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Recueil des vertus


AuteursDatesTypeLieuThèmesStatut
ecr. Macaire de Scétéecr. IV VI.Littératureecr. EgypteMysticismeNon applicable

► Comme l’indique leur contenu, ce recueil contient des apophtegmes rédigés à des dates différentes. Ainsi certaines sont de l’époque de Macaire de Scété tandis que d’autres datent par exemple de deux siècles après.

La Philocalie des Pères neptiques contient une bonne partie des Homélies spirituelles qui est le recueil le plus célèbre de Macaire de Scété et dont l’impact sur le mysticisme chrétien est important. On trouve une version française traduite par Jacques Touraille dans les années 1990.

Texte et traduction : du copte au français, Emile Amélineau, 1894. | bs. Bibliothèque Nationale de France (Paris, France). Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France

Refonte : du français au français, par Albocicade, 21 septembre 2013. Les Cigales éloquentes. Lien vers l’œuvre

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Vertus d’abba Macaire 1.

On dit d’abba Macaire que lorsqu’il fut affermi dans la vertu, alors qu’il habitait le désert, rendant grâces avec persévérance, le Seigneur de gloire envoya vers lui un chérubin en cette montagne. Le chérubin ayant placé ses mains comme une mesure sur sa poitrine, abba Macaire lui dit : "Que fais-tu ?" Le chérubin lui dit : "Je mesure ta poitrine." Abba Macaire lui dit : "Que signifie cette parole ?" Le chérubin lui dit : "On appellera du nom de ton cœur cette montagne que le Christ t’a donnée en héritage ; mais il te demandera ses fruits." Abba Macaire lui dit : "Quels fruits ?" Le chérubin lui dit : "Des fruits spirituels qui sont les commandements et les vertus, et le Christ notre Dieu fera de toi sur cette terre le père d’un peuple nombreux. Ceux qui écouteront, garderont, observeront tes ordres seront une couronne royale sur ta tête, en présence du Christ-Roi." Quand le chérubin eut dit cela, il le crucifia sur la terre, il lui dit : "Tu te crucifieras avec le Christ et tu te joindras avec lui sur la Croix dans les ornements des vertus et leur parfum ; tes ascèses iront jusqu’aux quatre extrémités de la terre, et elles exciteront une foule de gens, enfoncés dans la boue du péché ; ils seront des combattants et des soldats dans les cadres du Christ." Et abba Macaire crucifiait son corps et accomplissait soigneusement tout ce que le chérubin lui avait dit.

Vertus d’abba Macaire 2.

Un jour qu’abba Macaire allait de l’oued à sa cellule, portant des palmes, le diable le rencontra sur le chemin avec une faux qu’il chercha à faire tomber sur lui. Ne le pouvant pas, il lui dit : "Ô violence ! Toi, Macaire, je ne peux rien contre toi ; car voici, ce que tu fais, je le fais aussi : tu jeûnes et je ne mange jamais, tu veilles et je ne dors pas du tout ; il n’y a qu’une chose en laquelle tu me surpasses." Abba Macaire lui dit : "Quelle est cette chose ?" Il lui dit : "C’est ton humilité : à cause de ton humilité je ne peux rien contre toi." Et lorsque le saint eut étendu ses mains, le démon disparut et le saint marchait, rendant gloire à Dieu.

Vertus d’abba Macaire 3.

On rapporte d’abba Macaire qu’Agathonicos, l’éparque d’Antioche, entendit de lui qu’il opérait des vertus nombreuses et des grâces de guérison par notre Seigneur Jésus le Christ. Il lui envoya sa fille, en laquelle était un esprit impur, afin que Macaire priât sur elle. Et par la grâce de Dieu qui était en lui, lorsqu’il eut prié sur elle, elle fut guérie sur l’heure, et il la renvoya en paix à ses parents. Lorsque son père et sa mère eurent vu la guérison que le Seigneur avait opérée en leur fille par les oraisons et les prières du saint abba Macaire, ils firent des actions de grâces, rendant gloire à notre Seigneur Jésus le Christ.

Vertus d’abba Macaire 4.

Abba Macaire dit : "Je passais un jour dans le désert, le diable m’aborda d’un air misérable et grandement craintif, il me dit : "ô violence ! Toi, Macaire, ta voix résonne à l’Orient et à l’Occident comme celle du grand Antoine, le digne chef des moines solitaires, et tu as pris sa ressemblance, comme Elisée prit la ressemblance d’Elie. Car, certes, pour toi aussi Antoine a été un maître : c’est lui qui t’a donné l’habit ; et tu m’as frappé par ton humilité, en prenant conseil humblement d’abba Antoine, et tu l’as considéré comme s’il eut été un dieu par l’amour de ton humilité véritable. Et lorsque je te vise avec les flèches des passions, aussitôt tu dis au fond de ton cœur avec une foi ferme : Voici mon médecin et mon docteur sur la montagne et sur le fleuve." Et abba Macaire ajoutait : Je lui dis aussi : "Je suis bienheureux, car le Seigneur, malgré toi, t’a rendu oublieux, fortifiant mon cœur et ma confiance en mon maître ; car les remèdes de mon seigneur et père abba Antoine ne sont pas charnels ; mais la puissance du saint-Esprit opère en ses prières : les remèdes spirituels sont agréables à Dieu comme un parfum." — Et lorsqu’il eut entendu cela, le diable devint comme une fumée, il s’évanouit, et je marchais rendant gloire à Notre-Seigneur Jésus le Christ."

Vertus d’abba Macaire 5.

Abba Macaire dit : "Les embûches de l’ennemi sont ce que l’on a nommé nuit et ténèbres, comme Paul le dit : "Nous n’appartenons pas à la nuit ou aux ténèbres, mais nous appartenons au jour" car, en vérité, le Fils de Dieu, c’est le jour, et le diable, c’est la nuit. Mais, si le cœur passe une partie de ces combats, de nouveau les démons reviennent pleins de haine vers le combattant et commencent alors à lui imposer les combats de la fornication et du plaisir des enfants. Et dans ces combats, le cœur est faible, de sorte qu’il est impossible à l’homme de garder la pureté ; car les démons ont pour eux la longueur du temps, les souffrances de la vertu et l’effervescence de la vie, et cela est une grande souffrance avec un cœur faible. Mais si le cœur devient vraiment faible, s’il se dissout dans la souffrance des combats, s’il rejette loin de lui le cœur mauvais, et s’il s’écrie à Dieu par les gémissement de son âme, alors le Dieu bon et miséricordieux pour sa créature lui envoie une sainte vertu qui lui prend le cœur, le fait pleurer, se réjouir et être soulagé, de sorte qu’il devient plus fort que son ennemi et qu’il ne peut plus être vaincu, car l’ennemi est rempli de crainte devant la vertu qui lui est venue, ainsi que le dit l’apôtre Paul : "Combattez, afin que vous receviez la vertu." C’est de cette vertu que parle Pierre, en disant : "Il y a un héritage immortel, incorruptible, qui nous est réservé, à nous sur qui la vertu de Dieu veille par la foi."

Mais quand le Dieu bon voit le cœur qui commence à reprendre le dessus sur l’ennemi, alors il commence à lui retirer la vertu, voyant son choix et avec la crainte il permet à l’ennemi de lui livrer combat dans les souillures, le plaisir des yeux, la vaine gloire et l’orgueil, comme à une barque sans gouvernail qui est ballottée au gré des flots, de-ci de-là. Si le cœur devient très faible par suite des efforts de l’ennemi, alors le Dieu bon et miséricordieux pour sa créature lui envoie la vertu sainte : elle prend l’âme, le cœur et le corps, ainsi que le reste des membres, elle les place sous le joug du Consolateur, comme dit notre Seigneur Jésus-Christ : "Prenez mon joug et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur." Alors le Dieu bon commence à lui ouvrir les yeux du cœur, à lui apprendre à rendre honneur à Dieu avec humilité et contrition de cœur, comme dit David : "C’est un sacrifice pour Dieu qu’un cœur contrit et humilié" car, par les souffrances de cette guerre, l’humilité et la contrition sont dans le cœur. Alors la vertu révèle les choses célestes à l’esprit et au cœur, les chants et la gloire qui seront à ceux qui les supporteront ; et aussi que si l’homme endure beaucoup de souffrances, c’est peu de chose par rapport aux honneurs que Dieu lui donnera, ainsi que le dit encore l’apôtre : "Les souffrances de ce temps actuel ne sont pas dignes d’être comparées à la gloire qui nous sera révélée." Alors, sont montré au cœur les châtiments et ceux qu’on châtie, et encore d’autres choses que je ne peux pas dire ; et le Paraclet affermit les résolutions du cœur, c’est-à-dire la pureté de l’âme et du reste du corps, ainsi qu’une grande humilité, les veilles, une intelligence sur ses gardes, se placer plus bas que toute créature, mépriser le mal quel qu’en soit l’auteur, la pureté des yeux, la garde de la langue, la pureté des pieds, la justice des mains, la persévérance dans la prière, supporter les douleurs du corps et les veilles pour Dieu. Ces choses lui sont ordonnées avec mesure et conseil, non dans le trouble, mais avec constance. Si l’esprit méprise ces commandements de Dieu, alors la vertu se retire et des guerres ont lieu dans le cœur, ainsi que des troubles, les passions du corps le troublent par les émotions et les attaques de l’ennemi ; mais si l’esprit se convertit et garde les commandements spirituels, alors il est protégé, et l’homme sait que la constance en Dieu est son repos, comme l’a dit David : "Seigneur, depuis que je me suis écrié vers toi, j’ai trouvé le repos selon mon dessein."

Je dis qu’à moins que l’homme ne souffre beaucoup dans son cœur avec humilité, et dans son corps, se considérant en tout comme rien, supportant patiemment les injures, se faisant violence en toute chose, envisageant la mort chaque jour, renonçant aux choses matérielles et renonçant aux choses charnelles, il ne lui est pas possible de garder les commandements de l’Esprit-Saint."

Vertus d’abba Macaire 6.

Quelqu’un vint trouver abba Macaire, il lui dit : "Dis-moi comment je serai sauvé ?" Le vieillard lui dit : "Va dans les tombeaux où il y a des morts et lance-leur des pierres." Le frère, y étant allé, les injuria et lança des pierres sur eux. Et lorsqu’il fut venu près du vieillard, le vieillard lui dit : "Ne t’ont-ils rien dit ?" Il lui dit : "Non, mon père." Le vieillard lui dit : "Va demain, donne-leur des louanges en disant : Vous êtes des apôtres, vous êtes des saints et des justes." Et il vint vers le vieillard en disant : "Je leur ai donné des louanges." Le vieillard lui dit : "Ne t’ont-ils rien dit ?" Il lui dit : "Non." Le vieillard lui dit : "Tu vois comment tu les as injuriés et ils ne t’ont rien dit, et comment tu leur as rendu gloire et ils ne t’ont rien dit ; ainsi, toi de même, si tu veux être sauvé, va, fais le mort, ne faisant pas plus de cas du mépris des hommes que de leurs honneurs, à l’imitation des morts, et tu peux être sauvé."

Vertus d’abba Macaire 7.

Un frère interrogea abba Macaire, disant : "Apprends-moi ce que c’est que de vivre sous la soumission." Abba Macaire lui dit : "De même qu’une pierre, si elle tourne sur le blé, enlève toute les enveloppes, et le blé devient du pain pur ; ainsi toi, mon fils, la pierre, c’est ton père ; toi, tu es le blé : si tu l’écoutes, il priera Dieu pour toi ; il t’enlèvera toutes les enveloppes de Satan, et, à la place d’un pain pur, tu deviens un fils divin."

Vertus d’abba Macaire 8.

Abba Poemen dit : "Un jour que je suis allé trouver abba Macaire, je lui dis : "Mon père, comment veux-tu que je sois avec les frères, car lorsque je leur parle, et ils n’écoutent pas ?" Il me dit : "Peut-être est-ce à cause de l’impulsion d’un autre qu’ils n’écoutent pas." — Je lui dis : "Qu’est-ce que l’impulsion ?" Abba Macaire me dit : "Peut-être leur intention vient-elle d’un autre, car il est écrit : "La corde à trois fils ne se brise pas vite" ; c’est-à-dire, si tu trouves des frères parfaits dans la foi, la charité et l’obéissance pleine d’humilité envers leurs pères, ils ne se brisent pas, parce que leur cœur est affermi.

Et sache aussi cela : si un homme fidèle rencontre une femme fidèle et qu’ils gardent tous deux la pureté du mariage, ils passent le temps en paix entre eux, étant dans un beau repos, de sorte que leurs proches et leurs voisins envient leur sagesse ; mais si l’ennemi les attaque, si l’homme ou la femme jettent les yeux par les fenêtres de leurs maisons et que l’homme porte les yeux sur la beauté d’une jeune fille, de même la femme ; si l’homme ou la femme prennent un ferment étranger, nulle paix n’existe entre eux, certes, jusqu’à ce qu’ils se soient séparés l’un de l’autre. Ainsi les frères, s’ils abandonnent le conseil de leurs pères, s’ils prennent conseil des autres, celui de leurs pères ne leur étant pas agréable, mais leur faisant aussi des reproches, ils restent dans le murmure intérieur et extérieur jusqu’à ce qu’ils se soient séparés de leurs pères."

