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Pentagramme, Pentalpha et Pentacle à la Renaissance
François Secret

(1) Dans le cadre du programme du Laboratoire des religions du Livre de la section religieuse de l’Ecole pratique des Hautes Etudes, une recherche sur Pentagramme, Pentalpha et Pentacle a permis de préciser l’étude de J. Schouten, The Pentagramm as a médical Symbol. A partir du symbole proposé par J. Reuchlin dans son De arte cabalistica, présenté comme une restitution de la philosophie pythagoricienne à l’aide de la Kabbale, s’est développée toute une iconographie, dont le symbolisme déborde largement le domaine médical. Cette étude, centrée sur la période de la Renaissance, est suivie d’un appendice de J.-P. Laurant sur la question de l’Etoile flamboyante.

Dans un travail sur Amulettes, Talismans et Pantacles, préfacé par P. Masson-Oursel, J. Marquès-Rivière soulignait qu’il fallait écrire « pantacle », et non pas pentacle comme le donne le Larousse, qui croit que ce mot dérive de penta, cinq, en identification avec le pentagramme ou étoile à cinq branches, très usité dans les pantacles. Ce mot dérive du grec Pan (tout) et provient de l’idée d’un objet qui contient tout, qui renferme le Tout, synthèse du Macrocosme(1).

Cet auteur, qui ne justifiait par aucun document cette décision étymologique(2), aurait aussi bien pu s’en prendre à tous les autres dictionnaires, français et étrangers, qui ont enregistré le mot Pentacle. Certes, P. Perdrizet qui s’est à plusieurs reprises intéressé tant au pentagramme, pentalpha et pentacle qu’à l’hexagramme, hexalpha et hexacle, s’était étonné que ces mots ne figurent pas dans Littré ou dans Hartzfeld-Darmsteter(3) ; du moins le Dictionnaire de l’ancienne langue française de F. Godefroy(4), comme celui de la langue du XVIe siècle(5) de Huguet, atteste la forme pentacle. La référence par ces auteurs au Negromant de Jehan de La Taille, traduit d’ailleurs de l’Arioste(6), est éclairée par le Vocabolario de la Grusca, qui a relevé « pentacolo » tant dans l’Orlando furioso que dans le Morgante de L. Pulci(7). Et c’est aussi Pentacle qu’enregistre l’Oxford English Dictionary, qui ayant relevé la forme « pendangle » dans Sir Gawain and the green Knight(8), a rapproché la forme « pendacol » et la définition du pentacle par Godefroy : « chandelier à cinq branches ». L’Encyclopédie, qui donne l’orthographe Pentacle, décrit d’ailleurs d’après un Encheiridion Leonis Papae une figure qui se fait en renfermant un triangle dans deux cercles : on écrit dans ce triangle ces trois mots : Formatio, Reformatio, transformatio… Agla(9). Si donc l’orthographe du mot pentacle, dérivé sous le calque fréquent de pentacule(10) du latin pentaculum ne fait guère de doute(11), seul un dépouillement méthodique des grimoires permettra de préciser les différentes formes de pentacles(12).

C’est un compatriote de l’Arioste, que ses attaques contre la magie ne laissèrent pas indifférent(13), Celio Calcagnini de Ferrare (1479-1541), qui, en proposant une étymologie du mot pentaculum, nous éclairera sur certains de ses avatars à la Renaissance. Le neveu de Calcagnini, Tommaso, qui épousa une sœur du cardinal Rangone, avait assisté à une discussion en présence du pape sur les symboles et les sceaux magiques, et aucun des participants n’avait su éclairer la question de la « nota seu signo Antiochi »(14). Calcagnini, qui consacra plusieurs lettres à instruire son neveu sur des sujets de hiéroglyphes ou de kabbale(15), lui rapportait alors l’histoire d’Antiochus surnommé Soter, victorieux de ses ennemis grâce à la figure d’un triple triangle, dont le pentagramme ainsi formé se résolvait dans les cinq lettres du mot Ugieia. Il ajoutait que les « Magi » s’étant approprié ce signe pour leurs mystères, le terme de pentaculum, corrompu de celui de pentagonus, passa dans l’usage. L’oncle ne citait pas sa source. C’était Lucien sans doute, mais non pas à travers la citation qu’en avait faite, dans les Antiquarum lectionum libri XXX, Coelius Rhodiginus(16). Calcagnini, qui recommanda par ailleurs l’ouvrage à son neveu, se souvenait du De arte cabalisiica.

Dans cette œuvre dédiée à Léon X par Reuchlin, en 1517, comme une restitution de la philosophie symbolique de Pythagore, où étaient rapprochés le Labarum de Constantin, le pentagramme d’Antiochus Soter et le notarikon de Judas Maccabée, une figure illustrait les deux textes de Lucien utilisés par Reuchlin : un pentagramme portant inscrites dans ses angles les lettres d’Ugieia(17). Et l’auteur du De arte, qui témoignait dans un autre passage de son goût pour les monnaies ou les médailles anciennes(18), précisait : J’ai, pour sûr, vu souvent ce symbole du pentagone frappé sur une monnaie d’argent d’Antiochus. Ce sont non seulement les termes mêmes repris par Calcagnini, mais la figure, proposée au neveu, est la même(19).

Ces textes et ces figures éclairent la partie consacrée à la Renaissance par J. Schouten sur Le Pentagramme comme symbole médical. Ce dernier, parmi les témoins du symbole : Paracelse, Agrippa, Pierius Valerianus, V. Gartari, avait remarqué la marque de l’éditeur Johannes Soter de Cologne, qui, inscrit en 1517 sous son nom de Johanne Heyl(20), en grécisant son nom en Soter adopta le symbole du Pentagramme, avec les cinq lettres du mot Ugieia. Et de supposer : Ce que les signes dans les angles du pentagramme veulent signifier n’est pas clair. Il ne peut être question d’une mutilation des caractères d’Ugieia, étant donné que Soter était bien versé en grec. Ce sont probablement des signes hiéroglyphiques du zodiaque. En fait, Soter recopiait la figure du De arte cabalistica, que Reuchlin, non moins bon helléniste, et partisan du iotacisme, avait copié d’une médaille ancienne. Les liens de Soter avec Reuchlin se devinent aisément quand on lit la préface du Psalterium in quatuor linguis, hebraea, graeca, chaldaea, latina, publié en 1518, à Cologne, par Johann Potken, cité par Schouten. Potken, dont le nom figure parmi les Epistolae illustrium virorum(21), précise qu’il fut aidé dans son travail par son « affinis », Johannes Soter alias Heyl, avec lequel il espère publier un ouvrage en arabe pour détromper les Turcs et autres égarés par la secte mahométane, non sans se défendre contre ceux qui prétendaient que sa lingua chaldaea n’était pas la vraie(22). Soter et son symbole repris du De arte cabalistica est encore d’autant plus intéressant qu’il fait le pont avec Agrippa. Si Soter ne fut que le typographe de l’édition de 1533 du De occulta philosophia, plusieurs ouvrages d’Agrippa, de Cologne, portent sa marque(23).

