🔍
×

Accueil
Personnalités
Médias
Lieux
Symboles
Astral
Nature
Lexique
Mémentos
Artistiques
Intellectuelles
Sites
Mouseîons
Sommaires
Bibliographie
Index
Épopée
Gildi
Contact
Dons
Notice
Bouton_Accueil

La Lumière des lumières
Lumen de lumine


AuteursDatesTypeLieuThèmesStatut
Eugène Philalèthepubl. 1651Littératurepubl. Londres (Angleterre)Alchimie
Magie
Kabbale
Rosicrucisme

► Caillet, ref.11058.

► L’ouvrage fut d’abord traduit - de manière fort discutable - en 1787 sous le titre de L’Art hermétique à découvert ou nouvelle lumière magique. La traduction reproduite ici exclue les dédicaces au début de l’ouvrage ainsi que les aphorismes finaux. Nous avons également arrangé la mise en page pour qu’elle corresponde à l’édition originale.

Traduction : de l’anglais au français, UBI, .

Illustration : én. de La Lumière des lumières, 1651. | bs. Institut de Recherche Getty (Los Angeles, États-Unis d’Amerique). Lien vers l’œuvre sur Internet Archive

séparateur

Le Monde Inférieur

La nuit avait maintenant passé sa phase noire, et toutes
Ses belles et scintillantes flammes devenaient malades et pâles.
Sa scène d’ombre et de silence fuyait, et le jour
Habillait de roses le jeune Orient où chaque rayon
Tombant sur les sables, amenait le soleil et la nuit
A s’embrasser en un échiquier de nuages et de lumière mêlés
.

Je pense qu’il serait plus simple, et dans une certaine mesure plus convenable, que je m’exprime en notre dialecte populaire et vulgaire.

C’était presque l’aube, ou le point du jour, lorsque envahi d’une solitude lasse et de ces songeries pensives qui l’accompagnent, après force dépense et travail, je tombai soudain endormi. C’est alors qu’à peine né, le jour fut étranglé. J’en fus réduit à une nuit d’une teinte encore plus sombre que celle que j’avais passée auparavant. Ma fantaisie m’emmena dans une région d’une obscurité inexprimable et qui, à mon avis, allait au-delà du naturel, mais sans que j’en éprouve des terreurs. J’étais d’humeur ferme et sereine, et bien que n’étant pas rassuré, j’étais non seulement déterminé, mais aussi allais à ma guise. Je me déplaçais en tous sens à la découverte de quelque chose, toujours enveloppé d’obscurité et de silence, si bien que je me croyais transporté au pays de la désolation. Ainsi vainement préoccupé et fatigué par de longs efforts, je résolus de me reposer et, vu que je ne trouvais rien, je me demandais ce qui pourrait bien m’advenir.

A peine avais-je poursuivi en cette humeur que j’entendis les murmures d’un doux vent qui se dirigeait vers moi. Soudain, il arriva dans les feuilles des arbres, si bien que j’en concluais que je me trouvais dans quelque bois ou étendue sauvage. Avec ce doux souffle venait un air des plus odorants et célestes, ressemblant à celui de l’églantier, mais moins fort et moins net. Une fois ce parfum dissipé, lui succéda un agréable bourdonnement d’abeilles parmi les fleurs, ce qui me rendit quelque peu perplexe, car je jugeai que cela n’était pas en harmonie avec l’aspect de l’endroit, qui était sombre comme le milieu de la nuit. Alors que j’étais plutôt inquiété par ces événements inattendus, une nouvelle apparition me détourna de mes appréhensions. Non loin de moi, à droite, je découvris une lumière blanche et faible ; elle n’était pas aussi brillante que celle d’une bougie, mais brumeuse et ressemblant beaucoup à une vapeur. Au centre, elle était de couleur pourpre, tel le soleil élyséen, mais dans la dilatation de sa circonférence, elle était laiteuse, et si nous considérons la teinte réunie de ses parties, c’était un soir coloré, une figure de la splendeur que les anciens Romains appelaient Soleil des Morts. Alors que j’étais absorbé par cette étrange scène, apparut au milieu des couleurs pourpre un mouvement soudain, et de leur centre même jaillit une certaine lumière en forme de fleur, semblable à la flamme d’un cierge. Elle était très vive, éclatante et scintillante comme l’astre du jour. Les rayons de cette nouvelle planète, jaillissant en petits écheveaux et ruisselets, ressemblaient à des fils d’argent qui, réfléchis contre les arbres, découvraient une curieuse ombre verte. Je me retrouvai dans un bosquet de lauriers. La texture des branches était si égale, les feuilles si épaisses et dans un tel ordre de conspiration, que ce n’était pas un bois mais un bâtiment.

Je m’imaginai que c’était en fait le Temple de la Nature, le lieu où elle avait réuni la discipline à sa doctrine. Dans cette pénombre et dans cet écran logeaient de nombreux rossignols, que je reconnus à leur gorge blanche. Ceux-ci, regardant furtivement à travers leurs cages feuillues, se réjouissaient de cette étrange lumière et, après avoir paradé, faisaient vibrer l’air tranquille de leur musique. Elle était, pensai-je, très jolie, car le silence de la nuit, en harmonie avec la solitude de l’endroit, me la fit estimer céleste. Le sol, tant près de moi qu’au loin, présentait une sorte d’échiquier agréable, car ce nouvel astre, en rencontrant quelques gouttes de rosée, engendrait une multitude de réfractions éclatantes, comme si la terre avait été pavée de diamants. Ces accidents, rares et divers, occupaient mon âme, mais pour interrompre mes pensées, comme si j’avais illégitimement examiné ce que j’avais vu, un autre accident, objet encore plus admirable, se produisit.

J’aperçus entre la lumière et moi une beauté divine très exquise, ni grande ni petite de taille, mais de stature mince et modeste. Elle était vêtue de fine soie lâche, d’un vert tel que je n’en avais jamais vu, car cette couleur n’était pas terrestre. Par endroits, elle était ornée de rubans blancs et argentés, pareils à des lys dans un champ d’herbe. Sa tête était enveloppée d’une gaze ténue et flottante qu’elle retenait avec l’une de ses mains, et elle regardait comme par en dessous. Ses yeux étaient vifs, frais et célestes, mais quelque peu écarquillés, comme si elle avait été intriguée par une. apparition soudaine. De son voile noir s’échappaient ses mèches, comme les rayons du soleil à travers une brume. Elles tombaient en désordre sur ses seins, puis remontaient vers ses joues en boucles et anneaux d’or. Derrière, ses cheveux étaient roulés en un curieux globe, avec une petite et courte pointe fleurie de nœuds pourpre et bleu ciel. Ses bagues étaient entièrement des pierres, des émeraudes, car elle n’accordait de valeur à aucun métal, et ses pendentifs étaient des escarboucles ardentes. En un mot, tout son habit était jeune et fleuri, il avait un parfum oriental et était complètement aéré de riches poudres parfumées arabes. Telle était donc son apparence à ce moment-là, et tandis que j’admirais ses perfections et me préparais à présenter mes hommages, elle vint vers moi et d’un air décidé s’approcha. Je m’attendais en fait ici à quelque discours de sa part, mais me dévisageant très sérieusement et silencieusement, elle me prit par la main et me murmura doucement de la suivre. Ceci, je le confesse, paraissait étrange, mais je n’estimais pas mal à propos d’obéir à un ordre aussi doux, tout spécialement à un ordre très prometteur et qui pouvait, selon moi, aller beaucoup plus loin encore.

La lumière que j’avais admirée auparavant, s’avérait enfin être sa servante, car elle se déplaçait comme un huissier devant elle. Ce service ajoutait beaucoup à sa gloire, et je n’avais soin que de l’observer qui, bien qu’elle n’errât pas vraiment, ne suivait aucune direction connue. Son chemin était vert, fourré d’une petite herbe fine qui ressemblait à de la peluche, car elle était très douce et partout émaillée de pâquerettes et de primevères. Quand nous sortîmes de nos arbres et de notre bosquet de lauriers, j’aperçus une clarté étrange dans l’air, qui ne ressemblait pas à celle du jour ; je ne puis affirmer non plus que c’était la nuit. En fait, les étoiles étaient perchées au-dessus de nous et scintillaient pour ainsi dire sur les sommets des hautes collines, car nous étions dans un creux très profond et la terre nous surplombait, au point que je pensais que nous étions près de son centre. Nous n’étions pas allés très loin lorsque je découvris certains nuages épais et blancs - car c’est ainsi qu’ils m’apparaissaient - qui remplissaient toute cette partie de la vallée qui se trouvait devant nous. En vérité, c’était une erreur de ma part, mais cela ne dura pas longtemps, car en m’approchant je me rendis compte que c’était des rochers fermes et solides, mais brillants et éclatants comme des diamants. Cette vue rare et remarquable ne fut pas sans beaucoup m’encourager et j’eus grand désir d’écouter parler ma maîtresse - car c’est ainsi que je la jugeai désormais - afin que, si possible, je pusse en recevoir quelque information. Comment l’amener à ceci ? Je ne le savais pas très bien, car elle semblait avoir de l’aversion à parler. M’étant cependant résolu à la déranger, je lui demandai si elle voulait bien m’accorder la faveur de me dire son nom. A ceci, elle répondit très familièrement, comme si elle m’avait connu depuis toujours.

« Eugène, dit-elle, j’ai beaucoup de noms, mais celui qui m’est le meilleur et le plus cher est Thalie, car je suis toujours verte et ne fanerai jamais. En ce lieu, tu contemples les Montagnes de la Lune, et je te montrerai la source du Nil, car elle jaillit de ces rochers invisibles. Lève les yeux et scrute la cime même de ces piliers et de ces à-pics de sel, car il s’agit des vraies montagnes lunaires et philosophiques. As-tu jamais rien vu d’aussi miraculeux et incroyable ? »

Ce discours me fit promptement lever les yeux vers ces étincelantes tourelles de sel où j’aperçois une cataracte, une chute d’eau stupéfiante. Ce flux était plus vaste que n’importe quel fleuve en son cours le plus large, et malgré la hauteur et la violence de sa chute, il s’écoulait sans aucun bruit. Les eaux se fracassaient sur ces rochers de sel, leur courant en était détourné, mais en dépit de tout ceci, elles descendaient en un silence de mort, tel l’air tranquille et doux. Je pris un peu de cette liqueur, car elle coulait près de moi, pour voir quelle étrange substance laineuse c’était, qui tombait ainsi furtivement comme de la neige. Quand je l’eus dans mes mains, ce n’était pas de l’eau vulgaire, mais comme une sorte d’huile d’aspect humide. Elle était de nature visqueuse, grasse, minérale, éclatante comme des perles et transparente comme du cristal. Lorsque je l’eus bien examinée et soumise à ma recherche, il m’apparut qu’elle était en quelque sorte spermatique, et à la vérité, elle était obscène à la vue et encore bien plus au toucher. Sur ce, Thalie me répondit que c’était la Première Matière, que c’était le vrai sperme, le sperme naturel du grand monde. « Elle est, dit-elle, invisible, et c’est pourquoi il n’y en a que peu qui la trouvent. Mais beaucoup croient qu’on ne peut pas la trouver. Ils croient en fait que le monde est une figure morte, tel un corps qui à un moment a été fait et façonné par cet esprit qui demeurait en lui, mais qui ne conserve cette forme et cette façon que pour un bref moment après que cet esprit l’a abandonné. Ils feraient mieux de considérer que tout cadre, une fois que l’âme l’a quitté, se décompose et ne peut plus retenir sa figure antérieure, car l’agent qui conservait et maintenait les parties ensemble s’en est allé. » Je trouvai alors très excellent ce discours que j’avais auparavant entendu tenir par l’un de mes élèves. « Ce monde, dit-elle, de parties aussi diverses et contraires, n’aurait pas atteint l’unité de forme s’il n’y avait pas eu l’Un qui joignit ensemble des choses aussi contraires. Mais, une fois assemblées, la diversité même des natures réunies, luttant les unes contre les autres, les aurait décomposées et séparées s’il n’y avait pas eu l’Un pour maintenir et conserver ensemble ces parties qu’Il avait unies au commencement. En vérité, l’ordre de la Nature ne procéderait pas avec une telle certitude, ni la Nature ne pourrait se mouvoir avec une telle régularité en plusieurs lieux, moments, effets et qualités, s’il n’y avait Quelqu’Un qui disposait et ordonnait ces variétés de mouvements. Ceci, quelle que soit cette chose par laquelle le monde est préservé et gouverné, je l’appelle du nom habituel de Dieu. »

« C’est pourquoi, Eugène, tu dois comprendre, dit-elle, que toutes les compositions sont faites par une Vie Active Intelligente, car ce qui fut fait dans la composition du grand monde en général, fut de même réalisé dans la génération de chaque créature et dans son sperme en particulier. Je suppose que tu sais bien que l’eau ne peut être contenue que dans un vaisseau. Le vaisseau naturel que Dieu a préposé à cet effet, c’est la terre. Dans la terre, l’eau peut être épaissie et amenée à prendre forme, alors que d’elle-même, et sans terre, elle a un flux indéfini et n’est sujette à aucune forme que ce soit. L’air est aussi une substance fugitive et indéterminée, mais l’eau est son vaisseau, car de même que l’eau prend forme au moyen de la terre, l’air aussi s’épaissit et prend forme dans l’eau. Pour monter plus haut, l’air coagule le feu liquide, et le feu incorporé enveloppe et emprisonne la lumière ténue. Tels sont les moyens par lesquels Dieu unit et compose les éléments en un sperme, car la terre modifie la texture de l’eau et la rend visqueuse et gluante. C’est une telle eau que doivent chercher ceux qui voudraient produire des effets magiques extraordinaires, car cette eau spermatique se coagule avec la moindre chaleur, si bien que la Nature la concocte et la durcit en métaux. Tu vois que les blancs d’œuf s’épaississent dès qu’ils sentent le feu, car leur humidité est tempérée par une terre pure, subtile, et cette terre subtile animée est ce qui lie leur eau. Prends donc, mon Eugène, de l’eau de ces Montagnes de la Lune, cette eau qui est de l’eau et qui n’est pas de l’eau. Fais-la bouillir dans le feu de la Nature en une terre double, blanche et rouge, puis nourris ces terres de l’air du feu et du feu de l’air, et tu obtiendras les deux luminaires magiques. Et puisque tu es mon serviteur depuis longtemps, et que ta patience a manifesté la vérité de ton amour, je t’amènerai à mon école, et là je te montrerai ce dont le monde n’est pas capable. »

A peine eut-elle dit ceci qu’elle passa par ces rochers de sel semblables à des diamants et m’amena à un rocher de diamant qui avait la forme exacte et entière d’un cube. C’était la base d’une pyramide de feu, un trigone de pur pyrope dont les flammes emprisonnées s’étiraient et s’élançaient vers le ciel. Au frontispice quadrilatère de ce rocher était annexé un petit portail où était accrochée une tablette. Elle représentait un hérisson peint, tellement enroulé et enveloppé dans sa carapace qu’il ne pouvait facilement être distingué. Au-dessus de celui-ci se trouvait un chien hargneux avec cette inscription près de lui :

« Doucement, sinon il pique. »

Nous y pénétrâmes et, entrés dans les rochers, nous vîmes que les parties intérieures y étaient d’une couleur d’émeraude céleste. Ici elles brillaient comme des feuilles d’or pur, et là apparaissait une troisième teinte d’un pourpre inexprimable. Nous n’étions pas allés très loin que nous arrivâmes à un autel antique et majestueux. Sur la partie où s’offraient les sacrifices, tout en haut, était représenté le tronc d’un vieil arbre pourri, arraché avec les racines. De celui-ci sortait en rampant un serpent de couleur blanche et verte, se mouvant lentement comme un limaçon très faible, n’ayant que récemment senti le soleil qui le surplombait. Au pied ou à la base de cet autel se trouvait une inscription en vieux hiéroglyphes égyptiens que Thalie expliqua, et qui dit ceci :

Aux dieux bénis
Dans le ciel souterrain
N.L.
τ. α. ν. φ.