Lorsque Abba Poemen eut entendu cela d’abba Macaire, il admira le discernement de son esprit et de son intelligence. Abba Poemen lui dit : "En vérité, il en est ainsi, mon père." Après cela, il pria et s’en alla, ayant reçu profit, rendant gloire à notre Seigneur Jésus le Christ et à son serviteur abba Macaire.

Vertus d’abba Macaire 9.

Abba Macaire dit : "Si tu regardes un miroir, il t’informe de ta beauté ou de ta laideur ; car tu ne peux rien lui cacher et il ne peut pas te mentir le moins du monde ; mais il te dessine et il te renvoie ton image, il caractérise tous tes traits et la forme que tu as ; jusqu’à ton sourire, tu vois de quelle sorte il est, et il t’apprend que tes cheveux noirs sont noirs et que tes cheveux blancs sont blancs, et il te fait connaître à toi-même de quelle sorte tu es en son image. Ainsi en sera-t-il du Dieu de justice que l’on ne peut pas fuir, car il ne s’agit pas de miroirs œuvres des mains, mais d’actions qui se manifestent, d’images qui montrent les traces des péchés, et tu ne peux les fuir, car elles se dressent devant toi, te faisant des reproches sans qu’il y ait besoin de témoin ; et toi, tu es comme un morceau de bois parmi eux, tu es pauvre, tu ne peux pas parler ; le miroir des péchés te les fait tous connaître et te les imprime dans le cœur comme le ciseau d’un sculpteur, te reprochant et te montrant chacune des actions que tu as accomplies, en quel temps, quelle saison tu as fait celle-ci, à quelle heure tu as fait cette autre. En un mot, elles sont toutes pour toi une honte, un opprobre, en présence des deux mondes, des habitants du ciel et de ceux de la terre, dont le jugement universel est terrible. Car tous les saints et les milices célestes sont dans le deuil et le gémissement à ton sujet, en voyant la grande chute que tu as faite à cause des actions honteuses que tu as commises ; cependant la pitié et la miséricorde sont à notre Seigneur Jésus le Christ, car il n’y a pour toi ni repentir, ni miséricorde, ni qui que ce soit qui t’écoute, sinon dans le seul compatissant, celui des trésors nombreux de miséricordes et de pitiés, Celui qui peut tuer et faire vivre, descendre dans le séjour des morts ou en faire remonter, c’est-à-dire notre Seigneur Jésus le Christ, le sauveur de nos âmes et de nos corps, qui ne désire pas autant la mort du pécheur que sa conversion et sa vie. Cherchons celui-là, ô frères, et soyons sages désormais, en voyant son amour pour les hommes, comme autrefois lorsqu’il pleura sur Lazare dans la bonté de son Père, pendant que Marie et Marthe, sœurs du mort, versaient des larmes ; et, après quatre jours, il le ressuscita d’entre les morts. Approchons-nous de lui avec des prières et des larmes saintes, afin qu’il prenne pitié de nous, qu’il ressuscite nos âmes de la mort du péché et que nous vivions par sa miséricorde."

Vertus d’abba Macaire 10.

Un frère interrogea abba Macaire, disant : "Apprends-moi ce que c’est que se jeter en Dieu." Abba Macaire lui dit : "Il est écrit qu’il ne leur parlait pas sans parabole. Car, de même qu’un animal sauvage et sans raison, s’il se jette sur un animal apprivoisé, qu’il le terrasse sous ses pieds avec une grande cruauté, de sorte que celui qui est sous lui est dans une grande faiblesse en comparaison de lui, que toute sa force et tout son espoir reposent en son maître et qu’il crie d’une grande voix pour donner signe à son maître ; si son maître l’entend, alors il a pitié de lui en hâte, il court le secourir et le sauver de la perte de cette bête sauvage. Puisque le maître de cet animal sans raison a pitié de lui et qu’il se hâte de le sauver de cette bête sauvage, à combien plus forte raison nous, qui sommes les brebis douées de raison du troupeau du Christ, si nous mettons notre espoir en lui, ne permettra-t-il pas que l’ennemi nous fasse violence et nous enverra-t-il son ange pour nous sauver du diable. De sorte donc, mon fils, que se jeter en Dieu, c’est que l’homme ne place pas sa confiance en sa seule force de lui-même, mais qu’il espère en le secours de Dieu ; car, certes, c’est lui qui nous sauve."

Vertus d’abba Macaire 11.

Il lui demanda encore : "Mon père, comment l’homme sera-t-il libre des passions et se renouvellera-t-il dans l’esprit ?" Le vieillard lui dit : "Je te dirai une énigme. De même qu’une tunique, si elle se fend, on lui met un morceau, si bien qu’elle redevient neuve. Car on compare la tunique au corps, la déchirure au péché et au plaisir, le morceau a la repentance que notre Seigneur Jésus le Christ nous donne."

Vertus d’abba Macaire 12.

Ce même frère l’interrogea encore, disant : "Mon père, guide-moi vers ce qui est doux et ce qui est salé." Abba Macaire lui dit : "On dit d’un petit enfant que, si sa mère le pose à terre, elle lui donne quelque chose de doux à la main, afin qu’il s’amuse et qu’il ne cause point d’embarras à sa mère. On compare l’embarras au péché et au plaisir : la chose douce c’est notre Seigneur Jésus le Christ, le nom béni, la vraie perle précieuse ; car il est écrit dans l’Évangile que le Royaume des cieux ressemble à un négociant qui cherche de bonnes perles. Lorsqu’il a trouvé une perle précieuse, c’est notre Seigneur Jésus le Christ, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs."

Vertus d’abba Macaire 13.

Abba Poemen rapporte : "J’étais assis une fois, avec des frères, près d’abba Macaire ; je lui dis : "Mon père, quelle œuvre l’homme fera-t-il pour obtenir la vie ?" Le vieillard me dit : "Je sais que, dans mon enfance, comme j’étais dans la maison de mon père, je remarquai que les vieilles femmes et les jeunes filles gardaient du mastic dans leur bouche, pour le mâcher, de sorte que cela adoucissait leur salive dans leur gorge et la mauvaise odeur de leur bouche ; et faisait du bien à leur foie et à toutes leurs entrailles. Puisque cette chose corporelle donne ainsi douceur à ceux qui la mâchent et la brisent, à combien plus forte raison la nourriture de joie, la fontaine de salut, la source des eaux de la vie, la douceur de toutes les douceurs, notre Seigneur Jésus le Christ, lui dont les démons, entendant le nom glorieux sortir de nos bouches, s’évanouissent comme une fumée : ce nom béni, si nous y sommes assidus et si nous le ruminons, il nous révèle l’esprit, le guide de l’âme et du corps, il chasse toute pensée mauvaise de l’âme immortelle, il lui révèle les choses célestes, surtout Celui qui est dans les cieux, notre Seigneur Jésus le Christ, le Roi des rois, le Seigneur de tous les seigneurs, qui est le prix céleste de ceux qui le cherchent de tout leur cœur." Lorsque abba Poemen entendit cela de celui au sujet duquel le Christ avait rendu témoignage en disant : "Macaire le juste s’est présenté aujourd’hui devant mon tribunal", ils se jetèrent à ses pieds avec larmes, et, lorsqu’il eut prié sur eux, il les congédia, rendant gloire à notre Seigneur Jésus le Christ.

Vertus d’abba Macaire 14.

Abba Macaire dit, lorsqu’il se trouvait avec les frères : "Il m’est arrivé une fois pendant que j’étais dans l’oued à cueillir des palmes, que vint à moi une gazelle s’arrachant le poil, pleurant comme si elle eût été un bouc, et ses larmes coulaient à terre. Lorsqu’elle se fut jetée à mes pieds, elle les mouilla de ses larmes. Lorsque je me fus assis, je la touchai et la caressai de mes mains ; je partageai ses larmes, pendant qu’elle regardait mon visage avec étonnement. Puis, après cela, elle mordit ma tunique, elle me tira ; et, lorsque je l’eus suivie en la force de mon Seigneur Jésus le Christ et qu’elle m’eut conduit au lieu où elle habitait, je trouvai trois petits qui étaient couchés là. Et lorsque je me fus assis, elle les prit un à un avec ses dents, elle les jeta en mon giron et, après les avoir palpés, je trouvais qu’ils étaient déformés : leur menton était sur leur clos. Et prenant pitié d’eux et des larmes de leur mère, je gémis sur eux en disant : "Toi qui prends soin de tout, notre Seigneur Jésus le Christ, toi qui as des trésors de miséricordes nombreuses, aie pitié de la créature que tu as créée." Lorsque j’eus dit ces paroles avec larmes en présence de mon Seigneur Jésus le Christ et que j’eus étendu ma main, je fis sur eux le signe salutaire de la croix qui les guérit. Lorsque je les eus placés à terre, aussitôt elle leur donna attention ; ils allèrent sous son ventre. Ils tétèrent, et elle, douce pour eux, se réjouit avec eux, regardant mon visage, étant dans une grande joie. Et moi, j’étais en admiration devant la bonté et l’humanité de notre Seigneur Jésus le Christ au sujet de ses miséricordes ; car, jusqu’aux bêtes elles-mêmes, il en prend soin. Et je me levai, je marchai, rendant gloire à la grande bonté de notre Seigneur Jésus le Christ et à la multitude de ses miséricordes pour toute créature qu’il a créée."

Vertus d’abba Macaire 15.

Abba Macaire dit aux frères au sujet de la dévastation de Scété, lorsqu’ils l’interrogèrent, il leur dit : "Si vous voyez des cellules bâties dans l’oued, si vous voyez des arbres croissant près des portes, si vous voyez de nombreux enfants, prenez vos peaux et fuyez."

Vertus d’abba Macaire 16.

Des vieillards interrogèrent abba Macaire, disant : "A quoi sert Scété ?" Il leur dit : "Elle ressemble au refuge qu’étaient les quatre villes que le Seigneur sépara pour les enfants d’Israël, afin que si quelque fornicateur ou quelque homicide s’enfuyait en l’une d’elles, il fût sauvé, à condition qu’il y reste."

Vertus d’abba Macaire 17.

De nouveau il leur dit : "Il y a des villes dont le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, notre Dieu, a jeté les fondements et qu’il a affermies ; des quatre vents de la terre, il a réuni des soldats spirituels et il les y a fait habiter, leur donnant des lois et des préceptes, et il leur a dit : "Faites ceci, et je ferai que les rois de la terre vous soient soumis." Et quand ils l’eurent entendu, ils firent comme il leur avait été ordonné. Et il en sera ainsi jusqu’à la première destruction de Scété après quarante ans, parce qu’ils se seront laissés aller à leurs passions. De nouveau, le roi le Christ aura pitié d’eux, il les fera revenir une seconde fois, il leur donnera ces lois et ces commandements, disant : "Faites ceci ; de la manière dont j’ai agi avec vos pères, j’agirai aussi avec vous." Et ils obéirent, mais n’exécutèrent les commandements qu’à moitié ; et cela sera jusqu’à la seconde destruction de Scété, à cause du confort qu’ils s’accordèrent. Et de nouveau le roi le Christ, celui auquel s’adresse le service universel de l’Eglise, se souviendra de leurs pères, il les fera revenir une troisième fois et leur donnera aussi ces lois et ces commandements, et ils lui diront : "Il ne nous est pas possible de les garder", et le roi, le Christ, ne voudra pas détruire les villes ; il leur dira : "Restez seulement dans les villes et je ferai avec vous comme j’ai fait avec vos pères, je vous visiterai, et si je viens et que je me trouve habitant parmi vous et vous aussi en moi, alors moi, avec mon Père plein de bonté et le Saint-Esprit Paraclet, nous nous ferons une habitation en vous pour en prendre gloire pour nous jusqu’aux siècles qui n’ont point de fin."

Vertus d’abba Macaire 18.

Abba Evagre interrogea Abba Macaire, pendant qu’abba Poemen était assis près de lui avec abba Paphnouti – le disciple juste et vrai – sur le choix libre et pur. Abba Macaire leur dit : "Le choix libre et pur, c’est ce pourquoi l’homme donnera mille pièces d’argent pour avoir ce qu’il désire, ce qu’il a choisi, et ces mille pièces seront à ses yeux comme une minuscule piécette. Si par contre on fait violence à son choix ne serait-ce que de la valeur d’une piécette, il sera prêt à donner mille pièces d’or à cause de la violence faite à son choix." Ils lui dirent : "Que signifie ce charabia ?" Abba Macaire leur dit : "Cherchez et voyez, considérez attentivement ces paroles." Et lorsqu’ils eurent scruté, ils trouvèrent que la parole était vraie. Et lorsqu’ils eurent fait repentance, il pria sur eux, il les congédia rendant gloire à notre Seigneur Jésus le Christ.

Vertus d’abba Macaire 19.