Mais tandis que Soter avait reproduit fidèlement la tessère d’Antiochus, Agrippa, qui pilla tant le De verbo mirifico que le De arte cabalistica, en recopiant les passages sur Constantin, Antiochus et Judas Maccabée inscrivit le pentagramme dans un double cercle comportant les cinq lettres d’Ugieia(24). Il introduisit aussi, à partir du De harmonia mundi, un pentagone de la figure humaine, dont les mains, dans telle autre illustration, tiennent des pentagrammes(25). Et le De occulta philosophia fut ainsi à l’origine de toute une série de spéculations, dont le premier miroir fut le Calendarium nalurale magicum perpetuum profundissimam rerum secretissimarum contemplalionem totiusque philosophiae cognitionem comlectens, publié par un Grossschedel ab Aicha, et attribué à Tycho Brahé(26). Dans la série des nombres, des pentagrammes illustrent le « Très », le « Quinque », le « Decem », et un pentagone représente Mars(27). Les pentagrammes du Trois et du Cinq sont des variations sur Jésus, le Tétragrammaton et le Pentagramme, orthographié selon le De verbo mirifico : Yhswh. Au thème des cinq plaies du Christ Sauveur, et du « Vicit Léo de Tribu Juda » se mêle l’inscription du Sator Arepo.

Ces développements sur le thème initial du pentagone du De arte cabalistica avaient aussi commencé dans le cercle de Calcagnini. Si L. G. Giraldi(28), son ami, se contente d’illustrer une réflexion sur le « Salus », déjà commencée par Reuchlin, par l’image du pentagramme conjuguant dans ses angles les lettres de Ugieia et de Salus, que divulguera largement V. Cartari(29), Pierius Valerianus, dans ses Hierogliphica, ne se contente pas de calquer Reuchlin, en faisant, lui aussi, état de médailles d’Antiochus, il propose un pentalpha avec ses cinq lettres d’Ugieia, mais dont l’angle est tourné vers le haut(30). Il n’est alors pas question, comme dans le premier Faust, de pentagramme bénéfique ou maléfique(31). Le Pentalpha d’Ugieia est ainsi fait, et C. S. Curio le reprendra, parce que Valerianus propose une nouvelle image de pentalpha symbolisant les cinq plaies du Christ, et la pointe supérieure part du cœur. Ce thème des cinq plaies, présent dans la description du Pentangle de Sir Gawain, se retrouvait chez Agrippa(32), et Cornélius à Lapide recueillera cette pieuse image pour son Commentaire sur l’Apocalypse(33). Tout le développement de Valeriano sur les couleurs du bouclier des troupes d’élite de Byzance, qui héritèrent du pentagramme d’Antiochus, sera reproduit par Hermannus Lignaridus, en 1618 (34), et en 1659 par J. H. Ursinus(35).

C’est encore Valerianus, cité par Cornélius a Lapide, que l’on retrouve chez le médecin de Lyon, Lazare Meyssonnier (1602-1672)(36), avec le Calendarium de Grossschedel ab Aicha d’ailleurs. Ce curieux personnage, qui se vante de ses relations avec J. Gaffarel, qui écrivit à Campanella, à M. Mersenne(37), à Descartes, et que G. Patin railla, publia d’abord à Lyon en 1639 un Pentagonum philosophico medicum sive ars nova reminiscentiae cum institutionibus philosophiae naturalis, et medicinae sublimioris et secretioris, theoricae, practicae, et clave hactenus desiderata omnium arcanorum naturalium Macrocosmi et Microcosmi traditorum vel scriptorum, a priscis sapientibus philosophis, medicis, mathematicis Hebraeis, Chaldaeis, Graecis, Latinis, Arabibus Cabalistis, Hermeticis, Platonicis Peripateticis et neotericis selectioribus in hanc diem opus novum.

Au cours d’un songe, une étoile lui est apparue, dont il a noté la figure, un pentagone avec cinq lettres hébraïques. Après des considérations sur les songes tirées d’Hippocrate, et de saint Augustin, et sur le Quinaire, tirées de Macrobe et de Valerianus, il découvre enfin qu’il faut assembler les lettres pour former le nom de Raphaël, Sana Deus ou Sanans Deus, et il peut alors développer son Pentagonum universelle, qui épargnera trente ans d’études aux amateurs, les conduisant par les cinq pointes de l’Archétype, par le Firmament, les planètes et le monde élémentaire jusqu’à l’homme Microcosme. Il reprendra tout le sujet en 1641 dans un Richelias poema philosophicum heroicum… De Richelieu gloria ex universae Encyclopaediae miraculis, variis novisque plurimis ex ipso caelo phaenomenis describitur magnifice(38) :

Inter odoratas nemoroso tegmine plantas
Solus, ut erectis supplex ad sydera palmis
Numinis aeterni vires in vota vocabam,
Intento repetens animo jam visa futuri
Signa mihi, vasto cum se dimisit Olympo.
Magniloquum splendens radiis ardentibus Astrum
Quinque faces vibrans, totidemque elementa recludens
Haerebam tacitus tandem, precibusque peractis
Auxilium coeli sperans, quod solvere curas
Posset, ut ad magnae fastigia tollerer artis.
Angelus ecce mihi visus qua parte diei
Solis ad occasum disponit limina Vesper ;
Impubi puero similis, facieque decora,
Expansis liquido delatus ab aere pennis
Ille Deo solet humanas offerre querelas…
Quinque caput nitidum distincto lumine clari
Cingebant radii, signorumque aureus ordo
Laeva petens, primis dextra sub parte relictis
Pandebat sacrum resoluto aenigmate nomen
Nam Raphael fuit ille, mihi qui visus in oris
Allobrogum, primus numeri magnalia Quinti
Scire dedit…

