas contraire, ôté la volonté. C’est donc quelque chose de plus mystérieux encore qui a développé ces phénomènes qui fixaient tant notre pensée.

A la fin, cependant, l’inquiétude m’avait aussi gagné, et mon désir d’apprendre se changea en alarmes. Je la possède donc celle vérité antique, et désormais elle ne se perdra plus. Qu’est-ce que tout cela ? Un monde nouveau apparaît à l’horizon, et ce monde est invisible pour mes yeux ; je l’avais pressenti, mais aujourd’hui il m’est tout à fait démontré.

Que pourrait sur mon esprit le doute des sceptiques ? Je ne suis point facile à émouvoir, je ne crois point sans preuves, et dans aucune de mes expériences je n’ai eu le désir de voir arriver les scènes que je viens de dépeindre. J’ai pu douter moi-même, tout en produisant les premiers faits ; mais maintenant mon doute serait une injure à la vérité, et je suis convaincu, certain, que l’âme existe et que des communications réelles peuvent avoir lieu avec des intelligences spirituelles.

En réfléchissant sur les faits ci dessus on pourra désormais s’expliquer l’abattement des prophétesses de la Grèce, lorsqu’elles descendaient du trépied sacré, et deviner la cause de la faiblesse qu’éprouvaient ceux qui allaient dans l’antre consulter l’oracle. Venez, savants, réédifier le passé ; venez assister aux mystères sacrés des peuples antiques ; mais venez-y surtout avec le désir de connaître et d’apprendre, et vous cesserez enfin de vivre dans l’obscurité de vos temples ! Que cette lampe se rallume au souille nouveau de la vérité, non plus pour guider quelques hommes, mais les générations ; non pour enrichir des corporations, mais pour le bonheur du genre humain.

***

Les faits nouveaux qui ont déjà trouvé place dans ce journal vont s’augmenter chaque jour, car ils sont fondés sur un principe de la nature et se présentent comme une vérité consolante.

Il est donc vrai que tout en nous n’est point mortel et que cette vie n’est qu’un passage ; nous irons un jour retrouver les êtres que nous avons aimés, comme aussi nous connaîtrons toutes choses, lorsque, dégagés de notre enveloppe, notre âme ira où des affinités d’un ordre intellectuel ont préparé son séjour. Quoi ! magnétiseurs, vous n’avez point reconnu de suite ces faits immenses lorsque vous avez aperçu la communication de vos pensées ; ce n’était pourtant point la chair qui en recevait l’empreinte, et vos sens comme ceux de celui qui vous reflétait si bien y restaient étrangers. Lorsque la prévision des événements comme aussi la vue à distance venaient anéantir votre raison, vous ne deviniez donc point que là cessait tout ce qui est physique, et qu’un ordre moral commençait à paraître. Comme le soleil qui chasse devant lui les ombres, l’âme, clarté bien supérieure, se dégageait des étreintes de la chair et venait éclairer les obscurités de celle vie terrestre.

Voilà donc la source d’une nouvelle puissance, l’âme humaine peut établir des rapports si certains que nous voyons tous les arguments d’une fausse philosophie anéantis pour jamais. Des hommes avaient pris la raison pour critérium de toutes les connaissances humaines, et le génie qui habite dans chaque être avait été méconnu. Oh ! je n’ai fait qu’entrevoir cette sublime vérité, mais d’autres viendront bientôt, levant toutes vos incertitudes, vous guider dans ce chemin qui n’a pour limites que l’infini.

Laissez, laissez la science des écoles à ces savants positifs, amants de la matière, qui ne voient rien au delà de leur idole. Quelque chose de plus noble, de plus relevé existe dans ce monde : il s’agit de s’y initier. Dans ces recherches, croyez-le bien, magnétiseurs, je ne suis animé que d’une pensée honnête, je n’ai point l’intention de vous surprendre ni de vous égarer. Aussi ma simplicité égalera-t-elle ma sincérité. On dit que plus on avance dans les sciences occultes et plus on devient discret ; ces sciences, dit-on encore, doivent être le patrimoine d’un petit nombre d’élus ; j’ignore ces choses, peut-être sont elles-vraies, mais sans crainte comme sans remords, je veux aborder ce champ dans l’espace, et dire : J’ai vu ceci, j’ai fait cela , voici comment.

