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Upanishad de Shvetashvatara
श्वेताश्वतरोपनिषद (Śvetāśvatara Upaniṣad)


AuteursDatesTypeLieuThèmes
attr. Shvetashvataram.-IVLittérature (myst.)IndeMysticisme
Théologie

► Ce mukhya upanishad compris dans le Shukla Yajurveda traite de métaphysique et de la pratique yogique qui en découle, transférant le यज्ञ (yajña) {sacrifice} sur le plan interne où le तपस् (tapas) {chaleur ascétique} est ainsi produit. Il a été abondamment commenté, notamment par Shankara et constitue l’une des bases du samkhya, ainsi que du shivaïsme et du vishnouïsme, puisqu’on y retrouve défini Rudra et Ishvara ainsi que la première mention de bhakti.

Texte et traduction : de l’anglais au français classique, in Neuf Upanishads : la théosophie des Védas, Jean-Émile Marcault, 1905. | bs. Bibliothèque Nationale de France (Paris, France). Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France

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CHANT DE PAIX

Om ! Qu’il nous protège tous deux ; qu’il soit content de nous! Puissions-nous croître en force ; que notre étude soit illuminée ! Qu’il n’y ait aucune dis-pute !

Om ! Paix, Paix, Paix ! Harih Om !

Ici commence l’Upanishad.

Première partie

1. Ceux qui parlent de Brahm nous disent ce qu’est Brahman, comme cause ; d’où nous naissons ; par quoi nous subsistons ; où nous trouvons le repos ; par la maîtrise de quoi nous observons (1) la discipline de celui qui connaît Brahm (2).

2. Le Temps, la chose en soi, la loi, le hasard, les éléments (primordiaux) la matière, l’esprit, doivent servir de sujets de méditation. L’enchaînement de ces causes n’est pas l’œuvre du Soi (3) ; le Soi suprême n’est pas le régent de la cause de la douleur et du plaisir.

3. Ces hommes ont contemplé, par l’art de la méditation, cachée dans ses propres modes, l’énergie du Divin (4) qui, unique, régit toutes les causes, du temps à l’esprit.

4. Considérons-Le (maintenant comme une roue) à un moyeu, triplement encerclée, à seize jantes et cinquante rayons, vingt nœuds, et six groupes de huit, formée de toutes choses, liée d’une corde, tournant dans trois sens, et dont l’unique illusion naquit de deux causes.

5. Une rivière aux cinq courants, issus de cinq fontaines, aux tournants périlleux, dont la source primordiale est la quintuple connaissance, aux cinq remous, dont le mascaret est la quintuple souffrance, aux cinquante bras, aux cinq niveaux.

6. Dans la source de toute vie, vaste base de tout, dans cette roue sphérique de Brahm, est mis en révolution celui qui vient et qui va (5) ; mais s’il médite sur le Soi, l’ordonnateur (considéré) comme distinct (de la roue), honoré par Lui dès ce moment, il parvient à l’état où la mort n’existe plus.

7. Sur ce Brahman suprême il a été chanté aussi : en Lui est le trois (6) Lui aussi est la base ultime au-delà de toute corruption. Lorsqu’ils connaissent la différence (séparant) ces quatre, les connaisseurs de la sagesse se fondent en Brahm, unis à Cela, et sont affranchis de la matière.

8. Ce tout, bien assemblé, ce qui périt et ce qui ne périt point, ce qui est révélé et ce qui ne l’est pas, est soutenu par l’etre de puissance : au contraire, le moi impuissant est maintenu dans les liens parce qu’il goûte (le plaisir et la douleur), (mais) lorsqu’il connaît le Dieu, il est libéré de toutes chaînes.

9. Le connaisseur et le non-connaisseur, le puissant et l’impuissant n’ont pas eu de naissance ; non plus que celle qui, unique, enferme en son sein (tous) les objets goûtés par le « goûteur ». Mais lorsque le Soi infini, omniforme, pur de toute action, connaît (cette) triade, c’est (l’état de) Brahm.

