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Le Grand Livre de la forêt
Brihadaranyaka


AuteursDatesTypeLieuThèmes
Yajnavalkya-VIIILittérature (myst.)IndeReligion
Théologie

► Faisant partie des upanishads majeures, cet aranyaka qui est compris dans le Shukla Yajurveda est aussi ancien qu’important, probablement le plus ancien de tous. Il est en effet l’une des racines de la constitution du fonds métaphysique hindou et de sa morale afférente. Cette prose au sens hermétique fut commentée par Shankara.

■ Le terme "de la forêt" fait référence aux ascètes retirés dans les forêts. Aussi les littératures de la forêt sont destinées à régler d’une part, la vie en communauté et d’autre part à indiquer les différentes orientations intérieures qu’il convient d’adopter.

Texte et traduction : du sanskrit au français, André-Ferdinand Hérold in L’Upanishad du grand Aryanaka, 1894. | bs. Bibliothèque Nationale de France (Paris, France). Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France

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PREMIERE LECTURE

PREMIER BRAHMANA

1. En vérité, l’aurore est la tête du cheval à sacrifier, le soleil l’oeil, le vent le souffle, le feu vaiçvânara la bouche ouverte, l’année l’âtman(1) du cheval à sacrifier, le ciel est son dos, l’atmosphère soit ventre, la terre son bas ventre, les points cardinaux ses flancs, les points collatéraux ses côtes, les saisons ses membres, les mois et les demi-mois ses articulations, les jours et les nuits son point d’appui, les mansions lunaires ses os, le nuage ses chairs, le sable sa nourriture en digestion, les fleuves ses intestins, les montagnes son foie et ses poumons, les plantes et les arbres ses poils ; le soleil levant est sa moitié antérieure, le soleil couchant sa moitié postérieure ; quand le cheval bâille, il éclaire ; quand il s’ébroue, il tonne ; quand il pisse, il pleut ; la Voix est sa voix.

2. En vérité, le jour est né à la suite du cheval en tant que mahiman(2) de devant : sa matrice(3) est dans l’Océan oriental ; la nuit est née à la suite du cheval en tant que mahiman de derrière : sa matrice est dans l’Océan occidental, Les deux mahimans sont nés ensemble, de part et d’autre du cheval, Haya(4) il a mené les dieux ; vâjin, les Gandharvas ; arvan, les Asuras ; açva, les hommes. L’Océan est sort parent, l’Océan est sa matrice.

SECOND BRAHMANA

1. Rien n’était ici-bas à l’origine : par Mrityu(5) tout ceci était enveloppé, par faim, car la faim est Mrityu. Alors il se créa la pensée : « Que j’aie un âtman. »
Alors, Mrityu se mut en adorant, Comme il adorait, les eaux naquirent. I1 dit : «. Comme j’adorais, en vérité, ka(6) est né. »
C’est pourquoi ce qui est susceptible d’être arka est arka(7) en vérité, il y a ka pour celui qui connaît que ce qui est susceptible d’être arka est arka, qui connaît ainsi.

2. Les eaux sont l’arka. Ce qui était la crème des eaux fut battu, et ce fut la terre.
Sur la terre, Mrityu peina : de lui, qui avait peiné, qui s’était échauffé(8), l’éclat — le suc — se déroula, et ce fut le feu.

3. Et il partagea en trois son âtman : un tiers en fût le soleil et un tiers le vent : or, c’est là le souffle partagé en trois.
L’Orient est sa tête, et ce point-ci et ce point-ci(9) sont ses avant-bras ; l’Occident est sa queue, et ce point-ci et ce point-ci(10) sont ses cuisses ; le Sud et le Nord sont ses flancs ; le ciel est son dos, l’atmosphère est son ventre, la terre est sa poitrine, et c’est lui qui se tient sur les eaux. Et, où qu’il aille, il s’y tient de même, celui qui connaît ainsi.

4. Et il désira : « Qu’un second âtman naisse pour moi. »
Et, en pensée, il s’accoupla avec la Voix lui, Mrityu avec elle, la Faim, Ce qui était la semence fut l’année ; et auparavant, il n’y avait pas d’année.
Il porta tout juste le temps qu’est une année, et, au bout de ce temps, il émit celui-là. Celui-là à peiné né, Mrityu ouvrît la bouche pour le saisir, il fit bhân, et ce fut la Voix.

5. Il considéra : « En vérité, si je pense en ennemi contre lui, je ferai un bien petit repas. » Et par cette Voix, par cet âtman, il émit tout ce qui est, tout ce qu’est ceci ; quoi que ce soit : les. Rics, les Yadjurs, les Sâmans(11), les chandas(12), les sacrifices, la postérité, les animaux. Tout ce qu’il émettait il se mettait à le manger. Comme il mange tout, c’est là la qualité d’Aditi d’être Aditi(13). Il est mangeur de tout, tout est pour lui du manger, celui qui connaît cette qualité d’Aditi d’être Aditi, qui connaît ainsi.

6. Il eut un désir : « Que je sacrifie grandement par un grand sacrifice. »
Il peina, il s’échauffa de chaleurs. De lui qui était fatigué, qui était échauffé, la gloire — la virilité — sortit et se dégagea. En vérité, les souffles sont la gloire, la virilité.
Or, les souffles sortis, le corps se mit à gonfler. Dans son corps justement était le Manas(14).

7. Il eut un désir : « Que ceci soit, pour moi, d’une pureté rituelle, Que, par ceci, j’aie un âtman. »
De là, naquit le cheval : car il s’était gonflé(15).
Ceci fut propre au sacrifice : et c’est là la qualité d’açvamedha d’être açvamedha(16). Donc, en vérité, celui-ci connait l’açvamedha qui le connaît ainsi.

8. N’ayant pas retenu le cheval, Mrityu réfléchit. Celui-ci, le saisit(17) au bout d’une année, pour lui même ; les bêtes, il les céda aux Divinités. C’est pourquoi on sacrifie comme appartenant à tous les Dieux ce qui a été consacré comme appartenant à Prajâpati.
Celui-ci est l’açvamedha, qui chauffe(18) ; pour lui l’année est l’âtman, le feu est l’arka ; les mondes que voici sont pour lui les âtmans, et c’est là l’arka, et c’est là l’açvamedha.
Celui-ci à son tour devient une Divinité unique, Mrityu s’en écarte, et il triomphe une seconde fois de Mrityu, Mrityu ne l’atteint pas, Mrityu est son âtman, il arrive à une vie pleine, il devient une de ces Divinités, celui qui connaît ainsi.

TROISIEME BRAHMANA

1. Les enfants de Prajâpati sont de deux, espèces, les Dieux et les Asuras. Or, les plus faibles étaient les Dieux, les plus forts les Asuras. Ils luttèrent entre eux en vue de ces mondes-ci.

2. Or, les Dieux dirent : « Allons, surpassons les Asuras dans le sacrifice, grâce à l’udgîtha(19). »

3. Et ils dirent à la Voix :
« Chante pour nous l’udgîtha. »
— « Je veux bien » dit-elle.
Et pour eux la Voix chanta. Ce qu’il y a de jouissance dans la voix, en chantant elle l’amenait pour les Dieux, ce qu’il y a de bien à parler, elle l’amenait pour elle-même. Les Asuras s’aperçurent : « En vérité, grâce à cet udgâtar(20), ils vont nous surpasser. » Lui courant sus, ils le transpercèrent avec du mal. Ce mal c’est justement ce qu’ici-bas il y a de fautif à parler ; c’est là ce mal.

4. Et ils dirent au Souffle :
« Chante pour nous l’udgîtha. »
— « Je veux bien, » dit-il.
Et pour eux le Souffle chanta. Ce qu’il y a de jouissance dans le souffle, en chantant il l’amenait pour les Dieux, ce qu’il y a de bien à sentir, il l’amenait pour lui-même. Les Asuras s’aperçurent ; « En vérité, grâce à cet udgâtar, ils vont nous surpasser » Lui courant sus, ils le transpercèrent avec du mal. Ce mal, c’est justement ce qu’ici-bas il y a de fautif à sentir ; c’est là ce mal.

5. Et ils dirent à l’Œil :
« Chante pour nous l’udgîtha. »
— « Je veux bien,» dit-il.
Et pour eux l’Œil chanta. Ce qu’il y a de jouissance dans l’œil, en chantant il ramenait pour les Dieux, ce qu’il y a de bien à voir, il l’amenait pour lui-même. Les Asuras s’aperçurent : « En vérité, grâce à cet udgâtar, ils vont nous surpasser. » Lui courant sus, ils le transpercèrent avec du mal. Ce mal, c’est justement ce qu’ici-bas il y a de fautif à voir ; c’est là ce mal.

6. Et ils dirent à l’Oreille :
« Chante pour nous l’udgîtha. »
— « Je veux bien, » dit-elle.
Et pour eux l’Oreille chanta. Ce qu’il y a de jouissance dans l’oreille, en chantant elle l’amenait pour les Dieux, ce qu’il y a de bien à entendre, elle l’amenait pour elle-même. Les Asuras s’aperçurent : « En vérité, grâce à cet udgâtar, ils vont nous surpasser. » Lui courant sus, ils la transpercèrent avec du mal, Ce mal, c’est justement ce qu’ici-bas il y a de fautif à entendre ; c’est là ce mal.

7. Et ils dirent au Manas :
« Charité pour nous l’udgîtha. »
— « Je veux bien, » dit-il.
Et pour eux le Manas chanta. Ce qu’il y a de jouissance dans le Manas, en chantant il l’amenait pour les Dieux, ce qu’il y a de bien à faire acte de volition, il l’amenait pour lui-même. Les Asuras s’aperçurent : « En vérité, grâce à cet udgâtar, ils vont nous surpasser. » Lui courant sus, ils le transpercèrent avec du mal. Ce mal, c’est justement ce qu’ici-bas il y a de fautif à faire acte de volition ; c’est là ce mal.

8. Et ainsi certes ces Divinités, ils les assaillirent avec des maux, ils les transpercèrent avec du mal. Et alors ils dirent à ce Souffle qui est dans la bouche :
« Toi, chante pour nous l’udgîtha. »
— « Je veux bien, » dit-il.
Et il chanta pour eux. ils s’aperçurent : « En vérité, grâce à cet udgâtar, ils vont nous surpasser, » Et, lui courant sus, ils voulurent le percer avec du mal. Et de même que, ayant rencontré une pierre, une boule de terre s’émietterait, tout de même, s’étant émiettés dans toutes les directions, ils disparurent. Et ensuite, les Dieux furent, les Asuras passèrent.
Il existe par son âtman, son cousin(21) passe pour lui, celui qui connaît ainsi.

9. Et ils dirent : « Où donc, pour nous, est passé celui-là, celui qui s’est ainsi attaché à nous ? Celui-là est dans l’intérieur de la bouche. » Voilà pourquoi il est Ayâsya ; de plus il est Angirasa(22) car il est le suc des membres.

10. Et cette Divinité a pour nom Dûr ; en effet, Mrityu est loin(23) d’elle. Certes Mrityu reste loin de celui qui connait ainsi.

11. Et cette Divinité, ayant secoué Mrityu, mal de ces Divinités, le fit aller là où est le bout de ces régibns-ci. Là, elle déposa à l’écart le mal de ces Divinités. A cause de cela, il ne faut pas qu’il aille vers les peuples, qu’il aille là où est le bout, parce qu’il se dit : « Il ne faut pas que j’aille sur la piste du mal, qui est Mrityu. »

12. Et cette même Divinité, ayant secoué le mal de ces Divinités, qui était Mrityu, ensuite elle les transporta par delà Mrityu.

13. Et il transporta par delà la Voix, la première et quand elle fut affranchie par delà Mrityu, ce fut le Feu, C’est ce Feu, passé par delà Mrityu, qui brille ici.

14. Ensuite il transporta par delà le Souffle ; et quand il fut affranchi par delà Mrityu» ce fut le Vent. C’est ce Vent, passé par delà Mrityu, qui souffle ici, purifiant.

15. Ensuite il transporta par delà l’Œil ; et quand il fut affranchi par delà Mrityu, ce fut le Soleil. C’est ce Soleil là-bas, passé par delà Mrityu, qui brûle(24).

16. Ensuite il transporta par delà l’Oreille ; et quand elle fut affranchie par delà Mrityu, ce fut les Régions Cardinales, Ce sont ces Régions-ci, qui sont passées par delà Mrityu.

17. Ensuite il transporta par delà l’Esprit : et quand il fut affranchi par delà Mrityu, ce fut la Lune, C’est cette Lune là-bàs, passée par delà Mrityu, qui luit.
C’est de même en vérité que cette Divinité le transporte par delà Mrityu celui qui connaît ainsi.

18. Et alors, en chantant pour lui-même, il se procura tout ce qui se mange et peut se manger. La nourriture, quelle qu’elle soit, qui est mangée, c’est par lui qu’elle est mangée, et c’est ici qu’il a son point d’appui.

19. Et les Dieux dirent :
« Cela, certes, qui est la nourriture, tu l’as en chantant obtenu pour toi-même. Fais-nous avoir part à cette nourriture. »
— « Tous ensemble pénétrez en moi. »
— « Oui. »
Et, tout alentour, de toutes parts, ils pénétrèrent en lui. C’est pour cela que par la nourriture que l’on mange par lui, par cette nourriture, ces Divinités sont rassasiées. De même, les siens pénètrent est lui, il est l’entreteneur des siens, le meilleur, il marche en tête, il mange de la nourriture, il est le souverain, celui qui connaît ainsi.

20. Celui là certes qui, parmi les siens, veut tenir tête à celui qui connaît ainsi, celui-là ne suffit pas à ceux qu’il doit entretenir.
D’autre part, celui qui se met à la suite de celui qui connaît ainsi, celui qui veut entretenir à sa suite ceux qu’il doit entretenir, celui-là suffit à ceux qu’il doit entretenir.

21. Il est Ayâsya Angirasa, car il est le suc des membres. En vérité le Souffle est le suc des membres, car en vérité le Souffle est le suc des membres. C’est pourquoi, de quelque membre que le Souffle sorte, ce membre là même se dessèche : car le Souffle est le suc des membres.

22. Et il est Brahmanaspati(25). La Voix en effet est Brihatî(26) ; il est le maître(27) de la Voix : donc il est Bramanaspati.

23. Il est Brahmanaspati(28). La Voix en effet est brahma(29) ; il est le maître de la Voix ; donc il est Brahmanaspati.

24. Il est Sâman. La Voix en vérité est le Sâman. Il est et aussi ama(30). C’est là la propriété du Sâman d’être Sâman.
Et, parce qu’il est égal à un vermisseau, égal à un moucheron, égal à un éléphant, égal à ces trois mondes-ci, égal à cet univers-ci, c’est pour cela qu’il est Sâman(31).
Il obtient l’union avec le Sâman, la participation au monde du Sâman, celui qui, ce Sâman là, le connaît ainsi.

25. Il est en vérité l’udgîtha. E11 Vérité le Souffle est ut : en effet par le souffle tout ce monde est soutenu ; la Voix est le chant(32) ; ut et gîthâ, c’est l’udgîtha.

26. Et c’est ainsi que Brahmadatta Caikitâneya(33), mangeant le Roi(34), dit : « Que ce Roi fasse tomber en morceaux ma tête, si c’est autrement qu’Ayâsya Angirasa faisait l’udgîtha. » C’est qu’en effet il faisait l’idgîtha et par la voix et par le souffle.

27. A celui là vraiment qui connaît la propriété de ce Sâman il vient de la propriété. En vérité, la propriété du Sâman, c’est l’intonation. C’est pourquoi, quand il va faire l’office de prêtre, il doit désirer des intonations dans la voix. Avec cette voix qui a des intonations, il ferait son office de prêtre. C’est pourquoi dans le sacrifice, on aime avoir quelqu’un qui a les intonations, et aussi celui qui a de la propriété. La propriété vient à celui-là qui connaît cette propriété du Sâman, qui connaît ainsi.

28. Celui qui connaît l’or de ce Sâman, il obtient de l'or. En vérité l’or du Sâman est l’intonation : il lui vient de l’or, à celui qui connait cet or du Sâman, qui connaît ainsi.

29. Celui qui connaît l’appui de ce Sâman, celui-là a un appui. C’est la voix en vérité qui est l’appui de ce Sâman ; en effet, c’est s’appuyant dans la voix que ce souffle est chanté, D’autres disent que c’est dans la nourriture.

30. Et maintenant, à partir d’ici, c’est l’ascension(35) des Pâvamanas(36). En vérité, le prastotar fait office de prastotar(37) en célébrant à haute voix le Sâman. Lorsque celui-ci fait son office de prastotar, qu’il(38) murmure ce qui suit :
Fais-moi aller du non-être à l’être, fais-moi aller de l’obscurité à la lumière, fais-moi aller de la mort à ce qui ne meurt pas(39).

31. Lorsqu’il dit ces mots : « Fais-moi aller du non-être à l’être, » en vérité la mort est le non-être, l’être c’est ce qui ne meurt pas. « De la mort fais-moi aller à ce qui ne meurt pas, fais que je sois ce qui ne meurt pas ; » voilà exactement ce qu’il a dit.

32. Quand il dit : « Fais-moi aller de l’obscurité à la lumière, » alors en vérité la mort c’est l’obscurité, la lumière c’est ce qui ne meurt pas. » De la mort fais-moi aller à ce qui ne meurt pas : » voila exactement ce qu’il dit.
Quand il dit : « Fais-moi aller de la mort a ce qui ne meurt pas. » il n’y a là rien de caché.

33. Et ensuite, ceux qui sont les autres stotras(40), en ceux-là il peut pour son âtman obtenir par le chant tout ce qui se mange. Par suite donc qu’il choisisse en ceux-ci le désir qu’il désire, celui-là même.
L’udgâtar qui sait ainsi obtient enchantant le désir qu’il désire pour son âtman ou pour celui au profit de qui se fait le sacrifice.
Ceci en vérité conquiert le monde ; et il n’adresse pas de prières sans arriver à obtenir le monde, celui qui en vérité connaît ce Sâman, qui connaît ainsi.

QUATRIEME BRAHMANA

1. L’Atman, voilà ce qu’était ceci au commencement, en manière de purusha(41). Lui, ayant dirigé ses regards en tous sens, ne vit rien d’autre que son âtman.
« C’est moi, je suis : » voilà ce qu’il dit à l’origine. Par suite, il eut nom Moi. C’est pourquoi, aujourd’hui encore, si l’on interpelle quelqu’un, il dit tout d’ abord : « C’est moi, » et déclare ensuite son autre nom.

2. Puisque, étant antérieur à tout ceci, il a consumé tous les maux, c’est pourquoi il est purusha(42). En vérité, il consume qui désire être par devant lui, celui qui connaît ainsi.

3. Il eut peur : c’est pourquoi celui qui est seul a peur.
Or, il considéra : « Puisqu’il n’y a personne autre que moi, de quoi donc ai-je peur ? » Et, à la suite de cela même, la peur s’évanouit pour lui. De qui en effet aurait-il eu peur ? C’est d’un second qu’est la peur.

4. Or, il n’avait pas de plaisir : c’est pourquoi, quand on est seul, on n’a pas de plaisir.
Il désira un second : or, il était tout autant qu’un homme et une femme qui s’étreignent.

5. Il fit tomber en deux cet âtman qu’il avait. De là furent l’époux et l’épouse(43).
C'est pourquoi Yâjñavalkya(44) a dit ceci ; « Nous sommes, nous deux, chacun comme une moitié. »
C’est pourquoi l’espace que voici est rempli par la femme.
Il la posséda, et de là les hommes naquirent.

6. Lui, qui était elle, considéra : « Comment donc me possède-t-il, m’ayant enfantée de son âtman ? Ah, il faut que je disparaisse. »

7. Elle devint vache, l’autre taureau. Il la posséda. De là naquirent les vaches.

8. L’une devint jument, l’autre étalon ; l’une ânesse, l’autre âne. Il la posséda. De là naquirent les solipèdes.

9. L’une devint chèvre, l’autre bouc ; l’une brebis, l’autre bélier. Il la posséda. De là naquirent les chèvres et les moutons.
Ainsi justement tout ce qui va par couple, jusques aux fourmis, il émit tout cela.

10. Celui-ci connut : « En vérité, je suis la Création ; car c’est moi qui ai créé tout ceci. » Et alors il devint la Création. Il est certes dans cette création de l’Atman, celui qui connaît ainsi.

11. Puis il fit du feu par frottement, de la manière suivante : il se créa Agni avec sa bouche pour matrice(45) et avec ses mains. Et c’est pour cela que ces deux choses sont sans poils à l’intérieur ; en effet, la matrice est sans poils à l’intérieur.

12. Et ainsi lorsque l’on dit : « Fais un sacrifice à celui-ci, fais un sacrifice à celui-ci. » et ainsi pour tous les Dieux un à un, ces Dieux sont des détails de sa création, car il est tous les Dieux.

13. Puis tout ce qu’il y a ici-bas d’humide, il le créa de son sperme. Et c’est là Soma.
Certes, tout ce monde, tant qu’il est, est manger et mangeurs. Soma est ce qu’on mange, Agni est le mangeur.

14. C’est là la supercréation du Brahma. Parce qu’il s’est créés des Dieux meilleurs que lui, parce que, étant mortel, il s’est créé des Immortels, c’est pour cela qu’il y a supercréation. Et il est dans cette supercréation de Lui, celui qui connaît ainsi.

15. Et ceci certes, jusqu’à ce moment là, était encore indéterminé. Et il le détermina au moyen du nom et de la forme : « Ceci a tel nom, a telle forme. » C’est pour cela que les choses ici-bas, encore aujourd’hui, sont justement déterminées par le nom et par la forme : « Celui-ci a tel nom, a telle forme. »

16. Et lui est entre ici-bas jusqu’au bout des ongles, comme serait un rasoir déposé dans son étui, ou comme le scorpion dans son nid. On ne le voit pas.

17. Étant incomplet, alors qu’il souffle, il est nommé le Souffle, alors qu’il parle, la Voix, alors qu’il voit, l’Œil, alors qu’il écoute, l’Oreille, alors qu’il pense, le Manas. Ces noms ne sont que les noms de ses actions.
Celui qui adore l’une d’entre celles-ci, celui-là ne sait pas : car c’est incomplet qu’il est ces choses une à une.

18. Qu’on l’adore ainsi ; « Il est l’Atman. » Car c’est en Cela que tous ceux-ci deviennent Un.
Ce par quoi il faut chercher la piste de tout ceci, c’est par savoir qu’il est l’Atman ; car c’est par Lui que l’on connaît tout ceci, de même que, certes, l’on trouverait par la trace. Il trouve de même de la gloire et de la réputation, celui qui connaît ainsi.

19. Cela même est plus cher qu’un fils, plus cher que la fortune, plus cher que toute autre chose, parce que cela, qui est l’Atman, est plus intime que l’intime.
Si quelqu’un disait d’une personne qui parle d’un autre que l’Atman comme lui étant cher : « Il perdra celui qui lui est cher, » il est maître, pour sa part, qu’il en soit ainsi. Qu’on adore l’Atman seul comme cher. Celui qui adore l’Atman seul comme cher, celui qui est cher à celui-là n’est pas exposé à périr.

20. Et l’on dit : « Si les hommes croient qu’ils deviendront tout par la connaissance de Brahma, qu’est-ce donc que ce Brahma lui-même a connu, Lui de qui tout ceci fut ? »

21. En vérité, Brahma, voilà ce qu’était tout ceci, à l'origine. Il avait, connu, son âtman seul : « Je suis Brahma. » C’est de Lui que tout ceci fut. Celui des Dieux qui s’est éveillé à Lui, ce Dieu devenait Lui. Et ainsi des Rishis, et ainsi des hommes.

22. C’est justement voyant cela que le Rishi Vâmadeva découvrit : « J’étais Manu et le soleil(46). » Et encore aujourd’hui celui qui sait ainsi : « Je suis Brahma, » celui-là devient tout ceci. Celui-là les Dieux mêmes ne peuvent faire qu’il ne soit pas, car il est leur âtman même.
Puis, celui qui adore une autre Divinité : « Celui-ci est un autre, je suis un autre, » celui-là ne sait pas. Et il est comme un bétail pour les Dieux. Tout de même que certes un nombreux bétail nourrirait un homme, de même chaque personne nourrit les Dieux. Même une seule bête du troupeau ayant été enlevée, cela n’est pas agréable : qu’est-ce donc quand beaucoup ? C’est pourquoi les Dieux n’aiment pas que les hommes sachent cela.

23. Brahma(47) en vérité était au commencement tout ceci, seul, seulement. Étant seul, il n’avait pas la force. Il se supercréa une forme meilleure, le kshatra(48), ceux qui sont les kshatras parmi les Dieux : Indra, Varuna, Soma, Rudra, Parjanya, Yama, Mrityu, Içâna. C’est pourquoi il n’y a rien de supérieur au kshatra.
C’est pour cela que le brahmane est assis au-dessous du kshatriya dans le râjasûya(49). C’est dans le kshatra seul qu’il met cet honneur. Ce qui est la matrice du kshatra, c’est le brahma. C’est pourquoi, bien que le roi soit élevé à la dignité dêtre le plus haut, c’est le brahma, sa matrice, qu’à la fin pourtant il amène à lui. Celui qui lui fait du mal, celui-là blesse sa matrice. Il devient pire, comme ayant fait du mal à meilleur que lui.

24. Et il n’avait pas encore la force. Il se créa le viç(50), ceux qu’entre les Dieux on désigne comme des collectivités et par groupes : les Vasus, les Rudras, les Adityas, les Viçvedevas, les Maruts.

25. Et il n’avait pas encore la force. Il se créa la caste des çûdras, nourricière. C’est cette terre qui est Pûshan(51) : en effet c’est cette terre qui nourrit cet univers, tout, tant qu’il est.

26. Et il n’avait pas encore la force. Et il se supercréa cette forme meilleure, le Dharma(52).
Ce qui est le Dharma, c’est le kshatra du kshatra.C’est pourquoi il n’y a rien de supérieur au Dharma. Et c’est ainsi qu’un homme plus faible compte diriger un plus fort au moyen du Dharma, tout comme au moyen d’un roi.
En vérité ce qui est ce Dharma, cela est la vérité. C’est pourquoi l’on dit de celui qui dit la vérité : « Il dit le Dharma, » de celui qui dit le Dharma : « 11 dit la vérité. » L’un et l’autre ne font qu’un.

27. Et c’est là le brahma, le kshatra, le viç et le çûdra. Et c’est par Agni qu’il a été le brahma parmi les Dieux, le brahmane parmi les hommes. Il a été par le Kshatriya le kshatriya, par le Vaiçya le vaiçya, par le Çûdra le çûdra.
C'est pourquoi c’est dans Agni parmi les Dieux qu’ils désirent avoir leur monde, dans le brahmane parmi les hommes. En effet le brahma fut dans ces deux formes.

28. Puis, en vérité, celui qui s’en va de ce monde sans avoir vu son monde, Lui, par ce fait qu’il n’est pas connu, ne le mange pas(53), comme le Veda s’il n’a pas été récité, ou telle autre action si elle n’a pas été faite. Et certes, même si celui qui ne sait pas ainsi fait des œuvres très méritoires, ces œuvres pour lui à la fin sont épuisées.
Que l’on adore l’Atman seul comme monde. Celui qui adore l’Atman seul comme son monde, de celui-là les œuvres ne sont pas épuisées. Car de cet Atman, tout ce qu’il désire, il l'émet pour soi.