Mais quelque clarté que j’apporte, toi qui as le cœnr corrompu, tu ne comprendras point mon enseignement : ton âme ne peut avoir de ces lumières que la pureté du corps enfante ; tu as détruit cette harmonie sans laquelle l’esprit ne peut s’élever ; la souillure sera donc la cause de ton défaut d’intelligence. Ne m’accuse point d’un égarement semblable à celui dans lequel tu es ; tu as vécu de la vie de tous, tu dois partager leurs erreurs.

Et toi, qui veux qu’on te donne la science toute faite, qu’on te la serve comme un mets académique, est-ce qu’il peut en être ainsi ?… Il est des choses de sentiment qui ne sont comprises que par des âmes d’élite, el ton cœur ne t’a jamais parlé que pour t’appeler à des convoitises charnelles, et tu as satisfait à ces désirs grossiers. Va ! il est des choses qui ne s’apprennent qu’en méditant longtèmps et en dominant sa nature. Cette science nouvelle n’est donc point pour toi non plus : rejette ce livre, car il ne le dira rien ; ma parole sera pour toi sans portée, tu ne sentiras aucune vibration dans les chairs ; crois-le, ce serait pour toi un malheur si tu apercevais la vérité, car elle te deviendrait fatale.

Et toi, médecin, tu devrais connaître les ressorts secrets de tout ton être, et comme les mages, c’est-à-dire les sages, posséder la magie ; mais tu dédaignes l’étude de tout ce qui est occulte, sans songer que les plantes dont tu te sers ont toutes une vertu cachée, sans songer encore que la plupart des maladies viennent de cette âme dont tu nies l’existence ; car ton scalpel ne l’a point rencontrée dans les cadavres. La nature pour loi n’est qu’une œuvre morte ; et toi-même, tout en marchant, tu parais sans vie ; dans ta personne comme dans les discours rien ne paraît sacré ; ton sacerdoce est devenu un métier, et tu l’exerces d’une manière vénale. Des hommes profonds de l’antiquité tu as usurpé les titres ; va donc sans nous, nous ne pouvons rien t’apprendre, car tes oreilles sont bouchées comme ton intelligence.

Et vous, hommes d’argent, habiles calculateurs donl le cerveau récapitule chaque jour les combinaisons financières, vous n’étes émus qu’au tintement métallique, et les belles choses, les œuvres d’artistes sont pour vous des chefs-d’œuvre inutiles. Comptez votre or, c’est votre lot, lot sublime de l’époque que tant de gens envient, mais rappelez-vous que vous êtes créés pour subvenir aux besoins des esculapes modernes, sangsues qui s’attachent à vos chairs. Vous leur devez une partie du fruit de vos rapines, c’est votre imprévoyance qui les fait vivre ; vous n’avez donc rien à prétendre ici ; cette science n’est pas non plus faite pour vous.

Il est un lieu où elle devrait être accueillie, honorée ; l’Institut. Mais il semble que cet établissement, comme une grande nasse tendue sur les bords de la Seine, ne reçoive aucune des choses qui font concevoir la grandeur de Dieu et sa constante providence. Aucun des êtres qui entrent dans ce lieu ne semble posséder le feu sacré, et son cerveau paraît avoir été desséché par l’aridité de ses études. Ces hommes qui déclarèrent que Mesmer était un visionnaire, un charlatan, et qui, aujourd’hui encore, grimacent le rire lorsqu’on leur parle du magnétisme, que feraient-ils de la magie, de cette science qui plane sur la leur comme le soleil sur notre horizon ? Doit-on placer un collier de perles au cou de momies ? Non, sans doute. Mais lorsque le jour sera venu où une main mystérieuse écrira en lettres de feu sur les murailles de ce temple le mot : Magnétisme, il sera ébranlé jusque dans ses fondements.

Ce n’est donc que pour un petit nombre que cette vérité existera d’abord, mais cet héritage sera recueilli, et des prodiges apparaîtront plus merveilleux que toutes ces découvertes qui charment tant aujourd’hui nos grands esprits.