Abba Macaire dit : "Lorsque tu te lèves au matin chaque jour, considère que tu commences juste à être moine, et place devant toi toute vertu, tout commandement de Dieu, une grande patience, une longanimité remplie de crainte, un amour de Dieu et des hommes avec humilité de cœur, l’humilité du corps avec le deuil et la crainte de la prison, avec des prières, des intercessions, des gémissements, une pureté de langue, la garde des yeux, en supportant les injures, sans colère, en paix et sans rendre le mal, sans juger les inférieurs, en ne te considérant pas toi-même comme étant quoi que ce soit et en te plaçant au-dessous de toute créature dans un mépris des choses matérielles et des choses charnelles, un combat de la croix, une pauvreté spirituelle, un choix bon, une ascèse du corps dans le jeûne, une repentance et les larmes dans le combat de la guerre, dans un retour de la captivité, une résolution de la pureté, le goût de la bonne douceur en des tranquillités de midi, des travaux manuels, des veilles, des prières nombreuses, la faim, la soif, le froid, le dénuement, des douleurs, la proximité du tombeau comme si tu étais prêt à t’y jeter, considérer ta mort près de toi jour après jour, perdu dans les déserts, les montagnes et les trous de la terre."

Vertus d’abba Macaire 20.

Lui encore, notre père Macaire, dit : "Il est écrit : Ta crainte, Seigneur, nous en sommes devenus engrossés, nous avons été en travail et nous avons enfanté un esprit de salut. Prends garde que tu ne saisisses la parole et que tu n’enfantes pas. En vérité, mes frères, voila les habits nuptiaux, voilà les talents de ceux qui ont bien travaillé ; ce sont ceux qui ont bâti leur maison sur le rocher solide, la pitié et la foi ; ne faisons pas cesser en toi la crainte et la violence que tu te fais, l’humilité et le deuil. Prenez-les ; soyez sains dans le Seigneur, vous qui voulez vivre dans la paix. Amen."

Vertus d’abba Macaire 21.

Des frères, étant assis autour d’abba Macaire et en ayant obtenu permission, l’interrogèrent sur le grain de sénevé, disant : "Sur quoi porte son explication ?" Et il leur dit : "On a comparé le grain de sénevé à l’esprit ; car si la connaissance de Notre-Seigneur Jésus le Christ est dans l’homme, on dit de lui que son esprit est fin ; ainsi de même le grain de sénevé est petit et savoureux, ainsi on dit du maître qu’il est excellent et que son intelligence est fine."

Vertus d’abba Macaire 22.

Les frères lui dirent : "Qu’est la croissance et que sont les légumes ?" Abba Macaire leur dit : "La croissance, ce sont les vertus spirituelles : les légumes, ce sont les inopportuns, les purs et les simples. Et il arrive pour un arbre que les oiseaux du ciel viennent et habitent dans ses branches : qu’il nous arrive aussi d’être trouvés hommes célestes. L’arbre lui-même, c’est le maître qui enseigne ; les instructions et les paroles de force qu’il donne, ce sont les rameaux ; car il n’y a qu’un cœur unique montant dans le grain de sénevé. Et nous aussi, mes frères, soyons un seul cœur en notre Seigneur Jésus le Christ et dans la vertu, afin que nous recevions le ferment, c’est-à-dire la grâce de notre Seigneur Jésus le Christ, que nous le cachions dans les trois mesures qui sont l’âme, le corps et l’esprit. Les trois mesures sont un seul homme parfait, complétant une mesure de la croissance de la plénitude de notre Seigneur Jésus le Christ. Tout cela, notre Seigneur Jésus le Christ l’a dit aux multitudes en des paraboles, et il ne leur parlait pas sans paraboles." Lorsque les frères entendirent cela, ils admirèrent la finesse de son esprit et l’acuité de son intelligence, et leur cœur fut renouvelé entre eux, de sorte que ce qui est écrit s’accomplit pour eux : "En ma méditation le feu s’allumera !"

Vertus d’abba Macaire 23.

Abba Macaire dit : "Ne délaissons pas notre cœur et ne soyons pas sans espoir ; en effet, tant que nous respirons, le Seigneur Jésus le Christ nous accorde la possibilité de nous repentir."

Vertus d’abba Macaire 24.

Il dit aussi : "Il en est comme l’enclume du forgeron : si l’on frappe sur elle chaque jour elle demeure propre ; de même si un homme ressent son indigences, se tient soumis, se laisse instruire chaque jour, recevant pour lui et gardant ce qu’on lui donne, il est pur des pièges cachés du malin."

Vertus d’abba Macaire 25.

Il dit aussi : "Ne laissons pas la fontaine [de notre bouche] lancer en tous sens ce mélange infect qui se forme dans le fond du cœur, mais qu’au contraire elle lance sans cesse vers les hauteurs ce qui est doux en tout temps, c’est-à-dire notre Seigneur Jésus le Christ."

Vertus d’abba Macaire 26.

Un frère interrogea abba Macaire en disant : "Mon père, je suis tombé dans une faute." Abba Macaire lui dit : "Il est écrit, mon fils : Je ne désire pas la mort du pécheur, mais sa conversion et sa vie. Convertis-toi donc, mon fils ; tu verras un homme plein de douceur, notre Seigneur Jésus le Christ, le visage rempli de joie à ton sujet, comme une nourrice dont le visage est plein de joie au sujet de son fils : s’il lève les mains et son visage vers elle ; quoiqu’il soit plein d’immondices, elle n’est pas incommodée de la puanteur ni des excréments, mais elle a pitié de lui, elle le serre sur sa poitrine avec le visage plein de joie, et toute chose qui est arrivée est douce pour elle. Si donc cette créature est pleine d’attention et de compassion pour son enfant, à combien plus forte raison l’amour du Créateur, notre Seigneur Jésus le Christ, pour nous ?"

Vertus d’abba Macaire 27.

Un frère interrogea abba Macaire, disant : "Apprends-moi le sens du repentir." Abba Macaire lui dit : "Le repentir ne consiste pas uniquement à faire des métanies, en imitant le bois du chadouf, lui qui donne l’eau en montant et descendant ; mais à être comme un habile orfèvre qui désire faire une chaîne , qu’elle soit d’or ou d’argent, voire de fer ou même de plomb, maille à maille il allonge la chaîne afin de l’achever ; il en est ainsi du repentir : toutes les vertus en dépendent."

Vertus d’abba Macaire 28.

Des frères interrogèrent abba Macaire le grand, en disant : "Est-ce que la compassion l’emporte sur les pratiques de l’ascèse ?" Il leur dit : "Oui." Ils lui dirent : "Persuade-nous-en." Lorsque abba Macaire les vit irrésolus et peu volontaires, voulant les encourager il leur dit : "Voyez le marchand qui vend à son client. S’il lui dit : j’ai fait du profit sur ton dos ; l’autre devient tout triste ; mais s’il lui rend un peu d’argent, l’autre s’en va joyeux. ; ainsi pour les actes, si l’on se présente triste devant le Dieu donateur des biens, le juge véritable, notre Seigneur Jésus le Christ, ses entrailles infiniment miséricordieuses l’émeuvent, et les pratiques d’ascèse procurent joie, allégresse et ardeur." Lorsque les frères entendirent cela, ils prirent courage, et, lorsque abba Macaire les eut vus pleins d’ardeur, il leur vint en aide, il leur dit avec joie : "Un peu d’huile rend joyeux le visage de l’homme en présence des rois de ce monde ; ainsi un peu de vertu rend l’âme joyeuse en présence du Roi des habitants des cieux et des habitants de la terre, celui des trésors nombreux de miséricordes, notre Seigneur Jésus le Christ, car il est écrit : "Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à ce jour, le Royaume des cieux est pris par violence, et ce sont ceux qui le prennent par violence qui s’en emparent." Donc, faisons-nous violence, à nous aussi, un peu, en échange du Royaume des cieux ; nous ravirons pour nous le roi éternel, notre Seigneur Jésus le Christ." Lorsque les frères eurent entendu cela, ils lui firent une métanie, puis ils le quittèrent joyeux, rendant gloire à notre Seigneur Jésus le Christ.

Vertus d’abba Macaire 29.

Un frère interrogea abba Macaire, disant : "Enseigne-moi quelle est la puissance de l’œuvre de la miséricorde ?" Abba Macaire lui dit : "Imagine des hommes que le roi a exilé en un pays étranger et éloigné. L’un d’eux, ayant pris sagesse et conseil de personnes haut placé, se faisant violence a envoyé des présents à ce roi tandis que les autres n’ont rien fait de semblable. Après un temps assez long, le roi a envoyé chercher ces hommes pour les ramener dans leur ville. Est-ce que celui-là qui a envoyé des présents ne se réjouira pas davantage, car ils intercéderont pour lui, et ne trouvera-t-il pas plus grande faveur que ceux qui n’ont rien envoyé du tout ? En effet, telle un commandant en chef qui a la faveur près d’un roi de ce monde : ainsi est la miséricorde près du grand roi le Christ, elle a une grande faveur près de lui, elle le justifie contre quiconque l’accuse."

Vertus d’abba Macaire 30.

Le même frère l’interrogea sur cette parole : "Afin que ma jeunesse se renouvelle comme celle de l’aigle." Abba Macaire lui dit : "Comme l’or, si on le fond dans le feu, se renouvelle ; ainsi l’âme, si elle a de la vertu, si elle se purifie de ses souillures et de ses petitesses, elle sera renouvelée au point de s’élever vers les hauteurs."

Vertus d’abba Macaire 31.

Le frère lui demanda aussi : " Que signifie s’envoler vers les hauteurs, ô mon père ?" Abba Macaire lui dit : "L’aigle, s’il s’élève dans les airs, n’a rien à craindre des filets du chasseur ; mais s’il se pose à terre, il peut être pris dans ces filets : ainsi si l’âme est négligente et si elle descend des hauteurs de la vertu, elle se fait prendre dans les filets du chasseur spirituel."

Vertus d’abba Macaire 32.

Le frère l’interrogea encore, disant : "Apprends-moi la constance pour Dieu, mon père." Abba Macaire lui dit : "L’abeille qui se trouve dans la campagne au milieu des plantes nourricières butine jusqu’à ce qu’elle ait rempli sa ruche de miel, et à moins qu’on ne le rende amer, personne ne peut lui enlever sa douceur." Le frère lui dit : "Qu’est-ce que l’amertume et qu’estce que la douceur, mon père ?" Le vieillard lui dit : "Les fornications, les souillures, les impuretés, les saletés, les envies, les haines, les orgueils et les autres plaisirs, voilà l’amertume ; les nourritures sont les vertus ; l’abeille, c’est le moine ; la ruche, c’est le cœur ; la douceur, c’est notre Seigneur Jésus le Christ. Celui qui persévérera pour lui remplira son âme de toute vertu et de toute pureté ; c’est là être constant pour Dieu. Et maintenant, va, mon fils."

Vertus d’abba Macaire 33.

Un frère interrogea abba Macaire en disant : "Mes pensées me reprochent, disant : Sois le premier à l’église." Abba Macaire lui dit : "Tu parles de la porte du ciel et de la mère de tous les vivants. Je te dis, ô mon fils, voici le temps favorable, voici le jour d’aller au salut pour laisser derrière nous les œuvres diaboliques ; car il viendra un temps où une foule seront empêchés d’entrer à l’église et deviendront étrangers aux mystères par crainte de la puissance de ce temps-là qui sera forte : ceux dont la bouche sera ouverte comme la sardine qui est dans la mer, ceux qui ramassent beaucoup d’argent, comme la fourmi qui ramasse aux jours de l’été. Je te dis, ô mon fils, que la fornication, l’avarice, toute œuvre est en ces deux choses ; quoique la fornication soit particulièrement mauvaise, elle ne dure qu’un moment et l’homme se bouche le nez après elle, crache sur elle à cause de sa mauvaise odeur ; mais l’avarice, lorsque tu viens d’amasser, elle vient de ce qui t’est doux, car elle est insatiable. C’est pourquoi il faut qu’on ferme même les portes de l’église du désert et les portes des tombeaux, à cause de la crainte des puissances de ce temps-ci ; car, il en viendra qui fouilleront et dépouilleront ce qui restera de ceux qui se seront endormis, oubliant qu’il est écrit : La richesse, si elle vient, n’y portez pas votre cœur. C’est d’elle que parle l’Apôtre en disant : L’avarice est la racine de tout mal. Maintenant donc, mon fils, combats en toute action ; car abba Antoine a dit : Il faut que chacun devienne une église en ce temps, c’est-à-dire que l’homme mette toute sa force à purifier son âme, église de Dieu, afin que, d’une voix calme, nous envoyions en haut des hymnes trinitaires à notre Seigneur Dieu par la confession ferme de la foi orthodoxe."

Vertus d’abba Macaire 34.

On a dit de notre père saint abba Macaire le grand que, lorsqu’il eut progressé dans la vertu, il reçut une vertu consolatrice de notre Seigneur Jésus le Christ, de sorte que les esprits adverses se troublaient et tremblaient devant lui, à cause de la vertu consolatrice qui était en lui.

Vertus d’abba Macaire 35.