29. Puis en vérité, cet Atman est le monde de tous les êtres. Par le fait qu’on verse des libations, par le fait qu'on accomplit des sacrifices, c’est le monde des Dieux. Par le fait qu’on récite des prières, c’est le monde des Rishis. Par le fait qu’on désire de la progéniture, par le fait qu’on offre des offrandes, c’est le monde des Pitris(54). Puis, par le fait qu'on héberge les hommes, par le fait qu’on leur donne de la nourriture, c'est le monde des hommes. Puis, par le fait qu’on acquiert de l’herbe et de l’eau pour le bétail, c’est le monde du bétail. Par le fait que, dans ses maisons, des quadrupèdes, des oiseaux, et ainsi de suite jusqu’aux fourmis, vivent de lui, c’est leur monde.
Et, de même que, certes, on désire le non-dommage pour son monde, pour celui qui connaît ainsi tous les êtres toujours désirent le non-dommage.
Voilà qui est connu, qui est bien examiné.

30. L’Atman, voilà ce qu’était ceci à l’origine, seul, seulement. Il désira : « Qu’une épouse me soit, et que j’engendre, et que de la richesse me soit, et que j’accomplisse des œuvres. »
Voilà tout le désir ; et même si l’on cherchait, on ne trouverait rien de plus.
C’est pour cela qu’encore aujourd’hui un homme solitaire désire : « Qu’une épouse me soit, et que j’engendre, et que de la richesse me soit, et que j’accomplisse des œuvres. » Et même, tant qu’il n’obtient pas ces choses, une à une, aussi longtemps il pense qu’il est incomplet.
Voici sa plénitude :

31.Pour lui le manas est l’âtman, la voix l’épouse, le souffle la progéniture, l’œil la richesse humaine, car c’est par l’œil qu’il l'acquiert, l’oreille la richesse divine car c’est par l’oreille qu’il l’entend. Pour lui, l’âtman est les œuvres, car c’est par l’âtman qu’il fait ses œuvres.
C’est là le quintuple sacrifice, la quintuple victime, le quintuple purusha. Cet univers est quintuple, tout, tant qu’il est. Celui-là obtient cet univers, tout, tant qu’il est, qui connaît ainsi.

CINQUIÈME BRAHMANA

1. Quand le Père produisit sept nourritures par sa sagesse, par ses austérités, une fut en commun avec lui, deux il partagea avec les Dieux, trois il se fit pour son âtman, et il en céda une au bétail.
En ceci tout a son point d'appui, ce qui respire et ce qui ne respire pas. Pourquoi celles-ci ne s'épuisent-elles pas, alors qu'on les mange constamment ?
Celui donc qui connaît cet inépuisement, celui-là mange de la nourriture avec sa face, et aussi il va vers les Dieux et il vit de ce qui fortifie.

Ainsi disent les vers.

2. "Quand le Père produisit sept nourritures par sa sagesse, par ses austérités. » En effet, c’est par sa sagesse, par ses austérités que le Père les a créées.
« Une fut en commun avec lui. » Ceci est à lui ; c’est la nourriture qui est en commun, tout celle qui est mangée ici-bas. Celui qui adore celle-là, celui-ci ne se détourne pas du mal, car elle est en commun.

3. « Deux il partagea avec les Dieux. » Ce qu’on offre dans le feu et ce qu’on offre à la suite d’un sacrifice. C’est pourquoi on fait des offrandes dans le feu aux Dieux, et on fait les autres offrandes. Et on dit aussi : c’est les sacrifices de la nouvelle pleine lune. Donc, qu’on n’offre pas le sacrifice en vue d’un désir.

4. « Il en céda une au bétail. » C’est le lait. En effet, c'est de lait d’abord que les hommes et les ani-maux vivent. C’est pourquoi ou bien on fait lécher tout d’abord au nouveau-né du beurre fondu, ou bien on lui fait téter le sein.

5. Et aussi on appelle un petit qui vient de naître un qui ne mange pas d’herbe.
« En ceci tout a son point d’appui, ce qui respire et ce qui ne respire pas. » En effet, c’est sur le lait que tout a son point d’appui, ce qui respire et ce qui ne respire pas.

6. Et maintenant, on dit : « Celui qui fait une offrande avec du lait pendant toute une année écarte victorieusement la remort(55). » Que l’on sache qu’il n’en est pas ainsi. Ce jour seul où il fait une offrande dans le feu, ce jour-là il écarte victorieusement la remort, celui qui connaît ainsi. En effet, il cède tout aux Dieux comme nourriture à manger.
« Pourquoi celles-ci ne s’épuisent-elles pas, alors qu’on les mange constamment ? »

7. C’est le purusha qui est l’inépuisement, car c’est lui qui se produit toujours et toujours cette nourriture-ci.
« Celui qui connaît cet inépuisement. » C’est le purusha qui est l’inépuisement : car c’est lui qui, pensée par pensée, se produit cette nourriture par des œuvres. S’il ne le faisait, cela s’épuiserait.
« Celui-là mange de la nourriture avec sa face. » Sa face, c’est sa bouche : c’est avec sa bouche.
« Il va vers les Dieux et il vit de ce qui fortifie. » C’est une façon d’éloge.

8. « Trois il se fit pour son âtman. » Le manas, la voix, le souffle, voilà ce qu’il a fait pour on âtman.
« J’avais le manas ailleurs, je n’ai pas vu ; j’avais le manas ailleurs, je n’ai pas entendu, » ainsi dit-on : car c’est avec le manas seul qu’on voit, avec le manas qu’on entend.

9. Le désir, la détermination, l’incertitude, la croyance et l’incroyance, la fermeté et la non-fermeté, l’honneur, l’intelligence, la crainte, tout cela, c’est le manas. Et c’est pourquoi, quand on est effleuré par derrière, on le connaît avec le manas.

10. Tout ce qui est son, voilà la voix : car elle dépend ‘une fin, car elle n’existe pas.
Le souffle exhalé, le souffle inhalé, le souffle dispersé, le souffle élevé, le souffle réuni, le souffle, voilà tout ce qui est le souffle.
Voilà de quoi est fait cet âtman, fait de voix, fait de manas, fait de souffle.

11. Les trois mondes, c’est eux : c’est la voix qui est monde-ci, le manas le monde de l’atmosphère, le souffle le monde qui est là-bas.

12. Les trois Vedas, c’est eux : c’est la voix qui est le Rig-Veda, le manas le Yajur-Veda, le souffle le Sâma-Veda.

13. Les Dieux, les Pitris, les hommes, c’est eux : c’est la voix qui est les Dieux, le manas les Pitris, le souffle les hommes.

14. Le père, la mère, la progéniture, c’est eux : c’est le manas qui est le père, la voix la mère, le souffle la progéniture.

15. Le connu, le connaissable, l’inconnu, c’est eux.
Tout ce qui est le connu, c’est une forme de la voix, car la voix est connue ; la voix étant devenue cela lui(56) fait du bien.

16. Tout ce qui est le connaissable, c’est une forme du manas, car le manas est connaissable ; le manas étant devenu cela lui fait du bien.

17. Tout ce qui est l’inconnu, c’est une forme du souffle, car le souffle est inconnu ; le souffle étant devenu cela lui fait du bien.

18. De cette voix la terre est le corps ; sa forme-lumière est ce feu-ci. Donc, aussi grande est la voix, aussi grande est la terre, aussi grand est ce feu-ci.

19. Puis de ce manas le ciel est le corps ; sa forme-lumière est ce soleil là-bas. Donc, aussi grand est le manas, aussi grand est le ciel, aussi grand est ce soleil là-bas.
Ces deux là s’accouplèrent : de là le souffle naquit. C’est Indra, il est sans rival : c’est un second, en vérité, qui est un rival. Il n’y a pas de rival pour celui qui connaît ainsi.

20. Puis de ce souffle les eaux sont le corps ; sa forme-lumière est cette lune là-bas. Donc, aussi grand est le souffle, aussi grandes sont les eaux, aussi grande est cette lune là-bas.

21. Ceux-là, tous sont égaux, tous infinis. Celui qui les adore, comme étant finis, celui-là conquiert un monde fini. Celui qui les adore comme étant infinis, celui-là conquiert un monde infini.

22. Ce Prajâpati — l’an — a seize parties : de celui-ci précisément les nuits forment quinze parties ; la seizième partie de celui-ci est le point fixe. Lui, par les nuits précisément, est complété et est diminué. Lui, la nuit de la nouvelle lune, entre tout entier par cette seizième partie dans tout ce qui a souffle, et naît le matin suivant. C’est pourquoi, cette nuit-là, il ne faut pas trancher le souffle de ce qui a souffle, pas même le souffle d’un lézard ; c’est pour la rémunération de cette Divinité.

23. Ce Prajâpati à seize parties qui est l’an, c’est celui-là qu’est l’homme qui connaît ainsi. De celui-ci les quinze parties sont précisément les richesses, et la seizième partie est l’âtman. Par la richesse il est complété et diminué.
C’est une façon de moyeu que cet âtman ; la jante c’est la richesse. C’est pourquoi, quand bien même quelqu’un aurait éprouvé tous les revers, s’il lui reste son âtman, on dit : « Il s’en est tiré au prix de sa jante. »

24. Et maintenant, en vérité, il y a trois mondes : le monde des hommes, le monde des Pitris et le monde des Dieux.
Ce monde-ci, qui est celui des hommes, peut se conquérir seulement par un fils, et non par une autre œuvre, par l’œuvre le monde des Pitris, par la science le monde des Dieux.
Le monde des Dieux en vérité est le meilleur des mondes ; c’est pourquoi on vante la science.

25. Et maintenant, après ceci, c’est la transmission.
Quand on pense qu’on va mourir, alors on dit à son fils :
« Tu es le brahma, tu es le sacrifice, tu es le monde. »
Alors, le fils répond :
« Je suis le brahma, je suis le sacrifice, je suis le monde. »

26. Tout ce qui est récité, tout cela devient un quand on dit le brahma.
Tous les sacrifices, quels qu’ils soient, tout cela devient un quand on dit le sacrifice.
Tous les mondes, quels qu’ils soient, tout cela devient un quand on dit le monde.
C’est là tout ceci, sans plus. « Qu’étant tout ceci, il me mange tout entier à mon sortir d’ici. »
C’est pourquoi l’on dit d’un fils instruit qu’il a du monde ; c’est pourquoi on lui donne de l’instruction.
Quand, connaissant ainsi, il s’en va de ce monde, alors avec ses souffles mêmes il entre dans son fils. Si par lui a été fait quelque chose de travers, de tout cela le fils le délivre : c’est pourquoi on l’appelle un fils(57). Il a, par son fils, un point d’appui dans ce monde-ci. Puis, les souffles divins, immortels, entrent en lui.

27. De la terre et du feu, la voix divine entre en lui.
C’est la voix divine, celle par qui, quoi qu’il dise, cela est.

28. Du ciel et du soleil, le manas divin entre en lui.
C’est le manas divin, celui par qui l’on devient heureux ; et alors on n’a plus de chagrin.

29. Des eaux et de la lune le souffle divin entre en lui.
C’est le souffle divin, celui qui, en mouvement ou sans mouvement, ne branle pas et n’éprouve pas de dommage.
Celui qui connaît ainsi devient l’âtman de tous les êtres. Telle qu’est cette Divinité, tel il est. De même qu’à cette Divinité tous les êtres veulent du bien, de même à celui qui connaît ainsi tous les êtres veulent du bien. Tout ce que ces créatures ont de chagrin, tout cela ne sort pas de chez elles ; c’est ce qui est bon qui va jusqu’à lui : en vérité, le mal ne va pas jusqu’aux Dieux.

30. Et maintenant, après ceci, c’est l’examen philosophique des pratiques.
Prajâpati créa les œuvres. Celles-ci, une fois émises, rivalisaient l’une avec l’autre :
« Je vais parler, moi, » voulut la voix.
— « Je vais voir, moi, » ainsi l’œil.
— « Je vais entendre, moi, » ainsi l’oreille.
Et ainsi des autres œuvres, selon leur œuvre.

31. Mrityu, étant devenu la Fatigue, les dompta ; il les atteignit et les ayant atteints, Mrityu les empêcha d’agir. Et c’est pourquoi se fatigue la voix, se fatigue l’œil, se fatigue l’oreille.
Et il n’atteignit pas celui qui est le souffle du milieu.

32. Ceux-ci voulurent savoir. « Celui-ci est le meilleur de nous, celui qui, en mouvement ou sans mouvement, ne branle pas et n’éprouve pas de dommage. Allons, devenons tous la forme de celui-ci. »
Et ils devinrent tous la forme de celui-ci. C’est pour cela que ceux-ci sont appelés, d’après lui, souffles.
D’après celui-là qui connaît ainsi, cette famille est appelée, en laquelle est celui qui connaît ainsi. Celui qui rivalise avec celui qui connaît ainsi s’étant desséché, à la fin meurt.
Voilà par rapport à l'âtman.

33. Voici par rapport aux Divinités.
« Je vais brûler, moi, » voulut le feu.
— « Je vais échauffer, moi, » ainsi le soleil.
— « Je vais luire, moi, » ainsi la lune.
Et ainsi des autres Divinités, selon leur divinité.
Et, comme entre ces souffles est le souffle du milieu, ainsi entre ces Divinités est le Vent. Les autres Divinités disparaissent, non le Vent. C’est la Divinité qui n’a pas de coucher qui est le Vent.

34. Et il y a cette stance :
Là d’où le soleil se lève et là où il va se coucher, (c’est du souffle qu’il se lève, dans le souffle qu’il se couche)
C’est ce que les Dieux ont fait le Dharma, et aujourd’hui et demain.
Ce que, certes ceux-là voulaient en ce temps-là, ils le font encore aujourd’hui.
Ainsi donc, qu’on ne fasse qu’une seule pratique pieuse : qu’on exhale le souffle et qu’on l’inhale.
« Que le mal, Mrityu, ne m’atteigne pas. » S’il accomplit cela, qu’il tienne à l’accomplir jusqu’au bout. Par cela il conquiert l’union avec cette Divinité, le même monde que cette Divinité, celui qui connaît ainsi.

SIXIÈME BRAHMANA

1. Les trois, les voici : non, forme, œuvre.
Entre les noms, ce qu’on appelle voix en est l’uktha(58): car c’est de là que tous les noms tirent leur origine(59). C'est là leur sâman, car elle est égale à tous les noms. C'est leur brahma, car elle porte(60) tous les noms.

2. Puis, entre les formes, ce qu’on appelle œil en est l’uktha : car c’est de là que toutes les formes tirent leur origine. C’est là leur sâman, car il est égal à toutes les formes. C’est leur brahma, car il porte toutes les formes.

3. Puis, entre les œuvres, ce qu’on appelle âtman en est l’uktha : car c’est de là que toutes les œuvres tirent leur origine. C’est là leur sâman, car il est égal à toutes les œuvres. C’est leur brahma, car il porte toutes les œuvres.
Cette chose, qui est trois, est une : c’est l’âtman. L’âtman, qui est un, est ces trois choses. C’est l’immortel qui est couvert par la vérité. C’est le souffle qui est l’immortel, le nom et la forme qui sont la vérité, et c’est par ces deux choses que le souffle est couvert.

SECONDE LECTURE

PREMIER BRAHMANA

1. Il y avait un Gârgya(61) instruit, Bâlâki l'Orgueilleux. Or, il dit à Ajâtaçatru, de Kâçi(62):
"Que je te dise le brahma. »
Ajâtaçatru dit :
«Nous donnons un millier(63) en retour d'un pareil discours,parce que les gens s’en vont disant :— Janaka, Janaka(64), — et ils courent.»

2. Alors le Gârgya dit :
« Ce purusha là-bas qui est dans le soleil, c'est lui que j’adore comme brahma. »
Et Ajâtaçatru dit :
« Ne me parle pas de celui-là. Il est au-dessus de tous les êtres, il est la Tête, il est le Roi : c’est ainsi, en vérité, que je l’adore. »
Celui qui l’adore, ainsi s’élève au-dessus de tous les êtres, il devient la Tête, le Roi.

3. Alors le Gârgya dit :
« Ce purusha là-bas qui est dans la lune, c’est lui que j’adore comme brahma. »
Et Ajâtaçatru dit :
« Ne me parle pas de celui-là. Il est grand, il a le vêtement clair. Soma, le Roi : c’est ainsi en vérité, que je l’adore. »
Celui qui l’adore ainsi, tous les jours le Soma est pressé et la nourriture ne s’épuise jamais pour lui.

4. Alors le Gârgya dit :
« Ce purusha-ci qui est dans l’éclair, c’est lui que j’adore comme brahma. »
Et Ajâtaçatru dit :
« Ne me parle pas de celui-là. Il a de l’éclat : c’est ainsi, en vérité, que je l’adore. »
Celui qui l’adore ainsi devient éclatant, et il lui vient une descendance éclatante.

5. Alors le Gârgya dit :
« Ce purusha-ci qui est dans l’éther, c’est lui que j’adore comme brahma. »
Et Ajâtaçatru dit :
« Ne me parle pas de celui-là. Il est plein, il n’est pas en développement : c’est ainsi, en vérité, que je l’adore. »
Celui qui l’adore ainsi a plénitude de progéniture et de bétail, et sa descendance ne disparaît pas, par arrêt de développement, de ce monde.

6. Alors le Gârgya dit :
« Ce purusha-ci qui est dans le vent, c’est lui que j’adore comme brahma. »
Et Ajâtaçatru dit :
« Ne me parle pas de celui-là. Il est Indra Vaikuntha, il est l’armée invaincue : c’est ainsi, en vérité, que je l’adore. »
Celui qui l’adore ainsi devient victorieux, sans défaite, et vainqueur de tous les autres.

7. Alors le Gârgya dit :
« Ce purusha-ci qui est dans le feu, c’est lui que j’adore comme brahma. »
Et Ajâtaçatru dit :
« Ne me parle pas de celui-là. Il est très-puissant : c’est ainsi, en vérité, que je l’adore. »
Celui qui l’adore ainsi devient très-puissant, et sa postérité devient très-puissante.

8. Alors le Gârgya dit :
« Ce purusha-ci qui est dans l’eau, c’est lui que j’adore comme brahma. »
Et Ajâtaçatru dit :
« Ne me parle pas de celui-là. Il est conforme : c’est ainsi, en vérité, que je l’adore. »
Celui qui l’adore ainsi, ce qui lui est conforme vient à lui, et non ce qui ne lui est pas conforme, et il lui naît un fils à lui conforme.

9. Alors le Gârgya dit :
« Ce purusha-ci qui est dans le miroir, c’est lui que j’adore comme brahma. »
Et Ajâtaçatru dit :
« Ne me parle pas de celui-là. Il est lumineux : c’est ainsi, en vérité, que je l’adore. »
Celui qui l’adore ainsi devient lumineux, et sa descendance devient lumineuse ; et, de plus, ceux qu’il rencontre, il les surpasse tous en lumière.

10. Alors le Gârgya dit :
« Ce purusha-ci qui est dans les points cardinaux, c’est lui que j’adore comme brahma. »
Et Ajâtaçatru dit :
« Ne me parle pas de celui-là. Il est second, il ne s’en va pas : c’est ainsi, en vérité, que je l’adore. »
Celui qui l’adore ainsi a un second et sa compagnie n’est pas séparée de lui.

11. Alors le Gârgya dit :
« Le son qui s’élève derrière celui qui s’en va et le suit, c’est lui que j’adore comme brahma. »
Et Ajâtaçatru dit :
« Ne me parle pas de celui-là. C’est la respiration : c’est ainsi, en vérité, que je l’adore. »
Celui qui l’adore ainsi, la vie lui vient toute en ce monde, et le souffle ne le quitte pas avant son temps.

12. Alors le Gârgya dit :
« Ce purusha-ci qui est fait de l’ombre, c’est lui que j’adore comme brahma. »
Et Ajâtaçatru dit :
« Ne me parle pas de celui-là. C’est la mort : c’est ainsi, en vérité, que je l’adore. »
Celui qui l’adore ainsi, la vie lui vient toute en ce monde, et la mort ne lui vient pas avant le temps.

13. Alors le Gârgya dit :
« Et ce purusha-ci qui est fait dans l'âtman, c’est lui que j’adore comme brahma. »
Et Ajâtaçatru dit :
« Ne me parle pas de celui-là. Il a un âtman : c’est ainsi, en vérité, que je l’adore. »
Celui qui l’adore ainsi a un âtman, et sa postérité a un âtman.
Et le Gârgya se tint silencieux.

14. Et Ajâtaçatru dit :
« Est-ce tout ? »
— « C’est tout. »
— « Ce n’est pas assez pour connaître. »
Et le Gârgya dit :
« Je veux venir humblement à toi. »

15. Et Ajâtaçatru dit :
« C’est un contre-sens, en vérité, que le brahmane vienne humblement vers le kshatriya, en se disant : — Il me dira le brahma. — Cependant je vais t’instruire. »
Ce disant, l’ayant pris à la main, il se leva. Eux deux allèrent vers un homme endormi. Ils l’interpellèrent par ces noms : « Grand, au vêtement blanc, Soma, Roi. » Et il ne se leva pas. Il l’éveilla en le secouant par la main, et alors il se leva.

16. Et Ajâtaçatru dit :
« Là donc où était ce dormeur, celui qui est ce purusha fait de discernement, où était-il alors ? D’où est-il venu ? »
Cela, le Gârgya n’en avait pas l’idée.

17. Et Ajâtaçatru dit :
« Là donc où était ce dormeur, celui qui est ce purusha fait de discernement, ayant alors, par le discernement de ces souffles, pris en soi le discernement, il y a dans le cœur, à l’intérieur, un espace : c’est là qu’il gît.

18. « Lorsqu’il les prend, alors le purusha dort, comme on dit ; alors, pris est le souffle, prise la voix, pris l’œil, prise l’oreille, pris le manas.

19. « Là où il marche en rêve, ce sont là ses mondes ; alors, il est ou comme un grand roi, ou comme un grand brahmane, ou il va en haut ou en bas.

20. « Et tout de même qu’un grand roi, ayant pris ses sujets, circulerait à son gré dans son domaine, ainsi lui, ayant pris les souffles, circule à son gré dans son propre corps.

21. « Et lorsqu’il est plongé dans un profond sommeil, lorsqu’il n’a plus connaissance de rien, les vaisseaux appelés hilas, au nombre de soixante douze mille, se dirigent du cœur vers la poche du cœur. Par ces vaisseaux s’étant retiré à l’intérieur, il gît dans la poche du cœur.

22. « Et de même que, ou un enfant, ou un grand brahmane étant allé au faîte de la béatitude, reposerait, ainsi lui repose.

23. « Comme une araignée sortirait par sa toile, comme de petites étincelles sortent en se dispersant du feu, ainsi de cet Atman tous les souffles, tous les mondes, tous les Dieux, tous les êtres, tous ces atmans sortent en se dispersant. »
L’upanishad de ceci est appelée le vrai du vrai. Les souffles sont le vrai, de ces souffles il est le vrai.

SECOND BRAHMANA

1. Celui qui connaît le petit avec son lieu de dépôt, avec son lieu de conservation, avec son poteau, avec sa corde, écarte les sept cousins ennemis.

2. En vérité, ce qui est le petit, c’est le souffle du milieu ; ceci est son lieu de dépôt, ceci est son lieu de conservation, le souffle est son poteau, la nourriture est sa corde. Les sept puissances impérissables viennent humblement à lui.

3. Et alors, ces lignes que voici, rouges, dans l’œil, par ces lignes Rudra se rattache à lui. Et maintenant, les eaux qui sont dans l'œil, par elles Parjanya ; la pupille, par elle Aditya ; ce qui est blanc, par là Agni ; ce qui est noir, par là Indra. Par la ligne in¬férieure de l’œil, la Terre se rattache à lui, le Ciel par la supérieure. La nourriture ne s’épuise pas pour celui qui connaît ainsi.

4. Et il y a cette stance :
Il y a une coupe qui a l’orifice en bas, le fond en haut ; en elle est déposée la gloire qui a toutes les formes ; les sept Rishis sont assis sur le bord de cette coupe ; la Voix est le huitième, en accord avec Brahma.

5. « Il y a une coupe qui l’origine en bas et le fond en haut. » C’est la tête, car elle est une coupe qui l’orifice en bas et le fond en haut.
« En elle est déposée la gloire qui a toutes les formes. » Les souffles sont la gloire déposée en elle, qui a toute forme : c’est donc les souffles qu’il désigne.
« Les sept Rishis sont assis sur le bord de cette coupe. » Les souffles sont les Rishis : c’est donc les souffles qu’il énonce.
« La Voix est le huitième, en accord avec Brahma. » En effet, la Voix, huitième, s’accorde avec Brahma.

6. Ces deux-ci sont Gotama et Bharadvâja : celui-ci Gotama, celui-ci Bharadvâja.
Ces deux-ci sont Viçvâmitra et Jamadagni : celui-ci Viçvâmitra, celui-ci Jamadagni.
Ces deux-ci sont Vasishtha et Kaçyapa : celui-ci Vasishtha, celui-ci Kaçyapa.
La Voix est Atri, car c’est par la Voix que la nourriture est mangée : le nom Atri vient de la racine ad(65).
Il est mangeur de tout, tout est sa nourriture, celui qui connaît ainsi.

TROISIÈME BRAHMANA

1. Le Brahma a deux formes, une corporelle, et une incorporelle, une mortelle et une immortelle, une fixe et une en mouvement, une qui est l’être et une qui est ceci.

2. La forme qui est la corporelle, c’est celle qui est autre que le vent et l'atmosphère: c’est la forme mortelle, c’est la forme fixe, c’est la forme être.

3. De cette forme corporelle, de cette forme mortelle, de cette forme fixe, de cette forme être, celui-ci est le suc, qui brille, car il est le suc de l’être.

4. Et l’incorporelle, c'est le vent et l'atmosphère : c’est la forme immortelle, c'est la forme en mouvement, c’est la forme ceci.

5. De cette forme incorporelle, de cette forme immortelle, de celle forme en mouvement, de cette forme ceci, celui-ci est le suc, qui est le purusha dans l'intérieur de ce disque, car il est le suc de ce qui est ceci.
Voilà par rapport aux Divinités.

6. Et voici par rapport à l’Atman :
Cette forme est la corporelle qui est autre que le souffle et qui est l'espace à l'intérieur de l'Atman ; c'est la forme mortelle, la forme fixe, la forme être.

7. De cette forme corporelle, de cette forme mortelle, de cette forme fixe, de cette forme être, celui-ci est le suc, qui est l'œil, car il est le suc de l'être.

8. Et l'incorporelle, c'est le souffle et c'est l'espace à l’intérieur de l'Atman. C’est la forme immortelle, la forme en mouvement, la forme ceci.

9. De cette forme incorporelle, de cette forme immortelle, de cette forme en mouvement, de cette forme ceci, celui-ci est le suc, qui est le purusha dans l'œil droit, car il est le suc de ce qui est ceci.

10. A ce purusha la forme est comme un vêtement couleur safran, comme de la laine blanche, comme une coccinelle, comme la lumière du soleil, comme un lotus, comme un éclair soudain.
Sa fortune est comme un éclair soudain, celui qui connaît ainsi.