Meyssonnier, qui évoquait l’étoile de 1572 chère à Postel(39), qui chantait à la manière de Guy Le Fèvre de La Boderie les mystères des sephirot(40), qui, computant les lettres de Richelieu, trouvait dans la nouvelle étoile de 1610 l’éminent cardinal siégeant sur une chaire(41), avait transformé le songe en apparition. Il précisait aussi à partir du mot Agnus, en chaldéen Immera(42), la dérivation des cinq branches du pentagone Elohim (archétype), Mazaroth (planètes), Mazaloth (étoiles), Rescot (monde élémentaire), Anasim (Microcosme). Dans La philosophie des anges contenant l’art de se rendre les bons esprits familiers, dédiée en 1648 aux doyens, comtes et chanoines de l’Eglise de Lyon, l’apparition est confirmée celle delaquelle j’ay faite mention sous le nom d’un songe arrivé l’an de grâce 1635, mais pource que j’en ay escrit assez amplement en mon Pentagone, et en mon poème intitulé Richelias, je me contenteray d’y renvoyer le lecteur curieus(43). Il y développe pourtant tout un passage de Cornelius à Lapide sur les sept anges d’Apocalypse I, 4, qui rapportait un texte de Trithème(44) au commencement de son livre De septem intelligentiis orbem moventibus. Trithème adoptait l’opinion du Conciliator medicorum, tout en déclarant ne vouloir suivre que l’enseignement de l’Eglise. Meyssonnier recopiant la réflexion de Cornelius a Lapide sur l’hérétique Saturnin qui disoit que les sept anges avoient produit l’univers pour le blâmer, ajoutait : Remarquons ce qu’ils asseurent de S. Raphaël, lequel recevant par la porte sephirotique Hod, qui signifie louange et concorde, la puissance de celuy qui est Sadai Tout Puissant, et Elohim Sabaoth, le Seigneur des armées, comme par influence le communique, disent ils, aux estoiles des deux signes appelés par les astronomes la Vierge et les Gemeaux, et par elles au planète Cocab, c’est à dire selon eux Mercure dont ils sont les domiciles… Meyssonnier multiplie le rappel des miracles provenus de cette apparition, celui de Baltazar, fils du maistre écrivain Le Breton(45), et le pèlerinage à l’église de Saint-Raphaël au Breuil, l’ex-voto qu’il fit placer en l’église des Cordeliers, en la fête de Saint-Raphaël qui est le 20 de novembre, en 1646, un tableau où estoient les noms et les rues de ceste ville de Lyon, d’une quantité si grande de malades assistés heureusement…(46). L’ouvrage se terminait par l’énumération méthodique des conditions que devraient remplir ceux qui voudraient recevoir l’enseignement complet du secret de Meyssonnier, moyen bref et certain, inconneu jusques à présent au commun des hommes… la clef des secrets contenus sommairement en l’art du Pentagone, de l’intelligence duquel il a pleu à Dieu de me favoriser depuis quelques années(47). Nicolas Chorier, auquel Meyssonnier offrit son horoscope, tenait que le médecin lyonnais, ami de Pierre de Boissat, passé de la Réforme au Catholicisme, avait pris l’idée de son Pentagone à Valeriano(48). Ce que l’on sait du personnage, qui eut à plaider tant à cause du sort qu’il fit à sa femme, que pour le commerce de ses Almanachs du Bon Hermite, inviterait à le suivre.

Du moins il reste que ce médecin, dont ses ennemis mêmes reconnurent la science, put jouer les Postel.

Un des portraits qu’il divulgua de lui le représente avec le pentalpha orné des cinq lettres d’Ugieia(49), et nous invite ainsi à étudier le climat des différents cas où apparut ce symbole, que Schouten voulut étudier sous le seul aspect médical. Si c’est bien comme tel qu’il se présente chez le médecin français Louis Demoulins de Rochefort (1515-1582), qui mourut à Bâle(50), où il en communiqua le goût à son ami Théodore Zwinger, qui entoura ce symbole de légendes dans sa maison de Bâle(51), c’est dans le contexte même du De arte cabalistica, où il le prit, qu’il apparaît dans les Epistolarum medicinalium volumen de Joannes Langius (1485-1565)(52). Adversaire décidé des magiciens, des souffleurs, des empiristes, ce médecin qui voyagea à travers l’Europe, connut Nicolaus Leonicenus, Joannes Franciscus Picus, servit Otto Heinrich, le riche collectionneur de livres, le tenait pour un caractère donné du ciel. H. Khunrath proposera à la méditation de son alchimiste en oraison dans son Laboratoire Oratoire le pentacle du Verbum mirificum, des cinq lettres du Pentagrammaton, et des cinq plaies du Christ, caractère et figure de l’hypostase ou subsistance paternelle, image, icône et splendeur de la gloire du Père, Almadel virluosum(53). En reprenant les expressions mêmes du De verbo mirifico, sur la vraie traduction d’Hébreux I, 3 (54), Khunrath combinait non seulement Pentagrammaton et Pentagrammon, comme le fera, sans doute en s’en inspirant, Stanislas de Guaita pour le chiffre central de son Ordre kabbalistique de la Rose-Croix(55), mais encore les termes de pentaculum et d’Almadel. Ce sont les termes de l’Epistola Enoch(56), que Lodovico Lazzarelli, dont le Crater Hermetis fut réédité par Lefèvre d’Etaples, écrivit à la gloire de son maître, l’étrange Joannes Mercurius, qui intrigua tant Trithème que Reuchlin : Haec Almadel atque pentagonus Salomonis. Haec tabula Semaphorae Rasiel. C’est toute une tradition magique du Moyen Age, qui vient confluer avec une tradition grecque restituée par Reuchlin. On en a un autre exemple chez Etienne de Laigue(57), qui consacra à propos de la magie dans l’Histoire naturelle de Pline, un développement à la kabbale et au Pentagrammaton du De verbo mirifico, où pentagone avec sa vertu magique est rapproché du pentaphyllon magico médical. Et c’est cette valeur ambiguë que dénoncera encore, en 1692, Jacobus Wolffus dans son Curiosus amuletorum scrutator, qui propose d’ailleurs l’étymologie a pendendo pour le terme de pentaculum(58).

Ces premières recherches sur les avatars du pentacle à la Renaissance devraient évidemment être suivies d’autres(59), jusqu’à l’adoption du pentagramme comme emblème par la Fraternité des Francs-Maçons. Du moins ne semble-t-il pas que l’on puisse retenir l’hypothèse proposée par Schouten sur une influence, dans ce cas, de ce qu’il appelle la kabbale pratique(60). Encore ne connut-il pas la marque d’imprimeur de Theodorus Gramineus : une main sortie de la nuée tient un fil à plomb, qui, par le milieu des branches d’un compas d’épaisseur entrouvert, surplombe un petit pentagramme, celui même de la marque Soter, avec pour légende : « Salus in pondere et mensura. » Gramineus, originaire de Ruremonde, professeur à Cologne, élut cette marque pour éditer les Miscellaneorum iomus secundus sive catholici Epistemonis, contra corruptam ac depravatam Encyclopediam libri XV, de ce Paulus Skalichius, qui se donnait pour un Scaliger, et qui tenta de se présenter, avec les dépouilles de Pic de La Mirandole et de Reuchlin, comme un nouveau Phénix de son âge(61). Mais si l’Etoile flamboyante revendique une autre tradition, il ne manqua pas de maçons, sur le tard, pour puiser dans la tradition renouvelée par Reuchlin, dont le De arte cabalistica visait à restaurer la philosophie symbolique du Pythagorisme.