***

Les amulettes, les pénates, les pierres consacrées, les talismans étaient dans l’origine des objets magiques ; des vertus s’y trouvaient empreintes, et, soit que la science ait guidé ces opérations mystérieuses ou que des faits d’observation transmis par tradition, eussent donné la connaissance de certains mystères de la nature ; des faits merveilleux, des guérisons éclatantes se produisaient à chaque instant. L’antiquité est remplie de ces récits qui ne laissent aucun doute. Pouvons-nous aujourd’hui donner des preuves de la force secrète employée jadis ? Oui, nous le pouvons. Aux faits que nous avons cités, ajoutons-en d’autres, mais simples d’abord pour ne pas intervertir l’ordre établi.

[…]

Attendez, lecteurs, ceux qui voient parleront ; je n’aurai même pas besoin de les y contraindre. L’oiseau, par son ramage, ses chants, n’exprime-t-il pas tous ses besoins, toutes ses passions ; les animaux ont leur langage toujours vrai, mais l’homme seul dissimule ; l’éducation, la fausse religion, les sophistes l’ont fait hypocrite ; la nature va le rendre sincère ; la magie ne vient-elle pas d’elle et de Dieu ?

***

Si tous nos lecteurs étaient philosophes, nous leur dirions : La magie renfermée dans les temples en est toujours sortie pour se répandre au dehors, vers le déclin des empires. Ainsi en Egypte, en Grèce, en Italie, etc., tant que les prêtres des diverses religions furent assez forts, soit d’eux-mêmes, soit par l’appui du pouvoir, ils éteignirent ce flambeau partout où une âme ardente et convaincue l’avait allumé. Malheur à celui qui avait aperçu l’origine du pouvoir sacerdotal : on ne lui pardonnait point son génie, et sa témérité était punie du dernier supplice, de celui réservé aux plus grands scélérats. Mais enfin, petit à petit, les temples se dégradèrent et beaucoup d’hommes virent au travers de leurs fissures ce qui devait toujours rester caché. Bientôt des imitations, d’abord grossières, des prodiges du temple se produisirent sur les places publiques ; puis des hommes forts arrivèrent à la science sans initiation. Les réflexions naissent en foule ici. Sommes-nous à la veille d’une décadence, comme à Memphis et à Babylone ; comme à Carthage, à Thèbes, à Jérusalem ? Notre civilisation, nos arts doivent-ils périr ainsi que dans d’autres contrées ? La science après avoir parcouru un vaste cercle s’arrêterait-elle par une fatalité aveugle, ou Dieu aurait-il voulu qu’il en fût ainsi pour montrer à l’homme qu’il est des bornes à sa puissance ? Triste et douloureuse pensée ; rien n’est inaltérable ni immuable dans la nature ! Cette motte de terre, sur laquelle nous nous agitons, n’a-t-elle pas aussi été remuée plusieurs fois jusque dans ses fondements ? Dieu dans sa colère, ou dans sa loi, frappe et renverse quand il lui plaît les mondes qui roulent dans l’espace. Ainsi fait l’homme d’une fourmillière et de son édifice. Tout périt ; l’Egypte est près de nous, et nous ne savons rien de ses mœurs, de ses usages, de ses sciences d’autrefois. L’Inde ancienne également est pour nous un tombeau ; cent villes puissantes et incommensurables sont cachées sous l’herbe, et leurs palais servent de repaire aux reptiles venimeux.

La civilisation périrait-elle par la force des choses, c’est-à-dire, l’homme acquérant sans cesse finirait-il par avoir des éblouissements propres à troubler sa raison ? Je le crains ; lorsque je vois qu’à notre temps il n’y a plus ni juste, ni injuste et aucun homme de foi. Et je dis avec assurance : Nous sommes près du déclin, un autre ordre de choses régnera sur cet empire. Les Gaulois et leurs druides avaient remplacé d’autres peuples ; les Romains et leurs augures sont venus y apporter leurs dieux. Ils effacèrent des croyances et préparèrent au christianisme une large place pour s’y établir à son tour. Il y régne ; mais je vois qu’à toutes les époques transitoires le génie de la science égyptienne est apparu. Il a dit aux uns : Votre régne est fini, aux autres : Voici pour vous une terre nouvelle, dans vingt siècles vos enfants me reverront ; et, disparaissant aussitôt, il a laissé les hommes dans l’obscurité. Ceux qui les avaient guidés cessèrent bientôt d’exister. Ainsi tout finit et recommence ; la terre a besoin de culture : un repos peut-être lui est nécessaire aussi. C’est pourquoi nous vîmes s’accomplir toutes les prophéties.