10. Ce qui est périssable est l’objet (7), mais immortel et corruptible est ce qui recueille (toutes choses et les conserve). Sur le Soi et sur ce qui périt règne le Dieu unique.
Grâce à la méditation et à l’union avec Lui, maintes fois répétées, (vient) enfin le terme de toute la création(8).

11. Par la connaissance du Dieu, (est produite) la délivrance de tous les liens ; avec la fin de la souffrance, (vient) le terme des naissances et des morts : lorsque on le contemple, ayant quitté son corps, (on obtient) en troisième lieu la puissance absolue. (Il est) pur et impassible.

12. Ceci doit être connu comme toujours fixé dans le Soi ; au delà de ceci, en vérité, rien n’est connaissable. Lorsqu’on a traité de ce qui goûte, de ce qui est goûté, et de l’ordonnateur, tout a été dît. C’est le triple Brahm.

13. De même que la forme (extérieure) (8) du feu, revenue sa source, ne peut être perçue, bien qu’il n’y ait aucune destruction de sa forme subtile, et qu’il puisse à nouveau jaillir des deux bâtons, tous deux (9) de même se trouvent dans le corps grâce au pouvoir du verbe dans le corps.

14. Prenant le corps comme bois inférieur, Om comme bois supérieur, par le frottement continu de la méditation, que l’on contemple le Dieu, qui s’y cache, pour ainsi dire.

15. Comme l’huile dans les graines, le beurre dans la crème, l’eau dans les sources, et le feu dans les bois, ainsi trouve le Soi dans le moi, celui qui Le cherche avec sincérité et méditation.

16. Ce Soi pénétrant toutes choses comme le beurre pénètre le lait, ayant sa racine dans la méditation et la connaissance de soi-même, ce Brahman, thème sublime de l’enseignement sacré, de l’enseignement sacré le thème sublime.

Deuxième partie

1. Unissant à la vérité les forces du mental et de la raison, rassemblant tout d’abord la lumière du feu de Savitri, parvenu sur la terre.

2. Le mental unifié, nous nous établissons dans la créature du divin créateur (10) pour (tenter d’atteindre) au ciel de (toute notre) force.

3. Unifiant avec (son) mental les forces qui mènent au ciel, et avec la raison l’espace lumineux, Savitri les produit pour former la puissante lumière.

4. Les chanteurs du Chanteur, le puissant auteur des chants, unifient le mental, unifient les forces de la raison. L’unique connaisseur de nos œuvres a institué les rites sacrés, telle est la haute louante du divin Savitri.

5. C’est vers Brahman que je m’efforce force plein de respect, (vers Brahman) plus ancien que nous deux (11). Puisse ma louange tomber sur le sentier du Sage. Puissent tous les fils de l’Immortel, qui résident dans les demeures célestes, (me) prêter l’oreille.

6. Là où le feu s’élève en tourbillons, où n’atteint pas le vent, où la sève (12) déborde, là s’élève le mental,

7. C’est avec la créature du créateur qu’il faut adorer l’antique Brahm. Fais de Cela ton asile ; ton passé ne retombera pas (sur toi).

8. Les trois (13) bien dressés, le corps bien droit, concentrant par le mental (tous) les sens dans le cœur, c’est à bord du vaisseau de Brahm que le sage traverse les effrayants rapides.

9. Maîtrisant ici (dans le corps) les forces, toutes les fonctions apaisées, la force vitale faible, on doit respirer par les narines (seules). Comme un char traîné par des chevaux indomptés, le sage doit tenir ce mental, avec toute son attention.

10. C’est au fond d’une retraite bien cachée, protégée du vent, au sol plan et propre, sans cailloux ni sable brûlant, plaisante au mental par ses murmures, ses ruisseaux et son ombre, et n’ayant rien de pénible à la vue, que l’homme doit se livrer à Yoga.

11. Lorsque en Yoga les formes (suivantes) apparaissent au préalable : rosée, fumée, soleil, vent, feu, mouche lumineuse, éclair, cristal, lune, elles indiquent Brahm.