Appendice - Le pentagramme et l’étoile flamboyante (Jean-Pierre Laurant)

La littérature antimaçonnique a vu dans l’Etoile à cinq branches, « non pas un des emblèmes mais l’emblème » des Francs-Maçons(62). Associée à la lettre G elle apparaît, en effet, à différents grades depuis celui de compagnon, dans une position centrale liée à l’idée de mesure, de géométrie(63). Les auteurs maçonniques ont voulu justifier son importance en établissant une filiation pythagoricienne de leur société, qui aurait transmis par ce symbole le dépôt primordial des connaissances des constructeurs après les Hébreux et l’Egypte : O. Wirth écrivait en 1932 (64) : Le Pentagramme ne semble pas être un symbole d’origine purement maçonnique. Les constructeurs ont dû l’emprunter à l’Ecole de Pythagore, en même temps que leur culte des nombres sacrés, à moins que le philosophe ne se soit lui-même inspiré des traditions constructives en les systématisant. Toujours est-il que le pentalpha se rencontre sur quantité de très anciennes pierres gravées ; ce fut un signe magique se rapportant aux pouvoirs de la volonté humaine. Les architectes du Moyen Age attachaient une importance particulière à cette figure en raison des proportions mystérieuses qu’elle leur fournissait. Dans Le symbolisme, Nagrodski expliquait que le secret des Pythagoriciens s’était divulgué avec l’ouverture de leur ordre(65), et R. Salgues(66) soutenait que Hermès Trismégiste et la Table d’Emeraude étaient connus des constructeurs du Moyen Age aussi bien que des Kabbalistes ; Pythagore, Nicomaque de Gérase et Vitruve appliquaient le nombre d’or du Pentalpha.

Ce rattachement à des courants fort différents se trouvait déjà affirmé dans la littérature maçonnique du XIXe siècle. Oliver(67) considérait Pythagore comme un ancien frère, qui aurait été initié par les Juifs dans la Franc-Maçonnerie. Il les avait rencontrés à Babylone lors de la captivité, et Ezéchiel l’aurait instruit. Albert Mackey(68) définissait le Pentalpha ainsi : Un emblème pythagoricien de santé, appelé aussi Pentangle de Salomon, signe de notre ancien grand maître qui aurait été inscrit sur la pierre fondamentale de la Maçonnerie. En 1810, Tschoudy(69) rappelait l’antiquité de l’institution qui, du jardin d’Eden par les Chaldéens, les Egyptiens et les Chinois, était parvenue jusqu’à nous ; il citait Sendivogius fondant toute connaissance sur les nombres mais n’accordait à l’étoile, triste lampe dont la fumée graisse la vue…, qu’une attention superficielle.

Dans les manuscrits ou les divulgations antérieurs au milieu du XVIIIe siècle, l’assimilation de l’étoile de Pythagore à la géométrie et de la géométrie à la maçonnerie que l’on trouve très souvent après 1760, est faite de façon très irrégulière et incomplète, alors que l’étoile apparaît fréquemment dans les marques de constructeurs ou les vitraux de cathédrales(70).

On trouve dans le manuscrit Sloane (1700) : Q. : « Combien avez-vous de bijoux dans votre Loge ? » R. : « Il y en a trois, le pavé mosaïque, l’étoile flamboyante et la bordure dentelée »(71). Dans Prichard, Masonry dissected, divulgation de 1730 : Q. : « Pourquoi avez-vous été fait compagnon de métier ? » R. : « Pour l’amour de la lettre G. » « Que désigne ce G. ? », « La Géométrie ou 5e science ». L’étoile flamboyante est dite « le centre » et non « au centre » et « Furniture » : « mobilier ». Le 8 mai 1742, on pouvait lire dans le Westminster Journal : Cette lettre G. est l’essence de la Loge de compagnon ; car placée au milieu de l’étoile flamboyante, qui est le centre de la loge d’apprenti, elle fait de celle-ci une loge de compagnon(72). Une interprétation comparable se retrouve dans le Wilkinson (1730), Le dialogue de Simon et Philippe (1740)(73), et dans Le maçon démasqué (1751) par Thomas Walson, source française qui fut rééditée à Berlin en 1757 et reprise par Tschoudy en 1810 : Outre les deux flambeaux de la nuit et du jour, vous en apercevez un autre qui jette des flammes, c’est ce que nous appelons l’étoile flamboyante qui marche devant nous, semblable à cette colonne de feu qui brilla pour guider le peuple dans le désert. Elle renferme la lettre G. qui signifie God ; un peu plus loin, il rappelle qu’elle signifie la géométrie ou 5e science ; ce texte revint en Angleterre, on le trouve dans Salomon in all his glory (1766). Mais dans les Pocket Companions (1735), Three distincts Knocks (1760), Jakin et Boaz (1762), elles font défaut l’une et l’autre. Le Manuscrit Dumfries n° 4 (1710)(74) ne mentionne pas l’étoile à 5 branches, ni The Yorkshire Old Charge of Mason (Ms. York n° 1) de 1600, elle manque également dans les sources plus anciennes comme le Regius et le Cooke (1360-1390). Par contre, on la retrouve liée à la géométrie dans les carnets de Villard de Honnecourt(75), la planche XXXV montre un aigle sur une étoile à 5 branches avec la légende suivante : Ici commence la méthode du trait de portraiture ainsi que l’art de géométrie (Villard de Honnecourt écrit Iométrie) l’enseigne pour facilement travailler, et en l’autre feuille vous trouverez celle de la maçonnerie. Cette page et la suivante portent des dessins d’étoiles servant de cadres à des constructions, des visages, des corps humains, etc. Parmi les marques, la tombe de Guillaume Le Tellier (1425), par exemple, arbore une étoile à 5 branches entre un compas et une équerre(76).

Cependant, la présence ou l’absence d’étoiles n’empêche pas la référence de ces anciens manuscrits à la géométrie base de la maçonnerie, mais ils recherchent une filiation dans les sept arts libéraux, glosant sur la place de la géométrie comme cinquième ou sixième science, et affirmant également la signification chrétienne de leurs symboles. Prichard commente ainsi la signification de G. associé à l’étoile flamboyante : Q. : « Ce G. que désigne-t-il ? » R. : « Quelqu’un de plus grand que vous. » Q. : « Qui est plus grand que moi qui suis maçon libre et accepté, le maître d’une loge ? », R. : « Le Grand Architecte et Ordonnateur de l’Univers, ou celui qui fut hissé sur le pinacle du Temple Saint », et plus loin : « Par lettre 4 et science 5, ce G. se tient en juste art et proportion ». Dans Hutchinson en 1755 encore(77) à propos de G. : Cette lettre pleine de signification désigne la géométrie qui, pour les artisans, est la science sur laquelle tous leurs travaux se fondent ; plus loin on lit : … témoignage que nous avons été relevés de l’état de corruption, nous portons l’emblème de la Sainte-Trinité comme le signe de nos vœux et l’origine du signe de maître. L’emblème est donné par les géomètres comme une démonstration de la Trinité dans l’unité.