11. Et maintenant, c'est la formule : « Non, non. »
Car, quand on dit non, il n'y a rien au-delà.
Et maintenant, le nom, c'est le vrai du vrai: les souffles sont le vrai, et il est le vrai des souffles.

QUATRIÈME BRAHMANA

1. « Maitreyî, » ainsi parla Yâjñavalkya. « En vérité, oui, je vais m’en aller de ce séjour. Allons, je veux conclure un arrangement entre toi et Kâtyâyanî que voici. »

2. Et Maitreyî parla ainsi :
« Si pour moi, ô Seigneur, toute cette terre-ci était remplie de richesse, eh bien, en serais-je immortelle ? »
— « Non, » ainsi parla Yâjñavalkya. « De même qu’est la vie de ceux qui ont des moyens, ainsi précisément serait ta vie ; mais, d’être immortel, il n’y en a pas d’espérance dans la richesse. »

3. Et Maitreyî parla ainsi :
« Ce par quoi je ne serai pas immortelle, qu’ai-je à faire de cela ? Voici : ce que ta Seigneurie sait, dis-le-moi. »

4. Et Yâjñavalkya parla ainsi :
« Toi qui m’es, oui, si plaisante, tes paroles me plaisent. Allons, assieds-toi : je vais t’expliquer. Mais pendant que je t’expose, toi, sois attentive. »
— « Que ta Seigneurie parle. »

5. Et Yâjñavalkya parla ainsi :
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l’amour du mari que le mari est cher : c’est pour l’amour de l’Atman que le mari est cher.
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l’amour de l’épouse que l’épouse est chère : c’est pour l’amour de l’Atman que l’épouse est chère.
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l’amour des fils que les fils sont chers : c’est pour l’amour de l’Atman que les fils sont chers.
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l’amour de la richesse que la richesse est chère : c’est pour l’amour de l’Atman que la richesse est chère.
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l’amour du brahma(66) que le brahma est cher : c’est pour l’amour de l’Atman que le brahma est cher.
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l’amour du kshatra que le kshatra est cher : c’est pour l’amour de l’Atman que le kshatra est cher.
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l’amour des mondes que les mondes sont chers : c’est pour l’amour de l’Atman que les mondes sont chers.
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l’amour des Dieux que les Dieux sont chers : c’est pour l’amour de l’Atman que les Dieux sont chers.
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l’amour des êtres que les êtres sont chers : c’est pour l’amour de l’Atman que les êtres sont chers.
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l’amour du Tout que le Tout est cher : c’est pour l’amour de l’Atman que le Tout est cher.
« L’Atman, en vérité, oui, c’est lui qu’il faut voir, lui qu’il faut entendre, lui qu’il faut penser, lui qu’il faut méditer. Maitreyî, c’est par la vue de l’Atman, en vérité, par son audition, par sa pensée, par sa notion distincte, que tout ceci est connu.

6. « Le brahma l’a abandonné, celui qui pense que le brahma est ailleurs qu’en l’Atman ; le kshatra l’a abandonné, celui qui pense que le kshatra est ailleurs qu’en l’Atman ; les mondes l’ont abandonné, celui qui pense que les mondes sont ailleurs qu’en l’Atman ; les Dieux l’ont abandonné, celui qui pense que les Dieux sont ailleurs qu’en l’Atman ; les êtres l’ont abandonné, celui qui pense que les êtres sont ailleurs qu’en l’Atman ; le Tout l’a abandonné, celui qui pense que le Tout est ailleurs qu’en l’Atman.
« C’est là le brahma, c’est là le kshatra, c’est là les mondes, c’est là les Dieux, c’est là les êtres, c’est là le Tout, ce qui est cet Atman.

7. « Et, de même que d’un tambour qui est battu, on n’est pas capable de saisir le son une fois qu’il est dehors, mais, par ce fait qu’on saisit le tambour ou celui qui bat le tambour, le son est saisi ;

8. « Et, de même que d’une vînâ(67), qu’on fait résonner, on n’est pas capable de saisir le son une fois qu’il est dehors, mais, par ce fait qu’on saisit la vînâ ou celui qui fait résonner la vîna, le son est saisi

9. « Et, de même que d’une conque dont on souffle, on n’est pas capable de saisir le son une fois qu’il est dehors, mais, par ce fait qu’on saisit la conque ou celui qui souffle dans la conque, le son est saisi ;

10. « Et, de même que d’un feu de bois humide des fumées s’échappent en tout sens, ainsi, en vérité, oui, de ce grand être, ceci est l’exhalaison, qui est le Rig-Veda, le Yajur-Veda, le Sâma-Veda, les Atharvângiras, l’itihâsa, le purâna, la science, les upanishads, les stances, les aphorismes, les gloses et les commentaires : de lui toutes ces choses sont l’exhalaison.

11. « Et, de même que de toutes les eaux l’Océan est le lieu, de même de tous les touchers la peau est le lieu, de même de toutes les odeurs les narines sont le lieu, de même de tous les goûts la langue est le lieu, de même de toutes les formes l’œil est le lieu, de même de tous les sons l’oreille est le lieu, de même de toutes les volitions le manas est le lieu, de même de toutes les sciences le cœur est le lieu, de même de toutes actions les mains sont le lieu, de même de toutes les marches les pieds sont le lieu, de même de toutes les voluptés les parties sexuelles sont le lieu, de même de toutes les excrétions l’anus est le lieu, de même de toutes les connaissances la voix est le lieu.

12. « Et, de même qu’un morceau de sel jeté dans l’eau se dissout dans l’eau, et, ah, on n’a plus de prise sur lui, mais, de quelque endroit que l’on prenne, c’est du sel ; de même, en vérité, oui, est ce grand être infini, sans bords, bloc de discernement. Surgissant de ces êtres, il disparaît avec eux. Après la mort, il n’y a pas de conscience : oui, je le dis en vérité. »
Ainsi parla Yâjñavalkya.

13. Et Maitreyî parla ainsi :
« C’est en ceci seulement que tu m’as effarée : après la mort, il n’y a pas de conscience. »

14. Et Yâjñavalkya parla ainsi :
« En vérité, oui, je ne dis rien qui effare ; cela est assez, oui, pour savoir exactement.

15. « Là où il y a comme une dualité, l’un voit l’autre, l’un sent l’autre, l’un interpelle l’autre, l’un écoute l’autre, l’un pense l’autre, l’un connaît l’autre.

16. « Mais là où tout n’est plus que l’Atman, par qui verrait-on et qui ? par qui sentirait-on, et qui ? par qui interpellerait-on, et qui ? par qui entendrait-on, et qui ? par qui penserait-on, et qui ? par qui connaîtrait-on, et qui ? Celui par lequel on connaît tout ceci, celui-là par qui le connaîtrait-on ? Le connaisseur, par qui le connaîtrait-on ? »

CINQUIÈME BRAHMANA

1. Cette terri-ci est le miel de tous les êtres ; de cette terre tous les êtres sont le miel, et aussi ce purusha qui est sur cette terre, fait d’éclat, fait d’immortalité, et aussi, au point de vue de l’Atman, ce purusha qui est corporel, fait d’éclat, fait d’immortalité ; c’est là même l’Atman, c’est là l’immortalité, c’est là le Brahma, c’est là le Tout.

2. Ces eaux-ci sont le miel de tous les êtres ; de ces eaux tous les êtres sont le miel, et aussi ce purusha qui est dans ces eaux, fait d’éclat, fait d'immortalité, et aussi, au point de vue de l'Atman, ce purusha qui est fait de sperme, fait d'éclat, fait d'immortalité ; c’est là même l’Atman, c'est là l'immortalité, c’est là le Brahma, c’est là le Tout.

3. Ce feu-ci est le miel de tous les êtres ; de ce feu tous les êtres sont le miel, et aussi ce purusha qui est dans ce feu, fait d'éclat, fait d’immortalité, et aussi, au point de vue de l’Atman, ce purusha qui est fait de voix, fait d’éclat, fait d’immortalité ; c’est là même l’Atman, c’est là l'immortalité, c'est là le Brahma, c’est là le Tout.

4. Cet espace-ci est le miel de tous les êtres ; de cet espace tous les êtres sont le miel, et aussi ce purusha qui est dans cet espace, fait d’éclat, fait d’immortalité, et aussi, au point de vue de l'Atman, ce purusha qui est l’espace dans le cœur, fait d’éclat, fait d’immortalité ; c’est là même l’Atman, c’est là l’immortalité, c’est là le Brahma, c’est là le Tout.

5. Ce vent-ci est le miel de tous les êtres; de ce vent tous les êtres sont le miel, et aussi ce purusha qui est dans ce vent, fait d'éclat, fait d’immortalité, et aussi, au point de vue de l'Atman, ce purusha qui est du souffle, fait d’éclat, fait d’immortalité; c’est là même l’Atman, c’est là l’immortalité, c’est là le Brahma, c’est là le Tout.

6. Ce soleil-ci est le miel de tous les êtres; de ce soleil tous les êtres sont le miel, et aussi ce purusha qui est dans ce soleil, fait d’éclat, fait d’immortalité, et aussi, au point de vue de l'Atman, ce purusha qui est de l’œil, fait d'éclat, fait d’immortalité ; c’est là même l'Atman, c’est là l'immortalité, c’est là le Brahma, c’est là le Tout.

7. Cette lune-ci est le miel de tous les êtres ; de cette lune tous les êtres sont le miel, et aussi ce purusha qui est dans cette lune, fait d'éclat, fait d'immortalité, et aussi, au point de vue de l'Atman, ce purusha qui est du manas, fait d'éclat, fait d’immortalité ; c'est là même l'Atman, c'est là l'immortalité, c’est là le Brahma, c'est là le Tout.

8. Ces points cardinaux-ci sont le miel de tous les êtres ; de ces points cardinaux tous les êtres sont le miel, et aussi ce purusha qui est dans ces points cardinaux, fait d’éclat, fait d’immortalité, et aussi, au point de vue de l’Atman, ce purusha qui est de l'ouïe, de l'écho, fait d’éclat, fait d’immortalité ; c’est là même l'Atman, c’est là l'immortalité, c'est là le Brahma, c’est là le Tout.

9. Cet éclair-ci est le miel de tous les êtres ; de cet éclair tous les êtres sont le miel, et aussi ce purusha qui est dans cet éclair, fait d'éclat, fait d’immortalité, et aussi, au point de vue de l'Atman, ce purusha qui est de l’éclat, fait d’éclat, fait d’immortalité ; c’est là même l’Atman, c’est là l’immortalité, c’est là le Brahma, c’est là le Tout.

10. Ce tonnerre-ci est le miel de tous les êtres ; de ce tonnerre tous les êtres sont le miel, et aussi ce purusha qui est dans ce tonnerre, fait d'éclat, fait d’immortalité, et aussi, au point de vue de l'Atman, ce purusha qui est du son, du ton, fait d’éclat, fait d’immortalité ; c’est là même l’Atman, c’est là l’immortalité, c’est là le Brahma, c’est là le Tout.

11. Ce dharma-ci est le miel de tous les êtres ; de ce dharma tous les êtres sont le miel, et aussi ce purusha qui est dans ce dharma, fait d'éclat, fait d’immortalité, et aussi, au point de vue de l'Atman, ce purusha qui est du dharma, fait d’éclat, fait d’immortalité ; c’est là même l’Atman, c’est là l’immortalité, c’est là le Brahma, c’est là le Tout.

12. Ce vrai-ci est le miel de tous les êtres ; de ce vrai tous les êtres sont le miel, et aussi ce purusha qui est dans ce vrai, fait d'éclat, fait d’immortalité, et aussi, au point de vue de l'Atman, ce purusha qui est du vrai, fait d’éclat, fait d’immortalité ; c’est là même l’Atman, c’est là l’immortalité, c’est là le Brahma, c’est là le Tout.

13. Cette humanité-ci est le miel de tous les êtres ; de cette humanité tous les êtres sont le miel, et aussi ce purusha qui est dans cette humanité, fait d'éclat, fait d’immortalité, et aussi, au point de vue de l'Atman, ce purusha qui est de l’homme, fait d’éclat, fait d’immortalité ; c’est là même l’Atman, c’est là l’immortalité, c’est là le Brahma, c’est là le Tout.

14. Cet âtman-ci est le miel de tous les êtres ; de cet âtman tous les êtres sont le miel, et aussi ce purusha qui est dans cet âtman, fait d'éclat, fait d’immortalité, et aussi le purusha, l’Atman, fait d’éclat, fait d’immortalité : c’est là même l’Atman, c’est là l’immortalité, c’est là le Brahma, c’est là le Tout.

15. C’est cet Atman qui est le souverain maître de tous les êtres, le Roi de tous les êtres, et, de même que dans le moyeu et dans la jante sont ajustés tous les rayons, de même dans cet Atman sont ajustés tous les souffles, tous les mondes, tous les Dieux, tous les êtres, tous ces âtmans.

16. C’est là ce miel que Dadhyañe Atharvana a dit aux Açvins En le voyant, le Rishi a dit :
« Je révèle ce prodige pour votre profit, héros, comme le tonnerre la pluie, le miel que Dadhyañe Atharvana a proclamé pour vous avec une tête de cheval(68). »

17. C’est là le miel que Dadhyañe Atharvana a dit aux Açvins En le voyant, le Rishi a dit :
« Vous avez fait se dresser une tête de cheval pour Dadhyañe Atharvana, ô Açvins : lui, étant fidèle à la loi, a proclamé le miel de ‘Ivashtar, qui, ô vigoureux, doit être caché pour nous(69)

18. C’est là le miel que Dadhyañe Atharvana a dit aux Açvins En le voyant, le Rishi a dit :
« Au commencement il se fit les bipèdes, au commencement il se fit les quadrupèdes, au commencement, étant devenu oiseau, il pénétra comme purusha dans ces villes(70)
Celui-là certes est le purusha qui a son gîte dans toutes les villes. Il n’y a rien qui par lui ne soit pas entouré.

19. C’est là le miel que Dadhyañe Atharvana a dit aux Açvins En le voyant, le Rishi a dit :
« Forme à forme, il devient conforme : cette forme de lui est à voir. Indra par ses mâyâs est atteint multiforme, car les chevaux bais, au nombre de dix centaines, sont attelés pour lui(71)
C’est lui, les chevaux bais, c’est lui, les dix milliers, et les nombreux, et les infinis. C’est là le Brahma sans rien devant, sans rien derrière, sans rien dedans, sans rien dehors. Cet Atman est le Brahma, l’omnipassif.
Voilà l’enseignement.

20. Voici la transmission :
Nous avons eu ceci de Çaurpanâyya, Çaurpanâyya de Gautama, Gautama de Vâtsya, Vâtsya de Vâtsya et de Pârâçarya, Pârâçarya de Sânkritya et de Bhâradvâja, Bhâradvâja d'Audavâhi et de Çândilya, Çândilya de Baijavâpa et de Gautama, Gautama de Baijavâpâyana et de Vaishtapureya, Vaishtapureya de Çândilya et de Rauhinâyana, Rauhinâyana de Çaunaka, d’Atreya et de Raibhya, Raibhya de Pautimâshyâyana et de Kaundinyâyana, Kaundinyâyana de Kaundinya, Kaundinya de Kaundinya et d'Agniveçya,

21. Agniveçya de Saitava, Saitava de Pârâçarya, Pârâçarya de Jâtûkarnya, Jâtûkarnya de Bhâradvâja, Bhâradvâja de Bhâradvâja, d’Asurâyana et de Gautama, Gautama de Bhâradvâja, Bhâradvâja de Baijavâpâyana, Baijavâpâyana de Kauçikâyani, Kauçikâyani de Ghritakauçika, Ghritakauçika de Pârâçaryâyana, Pârâçaryâyana de Pârâçarya, Pârâçarya de Jâtûkarnya, Jâtûkarnya de Bhâradvâja, Bhâradvâja de Bhâradvâja, d’Asurâyana et de Yaska, Asurâyana de Traivani, Traivani d’Aupajandhani, Aupajandhani d’Asuri, Asuri de Bhâradvâja, Bhâradvâja d’Atreya,

22. Atreya de Mânti, Mânti de Gautama, Gautama de Gautama, Gautama de Vâtsya, Vâtsya de Çândilya, Çândilya de Kaiçorya Kâpya, Kaiçorya Kâpya de Kumârahârita, Kumârahârita de Gâlava, Gâlava de Vidarbhîkaundinya, Vidarbhîkaundinya de Vatsanapât Bâbhrava, Vatsanapât Babhrava de Pathin Saubhara, Pathin Saubhara d’Ayâsya Angirasa, Ayâsya Angirasa d’Abhûti Tvâshtra, Abhûti Tvâshtra de Viçvarûpa Tvâshtra, Viçvarûpa Tvâshtra des Açvins, les Açvins de Dadhyañe Atharvana, Dadhyañe Atharvana d’Atharvan Daiva, Atharvan Daiva de Mrityu Prâdhvamsana, Mrityu Prâdhvamsana de Pradhvamsana, Pradhvamsana d’Ekarshi, Ekarshi de Viprajitti, Viprajitti de Vyashti, Vyashti de Sanâru, Sanâru de Sanâtana, Sanâtana de Sanaga, Sanaga de Parameshthin, Parameshthin de Brahma. Le Brahma est l’être par soi. Hommage au Brahma.

TROISIÈME LECTURE

PREMIER BRAHMANA

1. Janaka de Videha(72) sacrifia un sacrifice où il y avait beaucoup de salaire pour les brahmanes. Et là, des brahmanes des Kuru-Paûcâlas(73) se trouvaient rassemblés et ce Janaka de Videha eut le désir de savoir : « Qui donc de ces brahmanes est le plus instruit ? »

2. Et il parqua mille vaches, aux deux cornes de chacun étaient attachés des padas(74), dix par dix. Et il leur dit :
« Vénérables brahmanes, celui de vous qui est le plus brahmane, qu’il emmène pour lui ces vaches. »
Et ces brahmanes n’osaient pas.

3. Alors Yâjñavalkya dit à son disciple :
« Ces vaches, emmène-les, mon bon, Sâmaçravas.»
Et lui les emmena ; et les brahmanes étaient en colère : « Comment en vérité pourrait-il se dire le plus brahmane d’entre nous ?»

4. Et il y avait Açvala, le hotar(75) de Janaka de Videha. Et il lui demanda:
« Eh quoi, le plus brahmane de nous, c’est toi qui l'es, Yâjñavalkya ?»
Et il dit:
« Nous rendons hommage au plus brahmane: c'est simplement que nous aimons les vaches. »
Et alors Açvala le hotar voulut l’interroger.

5. « Yâjñavalkya, » dit-il, « puisque tout ceci est atteint par la mort, puisque tout ceci est soumis à la mort, par quoi un sacrifiant est-il affranchi au-delà de l'atteinte de la mort? »
— « Par le prêtre hotar, par le feu, par la voix. En vérité, le hotar du sacrifice est la voix ; ce qui est cette voix, c’est là ce feu, c’est le hotar, c’est l'affranchissement, c’est l'affranchissement au-delà. »

6. — « Yâjñavalkya, » dit-il, « puisque tout ceci est atteint par le jour et la nuit, puisque tout ceci est soumis au jour et à la nuit, par quoi un sacrifiant est-il affranchi au-delà de l’atteinte du jour et de la nuit ? »
— « Par le prêtre adhvaryu(76), par l’œil, par le soleil. En vérité, l'adhvaryu du sacrifice est l’œil; ce qui est cet œil, c’est là ce soleil là-bas, c’est l’adhvaryu, c’est l'affranchissement, c’est l’affranchissement au-delà. »

7. — « Yâjñavalkya, » dit-il, « puisque tout ceci est atteint par l’aile antérieure et l’aile postérieure(77), puisque tout ceci est soumis à l’aile antérieure et à l’aile postérieure, par quoi un sacrifiant est-il affranchi au-delà de l’atteinte de l’aile antérieure et de l’aile postérieure ? »
— « Par le prêtre brahmane(78), par le manas, par la lune. En vérité, le brahmane du sacrifie est le manas ; ce qui est ce manas, c’est là cette lune là-bas, c’est le brahmane, c’est l’affranchissement, c’est l’affranchissement au-delà. »

8. — « Yâjñavalkya, » dit-il, « puisque cette atmosphère est, en quelque sorte, sans point où se prendre, eh bien, donc, par quelle montée un sacrifiant monte-t-il au monde du Svarga ? »
— « Par le prêtre udgâtar, par le vent, par le souffle. En vérité, l’udgâtar du sacrifie est le souffle ; ce qui est le souffle, c’est le vent, c’est l’udgâtar, c’est l’affranchissement, c’est l’affranchissement au-delà. »
Voilà les états d’affranchissement au-delà ; voici les pratiques.

9. — « Yâjñavalkya, » dit-il, « combien de vers emploiera aujourd’hui ce hotar dans ce sacrifice ? »
— « Trois. »
— « Quels sont ces trois ? »
— « La puronuvâkyâ(79), la yâjyâ(80) et la çasyâ(81), comme troisième. »
— « Que conquiert-on avec ces trois ? »
— « C’est le monde de la terre que l’on conquiert par la puronuvâkyâ, le monde de l’atmosphère par la yâjyâ, le monde du ciel par la çasyâ. »

10. — « Yâjñavalkya, » dit-il, « combien de libations versera aujourd’hui cet adhvaryu dans ce sacrifice ? »
— « Trois. »
— « Quelles sont ces trois ? »
— « Celles qui, versées, montent en flammes ; celles qui, versées, restent en plus(82) ; celles qui, versées s’étendent. »
— « Que conquiert-on avec ces trois ? »
— « Par celles qui, versées, montent en flammes : c’est le monde des Dieux que l’on conquiert par elles, car le monde des Dieux est comme illuminé ; par celles qui, versées, restent en plus : c’est le monde des hommes que l’on conquiert par elles, car le monde des hommes est comme en plus ; par celles qui, versées, s’étendent : c’est le monde des Pitris que l’on conquiert par elles, car le monde des Pitris est comme en bas. »

11. — « Yâjñavalkya, » dit-il, «avec combien de Divinités ce brahmane aujourd’hui protégera-t-il ce sacrifice du côté droit ? »
— « Avec une. »
— « Quelle, cette une ? »
— « Le manas. Infini en vérité est le manas, infinis les Viçvedevas ; infini en vérité est le monde que l’on conquiert par lui. »

12. — « Yâjñavalkya, » dit-il, « combien cet udgâtar aujourd’hui emploiera-t-il de stotriyas dans ce sacrifice? »
— « Trois. »
— « Quels, ces trois ? »
— « La puronuvâkyâ, la yâjyâ et la çasyâ, comme troisième. »
Ainsi au point de vue des Divinités. Voici au point de vue de l’âtman.
« Au point de vue de l’âtman, qui sont-elles ? »
— « Le souffle exhalé est la puronuvâkyâ, le souffle inhalé est la yâjyâ, le souffle dispersé la çasyâ. »
— « Que conquiert-on avec cela? »
— « Tout ce qui, ici-bas, a souffle. »
Et, après cela, le hotar Açvala resta tranquille.

SECOND BRAHMANA

1. — Et ensuite Jâratkârava Artabhâga l’interrogea.
— « Yâjñavalkya, » dit-il, « combient y a-t-il de preneurs et de sur-preneurs ? »
— « Huit preneurs, huit sur-preneurs. »
— « Et ces huit preneurs et ces huit sur-preneurs, qui sont-ils ? »

2. — « Le souffle en vérité est un preneur ; il est pris par l’odeur comme sur-preneur, car c’est par le souffle que l’on sent les odeurs.

3. « La langue en vérité est un preneur : elle est prise par la saveur comme sur-preneur, car c'est par la langue que l’on distingue les saveurs.

4. « La voix en vérité est un preneur : elle est prise par le mot comme sur-preneur, car c’est par la voix que l’on exprime les mots.

5. « L’œil en vérité est un preneur : il est pris par la forme comme sur-preneur, car c'est par l’œil que l'on voit les formes.

6. « L’oreille en vérité est un preneur : elle est prise par le son comme sur-preneur, car c’est par l’oreille que l’on entend les sons.

7. « Le manas en vérité est un preneur : il est pris par le désir comme sur-preneur, car c'est par le manas que l’on désire les désirs.

8. « Les mains en vérité sont un preneur : elles sont prises par l’œuvre comme sur-preneur, car c’est par les mains que l’on ouvre l’œuvre.

9. « La peau en vérité est un preneur : elle est prise par les touchers comme sur-preneur, car c’est par la peau que l’on se fait connaître les touchers.
« Voilà les huit preneurs, les huit sur-preneurs. ».

10. — « Yâjñavalkya, » dit-il, « puisque tout ceci est la nourriture de la mort, quelle peut bien être cette Divinité dont la mort est la nourriture ? »
— « C’est Agni en vérité qui est la mort ; lui, qui est la nourriture des eaux, écarte en vainqueur la remort. »

11. — « Yâjñavalkya, » dit-il, « quand cet homme se meurt, qu’est-ce qui ne l’abandonne pas ? »
— « Le nom, » dit-il ; « le nom en vérité est infini ; les Viçvedevas sont infinis ; avec cela il conquiert le monde infini. »

12. — « Yâjñavalkya, » dit-il, « quand cet homme se meurt, est-ce que les souffles sortent de lui, ou non ? »
— « Non, » dit Yâjñavalkya. « Ils se condensent ici même, il gonfle, il se boursouffle ; boursoufflé, mort, il gît. »

13. — « Yâjñavalkya, » dit-il, « quand de cet homme mort la voix entre dans le feu, le souffle dans le vent, l’œil dans le soleil, le manas dans la lune, l’oreille dans les points cardinaux, le corps dans la terre, l’âtman dans l’espace, les poils dans les plantes, les cheveux dans les arbres, et le sang et le sperme se déposent au fond des eaux, où donc alors se trouve cet homme ? »
— « Prends, mon cher, ma main.

14. « Artabhâga, » dit-il, « c’est nous deux tous seuls qui connaîtrons cela. Pas un mot de cela en public. »
Eux deux étant sortis, ils conversèrent. Et ce dont ils parlaient tous deux, c’était de l’œuvre qu’ils parlaient, et ce qu’ils proclamaient, c’était l’œuvre qu’ils proclamaient. En vérité, on devient saint par les œuvres saintes, mauvais par les mauvaises.
Et, après cela, Jâratkârava Artabhâga resta tranquille.

TROISIÈME BRAHMANA

1. Et ensuite Bhujyu Lâhyâyani l’interrogea.
« Yâjñavalkya, » dit-il, « dans le pays des Madras(83) nous menions une vie errante, comme disciples. Et nous arrivâmes à la maison de Patañcala Kâpya. Il avait une fille possédée par un Gandharva. Nous l'interrogeâmes : — Qui es-tu ? — Il dit : — Sudhanvan Angirasa. — Et, comme nous l’interrogions sur les bouts des mondes, nous en vînmes à lui dire : — Où sont passés les Pârikshitas(84) ? où sont passés les Pârikshitas ? — Et cela, je te le demande, Yâjñavalkya : où sont passés les Pârikshitas ? »

2. Et il dit :
« Il t’a dit sans doute : — Ils sont allés là où s’en vont ceux qui font le sacrifice de l’açvamedha. — »
— « Où s’en vont ceux qui font le sacrifice de l’açvamedha ? »
— « Ce monde a trente-deux journées de char de Dieu d’étendue. Ce monde, tout à l’entour, la terre, deux fois aussi grande, l’entoure. Cette terre, tout à l’entour, l’Océan, deux fois aussi grand, l’entoure. Aussi grand qu’est le tranchant d’un rasoir, aussi grand qu'est une aile de mouche, il y a un espace entre. Et eux, Indra, étant devenu l’oiseau Suparna(85), les passe à Vâyu ; et eux, Vâyu, les ayant pris en lui-même, les a fait passer là où sont passés les Pârikshitas.
« C’est sans doute ainsi qu’il vous a parlé de Vâyu. Voilà pourquoi c’est Vâyu qui est l’ensemble, c’est Vâyu qui est les individus. »
Il écarte en vainqueur la remort, il vit tout son âge, celui connaît ainsi.
Et, après cela, Bhujyu Lâhyâyani resta tranquille.