De ce lieu nous marchâmes droit devant nous jusqu’à ce que nous arrivâmes à une caverne dans la terre. Elle était très obscure et fort humide, dégageant une odeur lourde comme celle des tombes. Nous n’y restâmes pas longtemps et, dépassant ce cimetière, nous arrivâmes enfin au Sanctuaire où Thalie, se tournant vers moi, fit ce bref et dernier discours :

« Eugène, voici le lieu que beaucoup ont désiré voir, mais n’ont pas vu. Les préparatifs à leur admission en ce lieu ont fait défaut. Ce n’est pas moi qu’ils ont aimée, mais ce qui est à moi. Ils ont en vérité convoité les richesses de la nature, mais la Nature elle-même, ils l’ont négligée et corrompue. Ils auraient eu des avantages en termes d’assaut, s’ils en avaient seulement étudié les opportunités. J’étais exposée en leurs mains, mais ils ne m’ont pas reconnue. J’étais sujette jusqu’à un certain point à leur violence, mais Celui qui m’a faite n’aurait pas souffert que je fusse abattue d’un coup de fusil. En un mot, la ruine de ces hommes était fondée sur leur disposition. Quand ils s’adressaient à moi, ils ressemblaient à ces choses pitoyables que certains appellent courtisans. Ceux-ci’ font des bouffonneries et des pitreries comme s’ils étaient des singes. Ils font la révérence - comme quelqu’un l’a bien dit - en proportions mathématiques, ils font des ronds de jambe et des grimaces, suivant l’expression du même poète : « Leurs bouches varient, comme sous un charme magique, en figures ovales, carrées et triangulaires. »

« C’est ainsi que ces sophistes impudents m’ont assaillie de leurs humeurs vaniteuses. Quand je scrutais dans leur cœur, je voyais qu’il n’y avait pas de place pour moi. Leur cœur était rempli de pensées orgueilleuses, ils rêvaient d’un certain bonheur tapageur qui devait être entretenu à mes dépens et par mes trésors. En attendant, ils ne réalisaient pas que j’étais simple et modeste, quelqu’un qui n’aimait pas le bruit, mais le contentement doux et privé. Je t’ai trouvé, Eugène, très conforme à ma disposition. Je t’ai trouvé tout à fait patient en tes espérances. Tu peux facilement croire là où tu as raison en la foi que tu as. Pendant tout ce temps tu as servi sans salaire le temps est maintenant venu de ta récompense. Je te donne gratuitement mon amour, et avec celui-ci ces gages : ma clé et mon sceau. L’un ferme, l’autre ouvre : assure-toi de les utiliser tous deux avec discrétion. Quant aux mystères de mon école, tu as la liberté de les étudier tous ; il n’y a rien ici que je ne veuille te révéler avec plaisir. Il y a un seul précepte que je te recommanderai, c’est celui-ci : il faut que tu gardes le silence. Dans tes écrits, tu n’iras pas plus loin que ce que je t’ai alloué. Souviens-toi que je suis ton amour, tu ne feras pas de moi une prostituée. Puisque je souhaite que tu rendes service à ceux qui ont ta propre disposition, je te donnerai ici une représentation emblématique de mon Sanctuaire avec l’entier privilège de la publier. C’est tout, et je vais maintenant partir pour cette région invisible qui est la demeure des immortels (Iliade VIII, 456). Que ce proverbe n’ait pas place en toi : « Loin des yeux, loin du cœur ». Souviens-toi de moi et sois heureux. »

Telles étaient ses instructions. A peine m’avaient-elles été faites qu’elle me mena vers une grande et claire lumière. Là, je vis ces choses dont je ne dois pas parler. Ayant ainsi découvert toutes les parties de ce glorieux labyrinthe, elle me reconduisit dehors avec son fil de rayon de soleil, sa lumière qui se déplaçait luisant devant nous. Quand nous eûmes dépassé les rochers du Nil, elle me montra un escalier secret par lequel nous remontâmes de cette vallée profonde et fleurie à la surface de notre terre vulgaire. Là, Thalie s’arrêta en une cérémonie muette, car il fallait que je fusse laissé seul. Elle me lança un regard, et des sourires silencieux, mêlés d’un joli air de tristesse, car nous n’étions pas décidés à nous quitter. Mais l’heure de son départ était venue, et prenant congé pour la dernière fois - c’est ce que je croyais - elle passa devant mes yeux en direction de l’éternel éther de la Nature.

J’étais alors à vrai dire très tourmenté et assez décontenancé, mais me calmant du mieux que je pus, j’arrivai à un buisson de myrte où je me reposai sur un tertre fleuri, et me mis à réfléchir à ces choses que j’avais vues. Cette étude solitaire et mélancolique ne dura pas longtemps, car elle fut interrompue de manière très agréable. J’aperçus Thalie pratiquement à l’extrémité d’un paysage assez éloigné, mais en un instant elle se retrouva dans les myrtes où elle s’assit tout près de moi, et je reçus d’elle ce discours :

« Je ne voudrais pas, Eugène, te laisser ignorant de l’unité et de la concentration des sciences. En une époque plus savante du monde, lorsque la magie était mieux et plus généralement comprise, les professeurs de cet art la divisaient en trois parties : élémentale, céleste et spirituelle. La partie élémentale contenait tous les secrets de la physique, la céleste ceux de l’astrologie, et la spirituelle ceux du divin. Chacune de ces parties en elle-même n’était qu’une branche, ou membre, mais une fois toutes trois réunies, elles étaient les Pandectes de la science. Or aujourd’hui, en celles-ci, personne ne peut te montrer aucune physique ou astrologie réelle ; de plus, ils n’ont même pas une langue ni un livre concernant le divin. La raison en est celle-ci : au cours du temps, ces trois sciences - qui n’opèrent pas de miracles sans union mutuelle et essentielle - furent, par mauvaise interprétation, démembrées et séparées, si bien que chacune d’elles fut considérée comme une faculté en soi. Or Dieu a uni ces trois choses en un sujet naturel, alors que l’homme les a séparées et placées en aucun sujet, sinon dans son propre cerveau, où elles sont demeurées sous forme de mots et d’imagination, et non en éléments substantiels et en vérité. Dans cet état, les sciences devinrent mortes et vaines, elles ne produisirent rien que du bruit puisqu’elles étaient séparées - comme si tu démembrais un homme et que tu t’attendais à ce qu’une partie effectue ces actions que faisait la totalité quand il était en vie. »

« Tu sais par expérience naturelle même qu’à partir d’une racine spécifique poussent plusieurs substances différentes, comme les feuilles, les fleurs, les fruits, les semences. De même, à partir d’une racine universelle, à savoir le chaos, poussent toutes les natures spécifiques et leurs individus. Or il n’y a aucune science ou connaissance véritable qui ne soit fondée sur des substances sensibles, particulières, ou sur la substance universelle sensible, à partir de laquelle tous les particuliers sont faits. Quant aux universaux, dans l’abstrait, de telles choses n’existent pas, ce sont des caprices vides, imaginaires, car les abstractions sont autant de suppositions fantaisistes. Considère maintenant, Eugène, que tous les individus, y compris l’homme lui-même, n’ont en eux rien de matériel qu’ils n’aient reçu de la Nature matérielle universelle. Considère à nouveau que ces mêmes individus sont réductibles en leur première matière physique universelle et que par conséquent, cette matière universelle a en elle-même les secrets et les mystères de tous les particuliers, car tout ce qui inclut le sujet lui-même, inclut la science de ce sujet. Dans la Première Matière, la Sagesse Divine est captée en un centre général chaotique, mais dans les particuliers faits de la Première Matière, elle est dispersée et répandue, pour ainsi dire, vers une circonférence. Il reste donc que le chaos est le centre de toutes les sciences, vers lequel elles peuvent et devraient être réduites, car c’est le Grand Mystère sensible et naturel, et après Dieu, c’est le second Temple de la Sagesse. C’est pourquoi, cherche, et examine les parties de ce chaos d’après les règles et instructions reçues lorsque j’étais avec toi dans la région minière. Ne t’attarde pas uniquement sur la pratique, car ce n’est pas la façon de l’améliorer. Assure-toi d’ajouter la raison à ton expérience et d’employer ton esprit aussi bien que tes mains. Œuvre à connaître toutes les causes et leurs effets : n’étudie pas seulement la recette, comme le fait cette engeance échauffée et bouillonnante qui s’intitule chimistes, mais qui ne sont pas de vrais philosophes. »

« Voilà tout ce que j’estime convenable d’ajouter à mes précédentes prescriptions, mais ce qui m’a fait revenir, c’est autre chose, et tu vas maintenant le recevoir. Tu as parfois entendu parler, je suppose, de la partie de la magie ayant trait au béryl : aie soin de me comprendre et je te montrerai le fondement. Tu dois savoir que les astres ne peuvent imprimer aucun nouvel influx dans des corps parfaits, complets ; ils ne disposent et dans une certaine mesure n’activent que cette influence qui a été auparavant imprimée. Il est très certain, Eugène, qu’aucune sidération ne se produit sans quelque corruption et altération préalables chez le patient, car la Nature ne travaille pas dans des éléments déconnectés, humides, décomposés. Ce dérangement ne provient pas des astres, mais de la contrariété des éléments entre eux. Chaque fois qu’ils se brouillent et travaillent à leur propre dissolution, alors le feu céleste intervient pour les réconcilier et engendrer quelque nouvelle forme, vu que l’ancienne ne pouvait plus rester compatible et subsister. Observe alors que le moment authentique de ces impressions est lorsque les principes sont spermatiques et vierges, mais une fois qu’ils sont coagulés en un corps parfait, le temps de la stellification est passé. Or les Mages antiques dans leurs livres parlent d’étranges lampes astrologiques, d’images, d’anneaux et de lamelles de métal qui, utilisés à certaines heures, produisent des effets incroyables et extraordinaires. L’astrologue vulgaire prend une pierre ou un morceau de métal, le marque de caractères ridicules et l’expose ensuite aux planètes, non pas dans une « alkemusi », mais selon ce qu’il rêve, car il ne sait pas comment procéder. Quand ceci est fait, le résultat est vain ; mais bien qu’ils échouent en leur pratique, ils croient cependant qu’ils comprennent suffisamment bien les livres des Mages. Maintenant, Eugène, que tu es en mesure de savoir que faire, je vais t’enseigner par l’exemple. Prends un grain de blé mûr qui est dur et sec, expose-le aux rayons du soleil dans un verre ou tout autre vaisseau, et il restera un grain sec à jamais. Mais si tu l’enfouis dans la terre pour que l’humidité nitreuse et salée de cet élément le dissolve, alors le soleil œuvrera sur lui, il le fera pousser et germer en un corps nouveau. Il en va exactement de même avec l’astrologue vulgaire : il expose aux planètes un corps parfait, compact, et par ce moyen pense réaliser le camée du magicien et marier le monde inférieur au monde supérieur. Il faut que ce soit un corps réduit en sperme pour que l’humidité céleste, féminine, qui reçoit et conserve l’impression de l’agent astral, puisse être libre et immédiatement exposée au feu masculin de la Nature. Tel est le fondement du béryl. Mais tu dois te souvenir que rien ne peut être stellifé sans le magnétisme conjoint des trois ciels. Ce qu’ils sont, je te l’ai dit ailleurs, et je ne t’ennuierai pas en le répétant. »

Quand elle eut ainsi parlé, elle sortit de son sein deux médailles miraculeuses, non pas métalliques, mais telles que je n’en avais jamais vues ; je ne pouvais pas non plus concevoir que dans la Nature se trouvaient des substances aussi pures et glorieuses. Je jugeais que c’étaient deux pièces astrales magiques, mais elle les appelait saphirs du soleil et de la lune. Elle recommanda ces miracles à mon étude, en s’excusant, car elle avait sommeil, sinon elle me les aurait expliqués. Je les regardai, les admirai et m’abîmai en leur contemplation. Leur aspect était si céleste, leur combinaison si mystérieuse que je ne savais pas très bien quoi en faire. Je me retournai pour voir si elle donnait toujours, mais elle était partie, ce qui ne me troubla pas peu. J’espérai qu’elle revint jusqu’à ce que la journée fut complètement passée, mais elle n’apparut pas. Enfin, fixant des yeux l’endroit où elle s’était reposée il y a un moment, je découvris quelques pièces d’or qu’elle avait laissées derrière elle, et à proximité, un papier plié comme une lettre. Je les ramassai, et c’est alors que, la nuit approchant, l’étoile du soir embrasée à l’occident, enveloppant d’un dernier regard son oreiller fleuri, je m’en séparai en lisant ces vers :

« Joli tertre vert, adieu, puisses-tu porter
Rayons de soleil, roses et lys toute l’année.
Elle a dormi sur toi mais n’a pas eu besoin de verser
Son or : c’était assez payé que d’être son lit.
Tes fleurs sont des favorites, car en ce jour chéri
Elles furent mes rivales et elles ont joué avec elle.
Elles trouvaient leur paradis à portée de main, et dans ses yeux
Elles jouissaient d’un modèle de leurs ciels absents.
Leur couleur pâle s’accordait à merveille,
Et mélangée à ses joues, composait un bouquet.
Sa peau douce retenait leur fierté,
Et d’un écran de soie divisait en deux les fleurs.
Elles en avaient butiné la vie, et de sa chaleur
Elles avaient emprunté une âme pour se rendre complètes.
Ô heureux oreiller ! Bien que tu fusses aplani
Sous la poudre, elle t’a presque élevé au paradis.
De son sein pleuvaient des épices, et chaque anneau d’ambre
De ses boucles vives répandait des bracelets sur toi qui es moelleux.
Cette terre n’est pas pauvre qui contient un tel trésor,
Mais triplement enrichie par l’ambre, l’épice et l’or. »

FIGURE DE L’ECOLE MAGIQUE

Voici cette figure emblématique et magique que Thalie me remit en l’invisible Guyane. La première partie supérieure représente les Montagnes de la Lune. Les philosophes les appellent communément les Montagnes des Indes, au sommet desquelles croît leur secrète et fameuse lunaire. C’est une herbe facile à trouver, sauf pour les hommes qui sont aveugles, car elle se découvre et brille, la nuit tombée, comme une perle. La terre de ces montagnes est très rouge, et douce au-delà de toute expression. Elle est pleine de roches cristallines que les philosophes appellent leur verre et leur pierre. Ce sont les oiseaux et les poissons, disent-ils, qui la leur apportent. L’Arabe Hali, auteur très excellent et judicieux, parle de ces montagnes : « Va, mon fils, vers les Montagnes des Indes, vers leurs carrières ou cavernes, et prends-y nos pierres précieuses, qui se dissolvent ou fondent dans l’eau quand elles sont mélangées avec elle. » Beaucoup de choses pourraient être dites concernant ces montagnes, s’il était licite de publier leurs mystères.