Le Dumfries n° 4 (78), après une prière d’entrée à la Sainte-Trinité, raconte l’origine de la maçonnerie en ces termes : La sixième (science libérale) est la géométrie qui enseigne la mesure du Ciel sensible avec toutes les dimensions terrestres… Les sept sciences s’appuient toutes sur la géométrie par quoi nous concluons que cette science est la plus vénérable…, c’est-à-dire qu’il n’est personne qui, travaillant à un quelconque métier, ne travaille au moyen d’une mesure et toute de géométrie, car elle sert à peser et mesurer toutes sortes de choses sur terre… Comment cette science commença en premier, je vais le dire. Avant le déluge de Noé, il y avait un homme nommé Lamech… Ce sont les enfants de Lamech qui inventèrent les arts : Jabel était l’aîné et inventa la géométrie et il gardait des troupeaux de moutons… pour lesquels il bâtit des maisons de pierre et de bois… et son frère Jubal inventa l’art de la musique vocale et instrumentale… Ils gardèrent ces sciences sur deux colonnes de marbre et de brique qui ne pouvaient être détruites ni par le feu ni par l’eau, aussi les retrouva-t-on après le déluge, Nemrod exerça la maçonnerie, puis Abraham qui l’enseigna aux Egyptiens, c’est là qu’il forma Euclide qui les surpassa tous et écrivit un livre des constitutions des maçons ; la science d’Euclide passa de David et Salomon « au singulier maçon Minus Greenatus »(79), ami de Charles Martel, puis à saint Alban, Athelston, Hadrien, etc. En 1600, The Yorkshire Old Charge of Mason développait déjà le thème de la redécouverte de la géométrie : And then this worthy doctor Euclid… Taughet them ye science of geometrie and practise to work in stones ail manners of worthy works yt belongeth to buildings churches, temples, castles…, et plus loin : Euclide fut le premier qui donna le nom de géométrie à ce qui est appelé maintenant maçonnerie à travers toutes les nations.

Le Regius et le Cooke (1360-1390) développent également de longs passages sur les sept arts libéraux : Comment, de quelle manière cette honorable science de la géométrie commença, je vous le dirai comme je vous l’ai déjà annoncé. Vous saurez qu’il y a sept sciences libérales par lesquelles toutes sciences et tous métiers au monde ont été fondés à l’origine ; et en particulier elle est la cause de tout : c’est-à-dire qu’il y a la science de la géométrie au-dessus de toutes les autres…, car il n’est pas d’art travaillé par la main des hommes qui ne le soit par la géométrie… la géométrie est la science par laquelle tous les hommes raisonnables vivent. Et le Cooke attribue à Euclide la redécouverte de la géométrie et à Pythagore celle de la musique.

L’Ordonnance de la « Hüttenordnung » de Trêves (22 octobre 1397) commence par ces mots : Hic incipiunt constitutiones artis geometriae…

Comme l’étoile à 5 branches, Pythagore ne semble avoir joué qu’un rôle second ; la géométrie fut fondée par l’aîné Jabel, père des constructeurs et c’est le cadet Jubal qui inventa la musique, Euclide opéra la redécouverte ou en hérita après les destructions du déluge, Pythagore retrouvant la musique. Le portail royal de la cathédrale de Chartres associe d’ailleurs, dans sa représentation des sept arts libéraux, la statue d’Euclide pour la géométrie et celle de Pythagore pour la musique ; cette association se retrouve dans le bijou « du passé maître » de la maçonnerie moderne : une équerre dont les côtés, dans le rapport 3, 4, 5…, illustre le théorème de Pythagore sous la forme de la 47e proposition d’Euclide.

Les légendes ne sont d’ailleurs pas la propriété des constructeurs, Isidore de Séville écrivait déjà (Etymol., III, caput XV) : Moyses dicit repertorem musicae artis fuisse Jubal…(80) Graeci vero Pythagoram dicunt Hujus artis invenisse primordia… La double tradition est reprise dans le Prooemium du Flores musicae omnis cantus gregoriani de Hugo Spechtshart(81). Après le rappel de la classification de Boèce de la musique parmi les arts libéraux, sa fonction symbolique s’y trouve affirmée : Dicitur autem musica a Musis, quae secundum fabulas asseruntur fuisse filiae Jovis et memoriae. Nisi enim ab homine memoria teneantur soni, pereunt, quia scribi non possunt. Vel dicitur musica a mois, quod est aqua, et icos scientia, quasi scientia aquae… Nec mirum ; sunt enim vicina elementa aer et aqua, quae maxime concurrunt in homine vociferante. La musique constitue par excellence la louange de Dieu, c’est pourquoi son origine remonte à l’homme lui-même : Primus autem inventor musicae artis fuit Tubal ante tempus musicae legis et ante diluvium. Unde legitur genesis IV, quod Lamech, qui fuit de stirpe Gain, et septimus post Adam, duos habuit filios, nomen unius Abel, qui fuit pater habitantium in tentoriis atque pastoriis, et nomen fratris ejus Tubal, qui fuit pater canentium in cithara organo… Iste Tubal inventor musicae artis, cognoscens, quod Adam primus homo… praedixerat, mundum periturum et delecturum per aquam et ignem, ne musica periret, scripsit ipsam in duas columnas, quarum una fuit latericia, altrra, marmorea, ut, si marmorea per ignem periret, latericia permaneret vel… Après le déluge, les deux colonnes furent retrouvées : Unde scribitur, quod Pythagoras philosophus primus apud Graecos musicae artis repertor fuit. Translator autem ejusdem artis in latinum Boethius, genere et scientiae clarissimus et ejusdem artis secundum numerorum proportionum investigator profundissimus Guido vero monachus exstitit…(82).

Au total, il paraît que les rapports de l’étoile à 5 branches, de la géométrie et de Pythagore ne se sont organisés que tardivement en utilisant des éléments d’origines très diverses ; ainsi la géométrie et la maçonnerie n’étaient pas liées dans les « Collegia fabrorum » romains, et la codification des sept arts libéraux avec Varron et Martianus Capella est tardive ; la place de la géométrie d’autre part est restée hésitante : 5e ou 6e. Les correspondances n’ont donc pu s’établir dans une succession logique mais par assimilation symbolique.


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Notes de François Secret

1. Paris, 1938, p. 10, n. 1.

2. La source semble bien être R. Guénon. J.-P. Laurant a bien voulu nous indiquer chez R. Guénon, Quelques aspects du symbolisme de Janus (Voile d’Isis, juill. 1929, repris dans Les symboles fondamentaux de la science sacrée, p. 145) : Les constructeurs de cathédrales… se proposaient de donner à leurs œuvres un caractère « pantaculaire », au vrai sens de ce mot, c’est-à-dire d’en faire une sorte d’abrégé synthétique de l’univers » (et en note : « On doit écrire « pantacle » (panlaculum), petit tout, et non « pentacle » comme on le fait trop souvent ; cette erreur orthographique a fait croire à certains que ce mot avait un rapport avec le nombre 5 et devait être pris comme un synonyme de « pentagramme ») . P. Piobb, Formulaire de haute magie, 1907, écrivait « pantacles », dans la réédition de 1937, il écrivait : L’orthographe pentacle est erronée : pantaklea est le pluriel neutre de pantoskleos : action glorieuse, honorifique, ce sont des médailles, tandis que les talismans sont des bagues. Et Guénon, lettre à J. Granger (30-10-1949) : L’ancienne position des orants n’était pas précisément les bras en croix, mais les bras élevés de façon à former le schéma de l’Etoile à cinq branches. Collin de Plancy, Dictionnaire infernal, 1826, IV, p. 236 : Pantacles ; espèces de talismans magiques. Toute la science de la clavicule dépend de l’usage des pantacles, qui contiennent les noms ineffables de Dieu. E. Lévi, Histoire de la magie, 1860, pp. 105, 118, 345, etc., écrit pantacle, et pour désigner les mêmes figures dans Dogme et rituel de haute magie, éd. 1960, pp. 89, 228, etc., pentacle. Papus, Traité méthodique de science occulte, 1891, pp. 792, 960, etc., écrit pantacle, et dans Traité élémentaire, 7e éd., p. 170, pentacle. E. Bosc, Dictionnaire d’orientalisme, d’occultisme, 1896, p. 188, donne pantacle. S. de Guaita, Le temple de Satan, p. 340, etc., écrit pantacle (cf. E. Behthollet et E. Dantinne, Lettres inédites de S. de Guaita, Neuchâtel, 1952, p. 40 : la salutation pantaculaire d’une amitié… ). R. Amadou, L’occultisme, 1950, écrit p. 9 : pentacle ; p. 147 : pantacle. J. Tondriau, L’occultisme, 1964, p. 228, invite à ne pas confondre pantacle et pentacle, et p. 230 propose une figure du type « pantaculaire » avec une légende de « pentacle ». Guénon a pris orthographe et définition dans A. Poisson, Théories et symboles des alchimistes, Paris, 1891, p. 51.