QUATRIÈME BRAHMANA

Et ensuite Kahoda Kaushîtakeya l’interrogea.
« Yâjñavalkya, » dit-il, « le brahma visible et non invisible, l'âtman intérieur à tout, explique-le-moi. »
— « C’est ton âtman qui est intérieur à tout. »
— « Quel est-il, Yâjñavalkya, intérieur à tout? »
— « Celui qui s’affranchit de la faim, de la soif, du chagrin, de l’égarement, de la vieillesse, de la mort; le voilà, cet âtman ; les brahmanes, quand ils le connaissent, s’étant dégagés et du désir des fils et du désir de la richesse et du désir des mondes, se lèvent alors pour aller mendier en errant : car, désirer des fils, c’est désirer de la richesse, désirer de la richesse, c'est désirer les mondes ; car l’un et l’autre, c’est toujours désirer. C’est pourquoi, que le savant, s’étant dégoûté de la science, se plaise à demeurer dans la simplicité de l’enfant; puis, s’étant dégoûté de la simplicité de l’enfant et de la science, il est muni(86) ; puis, s’étant dégoûté de l’amauna et du mauna(87), il est brahmane. »
Et, ce brahmane, de quelque manière qu’il le soit, il est tel, celui qui connaît ainsi.
Et, après cela, Kahoda Kaushîtakeya resta tranquille.

CINQUIÈME BRAHMANA

Et ensuite Ushasta Câkrâyana l’interrogea.
« Yâjñavalkya, » dit-il, « le brahma visible et non invisible, l'âtman intérieur à tout, explique-le moi. »
— « C’est ton âtman qui est intérieur à tout. »
— « Quel est-il, Yâjñavalkya, intérieur à tout ? »
— « Celui qui souffle le souffle exhalé, c’est là ton âtman intérieur à tout. Celui qui souffle le souffle inhalé, c’est là ton âtman intérieur à tout. Celui qui souffle le souffle dispersé, c’est là ton âtman intérieur à tout. Celui qui souffle le souffle élevé, c’est là ton âtman intérieur à tout. Celui qui souffle le souffle réuni, c’est là ton âtman intérieur à tout. »
Et alors Ushasta Câkrâyana lui dit :
« Comme on dirait : — Voilà une vache, voilà un cheval, — ainsi tu me l’as indiqué : ce que c’est que le brahma visible et non invisible, l'âtman intérieur à tout, cela, explique-le-moi. »
— « C’est ton âtman qui est intérieur à tout. Tu ne pourrais voir le voyeur de la vue, tu ne pourrais entendre l’entendeur de l’ouïe, tu ne pourrais penser le penseur de la pensée, tu ne pourrais connaître le connaisseur de la connaissance. C’est là ton âtman, qui est intérieur à tout. Hors lui, il n’y a que souffrance. »
Et, après cela, Ushasta Câkrâyana resta tranquille.

SIXIÈME BRAHMANA

Et ensuite Gârgî Vâcaknavî l’interrogea.
« Yâjñavalkya, » dit-elle, « puisque tout ceci est chaîné et tramé dans les eaux, dans quoi donc les eaux sont-elles chaînées et tramées ? »
— « Dans le vent, Gârgî. »
— « Dans quoi donc le vent est-il chaîné et tramé ? »
— « Dans l’espace, Gârgî. »
— « Dans quoi donc l’espace est-il chaîné et tramé ? »
— « Dans les mondes de l’atmosphère, Gârgî. »
— « Dans quoi donc les mondes de l’atmosphère sont-ils chaînés et tramés ?»
— « Dans les mondes du ciel, Gârgî. »
— « Dans quoi donc les mondes du ciel sont-ils chaînés et tramés ? »
— « Dans les mondes du soleil, Gârgî. »
— « Dans quoi donc les mondes du soleil sont-ils chaînés et tramés ? »
— « Dans les mondes de la lune, Gârgî. »
— « Dans quoi donc les mondes de la lune sont-ils chaînés et tramés ? »
— « Dans les mondes des mansions lunaires, Gârgî. »
— « Dans quoi donc les mondes des mansions lunaires sont-ils chaînés et tramés ? »
— « Dans les mondes des Dieux, Gârgî. »
— « Dans quoi donc les mondes des Dieux sont-ils chaînés et tramés ? »
— « Dans les mondes des Gandharvas, Gârgî. »
— « Dans quoi donc les mondes des Gandharvas sont-ils chaînés et tramés ? »
— « Dans les mondes de Prajâpati, Gârgî. »
— « Dans quoi donc les mondes de Prajâpati sont-ils chaînés et tramés ? »
— « Dans les mondes de Brahma, Gârgî. »
— « Dans quoi donc les mondes de Brahma sont-ils chaînés et tramés? »
Et il dit :
« Gârgî, n’en demande pas trop : prends garde que ta tête n’éclate. Il ne faut pas trop demander sur les Divinités ; tu en demandes trop, Gârgî ; n’en demande pas trop. »
Et, après cela, Gârgî Vâcaknavî resta tranquille.

SEPTIÈME BRAHMANA

1. Et ensuite Uddâlaka Aruni l’interrogea.
« Yâjñavalkya, » dit-il, « nous habitions dans le pays des Madras, dans la maison de Patañcala Kâpya, étudiant le sacrifice. Il avait sa femme possédée par un Gandharva. Nous l’interrogeâmes : — Qui es-tu ? — Il dit : — Kavandha Atharvana. —

2. « Il dit à Patañcala Kâpya et à ceux qui étudiaient le sacrifice : — Sais-tu, toi, Kâpya, ce fil auquel ce monde et l’autre monde et tous les êtres sont attachés ? — Patañcala Kâpya dit: — Je ne le connais pas, vénérable. —

3. « Il dit à Patañcala Kâpya et à ceux qui étudiaient le sacrifice : — Sais-tu, toi, Kâpya, ce modérateur interne qui modère, étant à l’intérieur, et ce monde et l'autre monde et tous les êtres ? — Pa-tañcala Kâpya dit : — Je ne le connais pas, vénérable. —

4. « Il dit à Patañcala Kâpya et à ceux qui étudiaient le sacrifice : — Si, en vérité, ô Kâpya, on connaît ce fil et aussi ce modérateur interne, on connaît le brahma, on connaît le monde, on connaît les Dieux, on connaît les Vedas, on connaît le sacrifice, on connaît les êtres, on connaît l’âtman, on connaît tout. —
«Il leur parla ainsi. Moi, je le connais; si toi, Yâjñavalkya, ne connaissant pas ce fil et ce modérateur interne, tu emmènes pour toi les vaches brahmaniques, ta tête éclatera en morceaux. »

5. — « Je le connais, en vérité, ô Gautama(88), ce fil et aussi ce modérateur interne. »
— « Le premier venu peut dire : — Je sais, je sais. — Comme tu sais, dis-le. »

6. — « C'est le vent, ô Gautama, qui est ce fil ; c’est par le vent en vérité comme fil que ce monde et l’autre monde et tous les êtres sont attachés. C'est pourquoi, ô Gautama, on dit d’un homme mort : — Ses membres se sont désenfilés. — En effet, c’est par le vent comme fil, ô Gautama, qu’ils sont attachés. »
— « C’est exact, Yâjñavalkya. Le modérateur interne, dis-le. »

7. — « Celui qui, se tenant dans la terre, est différent de la terre, que la terre ne connaît pas, dont la terre est le corps, qui modère la terre, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.

8. « Celui qui, se tenant dans les eaux, est différent des eaux, que les eaux ne connaissent pas, dont les eaux sont le corps, qui modère les eaux, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.

9. « Celui qui, se tenant dans le feu, est différent du feu, que le feu ne connaît pas, dont le feu est le corps, qui modère le feu, étant à l’intérieur, celui-là ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.

10. « Celui qui, se tenant dans l’espace, est différent de l’espace, que l’espace ne connaît pas, dont l’espace est le corps, qui modère l’espace, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur, interne, immortel.

11. « Celui qui, se tenant dans le vent, est différent du vent, que le vent ne connaît pas, dont le vent est le corps, qui modère le vent, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.

12. « Celui qui, se tenant dans le soleil, est différent du soleil, que le soleil ne connaît pas, dont le soleil est le corps, qui modère le soleil, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.

13. « Celui qui, se tenant dans la lune et dans les étoiles, est différent de la lune et des étoiles, que la lune et les étoiles ne connaissent pas, dont la lune et les étoiles sont le corps, qui modère la lune et les étoiles, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.

14. « Celui qui, se tenant dans les points cardinaux, est différent des points cardinaux, que les points cardinaux ne connaissent pas, dont les points cardinaux sont le corps, qui modère les points cardinaux, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.

15. « Celui qui, se tenant dans l’éclair, est différent de l’éclair, que l’éclair ne connaît pas, dont l’éclair est le corps, qui modère l’éclair, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.

16. « Celui qui, se tenant dans le tonnerre, est différent du tonnerre, que le tonnerre ne connaît pas, dont le tonnerre est le corps, qui modère le tonnerre, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.
« Voilà au point de vue des Divinités. Voici au point de vue des mondes. »

17. « Celui qui, se tenant dans les mondes, est différent des mondes, que les mondes ne connaissent pas, dont les mondes sont le corps, qui modère les mondes, étant à l'intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.
« Voilà tout au point de vue des mondes, voici au point de vue des Vedas.

18. « Celui qui, se tenant dans tous les Vedas, est différent de tous les Vedas, que les Vedas ne connaissent pas, dont tous les Vedas sont le corps, qui modère tous les Vedas, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.
« Voilà tout au point de vue des Vedas. Voici au point de vue du sacrifice.

19. « Celui qui, se tenant dans tous les sacrifices, est différent de tous les sacrifices, que les sacrifices ne connaissent pas, dont tous les sacrifices sont le corps, qui modère tous les sacrifices, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c'est le modérateur interne, immortel.
« Voilà tout au point de vue du sacrifice. Voici au point de vue des êtres.

20. « Celui qui, se tenant dans tous les êtres, est différent de tous les êtres, que les êtres ne connaissent pas, dont tous les êtres sont le corps, qui modère tous les êtres, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.
« Voilà tout au point de vue des êtres, voici au point de vue de l’âtman.

21. « Celui qui, se tenant dans le souffle, est différent du souffle, que le souffle ne connaît pas, dont le souffle est le corps, qui modère le souffle, étant à l'intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.

22. « Celui qui, se tenant dans la voix, est différent de la voix, que la voix ne connaît pas, dont la voix est le corps, qui modère la voix, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.

23. « Celui qui, se tenant dans l'œil, est différent de l’œil, que l’œil ne connaît pas, dont l’œil est le corps, qui modère l’œil, étant à l'intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.

24. « Celui qui, se tenant dans l’oreille, est différent de l’oreille, que l’oreille ne connaît pas, dont l’oreille est le corps, qui modère l’oreille, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.

25. « Celui qui, se tenant dans le manas, est différent du manas, que le manas ne connaît pas, dont le manas est le corps, qui modère le manas, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.

26. « Celui qui, se tenant dans la peau, est différent de la peau, que la peau ne connaît pas, dont la peau est le corps, qui modère la peau, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.

27. « Celui qui, se tenant dans la lumière, est différent de la lumière, que la lumière ne connaît pas, dont la lumière est le corps, qui modère la lumière, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.

28. « Celui qui, se tenant dans l’obscurité, est différent de l’obscurité, que l’obscurité ne connaît pas, dont l’obscurité est le corps, qui modère l’obscurité, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.

29. « Celui qui, se tenant dans le sperme, est différent du sperme, que le sperme ne connaît pas, dont le sperme est le corps, qui modère le sperme, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur, interne, immortel.

30. « Celui qui, se tenant dans l’âtman, est différent de l’âtman, que l’âtman ne connaît pas, dont l’âtman est le corps, qui modère l’âtman, étant à l’intérieur, celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel.

31. « On ne le voit pas et il voit, on ne l’entend pas et il entend, on ne le pense pas et il pense, on ne le connaît pas et il connaît ; il n’y a pas d’autre qui voie, il n’y pas d’autre qui entende, il n’y a pas d'autre qui pense, il n'y a pas d'autre qui connaisse. Celui-là, ton âtman, c’est le modérateur interne, immortel. Hors lui, il n’y a que souffrance. »
Et, après cela, Uddâlaka Aruni resta tranquille.

HUITIÈME BRAHMANA

1. Et ensuite Vâcaknavî dit :
« Brahmanes vénérables, eh, moi, je demanderai deux demandes à ce Yâjñavalkya. S’il m’y répond clairement, jamais aucun de vous ne le vaincra dans une controverse brahmanique; s’il ne m’y répond pas clairement, sa tête éclatera en morceaux. »
— « Demande, ô Gârgî. »

2. Elle dit :
« Moi, certes, devant toi, ô Yâjñavalkya, comme un fils d’ugra(89) ou du pays de Kaçi ou du pays de Videha, ayant remis la corde à son arc détendu, ayant pris dans sa main deux flèches qui transpercent les ennemis de part en part, se dresserait, ainsi je me lève, et viens te trouver avec deux questions. Réponds m’y. »
— « Demande, ô Gârgî. »

3. Elle dit :
« Ce qui est au-dessus, ô Yâjñavalkya, du ciel, ce qui est au-dessous de la terre, ce qui est entre ce ciel et cette terre, ce qu'on appelle le passé et le présent et l'avenir, dans quoi cela est-il tramé et chaîné ? »

4. Il dit :
« Ce qui est au-dessus, ô Gârgî, du ciel, ce qui est au-dessous de la terre, ce qui est entre ce ciel et cette terre, ce qu’on appelle le passé et le présent et Fave-nir, c’est dans l’espace que cela est tramé et chaîné. »

5. Elle dit :
« Hommage à toi, Yâjñavalkya, qui m’as répondu clairement à cela. Tiens toi prêt à l’autre. »
— « Demande, ô Gârgî. »

6. Elle dit :
« Ce qui est au-dessus, ô Yâjñavalkya, du ciel, ce qui est au-dessous de la teire, ce qui est entre ce ciel et cette terre, ce qu’on appelle le passé et le présent et l’avenir, dans quoi justement cela est-il tramé et chaîné ? »

7. II dit :
« Ce qui est au-dessus, ô Gârgî, du ciel, ce qui est au-dessous de la terre, ce qui est entre ce ciel et cette terre, ce qu’on appelle le passé et le présent et l’avenir, c’est justement dans l'espace que cela est tramé et chaîné ? »
— « Et dans quoi donc l’espace est-il tramé et chaîné ? »

8. Il dit :
« En vérité, cet impérissable, ô Gârgî, que les brahmanes proclament ni massif, ni atome, ni court, ni long, sans sang, sans graisse, sans teint, sans obscurité, sans vent, sans espace, sans attache, sans toucher, sans odeur, sans saveur, sans œil, sans oreille, sans voix, sans manas, sans lumière, sans souffle, sans bouche, sans prénom, sans nom, sans vieillesse, sans mort, sans crainte, immortel, sans poussière, sans son, sans ouverture, sans fermeture, sans rien devant, sans rien derrière, sans rien dedans, sans rien dehors, il ne mange personne, personne ne le mange.

9. « C'est sous les ordres de cet impérissable, ô Gârgi, que le ciel et la terre se tiennent séparés ; c’est sous les ordres de cet impérissable, ô Gârgî, que le soleil et la lune se tiennent séparés ; c’est sous les ordres de cet impérissable, ô Gârgî, que les jours et les nuits, les demi-mois, les mois, les saisons, les années, se tiennent séparés ; c'est sous les ordres de cet impérissable, ô Gârgî, que, parmi les rivières, des montagnes blanches les unes coulent à l’orient et les autres à l'occident, chacune dans sa direction ; c'est sous les ordres de cet impérissable, ô Gârgî, que les hommes louent celui qui donne, les Dieux celui qui sacrifie, le Pitris l'offrande faite avec la cuiller, y étant subordonnés.

10. « Celui qui, en vérité, ô Gârgî, sans connaître cet impérissable, fait des libations, fait des aumônes, fait des austérités, même pendant des milliers d'années, ce monde-ci a une fin pour lui.
« Celui qui, en vérité, ô Gârgî, sans connaître cet impérissable, s’en va de ce monde, celui-là est un misérable ; et celui, ô Gârgî, qui s’en va de ce monde en connaissant cet impérissable, celui-là est un brahmane.

11. « Cet impérissable, en vérité, ô Gârgî, on ne le voit pas et il voit, on ne l’entend pas et il entend, on ne le pense pas et il pense, on ne le connaît pas et il connaît ; il n’y en a pas d’autre qui voie, il n’y en a pas d’autre qui entende, il n’y en a pas d’autre qui pense, il n’y en a pas d’autre qui connaisse.
« C'est cet impérissable, ô Gârgî, dans qui l'espace est tramé et chaîné. »

12. Elle dit :
« Brahmanes vénérables, soyez bienheureux d’être quittes de lui avec un simple hommage : jamais aucun de vous ne le vaincra dans la controverse brahmanique. »
Et, après cela, Vâcaknavî resta tranquille.

NEUVIÈME BRAHMANA

1. Et ensuite Vidagdha Çâkalya l’interrogea.
« Combien de Dieux, Yâjñavalkya? »
Il répliqua par cette nivid(90) :
« Autant qu'il y en a d'énoncés dans la nivid du vaiçvadeva : trois cent trois et trois mille trois. »
— « Oui, » dit-il.

2. « Combien au juste de Dieux, Yâjñavalkya ? »
— « Trente-trois. »
— « Oui » dit-il.
« Combien au juste de Dieux, Yâjñavalkya ? »
— « Six. »
— « Oui, » dit-il.
« Combien au juste de Dieux, Yâjñavalkya ?»
— « Trois. »
— « Oui, » dit-il.
« Combien au juste de Dieux, Yâjñavalkya ? »
— « Deux. »
— « Oui, » dit-il.
« Combien au juste de Dieux, Yâjñavalkya ? »
— « Un et demi. »
— « Oui, » dit-il.
« Combien au juste de Dieux, Yâjñavalkya ? »
— « Un. »
— « Oui, » dit-il.
« Quels sont ces trois cent trois et ces trois mille trois? »

3. Il dit :
« Ce ne sont que leurs puissances, mais il n’y a au juste que trente-trois Dieux. »
— « Quels sont ces trente trois ? »
— « Huit Vasus, onze Rudras, douze Adityas, en voilà trente et un ; Indra et Prajâpati font les trente trois. »

4. — « Quels sont les Vasus ? »
— « Le Feu, la Terre, le Vent, l’Atmosphère, le Soleil, le Ciel, la Lune, les Mansions lunaires, voilà les Vasus : car c’est en eux qu’est placé tout bien, car c'est eux qui font demeurer(91) pour eux tout ceci. Parce qu'ils font demeurer pour eux tout ceci, ils sont les Vasus. »

5. — « Quels sont les Rudras ? »
— « Ces dix souffles qui sont dans l’homme ; l’âtman est le onzième. Lorsque ces souffles sortent de ce corps mortel, alors il font pleurer, et, comme ils font pleurer, ce sont les Rudras(92). »

6. — « Quels sont les Adityas ? »
— « Les douze mois de l’année, ce sont les Adityas : car ils passent emportant tout avec eux ; et, comme ils passent emportant tout avec eux, ce sont les Adityas(93). »

7. — « Quel est Indra, quel Prajâpati ? »
— « C’est le tonnerre qu’est Indra, c’est le sacrifice qu’est Prajâpati. »
— « Quel tonnerre ? »
— « La foudre. »
— « Quel sacrifice ? »
— « Les animaux. »

8. — « Quels sont les six ? »
— « Le Feu, la Terre, le Vent, l'Atmosphère, le Soleil, le Ciel, voilà les six : car c'est eux qui sont tout ceci à eux six. »

9. — « Quels sont les trois Dieux ? »
— « Les trois mondes, car en eux sont tous les Dieux. »
— « Quels sont les deux Dieux ? »
— « La nourriture et le souffle. »
— « Quel est l’un et demi ? »
— « Celui qui souffle.

10. « On dit : — Comme il souffle tout seul, comment est-il un et demi ? — Puisqu’en lui tout ceci s’est développé, il est un et demi(94). »
— « Quel est le Dieu un ? »
— « C'est le Brahma : on l'appelle cela. »

11. — « Celui dont la terre est le séjour, dont l’œil est le monde, dont le manas est la lumière, celui qui connaîtrait ce purusha, le dernier terme de tout âtman, celui-là certes serait Celui qui connaît, ô Yâjñâvalkya. »
— « Je le connais, moi, ce purusha, le dernier terme de tout âtman, celui que tu as dit : ce purusha qui est du corps, c’est lui. Dis donc, Çâkalya, quelle est sa Divinité ?»
— « Les femmes, » dit-il.

12. « Celui dont les formes sont le séjour, dont l’œil est le monde, dont le manas est la lumière, celui qui connaîtrait ce purusha, le dernier terme de tout âtman, celui-là certes serait Celui qui connaît, ô Yâjñavalkya. »
— « Je le connais, moi, ce purusha, le dernier terme de tout âtman, celui que tu as dit : ce purusha là-bas qui est dans le soleil, c’est lui. Dis donc, Çâkalya, quelle est sa Divinité ? »
— « L’œil, » dit-il.

13. « Celui dont l’espace est le séjour, dont l’œil est le monde, dont le manas est la lumière, celui qui connaîtrait ce purusha, le dernier terme de tout âtmân, celui-là certes serait Celui qui connaît, ô Yâjñavalkya. »
— « Je le connais, moi, ce purusha, le dernier terme de tout âtman, celui que tu as dit : ce purusha qui est dans le vent, c’est lui. Dis donc, Çâkalya, quelle est sa Divinité ? »
— « Le souffle, » dit-il.

14. « Celui dont le désir est le séjour, dont l’œil est le monde, dont le manas est la lumière, celui qui connaîtrait ce purusha, le dernier terme de tout âtman, celui-là certes serait Celui qui connaît, ô Yâjñavalkya. »
— « Je le connais, moi, ce purusha, le dernier terme de tout âtman, celui que tu as dit : ce purusha là-bas qui est dans la lune, c’est lui. Dis donc, Çâkalya, quelle est sa Divinité ? »
— « Le manas, » dit-il.

15. « Celui dont la lumière est le séjour, dont l’œil est le monde, dont le manas est la lumière, celui qui connaîtrait ce purusha, le dernier terme de tout âtman, celui-là certes serait Celui qui connaît, ô Yâjñavalkya. »
— « Je le connais, moi, ce purusha, le dernier terme de tout âtman, celui que tu as dit : ce purusha qui est dans le feu, c’est lui. Dis donc, Çâkalya, quelle est sa Divinité ? »
— « La voix, » dit-il.

16. « Celui dont les ténèbres sont le séjour, dont l’œil est le monde, dont le manas est la lumière, celui qui connaîtrait ce purusha, le dernier terme de tout âtman, celui-là certes serait Celui qui connaît, ô Yâjñavalkya. »
— « Je le connais, moi, ce purusha, le dernier terme de tout âtman, celui que tu as dit : ce purusha qui est fait d’ombre, c’est lui. Dis donc, Çâkalya, quelle est sa Divinité ? »
— « Mrityu, » dit-il.

17. « Celui dont les eaux sont le séjour, dont l’œil est le monde, dont le manas est la lumière, celui qui connaîtrait ce purusha, le dernier terme de tout âtman, celui-là certes serait Celui qui connaît, ô Yâjñavalkya.»
— « Je le connais, moi, ce purusha, le dernier terme de tout âtman, celui que tu as dit : ce purusha qui est dans les eaux, c’est lui. Dis donc, Çâkalya, quelle est sa Divinité ? »
— « Varuna, » dit-il.

18. « Celui dont le sperme est le séjour, dont l’œil est le monde, dont le manas est la lumière, celui qui connaîtrait ce purusha, le dernier terme de tout âtman, celui-là certes serait Celui qui connaît, ô Yâjñavalkya.»
— « Je le connais, moi, ce purusha, le dernier terme de tout âtman, celui que tu as dit : ce purusha qui consiste dans le fils, c’est lui. Dis donc, Çâkalya, quelle est sa Divinité ? »
— « Prajâpati, » dit-il.

19. — « Çâkalya, » dit Yâjñavalkya, « est ce que ces brahmanes t’ont mis là pour tirer les charbons du feu ? »

20. — « Yâjñavalkya, » dit Çâkalya, « toi qui le prends de si haut avec les brahmanes des Kuru-Pañcâlas, est-ce que tu connais le brahma ? »
— « Je connais les points cardinaux avec leurs Dieux, avec leurs points d'appui. »
— « Puisque tu connais les points cardinaux avec leurs Dieux, avec leurs points d’appui,

21. « Quelle est ta Divinité à l’orient ? »
— « Ma Divinité, c’est Aditya. »
— « Cet Aditya, sur quoi a-t-il son point d’appui ? »
— « Sur l'œil. »
— « Et l’œil, sur quoi a-t-il son point d’appui ? »
— « Sur les formes, car par l’œil on voit les formes. »
— « Sur quoi les formes ont-elles leur point d’appui ? »
— « Sur le cœur, car c’est par le cœur qu'on connaît les formes, car c’est sur le cœur que les formes ont leur point d’appui. »
— « C’est exact, Yâjñavalkya

22. « Quelle est ta Divinité au midi ? »
— « Ma Divinité, c’est Yama. »
— « Ce Yama, sur quoi a-t-il son point d’appui ? »
— « Sur la dakshinâ(95). »
— « Et la dakshinâ, sur quoi a-t-elle son point d’appui ? »
— « Sur la foi, car, quand on a la foi, on donne la dakshinâ, car c’est sur la foi que la dakshinâ a son point d’appui. »
— « Sur quoi la foi a-t-elle son point d’appui ? »
— « Sur le cœur, car c’est par le cœur qu’on croit, car c’est sur le cœur que la foi a son point d’appui. »
— « C’est exact, Yâjñavalkya

23. « Quelle est ta Divinité à l’occident ? »
— « Ma Divinité, c’est Varuna. »
— « Ce Varuna, sur quoi a-t-il son point d'appui ? »
— « Sur les eaux. »
— « Et les eaux, sur quoi ont-elles leur point d’appui ?»
— « Sur le sperme. »
— « Sur quoi le sperme a-t-il son point d’appui ? »
— « Sur le cœur. C'est pourquoi l’on dit d’un enfant qui vous ressemble : — On dirait qu’il sort du cœur, on dirait qu’il est fait du cœur; — car c’est sur le cœur que le sperme a son point d’appui. »
— « C’est exact, Yâjñavalkya.