Ne nous laissons point abattre par des pensées sinistres ; travaillons sans relâche à établir sur la terre ce que nous savons du magnétisme, afin qu’étant partout, des siècles ne soient point nécessaires pour en faire renaître les principes aux lieux où sera porté le berceau des sciences et des arts. Quant à moi, comme l’insecte qui vit sur l’écorce d’un arbre que le temps a couronné, je continuerai mon travail malgré la cognée qui l’abat.

***

Il me semble entendre murmurer par des bouches ignorantes, par des esprits prévenus :

Que vient-il, au XIXème siècle, nous parler de magie et faire revivre les contes du vieux temps ; c’est être bien hardi, car la science n’admet rien de miraculeux ; et, nul ne peut prévoir l’avenir, lorsque si peu d’hommes sont assurés du présent. D’ailleurs, l’avenir n’existe pas, et c’est être insensé que d’en parler.

Que savez-vous, aveugles que vous êtes, si Dieu n’a pas semé sur cette terre les germes de ce qui doit exister, comme il y a répandu ceux des choses existantes, et si l’éclosion des premières n’a pas été prévue par lui en leur temps ? Dire qu’une chose est impossible, c’est méconnaître sa nature, c’est rejeter la science du passé. Vous voulez raisonner ce qui ne se raisonne pas, ce qui s’adopte, lorsque les faits arrivent en faisant incliner la raison. Ecoutez sur ce sujet le langage d’un homme profond ; il vivait avant Mesmer : on ne connaissait point le somnambulisme ni l’extase ; voici pourtant comment il s’exprimait :

L’art par lequel on étend la mémoire, les secours par lesquels on fortifie l’imagination, les moyens par lesquels on la détruit ou on la suspend ; tous ces phénomènes, si l’on y réfléchit avec assez d’attention, pourront faire douter si, par quelque art semblable, on ne pourrait pas porter l’imagination jusqu’à des représentations anticipées. Si notre industrie ne le peut, n’y a-t-il pas eu des hommes privilégiés à qui la connaissance de l’avenir a été accordée?

Il semble que les perceptions du passé, du présent et de l’avenir, ne diffèrent que par le degré d’activité où se trouve l’àme : appesantie par la suite de ses perceptions, elle voit le passé ; son état ordinaire lui montre le présent ; un état exalté lui ferait peut-être découvrir l’avenir. Et cela ne serait peut-être pas si merveilleux que de la voir se représenter des choses qui n’ont existé, qui n’existent point et qui n’existeront jamais ; nous avons besoin de tonte notre expérience pour ne pas ajouter foi à nos songes.

Si l’on examine philosophiquement les systèmes auxquels on doit avoir recours, pour expliquer comment nous apercevons les objets, peut-être tout ce que nous venons de dire ne paraîtra-t-il plus aussi étrange qu’il peut l’avoir paru d’abord. S’il n’y a aucun rapport réel entre les objets et cette substance spirituelle qui les aperçoit ; si nos perceptions ont dans l’âme leur propre cause, et ne se rapportent aux objets que par concomitance, ou par une harmonie préétablie ; ou si les objets ne sont que des causes occasionnelles de la manifestation que Dieu veut bien faire à l’âme d’une substance où s’en trouvent tous les archétypes : la perception du passé ni celle de l’avenir ne seront guère plus difficiles à comprendre que celle du présent.

Maupertuis vient d’exprimer notre sentiment : voir l’avenir est pour nous un fait suffisamment constaté, et vous démontrerons sa possibilité à tous les hommes qui voudront bien suivre et se pénétrer de nos récits !

Est-il possible à l’homme, se contemplant lui-même, d’apercevoir le principe qui l’anime ? Peut-il, portant son regard intelligent en autrui, découvrir la force ui assimile la matière et construit l’édifice humain.