3. Σφραγις Σολομονος in Revue des études grecques, XVI (1903), p. 56, avec une bibliographie, continuée dans Negotium perambulans in tenebris, fasc. 6, Faculté des Lettres de Strasbourg, 1922, p. 35.

4. Paris, 1889.

5. Diction. de la langue du seizième siècle, qui ajoute une référence à Tahureau.

6. Il Negromante, éd. 1551, f. 25 v. Le Negromante est présenté comme un Juif, f. 14 :
per ascondersi
Si muta nome…
Et è per dire il ver, Giudeo d’origine
Di quei, che fu caciatti di Castilia
.
On sait le rôle de Ferrare, lors de l’expulsion. Il faut cependant relever à Ferrare l’attitude de C. Calcagnini, Opera aliquot, Bâle, 1544, p. 556 : In doctoratu Ruben Hebrei oratio-Quom in te videam ea omnia naturae munera collata quae possunt ab hominibus expeti… quam uniquum foret, quom divina liberalitate tot dona sis consecutus ut nos homines externa haec monumenta quae interiora illa testantur, tibi denegemus, neque enim in iis quae ad naturam pertinent Christianus ab Hebraeo, Ethnicus differt ab initiato… Quamvis et hanc quoque aliquando tibi affuturam speramus, quae te a littera ad sensum, a tenebris ad lucem perducat… Quom ergo, mi Ruben charissime, in hodierna palaestra te naviter ac experrecto animo gesseris… et ob id, quae rara fœlicitas est, eminentissimi isti philosophiae proceres, quos jure aetatis nostrae lumina possumus appellare concordibus calculis te approbaverunt… autoritate apostolica qua fungamur te ad doctoratus apicem promovemus…

7. Vocabolario, 1747, repris par N. Tommaseo et P. Bellini, Dizionario, 1871.

8. Le texte de Sir Gawain a été reproduit dans J. Schouten, The pentagramm as a médical sgmbol, Nieuwkoop, 1968, p. 40.

9. Encyclop., 1765.

10. Jacob, Curiosités des sciences occultes, 1861, p. 129 (p. 128, il cite un autre manuscrit qui a « pentacle ») ; Grillot de Givry, Le musée des sorciers, 1929, pp. 102, 187 ; abbé Guyon, Bibliothèque ecclésiastique, 1771, VIII, p. 157 ; R. L. Wagner, « Sorcier » et « magicien », 1939, p. 271. Gachet d’ARTiGNY, Nouveaux mémoires d’histoire, 1749, I, p. 32, cite un « Liber pentaculorum ». La source est G. Naudé, Apologie pour les grands hommes…, éd. 1653, p. 597, citant Trithème, Antipalus maleficorum, éd. 1605, p. 300 (p. 93 il emploie le mot pentalpha).

11. Cf. Robert, Dictionnaire.

12. Seul L. Diefenbach, Glossarium latino-germanum Med. et infim. aetatis, 1857, enregistre « pentaculum ». L’intermédiaire des chercheurs et des curieux, XXIV, p. 706, enregistrant pentacule, pentacle ou pantacle, propose soit la dérivation de pentaculum, soit celle de pentacol, pendacol, terme de la bijouterie du Moyen Age. Pour l’orthographe « pantacle », relevée chez P. Leloyer (1605), il semble qu’il en soit comme de celle de pantaphillon et de pantagonus chez E. de Laigue, In omnes Plinii secundi Naturalis historiae commentaria, Paris, 1530, fol. CCCXXXIII. Pour la forme, cf. Orlando furioso, éd. E. Camerini, p. 38, qui dit « arnese magice ».
F. Morel, qui a chanté le « Pentas, seu Quinarius » dans Scutum christianum, Pentas, Hebdomas et Ogdoas, Paris, 1598 (et dans De numerorum historia carmen philosophotheologopoientikon, Paris, 1609, p. 27), après avoir écrit :
Porro anima est Mundi totos infusa per artus
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Mirificas vires Quinquangula forma docebit
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Quinque notis fulget venerabile nomen Iesus

achève : Pulchrius ut dicunt Graeci ἐν τοῖς πέντε τὰ πάντα.

13. Opera, p. 562 : Quae ad luxum incantamenta protulit, prorsus deridenda sunt non ridenda modo. Sed quae de minis ad cogandos perterrendosque superos dixit magis serium fortasse est, quam ut equitantes et lascivientes de eo agamus. Rappelons que Calcagnini fut un ami de Raphaël, d’Aléandre, de Gilles de Viterbe.

14. Opera, p. 52. La lettre n’est pas datée. Il s’agit de Clément VII ou de Paul III.

15. Cf. E. Wind, Pagan mysleries in the Renaissance, Londres, 1958 ; F. Secret, Les Kabbalisies chrétiens de la Renaissance, Paris, 1964.

16. Ed. 1560, p. 505. La différence est bien faite par T. Zwinger, Theatrum humanae vitae, V, lib. IV, 1459 : Antiochum cognomento Sotera praelio cum Galatis congressurum legimus in quiete arbitratum Alexandrum sibi assistere, monereque ut priusquam in aciem milites produceret, non aliud proponeret illis signum quam ugiainein i. e. bene valere… Alii vero victoriam in somnis illi pro tessera bellica pentalpha sive triplicem triangulum quinque lineis coagmentatum cum quinque characteribus Igieia proposuisse volunt.

17. De arte, éd. Pistorius, Artis cabalislicae, Bâle, 1587, p. 727, qui cite les deux passages de Lucien (Opéra, XIX, 5, et XXII, 8).

18. De arte, p. 654 : Et monetae publicae inscripserunt sic : Herakleous soteros Thassion id est Herculis salvatoris Thassiorum. Ejuscemodi nummum argenteum prisce percussum ego nuper, ut soleo, erga res antiquissimas incredibili voluptate his meis digitis verti legens et reverti.