Néanmoins, il y a une chose que je ne m’abstiendrai pas de te dire. Ce sont des endroits très dangereux la nuit tombée, car ils sont hantés de feux et d’autres apparitions étranges, occasionnés, comme me disent les Mages, par certains esprits qui tripotent lascivement le sperme du monde et impriment sur lui leurs imaginations, produisant souvent des engendrements fantastiques et monstrueux. L’accès et le pèlerinage en ce lieu, avec les difficultés qui les accompagnent, sont fidèlement et magistralement décrits par les Frères de la Rose+Croix. Leur langage en vérité est très simple, et il ne peut être méprisé de la plupart des hommes. Mais parler avec raffinement ne faisait pas partie de leur dessein : leur savoir réside, non pas dans le tour de phrase, mais dans le sens, et c’est ce que je propose à la considération du lecteur.

Lettre des Frères de la R+C
Concernant la Montagne invisible
et le Trésor qu’elle contient.

Tout homme désire naturellement une supériorité - avoir des trésors d’or et d’argent - pour paraître grand aux yeux du monde. Dieu en vérité créa toutes les choses pour l’usage de l’homme, afin qu’il puisse régner sur elles et y reconnaître la bonté singulière et l’omnipotence de Dieu, qu’il puisse Le remercier de Ses bienfaits, L’honorer et Le louer. Mais il n’y a personne qui recherche Ses choses, et on laisse passer les jours oisivement. Les gens voudraient jouir de ces choses, mais sans œuvre préalable et sans danger. Ils ne les cherchent pas non plus dans ce lieu où Dieu les a amassées, Lui qui s’attend aussi à ce qu’on les y cherche, et à ceux qui cherchent, Il les donnera. Mais il n’y en a pas un qui œuvre pour une possession en ce lieu, et donc ces richesses ne sont pas trouvées. Car la voie qui mène à ce lieu - et le lieu lui-même - est inconnue depuis longtemps, et elle est cachée à la plus grande partie du monde. Mais bien qu’il soit difficile et laborieux de trouver cette voie et ce lieu, on devrait pourtant chercher ce lieu. Ce n’est pas la volonté de Dieu de cacher quoi que ce soit à ceux qui sont les Siens, et c’est pourquoi, en ce dernier âge - avant que vienne le jugement final - toutes ces choses seront manifestées à ceux qui en sont dignes. Comme Lui-même, bien qu’obscurément, de peur que ce ne soit manifesté aux indignes, l’a dit en un certain endroit : « Il n y a rien de couvert qui ne sera révélé, et rien de caché qui ne sera connu » (Matthieu X, 26). C’est pourquoi, nous qui sommes mûs par l’Esprit de Dieu, nous déclarons au monde la volonté de Dieu que nous avons déjà produite et publiée en plusieurs langues. La plupart des gens ou insultent ou méprisent notre Manifeste, ou alors, dérogeant à l’Esprit de Dieu, s’attendent à ce que ce soit nous qui leur donnions les propositions qui y sont contenues, supposant que nous voulons leur apprendre directement comment faire de l’or au moyen de l’art, ou leur fournir d’amples trésors par lesquels ils puissent vivre avec pompe à la face du monde, plastronner, faire la guerre, devenir usuriers, gourmands et ivrognes, vivre sans chasteté et souiller toute leur vie de plusieurs autres péchés - toutes ces choses étant contraires à la volonté bénie de Dieu. Ces gens auraient dû tirer la leçon de l’histoire des dix vierges (Matthieu XXV, 1-13) dont cinq étaient folles et demandèrent de l’huile pour leurs lampes aux cinq qui étaient sages, pour apprendre combien leur cas est différent. Il est expédient que chacun œuvre en vue de ce trésor au moyen de l’assistance de Dieu ainsi que par sa recherche et son industrie particulières. Les intentions perverses de ces gens-là, nous les comprenons en lisant leurs propres écrits, par la grâce singulière et la révélation de Dieu. Nous nous bouchons les oreilles et nous nous drapons, pour ainsi dire, dans des nuages, pour éviter les braillements et les hurlements de ces gens qui en vain réclament de l’or à grands cris. De là en vérité, il s’avère qu’ils nous flétrissent par d’infinies calomnies et diffamations dont néanmoins nous ne nous offusquons pas : Dieu, le moment bien venu pour Lui, les jugera.

Après que nous ayons bien appris - quoiqu’à votre insu - et remarqué d’après vos écrits combien vous êtes diligent dans l’étude de la Sainte Ecriture et de la recherche de la vraie connaissance de Dieu, nous estimons aussi que vous êtes digne, par-dessus de nombreux milliers de gens, d’obtenir quelque réponse, et nous vous signifions ceci de par la volonté de Dieu et l’avertissement de l’Esprit-Saint.

Il y a une Montagne située au milieu de la terre ou au centre du monde, qui est à la fois petite et grande. Elle est douce, et aussi dure et pierreuse au-delà de toute mesure. Elle est éloignée et à portée de main, mais par la providence de Dieu, invisible. En elle sont cachés de très amples trésors que le monde n’est pas capable d’évaluer. Cette montagne, de par l’envie du diable qui s’oppose toujours à la gloire de Dieu et au bonheur de l’homme, est entourée de bêtes très cruelles et autres rapaces, qui en rendent l’accès difficile et dangereux. C’est pourquoi jusqu’ici - parce que le moment n’était pas encore venu - le chemin qui y mène ne pouvait être ni cherché ni trouvé. Maintenant enfin, le chemin peut être trouvé par ceux qui en sont dignes, mais par le travail personnel et les efforts de chacun.

A cette Montagne, vous vous rendrez en une certaine nuit, quand elle viendra, très longue et très obscure ; veillez à vous y préparer par la prière. Insistez pour trouver le chemin qui mène à la Montagne, mais ne demandez à personne où se trouve le chemin. Suivez uniquement votre Guide, qui s’offrira à vous et vous rencontrera en chemin. Mais vous ne le reconnaîtrez pas. Ce Guide vous amènera à la Montagne à minuit, lorsque toutes les choses sont silencieuses et obscures. Il est nécessaire que vous vous armiez d’un courage résolu et héroïque, de peur que vous ne soyez effrayé par ces choses qui arriveront, et ainsi que vous ne retombiez. Vous n’avez besoin ni d’épée ni d’aucune autre arme physique : invoquez simplement Dieu sincèrement et cordialement. Quand vous aurez découvert la Montagne, le premier miracle qui apparaîtra est celui-ci : un vent très véhément et très grand qui ébranlera la Montagne et fera voler en éclats les rochers. A votre rencontre viendront aussi des lions, des dragons et autres bêtes terribles, mais ne craignez aucune de ces choses. Soyez résolu et prenez garde à ne pas vous retourner, car votre Guide qui vous a amené jusque-là, ne souffrira qu’aucun mal vous advienne. Quant au trésor, il n’est pas encore découvert, mais il est très proche. Après ce vent viendra un tremblement de terre qui renversera toutes les choses que le vent a laissées, et il les aplatira toutes. Assurez-vous de ne pas tomber. Le tremblement de terre passé, il s’ensuivra un Feu qui consumera la crasse de la terre et découvrira le trésor. Vous ne pouvez pas encore le voir. Après toutes ces choses et vers l’aube, il y aura un grand calme, vous verrez l’Etoile du Jour se lever, l’aurore apparaîtra, et vous apercevrez un grand trésor. La chose la plus importante et la plus parfaite qu’il renferme, est une certaine teinture exaltée, avec laquelle le monde - pourvu qu’il soit au service de Dieu et digne de tels dons - peut être teinté et transformé en or très pur.

Cette teinture, utilisée comme votre guide vous l’enseignera, vous rajeunira si vous êtes vieux, et vous ne ressentirez aucune maladie dans aucune partie de votre corps.

Au moyen de cette teinture, vous trouverez aussi des perles d’une excellence telle qu’on ne peut l’imaginer. Ne vous arrogez quoi que ce soit à vous-même en raison de votre pouvoir présent : contentez-vous de ce que votre Guide vous communiquera. Louez Dieu perpétuellement pour ce don qu’Il vous a fait, et ayez spécialement soin de ne pas l’utiliser pour la vanité mondaine ; employez-le en des œuvres telles qu’elles soient contraires au monde. Utilisez-le droitement, et jouissez-en comme si vous ne l’aviez pas. Menez une vie tempérée, et gardez-vous de tout péché, sinon votre Guide vous abandonnera et vous serez privé de ce bonheur. Sachez que ceci est une vérité : quiconque abuse de cette teinture et ne vit pas de manière exemplaire, pure et dévote devant les hommes, perdra ce bénéfice, et n’aura pratiquement aucune chance de le retrouver par la suite.

C’est ainsi qu’on nous a décrit le Mont de Dieu, l’Horeb (Exode III, 1) mystique et philosophique, qui n’est autre chose que la partie la plus élevée et la plus pure de la terre. Car la portion supérieure, secrète, de cet élément est un sol saint, et Aristote dit à ses Péripatéticiens : « Là où se trouve ce qui est très élevé, là aussi se trouve ce qui est très divin. » C’est la pépinière de la Nature Eternelle, le vaisseau et le récipient immédiat des cieux, là où tous les minéraux et tous les végétaux ont leurs racines, et ce par quoi le règne animal est maintenu. Ce Saturne noir philosophique mortifie et coagule le Mercure invisible des astres, et inversement le Mercure tue et dissout ce Saturne. De la corruption des deux, les soleils au centre et à la circonférence génèrent un corps nouveau. D’où le fait que les philosophes décrivant leur Pierre nous disent que c’est une Pierre noire, vile et fétide. Elle est appelée l’origine du monde, et elle surgit comme des choses qui germent. Quant à l’Epître de la Fraternité, je l’ai - pour la satisfaction du lecteur commun - traduite en anglais. Je sais que certains docteurs penseront que ce n’est pas un avantage, mais alors ils avouent leur ignorance. Je peux les assurer que le sujet n’est nulle part aussi clairement découvert. Quant à la première préparation abstruse, il n’y a aucun auteur particulier qui l’ait mentionnée, mais ici nous l’avons entièrement, et de plus, très fidèlement décrite. J’avoue en vérité que leur enseignement porte un masque, mais très simple et pénétrable.

Ceci, nous le tirons de ces philosophes fameux et très chrétiens, des hommes qui indubitablement ont beaucoup souffert de leur propre silence et solitude discrets. Tous les sophistes les méprisent, car ils n’apparaissent pas dans le monde, et ils concluent qu’une telle Société n’existe pas, parce qu’ils n’en sont pas membres. Il n’y a guère de lecteurs assez justes pour réfléchir aux fondements pour lesquels ils se cachent et n’entrent pas en scène à chaque fois qu’un bouffon crie « entrez ». Personne ne s’occupe d’eux sinon à des fins mondaines, et à vrai dire, si l’Art lui-même ne promettait de l’or, je suis convaincu qu’il ne trouverait que peu de disciples. Combien sont-ils dans le monde qui étudient la Nature pour connaître Dieu ? Ils étudient certainement une recette pour servir leur porte-monnaie, non leur âme, ni en aucune bonne manière leur corps. Il convient donc qu’ils soient laissés à leur ignorance en guise de traitement. Il se peut que la nullité de leurs espérances les réforme, mais tant qu’ils continueront en cette disposition, ni Dieu ni les hommes bons ne les assisteront.

La partie inférieure de cette figure représente un cercle foncé, chargé de nombreuses chimères étranges et du tragélaphe d’Aristote, ce monstre métaphysique des universitaires. Il signifie les innombrables caprices vaniteux et les imaginations vaines et vagabondes de l’homme. En effet, avant d’atteindre la vérité, nous sommes sujets à mille fantaisies, fictions et appréhensions que - à tort - nous supposons être la vérité elle-même et souvent proposons pour telle.