Il arriva au temps que le sage Cyrille invita le saint abba Schenoudi au synode saint qui se réunit à Éphèse au sujet de l’impie adorateur des hommes Nestorius, lorsque Notre-Seigneur Jésus le Christ leur vint en aide, afin qu’ils souscrivissent son exil impur ; il arriva donc, après ce combat du saint Cyrille et du synode saint des évêques, qu’ils voulurent retourner dans leurs propres diocèses d’après l’ordre du pieux roi Théodose. Et après cela on emporta le saint abba Schenoudi sur un nuage. Lorsque la nuée passa au-dessus du lieu saint de notre père juste, le grand abba Macaire de Scété, celui au sujet duquel une voix du Saint-Esprit se fit entendre, disant : "Tu es un Dieu sur terre", et qui vit, dans une vision, les prières saintes de ses enfants monter, comme une fumée d’encens, vers le trône du Tout-Puissant, le vieillard archimandrite abba Schenoudi s’émerveilla en lui-même, disant : "Lorsque mon Seigneur Jésus le Christ m’aura déposé dans mon monastère, je viendrai en ce lieu pour voir l’œuvre et ceux qui y sont, afin de savoir de quelle manière ils agissent." Aussi, lorsqu’il eut embrassé les frères dans son monastère, il prit avec lui quelques autres vieillards et se rendit à Scété, au lieu saint d’abba Macaire, et l’higoumène de ce temps-là le reçut avec joie et des manières aimantes de consolation ; et le saint abba Schenoudi réfléchissait en lui-même, se disant : "Cela ne correspond pas à la vision que j’ai vue, lorsque j’étais sur le nuage." Comme il pensait encore ainsi en lui-même, Dieu révéla à l’higoumène les pensées du saint abba Schenoudi, et comme ils marchaient ensemble et que les vieillards recevaient sa bénédiction ; l’higoumène le conduisit, puisqu’il voulait trouver profit en visitant le monastère, à la cuisine où il y avait une petite fête ce jour-là, à cause d’un fidèle. Dans une marmite, de la viande bouillait à gros bouillons et l’higoumène dit au frère qui s’occupait du feu : "Plonge ta main, mon fils, et sors la viande." Et le frère fit ainsi : il plongea son bras dans la marmite et en sortit le repas. Et lorsque abba Schenoudi vit, chose étonnante, que le frère n’avait été blessé en rien, il dit avec franchise : Véritablement, ce n’est pas un nom sans œuvres qui peut distinguer un groupe, car les œuvres ressuscitèrent Tabitha ; de même aussi la foi, par les actions pures d’abba Macaire, ressuscite le mort. Et que dirai-je de mes fils ? Leurs yeux ont laissé couler des larmes et ils sont sans force à cause du désir de nourriture, car jusqu’ici ils n’ont fait aucune œuvre de cette sorte." Et ainsi il s’en retourna à son monastère, ayant trouvé profit en ce lieu, rendant gloire à notre Seigneur Jésus le Christ et à son serviteur abba Macaire le juste.

Vertus d’abba Macaire 36.

Un frère interrogea abba Macaire, disant : "Quelle est cette parole qu’a dite Sisoès : Il en est un qui a reçu dix en donnant un ?" Il répondit, il lui dit : "Puisque le diable ne cesse de viser le combattant et l’ascète abstinent, ni le jour, ni la nuit, si celui-ci résiste d’une manière quelconque au diable, avec des larmes, se jetant dans la bonté et la miséricorde de notre Seigneur Jésus le Christ, lui qui est bon et ami des hommes et notre vrai Dieu, il se réjouit pour chaque coup de l’homme, de manière à en rendre inutiles dix du diable ; car l’homme n’étant que chair et sang, lorsqu’il donne un coup, il surpasse ceux des incorporels ; et c’est en effet ainsi que le diable tombe sous l’humilité, avec le secours de notre Seigneur Jésus le Christ, lui qui nous couvre par sa grâce sainte."

Vertus d’abba Macaire 37.

Le frère l’interrogea encore en disant : "Quelle est l’œuvre la plus agréable à Dieu pour l’ascète et de l’abstinent ?" Il lui répondit : "Bienheureux celui qu’on trouvera persévérant dans le nom béni de notre Seigneur Jésus le Christ, sans cesse et avec contrition de cœur ; car certes il n’y a, dans toutes les pratiques de l’ascèse, rien qui soit agréable comme cette nourriture bienheureuse. C’est comme si tu ruminais : la brebis, lorsque elle rumine, fait remonter la nourriture et goûte la douceur de ruminer, jusqu’à ce que cela redescende en elle, apportant une douceur et une nourriture qui lui fait du bien ; et ne vois-tu pas la beauté de ses joues pleines de la douceur de ce qu’elle a ruminé ? Si tu la comme Qu’il nous arrive que notre Seigneur Jésus le Christ nous fasse grâce en son nom doux et nourrissant."

Vertus d’abba Macaire 38.

Un frère interrogea abba Macaire, disant : "Apprends-moi l’explication de celte parole : La méditation de mon cœur est en ta présence. "Le vieillard lui dit : "Il n’y a pas de méditation aussi bonne que ce nom salutaire et béni de notre Seigneur Jésus le Christ habitant sans cesse en toi, ainsi qu’il est écrit : Comme une hirondelle je crierai et comme une tourterelle je méditerai. C’est ainsi que fait l’homme pieux qui est constant dans le nom salutaire de notre Seigneur Jésus le Christ."

Vertus d’abba Macaire 39.

On dit d’abba Macaire qu’il lui arriva, un jour qu’il était à la moisson avec des frères, qu’un loup se mit à hurler, poussant un long hurlement les yeux tournés (en haut) vers le Seigneur. Le saint se tenait debout, souriant et versant des larmes. Les frères, le voyant, s’étonnèrent et, faisant une métanie lui dirent : "Nous t’en prions, notre père, apprends-nous pourquoi tu regardes ainsi, en larmes." Et comme il regardait encore dans les larmes, son visage brillait comme du feu, comme les rayons du soleil, à cause de la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ qui était en lui. Il leur dit : "Vous autres, n’avez-vous pas entendu ce que crie le loup ?" Ils lui répondirent : "Quoi, notre père ?" Il leur dit, : "Il crie en direction du bienfaisant, le seul miséricordieux, le maître des trésors d’infinies miséricordes, notre Seigneur Jésus le Christ, en disant : "Puisque tu prends soin de moi, donne-moi ma nourriture, car qu’est-ce que cette souffrance, puisque tu nous as aussi créés ?" En effet, si les bêtes sauvages qui ont aussi un sens crient à la bonté de notre Seigneur Jésus le Christ, et il les nourrit toutes ; comment, ne prendrait-il pas soin de nous autres, humais raisonnables, dans son infinie miséricorde?" Et tandis que cet astre brillant disait ces choses aux frères, le loup se tenait debout étonné. Ensuite la bête s’en alla au lieu où Dieu lui avait préparé sa nourriture, et tous les frères firent une métanie, se prosternant aux pieds saints de notre père juste, le grand abba Macaire, le pneumatophore, rendant, gloire à notre Seigneur Jésus le Christ.

Vertus d’abba Macaire 40.

On dit d’abba Macaire qu’un vieillard vint le trouver avec un frère. Ils lui dirent : "Nous désirons habiter ensemble, l’un avec l’autre, notre père." Abba Macaire dit au vieillard : "Commence d’abord par imiter le berger ; si un taon inocule des vers à une brebis, il la soigne jusqu’à ce qu’il ait tué les vers ; si elle devient teigneuse, il la lave jusqu’à ce que la teigne soit arrachée." Le vieillard lui dit : "Donne-moi l’explication de cette parole." Abba Macaire lui dit : "Le taon est comparé au diable et la brebis au frère qui est avec toi. Les vers sont les passions et les plaisirs des démons qui habitent dans l’âme, qui grouillent dans le cœur, comme les vers qui sont dans les plaies du corps ; le remède qui lave la teigne, c’est le progrès, l’abstinence et l’enseignement salutaire de Dieu. Ce sont ces choses-là qui purifient l’âme, la rendent libre de toute passion, de tout mal des ennemis méchants, les démons." Il dit aussi au frère : "Prends pour toi, mon fils, la ressemblance d’Isaac qui obéit à son père jusqu’à se laisser offrir en sacrifice comme une victime agréables en présence de Dieu, et qui est devenu une modèle dans l’Eglise jusqu’à la fin de ce siècle, avec la gloire de notre Seigneur Jésus le Christ."

Vertus d’abba Macaire 41.

Abba Macaire dit aussi : "Lorsque le potier s’assied pour travailler la terre, il prend d’abord soin de façonner des vases ornés de peintures et de motifs afin qu’ils soient en honneur dans les soupers et les dîners des rois, et même employés dans les célébrations de l’Eglise, puis il en façonne ensuite d’autres vils et inférieurs, jusqu’aux pots de chambres et aux assises pour les nouveaux-nés qui sont sans malice. Enfin, il allume le feu afin de les cuire. En vérité, je vous le dis, il prie exactement de la même manière pour ceux qui sont précieux et ornés, et pour ceux d’un usage commun et inférieurs, cartous sont l’œuvre de ses mains. Ainsi notre Seigneur Jésus le Christ, le maître des trésors d’infinies miséricordes le seul miséricordieux avec son père plein de bonté et le Saint-Esprit, de même qu’il se réjouit au sujet de celui qui est pur et orné de la pureté du progrès dans la vertu et l’abstinence, il se réjouit aussi de la conversion de celui qui est "inférieur" c’est-à-dire du pécheur, selon qu’il est écrit : "Il y aura de la joie dans le ciel en présence des anges de Dieu au sujet. d’un pécheur, s’il fait pénitence." Il dit aussi : "Je ne désire pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive ;" car, lorsqu’il a pris cette chair, il a volontairement pris ces souffrances : c’est pour ceux-là qu’a parlé ainsi notre Seigneur Jésus le Christ : "Je ne suis pas venu pour appeler les justes, mais les pécheurs à la pénitence."

Vertus d’abba Macaire 42.

Abba Évagre dit : "Etant allé trouver abba Macaire, je lui dis : Dis-moi une parole, que j’en vive." I1 répondit : "Si je te la dis, l’entendras-tu et la feras-tu ?" Je lui dis : "Ma foi et ma charité ne sont pas cachées." Abba Macaire me dit : "Vraiment, en ce qui concerne l’ornement de la vertu, nous sommes indigents ; cependant tu es bon ; aussi si tu rejettes loin de toi la gloire de la rhétorique de ce monde et si tu te revêts de l’humilité du publicain, tu vivras. Lorsqu’il m’eut dit cela, toutes mes pensées s’évanouirent, et, lorsque j’eus fait repentance, il pria sur moi, il me congédia. Et je marchais en m’accusant en moi-même et en disant : "Mes pensées ne sont pas cachées à abba Macaire, l’homme de Dieu ; et à quelque moment que j’approcherai de lui, je dois trembler à cause de la puissance que j’ai entendue de lui." Et cela me fut un sujet d’humilité."

Vertus d’abba Macaire 43.

On rapporte d’abba Macaire que, traversant une fois l’Egypte avec les frères, il entendit quelqu’un se lamenter en disant : "Une bâtisse de pierres est tombée sur moi, je ne suis pas mort ; une hutte de roseaux est tombée sur moi, je suis mort". Le vieillard s’étonna de ce discours, et, lorsque les frères le virent étonné, ils se jetèrent a ses pieds, le priant, en disant : "Dis-nous, notre père, l’explication de cette parole ?" Et il leur dit : "Il y a un grand mystère en cette parole, mes enfants. On compare la pierre à notre Seigneur Jésus le Christ selon la manière dont il est écrit à son sujet : "La pierre qu’ont rejetée les Juifs impies, elle est devenue la pierre angulaire ; cela est arrivé par le Seigneur, c’est admirable à nos yeux." C’est donc la véritable pierre précieuse pour laquelle le marchand a vendu tous ses désirs, et il a acheté cette pierre et l’a mise dans les chambres de son cœur, il l’a trouvée plus douce que le miel en rayons : c’est Notre-Seigneur Jésus le Christ. Car l’homme qui gardera cette pierre en son cœur recevra un héritage nombreux dans la gloire de notre Seigneur Jésus le Christ dans le royaume des cieux, éternellement.

En effet Notre-Seigneur Jésus le Christ rendu son visage comme une pierre inébranlable, selon la parole de l’Apôtre qui a dit : "La pierre était le Christ." Il a livré son dos aux fouets et ses joues aux gifles, il n’a pas détourné son visage de la honte des crachats pour notre salut, à nous les hommes, et si notre Seigneur Jésus le Christ s’appesantit sur nous par des maladies à cause de son grand amour pour nous, l’âme est dans l’immortalité à cause de la pureté de son état impassible qui est dans l’intérieur du cœur. Le diable, quoiqu’impuissant comme le roseau ; s’il tombe sur un homme, il le place sous une grande tyrannie ; si l’homme n’est pas attentif à crier vers la bonté de Dieu, mais qu’il tombe dans les passions du diable, l’Esprit de Dieu se retire de lui ; alors l’âme meurt, parce qu’elle est dans le corps, à cause de l’ivresse des passions et de leur puanteur."

Vertus d’abba Macaire 44.