24. « Quelle est ta Divinité au Nord ? »
— « Ma Divinité, c’est Soma. »
— « Ce Soma, sur quoi a-t-il son point d'appui? »
— « Sur la consécration. »
— « Et la consécration, sur quoi a-t-elle son point d’appui ? »
— « Sur la vérité. C’est pourquoi on dit à celui qui est consacré : — Dis la vérité ; — car c’est sur la vérité que la consécration a son point d’appui. »
— « Sur quoi la vérité a-t-elle son point d’appui ?»
— « Sur le cœur, car c’est par le cœur qu’on connaît la vérité, car c’est sur le cœur que la vérité a son point d’appui. »
— « C’est exact, Yâjñavalkya.

25. « Quelle est ta Divinité au zénith ? »
— « Ma Divinité, c'est Agni. »
— « Cet Agni, sur quoi a-t-il son point d’appui ? »
— « Sur la voix. »
— « Et la voix, sur quoi a-t-elle son point d’appui ? »
— « Sur le manas. »
— « Sur quoi le manas a-t-il son point d’appui ? »
— « Sur le cœur. »
— « Sur quoi le cœur a-t-il son point d’appui ? »

26. — « Bavard, » dit Yâjñavalkya, « où que tu puisses le croire en dehors de nous, où qu’il puisse être en dehors de nous, ou bien les chiens le mangeraient, ou bien les corbeaux le mettraient en pièces. »

27. — « Sur quoi donc toi et l’âtman avez-vous votre point d’appui ? »
— « Sur le souffle exhalé.»
— « Sur quoi le souffle exhalé a-t-il son point d’appui ? »
— « Sur le souffle inhalé. »
— « Sur quoi le souffle inhalé a-t-il son point d’appui ? »
— « Sur le souffle dispersé. »
— « Sur quoi le souffle dispersé a-t-il son point d’appui ? »
— « Sur le souffle élevé. »
— « Sur quoi le souffle élevé a-t-il son point d'appui ? »
— « Sur le souffle réuni.

28. « C’est lui qu’on appelle : Non, non ; c’est l’âtman : insaisissable, car il n’est pas saisi ; infrangible, car il n’est pas brisé ; sans attache, sans lien, il n’est pas attaché, il ne chancelle pas.
« C'est là les huit séjours, les huit mondes, les huit purushas.
« Celui qui, ayant analysé, ayant synthétisé ces purushas, les a surpassés, ce purusha des upanishads, je te le demande. Si tu ne me l’expliques pas clairement, ta tête éclatera. »
Et, de ce purusha, Çâkalya n’en avait pas l'idée, et sa tête éclata. Et ses os mêmes, les prenant pour autre chose, des voleurs les enlevèrent.

29. Et Yâjñavalkya dit :
« Brahmanes vénérables, celui d’entre vous qui le désire, que celui-là m’interroge, ou bien tous interrogez-moi. Celui d’entre vous qui le désire, ou faut-il que je l’interroge, ou faut-il que je vous interroge tous ? »
Ces brahmanes n’osèrent pas.

30. Et il leur parla en ces stances :
« Tel un arbre roi des forêts, tel un homme, sans erreur. Ses poils, ce sont les feuilles ; sa peau, c’est l’écorce extérieure. »

31. « Le sang qui distille de sa peau, c'est la résine de la peau : de l'homme frappé il coule, comme la sève de l'arbre blessé.

32. « Ses chairs, ce sont des éclats ; le tendon, c'est l'aubier : il est ferme. Le squelette, c'est le bois à l'intérieur. La moelle est faite à l'image de la moelle.

33. « Si l’arbre abattu monte de sa racine, plus nouvel encore, et le mortel, quand il est abattu par la mort, de quelle racine remonte-t-il ?

34. « — De la semence, — direz-vous ? Non. C’est d’un vivant que naît la semence. Une fois engendré, on n’est plus engendré. Qui vous engendrerait de nouveau ?
« L’arbre pousse de la graine, en vérité ; d’autre chose, après la mort, il naît. Si on arrache l’arbre avec sa racine, il ne renaîtrait plus. Et le mortel, quand il est abattu par la mort, de quelle racine remonte-t-il ?
« Brahma est connaissance distincte, béatitude ; c’est le dernier terme du donateur généreux, de celui qui reste ferme, de celui qui le connaît.
»

QUATRIÈME LECTURE

PREMIER BRAHMANA

1. Janaka de Videha tenait séance; et alors Yâjñavalkya vint. Janaka de Videha dit :
« Yâjñavalkya, dans quel but es-tu venu ? Désirant du bétail, ou des questions subtiles ? »
— « L’un et l’autre, Roi, » dit-il. « Ce que chacun t’a dit, écoutons-le. »

2. — « Udanka Çaulbâyana m’a dit : — Le souffle, en vérité, est Brahma. — »
— « Comme un qui a une mère, comme un qui a un père, comme un qui a un maître pour l'instruire parlerait, ainsi Çaulbâyana a dit : — Le souffle est Brahma. — En effet, pour qui ne respire pas, qu’y aurait-il ? Il t’a dit son séjour, son point d’appui ? »
— « Il ne me l'a pas dit. »
— « Son Brahma n’a qu’un pied, Roi. »

3. — « Dis-nous donc, Yâjñavalkya. »
— « Le souffle est son séjour, l’espace est son point d’appui, qu’on l’adore en l’appelant cher. »
— « Quelle est la qualité de cher, Yâjñavalkya. ? »
— « C’est le souffle même, Roi, » dit-il. « C’est pour l’amour du souffle que l’on offre des sacrifices pour les interdits, que l'on reçoit d’un indigne. Si l’on a peur de périr, en quelque région qu’on aille, c’est par amour du souffle. Le souffle, en vérité, Roi, est le brahma suprême. Le souffle ne délaisse pas celui-là, tous les êtres protègent celui-là,

4. « Devenu Dieu il va vers les Dieux, celui qui, sachant ainsi, l’adore. »
— « Je te donne un millier de vaches avec un taureau-éléphant, » dit Janaka de Videha.
Yâjñavalkya dit :
« Mon père pensait : — On ne doit rien emporter sans avoir instruit. — Qui t’a dit, et quoi ? »

5. — « Jitvan Çailina m’a dit : —La voix, en vérité, est Brahma. — »
— « Comme un qui a une mère, comme un qui a père, comme un qui a un maître pour l’instruire parlerait, ainsi Çailina a dit : — La voix est Brahma. — En effet, pour qui ne parle pas, qu’y aurait-il ? Il t'a dit son séjour, son point d’appui ?»
— « Il ne me l'a pas dit. »
— « Son Brahma n’a qu’un pied, Roi.»

6. — « Dis-nous donc, Yâjñavalkya . »
— « La voix est son séjour, l'espace est son point d'appui, qu’on l'adore en l’appelant savante. »
— « Quelle est la qualité de savante, Yâjñavalkya ? »
— « C’est la voix même, Roi, » dit-il. « C’est par la voix en vérité, ô Roi, qu’on connaît un parent; le Rig-Veda, le Yajur-Veda, le Sâma-Veda, les Atharvângiras, l’itihâsa, le purâna, la science, les upanishads, les stances, les aphorismes, les commentaires, les gloses, c’est par la voix qu’ils sont connus, ô Roi. La voix, en vérité, Roi, est le brahma suprême. La voix ne délaisse pas celui-là, tous les êtres protègent celui-là,

7. « Devenu Dieu il va vers les Dieux, celui qui, sachant ainsi, l’adore. »
— « Je te donne un millier de vaches avec un taureau-éléphant, » dit Janaka de Videha.
Yâjñavalkya dit :
« Mon père pensait : — On ne doit rien emporter sans avoir instruit. — Qui t’a dit, et quoi ? »

8. — « Barku Bârshna m’a dit : — L’œil, en vérité, est Brahma. — »
— « Comme un qui a une mère, comme un qui a un père, comme un qui a un maître pour l’instruire parlerait, ainsi Bârshna a dit : — L’œil est Brahma. — En effet, pour qui ne voit pas, qu’y aurait-il ? Il t'a dit son séjour, son point d'appui ? »
— « Il ne me l'a pas dit. »
— « Son Brahma n'a qu’un pied, Roi. »

9. — « Dis-nous donc, Yâjñavalkya . »
— « L’œil est son séjour, l'espace est son point d’appui, qu’on l’adore en l’appelant vrai. »
— « Quelle est la qualité de vrai, Yâjñavalkya ? »
— « C’est l’œil même, Roi, » dit-il. « A celui, en vérité, qui a vu de ses yeux on dit : — Tu l’as vu ? — Et il dit : — Je l’ai vu. — Cela, c’est le vrai. L’œil, en vérité, Roi, est le brahma suprême. L’œil ne délaisse pas celui-là, tous les êtres protègent celui-là,

10. « Devenue Dieu, il va vers les Dieux, celui qui, sachant ainsi, l’adore. »
— « Je te donne un millier de vaches avec un taureau-éléphant, » dit Janaka de Videha.
Yâjñavalkya dit :
« Mon père pensait : — On ne doit rien emporter sans avoir instruit. — Qui t’a dit, et quoi ? »

11. — « Gardabhîvipîta Bhâradvâja m’a dit: — L’oreille, en vérité, est Brahma. — »
— « Comme un qui a une mère, comme un qui a un père, comme un qui a un maître pour l’instruire parlerait, ainsi Bhâradvâja a dit : — L’oreille est Brahma. — En effet, pour qui n’entend pas, qu’y aurait-il? Il t'a dit son séjour, son point d’appui ?»
— « Il ne me l’a pas dit. »
— « Son Brahma n’a qu’un pied, Roi. »

12. — « Dis-nous donc, Yâjñavalkya. »
— « L’oreille est son séjour, l’espace est son point d’appui, qu’on l’adore en l’appelant infinie. »
— « Quelle est la qualité d’infini, Yâjñavalkya ?»
— « Ce sont les points cardinaux mêmes, Roi, » dit-il. « C’est pourquoi, ô Roi, quel que soit le point où l’on va, l’on ne va jamais jusqu’à la fin: car les points cardinaux n’ont pas de fin. L’oreille, c’est les points cardinaux. L’oreille, en vérité, Roi, est le brahma suprême. L’oreille ne délaisse pas celui-là, tous les êtres protègent celui-là,

13. « Devenu Dieu il va vers les Dieux, celui qui, sachant ainsi, l’adore. »
— « Je te donne un millier de vaches avec un taureau-éléphant, » dit Janaka de Videha.
Yâjñavalkya dit :
« Mon père pensait : — On ne doit rien emporter sans avoir instruit. — Qui t’a dit, et quoi ? »

14. — « Satyakâma Jâbâla m’a dit : — Le manas, en vérité, est Brahma. — »
— « Comme un qui a une mère, comme un qui a un père, comme un qui a un maître pour l’instruire parlerait, ainsi Satyakâma a dit : — Le manas est Brahma. — En effet, pour qui ne pense pas, qu’y aurait-il ? Il t’a dit son séjour, son point d’appui ?»
— « Il ne me l’a pas dit. »
— « Son Brahma n’a qu’un pied, Roi. »

15. — « Dis-nous donc, Yâjñavalkya . »
— « Le manas est son séjour, l’espace est son point d’appui, qu’on l’adore en l'appelant béatitude. »
— « Quelle est la qualité de béatitude, Yâjñavalkya ? »
— « C’est le manas même, Roi, » dit-il. « Par le manas en vérité, Roi, on va par amour vers une femme, en elle on engendre un fils conforme : c’est la béatitude. Le manas, en vérité, Roi, est le brahma suprême. Le manas ne délaisse pas celui-là, tous les êtres protègent celui-là,

16. « Devenu Dieu il va vers les Dieux, celui qui, sachant ainsi, l’adore. »
— « Je te donne un millier de vaches avec un taureau-éléphant, » dit Janaka de Videha.
Yâjñavalkya dit :
« Mon père pensait : — On ne doit rien emporter sans avoir instruit. — Qui t’a dit, et quoi ? »

17. — « Vidagdha Çâkalya m'a dit: — Le cœur, en vérité, est Brahma. — »
— « Comme un qui a une mère, comme un qui a un père, comme un qui a un maître pour l’instruire parlerait, ainsi Çâkalya a dit : — Le cœur est Brahma. — En effet, pour qui n’a pas de cœur, qu’y aurait-il î II t’a dit son séjour, son point d’appui ? »
— « Il ne me l'a pas dit. »
— « Son Brahma n’a qu’un pied, Roi. »

18. — « Dis-nous donc, Yâjñavalkya . »
— « Le cœur est son séjour, l’espace est son point d’appui, qu’on l’adore en l’appelant stabilité. »
— « Quelle est la qualité de stabilité, Yâjñavalkya ? »
— « C’est le cœur même, Roi, » dit-il. « Le cœur en vérité, Roi, est la base de tous les êtres : car par le cœur tous les êtres ont un point d'appui. Le cœur, en vérité, Roi, est le brahma suprême. Le cœur ne délaisse pas celui-là, tous les êtres protègent celui-là.

19. « Devenu Dieu il va vers les Dieux, celui qui, sachant ainsi, l’adore. »
— « Je te donne un millier de vaches avec un taureau-éléphant, » dit Janaka de Videha.
Yâjñavalkya dit :
« Mon père pensait : — On ne doit rien emporter sans avoir instruit. — »

SECOND BRAHMANA

1. Et ensuite Janaka de Videha descendit avec respect de son banc de gazon et lui dit :
« Hommage à toi, Yâjñavalkya ; enseigne-moi. »
Et il dit :
« De même que, certes, ô Souverain, celui qui part pour un grand voyage se procurerait ou un char ou un bateau, tout de même tu as ton âtman muni de ces upanishads. Etant, comme tu l'es, le Chef, étant riche, ayant appris les Vedas et entendu les upanishads, au moment où tu seras affranchi de ce monde, où t’en iras-tu ? »
— « Je ne le sais pas, vénérable, où je m’en irai. »
— « Eh bien, moi, je vais te le dire, où tu t'en iras. »
— « Que le vénérable dise. »

2. Et il dit :
« En vérité, il s’appelle le Flamboyant, ce purusha qui est dans l’œil droit. Celui-là donc qui est flamboyant, Indra, c’est ainsi qu’ils l’appellent, comme de façon latente. Car les Dieux aiment en quelque sorte le latent et détestent le patent.

3. « Et, de plus, cet aspect de purusha qui est dans l’œil gauche, c'est son épouse Virâj. De ces deux-là le concert, c’est dans l’espace à l’intérieur du cœur. Et de ces deux-là la nourriture, c’est la masse rouge à l’intérieur du cœur. Et de ces deux-là l'enveloppe, c’est cette sorte de filet à l’intérieur du cœur. Et de ces deux-là la route, praticable, c’est cette artère qui monte du cœur.

4. « Et il a les vaisseaux appelés hitas qui sont comme un cheveu coupé en mille. Par ces vaisseaux certes ce qui coule, coule vers lui. C’est pourquoi lui a une nourriture plus raffinée que cet âtman corporel.

5. « Il a pour est les souffles en avant, il a pour sud les souffles à droite, il a pour ouest les souffles en arrière, il a pour nord les souffles qui montent en pente, il a pour zénith les souffles qui montent verticalement, il a pour nadir les souffles qui descendent verticalement : autant de points cardinaux, autant de souffles.

6. « Il est : Non, non, cet âtman : insaisissable, car il n’est pas saisi ; infrangible, car il n’est pas brisé ; sans attachement, sans lien, il n’est pas attaché, il ne chancelle pas. L’absence de crainte, en vérité, Janaka, tu l’as atteinte. »
Ainsi parla Yâjñavalkya.
Et Janaka de Videha lui dit :
« Hommage à toi, Yâjñavalkya: que l’absence de crainte te vienne, toi qui, vénérable, nous fais connaître l’absence de crainte. Voici les Videhas, me voici. »

TROISIÈME BRAHMANA

1. Or, vers Janaka de Videha Yâjñavalkya vint. Il pensait : « Je ne parlerai pas. » Et, quand Janaka de Videha et Yâjñavalkya parlèrent sur le sacrifice du feu, Yâjñavalkya lui donna un don à choisir. Et ce fut de l’interroger à son gré qu’il choisit ; et il le lui accorda. Et c’est ainsi que le Souverain l’interrogea le premier.

2. « Yâjñavalkya, quelle lumière a-t-il, ce purusha ? »
— « Le Soleil est sa lumière, ô Souverain, » dit-il. « C’est avec le soleil pour lumière qu’il est assis, qu’il circule, qu’il ouvre l’œuvre, qu’il s’en retourne chez soi. »
— « C’est exact, Yâjñavalkya.

3. « Quand le soleil s’est couché, Yâjñavalkya, quelle lumière a-t-il, ce purusha ? »
— « La lune est sa lumière, ô Souverain, » dit-il. « C’est avec la lune pour lumière qu’il est assis, qu’il circule, qu’il ouvre l’œuvre, qu’il s’en retourne chez soi. »
— « C’est exact, Yâjñavalkya.

4. « Quand le soleil s’est couché, Yâjñavalkya, quand la lune s’est couchée, quelle lumière a-t-il, ce purusha ? »
— « La feu est sa lumière, ô Souverain, » dit-il. « C’est avec le feu pour lumière qu’il est assis, qu’il circule, qu’il ouvre l’œuvre, qu’il s’en retourne chez soi. »
— « C’est exact, Yâjñavalkya.

5. « Quand le soleil s’est couché, Yâjñavalkya, quand la lune s’est couchée, quand le feu est tombé, quelle lumière a-t-il ce purusha ? »
— « La voix est sa lumière, ô Souverain, » dit-il. « C’est avec la voix pour lumière qu’il est assis, qu’il circule, qu’il ouvre l’œuvre, qu’il s’en retourne chez soi. C’est pourquoi, ô Souverain, quand on ne distingue plus sa propre main, là où la voix s’élève, on se dirige vers ce point. »
— « C’est exact, Yâjñavalkya.

6. « Quand le soleil s’est couché, Yâjñavalkya, quand la lune s’est couchée, quand le feu est tombé, quand la voix est tombée, quelle lumière a-t-il, ce purusha ? »
— « L’âtman est sa lumière, ô Souverain, » dit-il. « C’est avec l’âtman pour lumière qu’il est assis, qu’il circule, qu’il ouvre l’œuvre, qu’il s’en retourne chez soi. »

7. — « Quel est-il, cet âtman ? »
— « Ce purusha qui est fait de discernement, dans les souffles, dans le cœur lumière intérieure, égal à soi-même : il parcourt les deux mondes ; il réfléchit, dirait-on ; il s’agite, dirait-on ; étant devenu sommeil accompagné de pensée, il franchit ce monde-ci.

8. « En vérité ce purusha, quand il naît, quand il s’en va prendre un corps, entre en contact avec les maux ; et, quand il s’en va, quand il meurt, il laisse les maux, les formes de la mort.

9. « En vérité de ce purusha il y a deux résidences : ceci et le séjour de l’autre monde. L’intermédiaire, troisième, est le séjour du sommeil. Et, dans ce séjour intermédiaire, quand il s’y tient, il aperçoit les deux séjours, et ceci, et le séjour de l’autre monde.

10. « Or, selon qu’il a pris sa direction vers le séjour de l’autre monde, ayant pris cette direction, il voit à la fois les maux et les plaisirs. Et, quand il dort en rêvant, ayant pris à lui une parcelle de cet ensemble, détruisant par lui-même, fabriquant par lui-même, par son propre éclat, par sa propre lumière, il dort en rêvant : alors ce purusha a sa lumière de soi-même.

11. « Là, il n’y a ni chars, ni attelages, ni chemins, et il s'émet des chars, des attelages, des chemins ; là, il n’y a ni plaisirs, ni joies, ni allégresses, et il s'émet des plaisirs, des joies, des allégresses ; là, il n’y a ni lacs, ni rivières, ni étangs de lotus, et il s'émet des lacs, des rivières, des étangs de lotus : car c'est lui qui fait.

12. « Et voici encore des vers :
« Au moyen du sommeil, ayant frappé en face le corporel, lui, qui n'est pas endormi, éclaire de son regard ceux qui sont endormis. Ayant pris de la clarté, il retourne à son séjour, fait d'or, purusha, le cygne unique.

13. « Par son soufflé protégeant le nid au-dessous, en dehors du nid immortel vagabondant, il va, va, l'immortel, là où il lui plaît, fait d'or, purusha, le cygne unique

14. « Dans l'état de sommeil, en haut, en bas, allant, allant, le Dieu se fait des formes nombreuses, ou bien comme s'éjouissant avec des femmes, éclatant de rire, ou bien comme voyant des périls.

15. « On voit sa plaisante retraite ; lui, personne ne le voit.
« C’est pourquoi l’on dit : N’éveillez pas brusquement. On a de la peine à le guérir, celui chez qui il ne rentre pas.

16. « Mais aussi l’on dit : — Après tout, ce n’est là qu’un lieu de veille pour lui : car c’est justement ce qu’il voit éveillé qu’il voit aussi en rêvant. — Alors, ce purusha a sa lumière de soi-même. »
— « C’est exact, Yâjñavalkya : moi que voici, je donne au vénérable un millier ; encore, parle pour l’affranchissement. »

17. — « Et ce même purusha dans cet état de sommeil, s’étant complu, ayant vagabondé, ayant vu le bien et le mal, en sens inverse revient en courant chez lui, pour l’éveil. De tout ce qu’il a pu voir en cet état rien ne le suit. Ce purusha est sans attaches. »
— « C’est exact, Yâjñavalkya; moi que voici, je donne au vénérable un millier ; encore, parle pour l’affranchissement. »

18. — « C’est comme un grand poisson qui longe les deux rives, d’un côté et de l’autre ; de même ce purusha longe ces deux extrêmes, l'état de sommeil et celui d’éveil.

19. « De même qu’en cet espace un épervier ou un aigle, ayant tourné en cercle, fatigué, ayant ramené les deux ailes, est porté jusqu’à son aire ; de même ce purusha court à cet extrême où, étant endormi, il ne désire aucun désir, ne voit aucun rêve.

20. « Or, les vaisseaux appelés hitas, comme un cheveu coupé en mille, sont d’une égale ténuité, pleins de blanc, de bleu, de roux, de vert, de rouge ; et là où il lui semble qu'on le tue, qu'on le dompte, qu'un éléphant le serre de près, qu’il tombe dans un puits, et tout danger qu’éveillé il voit, il l’imagine, en cet état, par ignorance, ce même danger. Et là où il se croit comme un roi, comme un Dieu, où il pense : — Je suis tout ceci, — c’est pour lui le monde suprême. Et puis, là où, étant endormi, il ne désire aucun désir, il ne voit aucun rêve,

21. « Telle est pour lui la forme où l’âtman est son désir, où il a obtenu son désir, où il est sans désir. Comme un homme dans les bras d’une femme aimée ne sait rien du dehors ni du dedans, de même cet âtman corporel, embrassé par l'âtman intellectuel, ne sait plus rien du dehors ni du dedans.

22. « C’est là sa forme où le mal est détruit, où il n’y a plus de crainte, où il n’y a pas de mélange de chagrin. En cet état-ci, le père est non-père, la mère non-mère, les mondes non-mondes, les Dieux non-dieux, les Vedas non-vedas, les sacrifices non-sacrifices. En cet état-ci, le voleur est non-voleur, l’avorteur non-avorteur, le paulkasa(96) non-paulkasa, le cândâla(97) non-cândâla, le çramana(98) non-çramana, l'ascète non-ascète. Il n’y a pas de bien qui le suive, il n’y a pas de mal qui le suive, car il est passé alors au-delà de tous les chagrins du cœur.

23. « Et s’il ne voit pas Ceci : c’est quand il voit qu’il ne voit pas Ceci, le visible ; en effet, le voyeur et la vue ne se séparent pas, à cause de l’impérissabilité, et d’autre part il n’y a pas, comme second, un Ceci autre que lui, distinct, qu’il voie.

24. « Et s’il ne sent pas Ceci : c’est quand il sent qu'il ne sent pas Ceci, l’odorable ; en effet, le senteur et la senteur ne se séparent pas, à cause de l’impérissabilité, et d’autre part il n'y a pas, comme second, un Ceci autre que lui, distinct, qu’il sente.

25. « Et s'il ne goûte pas Ceci : c’est quand il goûte qu’il ne goûte pas Ceci, la saveur ; en effet, le goûteur et la saveur ne se séparent pas, à cause de l’impérissabilité, et d’autre part il n’y a pas, comme second, un Ceci autre que lui, distinct, qu’il goûte.

26. « Et s’il ne parle pas Ceci : c’est quand il parle qu’il ne parle pas Ceci, le dicible ; en effet, le parleur et la parole ne se séparent pas, à cause de l’impérissabilité, et d’autre part il n'y a pas, comme second, un Ceci autre que lui, distinct, qu’il parle.

27. « Et s'il n’entend pas Ceci : c’est quand il entend qu’il n’entend pas Ceci, l’audible ; en effet, l’entendeur et l’audition ne se séparent pas, à cause de l’impérissabilité, et d’autre part il n’y a pas, comme second, un Ceci autre que lui, distinct, qu’il entende.

28. « Et s’il ne pense pas Ceci : c’est quand il pense qu’il ne pense pas Ceci, le pensable ; en effet, le penseur et la pensée ne se séparent pas, à cause de l’impérissabilité, et d’autre part il n’y a pas, comme second, un Ceci autre que lui, distinct, qu’il pense.

29. « Et s’il ne touche pas Ceci : c’est quand il touche qu’il ne touche pas Ceci, le tangible ; en effet, le toucheur et le toucher ne se séparent pas, à cause de l’impérissabilité, et d’autre part il n’y a pas, comme second, un Ceci autre que lui, distinct, qu’il touche.

30. « Et s'il ne discerne pas Ceci : c'est quand il discerne qu’il ne discerne pas Ceci, le discernable ; en effet, le discerneur et le discernement ne se séparent pas, à cause de l’impérissabilité, et d’autre part il n’y a pas, comme second, un Ceci autre que lui, distinct, qu’il discerne.

31. « Sur l’Océan, seul, le voyeur sans second : c'est là le monde de Brahma. ô Souverain. »
C'est ainsi qu’il lui parla.
« C’est là sa suprême plénitude, c’est là son monde suprême, c’est là sa béatitude suprême. De cette béatitude même les autres êtres n’ont qu’une parcelle pour en vivre.

32. « Celui des hommes qui est dans la prospérité, dans l'abondance, le chef des autres, qui a le plus de toutes ces satisfactions humaines, c’est la béatitude suprême des hommes.

33. « Et cent béatitudes des hommes font une béatitude des Pitris qui ont conquis leur monde.

34. « Et cent béatitudes des Pitris qui ont conquis leur monde font une béatitude des Karmadevas, ceux qui ont atteint la divinité par l’œuvre.

35. « Et cent béatitudes des Karmadevas font une béatitude des Ajânadevas (99) et aussi d’un çrotriya(100) sans péché, que le désir n’a pas abattu.

36. « Et cent béatitudes des Ajânadevas font une béatitude dans le monde des Dieux et aussi d’un çrotriya sans péché, que le désir n'a pas abattu.

37. « Et cent béatitudes dans le monde des Dieux font une béatitude dans le monde des Gandharvas et aussi d'un çrotriya sans péché, que le désir n’a pas abattu.

38. « Et cent béatitudes dans le monde des Gandharvas font une béatitude dans le monde de Prajâpati et aussi d'un çrotriya sans péché, que le désir n’a pas abattu.