Cette région fantastique est le séminaire véritable et original de toutes les sectes et de leurs dissensions. De là proviennent le sceptique désespéré, l’épicurien dissolu, le stoïque hypocrite et le péripatéticien athée ; de là aussi, leurs diatribes sur la Nature pour savoir si la Matière Première est le feu, l’air, la terre ou l’eau, ou un ramassis d’atomes imaginaires - tout ceci étant des suppositions fausses et des affabulations. Si nous considérons la religion et ses diversités, d’où hérésies et schismes actuels ont-ils procédé sinon des différentes appréhensions erronées des hommes ? En fait, tant que nous suivons nos propres fantaisies et que nous construisons sur des imaginations sans base et sans fondement, il nous faut nécessairement errer et tâtonner dans le noir tels des aveugles. Au contraire, si nous délimitons nos pensées et les examinons au moyen de l’expérience, nous sommes sur la voie de l’infaillibilité, car nous faisons nôtre cette règle que Dieu a proposée pour nous diriger. C’est en vain qu’Il a fait la Nature si nous en restons à nos propres conceptions et n’utilisons pas ses principes. Ce serait une heureuse nécessité si nos pensées pouvaient ne pas dévier des voies de la Nature. Mais certainement, penser que nous pouvons trouver la vérité par simple réflexion, sans expérience, est une folie aussi grande que celle d’un homme qui fermerait les yeux pour ne pas voir le soleil et croirait alors qu’il peut voyager directement de Londres au Caire en s’imaginant être sur le bon chemin, sans l’assistance de la lumière. Non, personne n’entre dans l’Ecole de la Magie sans errer d’abord dans la région des chimères, car les investigations que nous faisons avant d’atteindre les vérités expérimentales sont pour la plupart erronées. Toutefois, nous devrions être rationnels et patients dans nos études, et nous ne devrions pas les imposer et les plaquer impérieusement sur le monde avant que nous ne soyons capables de les vérifier.

J’ai toujours approuvé ce discours en règle, et en terrain sûr, de Basile Valentin : « Sois avisé, par conséquent, mon vagabond, de chercher avec tes propres yeux, et même avec ta propre main, cette première fondation que la Nature tient cachée en elle-même : ce n’est qu’ainsi que tu seras capable de raisonner avec jugement et sagacité, puis de construire sur ce rocher imprenable. Sinon tu resteras nécessairement un bricoleur vain et fantaisiste dont l’argument, en l’absence d’expérience, sera enraciné dans du sable seul. D’autre part, celui qui voudrait m’enseigner quoi que ce soit par des figures rhétoriques et des bagatelles, devrait savoir qu’il ne pourrait me satisfaire en aucune manière par des mots creux, car il est indispensable que des preuves tirées du fait de l’expérience soient aussi sous la main. « Et ailleurs : « Je n’accorde pas de valeur au bricoleur qui parle autrement qu’à partir de sa propre expérience, car son discours a la même fondation que le jugement d’un aveugle sur les couleurs.» Indubitablement, tout ceci était le souffle d’un vrai philosophe, de quelqu’un qui a étudié non pas les noms, mais la nature des choses. Je l’oppose comme une batterie pointée sur les universitaires s’ils veulent nécessairement battre le rappel de leurs syllogismes, j’espère aussi qu’ils confirmeront leur bruit par leur expérience.

A l’intérieur de ce cercle fantastique se trouve une lampe, qui représente la lumière de la Nature, Chandelle Secrète de Dieu, qu’Il a moulée dans les éléments : elle brûle sans qu’on la voie car elle brille en un lieu obscur. Tout corps naturel est une espèce de lanterne sourde qui renferme en elle-même cette chandelle, mais dont la lumière n’apparaît pas, car elle est éclipsée par la grossièreté de la matière. Les effets de cette lumière sont apparents en toutes choses, mais la lumière elle-même est niée, ou bien elle n’est pas suivie. Le grand monde a le soleil qui est sa vie et sa chandelle ; selon l’absence ou la présence de ce feu, toutes choses dans le monde sont florissantes ou dépérissent. Nous savons par expérience - et ceci dans nos propres corps - que tant que dure la vie, il y a en nous une coction continuelle, une certaine effervescence ou bouillonnement. C’est ce qui nous fait transpirer et expirer en perpétuelles déjections par les pores, et si nous posons la main sur notre peau, nous sentons notre propre chaleur, qui doit nécessairement procéder d’un feu ou d’une lumière enfermée au-dedans de nous. Tous les végétaux croissent et augmentent par eux-mêmes ; ils produisent leurs fruits et leurs fleurs, qui ne pourraient être si quelque chaleur ne stimulait et n’altérait la matière. De plus, nous voyons que dans les végétaux, cette lumière est parfois découverte à l’œil, ainsi qu’il apparaît dans le bois pourri où le feu des astres brille la nuit tombée. Quant aux minéraux, leur matière première est coagulée par cet esprit de feu et transformée en diverses consistances, ce à quoi on peut ajouter cette vérité manifestée : si les principes minéraux sont dissous artificiellement - pour que leur feu et leur esprit puissent être libérés - alors même les métaux peuvent être changés en végétaux. Ce feu ou cette lumière ne se trouve nulle part autant en abondance et pureté que dans ce sujet que les Arabes appellent Halicali, (de Hali Summum) et Calop Bonum), « le souverain bien », mais les auteurs latins l’écrivent de manière corrompue Sal Alkali. Cette substance est le réceptacle catholique des esprits. Elle est bénie et imprégnée de la lumière d’en haut et fut par conséquent qualifiée par les magiciens de « Maison scellée, pleine de lumière et de divinité ».

Mais progressons dans l’exposé de notre figure : non loin de cette lampe, vous pouvez observer l’ange ou génie du lieu. Dans une main, il tient une épée pour éloigner les querelleurs et les indignes ; dans l’autre, une pelote de fil pour guider et introduire les humbles et les innocents. Sous l’autel se trouve le dragon vert ou Mercure du magicien, qui encercle un trésor d’or et de perles. Ce n’est ni un rêve ni une fantaisie, mais une vérité connue, démontrable, pratique. Ce trésor est là pour être trouvé, infiniment riche et réel. En vérité, nous devons confesser qu’il est enchanté, et ce par la magie et l’art mêmes de Dieu Tout-Puissant. Il ne peut être vu ni touché, mais la cassette qui le contient se trouve tous les jours sous nos pieds. Sur ce trésor est assis un petit enfant avec cette inscription « Excepté à l’un de ces petits enfants ». Elle nous dit comment ceux qui désirent être admis en ce lieu devraient être qualifiés. Ils doivent être innocents et très humbles, et non pas des déclamateurs impudents et orgueilleux, ni des avares avides et non charitables. Ils doivent être affables, non querelleurs ; ils doivent aimer la vérité et aussi, pour parler simplement, ils doivent, comme des enfants et comme des bouffons, parler vrai. En un mot, ils doivent être tels que notre Sauveur Lui-même l’a dit : « comme un de ces petits enfants ».

Tel est en somme cet emblème magique que Thalie me communiqua dans la région minérale. Je ne peux en dire davantage, car on ne me confia rien de plus destiné à être relaté à usage public et populaire. Je vais maintenant procéder à la découverte de quelques autres mystères que j’ai reçus d’elle, et tels qu’ils ne sont pas communément recherchés. Leur base à tous est la quintessence visible, tangible, ou première unité créée, de laquelle provient la tétractys physique. J’en parlerai non pas dans un discours et une méthode figés et artificiels, mais d’après leur ordre naturel, harmonieux, et d’abord, en commençant par la Matière Première.

La Matière Première

Quand je considère sérieusement le système ou la texture de ce monde, j’en viens à trouver que c’est une certaine série, un lien ou une chaîne qui s’étire de non-gradué en non-gradué, de ce qui est en dessous de toute appréhension vers ce qui est au-dessus de toute appréhension. Ce qui est sous tous les degrés du sens, consiste en certaines ténèbres horribles et inexplicables. Les magiciens les appellent ténèbres actives, et leur effet dans la nature est le froid. Car les ténèbres sont le visage du froid - le teint, le corps et la matrice du froid - tout comme la lumière est le visage, le principe et la fontaine de la chaleur. Ce qui est au-dessus de tout degré d’intelligence est un certain feu, ou lumière, infini et inaccessible. Denys l’Aréopagite les appelle ténèbres divines (caligo divina), car elles sont invisibles et incompréhensibles. Le Juif les nomme Ayin, mais en un sens relatif ou, comme disent les universitaires, par respect pour nous. En termes simples, c’est la Déité non-voilée, sans aucune vêture. La substance moyenne ou chaîne entre les deux est ce que nous appelons communément la Nature. C’est l’échelle du grand Chaldéen qui s’étend des ténèbres sous-naturelles jusqu’au feu surnaturel. Ces natures moyennes provinrent d’une certaine eau, qui était le sperme ou Matière Première du grand monde.

Et nous allons maintenant commencer à la décrire : comprenne qui pourra.

En termes simples, c’est de l’eau dissoute et coulante, ou plutôt c’est quelque chose de fondu, c’est-à-dire une solution de terre, une certaine plasticité de terre, une terre excessivement molle, humide, fusible, coulante - une terre de cire qui est capable de prendre toutes formes et impressions. C’est le Fils de la Terre mélangée à l’Eau - et pour parler tel que la nature de la chose le requiert - c’est une terre mélangée et un mariage de terre. L’alchimiste savant la définit comme un argent vivant et divin, l’union de l’esprit avec la matière. C’est une masse divine, abîmée, d’aspect quelque peu comme l’argent, l’union de l’esprit masculin avec l’esprit féminin, la quintessence du quatre, le ternaire du deux et la tétractys de l’un. Telles sont ses générations, physiques et métaphysiques. La chose elle-même est un monde sans forme, ce n’est ni une puissance pure et simple ni une action parfaite, mais une substance faible et vierge, une certaine Vénus, malléable et prolifique, l’amour et la semence mêmes, le mélange et l’humidité du ciel et de la terre. Cette humidité est la mère de toutes choses dans le monde, et le feu masculin et sulfureux de la terre est leur père. Or les Juifs - qui sans controverse furent la plus sage des nations - lorsqu’ils discutent de la génération des métaux, nous disent qu’elle se réalise de cette manière. Le Mercure ou liqueur minérale, disent-ils, est complètement froid et passif, et gît en certaines cavernes terrestres souterraines. Mais lorsque le soleil monte à l’est, ses rayons et sa chaleur, tombant sur cet hémisphère, stimulent et fortifient la chaleur interne de la terre. C’est ainsi que nous voyons en temps hivernal que la chaleur externe du soleil excite la chaleur interne naturelle de nos corps, et revigore le sang lorsqu’il est presque froid et gelé. C’est alors que la chaleur centrale de la terre, stimulée et favorisée par la chaleur à la circonférence du soleil, agit sur le Mercure et le sublime en une fine vapeur, qui monte dans sa cellule ou caverne. Mais vers le soir, quand le soleil se couche à l’ouest, la chaleur de la terre - en raison de l’absence de ce grand luminaire - s’affaiblit, et le froid règne, si bien que les vapeurs du Mercure, qui furent précédemment sublimées, se condensent alors et se distillent en gouttes qui tombent au fond de leur caverne. La nuit passée, le soleil réapparaît à l’est et sublime l’humidité comme précédemment. Cette sublimation et cette condensation continuent jusqu’à ce que le Mercure absorbe les parties subtiles, sulfureuses de la terre, et y soit incorporé, pour que ce soufre coagule le Mercure et le fixe enfin, pour qu’il ne se sublime pas, mais repose immobile en une masse pondéreuse, et soit concocté en un métal parfait.

Prenez garde alors à ce que notre Mercure ne puisse être coagulé sans notre soufre, car le Dragon ne meurt pas sans son compagnon. C’est l’eau qui dissout et putréfie la terre, et la terre qui épaissit et putréfie l’eau. C’est pourquoi vous devez prendre deux principes pour produire un troisième agent, selon cet obscur principe de l’Arabe Hali. « Prenez, dit-il, le chien de Corascène et la chienne d’Arménie. Mettez-les ensemble, et ils vous engendreront un chiot bleu ciel. » Ce chiot bleu ciel est ce Mercure souverain, admiré et fameux, connu sous le nom de Mercure des Philosophes. Or pour ma part, je vous conseille de prendre deux Mercures vivants, de les planter dans un Saturne minéral, purifié, de les laver et de les alimenter avec de l’eau de sel végétal, et vous verrez ce discours de l’Adepte vérifié : « La mère engendrera un bouton de fleur, qu’elle nourrira du lait de son propre sein, et aidée du père, elle se transformera complètement en aliment pour lui. » Mais le processus ou la recette ne fait pas partie de mon dessein, et donc je retourne à la Matière Première, et je dis qu’elle n’est aucune eau, d’aucune sorte que ce soit. Lecteur, si tel est ton désir d’atteindre la vérité, appuie-toi sur mes paroles, car je dis la vérité, et je ne suis pas un trompeur. La mère ou Matière Première des métaux est une certaine substance aqueuse, ni vraiment eau ni vraiment terre, mais une troisième chose composée de ces deux et ne conservant la consistance d’aucune des deux. Est d’accord avec ceci le savant Basile Valentin en sa description appropriée et authentique de notre sperme. « La Première Matière, dit-il, est une substance aqueuse trouvée sèche, ou d’une consistance telle qu’elle ne mouille pas les mains, et ne ressemble à aucune autre matière que ce soit. » Un autre philosophe excellent et bien expérimenté la définit ainsi « C’est, dit-il, une eau terreuse et une terre aqueuse, mélangée de terre dans le ventre de la terre, et l’esprit et les influences des cieux s y mélangent. » En vérité, ceci ne peut être nié, mais certains auteurs ont nommé cette substance des noms de toutes les eaux ordinaires, non pour tromper les simples, mais pour la cacher à la gent des énergumènes et des malintentionnés. Au contraire, certains nous ont expressément et fidèlement informé de ce qu’elle n’est pas une eau commune, spécialement la révérée Tourbe : « Les ignorants, dit Agadmon, quand ils nous entendent nommer l’eau, pensent que c’est l’eau des nuages, mais s’ils comprenaient nos livres, ils sauraient qu’il s’agit d’une eau permanente ou fixée qui, sans son compagnon auquel elle a été unie, ne peut être permanente. » Le noble et savant Sendivogius nous dit exactement la même chose : « Notre eau est une eau céleste, qui ne mouille pas les mains, non pas celle de l’homme vulgaire, mais presque, pour ainsi dire, l’eau pluviale. » Nous devons donc considérer les diverses analogies et similitudes des choses, sinon nous ne serons jamais capables de comprendre les philosophes.