19. De arte, p. 727 : «Ego ipse profecto illud pentagoni symbolum saepe in Antiochi argentea moneta percussum vidi, quod resolutum in lineas ostendit vocabulum Ugieia. Chez Calcagnini : Hujus vero effigiem in vetustis adhuc Antiochi numismatis advertimus… Hanc ut commodius percipias oculis subjiciam. Il n’y a pas trace de ces médailles dans J. II. Eckhel, Doctrina nummorum veterum, Vienne, 1794, qui s’est occupé du sujet, I, 2, pp. 63, 476, et a cru à ce propos que la doctrine des Druides était à l’origine du pythagorisme. Non plus que dans l’édition de Lucien, Amsterdam, 1743, l’Aglaophemus de C. A. Lobeck, les études de J. Leite de Vasconcellos, G. Menavini.

20. The pentagramm, p. 60. Il faut ajouter à l’étude citée là, la référence donnée par Leite de Vasconcellos, Signum Salomonis, Lisbonne, 1918, p. 27 ; P. Delalain, Inventaire des marques d’imprimeurs, 1892, p. 158 ; H. Grimm, Deutsche Buchdruckersignete des XVI Jahr. Gesch., Wiesbaden, 1965, p. 105, qui renseigne sur le graveur ; P. Heitz, Die Kölner Büchermarken, 1898.

21. Reuchlin’s Briefwechsel, pp. 236, 243.

22. Psalterium, préface : Adjutorem in his habui J. Soter alias Heyl affinem meum charissimum harum quatuor linguarum studiosum : cujus etiam auxilio me curaturum spero : ut literae arabicae quibus et non alia quam arabica lingua Turcae et alii Mahumetana secta decepti jam fere per noningentos in eorum templis seu Mesquitis usi sunt annos in vulgus edantur. A la fin, il précise : et b. m. Roberto episcopo Liciensi harum rerum solertissimo indagatore, quem dudum Romae essem… juvenis audivi. Sur Potken, cf. C. Wirszubski, Sermo de passione Domini, Jérusalem, éd. Flavius Mithridates, 1963, p. 39. On sait que dans le De arte, p. 612, Reuchlin distingue lingua « chaldaea » et « chaldaica ».

23. A. Prost, C. Agrippa, Paris, 1881, II, p. 367 s., et pp. 530-533. Prost a oublié une édition de l’In artem brevem « Salingiaci, J. Soter excudebat anno 1538 » (B.N., R. 26110 : un ange tenant le pentagramme).

24. De occulla philos., lib. III, c. XXXI.

25. Ibid., lib. II, c. XXVII (cf. De harmonia mundi, éd. 1545, fol. 100 v. s.

26. Réédité par F. de Mély avec la Virga aurea, Paris, 1922 ; cf. E. Cazalas, in Mercure de France, I, juill. 1939.

27. Reproduit en partie dans Marquks-Riviùke, op. cit, p. 320.

28. Opera, I, p. 34.

29. Reproduit dans Schouten, p. 59. Le imagini dei Dei fut traduit en latin et en français par A. du Verdier, Lyon, 1581.

30. Ed. Bâle, 1567, p. 351 ; trad. G. Chapuys, 1576, p. 363 ; trad. Montlyard, 1615, p. 636. Dans la suite donnée par Curione, éd. 1567, p. 438 (sous le titre Pentagonus, référence à Lucien, figure avec l’angle en haut comme chez Valeriano).

31. Cf. Papus, Le Faust de Gœthe, in L’iniliation, 3 (1970).

32. De occulta phil., lib. II, c. VIII.

33. Commentaria in Scripturam sacram, éd. 1866, XXI, p. 26 (Apoc. I, 8) ; texte cité encore par L. Meurin, La Franc-Maçonnerie, synagogue de Satan 1893, p. 140.

34. Oblectamenta academica, Oppenheirn, pp. 378-384.

35. Acerra philologica mille variarum historiarum, Francfort, p. 509.

36. Cf. C. Ferran, La médecine lyonnaise au XVIIe siècle, in Bullet. de la Soc. Franc. d’Hisloire de la Médecine, XXIX (1935). pp. 179-208.

37. Pentagonum, p. 10 : D. Gafarellus, vir eruditissimus quern honoris et amicitiae causa nomina. Ce Pentagonum est dédié à De Bulioni supremo Aerarii gallici praefecto Claude de Bouillon de Bonelles, auquel Campanella dédia sa Metafisica. Meyssonnier reproduit d’ailleurs un extrait d’une lettre de Campanella : Jam considero ingenium et diligentius, et natum ad egregia feliciter. Aliud non addo taedio studendi affectus et senio, cum erimus simul si quid valeo ad promovenda studia, ut meus est mos, tibi non ingrata communicabo. Delector supra modum cum ingenia non vulgaria in beneficium orbis surgere nutu Dei comperio. Vale (qui n’est pas cité dans V. Spampanato Lettere, Bari, 1927). L’extrait de la lettre de Mersenne ne figure pas non plus dans Mersenne, Correspondance, VIII, p. 330, où est la lettre de Meyssonnier au sujet du Pentagonum, lu par Mersenne.

38. Richelias, p. 4.

39. Ibid., p. 11.

40. Ibid., p. 9 :
Illic certa quies tandem flnisque malorum
Illic cuncta placent, illic amor omnibus idem
Perque decem numeros radiantia Nomina mittunt
Influxus primos, causasque ab origine prima.

41. Ibid., p. 13 : An ista stellarum congeries que sedentem Majestatem effingit Eminentissimum Cardinalem Ducem in cathedram, et p. 36.

42. Ibid., p. 22 :
Inscriptum referens radiis Pentalpha salubre
Mystica, quod reserant sacris elementa figuris
Quinque, quibus mitem Chaldeus dénotat Agnum

avec en note : Immera Chald. agnus in Targum frequens potest sic describi per 5 literas, quia Daghes forte duplicat literam (Mem), et sic efficiet principium harum 5 vocum quae sunt capita Pentagoni universalis : Elohim, etc.

43. La philosophie, p. 184.

44. Ibid., p. 28 ; C. a Lapide, op. cit., p. 19.

45. Ibid., p. 195.

46. Ibid., p. 153. Meyssonnier note p. 22 : Il y a faute en la table cabalistique du Calendrier de J. B. Grosschedel transposant Michael, qui devoit estre en la première colonne du quatrième nombre avec Raphaël qui est en la première. Il cite p. 52 le Bienheureux Amédée en sa révélation, et à plusieurs reprises le Liber Raziel, cf. F. Secret, Sur quelques traductions du Sefer Raziel, in Rev. des étud. juiv., CXXVIII (1969) ; La « Revelacion de San Pablo », in Sefarad, XXVIII (1968), p. 53.

47. La philosophie, p. 323 s. (contre les protestants et les hérétiques).

48. De Petri Boessatii… vita, Grenoble, 1680, p. 223. Chorier note, p. 129 : De propinquo Campanellae interitu, quem ex constitutione horoscopi provideret, Boessatium datis in eam rem litteris, aliquot ante menses certiorem fecerat : imaginariae opinationi fors favit.