39. « Et cent béatitudes dans le monde de Prajâpati font une béatitude dans le monde de Brahma et aussi d’un çrotriya sans péché, que le désir n’a pas abattu.
« C’est là le monde de Brahma, ô Souverain. »
Ainsi il lui enseigna.
« C’est là l’immortel. »
— « Moi que voici, je donne au vénérable un millier ; encore, parle pour l'affranchissement. »

40. — « Et ce même purusha dans cette paix parfaite, s’étant complu, ayant vagabondé, ayant vu le bien et le mal, en sens inverse revient en courant chez lui, pour l’éveil. De tout ce qu’il a pu voir en cet état, rien ne le suit. Ce purusha est sans attaches. »
— « C’est exact, Yâjñavalkya; moi que voici, je donne au vénérable un millier ; encore, parle pour l’affranchissement. »

41. Et à ce moment Yâjñavalkya eut peur. « Ce roi est intelligent ; il m’a délogé de toutes mes positions.
« Quand on s’émacie, c’est par la vieillesse ou par la fièvre que l’on s’émacie. Comme un fruit d’âmra, d'udumbara ou de pippala se détache de son nœud, tout de même cet âtman corporel, s’étant détaché de ces membres, retourne en courant en sens inverse chez lui, pour respirer.

42. « Et de même qu’un chariot bien chargé s’en irait en gémissant, tout de même cet âtman corporel, monté sans relâche par l'âtman intellectuel, va en gémissant.

43. « De même que, quand le roi arrive, les ugras, les magistrats, les écuyers, les chefs de village, avec des mets, avec des boissons, avec des lits, se tiennent à ses ordres : — Le voici qui vient, le voici qui arrive, — de même celui qui connaît ainsi, tous les êtres se tiennent à ses ordres : — Voici le Brahma qui vient, le voici qui arrive.—

44. « De même que, quand le roi va s'en aller, les ugras, les magistrats, les écuyers, les chefs de village s’assemblent pour lui rendre hommage, de même celui qui connaît ainsi, tous les souffles s’assemblent pour lui rendre hommage, au moment où il expire. »

QUATRIÈME BRAHMANA

1. « Quand cet âtman corporel, étant tombé dans un état de faiblesse, tombe dans une sorte d’égarement, à ce moment tous ces souffles viennent s’assembler autour de lui. Ayant recueilli ensemble ces particules d'éclat, il descend tout du long au cœur.

2. « Et lorsque ce purusha qui est dans l’œil s’en retourne en arrière, alors il ne connaît plus la forme : il devient un, il ne voit plus, dit-on ; il devient un, il ne sent plus, dit-on ; il devient un, il ne goûte plus, dit-on ; il devient un, il ne parle plus, dit-on ; il devient un, il n’entend plus, dit-on ; il devient un, il ne pense plus, dit-on ; il devient un, il ne touche plus, dit-on ; il devient un, il ne discerne plus, dit-on.

3. « Et de son cœur la pointe luit ; et à l’aide de cette lueur cet âtman s’en va, soit par l’œil, soit par la tête, soit par d’autres parties du corps. Quand il sort et monte, le souffle sort et monte à la suite. Quand le souffle sort et monte à la suite, tous les souffles sortent et montent à la suite. La plénitude de la connaissance descend à la suite ; celui-là qui est le connaissant devient le connaissant qui discerne. Celui-là, la science et l’œuvre ensemble s’accrochent ensuite à lui, et aussi ses capacités antérieures.

4. « C’est comme une chenille qui, arrivée au bout d’un brin d’herbe, contracte son âtman ; de même ce purusha, ayant jeté bas ce corps, l’ayant fait passer à l’ignorance, contracte son âtman.

5. « C’est comme un orfèvre qui, ayant pris une pièce d’orfèvrerie, fabrique une forme plus neuve et plus belle ; de même ce purusha, ayant jeté bas ce corps, l’ayant fait passer à l’ignorance, se fabrique une forme plus neuve ou de Pitri, ou de Gandharva, ou de Brahma, ou de Prajâpati, ou de Dieu, ou d'homme, ou de quelque autre être.

6. « En vérité, c'est Brahma, cet âtman fait de discernement, fait de manas, fait de voix, fait de souffle, fait d'œil, fait d’oreille, fait d’espace, fait de vent, fait d’éclat, fait d’eau, fait de terre, fait de colère, fait de non-colère, fait de joie, fait de non-joie, fait de dharma, fait de non-dharma, fait de tout.
« Et lorsque l’on dit : — Il est fait de ceci, il est fait de cela, — tel il agit, tel il se conduit, tel il devient. Agissant bien, ii devient bon ; agissant mal, il devient mauvais ; il devient saint par l’œuvre sainte, mauvais par la mauvaise.

7. « D’autres disent, je le sais : — C’est de désir qu’est fait ce purusha. — Tel est son désir, tel son vouloir ; tel est son vouloir, telle l’œuvre qu’il ouvre ; quelque œuvre qu’il ouvre, il la recueille.

8. « Et il y a cette stance :
« Voici la vérité : avec l'œuvre il va à ce but propre où son manas est attaché ; arrivé à la fin de cette œuvre, quelque œuvre qu'il ouvre ici-bas, il revient de ce monde-là à ce monde-ci, pour ouvrer l'œuvre.
« Ainsi du moins pour qui désire. Et ceux qui ne désirent pas ? Celui qui est sans désir, débarrassé du désir, dont l’âtman est le seul désir, qui a obtenu son désir, de celui-là les souffles ne s’échappent pas en montant ; en lui ils se déposent tous ensemble ; étant le brahma, il va au brahma.

9. « Et il y a cette stance :
« Lorsque tous les désirs sont rejetés, qui s'appuyaient sur son cœur, alors le mortel devient immortel ; en lui le brahma le mange.

10. « C’est comme une peau de serpent sur une fourmilière, morte, jetée de côté, qui gît ; de même ce corps gît. Et alors cet âtman sans os, sans corps, intelligent, c’est le brahma même, c'est le monde même, ô Souverain. »
Ainsi parla Yâjñavalkya
« Je donne un millier au vénérable. »
Ainsi parla Janaka de Videha.

11. « Et voici des stances :
« Ténu est le chemin, long, ancien : je l'ai touché, je l'ai trouvé tout au long. C'est par là que les nobles s’en vont, qui connaissent le brahma, s'élevant vers le monde du Svarga, affranchis d'ici.

12. « Sur ce chemin il y a, dit-on, du blanc, du bleu, du roux, du vert, du rouge ; ce chemin a été trouvé tout au long par le Brahma ; c'est par là que va celui qui connaît le Brahma, éclatant et aux œuvres saintes.

13. « Ils entrent dans les ténèbres aveugles, ceux qui professent la négation des renaissances ; il y a plus de ténèbres encore pour ceux qui se plaisent dans les renaissances.

14. « Ces mondes-là s'appellent asuryas ; ils sont enveloppés par des ténèbres aveugles. C'est là qu'après la mort s'en vont ceux qui ne savent pas, ceux qui ne comprennent pas.

15. « Ce que nous sommes, c'est cela, oui cela, que nous devenons ; si on ne le sait, grande est la perdition. Ceux qui ont appris cela, ceux-là deviennent immortels, et les autres c'est à la Douleur qu'ils vont.

16. « S’il discernait l’âtman en se disant : — Je le suis, — le purusha, que désirant, pour l’amour de quoi, circulerait-il à la suite du corps ?

17. « Celui par qui a été trouvé à la piste, clairement illuminé(101), l’âtman profondément entré dans cet abîme d’incertitude, celui-là est l’auteur universel, car il est l’ouvrier de toutes choses ; à lui le monde, c’est lui le monde.

18. « Lorsqu’il le suit des yeux, l’âtman, le Dieu, face à face, le Seigneur du passé et du futur, alors il n’a plus d’incertitude.

19. « Celui en qui les cinq Cinq(102) et l’espace ont leur point d’appui, c’est lui que je considère comme l’âtman, moi sachant, lui, Brahma, moi immortel, lui immortel.

20. « Celui vers qui l’année avec les jours se déroule, les Dieux l’adorent comme la lumière des lumières, comme la vie, comme l’immortel.

21. « Le souffle du souffle, et l’œil de l’œil, et l’oreille de l’oreille, la nourriture de la nourriture, le manas du manas, ceux qui l’ont appris, ceux-là ont reconnu le Brahma, antique, initial. C’est par le manas qu’il faut l’atteindre ; il n’y a pas ici-bas de divinité.

22. « De la mort il passe à la mort, celui qui voit ici comme de la diversité ; c’est par le manas qu’il faut le suivre du regard ; il est l’impérissable, le stable.

23. « Sans poussière, par-delà l’espace, le non-né, l’âtman, le grand, le stable : que le brahmane, dans sa sagesse, l’ayant discerné, réalise la science. Que sa pensée ne poursuive pas des mots en multitude : ce n’est que fatigue de parole.

24. « En vérité, cet âtman est le Maître de tout, le Seigneur de tout, le Souverain de tout ; il gouverne l'Univers, tout, tant qu’il est ; celui-là, par l'action bonne ne grandit pas, ni par l'action mauvaise ne diminue ; c’est lui le Souverain des êtres, c’est lui le Seigneur du monde, c'est lui le Gardien du monde. C’est la digue qui borde ces mondes, pour les empêcher de se confondre.

25. « C’est lui que par la récitation des Vedas ils cherchent à connaître, par la règle brahmanique, par l’ascétisme, par la foi, par le sacrifice, par l’inanition. C’est lui qu’il faut connaître pour devenir muni ; c’est vers lui que les religieux errants(103), désireux d’atteindre le monde, vont en errant.

26. « Et voilà pourquoi les brahmanes de jadis, instruits, savants, ne désiraient pas de postérité. — Que ferons-nous d’une postérité, nous qui avons cet âtman, ce monde ? —
« Or, ceux-là, s’étant élevés au-dessus du désir des fils, du désir des richesses, du désir des mondes, s’en allaient errer en mendiant, car désirer des fils, c’est désirer de la richesse, désirer de la richesse, c’est désirer des mondes : l’un et l’autre, c'est toujours désirer.

27. « Cet âtman se nomme Non, non : insaisissable, car il n’est pas saisi ; infrangible, car il n’est pas brisé ; sans attache, sans lien, il n’est pas attaché, il ne chancelle pas.
« Dès lors, qu'il dise : — J’ai fait le mal, — dès lors, qu’il dise : — J’ai fait le bien, — il les dépasse tous les deux, oui, tous les deux, étant immortel. Ni bien ni mal, fait ou non, ne le brûle. Par aucune œuvre de lui son monde ne se perd.

28. « C’est ce que dit une stance védique :
« Telle est l’éternelle grandeur du brahmane : par l’œuvre elle ne croît ni ne diminue ; qu’on le suive pas à pas ; l’ayant connu, on n’est plus taché par une œuvre mauvaise.
« C’est pourquoi, celui qui sait ainsi, ayant peiné, dompté, se tenant tranquille, patient, ayant acquis la foi, voit l’âtman dans l’âtman ; il le voit tout entier ; tout l'âtman devient son âtman, il devient l'âtman de tout l’âtman ; il dépasse tout mal, le mal ne le dépasse pas ; il brûle tout mal, le mal ne le brûle pas. Sans mal, sans vieillesse, sans faim, sans soif, il devient un brahmane, celui qui connaît ainsi.

29. « C’est lui le grand, le non-né, l’âtman, le mangeur de la nourriture, le donneur de trésors. Celui qui le connaît ainsi, grand, non-né, âtman, mangeur de nourriture, donneur de trésors, acquiert un trésor.

30. « Lui, le grand, non-né, âtman, sans vieillesse, sans mort, sans crainte, immortel, c’est le Brahma. En vérité, Janaka, tu as obtenu la non-crainte. »
Ainsi parla Yâjñavalkya.
« Moi que voici, au vénérable je donne les Videhas et moi-même, comme esclaves. »

31. Lui, ce grand, non-né, âtman, sans vieillesse, sans mort, sans crainte, immortel, c’est le Brahma. En vérité, la non-crainte, c'est le Brahma, car, en vérité, il devient le Brahma sans crainte, celui qui connaît ainsi.

CINQUIÈME BRAHMANA

1. Or, Yâjñavalkya avait deux épouses, Maitreyî et Kâtyâyanî. D’entre elles, Maitreyî savait parler du Brahma ; Kâtyâyanî n’avait guère qu’un esprit de femme. Comme il allait entrer dans un autre genre de vie,

2. Yâjñavalkya dit : « Maitreyî, en vérité, oui, je vais m’en aller de ce séjour pour errer en mendiant. Allons, je veux conclure un arrangement entre toi et Kâtyâyani que voici. »

3. Et Maitreyî parla ainsi :
« Eh bien, si pour moi, ô Seigneur, toute cette terre-ci était remplie de richesse, eh bien, en serais-je immortelle ou non ? »
— « Non, » ainsi parla Yâjñavalkya. « De même qu’est la vie de ceux qui ont des moyens, ainsi précisément serait ta vie ; mais d’être immortel, il n’y en a pas d’espérance dans la richesse. »

4. Et Maitreyî parla ainsi :
« Ce par quoi je ne serai pas immortelle, qu’ai-je à faire de cela ? Voici : ce que ta Seigneurie sait, dis-le-moi. »

5. Et Yâjñavalkya parla ainsi :
« Toi qui m’es, oui, si plaisante, tu me fais plaisir. Eh bien donc, noble femme, je vais te dire cela : je vais t'expliquer. Mais, pendant que je t’expose, toi, sois attentive à ma voix. »
— « Que ta Seigneurie parle. »

6. Et Yâjñavalkya parla ainsi :
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l’amour du mari que le mari est cher : c’est pour l’amour de l'Atman que le mari est cher.
« Ce n’est pas en vérité, oui, pour l’amour de l’épouse que l'épouse est chère ; c’est pour l’amour de l'Atman que l’épouse est chère.
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l'amour des fils que les fils sont chers : c’est pour l’amour de l’Atman que les fils sont chers.
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l’amour de la richesse que la richesse est chère : c’est pour l’amour de l’Atman que la richesse est chère.
« Ce n'est pas, en vérité, oui, pour l'amour du brahma que le brahma est cher : c’est pour l'amour de l'Atman que le brahma est cher.
« Ce n'est pas, en vérité, oui, pour l'amour du kshatra que le kshatra est cher : c’est pour l'amour de l'Atman que le kshatra est cher.
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l'amour des mondes que les mondes sont chers ; c’est pour l'amour de l'Atman que les mondes sont chers.
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l'amour des Dieux que les Dieux sont chers : c’est pour l'amour de l'Atman que les Dieux sont chers.
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l'amour des Vedas que les Vedas sont chers : c’est pour l'amour de l’Atman que les Vedas sont chers.
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l'amour des sacrifices que les sacrifices sont chers : c’est pour l'amour de l'Atman que les sacrifices sont chers.
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l’amour des êtres que les êtres sont chers : c’est pour l’amour de l’Atman que les êtres sont chers.
« Ce n’est pas, en vérité, oui, pour l’amour du Tout que le Tout est cher : c’est pour l’amour de l’Atman que le Tout est cher.
« L’Atman, en vérité, oui, c’est lui qu'il faut voir, lui qu’il faut entendre, lui qu’il faut penser, lui qu’il faut méditer. Maitreyî, c’est par la vue de l’Atman, en vérité, par son audition, par sa pensée, par sa notion distincte, que tout ceci est connu.

7. « Le brahma l’a abandonné, celui qui pense que le brahma est ailleurs qu’en l’Atman ; le kshatra l’a abandonné, celui qui pense que le kshatra est ailleurs qu’en l’Atman ; les mondes l’ont abandonné, celui qui pense que les mondes sont ailleurs qu’en l’Atman ; les Dieux l’ont abandonné, celui qui pense que les Dieux sont ailleurs qu’en l’Atman ; les Vedas l’ont abandonné, celui qui pense que les Vedas sont ailleurs qu’en l’Atman ; les sacrifices l’ont abandonné, celui qui pense que les sacrifices sont ailleurs qu’en l’Atman ; les êtres l’ont abandonné, celui qui pense que les êtres sont ailleurs qu’en l'Atman ; le Tout l'a abandonné, celui qui pense que le Tout est ailleurs qu’en l' Atman.
« C’est là le brahma, c’est là le kshatra, c’est là les mondes, c’est là les Dieux, c’est là les Vedas, c'est là les sacrifices, c’est là les êtres, c’est là le Tout, ce qui est cet Atman.

8. « Et, de même que d’un tambour qui est battu, on n’est pas capable de saisir le son une fois qu’il est dehors, mais, par ce fait qu’on saisit le tambour ou celui qui bat le tambour, le son est saisi ;

9. « Et, de même que d’une vînâ qu’on fait résonner, on n'est, pas capable de saisir le son une fois qu'il est dehors, mais, par ce fait qu’on saisit la vînâ ou celui qui fait résonner la vînâ, le son est saisi;

10. « Et, de même que d’une conque dont on souffle, on n’est pas capable de saisir le son une fois qu’il est dehors, mais, par ce fait qu'on saisit la conque ou celui qui souffle dans la conque, le son est saisi ;

11. « Et, de même que d'un feu de bois humide des fumées s’échappent en tout sens, ainsi, en vérité, oui, de ce grand être, ceci est l'exhalaison, qui est le Rig-Veda, le Yajur-Veda, le Sâma-Veda, les Atharvângiras, l’itihâsa, le purâna, la science, les upanishads, les stances, les aphorismes, les gloses et les commentaires, ce qui est donné, ce qui est offert en libation, ce qu’on donne à manger, ce qu’on donne à boire, et ce monde-ci, et ce monde-là, et tous les êtres : de lui toutes ces choses sont l’exhalaison.

12. « Et, de même que de toutes les eaux l’Océan est le lieu, de même de tous les touchers la peau est le lieu, de même de toutes les odeurs les narines sont le lieu, de même de tous les goûts la langue est le lieu, de même de toutes les formes l’œil est le lieu, de même de tous les sons l’oreille est le lieu, de même de toutes les volitions le manas est le lieu, de même de toutes les sciences le cœur est le lieu, de même de toutes les actions les mains sont le lieu, de même de toutes les marches les pieds sont le lieu, de même de toutes les voluptés les parties sexuelles sont le lieu, de même de toutes les excrétions l’anus est le lieu, de même de toutes les connaissances la voix est le lieu.

13. « Et, comme un bloc de sel qui serait sans rien dedans, sans rien dehors, massif, rien qu’un bloc de saveur, tout de même, en vérité, est ce grand être, infini, sans bord, massif, rien qu’un bloc de discernement. Surgissant de ces êtres, il disparaît avec eux. Après la mort, il n’y a pas de conscience : oui, je le dis en vérité. »
Ainsi parla Yâjñavalkya.

14. Et Maitreyî parla ainsi :
« C’est en ceci seulement que tu m’as fait tomber au dernier effarement, je ne discerne pas clairement : après la mort, il n'y a pas de conscience. »

15. Et Yâjñavalkya parla ainsi :
« En vérité, oui, je ne dis rien qui effare. Cet âtman, en vérité, oui, ne se perd pas ; il n’est point sujet à la destruction ; mais il se produit pour lui un composé d’atomes.

16. « Et s’il ne voit pas Ceci : c’est quand il voit qu’il ne voit pas Ceci, le visible ; en effet, le voyeur et la vue ne se séparent pas, à cause de l'impérissabilité, et d’autre part il n’y a pas, comme second, un Ceci autre que lui, distinct, qu’il voie.

17. « Et s’il ne sent pas Ceci : c’est quand il sent qu’il ne sent pas Ceci, l’odorable ; en effet, le senteur et la senteur ne se séparent pas, à cause de l’impérissabilité, et d’autre part il n’y a pas, comme second, un Ceci autre que lui, distinct, qu’il sente.

18. « Et s’il ne goûte pas Ceci : c’est quand il goûte qu’il ne goûte pas Ceci, la saveur ; en effet, le goûteur et la saveur ne se séparent pas, à cause de l’impérissabilité, et d’autre part il n’y a pas, comme second, un Ceci autre que lui, distinct, qu'il goûte.

19. « Et s’il ne parle pas Ceci : c’est quand il parle qu’il ne parle pas Ceci, le dicible ; en effet, le parleur et la parole ne se séparent pas, à cause de l’impérissabilité, et d’autre part il n’y a pas, comme second, un Ceci autre que lui, distinct, qu’il parle.

20. « Et s’il n’entend pas Ceci : c’est quand il entend qu’il n’entend pas Ceci, l’audible ; en effet, l’entendeur et l’audition ne se séparent pas, à cause de l’impérissabilité, et d’autre part il n’y a pas, comme second, un Ceci autre que lui, distinct, qu’il entende.

21. « Et s’il ne pense pas Ceci : c’est quand il pense qu’il ne pense pas Ceci, le pensable ; en effet, le penseur et la pensée ne se séparent pas, à cause de l’impérissabilité, et d'autre part il n’y a pas, comme second, un Ceci autre que lui, distinct, qu’il pense.

22. « Et s’il ne touche pas Ceci : c’est quand il touche qu’il ne touche pas Ceci, le tangible; en effet, le toucheur et le toucher ne se séparent pas, à cause de l’impérissabilité, et d’autre part il n’y a pas, comme second, un Ceci autre que lui, distinct, qu’il touche.

23. « Et s’il ne discerne pas Ceci : c’est quand il discerne qu’il ne discerne pas Ceci, le discernable; en effet, le discerneur et le discernement ne se séparent pas, à cause de l’impérissabilité, et d’autre part il n’y a pas, comme second, un Ceci autre que lui, distinct, qu’il discerne.

24. « Là où il y aurait comme autre chose, là un autre verrait autre chose, un autre sentirait autre chose, un autre goûterait autre chose, un autre interpellerait autre chose, un autre entendrait autre chose, un autre penserait autre chose, un autre toucherait autre chose, un autre discernerait autre chose.

25. « Mais là où tout n’est plus que l’âtman, par qui verrait-on, et qui ? par qui sentirait-on, et qui ? par qui goûterait-on, et qui ? par qui interpellerait-on, et qui ? par qui entendrait-on, et qui ? par qui penserait-on, et qui ? par qui toucherait-on, et qui ? par qui discernerait-on, et qui ?
« Et maintenant, je t’ai dit l’enseignement. Maitreyî, voilà en vérité ce qu’est l’immortalité. »
Ayant ainsi parlé, Yâjñavalkya partit pour errer en mendiant.

26. Voici la transmission :
Nous avons eu ceci de Çaurpanâyya, Çaurpanâyya de Gautama, Gautama de Vâtsya, Vâtsya de Vâtsya et de Pârâçarya, Pârâçarya de Sânkritya et de Bhâradvâja, Bhâradvâja d’Audavâhi et de Çaundilya, Çaundilya de Baijavâpa et de Gautama, Gautama de Bai-javâpâyana et de Vaishtapureya, Vaishtapureya de Çandilya et de Rauhinâyana, Rauhinâyana de Çaunaka, de Jaivantâyana et de Raibhya, Raibhya de Pautimâshyâyana et de Kaundinyâyana, Kaundinyâyana des deux Kaundinya, les deux Kaundinya des Aurnavâbha, les Aurnavâbha de Kaundinya, Kaundinya de Kaundinya, Kaundinya de Kaundinya et d’Agniveçya,

27. Agniveçya de Saitava, Saitava de Pârâçarya, Pârâçarya de Jâtûkarnya, Jâtûkarnya de Bhâradvâja, Bhâradvâja de Bhâradvâja, d’Asurâyana et de Gautama, Gautama de Bhâradvâja, Bhâradvâja de Balâkâkauçika, Balâkâkauçika de Kâshâyana, Kâshâyana de Saukarâyana, Sakaurâyana de Traivani, Traivani d'Aupajandhani, Aupajandhani de Sâyakâyana, Sâyakâyana de Kauçikâyani, Kauçikâyani de Ghritakauçika, Ghritakauçika de Pârâçaryâyana, Pârâçaryâyana de Pârâçarya, Pârâçarya de Jâtûkarnya, Jâtûkarnya de Bhâradvâja, Bhâradvâja de Bhâradvâja, d’Asurâyana et de Yaska, Asurâyana de Traivani, Traivani d’Aupajandhani, Aupajandhani d’Asuri, Asuri de Bhâradvâja, Bhâradvâja d'Atreya,

28. Atreya de Mânti, Mânti de Gautama, Gautama de Gautama, Gautama de Vâtsya, Vâtsya de Çândilya, Çândilya de Kaiçorya Kâpya, Kaiçorya Kâpya de Kumârahârita, Kumârahârita de Gâlava, Gâlava de Vidarbhîkaundinya, Vidarbhîkaundinya de Vatsanapât Bâbhrava, Vatsanapât Bâbhrava de Pathin Saubhara, Pathin Saubhara d’Ayâsya Angirasa, Ayâsya Angirasa d'Abhûti Tvâshtra, Abhûti Tvâshtra de Viçvarûpa Tvâshtra, Viçvarûpa Tvâshtra des Açvins, les Açvins de Dadhyañe Atharvana, Dadhyañe Atharvana d’Atharvan Daiva, Atharvan Daiva de Mrityu Prâdhvamsana, Mrityu Prâdhvamsana de Pradhvam-sana, Pradhvamsana d’Ekarshi, Ekarshi de Viprajitti, Viprajitti de Vyashti, Vyashti de Sanâru, Sanâru de Sanâtana, Sanâtana de Sanaga, Sanaga de Parameshthin, Parameshthin de Brahma. Le Brahma est l’être par soi. Hommage au Brahma.

CINQUIÈME LECTURE

PREMIER BRAHMANA

« Cela est plein, ceci est plein. Le plein est tiré du plein. Du plein ôtez le plein, reste le plein. Om, le Vide, Brahma. Le Vide ancien, venteux le Vide. »
Voilà ce que disait Kauravyâyanîputra.
C’est là le Veda. Les Brahmanes le connaissent. On connaît par là ce qui est à connaître.

SECOND BRAHMANA

1. Les trois Prâjâpatyas, chez Prajâpati leur père demeuraient comme novices : Dieux, Hommes, Asuras.

2. Le temps du noviciat passé, les Dieux dirent :
« Parle-nous, Seigneur. »
Or, il leur dit cette syllabe : « Da.
« Avez-vous compris ? »
— « Nous avons compris, » dirent-ils. « — Domptez-vous(104), — nous dis-tu. »
— « Om, » dit-il, « vous avez compris. »

3. Et alors les Hommes lui dirent :
« Parle-nous, Seigneur. »
Or, il leur dit cette syllabe : « Da.
« Avez-vous compris ? »
— « Nous avons compris, » dirent-ils. « — Donnez(105), — nous dis-tu. »
— « Om, » dit-il, « vous avez compris. »

4. Et alors les Asuras lui dirent :
« Parle-nous, Seigneur. »
Or, il leur dit cette syllabe : « Da.
« Avez-vous compris ? »
— « Nous avons compris, » dirent-ils. « — Soyez compatissants(106), — nous dis-tu. »
— « Om, » dit-il, « vous avez compris. »
C’est cela même que répète cette divine voix, le Tonnerre, quand il dit Dadada : Domptez-vous, donnez, soyez compatissants.
Qu’on enseigne ces trois choses : se dompter, donner, avoir compassion.

TROISIÈME BRAHMANA

Le souffle au vent immortel, le corps finit en cendre. Om. O Vouloir, souviens-toi, pour la réussite, souviens-toi.
Agni, conduis-nous par le bon chemin à la fortune, ô Dieu qui connais tous les carrefours, écarte de nous le péché aux voies obliques ; nous voulons t’offrir une multiple formule d’hommage.

