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Abraxas ou le croyant incrédule
Abraxas seu Apistopistus


AuteursDatesTypeLieuThèmesStatut
ecr. et Ill. Jean L’Heureux {Johannes Macarius}publ. 1657Littératurepubl. Anvers (Belgique)Gnosticisme

► Il s’agit d’un ouvrage traitant de gemmes et d’amulettes gnostiques qui propose des illustrations que nous reproduisons ici. Ce traité est le premier à proposer une étude systématique du sujet.

► Les amulettes gravées dans l’ouvrage datent du II III et sont associées à Basilide d’où le nom de l’ouvrage : c’est en effet au gnostique que l’on attribue la création du symbole d’Abraxas.

■ Les gravures de l’ouvrage original sont présentées dans le désordre. Nous avons fait le choix de les remettre dans l’ordre indiqué par les numéros les accompagnant.

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🕮 Jouin, ref.670 :

[J. MACARIUS. Abraxas ou le Parfait Croyant. Et en outre. Abraxas Proteus, selon l’exposition de J. Chiflet et avec ses annotations.]

Sommervogel mentionne (t.II, pp. 11.25-1.139) deux Jésuites de ce nom : Pierre Chifflet, qui vécut de 1592 à 1682 et qui est assez connu pour le nombre et aussi pour la valeur de ses écrits ; l’autre Laurent Chifflet, mort très jeune. Tous deux étaient de Besançon, et sans doute de la même famille que Jean Chifflet, l’auteur du livre mentionné par Peeters Baertsoen.

Jean Chifflet, fils de Jean-Jacques Chifflet, médecin à Besançon, naquit dans cette ville, en 1614, et mourut à Tournay, en 1666. Le P. Niceron, et le P. Le Long, ont cru à tort qu’il avait été avocat, et Foppens s’est aussi trompé en disant qu’il avait été professeur à l’Université de Dôle. Il devint aumônier du Roi d’Espagne Philippe IV, de Don Juan d’Autriche, et de l’Archiduc Léopold, lorsque ces deux derniers furent gouverneurs des Pays-Bas. Il était grand amateur de monnaies et de médailles, et sa collection était célèbre. Ses ouvrages ont trait aux antiquités. L’un d’eux, celui dont il est question ici, a pour titre exact :

Commentarius in librum Johannis Macarii cui Tilulus Abraxas, seu Apistopislus (et non Aristopistus, qui n’a pas de sens) quæ est antiquaria de gemmis basilidianis disquisitio (Commentaire sur le livre de Johannes Macarius qui a pour titre Abraxas ou Apistopistus (l’homme de foi sans foi ?) ou dissertation sur les gemmes basilidiennes, Anvers, 1657, in-4°). De Smedt, auteur de la notice sur cet écrivain dans la Biographie nationale Belge (t. II, p. 250), dit que ses ouvrages portent l’empreinte d’une érudition de bon aloi, et renvoie pour plus de détails à Foppens (Bibliotheca Belgica, 2e partie) et à Niceron, Mémoires, t. XXV, p. 225.

Ces gemmes basilidiennes étaient des pierres gravées de figures magiques et de lettres cabalistiques, mises en vogue par les Gnostiques, dont Basilide fut un des chefs. Heyne, l’éditeur de Virgile, a écrit quelques opuscules intéressants à ce sujet.

Les Abraxas dont il est question dans l’ouvrage de J. Chifflet, sont des amulettes gnostiques. Il nous reste un grand nombre de ces objets ; ce sont généralement des pierres gravées ou des médailles sur lesquelles sont figurés les objets les plus divers presque toujours avec des attributs ou des formes fantastiques, en sorte que, si l’on peut avec certitude leur attribuer le caractère général d’amulettes, il est malaisé de donner la signification précise de chacune d’elles en particulier.

L’étymologie du mot lui-même est douteuse. Un rabbin savant, Abraham Geiger y voit deux mots hébreux (Abraxas ou abrasax Ha Brachah, la bénédiction. M. Schwab, non moins instruit et bien au fait du culte et des superstitions des Juifs, y lit les mots ab, père, et barach, création. Du reste, la question d’étymologie pour être difficile, n’en est pas plus importante. Mentionnons toutefois l’étymologie numérique, celle qui explique le mot comme un assemblage de lettres formant un nombre ; or, le nombre donné par les lettres d’Abrasax, et celui que forment les lettres Mithra est 365 : si c’est une coïncidence, elle est des plus remarquables, car on sait que Mithra était le Soleil déifié.