Abba Macaire le grand dit : "Faisons attention à ce nom de "Seigneur Jésus-Christ". Lorsque, dans la contrition du cœur tu le fais jaillir de tes lèvres, et que, sans tricherie tu le conduis à ton esprit, sois alors attentif aux mots de ta prière : "Notre Seigneur Jésus le Christ, aie pitié de moi" ; et dans la paix tu verras sa divinité se reposer en toi, il chassera les ténèbres des passions qui sont en toi, il purifiera l’homme intérieur le rendant tel Adam lorsqu’il était dans le Paradis, ce nom béni qu’a invoqué Jean l’Évangéliste en disant : "Lumière du monde", douceur dont on ne se rassasie pas et "Vrai pain de vie" !

Vertus d’abba Macaire 45.

Abba Évagre dit : "J’allai trouver abba Macaire, tourmenté par les pensées et les passions du corps. Je lui dis : "Mon père, dis une parole, que j’en vive." Abba Macaire me dit : "Attache la corde de l’ancre à la pierre, et par la grâce de Dieu la barque traversera les vagues diaboliques, les flots de cette mer décevante et le tourbillon des ténèbres de ce monde vain." Je lui dis : "Quelle est la barque, quelle est la corde, quelle est la pierre ?" Abba Macaire me dit : "La barque, c’est ton cœur : garde-le ; la corde, c’est ton esprit : attache-le à notre Seigneur Jésus le Christ : c’est lui la pierre qui a la puissance sur tous les flots et les vagues diaboliques qui combattent les saints. En effet, il n’est pas difficile de dire à chaque respiration : "Notre Seigneur Jésus le Christ, aie pitié de moi ; je te bénis, mon Seigneur Jésus, secours-moi", et comme le poisson qui est déjà pris sans s’en rendre dans le filet alors qu’il lutte encore contre la vague, nous aussi, nous serons affermis en ce nom salutaire de notre Seigneur Jésus le Christ. Le diable, quant à lui, il sera hameçonné par les narines, à cause de ce qu’il nous a fait ; mais nous, les faibles, nous saurons que le secours est en notre Seigneur le Christ."

Vertus d’abba Macaire 46.

Un jour abba Macaire raconta ceci, lorsque les frères l’eurent interrogé sur la pitié : "En une ville où siégeait un magistrat impitoyable, il y eut une année de famine telle que les hommes se laissaient mourir de faim. Un homme, pressé par la faim, se rendit auprès du magistrat pour lui demander. Trouvant cette démarche impudente, ce magistrat impitoyable lui adressa une foule de reproches et le fit frapper jusqu’au sang, mais lui donna finalement du pain. Or, c’était le jour où mourut celle qui a enfanté notre Seigneur Jésus le Christ pour nous et pour le monde, Marie la sainte Mère de Dieu. Cette nuit-là, alors que le magistrat impitoyable était endormi, son âme fut retirée de son corps et entraînée pour être jetée dans les tourments cruels et y souffrir. Pendant qu’on la traînait, une parole vint du Maître des trésors de miséricordes, du seul pitoyable, de notre vrai Dieu, de Celui qui efface les péchés et pardonne les iniquités, disant : "Ramenez cette âme en son corps, à cause du pain qu’il a donné à celui qui était tourmenté par la faim, et surtout à cause du jour où s’est endormie celle qui m’a enfanté au monde, Marie la Vierge." Et il arriva que, s’étant éveillé de la mort, il se rappela la parole qu’il avait entendue, quand on le traînait aux tourments, et il dit : "Puisque pour un seul pain que j’ai donné avec colère et même en versant du sang, Notre-Seigneur Jésus le Christ m’a fait échapper à de cruels tourments, à combien plus forte raison, si j’avais distribué toutes mes richesses, de quelle manière aurais-je tiré profit de plus ?" Et ainsi, il distribua avec tout, allant jusqu’à travailler manuellement afin d’en donner le prix aux pauvres et aux infirmes. Ayant vu cela, l’archevêque l’appela à servir l’Église, de sorte qu’il devint digne de l’épiscopat et accomplit la liturgie en rendant gloire à Notre-Seigneur Jésus le Christ."

Vertus d’abba Macaire 47.

Abba Macaire dit : "Un jour, je rendis visite à un vieillard malade et alité. Ce vieillard répétait fréquemment le nom salutaire et béni de notre Seigneur Jésus le Christ. Comme je l’interrogeais sur son salut, il me dit avec joie : Comme je suis constant à prendre cette douce nourriture de vie, le nom saint de notre Seigneur Jésus le Christ, j’ai été comme emporté durant mon sommeil et, j’ai vu dans une vision le Roi, le Christ à la manière d’un Nazaréen, et il m’a dit jusqu’à trois fois : Vois, vois que c’est moi, et non un autre que moi. Et ensuite je me réveillai en sursaut dans une grande joie, si bien que j’en oubliai la douleur."

Vertus d’abba Macaire 48.

Abba Macaire dit : "Celui qui remplit son cœur de pain et d’eau donne la clef de sa maison aux voleurs."

Vertus d’abba Macaire 49.

On rapporte qu’un moine vola, un jour, des vases à l’économe du monastère et que les ayant mis dans un sac il les déposa dans la cellule d’un frère proche. Ce dernier ne savait pas qu’il s’agissait d’objets volés, pensant qu’ils étaient au moine. Peu de temps après, on s’aperçut que les vases avaient disparu et on les chercha en chaque cellule des frères. Lorsqu’on fut entré dans la cellule où ils avaient été déposés, les ayant cherché on les trouva donc. Aussitôt le frère se jeta à terre, se prosternant et disant : "On s’est moqué de moi ; j’ai péché, pardonnez-moi." De son côté, le moine qui avait volé les vases et les avait caché injuria beaucoup le frère dans la cellule duquel on les avait trouvé, il le frappa au visage, voulant le faire chasser du monastère. Là encore, le frère ne protesta pas, mais devant lui aussi il s’humilia encore, disant : "J’ai péché, pardonne-moi." Et le frère fut pris en grippe par l’higoumène et par tous les frères qui habitaient le monastère, et en particulier le moine qui avait volé les vases le haïssait, lui faisait des reproches à toute heure, l’appelant voleur en présence des frères. Et lorsqu’il eut passé deux ans dans ce monastère, supportant tout ce mépris, Dieu révéla la chose à abba Macaire à Scétée. Aussi abba Macaire se rendit-il en Egypte afin de rencontrer le frère. Lorsqu’il fut proche du monastère, tous les frères se rassemblèrent avec des rameaux, afin d’aller au-devant d’abba Macaire.

Mais le frère dit : "Comment prendrai-je un rameau pour aller à la rencontre du vieillard, moi que vous voyez chargé de honte ?" Et lorsque les frères furent sortis à la rencontre d’abba Macaire, celui-ci les embrassa un a un, et, lorsqu’il ne vit pas le frère, il demanda où il était. Les frères l’informèrent pourquoi, par honte, il n’était pas allé à sa rencontre. Et quand abba Macaire entendit cela, il sourit et entra dans le monastère. Le frère vint au-devant de lui avec humilité et il fit une métanie devant le vieillard. De même abba Macaire fit une métanie devant le frère, puis ils se prirent l’un l’autre par la main. Alors abba Macaire dit aux frères : "Ni moi ni vous ne sommes honorables comme celui-ci ; car, non seulement il a supporté une grande humiliation, mais en plus, il a pris sur lui le péché de son frère." Et abba Macaire le fit retourner en sa place. Quant au moine qui avait volé, ayant prit son manteau, il quitta le monastère et n’y revint plus.

Vertus d’abba Macaire 50.

Abba Macaire dit : "Puisque l’opprobre a été pour toi comme l’honneur, la pauvreté comme la richesse, le dommage comme le gain, l’angoisse comme la joie, les choses de la chair comme des choses étrangères, eh bien, tu ne mourras pas, mais tu vivras ; garde ta conscience avec ton voisin et tiens-toi a l’écart de celui qui est orgueilleux."

Vertus d’abba Macaire 51.

Abba Macaire le grand dit : "Je vous prie, mes frères, vous qui désirez vivement votre salut et le salut de vos âmes, ne remettez pas de jour en jour [de vous y appliquer], de crainte qu’à force de délai vous ne deveniez étrangers aux biens de Dieu."

Vertus d’abba Macaire 52.

Abba Macaire dit : "Le chemin qui conduit à la géhenne, le jeûne y entraîne, la méditation y entraîne, la pitié y entraîne, l’ascèse y entraîne." Les frères lui dirent : "L’humilité y entraîne-telle aussi, notre père ?" Mais il leur répondit : "L’humilité vraie ne consiste pas seulement à dire "Pardonne-moi". Le chemin de Dieu, c’est un cœur qui a retranché son désir de tout ce qui l’entraîne. Du reste, ne rendons pas négligent celui qui pense à se préparer avant que ne soient fermées les portes de la place publique où l’on ne peut ni acheter ni vendre. En effet, on n’a pas dit : "Ouvrez la porte aux vierges folles qui crient, pleurent et frappent", elles à qui on l’avait fermée à cause de leur négligence. Donc veillez en toute vigilance, soit que vous soyez assis dans votre cellule, soit que vous soyez au milieu des hommes."

Vertus d’abba Macaire 53.

Il dit aussi : "Que la moitié de la nuit suffise à tes prières ; en l’autre moitié donne du repos à ton corps."

Vertus d’abba Macaire 54.

Il dit aussi : "Le jeûne convenable, c’est de jeûner jusqu’à la neuvième heure : celui qui fera plus recevra salaire en plus."

Vertus d’abba Macaire 55.

Notre père juste, le grand abba Macaire, dit encore : "Les œuvres de chacun de nous sont toutes écrites, soit un service, soit une prière que chacun fera en plus, soit une prosternation en plus, jusqu’à une larme en plus, ou un jeûne en plus ou une bonne parole que quelqu’un dira à son frère, ou même très petite œuvre que quelqu’un fera pour Dieu, jusqu’au travail manuel, tout est écrit pour nous chaque jour. Non, mes enfants, Notre Sauveur ne vous privera en rien ; toutes ces choses qui vous auront coûté, vous en serez instruits au moment où vous sortirez du corps. Combattez, mes enfants, ne regardez pas la foule qui mange, qui boit, qui dort, qui ne se repent pas ; ne dites pas "Et si c’était la même chose pour ceux qui peinent et pour ceux qui ne font rien ?". Non, mes enfants, fortifiez- vous dans la foi qui est ici ; car même une petite œuvre de vertu que quelqu’un fera, ou s’il se fait restreint sur la nourriture, ou tout ce que nous aurons fait en plus et qui nous aura coûté, nous le trouverons manifestée pour nous dans le siècle futur. Courez donc vers l’effort mes enfants, aimez-le, qu’il nous soit doux avec une grande humilité."

Vertus d’abba Macaire 56.

Abba Macaire le grand, passant une fois dans un village avec les frères, il entendit un petit enfant dire à sa mère : "Ma mère, un riche m’aime, il me chérit, et moi, je le déteste ; un pauvre me déteste, et moi, je le chéris." Ayant entendu cela, le saint abba Macaire fut extrèmement étonné, et les frères lui dirent : "Pourquoi, notre père, cette parole t’étonne-t-elle autant ?" Et le vieillard se frappait la poitrine, disant : "quel grand mystère en cette parole !" Et eux, ils le priaient, disant : "Apprends-le-nous !" Et il leur dit : "Vraiment, mes enfants, le Seigneur, c’est le riche ; il nous chérit et nous ne voulons pas l’écouter ; mais notre ennemi, le diable, est pauvre, il nous hait et nous aimons ses impuretés, ses souillures, ses désirs vains et le reste de ses plaisirs."

Vertus d’abba Macaire 57.

Abba Macaire le grand dit : "Il faut que celui qui a renoncé au monde et est entré dans la vie monastique se souvienne des paroles du saint Apôtre qui a compté toutes les branches de la méchanceté et disant pour blâmer ceux qui y sont tombés : "En s’écartant du chemin de la vertu et en oubliant la grâce du Saint-Esprit, ils sont devenus méprisables, remplis de toute malice et violence, remplis de haine, de meurtre, d’amour des procès…" et la suite de ce qu’il y a en ce passage ; il répète la même parole, disant ainsi : "Ceux qui font des choses de cette sorte sont dignes de mort." C’est pourquoi, je vous en prie, ô mes bien-aimés enfants en Dieu, veillez sur votre langue à cause de la calomnie et de toute pensée qui nous rend étrangers au roi le Christ et qui fait ainsi du diable et des démons vos compagnons ; car celui-ci se réjouit aussi, mes enfants, sur ceux qui tomberont en ses mains ; mais j’ai foi que la protection de Dieu vous gardera de ses pièges."

Vertus d’abba Macaire 58.

Abba Macaire le grand dit : "Ce qu’il faut pour un moine qui reste assis dans sa cellule, c’est qu’il rassemble en lui-même son intelligence, loin de tout souci du monde, qu’il ne la laisse pas vaciller dans les vanités de ce siècle, mais qu’il ait un seul but, à savoir poser sa pensée en Dieu seul à chaque instant, constant en lui en toute heure, sans distraction, et qu’il ne laisse aucune chose terrestre entrer tumultueusement en son cœur, ni le souvenir de sa famille, ni souci de ses parents, ni consolation de ses frères et sœurs, mais que dans son esprit et dans tous ses sens il soit comme s’il se tenait en présence de Dieu, afin qu’il accomplisse en cela la parole de l’Apôtre disant : "Afin que la vierge soit entièrement constante dans le Seigneur bellement, sans distraction."