QUATRIÈME BRAHMANA

Cela est Prajâpati qui est le cœur ; cela est le Brahma, cela est tout. Voilà comme hridaya(107) est trisyllabe.
Hri est une syllabe : ils lui apportent(108) des offrandes, et les siens et les autres, à celui qui connaît ainsi.
Da est une syllabe : ils lui font des dons(109), et les siens et les autres, à celui qui connaît ainsi.
Ya est une syllabe : il va(110) au monde du Svarga, celui qui connaît ainsi.

CINQUIÈME BRAHMANA

Cela, oui, cela, c’est là ce qui était : le vrai
. Or, celui qui connaît ce grand, divin, premier-né, le vrai qui s’appelle Brahma, celui-là conquiert ces mondes. Et pourrait-il être vaincu, celui qui connaît ce grand, divin, premier-né, le vrai qui s’appelle Brahma ? car le Brahma est le vrai.

SIXIÈME BRAHMANA

1. C’est les eaux qui étaient ceci, au commencement. Les eaux émirent le vrai, le vrai le Brahma, le Brahma Prajâpati, Prajâpati les Dieux.

2. Les Dieux adorent sous ce nom, le vrai.
Voilà comme Satiam(111) est trisyllabe. Sa est une syllabe, ti est une syllabe, am est une syllabe. Première et dernière syllabe, le vrai ; au milieu, le faux. Voilà comme le faux environné par le vrai est en devenir de vrai.
Celui qui connaît ainsi, le faux ne lui nuit pas.

3. Et cela qui est le vrai, c’est ce soleil là-bas. Ce purusha-là qui est dans ce disque, et ce purusha-ci qui est dans l’œil droit ont leur point d’appui l’un sur l'autre. C’est par les rayons en vérité que celui-là a son point d’appui dans celui-ci ; par les souffles, celui-ci dans celui-là. Celui-ci, quand il va sortir en montant, aperçoit ce disque tout pur : les rayons ne viennent plus vers lui.

4. Ce purusha-là qui est dans ce disque, BHUS(112) est sa tête : une la tête, une cette syllabe ; BHUVAS est les bras : deux les bras, deux ces syllabes ; SUAR est le point d’appui : deux les points d’appui, deux ces syllabes. De lui l’upanishad est AHAR.
Il tue le mal et l’abandonne, celui qui connaît ainsi.

5. Puis, ce purusha-ci qui est dans l’œil droit, BHUS est sa tête : une la tête, une cette syllabe ; BHUVAS est les bras : deux les bras, deux ces syllabes ; SUAR est le point d’appui : deux les points d'appui, deux ces syllabes. De lui l’upanishad est aham(113).
Il tue le mal et l’abandonne, celui qui connaît ainsi.

SEPTIÈME BRAHMANA

L'éclair est le Brahma, a-t-on dit. Éclair, parce qu'il sépare(114). Il sépare de tout mal celui qui connaît ainsi; l'éclair est le Brahma, car l'éclair est le Brahma.

HUITIÈME BRAHMANA

Ce purusha fait de manas, qui a pour vrai la lumière, est dans ce cœur à l’intérieur. Comme un grain de riz ou un grain de blé, ainsi ce purusha dans l’âtman, à l’intérieur. C’est lui qui est le maître de tout, qui est le chef de tout, le souverain de tout. Il gouverne l’Univers, tant qu’il est, celui qui connaît ainsi.

NEUVIÈME BRAHMANA

Qu’on adore la Voix comme une vache. Elle a quatre pis : le mot svâhâ, le mot vashat, le mot hanta, le mot svadhâ(115). Deux de ces pis, les Dieux en vivent, c’est svâhâ et vashat ; de hanta les hommes, de svadhâ les Pitris. Le souffle est son taureau, le manas son veau.

DIXIÈME BRAHMANA

C’est Agni Vaiçvânara qui est à l'intérieur dans l’homme, c’est par lui que cette nourriture est digérée, quoiqu’on mange. C’est son bruit, celui qu’on entend quand on se bouche les oreilles. Quand il va sortir en montant, on n’entend pas ce bruit.

ONZIÈME BRAHMANA

En vérité, la suprême mortification, c’est la mortification d’être malade. Il conquiert le monde suprême, celui qui connaît ainsi.
En vérité, la suprême mortification, c’est quand on porte un mort à la forêt. Il conquiert le monde suprême, celui qui connaît ainsi.
En vérité la suprême mortification, c'est quand on dépose un mort sur le feu. Il conquiert le monde suprême, celui qui connaît ainsi.

DOUZIÈME BRAHMANA

En vérité, lorsque le purusha s'en va de ce monde, il va au vent. Alors, celui-ci, s’ouvre à lui, comme le trou d’une roue de char ; par là, il s’avance plus haut : il va au soleil. Alors, celui-ci s'ouvre à lui, comme le trou d’un tambour ; par là, il s’avance plus haut : il va à la lune. Alors, celle-ci s’ouvre à lui, comme le trou d’un tambourin ; par là il s’avance plus haut : il va au monde où il n’y a pas de place pour le chagrin, où il n’y a pas de neige. Là il demeure d’éternelles années.

TREIZIÈME BRAHMANA

1. « La nourriture, c’est le Brahma, » disent les uns : il n’en est pas ainsi. En vérité, la nourriture se pourrit sans le souffle.
« Le souffle, c’est le Brahma, » disent les autres : il n’en est pas ainsi. En vérité, le souffle se dessèche sans la nourriture.
Ce sont ces deux divinités, qui, étant en devenir d’unité, arrivent à l'état suprême.

2. Or, c’est ce que Prâtrida disait à son père :
« Qu’est-ce qu'on pourrait faire de bien à qui sait ainsi, qu’est-ce qu'on pourrait lui faire de mal ? »
Or, il lui dit avec la main :
« Non, Prâtrida. »
— « Mais qui de ces deux étant en devenir d’unité arrive à l’état suprême ? »

3. Or, il lui dit :
« Vi : la nourriture, c’est vi, car dans la nourriture tous les êtres sont entrés(116). Ram : le souffle, c'est ram, car dans le souffle tous les êtres se plaisent(117). Or, en vérité, tous les êtres dans celui-là entrent, tous les êtres se plaisent, qui connaît ainsi.

QUATORZIÈME BRAHMANA

1. Uktha. — Le souffle en vérité est l’uktha, car le souffle soutient tout ceci(118).
Or, à lui s’élève un mâle qui connaît l’uktha, il conquiert l’union avec l’uktha, le même monde que l’uktha, celui qui connaît ainsi.

2. Yajus. — Le souffle en vérité est le yajus, car dans le souffle tous ces êtres sont unis(119).
Or, à lui sont unis tous les êtres par l’excellence, il conquiert l'union avec le yajus, le même monde que le yajus, celui qui connaît ainsi.

3. Sâman. — Le souffle en vérité est le sâman, car dans le souffle tous ces êtres sont convergeants(120).
Or, convergeants en lui, tous les êtres l’aident pour l’excellence, il conquiert l’union avec le sâman, le même monde que le sâman, celui qui connaît ainsi.

4. Kshatra. — Le souffle en vérité est le kshatra, car en vérité le souffle est le kshatra.
Or, le souffle le garde d'être blessé(121), il obtient le kshatra, il conquiert l’union avec le kshatra, le même monde que le kshatra, celui qui connaît ainsi.

QUINZIÈME BRAHMANA

1. Terre, atmosphère, firmament(122) : huit syllabes. Or, huit syllabes en vérité font un pada de gâyatrî(123), et c’est là justement ce qu’il est. Autant il y a dans ces mondes, autant il conquiert, celui qui en connaît ce pada ainsi.

2. Rics, yajus, sâmans(124) : huit syllabes. Or, huit syllabes en vérité font un pada de gâyatrî, et c’est là justement ce qu'il est. Autant qu’est cette triple science, autant il conquiert, celui qui en connaît ce pada ainsi.

3. Souffle exhalé, inhalé, dispersé(125) : huit syllabes. Or, huit syllabes en vérité font un pada de gâyatrî, et c’est là justement ce qu’il est. Autant il y en a ici qui soufflent, autant il conquiert, celui qui en connaît ce pada ainsi.

4. Puis de celle-ci, c’est le quatrième pada à voir, celui-là qui brille par-delà la poussière.
Quatrième : c'est le quatrième(126).
Pada à voir : c’est qu’en effet il est vu en quelque façon.
Par-delà la poussière : c’est qu’en effet il brille au-dessus, au-dessus de toute poussière.
Or, de même il brille par la fortune, par la gloire, celui qui en connaît ce pada ainsi.

5. Cette gâyatrî prend son point d’appui sur ce pada, quatrième, à voir, par-delà la poussière. Voilà comme elle prend son point d’appui sur le vrai.
En vérité, l'œil c’est le vrai, car en vérité l'œil c’est le vrai. C’est pourquoi maintenant, quand deux viennent en contestant, disant : « Moi j’ai vu, moi j'ai entendu, » celui-là qui dit « moi j’ai vu, » c’est lui qu’on croit.

6. Le vrai en vérité prend son point d’appui sur la force. Le souffle en vérité c’est la force ; la force prend son point d’appui sur le souffle. C’est pourquoi on dit : « La force prime le vrai. » Ainsi la gâyatrî à son point d’appui par rapport à l’âtman.

7. Or, elle protège les gayas(127). Les souffles en vérité sont les gayas : donc elle protège les souffles. Puisqu'elle protège les souffles, c’est pourquoi elle a nom gâyatrî.
Celle qu’on récite tout au long, c’est elle. Celui à qui on la récite, on protège les souffles de celui-là.

8. Il y en a qui récitent cette sâvitrî(128) en anushtubh(129). La voix, c’est l'anushtubh. « Ainsi, nous récitons la voix, » disent-ils. Qu’on ne fasse pas ainsi. C’est la gâyatrî qu’on doit réciter. Or, en vérité, lors même qu’il reçoit beaucoup en quelque sorte, ce n’est rien en proportion d’un seul pada quelconque de la gâyatrî.

9. Celui-là qui recevrait ces trois mondes tout pleins, celui-là en obtiendrait ce premier pada. Puis, autant qu’est la triple science, celui qui recevrait autant, celui-là en obtiendrait ce second pada. Puis, autant il y en a qui soufflent, celui qui recevrait autant, celui-là en obtiendrait ce troisième pada. Puis son quatrième pada à voir, celui-là qui brille par-delà la poussière, on ne l’obtiendrait par rien. D’où donc pourrait-on en recevoir autant ?

10. En voici l’adoration :
« O Gâyatrî, tu as un pied, deux pieds, trois pieds, quatre pieds ; tu n’as pas de pied. Car tu ne chois pas.
« Hommage à toi, le pada quatrième à voir, par-delà la poussière.
« Qu’un tel ( celui qu’on hait ) n’obtienne pas cela. »
Ou bien encore :
« Que le désir d’un tel ne succède pas. »
(Or, à celui-là son désir ne succède pas, pour qui on adore ainsi.)
Ou bien encore on dit :
« Que, moi, j’obtienne cela. »

11. Et voilà comme, en vérité, Janaka de Videha disait à Budila Açvatarâçvi :
« C’est sans doute que tu as dis la gâyatrî sans la connaître ; et comment, étant devenu éléphant, fais-tu la bête de somme ? »
— « C'est qu'en effet, ô Souverain, je ne connaissais pas sa bouche, » dit-il.

12. Elle a comme bouche Agni. Or, en vérité, lors même qu’il dépose dans le feu beaucoup, en quelque sorte, tout cela, tout entier, est consumé. Or, de même celui qui connaît ainsi : lors même qu’il fait mal, beaucoup, en quelque sorte, ayant dévoré tout cela, il devient pur, propre, sans vieillesse, immortel.

SIXIÈME LECTURE

PREMIER BRAHMANA

1. Or en vérité, Çvetakatu, fils d’Aruni, vint à l'assemblée des Pañcâlas. Il s’approcha de Jaivala Pravâhana, qui se faisait traîter en maître. L’ayant aperçu, il l'interpella : « Enfant. »
— « Ho, » répondit-il.
— « Apparemment tu as été instruit par ton père ? »
— « Om, oui, » dit-il.

2. — « Sais-tu comme ces créatures, alors qu’elles partent, s’en vont à des voies diverses ? »
— « Non, » dit-il.
— « Sais-tu comme elles s’en reviennent à ce monde ? »
— « Non, » dit-il encore.
— « Sais-tu comme le monde de là-bas n’est pas rempli par tant et tant qui partent ? »
— « Non, » dit-il encore.

3. — « Sais-tu à l’offrande de quelle libation les eaux, ayant pris une voix humaine, se lèvent et parlent ? »
— « Non, » dit-il encore.
— « Et sais-tu l’entrée du chemin ou qui conduit aux Dieux ou qui conduit aux Pitris, par quelles œuvres on entre dans le chemin ou qui conduit aux Dieux ou qui conduit aux Pitris ?

4. « Car enfin nous avons entendu le Rishi dire :
« — De deux voies j'ai entendu parler, celle des Pitris ou celle des Dieux, pour les mortels. Par ces voies tout ce qui se meut marche, qui est entre le Père et la Mère. — »
— « Je n’en connais rien, » dit-il.

5. Alors il l’invita à rester près de lui. Ne se souciant pas de rester, l’enfant s’encourut. Il alla trouver son père. Or il lui dit :
« Eh bien oui, ta Seigneurie nous disait jadis que nous étions instruits. »
— « Comment, bel esprit ? »
— « Un compagnon de râjanya(130) m’a demandé cinq questions, et je n’en ai pas su une seule, » dit-il.
— « Lesquelles ? »
— « Celles-ci, » et il lui cita les premiers mots.

6. Il dit :
« Tu me connais assez, mon cher, pour savoir que tout ce que je sais, tout cela je te l’ai dit. Mais va : étant partis tous deux pour cet endroit, nous y demeurerons tous deux comme disciples. »
— « Que ta Seigneurie y aille, » dit-il.

7. Gautama alla chez Pravâhana Jaivali. Et lui ayant fait donner un siège, il lui fit donner de l’eau. Puis il lui offrit les présents de l’hospitalité.

8. Et il dit:
« Nous donnons au vénérable Gautama un don à choisir. »
Et il dit :
« Ce don m’est promis. Et maintenant, la parole que tu as dite en présence de l’enfant, dis-la-moi. »

9. Et il dit :
« En vérité, ô Gautama, c’est un don d’ordre divin. Dis en un qui soit humain. »

10. Et il dit :
« C’est une chose connue : de l’or, j’en ai gagné, et des vaches, et des chevaux, et des femmes esclaves, et des manteaux, et des vêtements. Que ta Seigneurie ne soit pas envers nous avare de ce qui est l’abondant, l’infini, l’illimité. »
Et lui :
« Gautama, prends par le gué. »
— « Je viens humblement à ta Seigneurie. »
(Or, en vérité, les anciens ne venaient humblement qu’en paroles.)

11. Et, en retour de cette soumission nominale, il lui dit :
« Ne t’offense pas contre moi, ô Gautama, ni toi ni tes pères, que cette science, jusqu’ici, n’ait pas résidé en un seul brahmane. Mais cette science, je te la dirai ; car, quand tu parles ainsi, qui voudrait t’éconduire ?

12. « Ce monde là-bas en vérité est le Feu, ô Gautama ; le soleil en est le combustible, les rayons la fumée, le jour la flamme, la lune le charbon, les constellations les étincelles. C’est dans ce feu que les Dieux versent en libation la foi : de cette libation Soma, Roi, naît.

13. « Parjanya en vérité est le Feu, ô Gautama ; l’année en est le combustible, les nuages la fumée, l'éclair la flamme, la foudre le charbon, les grêlons les étincelles. C’est dans ce feu que les Dieux versent en libation le Soma : de cette libation la pluie naît.

14. « Ce monde-ci en vérité est le Feu, ô Gautama ; la terre en est le combustible, le vent la fumée, la nuit la flamme, les points cardinaux le charbon, les points collatéraux les étincelles. C'est dans ce feu que les Dieux versent en libation la pluie : de cette libation la nourriture naît.

15. « L’homme en vérité est le Feu, ô Gautama ; la bouche ouverte en est le combustible, le souffle la fumée, la voix la flamme, l’œil le charbon, l'oreille les étincelles. C’est dans ce feu que les Dieux versent en libation la nourriture : de cette libation le sperme naît.

16. « La femme en vérité est le Feu, ô Gautama ; le bassin en est le combustible, les poils la fumée, la matrice la flamme, ce qu’on y introduit le charbon, la jouissance les étincelles. C’est dans ce feu que les Dieux versent en libation le sperme : de cette libation l’homme naît.
« Il naît ; il vit, tant qu’il vit ; puis, quand il est mort, on l’emporte au feu.

17. « Et son feu est justement le Feu ; le combustible est le combustible, la fumée la fumée, la flamme la flamme, le charbon le charbon, les étincelles les étincelles. C’est dans ce feu que les Dieux versent en libation l’homme : de cette libation l’homme, resplendissant, naît.

18. « Ceux qui savent cela ainsi, et ceux qui, dans l’ermitage, adorent la foi comme le vrai, ceux-là passent dans la flamme, de la flamme dans le jour, du jour dans la quinzaine croissante de la lune, de la quinzaine croissante de la lune dans les six mois où le soleil va vers le nord, des mois dans le monde des Dieux, du monde des Dieux dans le soleil, du soleil dans le fulgurant. Et eux, au sortir du fulgurant, un esprit, étant venu, les fait passer aux mondes de Brahma. Dans ces mondes de Brahma, ceux-ci habitent par-delà le lointain, et pour eux il n’y a pas de retour ici-bas.

19. « D'autre part, ceux qui par le sacrifice, par le don, par l’ascétisme conquièrent un monde, ceux-là passent dans la fumée, de la fumée dans la nuit, de la nuit dans la quinzaine décroissante de la lune, de la quinzaine décroissante de la lune dans les six mois où le soleil va vers le sud, des mois dans le monde des Pitris, du monde des Pitris dans la lune. Ayant atteint la lune, ils deviennent de la nourriture. Et les Dieux, comme ils font Soma, le Roi : — Crois, décrois, — disent-ils, et ainsi, là, ils les mangent. Et quand cela est venu pour eux à sa fin, ensuite ils tombent dans cet espace, de l'espace dans le vent, du vent dans la pluie, de la pluie sur la terre. Ayant atteint la terre, ils deviennent de la nourriture. Tel, leur cycle se continue.
« D'autre part, ceux qui ne connaissent pas ces deux chemins deviennent des insectes, des papillons de nuit, et tous les êtres rampants qui mordent. »

SECOND BRAHMANA

1. Or, en vérité, celui qui connaît et l’aîné et le meilleur devient l’aîné et le meilleur des siens. C'est le souffle qui est et l’aîné et le meilleur. Il devient et l'aîné et le meilleur des siens, et aussi de ceux qu’il veut, celui qui connaît ainsi.

2. Or, en vérité, celui qui connaît l'excellente devient l’excellent parmi les siens. C'est la voix qui est l’excellente. Il devient l’excellent parmi les siens, celui qui connaît ainsi.

3. Or, en vérité, celui qui connaît le point d’appui a un point d'appui sur l’uni, a un point d’appui sur l’impraticable. C'est l’œil qui est le point d’appui ; car c’est par l’œil que l’on a son point d'appui et sur l'uni et sur l’impraticable. Il a son point d’appui sur l’uni, il a son point d'appui sur l’impraticable, celui qui connaît ainsi.

4. Or, en vérité, celui qui connaît le succès, à celui-là succèdent tous les désirs qu’il désire. C’est l’oreille qui est le succès : car c’est dans l'oreille que tous les Vedas ont leur plein succès. A celui-là succèdent tous les désirs qu’il désire, celui qui connaît ainsi.

5. Or, en vérité, celui qui connaît le lieu devient le lieu des siens, le lieu des gens. C'est le manas qui est le lieu. Il devient le lieu des siens et des gens, celui qui connaît ainsi.

6. Or, en vérité, celui qui connaît la génération s'engendre en progéniture et en bétail. C’est le sperme qui est la génération. Il s’engendre en progéniture et en bétail, celui qui connaît ainsi.

7. Or, ces souffles que voici se querellaient à qui valait le mieux. Ils allèrent vers le Brahma.
« Qui de nous est l’excellent ? »
Il dit :
« Celui d’entre vous au départ de qui le corps se sent en pire état, celui-là est l’excellent parmi vous. »

8. Et la voix monta et sortit.
Elle resta absente pendant un an, s’en revint et dit :
« Comment avez-vous pu vivre sans moi ? »
Or, ils dirent :
« Comme des muets, ne parlant pas avec la voix, soufflant avec le souffle, voyant avec l'œil, entendant avec l’oreille, connaissant avec le manas, engendrant avec le sperme, c'est ainsi que nous avons vécu. »
Et la voix rentra.

9. Et l’œil monta et sortit.
Il resta absent pendant un an, s’en revint et dit :
« Comment avez-vous pu vivre sans moi ? »
Or, ils dirent :
« Comme des aveugles, ne voyant pas avec l’œil, soufflant avec le souffle, parlant avec la voix, entendant avec l'oreille, connaissant avec le manas, engendrant avec le sperme, c'est ainsi que nous avons vécu. »
Et l'œil rentra.

10. Et l’oreille monta et sortit.
Elle resta absente pendant un an, s’en revint et dit :
« Comment avez-vous pu vivre sans moi ? »
Or, ils dirent :
« Comme des sourds, n'entendant pas avec l'oreille, soufflant avec le souffle, parlant avec la voix, voyant avec l’œil, connaissant avec le manas, engendrant avec le sperme, c’est ainsi que nous avons vécu. »
Et l’oreille rentra.

11. Et le manas monta et sortit.
Il resta absent pendant un an, s’en revint et dit :
« Comment avez-vous pu vivre sans moi ? »
Or, ils dirent :
« Comme des idiots, ne connaissant pas avec le manas, soufflant avec le souffle, parlant avec la voix, voyant avec l’œil, entendant avec l’oreille, engendrant avec le sperme, c’est ainsi que nous avons vécu. »
Et le manas rentra.

12. Et le sperme monta et sortit.
Il resta absent pendant un an, s’en revint et dit :
« Comment avez-vous pu vivre sans moi ? »
Or, ils dirent :
« Comme des impuissants, n'engendrant pas avec le sperme, soufflant avec le souffle, parlant avec la voix, voyant avec l’œil, entendant avec l’oreille, connaissant avec le manas, c’est ainsi que nous avons vécu. »
Et le sperme rentra.

13. Et alors le souffle se mit à monter pour sortir : comme un grand bon cheval du Sindhu arracherait les chevilles de ses entraves, tout de même il arracha ces souffles. Et ils dirent :
« Ne sors pas, vénérable ; en vérité, nous ne pourrons pas vivre sans toi. »
— « Alors, me voici : faites-moi une offrande. »
— « Oui. »

14. Or, la voix dit :
« Puisque je suis l’excellente, alors tu es l’excellent. »
L’œil :
« Puisque je suis le point d’appui, alors tu as un point d’appui. »
L’oreille :
« Puisque je suis le succès, alors tu es le succès. »
Le manas :
« Puisque je suis le lieu, alors tu es le lieu. »
Le sperme :
« Puisque je suis la génération, alors tu es la génération. »
— « Oui, mais quelle sera ma nourriture, quel mon vêtement ? »
— « Tout ce qui est, jusqu’ aux chiens, jusqu’aux vers, jusqu’aux insectes et aux papillons de nuit : voilà ta nourriture ; les eaux ton vêtement. »
Par celui-là il n’est pas mangé de non-nourriture, il n’est pas reçu de non-nourriture, celui qui connaît ainsi la nourriture du souffle.

15. Sachant cela, les çrotriyas avant de manger se lavent la bouche, après avoir mangé se lavent la bouche : ils songent, en le faisant, qu’ils couvrent la nudité du souffle. C’est pourquoi, que celui qui connaît ainsi avant de manger se lave la bouche, après avoir mangé se lave la bouche : car, en le faisant, il couvre la nudité du souffle.

TROISIÈME BRAHMANA

1. Celui qui désire : « Puissé-je obtenir quelque chose de grand, » pendant la marche du soleil au nord, pendant la quinzaine croissante, un jour propice, ayant pratiqué durant douze jours les observances de l’upasad(131), dans un vase rond ou carré en bois d’udumbara ayant cueilli et rassemblé toutes sortes d'herbes et de fruits, ayant balayé et frotté, ayant apporté du feu, ayant préparé le beurre fondu par la série régulière des cérémonies, avec une mansion lunaire mâle ayant pilé la mixture et l'ayant placée au milieu, il fait une libation.

2. « Tous les Dieux en toi, Jâtavedas(132), qui, obliques, tuent les désirs des hommes, à ceux-là j'offre en libation cette portion ; que, rassasiés, ils me rassasient tous mes désirs.
« Svâhâ.

3. « Toi qui, oblique, te mets en travers, te disant : — C’est moi qui suis la Séparatrice, — à celle-là, qui est toi, avec une goutte de beurre fondu je sacrifie : la Réparatrice.
« Svâhâ. »
Disant :
« Prajâpati, il n’y a pas d’autre que toi…… »(133)
Il verse la troisième libation.

4. « A l’aîné Svâhâ, au meilleur Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« Au souffle Svâhâ, à l’excellente Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« A la voix Svâhâ, au point d’appui Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« A l’œil Svâhâ, au succès Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« A l’oreille Svâhâ, au lieu Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« Au manas Svâhâ, à la génération Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« Au sperme Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.

5. « Au passé Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« Au futur Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« A chaque chose Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« A toute chose Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.

6. « A la terre Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« A l’atmosphère Svâha. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« Au ciel Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« Aux points cardinaux Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« Au brahma Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« Au kshatra Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.

7. « A BHUS Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
«A BHUVAS Svâhâ.» Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« A SVAR Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« A BHUS BHUVAS SVAR Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.

8. « A Agni Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« A Soma Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« A l’Éclat Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« A Çrî Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« A Lakshmî Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation daus le feu, il fait couler le reste de liquide dâns la mixture.
« A Savitar Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« A Sarasvatî Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« A tous les Dieux Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.
« A Prajâpati Svâhâ. » Avec ces mots ayant versé une libation dans le feu, il fait couler le reste de liquide dans la mixture.

9. Et puis il la caresse de la main.
« Tu vagabondes, tu es flamboyante, tu es pleine, tu es consistante, tu es le palais unique, tu es le hin(134) passé, tu es le hin présent, tu es l'udgîtha passé, tu es l’udgîtha présent, tu es le verset, tu es le répons, tu es celle qui brille dans l’humide, tu es le large puissant, tu es le haut puissant, ta es l’éclat, tu es la nourriture, tu es la fin, tu es l’absorption. »

10. Et puis il l’élève.
« Tu es le cru, car le cru de toi en moi, car c'est le Roi, le Seigneur, le Souverain. Que le Roi, le Seigneur me fasse souverain. »

11. Et puis il avale une gorgée.
« DE SAVITAR CETTE EXCELLENTE
« C’est du miel que versent les vents au pieux, du miel les rivières, mielleuses nous soient les plantes.
« BHUS. Svâhâ.

12. « SPLENDEUR DU DIEU ADORONS-LA.
« Du miel la nuit et les aurores, mielleuse la poussière terrestre, du miel nous soit le ciel, le Père. « BHUVAS. Svâhâ.