Je vois l’oiseau faire son nid avec des matériaux divers qu’il cherche et choisit ; il fait ce travail avec un art infini ; mais si j’examine l’oiseau lui-même, je le vois se développer, prendre des formes ? Qu’est-ce donc que cet ouvrier intérieur qui assimile, rassemble, coordonne des matériaux grossiers, est-il invisible ? Je ne le crois pas. Il n’en est ainsi jusqu’à présent qu’à cause de notre ignorance qui, croyant impossibles les recherches dirigées de ce côté, s’est abstenue en portant son investigation sur d’autres merveilles de la nature. Voyez ce que vous avez fait avec des instruments perfectionnés ; ce qui échappait aux regards se découvre, et des myriades d’êtres que l’on croyait pour toujours soustraits à notre vue, sont aperçus dans une goutte de liquide. Les fluides dont on voyait l’action sans les voir eux-mêmes sont aperçus maintenant. On niait avant ces recherches, et le savant sceptique ne pouvait croire à ces réalités.

On se souvient qu’un simple potier, en examinant des coquilles fossiles, soutint devant l’Académie que c’étaient de véritables coquilles et que la mer avait baigné les montagnes dans le sein desquelles il les avait trouvées. On se moqua de lui, on rit de son innocence, et nos grands hommes contents d’eux-mêmes ne se doutaient point qu’un jour son opinion serait confirmée. Et lorsque je vais parler de l’âme, peut-être des moyens de l’apercevoir, la dénégation, l’injure, peut-être aussi, vont assaillir mes assertions. Qu’importe !

Une simple étincelle cause, à grande distance, un incendie ; on la voit et on croit. Une étincelle, je n’ai point d’autre mot, part de mon cerveau et pénètre avec rapidité dans un autre être ; elle y détermine également un fait qui se traduit par des penchants, des idées, la colère, la joie ou l’espérance. Cette étincelle est invisible, et nul ne la voit ; elle existe pourtant, comme ce feu qui, par un acte magnétique, sort de nos doigts et va crisper à distance les surfaces parcourues par des nerfs. Ce feu également on le nie, car aussi nul ne le voit ; c’est avec lui que les opérations magiques sont commencées, c’est l’agent qui a porté le germe nouveau de ma pensée où ma volonté a voulu qu’il allât, et ici ce n’est plus seulement sur un système nerveux, mais sur des corps inertes, incapables de le sentir ; il y reste comme l’agent invisible enchaîné dans un grain de blé, dans la plus petite semence pour faire agir la matière en temps opportun, mais cette semence, venant de l’intelligence, rapportera des fruits nouveaux, des fruits de sa nature.

Oh vérité sublime qui effraye la pensée ! Qu’est-ce que tout cela ? Et où vais-je m’engager ? Est-ce un abîme sans fond où la raison va se perdre, s’égarer ? Est-ce une nouvelle science qui va prendre naissance? Est-ce le bien, est-ce le mal qui doit en résulter ? Si j’y réfléchis, je trouve qu’une vérité doit être connue de tous pour ne nuire à personne, et dans ce moment l’esprit est en éveil, des recherches sont faites, des résultats obtenus. Et si Dieu inspire les hommes, s’il leur a donné la faculté de connaître, est-ce pour eux seuls ou plutôt ne veut-il pas que la vérité devienne pour tous un patrimoine ? d’ailleurs, ne sommes-nous pas trop avancés pour reculer ; franchissons donc cette barrière du doute qui me blesse et m’opprime. Christophe Colomb sentait en lui qu’il existait un monde inconnu ; il y mena ses compagnons ; il n’est point coupable des cruautés qu’ils exercèrent ; il accomplit ses promesses. Loin de moi la pensée de m’égaler en rien à Colomb, mais tout me dit qu’il existe au delà de notre vue matérielle des choses inconnues et qui, un jour, seront rendues sensibles. Je marche aussi à la découverte d’un monde, plus difficile, non à découvrir, mais à montrer ; car c’est le monde moral, c’est celui qui existe entre Dieu et sa créature ; son royaume touche à la terre et, comme la lumière, il se perd dans l’espace. Mais j’ai pour moi des choses sensibles, un rayon d’espérance vient me soutenir, je vais ouvrir la route.

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Notes

Baron du Potet, article : « La nature et le médecin », publ. in Journal du magnétisme, 20 (1861), pp. 3-6.

Baron du Potet, article : « Magie magnétique », publ. in Journal du magnétisme, 5 (pp. 216-218 & 276-281 & 296-300), 6 (pp. 339-345) et 7 (pp. 18-20 & 43-47) (1847-1848).

■ Afin d’alléger le texte, nous avons ôté les passages où il décrit des expériences, reportez vous aux sources mentionnés pour les consulter.