Vertus d’abba Macaire 59.

Abba Macaire dit encore : "L’ordre du moine est semblable à celui des anges. Nulle chose terrestre ne peut empêcher les anges de se tenir, en tout temps, en présence de Dieu ; il faut qu’il en soit de même ainsi pour le moine, toute la durée de sa vie. En agissant ainsi, il accomplira la parole de notre Sauveur qui a ordonné que chacun se renonce soi-même, qu’il prenne sa croix et le suive. Ainsi, vous aussi, faites-vous violence un peu, ô mes enfants bienaimés, afin que vous acquériez la vertu seule, car il est écrit : Le royaume des cieux est à ceux qui se font violence."

Vertus d’abba Macaire 60.

Abba Macaire le grand dit aussi : "Ce qu’il faut au moine, c’est qu’il soit pur de toute passion de la chair et de toute souillure, qu’il ne laisse absolument pas son raisonnement entrer en contestation avec ses pensées mauvaises ; mais qu’en tout temps il soit fervent dans l’Esprit."

Vertus d’abba Macaire 61.

Abba Macaire dit aussi : "C’est chose étrangère au moine que de se mettre en colère ; ce lui est aussi chose étrangère que de chagriner son frère en quelque manière que ce soit."

Vertus d’abba Macaire 62.

Abba Macaire le grand dit : "Un temps vient où une immense souffrance saisira ceux qui travaillent à la vie pratique, de sorte qu’ils oublieront l’abstinence, et le roi puissant de ce temps-là les dominera." Les frères lui dirent : "Le roi puissant de ce temps-là, comment est-il ?" Abba Macaire leur dit : "C’est un rejeton des Ismaélites et ses descendants sont comme Esaü ; notre roi à nous, c’est notre Seigneur Jésus le Christ et ce qu’il demande de nous, c’est la pureté de l’âme avec la pureté du corps ; le roi de la terre tient sa puissance de notre roi céleste, le Christ, le vrai Dieu. De plus, le roi de la terre aime l’or, aime l’argent et aime les plaisirs, comme les chevaux qui désirent les femelles, il aime le luxe, il sert les femmes et les chevaux comme des dieux, il aime la puissance en toutes ses actions, il vise et espère les choses terrestres, il pense aux choses de la terre pour les posséder encore dans le siècle futur à cause de la multitude de plaisirs qui y est attachée, il mettra sa puissance à posséder la terre entière avec orgueil, se conduisant comme un tyran au milieu de la terre, il pressurera la terre avec des chaîne s de fer, dans des souffrances nombreuses, dans des prisons, et non sans le roi le Christ." Les frères lui dirent : "Qu’arrivera-t-il aux pères en ce temps-là ?" Abba Macaire leur répondit : "Ils seront fortement pressurés, de sorte que quelques-uns faibliront et oublieront la vie angélique par amour de l’argent. Notre Seigneur Jésus le Christ aura patience envers eux au regard de leur situation ; les lieux où ils se rassembleront deviendront florissants par de nombreux travaux manuels ; les échanges commerciaux se multiplieront chez eux, comme chez les mondains ; et parce qu’ils devront payer des impôts ils rechercheront les choses matérielles et oublieront la paix de l’âme. Ceux, parmi les pères de ce temps-là, qui resteront sobres en ce qui concerne le manger et le boire, qui garderont leur corps des fornications du monde et de l’amour de l’argent, et qui ne jugeront pas ceux qui seront tombés parmi les frères à cause de l’abondance du relâchement, ceux-là seront bienheureux près du roi de gloire le Christ : ce sont des enfants de la promesse et des héritiers de la vie éternelle : ils apparaîtront devant le roi le Christ avec une grande franchise."

Vertus d’abba Macaire 63.

Abba Macaire dit : "Ce qui convient au moine, ce n’est pas une habitude corporelle ou de prier à voix haute, mais que le fait de s’agenouiller ne l’empêche pas de prier ; mais, en priant, qu’il soit attentif à l’ouverture de son esprit, considérant que lorsque Dieu viendra il visitera son âme par tous ses accès et ses sens. Et ainsi, à l’heure venue nous pouvons rester silencieux dans la prière ou prier à haute voix, pourvu que l’esprit soit vigilant et regarde vers Dieu en tout temps."

Vertus d’abba Macaire 64.

Abba Macaire dit aussi : "Malheur à l’âme qui n’a pas prié et supplié le Seigneur de se reposer en elle, de la purifier de toute faute et de toute souillure, de la garder libre des "bêtes" et des "reptiles", c’est-à-dire des esprits mauvais, devenant semblable aux moucherons et autres insectes qui volent pendant la nuit : s’ils voient au loin une lumière ou une lampe allumée, ils viennent et vont d’eux-mêmes à la flamme, et ils s’y brûlent ; ainsi le moine, qui se conduit en toutes ces choses par sa seule volonté et son choix, il se trouve souvent dans le feu éternel."

Vertus d’abba Macaire 65.

Abba Macaire dit aussi : "Comme le bâton d’Aaron qui, en une seule nuit, porta des bourgeons et produisit un fruit ; ainsi, l’âme du moine, par la venue du Seigneur en elle, porte en elle les bourgeons spirituels du Christ, et les fruits de l’Esprit Saint pour les donner à Celui qui l’a créée, au Christ, son roi de bonté, le vrai Dieu béni."

Vertus d’abba Macaire 66.

Abba Macaire le grand dit aussi : "Si l’homme entreprend de se connaître et de chercher Dieu, s’il se repent de ce qu’il a fait au temps de sa négligence, Dieu met en son cœur une douleur sur ce qu’il a fait ; ensuite, par sa miséricorde, il lui accorde des peines corporelles par des jeûnes, des prières, des veilles nombreuses, le renoncement aux choses matérielles, des opprobres, le refus du repos corporel, l’amour des larmes plus que du rire, le renoncement aux parents."

Vertus d’abba Macaire 67.

On dit d’abba Macaire que, passant un jour en Egypte, il arriva sur une aire à battre le blé : le fossé avait été nettoyé et le patron donnait leur salaire aux ouvriers. Et le vieillard voulant éprouver le laboureur, désirant faire sortir de sa bouche une parole sur la "vie pratique" lui dit : "Monsieur, donnez-moi par charité un peu de blé." Le paysan lui dit : "Si tu as travaillé, je te donnerai un salaire ; car à celui qui travaille on donne son salaire." Le vieillard répondit : "Donc, c’est celui qui travaille qui reçoit un salaire ?" Le laboureur dit : "Oui, c’est bien cela : celui qui travaille reçoit un salaire." Le vieillard lui dit : "Je voulais entendre cette parole de ta bouche." Et, lorsqu’il se fut éloigné, il se frappait le visage de ses deux mains en marchant, disant : "Malheur à toi, Macaire, car tu as été repoussé pour ce qui est de recevoir un salaire dans les travaux matériels de ce monde ; en effet, il est écrit : Hâte-toi de te lever comme un travailleur qui n’a pas à avoir honte du travail qu’il a accompli pour l’œuvre de son Seigneur.

Donc, malheur à toi, Macaire qui n’as pas obtenu cette bonté du maître de la vigne, disant : Appelle les ouvriers, donne-leur salaire, aux premiers comme aux derniers, à chacun un denier ; et encore : à celui qui travaille on ne compte pas son salaire comme une grâce." Et ainsi le vieillard bienheureux marchait, endeuillé en des larmes et des gémissements.

Vertus d’abba Macaire 68.

Abba Macaire dit : "Comme le charpentier qui rabote ce qui est tordu, et arrondit ce qui est droit, ainsi est la pénitence que notre Seigneur Jésus le Christ nous donne : elle redresse ce qui était tordu, et ce qui s’était vautré dans la boue du péché, elle le rend pur comme des vierges, en présence de notre Seigneur Jésus le Christ : si l’on se convertit pour faire pénitence, on reçoit par la pureté l’habit angélique qui est dans les cieux."

Vertus d’abba Macaire 69.

Abba Macaire le grand dit encore : "Si l’on ne trouve pas comme l’empreinte de la main du maître et higoumène gravées avec une grande patience et sans murmure sur la joue de celui qui lui est soumis, il n’est pas possible au disciple de recevoir la couronne et le salaire du fils parfait, ni l’honneur des disciples de notre Seigneur Jésus le Christ ; car celui qui enseigne le fait selon l’image et la figure du berger véritable, le maître vrai, lui qui a laissé les pointes des clous et de la lance entrer dans son corps, comme un témoignage et une malédiction contre les Juifs ; et cela, il l’a enduré de sa propre volonté avec une grande douceur. De même, ceux qui sont un refuge et qui sont supérieurs pour ceux qui leur sont soumis, s’ils ne sont pas dans cette douceur et cette suavité, il n’est pas possible ainsi qu’ils engendrent des fils spirituels à la manière d’EIie qui engendra Elisée, à la manière de Paul qui engendra Timothée et Onésime."

Vertus d’abba Macaire 70.

Abba Paphnuce, le disciple véritable d’abba Macaire, dit : "Il fut, un jour, révélé au vieillard au sujet d’un passeur, que ce dernier avait en lui une vertu, mais à cause du voile des ténèbres étendu sur son cœur et de l’activité qui l’occupait tout le jour, il ne le savait pas et ne le comprenait pas. Aussi le vieillard s’étant levé, il se rendit au fleuve et y vit un passeur qui travaillait avec grand courage, mais sans penser du tout à Dieu, et le voyant ainsi, Macaire fut étonné et il se mit a réfléchir à sa pauvreté. Lorsque le jour fut fini, le passeur s’en alla à sa maison. Quant à moi, dit Macaire, je le suivis, et lorsque nous avons rejoint sa femme, nous nous sommes assis et je regardai autours de moi, mais n’y reconnaissais rien de ce que Dieu m’avait révélé, sauf les sept enfants qui entrèrent. Ensuite je l’interrogeai sur la vertu et son travail, et il me dit : "La vertu, c’est une chanson ?". C’est pourquoi Dieu lui avait caché la chose pour son bien. Et lorsque je vis qu’il n’y comprenait rien, je priai Dieu de lui ouvrir le cœur, et le Seigneur m’exauça promptement ; il ouvrit les yeux de l’homme et son intelligence, et celui-ci fut dans la crainte, soupira et ses larmes coulèrent sur la terre, et j’étais étonné de la consolation dans laquelle il se trouva. Il me dit : Le Seigneur a ouvert mon cœur et mon intelligence, afin que je connaisse ce en quoi je me trouvais tout ce temps, ce que Dieu m’a caché pour le bien de mon âme et de mon corps. Voici notre histoire, à moi et à ma femme : lorsque Dieu m’eût marié avec elle selon le monde, comme j’étais encore sur le lit avec elle, nous avons pris un engagement entre nous, avec Dieu et l’un avec l’autre, de garder notre pureté jusqu’à notre mort. Et depuis ce jour je ne connais pas le lit de ma femme et elle non plus ne connaît pas le mien. Quant à ces enfants, j’ignore qui en est le père, ou comment elle les a enfantés, mais, avec la grâce de Dieu, je ne lui en ai jamais fait reproche. Et voici que j’ai supporté le froid et le vent, nourrissant ces huit âmes, tout en ignorant la grâce que mon Seigneur Jésus le Christ m’a faite. Et lorsqu’il m’eut dit cela, je me jetai à son cou pour l’embrasser, puis le quittai, rendant gloire à notre Seigneur Jésus le Christ sur les grâces nombreuses qu’il fait aux hommes pour le salut de leurs âmes, afin qu’a toute occasion nous obtenions la vie éternelle du royaume des cieux par ses miséricordes nombreuses."

Vertus d’abba Macaire 71.

Abba Macaire le grand dit : "Si tu t’approches de la prière, fais fermement attention à toi, afin de ne pas livrer pas tes vases aux mains des ennemis : car ils désirent t’enlever tes vases, c’est à dire les pensées de l’âme. Ce sont des vases glorieux avec lesquels tu serviras Dieu ; car Dieu ne cherche pas de toi que tu lui rendes gloire des lèvres seulement, pendant que tes pensées vacillantes se dispersent par tout le monde ; mais que l’âme et toutes ses pensées se tiennent sans distraction et regardent le Seigneur. Mais prions-le – lui, le grand médecin qui guérit les âmes et le corps, notre Seigneur Jésus le Christ – de guérir les maladies de nos âmes et d’illuminer nos pensées, ainsi que les sens de notre cœur, afin que jour après jour, nous comprenions son grand amour pour les hommes, la descente qu’il a faite au monde vers nous et les biens qu’il nous fait à nous qui en sommes indignes, car il est notre Maître et notre Sauveur, notre Seigneur Jésus le Christ."

Vertus d’abba Macaire 72.