13. « QU'IL METTE EN ACTIVITÉ NOS PENSÉES.
« Mielleux le roi de la forêt, mielleux soit le soleil, mielleuses les vaches nous soient.
« SVAR. Svâhâ.»
Et toute la Sâvitrî il la dit d’un trait, et toutes les mielleuses, et toutes les syllabes saintes.
« Moi, ceci tout entier, puissé-je l’être. BHUS. BHUVAS. SVAR. Svâhâ. »
A la fin, ayant avalé une gorgée, s’étant lavé les mains, derrière le feu, la tête tournée vers l’orient, il se couche.

14. Au matin, il adore le Soleil.
« Des horizons tu es le lotus unique. Moi, des hommes le lotus unique, puissé-je l’être. »
Venant comme il est allé, derrière le feu assis, il murmure la transmission.

15. Or, cela, Uddâlaka Aruni, l’ayant dit à Vâjasaneya Yâjñavalkya, son disciple, lui dit encore : « Si on la versait sur un tronc desséché, il naîtrait des branches, il pousserait des feuilles. »

16. Et or, cela, Vâjasaneya Yâjñavalkya, l'ayant dit à Madhuka Paingya, son disciple, lui dit encore : « Si on la versait..... »

17. Et or, cela, Madhuka Paingya, l'ayant dit à Cûda Bhâgavitti, son disciple, lui dit encore : « Si on la versait..... »

18. Et or, cela, Cûda Bhâgavitti, l’ayant dit à Jânaki Ayahsthûna, son disciple, lui dit encore : « Si on la versait.... »

19. Et or, cela, Jânaki Ayahsthûna, l’ayant dit à Satyakâma Jâbâla, son disciple, lui dit encore : « Si on la versait..... »

20. Et or, cela, Satyakâma Jâbâla, l’ayant dit à ses disciples, leur dit encore : « Si on la versait sur un tronc desséché, il naîtrait des branches, il pousserait des feuilles. » Cela, qu’on ne le dise à personne, hors le fils et le disciple.

21. Il y a quatre objets en udumbara : la coupe en udumbara, la cuiller en udumbara, la bûche en udumbara, le couple de pilons en udumbara.

22. Il y a dix céréales cultivées : les riz et les orges, les sésames et les fèves, les millets et les chènevis, et les froments, et les lentilles, et les khalvas, et les vesces. Ces céréales, les ayant broyées ensemble, on les arrose avec du petit lait, du miel, du beurre fondu. On fait une libation de beurre clarifié.

QUATRIÈME BRAHMANA

1. De ces êtres en vérité la terre est le suc, de la terre les eaux, des eaux les plantes, des plantes les fleurs, des fleurs les fruits, des fruits l’homme, de l’homme le sperme.

2. Or, Prajâpati considéra :
« Allons, que je lui procure un point d’appui. »
Et il émit la femme. L’ayant émise, il l’adora en bas. Qu’on adore la femme en bas. Car elle est Çrî.
Son pressoir érigé, il le gonfla ; il la frappa de plusieurs coups.

3. Elle a pour autel le bassin, les poils pour gazon, la peau pour presse à soma. Celui qui flamboie au milieu, c’est les vulves. Or, aussi grand est le monde de celui qui sacrifie un sacrifice vajapeya, aussi grand à celui-là est son monde. Celui qui, connaissant ainsi, pratique le jeu de dessous, celui-là enlève pour lui les bonnes actions des femmes. Mais celui qui, sans connaître ceci, pratique le jeu de dessous, de celui-là les femmes enlèvent les bonnes actions.

4. En vérité, c’est là ce que sachant Uddâlaka Aruni a dit ; en vérité, c’est là ce que sachant Nâka Audgalya a dit ; en vérité, c’est là ce que sachant Kumârahârita a dit :
« Ils sont nombreux, les mortels de famille brahmanique qui, sans vigueur, sans bonnes actions, s’en vont de ce monde, qui, ne connaissant pas cela, pratiquent le jeu de dessous. »

5. Abondant ou non, de lui endormi ou éveillé ce sperme qui jaillit, qu’il le recueille, ou bien qu'il l’accompagne d’une formule :
« Ce sperme qui de moi aujourd'hui a jailli sur la terre, et celui aussi qui a coulé sur les plantes, et celui dans les eaux, ce sperme je le prends à moi. Qu’en moi revienne la vigueur, revienne l'éclat, revienne la chance, reviennent les feux sages. Qu’ils reprennent leur place. »
Il en prend avec le pouce et l’annulaire, et il en frotte l'espace entre les seins ou entre les sourcils.

6. Et puis, si c’est dans l'eau et qu’il y voit son âtman, qu’il prononce alors cette formule :
« En moi l'éclat, la vigueur, la gloire, la richesse les bonnes actions. »

7. Or, en vérité, celle-là est Çrî entre les femmes qui vient de quitter ses linges souillés. C’est pourquoi, s’approchant d’une femme qui a quitté ses linges souillés, glorieuse, qu’on la sollicite; si elle ne se donne pas, qu’on l’achète hardiment ; si elle ne se donne pas encore, la frappant hardiment du bâton ou de la main, qu’on la surmonte :
« Par la vigueur, à toi, par la gloire, la gloire je la reprends. »
Du coup, elle devient sans gloire.

8. Si l’on désire : « Qu’elle m’aime, » plaçant profondément en elle sa chose, collant la bouche à la bouche, caressant le bassin, qu’on murmure :
« Du membre, du membre tu nais, du cœur tu jaillis ; tu es l'extrait des membres ; comme une blessée d'une flèche empoisonnée, affole-la. »

9. Et puis si l'on désire : « Qu’elle ne conçoive pas, » plaçant profondément en elle sa chose, collant la bouche à la bouche, après avoir exhalé vers elle, qu'on inhale :
« Par la vigueur, à toi, par le sperme, le sperme je le reprends. »
Du coup, elle devient sans sperme.

10. Et puis si l'on désire : « Qu’elle conçoive, » plaçant profondément en elle sa chose, collant la bouche à la bouche, après avoir inhalé, qu’on exhale vers elle :
« Par la vigueur, en toi, par le sperme, le sperme je le dépose. »
Du coup, elle devient enceinte.

11. Et puis si l'on a une femme qui ait un amant, si on le hait, ayant apporté un feu dans un vase de terre crue, à rebours, étendant une jonchée de tiges ; sur ce feu ayant oint de beurre fondant trois pointes de flèches à rebours, qu’on fasse une libation.
« Tu as fait une libation dans mon feu : vœux et longs espoirs, je te les reprends.
« Un tel, » et il dit un des noms.
« Tu as fait une libation dans mon feu : fils et troupeaux, je te les reprends.
« Un tel, » et il dit un des noms.
« Tu as fait une libation dans mon feu : souffle exhalé et inhalé, je te les reprends.
« Un tel, » et il dit un des noms.
En vérité, celui-là, sans vigueur, privé de mérite, s’en va de ce monde, celui que maudit un brahmane qui connaît ainsi.
C’est pourquoi, qu’on ne cherche pas à plaisanter avec la femme d’un çrotiya qui connaît ainsi, et encore bien moins... Car celui qui connaît ainsi est le plus fort.

12. Et puis, pendant que la femme a ses règles, que, durant trois jours, elle ne boive pas dans un vase de métal, ayant un vêtement neuf ; que ni un vrishala(135) ni une vrishalî ne la touche ; à la fin des trois nuits, après un bain, qu’on lui fasse piler du riz.

13. Si l’on désire : « Qu’un fils au teint clair me naisse, qu’il récite un Veda, qu’il vive une pleine vie » : ayant fait cuire de la bouillie de riz au lait, qu’ils la mangent tous deux avec du beurre ; ils sont capables de faire un tel fils.

14. Et si l'on désire : « Qu’un fils roux, aux yeux bruns, me naisse, qu’il récite deux Vedas, qu’il vive une pleine vie » : ayant fait cuire de la bouillie de riz au petit lait, qu’ils la mangent tous deux avec du beurre : ils sont capables de faire un tel fils.

15. Et si l’on désire : « Qu’un fils au teint foncé, aux yeux rouges, me naisse, qu’il récite trois Vedas, qu’il vive une pleine vie » : ayant fait cuire de la bouillie de riz à l’eau, qu’ils la mangent tous deux avec du beurre : ils sont capables de faire un tel fils.

16. Et si l'on désire : « Qu’une fille instruite me naisse, qu’elle vive une pleine vie » : ayant fait cuire de la bouillie de riz avec du sésame, qu’ils la mangent tous deux avec du beurre : ils sont capables de faire une telle fille.

17. Et si l'on désire : « Qu'un fils instruit, célèbre, qui aille dans les réunions, très-écouté, me naisse, qu’il récite tous les Vedas, qu’il vive une pleine vie » : ayant fait cuire de la bouillie de riz avec de la viande, qu’ils la mangent tous deux avec du beurre : ils sont capables de faire un tel fils. (Du taurillon ou du taureau).

18. Et puis, vers le matin, ayant fait du beurre fondu comme pour le sthâlîpâka(136), il en verse en libation à petits coups :
« A Agni. Svâhâ.
« A Anumati. Svâhâ.
« Au Dieu Savitar, qui accomplit vraiment son œuvre. Svâhâ. »
Ayant fait la libation, en ayant pris, il en goûte. Ayant goûté, il tend à sa compagne. S’étant lavé les mains, ayant rempli un vase à eau, trois fois il l’en asperge.
« Lève-toi d'ici, Viçvâvasu ; cherche une autre épouse désirable vers qui aller ; laisse l'épouse à l'époux. »

19. Et puis il se rapproche d’elle :
« Me voici, te voilà ; te voilà, me voici. Je suis le Sâman, tu es la Ric ; je suis le ciel, tu es la terre.
« Tous deux, viens, que nous nous embrassions, pour déposer ensemble le sperme, pour un mâle, pour un fils, pour la richesse. »

20. Et puis il lui écarte les cuisses.
« Que le ciel et la terre s'écartent. »
Ayant placé profondément en elle sa chose, collant la bouche à la bouche, trois fois dans le sens des poils il la caresse.
« Que Vishnu arrange la matrice, que Tvashtar pare les formes, que Prajâpati verse, que Dhâtar mette en toi un embryon.
« Dépose un embryon, Sinîvâlî ; dépose un embryon, Prithushtukâ ; un embryon en toi ont déposé les deux Dieux Açvins aux guirlandes de lotus.

21. « D'or sont faites les deux aranîs avec lesquelles les deux Dieux Açvins ont baratté : cet embryon en toi nous le déposons pour que tu enfantes au dixième mois.
« De même que la terre a Agni pour embryon, de même que la lumière céleste est enceinte d'Indra, de même que Vâyu est l'embryon des régions célestes, ainsi je dépose en toi l'embryon. »
Et il dit le nom.

22. Quand elle va accoucher, il l’asperge d'eau.
« De même que le vent balance de tous côtés un étang de lotus, qu'ainsi ton embryon s'agite ; qu'il descende avec l'enveloppe.
« D'Indra voilà le chemin fait, avec la fermeture, avec l'enveloppe ; sors avec l'embryon, et aussi le délivre. »

23. Après la naissance, ayant apporté un feu, ayant pris l’enfant sur ses genoux, apportant dans un vase de métal un mélange de beurre et de petit lait, il fait libation de ce mélange, à petits coups.
« Dans cette mienne maison croissant, puissé-je nourrir un millier ; que dans sa descendance il n'y ait interruption de postérité ni de bétail.
« Svâhâ. Les souffles en moi j’en fais libation en toi par le manas. Svâhâ.

24. « Tout ce que j'ai pu faire en trop, tout ce que j'ai pu faire en moins, qu’Agni Svishtakrit, sachant, rende ceci bien sacrifié, bien versé en libation.
« Svâhâ. »

25. Et puis il fait pour la longévité. Lui parlant à l’oreille droite : « Voix, voix, » dit-il trois fois.
Et puis il fait le choix du nom : « Tu es Veda. » Et que ce soit là son nom mystérieux.
Et puis, ayant mêlé ensemble du petit lait, du miel et du beurre fondu, avec de l’or que rien ne dissimule, il en fait goûter.
« Je dépose en toi BHUS, je dépose en toi BHUVAS, je dépose en toi SVAR, BHUS BHUVAS SVAR, je dépose en toi tout. »

26. Et puis il la caresse.
« Sois pierre, sois hache, sois de l'or qui ne s'écoule pas : en vérité, tu es mon âtman, sous le nom de fils. Vis cent automnes. »

27. Et puis il s’adresse à la mère :
« Tu es Idâ Maitrâvarunî. Femme de mâle, tu as enfanté un mâle. Sois mère de mâle, toi, celle qui nous as fait père de mâle. »

28. Et ensuite, le donnant à sa mère, il le met au sein.
« Ce sein de toi qui est intarissable, qui est bienfaisant, qui porte des trésors, qui possède des richesses, qui a de beaux dons, par lequel tu nourris toutes les excellences, Sarasvatî, donne-le ici à téter. »

29. En vérité, on dit de lui : « Ah oui, tu as dépassé ton père ; ah oui, tu as dépassé ton grand-père ; ah oui, il a atteint le plus haut faîte en fortune, en gloire, en éclat brahmanique, le fils qui naît d’un brahmane qui connaît ainsi. »

30. Voici la transmission :
Nous avons eu ceci de Bhâradvâjîputra, Bhâradvâjîputra de Vâtsîmândavîputra, Vâtsîmândavîputra de Pârâçarîputra, Pârâçarîputra de Gârgîputra, Gârgîputra de Pârâçarîkaundinîputra, Pârâçarîkaundinîputra de Gârgîputra, Gârgîputra de Gârgîputra, Gârgîputra de Bâdejîputra, Bâdejîputra de Maushikîputra, Maushikîputra de Hârikarnîputra, Hârikarnîputra de Bhâradvâjîputra, Bhâradvâjîputra de Paingîputra, Paingîputra de Çaunakîputra, Çaunakîputra

31. De Kâçyapîbâlâkyâmâtharîputra, Kâçyapîbâlâkyâmâtharîputra de Kautsîputra, Kautsîputra de Baudhîputra, Baudhîputra de Çâlankâyanîputra, Çâlankâyanîputra de Vârshaganîputra, Vârshaganîputra de Gautamîputra, Gautamîputra d'Atreyîputra, Atreyîputra de Gautamîputrâ, Gautamîputrâ de Vâtsîputra, Vâtsîputra de Bhâradvâjîputra, Bhâradvâjîputra de Pârâçarîputra, Pârâçarîputra de Vârkârunîputra, Vârkârunîputra d'Artabhâgîputra, Artabhâgîputra de Çaungîputra, Çaungîputra de Sânkritîputra, Sânkritîputra

32. D’Alambîputra, Alambîputra d’Alambâyanîputra, Alambâyanîputra de Jâyantîputra, Jâyantîputra de Mândûkâyanîputra, Mândûkâyanîputra de Mândûkîputra, Mândûkîputra de Çândilîputra, Çândilîputra de Râthîtarîputra, Râthîtarîputra des deux Krauñcikîputra, les deux Krauñcikîputra de Baidabhritîputra, Baidabhritîputra de Bhâlukîputra, Bhâlukîputra de Prâcînayogîputra, Prâcînayogîputra de Sâñjîvîputra, Sâñjîvîputra de Kârkaçeyîputra, Kârkaçeyîputra

33. De Prâçnîputra Asurivâsin, Prâçnîputra d'Asurâyana, Asurâyana d’Asuri, Asuri de Yâjñavalkya, Yâjñavalkya d'Uddâlaka, Uddâlaka d’Aruna, Aruna d’Upaveçi, Upaveçi de Kuçri, Kuçri de Vâjaçravas, Vâjaçravas de Jihvâvant Bâdhyoga, Jihvâvant Bâdhyoga d’Asita Vârshagana, Asita Vârshagana de Harita Kaçyapa, Harita Kaçyapa de Çilpa Kaçyapa, Çilpa Kaçyapa de Kaçyapa Naidhruvi, Kaçyapa Naidhruvi de Vâc, Vâc d’Ambhinî, Ambhinî d’Aditya. Ces yajus blancs d’Aditya que voici sont publiés par Vâjasaneya Yâjñavalkya.

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Notes de André-Ferdinand Hérold

1. Mot d’un sens très complexe, et qui réunit les notions du moi, de l’âme, du caractère, et même du corps, eu tant qu’il est la marque distinctive des personnalités.

2. Les mahimans sont deux coupes, l'une d'or, l'autre d'argent, qui, dans l'açvamedha, se placent, l'une devant, l'autre derrière le cheval.

3. Le mot yonî, matrice, désigne aussi l’endroit 011 se posent les mahimans pendant le sacrifice.

4. Haya, etc. ; termes qui tous signifient cheval en sanskrit.

5. La Mort, du masculin en sanskrit.

6. Ka est un mot de la langue mystique qui signifie à la fois eau et plaisir.

7. Arka est un terme liturgique qui désigne le feu dont on se sert dans l’açvamedha, L’upanishad le donne comme formé de la racine arc, adorer, et de ka.

8. Le même mot signifie en sanskrit s’échauffer et se mortifier.

9. Le Nord-Est et le Sud-Est.

10. Le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.

11. Eléments qui composent les Vedas.

12. Nom des rhythmes védiques.

13. Aditi est une divinité védique, d’un caractère très vague, mère des Adityas, et dont le nom est donné ici comme venant de la racine ad, manger

14. Le manas est l’esprit, l’intellect ; c’est, pour les Hindous, le sixième sens, le sens interne.

15. S’était gonflé, açvat en sanskrit: telle serait, d’après l’upanishad, l’étymologie d'açva, cheval.

16. Açvamedha serait, d’après l'upanishad, formé de açva et de medhya, pureté rituelle.

17. Euphémisme de la langue liturgique pour dire sacrifier.

18. Le soleil.

19. Mélodie rituelle sur laquelle on chante les formules du Sâma-Veda.

20. Celui qui chante l'udgîtha.

21. Ce terme a pris de bonne heure en sanskrit la valeur d'ennemi, de rival.

22. Ayâsya Angirasa, c'est-à-dire de la tribu des Angiras, passe dans la tradition védique pour l’auteur de plusieurs hymnes. L'upanishad s’appuie sur une étymologie fantaisiste de ce nom pour l’appliquer au souffle qui est dans la bouche, bouche se disant âsya, membre anga et suc rasa.

23. Dûr est mis en rapport avec dûra, loin.

24. Ou mortifie.

25. Nom d’une divinité védique qui préside à la parole sacrée.

26. Brihatî signifie la Forte, et est aussi le nom d’un maître védique.

27. Maître, en sanskrit, se dit pati.

28. Brahmanaspati est identique à Brihaspati.

29. Brahma, identique à l'Atman, désigne aussi le Veda, qui en est le verbe. Il ne faut pas confondre le brahma impersonnel avec Brahmâ, la première des trois hypostases qui forment la trinité hindoue.

30. et ama sont deux pronoms démonstratifs, le premier féminin, le second masculin.

31. Sâman est ici mis en rapport avec le mot Sâma, égal.

32. Ut, préfixe sanskrit, qui indique un mouvement d’ascension, est contenu dans le mot ut-tabdka, soutenu. Chant se dit gîtha.

33. Personnage inconnu.

34. Désignation mystique du Soma, breuvage sacré.

35. L'ascension (abhyâroha) est une cérémonie qui consiste à réciter les trois formules énoncées dans la suite, et qui assurent au récitant la divinité.

36. Stances védiques qui accompagnent la cérémonie où le Soma est purifié.

37. Prêtre auxiliaire de l’udgâtar.

38. Il désigne celui au profit de qui on fait le sacrifice.

39. En vers dans le texte sanskrit.

40. Vers chantés par le prastotar.

41. Le mot purusha a le sens général d'homme (latin homo) ; quelquefois il prend le sens particulier de l'homme primitif, originel, quelquefois celui de l’homme intérieur, l'homunculus.

42. L’upanishad rapproche purusha de pûrva, auparavant, antérieurement, et de ush, consumer.

43. L’upanishad rapproche de la racine pat, tomber, les mots pati, époux, et patnî, épouse.

44. Nom d’un maître védique spécialement versé dans le Yajur-Veda, et qui jouera un rôle important dans la suite de l’upanishad

45. Matrice désigne ici le morceau de bois creusé où l’on insérait un autre morceau de bois qu’on faisait tourner rapidement avec les mains pour produire du feu.

46. Rig-Veda, IV, 26, 1.

47. Brahma, dans ce passage, représente plus particulièrement l'essence générale de la caste brahmanique.

48. Essence de la deuxième caste, celle des kskatriyas, les guerriers.

49. Sacrifice qui accompagne la cérémonie du sacre royal.

50. Essence de la troisième caste, celle des vaiçyas, commerçants, artisans et laboureurs.

51. L'upanishad rapproche du nom de Pûshan la racine push, nourrir.

52. Mot d’un sens très complexe, qui réunit les notions de loi, de devoir, d'essence, et qui même, chez les bouddhistes, est devenu une expression générale pour désigner l’ensemble de ce qui est.

53. Ce terme a pris en sanskrit l’acception de protéger, être utile.

54. Les ancêtres morts.

55. Nous traduisons ainsi, littéralement le terme punarmrityu, traduit sans précision par les interprètes des upanishads, et qui se rapporte, comme l'a démontré M.Whitney, à une étape de la philosophie hindoue, qui tendait vers le système de la transmigration.

56. Sans doute: à celui qui connaît ainsi.

57. Ici le mot putra, fils, est rapproché de la racine tra, protéger, défendre.

58. Stances d'hymnes qui se récitent au lieu de se chanter.

59. Le mot uttishthanti, tirent leur origine, est ici rapproché d'uktha.

60. Brahma est ici rapproché de la racine bhar, porter.

61. C'est-à-dire un descendant de Garga. Garga est un rishi védique.

62. Aujourd'hui Bénarès.

63. Sans doute un millier de vaches.

64. Janaka est le nom d'un roi de Videha, célèbre par sa sagesse et ses pieuses libéralités. Il paraîtra d'ailleurs dans la suite de l'upanishad. Janaka est encore un nom commun qui signifie père.

65.Manger

66. Brahma, ici, signifie, comme plus haut déjà, l'essence de la caste brahmanique.

67. La vînâ est un instrument à cordes, assez semblable au luth.

68. Rig-Veda, I, 116, 12.

69. Rig-Veda, I, 117, 22.

70. Dans cette stance sont rapprochés les mots purusha, pura, ville, et puras, au commencement.

71. Rig-Veda, VI, 47, 18.

72. Le Videha est un royaume situé sur la rive gauche du Gange, à l'Est du pays d'Aoudh.

73. Groupe de peuples établis entre le Gange et la Joumna.

74. Pièces de métal, d'une valeur incertaine.

75. Prêtre chargé de réciter les hymnes du Rig-Veda.

76. Prêtre chargé des opérations manuelles du sacrifice.

77. Désignation usuelle des deux quinzaines qui constituent le mois lunaire.

78. Prêtre qui préside à toutes les opérations du sacrifice.

79. Hymnes précédant le sacrifice.

80. Hymnes accompagnant le sacrifice.

81. Hymnes suivant le sacrifice.

82. Nous rendons par cette expression vague le verbe ati-ned, hapax legomenon dont il est impossible de déterminer nettement le sens.

83. Peuple du Penjab.

84. Descendants de Parikshit, issu lui-même de la famille des Pândavas, dont les aventures font le sujet du Mahâbhârata.

85. Suparna est sans doute un nom de l'oiseau Garuda, qui, dans l'hindouisme classique, sert de monture à Vishnu.

86. Un muni est un ascète qui s'est astreint au silence.

87. Le mauna est l'état du muni; l'amauna (a privatif et mauna) l'état opposé.

88. Gautama est le nom de la famille brahmanique à laquelle appartient Uddâlaka Aruni.

89. Les ugras forment une classe sociale, en dehors des castes régulières, assez difficile à définir nettement. D'après Manu, les ugras sont les fils d'un kshatriya et d'un çûdrâ.

90. Stance d'invitation adressée aux Dieux avant le sacrifice.

91. Le nom Vasu est expliqué ici par un double jeu de mots : il est rapproché à la fois de vasu, bon, bien, trésor, et de vas, habiter, demeurer.

92. Le nom Rudra est rapproché de rud, pleurer.

93. Le nom Aditya est rapproché de â-dâ, prendre, emporter.

94. Rapprochement entre adhi-ardha, un et demi, et adhi-ardh, se développer.

95. La dakshinâ est le salaire attribué au prêtres. Ici le mot est rapproché de dakshina, midi.

96. Un paulkasa est le fils d'un çûdra et d'une ksatriyâ.

97. Les cândâlas sont les individus rejetés par des castes, ceux que l'on connaît aussi sous le nom dravidien de parias.

98. Catégorie de religieux et d'ascètes distincts de la caste des brahmanes.

99. Il semble que les Ajânadevas soient les Dieux de race supérieure.

100. Un çrotriya est un savant brahmane, versé dans les Vedas.

101. Le mot pratibuddha du texte est un des indices qui décèlent l'approche du bouddhisme. Cf. Oldenberg, Bouddha, trad. A. Foucher. Alcan, 1893. P.51.

102.Les Dieux, les hommes, les Gandharvas, les Nâgas, les Pitris.

103. Le mot pravrâjin, traduit par religieux errant, est encore un indice de bouddhisme. Cf. Oldenberg, op. cit.

104. En sanskrit DAmyata.

105. En sanskrit DAtta.

106.En sanskrit DAyadhvam.

107. Hridaya signifie cœur.

108. Hri est rapproché de hri, apporter.

109. Da est rapproché de , donner.

110. Ya est rapproché de i, aller.

111. Satiam signifie vrai.

112. Bhûs, bhuvas, svar, ahar sont des mots mystiques, employés dans un grand nombre de formules.

113. Aham, moi, est rapproché de ahar.

114. Vidyut éclair, est expliqué ici par vidâna, séparation.

115. Svâhâ, vashat, hanta et svadhâ sont des formules en usage dans la liturgie.

116. En sanskrit VIshtâni.

117.En sanskrit RAtâni.

118. Uktha est rapproché de utthâpay, soutenir.

119. Yajus est rapproché de juy, unir.

120. Sâman est rapproché de samyañe, convergeant.

121. Kshatra est rapproché de kshan, blesser, et de trâ, protéger, garder de.

122. En sanskrit : Bhûmir antariksham diauh.

123. La gâyatrî est une stance composée de trois membres ou padas, chacun de huit syllabes. En général, une stance sanskrite comprend quatre padas.

124. En sanskrit: Rico yajûmshi sâmâni.

125. En sanskrit: Prâno apâno viânah.

126. Le sanskrit est impossible à rendre: dans la phrase "le quatrième pada," etc. quatrième est exprimé par turîya, mot rare. Ici le texte reprend turîya et l'explique par caturtha, le mot usuel pour dire quatrième.

127. Gâyatrî est rapproché de gaya et de trâ.

128.La Sâvitrî est une prière à Savitar.

129. Nom d'un mètre, composé de quatre padas de huit syllabes.

130. Personnage de famille royale.

131. Solennité qui forme une partie de la liturgie du sacrifice nommé jyotishtoma. Les observances consistent à boire du lait, de moins en moins, à dormir sur le sol, pratiquer la continence et le silence.

132. Nom d'Agni.

133. Rig-Veda, X, 121, 10.

134. Syllabe employée dans les invocations.

135.Synonyme de çûdra.

136. Orge ou riz cuit dans du lait, employé souvent comme offrande.

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