Donc cette eau ne mouille pas les mains, notion suffisante pour nous persuader que ce ne peut être l’eau vulgaire. C’est une liqueur métallique, amère, légèrement salée. Elle a une véritable consistance minérale. « Elle a, dit Raymond Lulle, l’apparence du soleil et de la lune, et c’est en une telle eau qu’elle nous est apparue, non dans une source ou de l’eau de pluie. » Mais en un autre endroit, il la décrit plus complètement : « C’est une eau sèche, non pas l’eau des nuages ou une eau flegmatique, mais une eau colérique, plus chaude que le feu. » Elle est de plus verdâtre à la vue, et c’est ce que vous dit le même Lulle. « Elle ressemble, dit-il, à un lézard vert. » Mais la couleur la plus dominante est un certain azur inexprimable, tel le corps des cieux par un jour clair. Elle ressemble en vérité au ventre d’un serpent, spécialement près du cou, là où les écailles ont une teinte bleu foncé, et c’est pourquoi les philosophes l’ont appelée leur serpent et leur dragon. L’élément prédominant en elle est une certaine terre ignée, subtile, et c’est à partir de cette partie dominante que les philosophes ont dénommé tout leur composé. Paracelse l’a nommée ouvertement mais en un seul endroit, et il l’appelle terre visqueuse, limon ou partie visqueuse de la terre. Raymond Lulle décrit la crase ou constitution de celle-ci en ces termes « La substance de notre Pierre, dit-il, est tout à fait grasse ou visqueuse, et imprégnée de feu » ; eu égard à quoi il l’appelle ailleurs : « non pas eau mais terre ». « Prenez notre terre, dit-il, qui est imprégnée ou engrossée par le soleil, car c’est notre Pierre précieuse que l’on trouve dans les maisons abandonnées où est enfermé un grand secret et un trésor enchanté. » Et à nouveau, en un certain endroit, il se confie ainsi : « Mon fils, dit-il, la Première Matière est une terre subtile, sulfureuse, et cette noble terre est appelée sujet mercuriel. » Sachez donc pour certain que ce sperme boueux, humide, ou terre, doit être dissous dans l’eau, et c’est cela l’Eau des Philosophes, et non pas quelque eau vulgaire d’aucune sorte. C’est le grand secret de l’Art, et Lulle le découvre avec beaucoup d’honnêteté et de charité. « Notre Mercure, dit-il, n’est pas le Mercure vulgaire ou vif-argent. Mais notre Mercure est une eau qui ne peut pas être trouvée sur la terre, car elle n’est pas faite ou manifestée par le cours ordinaire de la nature, mais par l’art et les opérations manuelles de l’homme. » Ne cherchez donc pas dans la nature ce qui est un effet au-delà de son processus ordinaire. Vous devez l’aider, pour qu’elle puisse dépasser son cours normal, sinon tout est vain. En un mot, vous devez faire cette eau avant que vous puissiez la trouver. Dans l’intervalle, vous devez permettre aux philosophes d’appeler leur sujet ou chaos une eau, car il n’y a aucun nom qui lui soit approprié, à moins que vous l’appeliez sperme, qui est une substance aqueuse, mais certainement pas de l’eau. Qu’il suffise que vous ne soyez pas dupé, car ils vous disent ce que c’est et ce que ce n’est pas - c’est tout ce qu’on peut faire. Si je vous demande de quel nom vous appelez le sperme d’un poulet, vous me direz que c’est le blanc d’un œuf, et en vérité, c’est aussi bien la coquille que le sperme qu’elle contient. Mais si vous l’appelez terre ou eau, vous savez très bien que ce n’est ni l’un ni l’autre, et pourtant vous ne pouvez trouver de troisième nom. Jugez donc comme vous voudriez être jugé, car c’est le cas même des philosophes. Certainement vous devez être très déraisonnable si vous espérez obtenir ce langage auprès d’hommes à qui Dieu ne l’a pas donné.

Maintenant que nous pouvons confirmer comme nôtre cette théorie et ce discours sur le sperme, non seulement par l’expérience mais aussi par la raison, il est nécessaire que nous considérions les qualités et tempérament du sperme. C’est donc une humidité limoneuse, gluante, qui se diffuse. Mais si nous considérons n’importe quels produits parfaits, ce sont des corps fermes, compacts, configurés ; de là, il s’ensuit qu’ils doivent être faits de quelque chose qui ne soit ni ferme, ni compact, ni configuré, mais d’une substance faible, tremblante, changeante. Indubitablement, il doit en être ainsi, à moins que nous ne nous arrangions pour que le sperme ait la même consistance que ce corps, et donc il doit s’ensuivre que la génération n’est pas une altération. A nouveau, il est évident pour tout le monde que rien n’est aussi passif que l’humidité. La moindre chaleur transforme l’eau en vapeur, et le moindre froid transforme cette vapeur en eau. Maintenant, considérons quel est le degré de chaleur qui agit dans toutes les générations, car par l’agent nous pouvons deviner la nature du patient. Nous savons que le soleil est si loin de nous que sa chaleur, comme l’expérience quotidienne nous le dit, est très faible et nonchalante. Je désire alors savoir quel sujet il y a dans toute la nature, qui puisse être transformé par une chaleur aussi faible, sinon l’humidité. Certainement aucun, car tous les corps durs, tels que les sels, les pierres et les métaux, préservent et conservent leur consistance dans les feux les plus violents et excessifs. Comment alors pouvons-nous espérer qu’ils soient transformés par une chaleur douce et presque insensible ? Il est patent alors - et ce par inférence infaillible de la proportion et puissance de l’agent - que l’humidité doit nécessairement être le patient. Car ce degré de chaleur que la nature utilise dans ses générations, est si nonchalant et faible qu’il lui est impossible de changer quoi que ce soit, sinon ce qui est humide et aqueux. Cette vérité apparaît chez la famille animale, où nous savons bien que les spermes sont humides. En fait chez les végétaux, les semences sont sèches, mais alors la nature ne génère rien à partir d’elles tant qu’elles ne sont d’abord macérées ou humidifiées avec de l’eau. Et ici, mon Péripatéticien, c’en est complètement fini de toi et de ta puissance pure, ce chaos fantasque du fils de Nicomaque.

Mais je dois conseiller à mes chimistes de prendre garde à toute humidité vulgaire, car celle-ci ne sera jamais transformée autrement qu’en vapeur. Veillez donc à ce que votre humidité soit bien tempérée de terre, sinon vous n’avez rien à dissoudre ni rien à coaguler. Souvenez-vous de la pratique et de la magie de Dieu Tout-Puissant en Sa Création, comme elle vous est manifestée par Moïse : « Au commencement, dit-il, Dieu créa le ciel et la terre. » Mais l’original, s’il est véritablement et rationnellement rendu, dit ceci : « Au commencement, Dieu mélangea, ou tempéra l’un par l’autre, le subtil et l’épais. » Car le ciel et la terre dans ce texte, comme nous vous l’avons dit dans notre Anima Magica, signifient le Mercure vierge et le Soufre vierge. C’est ce que je vais prouver à partir du texte même, et ce d’après la traduction couramment reçue qui va ainsi : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Et la terre était sans forme et vide, et les ténèbres étaient sur la face de l’abîme. Et l Esprit de Dieu se mouvait sur la face des eaux. » Dans la première partie de ce texte, Moïse mentionne deux principes créés, non pas un monde parfait, comme nous le prouverons après ; et ceci, il le fait en ces termes généraux : le ciel et la terre. Dans la deuxième partie, il décrit chacun de ces principes en termes plus particuliers, et il commence par la terre. « Et la terre, dit-il, était sans forme et vide. » De là, j’infère que la terre dont il parle était un simple rudiment ou principe de cette terre que je vois maintenant, car cette terre présente n’est ni vide ni informe. J’en conclus alors que la terre mosaïque était le Soufre vierge, qui est une terre informe, car elle n’a pas de figure déterminée. C’est une substance lâche, instable, incomposée, d’une constitution poreuse, vide, comme l’éponge ou la suie. En un mot, je l’ai vue, mais il est impossible de la décrire. Après ceci, il procède alors à la description de ce ciel ou second principe dans les termes suivants : « Et les ténèbres étaient sur la face de l’abîme. Et l’Esprit de Dieu se mouvait sur la face des eaux. » Ici, il appelle abîme et eaux ce qu’il a précédemment appelé ciel. C’était en fait l’humidité céleste ou eau du chaos, de laquelle le ciel séparé, ou habitation des astres, fut ensuite fait. Ceci est clair d’après l’original, car המים hamaïm et השמים hashamaïm sont les mêmes mots, comme aqua et ibi aqua ; ils signifient une seule et même substance, à savoir l’eau. Le texte, étant alors rendu d’après la vérité naturelle primitive et le sens indubitable de l’auteur, dit ceci : « Au commencement, ou selon le Targoum de Jérusalem, dans la sagesse, Dieu fit l’eau et la terre. Et la terre était sans forme et vide, et il y avait les ténèbres sur la face de l’abîme. Et l Esprit de Dieu se mouvait sur la face des eaux. » Ici vous devriez observer que Dieu créa deux principes, la terre et l’eau, et que de ces deux, Il composa un troisième, à savoir le sperme ou chaos. Sur l’eau, ou partie humide de ce sperme, l’Esprit de Dieu se mouvait bel et bien, et - dit l’Ecriture - « il y avait les ténèbres sur la face de l’abîme ». Ceci est un très grand secret, il n’est cependant pas légitime de le publier expressément ni comme la nature de la chose le requiert ; mais dans l’œuvre magique, on peut le voir, et j’en ai été moi-même le témoin oculaire.

Pour conclure, souvenez-vous que notre sujet n’est pas l’eau vulgaire, mais une terre épaisse, boueuse, grasse. Cette terre doit être dissoute en eau, et cette eau doit être recoagulée en terre. Cela est fait par un certain agent naturel que les philosophes appellent leur Feu Secret. Car si vous œuvrez avec le feu vulgaire, il desséchera votre sperme et le transformera en une poussière rouge sans profit, de la couleur du pavot sauvage. Leur Feu donc est la Clé de l’Art, car c’est un agent naturel, mais qui n’agit pas naturellement sans le soleil. Je dois avouer que c’est un mystère embrouillé, mais nous l’éclairerons, pourvu que vous ne soyez d’esprit ni faible ni obtus. Il requiert en effet une appréhension vive et claire, et c’est pourquoi, lecteurs, mouchez vos chandelles.

Le Feu Philosophique

Le feu, malgré ses diversités en cette cuisine sublunaire des éléments, n’est qu’une seule chose provenant d’une seule racine. Ses effets sont variés, selon la distance et la nature du sujet où il réside, car cela le rend vital ou violent. Il sommeille en la plupart des choses, comme dans les silex où il est silencieux et invisible. C’est une sorte de sentinelle embusquée, tapie à proximité, comme une araignée dans le réceptacle de sa toile, pour surprendre tout ce qui vient dans ses fils. Elle n’apparaît jamais sans sa proie dans les pattes. Là où le feu trouve quelque chose de combustible, c’est là qu’il se découvre, car si nous parlons comme il sied, il n’est pas engendré mais manifesté. Certains sont d’opinion qu’il n’engendre rien mais dévore tout, et c’est pourquoi il est appelé « quasiment feu engendrant ». C’est un caprice de la grammaire, car il n’y a rien dans le monde qui soit engendré sans feu. Quel joli philosophe fut donc Aristote, qui nous dit que cet agent n’engendre rien d’autre que sa pyrausta, une certaine mouche qu’il a trouvée dans sa bougie, mais qui ne put ensuite jamais être revue. En vérité, trop de chaleur brûle et détruit, et si nous descendons vers les autres natures, trop d’eau noie, trop de terre ensevelit et étouffe la semence, de sorte qu’elle ne peut lever. Et il est vrai que dans ces conditions-là, il n’y a rien au monde qui engendre. Quel crétin était-il donc, celui qui ne savait distinguer, avec toute sa logique, l’excès de la mesure, les degrés violents des degrés vitaux de chaleur, et qui concluait que le feu n’engendrait rien parce qu’il consumait tout. Mais laissons passer la mule - c’est ainsi que Platon l’appelait - et poursuivons notre Feu Secret. Ce feu se trouve à la racine et autour de la racine, je veux dire autour du centre, de toutes les choses visibles et invisibles. Il se trouve dans l’eau, la terre et l’air. Il se trouve dans les minéraux, les herbes et les animaux ; il se trouve dans les hommes, les astres et les anges. Mais à l’origine, il se trouve en Dieu lui-même, car Il est la fontaine de la chaleur et du Feu, et c’est de Lui qu’il est dérivé vers le reste des créatures en un certain flux ou rayon de soleil. Or les magiciens ne nous accordent que deux notions par lesquelles nous puissions connaître leur feu. Ce sont, suivant leur description, l’humide et l’invisible. C’est de là qu’ils l’ont appelé ventre de cheval et fumier de cheval, chaleur humide, mais non pas feu visible. Maintenant, comparons le Vulcain vulgaire avec cette Vesta philosophique pour que nous puissions voir en quoi ils diffèrent. D’abord, ce feu philosophique est humide, et en vérité, tel est aussi celui de la cuisine. Nous voyons les flammes se contracter et s’étendre, tantôt elles sont courtes, tantôt longues, ce qui ne se peut être sans une certaine humidité qui maintient le flux et la continuité de leurs parties. Je sais qu’Aristote prétend que le feu est simplement sec, peut-être parce que tels sont ses effets. Il ne considère pas en vérité, que dans toutes compositions, il y a d’autres qualités, en plus de celle qui prédomine. Certes alors, cette matière sèche est bien cet élément propre à Aristote, où il trouva sa pyrausta ! Si notre feu naturel était simplement sec, ses flammes ne pourraient couler et se diffuser comme elles le font, elles tomberaient plutôt en poussière ou, tel leur combustible, elles se transformeraient en cendres.