La plupart des écrits des gnostiques ayant disparu, nous ne pouvons y chercher des indications. Nous en trouvons quelques-unes dans certains Pères, saint Irénée, Tertullien, saint Epiphane, saint Jérôme, saint Augustin, mais les renseignements qu’ils nous donnent se rapportent aux doctrines des gnostiques plutôt qu’aux objets de leur culte.

Dans un excellent article du Dictionnaire d’archéologie chrétienne du P. Cabrol (Paris, 1903), Dom H. Leclercq divise les Abraxas en deux grandes catégories, les supercheries et les obscénités. Les objets appartenant à l’une ou à l’autre de ces catégories, se subdivisent d’après leur origine : 1° Abraxas d’origine réellement basilidienne, ou gnostique, 2° ceux dont les figures et les légendes, empruntées à d’autres religions, ont été adaptées aux idées gnostiques ; enfin les abraxoïdes, qui sont entièrement étrangers au gnosticisme. Les premiers sont dits d’origine basilidienne, parce que l’Egyptien Basilide, un des premiers gnostiques, les répandit pour propager sa secte. Ils sont répandus dans tout l’Empire Romain.

Les abraxas de la seconde catégorie, ou abraxastes, empruntent leurs dessins à l’ancienne iconographie égyptienne, si aisément reconnaissable : Anubis, par exemple. Quant aux abraxoïdes, leur seule définition les exclut de notre cadre.

Les Abraxas forment une transition matérielle, et en quelque sorte visible, entre la Gnose et la Cabbale ; ce fait est établi, et on ne saurait en méconnaître l’importance, quand on aura lu les conclusions de Dom H. Leclercq :

« Nous retrouvons dans la Kabbale le chiffre total d’Abraxas, 365. "Pour réussir dans les opérations de Sortilège, dit le Sefer Raziel (Livre de Raziel), il faut prononcer les noms mystiques des planètes et de la terre", et les pierres gnostiques nous donnent fréquemment la devise composée des initiales des planètes. Autre rapprochement : On sait que les Juifs avaient pour usage de remplacer la prononciation du nom de Jehovah par un autre nom ou par une périphrase. Cette restriction s’était étendue du nom même à ses dérivés, et de ceux-ci à des mots qui n’avaient avec eux qu’un rapport indirect. II en résulta une immense confusion, dont on ne put se tirer que par des artifices mnémoniques. L’importance des étymologies hébréo-kabbalistes pour l’explication future des pierres gravées gnostiques et même de toute la littérature gnostique a été mise en lumière par la deuxième liste du Vocabulaire de l’Angélologie de M. Maurice Schwab. »

Voici quelques exemples des pièces et invocations gnostiques qui figurent sur les gemmes ; il est à peine nécessaire d’ajouter que beaucoup de ces inscriptions sont inintelligibles.

« Iao, Abrasas, Adonaï, saint nom, puissances favorables, gardez Vibia Paulina de tout mauvais démon ».

« Iao, Sabao, Adonaï Semes, Eilam Zurratel Kramma, Camaris… Michael Amorarachei, gardez-moi Mocano ».

« Jésus Christus, Gabriel, Ananias, Amen ».

J. Chifflet figure avec honneur dans la longue et riche bibliographie que donne Dom H. Leclercq au cours de son remarquable article. Cette bibliographie remonte jusqu’à Antoine Lebois (Discours sur les médailles et gravures, in-4°, Paris, 1579), pour se terminer à M. A. Dieterich (Abraxas, Studien zur Religionsgeschichte des Spætern Alterthums (Etude sur l’histoire religieuse des derniers temps de l’antiquité) in-8°, Leipzig, 1891, qui se termine par le texte d’un ouvrage gnostique.


Illustrations : én. de Abraxas ou le croyant incrédule, 1657. | Institut Archéologique de l’Université de Cologne (Cologne, Allemagne). Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre

Si vous désirez voir plus de gemmes et d’amulettes magiques, rendez-vous sur le site de la Base de donnée des gemmes magiques Campbell Bonner, gérée par le Musée des beaux-arts de Budapest, ce site se donne pour mission de répertorier toutes les "gemmes magiques" possédées par les musées au travers du monde.

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