Un frère interrogea abba Macaire sur la vie d’ermite. Le vieillard lui dit : "Si tu désires la vie d’ermite, supporte-la en toute chose convenable. Ne sois pas "ermite"un jour sur deux, mais supporte cette vie, et Dieu, par sa grâce, habitera en toi. Ne t’inquiètes pas de ce que pensent les hommes et ne laisse aucun prétexte te faire quitter de la solitude ne serait-ce qu’un jour, sauf pour un frère pauvre ou de quelqu’un qui se trouve dans le besoin ou la souffrance. Mais si Dieu lui a dispensé ce dont il avait besoin par l’entremise des frères, toi, va dans ta demeure et supporte ta pauvreté, afin que la douceur de la vie solitaire soit continuelle en toi. Ne t’attarde pas au dehors, de crainte qu’une tempête ne se lève contre toi, que tes souffrances se renouvellent et que tu te trouves à gémir et pleurer ; mais reste assis dans ta demeure, endure la pauvreté, et la consolation viendra à toi, avec la joie et l’exultation du Seigneur. Ne lie amitié avec personne si ce n’est avec tes frères pauvres, ne recherche la compagnie de personne, même s’il t’a fait du bien, mais recherche la compagnie de Dieu seul et sers-le : c’est lui qui te sert avec des entrailles de fils. Pour toi, garde-toi de l’amitié des hommes, que toute ton amitié ne soit qu’entre toi et Dieu. Ne recherche aucun homme pour goûter le repos de son amitié, ne prends pas de liberté en sa maison, et n’habite pas chez lui sans ordre, de peur que tu ne sois troublé. Mon fils, si lu désires être en repos toute ta vie et que tes pensées soient unies à Dieu à toute heure ; garde-toi de la camaraderie des hommes. Et même si ton propre frère selon la chair vient vers toi [pour devenir moine] et que tu ne veuilles pas le rejeter, reçois-le, puis confie-le à un autre frère qui a la confiance des frères parce qu’il est fidèle, et toi, demeure en la pauvreté afin de ne pas perdre toutes tes richesses.

Quatre hommes dans l’Ancien Testament ont été des maîtres en quatre œuvres : d’abord il y a Abraham dont la porte était ouverte à tout homme, il était le serviteur de toute image de Dieu, il servait les étrangers, il lava les pieds de son Seigneur et de ses Anges, et Dieu lui donna un choix à l’heure où il lui apparut, il fit avec lui son alliance, et son œuvre est apparue capitale dans l’Eglise pour conduire vers Dieu ; ensuite, il y a Moïse qui conduisit le peuple dans le désert, Dieu lui parlait face à face, et son œuvre est aussi importante ; puis il y a Lazare, malade et pourtant reconnaissant dans sa maladie, patient dans sa souffrance et son angoisse, voyant ceux qui mangeaient et buvaient devant lui parmi tous les biens de cette vie, les riches de ce siècle qui n’eurent pas pitié de lui un seul jour, il rendait grâces dans sa simplicité, son innocence et sa soumission – car notre Seigneur rend le témoignage qu’il était parfait en son œuvre et qu’il y était capital – et enfin, il y eut Elie dans son dénuement lorsqu’il se trouvait dans le désert sans dérangement et que Dieu le servait, lui aussi est capital en son œuvre. Maintenant donc, mon frère, puisque tu désires être toi aussi dans cette belle voie du renoncement et de la pauvreté, [sache ceci :] celui qui est pauvre et humble a ses préoccupations tournées vers Dieu, il est attaché à sa demeure, supportant sa pauvreté, purifiant ses pensées à l’égard de toute image de Dieu. Je ne te dis pas sa gloire, car Dieu connaît la gloire de cette vertu ; cependant la miséricorde appartient à notre Seigneur Jésus le Christ qui nous l’accordera à cause de sa grande mansuétude."

Vertus d’abba Macaire 73.

On rapporte d’abba Macaire qu’un frère vint un jour vers lui ; il lui dit : "Mon père, mes pensées me disent : Sors, visite les malades ; car, disent-elles, c’est, un grand commandement." Abba Macaire lui dit d’une parole prophétique : "La bouche sans mensonge, notre Seigneur Jésus le Christ, a dit : J’étais malade, vous m’avez visité. Il a pris la chair de l’humanité, il l’a unie à lui-même, et il a pris l’humanité en toute chose à l’exception du péché seulement ; mais à toi, mon fils, je te dis : être assis dans sa cellule vaut mieux que d’aller rendre visite. Car, dans la suite, il viendra un temps où l’on se moquera de ceux qui restent assis dans la cellule et la parole d’abba Antoine s’accomplira : Si l’on voit quelqu’un qui ne soit pas libertin, on se lèvera contre lui en disant : "Espèce de fou !" parce qu’il ne leur ressemble pas. Je te le dis, mon fils, si Moïse n’avait pas gravi [la Montagne] jusqu’à la nuée, il n’aurait pas reçu les Tables de la Loi écrites de la main de Dieu, pour la gloire…"

Vertus d’abba Macaire 74.

Abba Pambo dit : "J’avais résolu en mon cœur de recevoir la bénédiction d’abba Macaire le pneumatophore, encore une fois, tant qu’il était en vie. Lorsque je fus arrivé à la cellule d’abba Moïse, j’y trouvai abba Poemen, abba Evagre le savant, abba Cronios et deux autres frères avec nous, et chacun avait en lui la même pensée que moi et qui m’avait fait prendre la route. Et lorsque le soleil se fut couché, il y eut des éclairs et des tonnerres, un tourbillon de tempête et de fortes bourrasques de sorte que nous étions empêchés d’aller recevoir la bénédiction du saint pneumatophore, le grand abba Macaire. L’un de nous dit : "L’Esprit-Saint consolateur qui est en abba Macaire fera un miracle pour nous et nous conduira en paix jusqu’à sa demeure." Etant sortis tous les sept, nous avons commencé à prier et il y avait un signe sur le devant du rocher d’abba Macaire, et nous avons vu qu’une colonne de feu brillante et resplendissante, élevée jusqu’au ciel se tenait sur lui. A mesure que nous marchions, la colonne s’abaissait peu à peu, et, lorsque nous sommes arrivés au rocher du saint Macaire, elle disparut et nous avons vu dans sa demeure comme un feu allumé. Après que nous ayons frappé à la porte, le saint sortit et voyant l’éclat de son visage, nous sommes tombés à terre, et avons embrassé ses pieds saints. Lui, nous ayant relevé, nous embrassa. Après avoir prié,, nous étant assis nous avons parlé de la gloire du progrès selon Dieu et aussi de la bonne conduite, de la fermeté de la vie des moines de Scété. Ensuite abba Macaire prit la parole et dit : "Mes frères, l’un de vous sept mourra dans un combat de martyre et sept autres frères avec lui mourront aussi de même." Abba Moïse prit la parole et dit : "Souviens-toi de moi, ô mon père, afin que s’accomplisse pour moi la parole du Sauveur qui a dit : Quiconque aura pris l’épée périra par l’épée ; c’est là mon espoir." Ensuite, nous nous sommes jetés à ses pieds pour recevoir sa bénédiction et le saint vieillard pria sur nous. Puis il nous congédia, et en marchant, nous rendions gloire à Dieu sur les paroles qui avaient été données et sur ce que nous avions vu, et nous étions pleins de désir au sujet des grâces excellentes que Dieu accorde à ses saints."

Vertus d’abba Macaire 75.

Un frère tomba dans une transgression et il se rendit tout en larmes près d’abba Macaire, disant : "Prie pour moi, mon père, car je suis dans la maladie de Sodome, et j’ai chuté ainsi que tu viens d’apprendre." Abba Macaire lui dit : "Prends courage, mon fils, saisis celui qui n’a pas de temps, qui n’a pas de commencement, celui qui demeure jusqu’à l’éternité, qui n’a pas de fin, le secours de ceux qui n’ont pas d’espérance si ce n’est en lui seul, le nom doux à la bouche de chacun, la seule douceur, la vie parfaite, le maître des trésors nombreux de miséricordes, notre Seigneur Jésus le Christ, notre vrai Dieu. Qu’il soit ta force, ton secours, qu’il te pardonne. Mon fils, je te le dis, si une vierge tombe dans une transgression même si elle garde bonne apparence, je te le dis, à cause de sa honte et des injures qu’on lui a faites, elle est en joie et le Christ se réjouit sur elle comme sur une vierge. Ainsi toi aussi, mon fils, puisque tu as fait connaître ta honte, comme a dit la Sainte-Écriture : Confessez vos péchés les uns aux autres, afin que le pardon vous soit donné et que vous soyez sauvés, car Pierre a dit au Seigneur : Combien de fois pardonnerai-je à mon frère, jusqu’à sept fois ? Le Dieu bon lui dit : Je ne te dis pas sept fois, mais soixante-dix fois sept fois."

Vertus d’abba Macaire 76.

Abba Macaire dit : "Comme quelqu’un, s’il va dans un bain, s’il ne se dépouille pas de tous ses vêtements il ne peut se baigner, ni laver toutes ses saletés : il en est de même pour qui entreprend d’être moine ; s’il ne se dépouille pas de tout souci de ce monde et de tous ses désirs remplis de vains plaisirs, il ne peut pas progresser dans la vertu, ni vaincre toutes les flèches de l’ennemi, qui sont les souillures."

Vertus d’abba Macaire 77.

Abba Macaire le grand dit : "De même que le pilote qui tient le gouvernail est en soucis pour la barque et la cargaison jusqu’à ce qu’il l’ait conduite au port ; un père spirituel qui a des enfants prend souci de leur salut. Car le pilote n’est jamais sans souci pour la barque, mais il examine les planches de la coque pour voir lesquelles faiblissent, ou s’il y a des fissures, jusqu’à ce qu’il les ait complètement bouchées, de peur que la barque ne sombre dans les eaux et qu’elle ne se perde. De même aussi celui qui est père sur les frères, il faut qu’il examine toutes les passions et les pensées mauvaises des démons qui sont en eux pour voir quels sont ceux qui sont dans ces passions qui font pénétrer en eux cette eau nuisible à leurs âmes, de peur que s’il ne se tient pas en souci de ces questions charnelles il ne soit lui-même accusé en présence de Dieu, parce qu’il a négligé l’entraînement les frères qui sont avec lui, jusqu’à ce qu’ils soient audacieux dans les flots ou dans la mer des embûches du démon qui est ennemi du renoncement et de l’abstinence."

Vertus d’abba Macaire 78.

On rapporte d’abba Macaire qu’un chérubin demeurait près de lui depuis le jour où il commença de progresser, l’affermissant, lui donnant force pour l’abstinence, et il progressait chaque jour, avançant dans l’ornement de la vertu, de sorte que sa bonne renommée couvrit la Romanie entière et les lieux de l’Orient ; car, certes, il attirait à lui chacun pour la pratique evangélique à cause du parfum de ses ascèses élevées, de sorte qu’il arracha une foule d’hommes de la bouche de la mort pour la vie éternelle. Notre Seigneur Jésus-Christ lui accorda la grâce de voir les péchés des hommes comme une huile qui se trouve dans un vase de verre, et il les découvrait tous, prenant la ressemblance de Dieu.

Vertus d’abba Macaire 79.

Abba Paphnuce, le vrai disciple d’abba Macaire, dit : "Le vieillard eut une révélation à propos d’un ouvrier qui travaillait sans murmure étant dans une grande patience, espérant la vie éternelle. S’étant alors levé avec promptitude, il me dit : "Lève-toi, suis-moi." Après avoir marché, nous sommes arrivés à un endroit désert, près du fleuve. Nous étant assis tranquillement, le vieillard fut ravi dans une vision. Je lui dis alors avec franchise, comme quelqu’un qui aurait été affermi et aurait su que par la grâce de Dieu rien ne lui était impossible : "Mon père, me permettras-tu de dire une parole ?" Il me dit : "Quoi donc, mon fils ?" Et je lui répondis : "Fais une prière, afin que nous traversions." Le visage plein de joie et la bouche pleine de grâce, il me dit. : "Mon fils, imiterons-nous notre Seigneur Jésus le Christ et prendrons-nous la vertu de Pierre, le chef des Apôtres ? Pourrons-nous échapper à la vaine gloire des hommes, et jusqu’à quand les hommes nous loueront-ils ?" Mais quand il eut dit cela, voici que se montra une bête aquatique. Le saint abba Macaire lui dit : "Est-ce donc la volonté de notre Seigneur Jésus le Christ que tu nous fasses traverser le fleuve ?" A peine eut-il dit cela qu’aussitôt la bête aborda au rivage, et, lorsque nous fûmes montés sur elle, elle nous transporta de l’autre côté où nous sautâmes sur le rivage. Aussitôt, mon père abba Macaire lui dit : "Fais un effort, plonge ta tête et notre Seigneur Jésus le Christ te donnera ton salaire." Lorsqu’elle eut plongé, aussitôt elle ressortit avec un grand poisson ; et, lorsque je vis ce grand prodige, je me jetai a ses pieds, étant dans une grande crainte. Mais lui me releva et nous reprîmes notre route, rendant gloire à notre Seigneur Jésus le Christ. Étant arrivés à proximité du village, nous nous sommes assis et tandis que mon père, le juste abba Macaire regardait ceux qui passaient, voici qu’il vit l’ouvrier qui venait vêtu de la grâce de l’endurance.