Laissez-moi revenir à mon propos antérieur. Je déclare que le feu vulgaire est excessivement chaud, et humide à un degré très inférieur, et par conséquent destructeur, car il accapare l’humidité des autres choses. Au contraire, la chaleur et l’humidité de l’agent magique sont égales ; l’une tempère et satisfait l’autre. C’est un feu humide, tiède ou, selon notre expression courante, qui a la chaleur du sang. Telle est la première et la plus grande différence en relation avec l’effet que nous désirons. Nous considérons maintenant leur deuxième différence. Le feu de cuisine, comme nous le savons tous, est visible, mais le feu philosophique est invisible, et par conséquent ce n’est pas le feu de cuisine. Ceci, Almadir nous le dit expressément en ces termes : « Notre œuvre, dit-il, ne peut se réaliser par rien d’autre que les rayons invisibles de notre feu.» Et encore : « Notre feu est un feu corrosif qui provoque une nuée au-dessus de notre verre ou vaisseau, dans laquelle nuée les rayons de notre feu sont cachés. » En bref, les philosophes appellent cet agent leur bain, car il est humide comme le sont les bains ; mais en vérité même, ce n’est pas du tout un bain, ni de mer ni de rosée, mais un feu très subtil et purement naturel, même si son excitation est artificielle. Cette excitation ou préparation, comme je te l’ai dit dans mon Ciel Terrestre, est une chose très vulgaire, frivole, ridicule. Néanmoins, tous les secrets de la corruption et de la génération y sont contenus. Enfin, je pense qu’il est juste de t’informer que beaucoup d’auteurs ont faussement décrit ce feu, et à dessein de tromper leurs lecteurs. Quant à moi, je n’ai rien ajouté ni rien omis. Tu as ici le secret vrai et entier, dans lequel tous les Orientaux s’accordent - Alfir, Almadir, Belen, Geber, Hali, Salmanazar et Zadig, ainsi que les trois fameux Juifs, Abraham, Artéphius et Kalid. Si cette fois-ci, tu ne comprends pas, je ne peux plus rien pour toi, car je ne peux t’en dire davantage. Tout ce que je peux faire, c’est t’enseigner comment l’utiliser.

Prends nos deux serpents, qui se trouvent partout à la surface de la terre. Il faut un mâle vivant et une femelle vivante. Attache-les ensemble en un lacs d’amour et enferme-les dans la caraha arabe. Ceci est ton premier œuvre ; mais ton œuvre suivant est plus difficile. Il faut dresser un camp contre eux avec le Feu de Nature, et t’assurer de bien placer ta corde autour. Encercle-les et bloque toutes les issues pour qu’ils ne trouvent aucune aide. Continue ce siège patiemment, et ils deviendront un crapaud, laid, vilain, venimeux, croupissant au fond de sa caverne, sans ailes. Ne le touche en aucun cas, pas même avec tes mains, car il n’y a pas sur terre de poison aussi violent et extrême. Continue comme tu as commencé, et ce dragon se transformera en cygne plus blanc que la neige voletante, lorsqu’elle n’est pas encore souillée par la terre. Dès lors, je te permets de fortifier ton feu jusqu’à ce que le phénix apparaisse. C’est un oiseau rouge d’une couleur très foncée, avec une nuance ignée, brillante. Nourris cet oiseau avec le feu de son père et l’éther de sa mère, car le premier est l’aliment, le second la boisson, et sans ce dernier, il ne parvient pas à sa pleine gloire. Assure-toi de comprendre ce secret, car le feu ne nourrit pas bien s’il n’est d’abord nourri. Il est en soi sec et colérique, mais une humidité adéquate le tempère, lui donne un aspect céleste et l’amène à l’exaltation désirée. Nourris donc cet oiseau comme je te l’ai dit, et il remuera dans son nid, et s’élèvera comme une étoile du firmament. Fais ceci et tu auras placé la Nature « dans l’horizon de l’éternité ». Tu auras accompli ce commandement du cabaliste : « Unis la fin au commencement, comme une flamme à un charbon, car Dieu, dit-il, est superlativement un, et Il n’a pas de second. » Réfléchis maintenant à ce que tu cherches : tu cherches une union unifiante, transmutante, miraculeuse, indissoluble ; or un tel lien ne peut être sans l’Unité Première. « Créer, dit-on, et transmuter essentiellement et naturellement, ou sans violence aucune, est le seul office adéquat de la Puissance première, de la Sagesse première et de l’Amour premier. » Sans cet amour, les éléments ne se marieront jamais, ils ne s’uniront jamais intérieurement et essentiellement - ce qui est la fin et la perfection de la magie. Etudie donc afin de comprendre ceci, et quand tu auras réalisé, je t’accorderai cette épreuve des Mekubbalim : « Tu as compris en sagesse, tu as été sage en comprenant, tu as établi ce sujet sur ses purs éléments, et tu as posé le Créateur sur Son trône. »

Pour conclure cette section, je déclare qu’il est impossible d’engendrer dans le patient sans agent vital et générateur. Cet agent est le feu philosophique, une certaine chaleur invisible, céleste, humide. Ecoutons Raymond Lulle le décrire « Lorsque nous disons que la Pierre est engendrée par le feu, les hommes ni ne voient ni ne croient qu’il y ait d’autre feu que le feu vulgaire, ni d’autres soufre et mercure que le soufre et le mercure vulgaires. Ainsi sont-ils trompés par leurs propres opinions, disant que c’est nous qui sommes la cause de leur erreur, les ayant amenés à méprendre une chose pour une autre. Mais - avec leur permission - il n’en va pas ainsi, comme nous le prouverons d’après la doctrine des philosophes. Nous appelons en effet le soleil un feu, et la chaleur naturelle, nous l’appelons son substitut ou député. Ce que la chaleur du soleil réalise en un millier d’années dans les mines, la chaleur de la Nature le réalise à la surface de la terre en une heure. Beaucoup d’autres philosophes et nous-mêmes avons appelé cette chaleur le Fils du Soleil, car à l’origine, il fut engendré naturellement, sous l’influence du soleil, sans l’aide de notre Art ou de notre savoir. » Et Lulle poursuit : « Il y a une seule chose que je dois te dire, et assure-toi, lecteur, de bien t’en souvenir. Cette chaleur très naturelle doit être appliquée au juste degré, sans être trop fortifiée, car le soleil lui-même n’engendre pas mais brûle et grille là où il est trop chaud. » « Si tu œuvres avec un feu trop fort, dit le même Lulle, la spécificité de notre esprit, qui est indifférent à la vie comme à la mort, se séparera du corps, et l’âme partira vers la région de sa propre sphère. » Emporte donc avec toi ce bref mais sain conseil du même auteur : « Mon Fils, dit-il, que la puissance, ou l’agent céleste, soit dans le lieu de la génération ou de la mutation, telle qu’elle puisse transformer l’humidité spermatique de son aspect terrestre en une forme ou espèce très subtile et transparente. »

Voici maintenant la solution de cette terre grasse et fangeuse en Mercure glorieux et transparent. Ce Mercure, Messieurs, est l’eau que nous cherchons, mais ce n’est pas une eau vulgaire de quelque sorte que ce soit. J’ai maintenant parlé de tout, sauf de ce que les philosophes appellent le Secret de l’Art, chose qui ne fut jamais publiée et sans laquelle tu ne réaliseras jamais, même si tu connais le feu ainsi que la matière. Un exemple de ceci, nous l’avons chez Flamel, qui connaissait bien la matière et avait le feu et le fourneau tels qu’Abraham le Juif les lui avait dépeints, et néanmoins il erra pendant trois ans, car il ne connaissait pas le troisième secret. Henry Madathan, très noble philosophe, pratiqua le sujet pendant cinq années consécutives, mais il ne connaissait pas la bonne méthode, et par conséquent, il ne trouva rien. « Enfin, dit-il, après la sixième année, la Clé du Pouvoir me fut confiée par une secrète révélation de Dieu Tout-Puissant.» Cette clé du pouvoir, troisième secret, ne fut jamais mise sur le papier par quelque philosophe que ce soit. En fait, Paracelse y a fait allusion, mais de manière si obscure que cela n’est pas plus utile que s’il n’avait rien dit.

Et maintenant, je suppose que j’en ai assez fait pour la découverte et le régime du feu. Si tu penses que c’est trop peu, c’est beaucoup plus que ce qu’a fait n’importe quel auteur. Cherche donc ce feu, car celui qui le découvre accède au vrai tempérament. Il fera un philosophe noble, méritant, et selon l’expression de notre Espagnol, « il sera digne de prendre place à la table des douze pairs ».

La Rivière de Perles

C’est une substance décomposée, extrêmement lourde et humide, mais qui ne mouille pas les mains. Elle brille la nuit tombée, comme une étoile, et éclaire toute pièce obscure. Elle est pleine de petits yeux scintillants, comme des perles ou des aiguillettes. C’est tout à fait le Démogorgon, mais en fait animé par la manifestation de sa propre lumière intérieure. Le père en est une certaine masse inviolable, car ses parties sont si fermement unies que l’on ne peut ni les réduire en poussière, ni les séparer par la violence du feu. C’est la Pierre des Philosophes. « Elle est entourée, dit-on, de ténèbres, de nuées et de noirceur. Elle gît dans les entrailles les plus intérieures de la terre. Quand elle naît, elle est vêtue d’un certain manteau vert aspergé d’une certaine humidité. Elle n’est pas à proprement parler engendrée par quelque chose de naturel, elle est éternelle et elle est le parent de toutes choses. » Cette description est très vraie et appropriée, mais énigmatique ; cependant, n’oublie pas le manteau vert. C’est cette substance que Gieberim Eben Haen ou, comme les gens l’appellent, Geber appelle « la Pierre connue en hauts lieux », expression très subtile mais qui, si elle est bien examinée, est la clé de tout son livre et des écrits des anciens philosophes en général. Retournons à notre Rivière de Perles et, pour notre information complémentaire, écoutons sa description par un très excellent Adepte, et ce dans l’acte même de son épanchement, avant qu’apparaisse la Pleine Lune. Ici, nous avons dépeint pour nous tout le laboratoire philosophique, le fourneau, le feu et la matière avec ses mystérieuses germinations. Vu que les termes sont difficiles et qu’ils ne doivent pas être compris par tout le monde, sauf par ceux qui ont vu la chose elle-même, je vais, pour le profit du lecteur - pour sa satisfaction, je ne puis le dire - les traduire en anglais.

« Voici l’œuvre, dit-il, que j’ai une fois vu auprès d’un singulier et très cher ami qui me montra de grands fourneaux, ceux-ci couronnés de cornues en verre. Il y avait plusieurs vaisseaux avec, outre leurs trépieds, leurs bases et leurs couvercles. A l’intérieur se trouvait une sainte Oblation, un présent dédié au ternaire. Pourquoi cacherais-je plus longtemps une chose si divine ? A l’intérieur de cette fabrication se trouvait une masse qui remuait circulairement, tournait en cercle, représentant la figure même du grand monde. On y voyait la terre se tenant d’elle-même au milieu de tout, entourée d’eaux très claires, s’élevant en plusieurs collines et rochers escarpés, portant de nombreuses sortes de fruits, comme si elle avait été arrosée par des averses d’air humide. Elle semblait aussi être très fertile en vin, huile et lait, ainsi qu’en toutes sortes de pierres précieuses et de métaux. Les eaux elles-mêmes, comme celles de la mer, étaient pleines d’un sel transparent, tantôt blanc tantôt rouge, puis jaune et pourpre, et pour ainsi dire chamarré de diverses couleurs qui s’enflaient à la surface des eaux. Toutes ces choses étaient mues ou stimulées par leur propre feu approprié, mais véritablement imperceptible et éthéré. Une chose par-dessus tout me forçait à une incroyable admiration, à savoir que tant dechoses si diverses et, en matière de détails, si parfaites procédaient d’une seule chose, et ce avec une très petite aide qui, poursuivie et renforcée par degrés, permettait à l’Artiste m’affirmer fidèlement que toutes ces diversités se résoudraient finalement en un seul corps. J’ai ici observé que cette espèce de sel fusible n’était en rien différente d’une pierre ponce, et que ce vif-argent que les auteurs anciens en cet Art appelaient Mercure, était la même chose que la lunaire de Lulle, dont l’eau s’élève contre le feu de Nature et brille la nuit, mais a une consistance visqueuse et gluante le jour. »

Tel est le sens de notre savant Adepte, et quant à son analogie entre le Sel Philosophique et une pierre ponce, elle ne peut être bien comprise sans la lumière de l’expérience. C’est donc un sel spongieux, écumeux, creux, poreux. Sa consistance est comme celle de la pierre ponce, elle n’est ni dure ni opaque. C’est une substance grasse, visqueuse, ténue, qui est en apparence comme de la salive, mais beaucoup plus claire. Tantôt elle ressemble à des roses et à des rubis. Tantôt elle est bleu-violet, tantôt blanc de lys, tantôt encore plus verte que l’herbe, mais avec une transparence smaragdine ; tantôt elle ressemble à de l’or et à de l’argent polis. La Rivière de Perles tire son nom de cette substance, car là, elle est comme le sperme des grenouilles dans l’eau vulgaire. Parfois, elle bouge et nage vers la surface de son bain, en feuilles minces comme des hosties, avec un millier de couleurs miraculeuses. En voilà assez et même trop, car il ne m’incombe pas d’insister sur des secrets qui sont si éloignés de la recherche du lecteur que j’ose dire qu’ils sont au-delà de son espérance.

L’Ether, ou l’Air du Paradis

Jusqu’ici, j’ai discouru de la Matière Première et du Feu de Nature, termes en réalité couramment connus, mais les choses qu’ils signifient sont rarement comprises. Je vais maintenant en venir à des principes plus abstrus et particuliers, à des choses tellement secrètes et subtiles qu’on n’y pense même pas - et que l’on recherche encore moins. Le chimiste vulgaire rêve d’or et de transmutations - effets très nobles et célestes - mais les moyens par lesquels il voudrait les cerner, sont des papiers rongés par les vers, moisis, poussiéreux. Son étude et sa caboche sont truffées de vieilles recettes, il peut nous raconter une centaine d’histoires de soufre et de vif-argent, ainsi que de nombreuses légendes sur l’arsenic et l’antimoine, le sel gemme, le sel de braise (sal prunae), le salpêtre et autres alcalis prodigieux, comme il aime à les appeler. Avec des notions et des charmes aussi étranges, il émerveille et réduit au silence ses auditeurs, tout comme les chauves-souris sont tuées par le tonnerre à leur oreille. En fait, si ce bruit l’emporte, cela suffit, il n’y a pas besoin d’artillerie. Mais si vous l’amenez sur le champ de bataille et le forcez à se livrer à ses polémiques, si vous faites appel à sa raison et rejetez sa recette, vous dégonflez la baudruche. Une discussion rationnelle et méthodique provoquera sa défaite, car il n’étudie pas le corps entier de la philosophie. Il voudrait trouver une recette dans une vieille cassette ou dans un vieux livre, comme si la connaissance de Dieu et de la nature était chose de hasard et non de raison. Cette humeur vaine a non seulement surpris le querelleur rustique et illettré, là où en vérité il y a nécessité, mais même de grands docteurs et médecins. Dégonflez l’enflure de leurs titres, et leur savoir ne sera pas considérable. De là, il advient que tant d’hommes sont défaits dans la poursuite de cet Art. Ils sont si entichés de vieux grimoires qu’ils ne les soumettent pas à leur jugement, et passent aussitôt aufeu. Certainement, ils croient à des impossibilités tellement grotesques que même les bêtes sauvages, si elles pouvaient parler, les condamneraient. Parfois, ils prennent par erreur leurs excréments pour cette Matière dont le ciel et la terre furent faits. De là, ils triment et œuvrent dans l’urine et des choses si dégoûtantes et sales qu’il n’est pas convenable de les nommer. Et quand la boucle est bouclée et que leur tambouille est ratée, ils renoncent à leurs saletés, mais pas à leur erreur. Ils pensent à quelque chose de plus facilement ouvrable, et rêvent peut-être que Dieu fit le monde avec des coquilles d’œuf ou des silex. En vérité, ces opinions procèdent non seulement de gens simples, mais aussi - ma foi - de docteurs et de philosophes. Mon dessein est par conséquent de découvrir certaines excellences de cet Art et de faire apparaître à l’étudiant que ce qui est glorieux, est également difficile. Ceci peut, je suppose, éliminer cette crédulité aveugle et paresseuse qui empêche toute recherche ingénieuse et fait que les hommes peut-être emploient mal cette raison que Dieu leur a donnée pour les découvertes. Je ne m’attarderai sur aucun détail, je me retire de la scène en toute hâte et retourne à mes premières solitudes. Mon discours sera très bref et - comme les dernières syllabes de l’écho - imparfait. Il n’a d’autre intention que d’être seulement indice et suggestion pour le lecteur ; ce n’est pas la pleine lumière, mais un coup d’œil que le lecteur doit améliorer pour être davantage satisfait.