49. Cf. C. Ferran, art. cit., p. 192.

50. Mutmassliche Herkunft eines Stempels mit Pentagramm und der Inschrift Ugieia im historischen Museum zu Basel, in Anzeiger für schweizeriche Alterlumskunde, 1918, qui reproduit plusieurs médailles du cabinet de Florence ; la médaille de Bâle a été reproduite par Perdrizet, Negotium, p. 35. E. Picot, Les Italiens en France, Bulletin italien, 17 (1917), p. 73, signale à Bologne Louis de Moulins de Rochefort docteur… le 26 oct. 1560.

51. Tonjola, Basilea sepulta, Bâle, 1661, p. 404.

52. Ed. Hanovre, 1605, p. 142, cite Judas Macabée, Constantin et Antiochus : erat et aliud characterum genus, quod coelitus plerisque ex divina revelatione datur, ajoutant : non temere olim crucis character futurum significans salutem inter sacras Aegyptiorum literas quo et Serapidis dei pectus decorabant, reputatus fuit. Sed has admirandas characterum et verborum operationes a solo Deo et hominum fide dependere, verae pietatis cultores recte affirmant, cf. De arte, p. 728.

53. Amphitheatrum, Hanovre, 1609, p. 209. La figure est signalée par M. C. Ghyka, Le nombre d’or, 1931, II, p. 73 (la référence précise à H. de Guillebert, Etudes sur les pentacles est Rev. des sociétés secrètes, XVII (1928), pp. 237, 253, 267, etc., qui est particulièrement faible). Ghyka reproduit par ailleurs d’intéressantes figures, et des références valables.

54. De Verbo, p. 958 (cf. Critici sacri, éd. 1660, VII, col. 4075, pour l’interprétation par Erasme, qui suit Reuchlin).

55. O. Wirth, S. de Guaita, Paris, 1935, p. 121 ; A.-L. Caillet, Manuel bibliographique des sciences occultes, II, p. 356.

56. Testi umanistici su l’Ermetismo, Archivio di filosofia, 1955, p. 39.

57. In omnes Plinii secundi Naturalis historiae commentaria, fol. CIII v : Expendendum pensiculatius ac attentius figuras ex numeris oratas, numerorum etiam vires ut ferunt Magi, habere et retinere : ob id vi quinarii Pantagonus miram virtutem in daemonas habere dicitur…

58. Francfort, 1692, p. 4 : aequivalet amuleti vocabulo pentaculum vel juxta alios pendaculum, porro pensaculum, appensum, suspensum, suspensio quae vocabula sine dubio a pendendo deducta sunt (cf. ibid., pp. 452, 538, 658, etc. ; notons, p. 516, un ouvrage que nous n’avons pu voir, J.-M. Dilherus, Comment. ad Canticum : Dilherus vocem LB exponit non tam de corde quam lamina seul lunula quae a collo demissa ad cordis sive pectoris medium usque descendit.

59. Perdrizet, Negotium, p. 35, a signalé le frontispice de la Biblia sacra, Douai, 1617, gravé d’après Rubens, où le pentagramme symbolise les cinq livres. Le thème est repris dans A. Farra, Settenario, 1571, fol. 253 v.

60. Schouten, op. cit., p. 44. C’est le sens du titre chez E. Le Blant, Notes sur quelques formules cabalistiques, in Rev. archéologique, 1892, qui traite des manuscrits magiques de l’Arsenal.

61. Cf. Les kabbalistes chrétiens de la Renaissance, p. 288. Le sous-titre de l’édition de Skalichius annonçait Accessit etiam Th. Graminei, in Esaiam et prophetiam sex dierum Geneseos oratio, qui parut à part.

Notes de Jean-Pierre Laurant

62. Abbé Lecanu, Revue catholique, t. 11, pp. 238-239, cité par J. Boucher, La symbolique maçonnique, p. 230, éd. 1948.

63. Au 2e grade de la maçonnerie symbolique, la divinité n’est pas : « Grand Architecte » mais « Grand Géomètre ».

64. O. Wirth, Le secret de l’art royal, 1932.

65. W. Nagrodski, Le secret de G., Le symbolisme, 1934.

66. R. Salgues, L’Etoile flamboyante, Le symbolisme, octobre 1935.

67. Rév. G. Oliver, The Pythagorean triangle or the science of numbers, London, J. Hagg, 1875.

68. A. Mackey, A Hislory of Freemasonry, 1860. Cependant, Mackey voyait dans la lettre G. un symbole récent.

69. Baron T. Tschoudy, L’Etoile flamboyante ou la Société des Francs-Maçons considérée dans tous ses rapports. La 1re édition date de 1785.

70. Une analyse très complète des manuscrits maçonniques a été donnée par H. Carr, The letter G., Ars Quatluor coronatorum, t. 77, série 3, n° 5.

71. Le Ghesham MS (1740) reprend exactement cette énumération.

72. Dans les Rituels modernes, l’étoile se trouve au grade de compagnon et non pas d’apprenti.

73. Le Wilkinson dont la date 1730 est peu sûre et le Dialogue de Simon et Philippe reprennent les explications de Prichard.

74. Traduction et commentaire par J.-P. Berger, Le symbolisme, oct.-déc. 1966, le manuscrit a été découvert en 1891, publié en 1896 par J. Lann dans la revue Quattuor Coronatorum, n° 6, reproduit par Knoop et Jones, Early Masonic catechism.

75. Les Carnets semblent avoir été composés vers le milieu du XIIIe siècle (éd. Paris, 1968).

76. R. Salgues, déjà cité.

77. Hutchinson, Spirit of Masonry.

78. Le plus ancien des manuscrits Dumfries (Edinburgh Register House) est daté de 1696.

79. Minus Greenatus ou Naymos Graecos pour Simon Greinos (J. Reyor a étudié ces substitutions). D’autres Old Charges parlent de l’ancien maçon : Peter Gower.

80. Isidore de Séville place au 5e rang la musique et au 6e la géométrie ; l’incertitude de l’ordre correspond au « flottement » des légendes maçonniques entre géométrie et musique

81. Où Hugo von Reutlingen (1285-1360) écrivit, en 1330, un Spéculum Grammaticale metricum et, en 1332, son Flores…, il fut édité en 1480 par J. Preuss à Strasbourg, réédité à Stuttgart en 1868. L’historique se trouve dans le Prooemium, pp. 19 et sq. de l’éd. 1868.

82. Guido d’Arezzo, bénédictin du début du XIe siècle.

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Notes

François Secret, article : « Pentagramme, Pentalpha et Pentacle à la Renaissance », publ. in Revue de l’histoire des religions, 180 (1971), pp. 113-126.

► Jean-Pierre Laurant, article : « Le pentagramme et l’étoile flamboyante », publ. in Revue de l’histoire des religions, 180 (1971), pp. 126-133.

► On consultera les travaux de ces deux chercheurs précurseurs en ce qui concerne l’ésotérisme chrétien et la kabbale chrétienne, les sociétés secrètes et l’occultisme du XIXème.

► La Revue de l’histoire des religions du Collège de France est une revue trimestrielle généraliste fondée en 1880 et dont nous ne pouvons qu’encourager nos lecteurs à parcourir les pages.