Il dit : "Voici un vase d’élection et d’honneur." Et, s’étant levé devant lui, il l’embrassa et lui dit : "La paix avec toi, ouvrier de la onzième heure." Il répondit et dit : "Selon la volonté de mon Seigneur Jésus le Messie." Notre père abba Macaire lui dit : Comment travailles-tu et de qui reçois-tu ton salaire ?" L’ouvrier lui dit : "Je travaille pour un chef de la terre, et le Roi qui est aux cieux me donne mon salaire." Mon père abba Macaire lui dit : "Es-tu donc certain qu’il en est ainsi ?" L’ouvrier dit : "Je suis certain de la parole du Maître de la vigne." Mon père abba Macaire lui dit : "Que veux-tu dire ?" L’ouvrier lui dit : "Il a dit : Appelle les ouvriers et donne-leur leur salaire." Après avoir ainsi parlé, ayant plié le genou, nous avons prié, puis nous étant levés, nous reprîmes notre route. Notre père abba Macaire était triste, disant : "Malheur à toi, Macaire, car voici que je ne suis pas certain, comme cet ouvrier qui vit dans le monde, que mon travail a plu à mon Seigneur Jésus le Christ, ou même que je suis digne d’un salaire terrestre, surtout de celui des cieux." Après cela, étant arrivés au fleuve, mon père saint, abba Macaire, me dit : "Mon fils, faisons, nous aussi, comme tout humain." Et, ayant pris le bac, il nous déposa sur la rive Ouest. Et, après avoir marché un certain temps, mon père abba Macaire me dit : "Mon fils, asseyons-nous un peu." Et, nous étant assis, nous fûmes enlevés et je ne m’aperçus de rien jusqu’à ce que nous soyons près de la grotte. Je lui dis : "Nous voici arrivés bien vite, mon père." II me dit : "Rendons gloire à notre Seigneur Jésus le Christ, car celui qui a emporté Habacuc et Philippe, c’est celui qui nous a conduits."

Vertus d’abba Macaire 80.

Abba Macaire dit : "Comme j’étais assis une fois dans la grotte, j’entendis une voix qui criait, comme la voix d’un épervier ; et, lorsque je fus sorti, je vis un grand dragon. Lorsqu’il me vit, il courba son cou, posant sa tête au sol, puis la relevant il tourna son visage vers moi ; et, comme je le regardais attentivement, je vis qu’il y avait une paille dans son œil droit. Me couvrant des miséricordes de notre Seigneur Jésus le Christ et de la force invincible de la croix, je le saisis, je le touchais au visage, en disant : Mon Seigneur Jésus le Christ, qui as ouvert les yeux de l’aveugle-né, aie pitié de l’infirmité de cet animal, guéris-le. Et, lorsque j’eus dit cela, la paille tomba de son œil ; puis, lorsqu’il eut incliné son cou trois fois, il posa sa tête sur mes pieds ; et comme je le congédiai, il s’en alla. Aussi, je rendis gloire à notre Seigneur Jésus le Christ pour ses nombreuses miséricordes, car il prend soin des bêtes sauvages elles-mêmes."

Vertus d’abba Macaire 81.

Abba Évagre interrogea abba Macaire, comme il était encore assis près de lui avec d’autres frères : "Comment Satan trouve- t-il ces pensées mauvaises pour les lancer aux frères ?" Abba Macaire lui dit : "Celui qui chauffe la fournaise saisit une grande quantité de broussailles et il ne rechigne pas à les jeter dedans ; de même aussi, le diable est un chauffeur et il ne néglige pas de lancer dans le cœur de chacun toutes ses broussailles mauvaises, c’est-à-dire ses souillures. Nous voyons aussi que l’eau éteint et vainc la force du feu ; ainsi le secours de notre abri, Notre-Seigneur Jésus le Christ, et la vertu invincible de la croix, si nous jetons nos faiblesses à leurs pieds, éteignent tous les artifices de la méchanceté de Satan loin de nous, ils rendent notre cœur ardent et bouillant dans l’esprit, dans la foi céleste remplie d’exultation."

Vertus d’abba Macaire 82.

Abba Évagre dit encore : "J’allai trouver abba Macaire à l’heure où la chaleur est la plus forte. J’étais brûlant de soif, et je lui dis : "J’ai grand soif, mon père." Il me dit : "Que l’ombre te suffise : il y en a tant qui cheminent à cette heure, qui brûlent et n’ont point d’ombrage." Et ensuite je discourus avec lui sur la vertu. Il me dit : "Vraiment, mon fils, j’ai passé vingt ans sans me rassasier ni de pain, ni d’eau, ni de sommeil ; au mieux je me suis appuyé contre le mur jusqu’à ce que j’ai pris un peu de sommeil."

Vertus d’abba Macaire 83.

Abba Macaire le grand dit : "Puisque votre cœur se réjouit de la voix du Seigneur, écoutez-la non seulement pour l’écouter, mais pour recevoir l’enseignement et l’accomplir ; car celui qui écoute la parole de Dieu de toute sa force, elle lui apprend à l’accomplir. En effet, nombreux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, mais ne l’écoutent pas avec la vertu de Dieu et allégresse ; c’est pourquoi ils ne progressent pas. C’est à ce genre d’hommes que notre Seigneur Jésus le Christ s’adresse, lorsqu’il crie : Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende ; car si tous avaient écouté avec assiduité, il n’aurait pas dit ce mot : Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. Notre Seigneur Jésus le Christ connaît la nature du diable, qui combat contre les âmes pour ne pas les laisser entendre la parole de Dieu et être sauvées, c’est pourquoi il a dit : Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende ; car s’ils entendent, ils avancent et ils triomphent de toutes les passions de l’âme et du corps. Si le démon empêche l’ame d’écouter la parole de Dieu avec force, elle n’avance pas et ne trouve pas moyen de combattre les passions du corps, parce que la parole de Dieu n’est pas avec elle. Si l’ennemi prend puissance sur elle, elle ne trouve absolument plus aucun moyen de jeter hors d’elle quelque chose des passions mauvaises. Mais l’âme en qui est la parole est en capacité de chasser loin d’elle les passions, et elle chasse Satan au loin, qui s’enfuit couvert de honte ; car il est ainsi écrit dans l’Apôtre : "La parole de Dieu frappe plus que toute épée à deux tranchants et elle pénètre jusqu’aux divisions de l’âme, aux jointures et aux moelles." Nous voyons donc que, si on laisse l’homme écouter la parole de Dieu, il chasse les passions ; mais, si on ne le laisse pas écouter, l’âme reste de plomb et ne chasse aucune des passions mauvaises. C’est pourquoi le diable méprise ceux qui sont de cette sorte ; car, si ceux qui sont de cette sorte passent tout le temps de leur vie dans le monachisme et la virginité, ils n’avancent en rien, ils ne connaissent pas la douceur de Dieu qui est plus douce que le miel en rayon, ils ne connaissent pas la force de Dieu qui est plus forte que toute chose, qui fortifie l’âme jour après jour, qui la remplit de vaillance ainsi qu’il est écrit : "Le cœur des justes est plus courageux que celui des lions." Voyez-vous, mes enfants, comment le cœur des justes est courageux ? Pourquoi est-il courageux ? Parce qu’ils le mettent au régime de la nourriture spirituelle, qui est la parole de Dieu. C’est pourquoi son âme est vaillante comme un homme qu’on laisse prendre la nourriture du corps, car il y trouve force de jour en jour ; si on ne le laissait pas prendre de nourriture, son corps deviendrait sans force ; et, si ses ennemis venaient le combattre, ils le vaincraient rapidement. Maintenant, ô mes bien-aimés, préparez-vous à manger la nourriture spirituelle, afin de prendre courage et de vaincre vos ennemis. Pourquoi certains sont-ils empêchés de manger cette nourriture ? Parce que leur cœur n’est pas droit, parce qu’ils ne combattent pas contre le désir de leur cœur, parce que leur cœur est souillé et qu’ils n’ont pas la moindre connaissance de Dieu. C’est pourquoi les démons ne les laissent pas manger la nourriture sainte, afin qu’ils ne fortifient pas leurs âmes. C’est pourquoi ils passent tout le temps de leur vie dans la crainte, la fermeture de cœur, l’affliction, s’accusant eux et leurs compagnons toute leur vie. Gardez-vous donc de ce fruit mauvais, ô mes bienaimés, afin que vous viviez et que vous soyez comptés appartenant à Dieu dans le Christ Jésus notre Sauveur."

Vertus d’abba Macaire 84.

Abba Macaire le grand dit : "Un jour que je passais en Egypte, j’arrivai près d’un parc à brebis, et en dehors du parc, je vis une brebis qui avait mis bas. Un loup arriva et lui enleva son petit, et elle pleurait, disant : Malheur à moi ! si je n’avais pas été en dehors du parc, le loup ne m’aurait pas trouvée pour emporter mon petit !" Et comme il admirait la parole de la brebis, les frères qui étaient avec lui l’interrogèrent sur l’explication de cette parole ; il leur répondit, disant : "Viendra un temps où les moines abandonneront les déserts pour se réunir et faire des peuples nombreux ; si quelqu’un se sépare d’eux, le loup spirituel emportera son petit, c’est-à-dire son esprit, et il devient plus insensible que la pierre et aussi inintelligent que les animaux sans raison ; car, certes, celui qui le recherche dans une vaine gloire et l’imprudence ne l’obtiendra pas, comme au milieu des frères."

Vertus d’abba Macaire 85.

On rapporte d’abba Macaire que, montant un jour de Scété vers l’Egypte, il portait des corbeilles. Lorsqu’il fut fatigué, il s’assit, il leva les yeux au ciel, il dit : "Seigneur ! toi, tu vois ma fatigue !" Et lorsqu’il eut dit cela, il se trouva au bord du fleuve avec les corbeilles.

Vertus d’abba Macaire 86.

Abba Évagre dit : "Étant assis une fois, avec des frères, près d’abba Macaire, il nous parlait sur le sens des Écritures saintes et j’interrogeai le vieillard en disant : "Quelle est cette parole qui est dans l’Évangile : Celui qui blasphémera contre l’Esprit-Saint, on ne lui pardonnera ni dans ce siècle, ni dans le futur ?" Le vieillard me dit : "Cela est évident pour tout manque lié au péché qui vient pour l’homme, s’il n’est pas affermi dans l’espérance et dans une foi assurée, comme a dit notre Seigneur dans l’Évangile : Si vous avez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d’ici-la, elle se transporterait, il n’y aurait rien d’impossible pour vous. Mais supposons un homme qui, de son plus jeune âge et jusqu’à sa fin est dans le péché ; et si quelqu’un comme cela se met à dire dans son cœur : "Même si je me tournais vers Dieu maintenant, il ne me pardonnera pas et il ne me recevra pas en sa justice", cet homme là a blasphémé contre la vertu de la Trinité Sainte et il a donné en lui prise à Satan, et son péché est impardonnable à moins qu’il ne se convertisse et se repente de tout son cœur. Ainsi encore quelqu’un qui est dans une maladie spirituelle, s’il n’espère pas dans le secours d’en haut, comme Job et le paralytique, en vérité, celui-là blasphème contre la vertu de la Trinité Sainte, il a donné en lui place à Satan et son péché est impardonnable ; son jugement le jettera dans le Tartare éternellement, dans les ténèbres extérieures où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Cependant il n’y a aucune difficulté pour les entrailles miséricordieuses du maître des trésors de miséricorde, notre Seigneur Jésus le Christ à recevoir le repentir de tous ceux-ci." Lorsque le saint abba Macaire eut dit cela, nous nous sommes trouvés avec un grand courage et une joie spirituelle, c’était comme si nous avions vu le roi le Christ placé au milieu de nous, nous encourageant. Après toutes ces paroles pleines de vie et de guérison pour nos âmes que nous avait dites le grand abba Macaire, comme la bouche du Paraclet qui était en lui, nous prosternant, nous avons embrassé ses pieds saints ; il pria sur nous ; puis nous sommes repartis avec actions de grâces et rendant gloire à notre Seigneur Jésus le Christ."

Vertus d’abba Macaire 87.

Abba Poemen dit : "Chaque fois que nous rencontrions abba Macaire, nous ne disions aucune parole, sans qu’il la sache, car il était pneumatophore et un esprit prophétique habitait en lui, comme en Elie et tous les autres prophètes, car il était vêtu d’humilité, comme d’un manteau épais par la vertu du Paraclet qui était en lui. Et même, rien qu’à le voir rempli de la grâce de Dieu brillant sur son visage, la consolation de l’Esprit saint Paraclet qui était en lui venait sur tous ceux qui étaient assis près de lui. Et lorsque nous étions remplis de l’exultation, de la joie et de l’allégresse de ses discours vivifiants et pleins de grâce, nous retournions à notre demeure, rendant gloire à Dieu et à son serviteur abba Macaire.

Pour la gloire du Père, du Fils et du Saint-Esprit,
maintenant, et en tout temps,
jusque dans les siècles
de tous les siècles.
Amen."