Nous allons maintenant parler de l’éther du petit monde, qui est absolument identique en nature et substance à l’éther extérieur du grand monde. Pour que vous puissiez mieux comprendre ce que c’est, nous examinerons la notion avant que d’exposer la chose. Aristote dans son livre Du Monde (392a-5) fait dériver ce mot de « toujours en mouvement », car le ciel est en perpétuel mouvement. C’est un tournoiement général, irrégulier, car les astres aussi, tout comme l’éther, se meuvent perpétuellement. La mer est sujette à un flux et reflux continuel, le sang de tous les animaux à une pulsation incessante et inlassable. Les anciens philosophes - dont cet ennemi brûla les livres - le faisaient dériver de aithô (ardeo, je brûle), mais spécialement Anaxagore, qui avait une meilleure connaissance du ciel qu’Aristote, tel que cela apparaît d’après sa prédiction miraculeuse et l’opinion qu’il avait de ce lieu, à savoir que c’était sa terre, et qu’il devait y retourner après sa mort. En fait, cette dernière étymologie s’approche de la nature de la chose, car c’est un esprit qui guérit et ravive, mais en sa véritable consistance, il ne brûle pas. Je ne peux donc approuver cette dernière dérivation, pas plus que la précédente. Je crois plutôt que l’éther est un composé de aei (toujours) et de therô (je m’échauffe), cette substance étant appelée éther en raison de son effet et de son office, en tant que quelque chose qui devient toujours plus chaud. A supposer que ceci soit la vraie interprétation, voyons maintenant si elle est en rapport strict et adéquat, plus avec ce principe qu’avec n’importe quelle autre nature. L’éther est une substance liquide, ténue, humide, et sa région est au-dessus des astres, dans la circonférence de la nature divine. C’est le véritable et fameux empyrée, qui reçoit le chaud influx de Dieu, et le dirige vers les cieux visibles et toutes les créatures inférieures. C’est une essence pure, une chose qui n’est infectée par aucune contagion matérielle ; c’est en ce sens qu’elle est qualifiée par Pythagore d’ « éther libre », parce que, dit Reuchlin, « il est libéré de la prison de la matière, et étant préservé dans sa liberté, il est chaud du feu de Dieu, et par un mouvement insensible, il chauffe toutes les natures inférieures ». En un mot, en raison de sa pureté, il est placé près de ce Feu Divin que les Juifs appellent « le vêtement de lumière », et c’est le tout premier réceptacle des influences et dérivations du monde surnaturel - ce qui confirme suffisamment notre étymologie.

Au commencement, l’éther fut engendré par la réflexion de l’Unité Première sur le cube céleste, car les vives émanations de Dieu s’écoulaient tel un ruisseau se jetant dans la source passive, et en cette analogie, le Samien l’appelle la Fontaine de la Nature perpétuelle. Vous comprendrez que l’éther n’est pas un, mais multiple ; nous vous en donnerons les raisons ci-après. Par ceci, je n’entends pas une diversité de substances, mais une chaîne de consistances. Il y a d’autres humidités, celles-ci trop éthérées. Elles sont aussi les Femelles du Feu Divin masculin, et ce sont les Fontaines du Chaldéen, que l’oracle qualifie de « Fontaines élevées », sources supérieures, invisibles, de la Nature. De toutes les substances qui viennent en nos mains, l’éther est la première qui nous apporte des nouvelles d’un autre monde et nous dise que nous vivons en un lieu corrompu. Sendivogius l’appelle l’urine de Saturne, et c’est ce avec quoi il arrose ses plantes lunaires et solaires. « De ma mer, dit le Juif, s’élèvent les nuages qui portent les eaux bénies, et celles-ci irriguent les terres et engendrent les herbes et les fleurs. » En un mot, cette humidité est animée par un feu divin, béni, végétal, qui fit ainsi décrire le mystère à quelqu’un : « Il est fait de la Nature, tout comme il est fait du Divin, il est vraiment divin parce que, conjoint à la Divinité, il produit des substances divines. » Pour conclure, l’éther se trouve dans la source ou fontaine inférieure, à savoir dans cette substance que les Arabes appellent « la fleur de sel blanc ». Il naît en fait du sel, car le sel en est la racine et se trouve surtout « en certains lieux salés ». Voici la meilleure manière de le découvrir : les philosophes l’appellent leur Arbre Minéral, car il pousse comme tous les végétaux, il a des feuilles et des fruits dans l’heure même où il naît. En voilà assez. Je passe maintenant à un autre principe.

La Lune Céleste

Cette lune est la lune de la mine, substance très étrange, stupéfiante. Elle n’est pas simple, mais mélangée. L’éther et une terre blanche subtile sont ses composants, et cela la rend plus dense que l’éther. Elle apparaît sous la forme d’une huile excessivement blanche, mais c’est en vérité un certain sel doux, mou, fluide, végétal.

L’Ame Astrale

C’est le véritable Astre du Soleil, le Soleil Spirituel Animal. Il est composé d’éther et de terre ardente, ignée, sanguine. Il apparaît sous la consistance d’une gomme à l’aspect ardent, chaud, rougeoyant. C’est en substance un certain sel pourpre, animé, divin.

Le Prester de Zoroastre

C’est un miracle de considérer comment la terre, qui est un corps d’un poids et d’une pesanteur inexprimables, peut être maintenue dans l’air, substance fugace et faible, à travers laquelle même l’écume et les plumes s’enfoncent et se frayent un chemin. J’espère qu’il n’est personne d’assez fou pour penser que la terre est là maintenue en équilibre par quelque ;astuce géométrique, car cela serait artificiel ; or l’œuvre de Dieu est vital et naturel. Certes, si l’animation du monde était niée, il devrait nécessairement s’ensuivre une précipitation de cet élément par sa propre corpulence et lourdeur. Nous voyons que nos corps sont maintenus par cette essence par laquelle ils sont mus et animés ; mais quand cette essence les quitte, ils tombent à terre, jusqu’à ce que l’esprit y retourne lors de la résurrection. J’en conclus alors que la terre a en elle une âme de feu qui la soutient, tout comme l’esprit soutient l’homme. Raymond Lulle atteste ceci au 76e chapitre de sa Théorie : « La terre entière, dit-il, est pleine d’intelligence, encline à la.discipline ou opération de la Nature, laquelle intelligence est mue par la Nature Supérieure, de sorte que l’intelligence inférieure est comme la Supérieure. » Cet esprit ou intelligence est le prester, notion de l’admirable Zoroastre, tel que je le trouve qualifié par Julien le Chaldéen. Prester provient de prêthô (je brûle), et signifie foudre, ou agitation brûlante, ou tourbillon. Mais au sens de notre Chaldéen, c’est l’esprit-feu de la vie. C’est une influence de Dieu Tout-Puissant, et elle provient de la Terre des Vivants, à savoir la Seconde Personne, que les cabalistes appellent Orient Surnaturel. Car de même que la lumière naturelle du soleil nous est d’abord manifestée à l’Est, la Lumière Surnaturelle fut d’abord manifestée dans la Seconde Personne, car c’est le Principe de l’Altération, le Commencement des Voies de Dieu, ou la Première Manifestation de la Lumière de son Père dans la Génération Surnaturelle. De cette Terre des Vivants provient toute vie ou tout esprit, suivant ce postulat des Mekubbalim :

« Toute âme bonne est une nouvelle âme provenant de l’Est », c’est-à-dire de חכמה Hochmah ou seconde sephirah, qui est le Fils de Dieu.

Maintenant, pour mieux comprendre cette descente de l’âme, nous devons nous référer à une autre stipulation des cabalistes, qui dit ceci : « Les âmes, disent-ils, descendent de la Troisième Lumière le quatrième jour, puis le cinquième jour, d’où elles sortent pour entrer dans la nuit du corps ». Pour comprendre cette maxime, il vous faut savoir qu’il y a trois Lumières Suprêmes ou sephiroth que les cabalistes appellent « le trône où siège le Saint, Saint, Saint Seigneur des Armées ». Cette troisième Lumière d’où les âmes descendent est Binah, la dernière des trois sephiroth, qui signifie l’Esprit-Saint. Maintenant, pour que vous sachiez en quel sens cette descente procède de cet Esprit Béni, je vais quelque peu élargir mon propos, car les cabalistes sont très obscurs sur ce point. « Insuffler, disent les Juifs, est la propriété de l’Esprit-Saint. » Or nous lisons que Dieu insuffla en Adam le souffle de vie et qu’il devint une âme vivante. Ici, vous devez comprendre que la Troisième Personne est la dernière des trois, non pas qu’il y ait quelque inégalité entre elles, mais il en est ainsi dans l’ordre de l’opération, car l’Esprit-Saint d’abord s’applique à la créature, et à partir de là, Il œuvre enfin. Le sens de ceci est le suivant : l’Esprit-Saint ne pouvait insuffler une âme en Adam sans qu’Il dût soit la recevoir, soit la posséder de Lui-même. Or la vérité est qu’Il la reçoit, et ce qu’Il reçoit, Il l’insuffle dans la Nature, d’où le fait que ce Très-Saint-Esprit soit qualifié par les cabalistes de « Fleuve coulant du Paradis », parce qu’Il souffle comme une rivière qui s’écoule. Il est aussi appelé Mère des Fils, car par ce souffle, Il accouche pour ainsi dire de.ces âmes qui ont été conçues idéalement dans la Deuxième Personne. Or le fait que l’Esprit-Saint reçoit toutes choses de la Deuxième Personne est confirmé par le Christ Lui-même « Quand il viendra, celui-là, l’Esprit de Vérité, il vous guidera.vers la vérité totale ; car il ne parlera pas de Lui-même, mais il dira ce qu’il entend, et il vous annoncera ce qui doit venir. Celui-là me glorifiera, car c’est de ce qui est à moi qu’il prendra, et il vous l’annoncera. Tout ce qu’a le Père, est à,moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : C’est de ce qui est à moi,,qu’il doit prendre » (Jean XVI, 13-15).

Nous voyons ici clairement qu’il y a un certain ordre subséquent ou méthode dans les opérations de la Trinité Bénie, par le Christ nous a dit que c’est Lui qui reçoit de Son Père, et que l’Esprit-Saint reçoit de Lui. A nouveau, le fait que toutes choses soient conçues idéalement ou, comme nous le disons communément, qu’elles soient créées par la Deuxième Personne, est confirmé par la parole de Dieu : « Il était dans le monde, et par Lui le monde a paru, et le monde ne L’a pas reconnu. Il est venu chez Lui, et les siens ne L’ont pas accueilli » (Jean I, 10-11). Ceci peut suffire pour ceux qui aiment la vérité ; et quant à ce que disent les cabalistes du quatrième et,du cinquième jour, cela ne correspond pas à mon propos actuel,et il me faut donc ne pas y insister. Il est donc clair que la Terre des Vivants ou Terre-Feu Eternelle bourgeonne et pousse, qu’elle a ses fleurs spirituelles ignées que nous :appelons âmes, tout comme cette terre naturelle a ses végétaux naturels. C’est en ce sens mystérieux qu’est défini le prester dans l’Oracle, comme « fleur de feu ténu ».

Pour en venir enfin à la chose visée, je pense qu’il n’est pas hors de propos de vous instruire de cette manuduction. Vous savez qu’un artisan ne peut bâtir sans que la terre ne soit la fondation de son bâtiment, car sans cette base, sa brique et son mortier ne peuvent tenir. Dans la création, lorsque Dieu créa, il n’y avait pas de tel lieu sur lequel construire. Je pose donc la question suivante : où fit-Il reposer sa matière, et sur quoi ? Certainement, Il bâtit et fonda la Nature sur Son propre centre surnaturel à Lui. Il est en elle et par elle, et avec Son Esprit éternel, Il maintient le ciel et la terre, tout comme nos corps sont maintenus par nos esprits. Ceci est confirmé par l’oracle de l’apôtre : « Il maintient toutes choses par la parole de Sa puissance » (Hébreux I, 3). C’est en raison de cette puissance qu’Il est justement qualifié de « puissance puissante, infiniment puissante et toute-puissante ». Je déclare donc que le Feu et l’Esprit sont les piliers de la Nature, les tuteurs sur lesquels toute sa texture repose et sans lesquels elle ne pourrait tenir une minute. Ce Feu ou Prester est le trône de la Lumière Quintessentielle ; de là, Il se dilate en la génération, comme nous le voyons dans l’effusion des rayons du soleil dans le grand monde. C’est en cette dilatation de la lumière que consiste la joie ou le plaisir de l’esprit passif, et en sa contraction, sa mélancolie ou son chagrin. Nous voyons dans le grand corps de la nature que par temps turbulent, quand le soleil est masqué et ennuagé, l’air est épais et engourdi, et nos esprits par secrète compassion avec l’esprit de l’air, sont engourdis aussi. Au contraire, par un soleil clair et fort, l’air est vif et délié, et l’esprit de tous les animaux est dans la même disposition raréfiée et active. Il est évident alors que nos joies et nos peines procèdent de la dilatation et de la contraction de notre lumière intérieure quintessentielle. Ceci apparaît chez des amants désespérés, qui sont sujets à une palpitation violente et extraordinaire du cœur, à une pulsation timorée, tremblante, qui procède de l’appréhension et de la crainte de l’esprit par rapport à son insuccès. Quoi qu’il en soit, il désire être dilaté, comme cela apparaît par sa pulsation ou agitation, ce par quoi il se décharge ; mais son désespoir le contrecarre à nouveau et l’amène à une soudaine retraite ou contraction. De là, il advient que nous sommes sujets aux soupirs qui sont occasionnés par la pause soudaine de l’esprit, car quand il s’arrête, le souffle s’arrête, mais quand il se laisse aller à un mouvement extérieur, nous émettons deux ou trois souffles, qui ont été précédemment retenus, en une longue expiration, et c’est ce que nous appelons un soupir. Cette passion a mené beaucoup d’hommes courageux à de très tristes extrémités. Elle est à l’origine occasionnée par l’esprit de la maîtresse ou du parti affectionné, car son esprit fait fermenter ou lever 1’ esprit de l’amant, de sorte qu’il désire une union autant que la Nature le permet. Ceci fait que nous ressentons même des Sourires et des froncements de sourcils comme des bonheurs ou des malheurs. Nos pensées ne sont jamais sereines, suivant Cette observation bien fondée : « L’âme ne réside pas là où elle habite, mais là où elle aime. « Nous nous employons à une contemplation perpétuelle de la beauté absente, nos joies et chagrins mêmes sont en son pouvoir. Elle peut nous mettre de l’humeur qu’elle veut, tout comme Campion fut changé par la musique de sa maîtresse :

« Lorsque de son luth accompagnée Corinne chante,
Sa voix ranime les cordes de plomb,
Mais lorsqu’elle parle de chagrins,
Même avec des soupirs les cordes cassent.
Et de même que son luth vit ou meurt,
Conduit par ses passions à elle, ainsi en va-t-il de moi.
»

Cette sympathie et beaucoup d’autres, plus miraculeuses, procèdent de la nature attractive du Prester. C’est un esprit qui peut réaliser des merveilles. Et maintenant, voyons s’il y a quelque possibilité de l’atteindre. Supposez donc que nous dégradions ou démolissions une construction artificielle, pierre par pierre, indubitablement nous en viendrions finalement à la terre sur laquelle elle est fondée. C’est exactement la même chose en magie : si nous ouvrons un corps naturel et que nous en séparons, et les unes des autres, toutes les parties naturelles, nous en viendrions finalement au Prester, qui est la Bougie ou la Lumière Secrète de Dieu. Nous connaîtrions l’Intelligence cachée et verrions la Face Indicible qui donne la forme extérieure du corps. C’est le syllogisme que nous devrions rechercher, car celui qui a une fois franchi l’Equateur, entre dans le monde de feu et voit ce qui est à la fois invisible et incroyable pour l’homme vulgaire. Il connaîtra l’amour secret du ciel et de la terre, et le sens de cette cabale profonde : « Il n’est pas de plante ici-bas qui n’ait son astre dans le ciel là-haut, et l’astre la frappe de son rayon et lui dit : pousse. » Il saura comment l’esprit de feu a sa racine dans la terre de feu spirituelle, et comment il reçoit d’elle un influx secret dont il se nourrit, comme les plantes se nourrissent de ce jus et de cette liqueur qu’elles reçoivent dans leurs racines de cette terre vulgaire.

C’est ce que dit Notre-Seigneur : « L’homme ne vit pas de pain seul, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Matthieu IV, 4). Il ne voulait pas dire l’encre et le papier, ni la lettre morte : c’est un mystère, que saint Paul a en partie révélé. Il dit aux Athéniens que Dieu a fait l’homme pour qu’ « il cherche le Seigneur, si par bonheur il tâtonne après Lui et Le trouve » (Actes XVII, 27). Voici une étrange expression, direz-vous, qui fait qu’un homme tâtonne après Dieu ou qu’il Le cherche avec les mains. Mais il poursuit et vous dit où il Le trouvera. Il n’est « pas loin, dit-il, de chacun de nous : car c’est en lui que nous vivons, nous nous déplaçons et avons notre être » (Actes XVII, 28). Pour mieux comprendre ce passage, je vous invite à lire Paracelse, sa Philosophie aux Athéniens, discours glorieux et incomparable, que vous trouverez d’ici peu en anglais. A nouveau, celui qui entre dans le centre, saura pourquoi tout influx du feu descend - contrairement à la nature du feu - et provient du ciel en descendant. Il saura aussi pourquoi le même feu, ayant trouvé un corps, monte à nouveau vers le ciel et s’élève.

Pour conclure, je déclare que le grand mystère suprême de la magie consiste à multiplier le Prester et à le placer dans l’éther serein, humide, que Dieu a créé exprès pour rendre apte le feu. Car je voudrais que tu saches que cet esprit peut être ainsi échauffé, et ce dans les corps les plus tempérés, au point de t’anéantir soudainement. Ceci, tu peux le deviner toi-même d’après « l’or fulminant », comme l’appelle le chimiste. Dispose-le alors comme Dieu a disposé les astres dans l’éther condensé de son chaos, car c’est là qu’il brille, sans brûler. Il sera vital et calme, et non pas furieux et colérique. Ce secret, je l’avoue, dépasse l’analyse commune, et je n’ose t’en dire davantage. Il doit donc demeurer comme une lumière en un lieu obscur, mais réfléchis cependant à la manière dont il peut être découvert.

Le Sel Vert

C’est une teinture de la mine de saphir, et pour la définir substantiellement, c’est l’air de notre petit monde de feu invisible. Le Sel Vert produit deux nobles effets - la jeunesse et l’espérance. Partout où il apparaît, c’est un signe infaillible de vie, comme vous le voyez au printemps quand tout est vert. Sa vue ravive et revigore au-delà de toute imagination. Il provient de la terre céleste, car le saphir est comme un sperme qui injecte ses teintures dans l’éther, où elles sont transportées et manifestées à l’œil. Ce saphir est en soi égal au composé entier, car il est triple : il a en lui trois essences différentes. Je les ai vues toutes, non pas en suppositions imaginaires et fantasques, mais avec mes yeux corporels. Et ici, nous avons la solution du problème mathématique d’Apollodore, à savoir que Pythagore dut sacrifier cent bœufs quand il découvrit que « l’hypoténuse d’un triangle rectangle était équivalente aux parties qui la contenaient ».

La Poudre de Senteur ou Parfum Magique

Le Parfum Magique est composé de terre de saphir et d’éther. S’il est amené à sa pleine exaltation, il brillera comme l’astre du jour en ses premières gloires orientales. Il a une faculté fascinante, attractive, car si vous l’exposez en plein air, il attire à lui les oiseaux et les animaux.

La Régénération, l’Ascension et la Glorification

J’ai maintenant suffisamment et pleinement mis à découvert les principes de notre chaos. Je vais ci-après vous montrer comment il vous faut les utiliser. Vous devez les unir en une vie nouvelle, et ils seront régénérés par l’eau et l’Esprit. Ces deux principes se trouvent en toutes choses. Ils y sont disposés par Dieu lui-même, selon ce que dit Trismégiste : « Chaque chose, quelle qu’elle soit, comporte en elle-même la semence de sa propre régénération. » Procédez donc avec patience, mais pas avec les mains. L’œuvre est réalisé par un &ciste invisible, car il y a une secrète incubation de l’Esprit de Dieu sur la Nature. Vous devez seulement veiller à ce que la chaleur extérieure ne manque pas, mais pour ce qui est du sujet lui-même, vous n’avez rien de plus à faire que ce que fait la mère avec l’enfant qui est dans ses entrailles. Ce sont les deux principes précédents qui réalisent tout. L’Esprit utilise l’eau pour purger et laver son corps, et il l’amène finalement à une constitution immortelle et céleste. Ne pensez pas que ce soit impossible. Souvenez-vous que dans l’incarnation de Jésus-Christ, le quaternaire - ou les quatre éléments, comme on Ses appelle - était uni à son Unité Eternelle et au Ternaire. Trois et quatre font sept. Ce septénaire est le vrai sabbat, le repos de Dieu, dans lequel la créature entrera. C’est la meilleure et la plus grande manuduction que je puisse vous indiquer. En un mot, le salut n’est en soi rien d’autre qu’une transmutation. « Oui, je vais vous dire un mystère : nous ne nous endormirons pas tous, mais tous nous serons changés. En un instant, en un clin d’œil, au dernier coup de trompette » (I Cor. XV, 51-52). Dieu, par sa grande miséricorde, nous y prépare, pour que de durs et réfractaires silex que nous nommes dans ce monde-ci, nous puissions nous avérer être des chrysolites et des jaspes (Apocalypse XXI, 19-20) dans les nouvelles fondations éternelles, pour que nous puissions nous élever de cette Eglise actuelle en détresse, qui est en captivité avec ses enfants, vers la Jérusalem Libre d’en haut, qui est notre mère à tous (Galates IV, 26).

La Descente et la Métempsycose

Il y a dans ce monde-ci une génération d’écrivailleurs malintentionnés, qui n’écrivent que pour acquérir la notoriété de l’opinion, et ce en étonnant leurs lecteurs par des idées farfelues et fantasques de leur cru. Ils se donnent couramment le nom de chimistes et affublent le Grand Mystère de la Nature du nom absurde de Pierre Chimique. Je n’en trouve pas un seul parmi eux qui n’ait confondu cette descente avec l’ascension ou fermentation. Je pense donc qu’il est nécessaire d’informer le lecteur qu’il y a une double fermentation, une spirituelle et une corporelle. La fermentation spirituelle se réalise en multipliant les teintures, ce qui ne se fait pas par l’or et l’argent vulgaires, qui ne sont pas des teintures, mais des corps grossiers compacts. L’or et l’argent philosophiques sont une âme et un esprit, ce sont les ferments vivants et les principes vivants des corps, alors que les deux métaux vulgaires - que vous les preniez en leur composition brute ou après une préparation philosophique - ne sont en aucun cas pertinents par rapport à notre but. La fermentation corporelle est celle que j’appelle à proprement parler descente, et c’est d’elle que nous allons maintenant parler.

Quand vous aurez fait la Pierre ou Médicament Magique, ce sera une substance spirituelle, ignée, liquide, luisante comme le soleil. En cet état, si vous vouliez projeter, vous trouveriez difficilement la juste proportion, tellement la vertu du Médicament est intensive et puissante. C’est pourquoi les philosophes prenaient une seule part de leur Pierre et la lançaient sur dix parts d’or pur fondu. Cet unique petit grain changeait tout l’or en une poudre sanguine, et inversement, le corps brut de l’or diminuait la force spirituelle du grain projeté.

Cette descente ou incorporation, certains auteurs l’ont appelée fermentation, mais les philosophes n’utilisaient pas l’or vulgaire pour faire leur pierre, comme certains gribouilleurs l’ont écrit. Ils l’utilisaient seulement pour rendre apte la puissance intensive de celle-ci quand elle est faite, pour qu’ils puissent d’autant plus facilement trouver quelle quantité de métal vil projeter dessus. Par ce moyen, ils réduisaient leur Médicament en poudre, et cette poudre est l’Elixir arabe. Cet élixir, les philosophes pourraient le transporter avec eux, mais non le Médicament lui-même, car c’est un feu tellement subtil, humide, que seul le verre peut le contenir. Venons-en maintenant à leur métempsycose : elle a, en vérité, occasionné beaucoup d’erreurs concernant l’âme, mais Pythagore l’a appliquée seulement aux réalisations secrètes de la magie. Elle signifie leur dernière transmutation, qui se fait avec l’Elixir ou le Médicament Approprié. Prenez-en donc une part, jetez-la sur une proportion mille fois plus grande de vif-argent, et ce ne sera qu’or pur, qui passera l’épreuve royale sans aucune diminution.

Maintenant, lecteur, j’en ai terminé, et en guise d’adieu, je vais te révéler une vérité très noble, secrète, sacrée. Le chaos lui-même, en sa toute première analyse, est triple ; de même, le saphir du chaos est triple. Tu as ici six parts, que Pythagore appelle le Sénaire ou Nombre de l’Epouse. Dans ces six parts, l’influx de l’Unité Métaphysique est le seul monarque, et constitue le septième nombre ou Sabbat, dans lequel, à la fin, avec l’assistance de Dieu, le corps reposera. A nouveau, chacune de ces six parties est double, et ces duplicités sont contraires. Tu as donc ici douze choses, six contre six, en une division désespérée, l’unité de la paix étant parmi elles. Ces duplicités consistent en natures contraires : une partie est bonne, une mauvaise ; une corrompue, une non-corrompue ; et - en termes de Zoroastre - une rationnelle, une irrationnelle. Ces semences mauvaises, corrompues, irrationnelles, sont les tares et séquelles de la malédiction. Maintenant, lecteur, j’ai résolu pour toi l’énigme du grand et mystérieux problème du cabaliste. « Dans les sept parties, dit-il, il y a deux triplicités, et au milieu se trouve une seule chose. Douze choses se trouvent en ordre de bataille : trois amis, trois ennemis ; trois guerriers donnent la vie, trois de même tuent. Et Dieu le Roi Fidèle règne sur tout depuis le Siège de Sa Sainteté. Un sur trois, trois sur sept, et sept sur douze, le tout se trouvant en bataille rangée, l’un contre l’autre. »

C’est ceci - et rien d’autre - qui constitue la vérité de cette science que j’ai poursuivie longtemps, par de sérieux et fréquents efforts. C’est ma résolution fermement arrêtée que de ne pas écrire davantage sur la question ; et si quelqu’un veut mal utiliser ce qui est écrit, c’est son problème. Ce faisant, il ne me portera pas préjudice, car je suis déjà satisfait : j’ai pour récompense une lumière qui ne m’abandonnera pas. « A son compagnon de route, le soleil ne peut manquer d’être attentif. » Je vais maintenant mettre un point final avec la formule d’un très excellent et renommé Philocryphe

A Dieu seul soient Louange et Puissance !
Amen au nom du MERCURE, cette EAU
Qui court sans pieds
Et opère métalliquement
Où qu’elle se trouve.