12. Dans le quintuple (14), quand le pouvoir de Yoga entre en activité et que l’homme s’élève du sein de l’éther, de l’air, du feu, de l’eau et de la terre, il n’a plus de maladie, ni de décrépitude, ni de douleur, car il possède une forme issue du feu de Yoga.

13. La légèreté, l’absence de maladie et de convoitise, le doux éclat du teint, le charme de la voix, l’odeur agréable et le peu d’excrétions, témoignent du premier résultat de Yoga.

14. De même qu’une sphère (polie) couverte de boue devient luisante (lorsqu’elle est) bien lavée ; ainsi l’âme, acquérant la vision de la réalité du Soi, unifiée, atteint son but parfait, tout chagrin disparu.

15. Lorsque, avec la réalité du Soi en guise de lampe, l’homme ici-bas unifié contemple la réalité de Brahman ; connaissant le Dieu sans origine, immuable, pur de toute substance, il est délivré de tous liens.

16. Ce Dieu, en vérité, est en tous les points de l’espace. Voici bien longtemps qu’il naquit ; il est maintenant dans le germe. Il naquit, il naîtra ; il se tient derrière tous ceux qui naissent, la face de tous côtés tournée.

17. Au Dieu (présent) dans le feu, dans l’eau, pénétrant l’univers entier, (présent) dans les plantes, dans les rois des forêts, à Lui, à Dieu, salut, oui salut !

Troisième partie

1. L’unique tisserand, qui de ses pouvoirs souverains régit le monde, régit (bien) avec ses pouvoirs souverains ; ceux qui connaissent l’unique qui (subsiste) dans la naissance et l’être, deviennent immortels.

2. Oui, l’unique Rudra qui régit tous ces mondes de ses pouvoirs souverains, n’est point là en place d’un autre. Derrière ceux qui naissent il se tient ; au terme des temps il recueille en lui tous les mondes qu’il avait créés, le protecteur.

3. Il porto de tous côtés des yeux ; de tous côtés des faces, des bras aussi de tous côtés, de toutes parts des pieds. De bras, d’ailes, il les (15) munit, le Dieu unique, créant le ciel et la terre.

4. Celui qui est des dieux la source et la croissance, le Seigneur de toutes choses, le Rudra, puissant voyant ; qui amena à l’existence l’antique germe lumineux, puisse-t-il s’unir à nous, dans la pure raison (16)

5. De cette forme très miséricordieuse qui est, ô Rudra, ta forme bienfaisante dénuée de ses terreurs, faisant resplendir nos vertus, abaisse les regards sur nous, à toi dont le plaisir est la destruction (17).

6. Rends-nous miséricordieuse cette arme que tu serres dans ta main, prêt à la lancer, ô toi qui trouves ta joie dans les ruines, ô toi qui préserves de la ruine. Ne frappe pas l’homme, ni le monde !

7. Lorsqu’on connaît, au-delà de ce monde, Brahman supérieur, l’être puissant, caché dans toute créature selon sa forme, l’unique Seigneur enveloppant toutes choses, on devient immortel.

8. Je connais cet Homme (18) puissant, semblable au soleil, au delà des ténèbres ; c’est en Le connaissant, Lui et Lui seul, que l’on traverse de l’autre côté de la mort ; il n’est pas d’autre sentier.

9. Comme un arbre, il se dresse silencieux dans l’espace lumineux, solitaire ; celui que rien ne dépasse en grandeur ou en petitesse, en subtilité ou en immensité. C’est par Lui, l’Homme, que ce tout est rempli.

10. Ceux qui connaissent ce (tout) bien loin, au delà, Cela, sans forme ni misère, deviennent immortels ; les autres suivent le sentier de douleur.

11. Celui dont les faces, les têtes et les cous sont ceux de tous (les êtres), qui se tient dans le secret asile de toute âme, le seigneur, est répandu par tout l’univers. Donc, parce qu’il pénètre toute chose, il est miséricordieux.

12. Lui, le puissant monarque, l’Homme Lui qui dirige l’essence vers cette paix de la parfaite pureté, souveraine, inépuisable lumière.

13. L’Homme, de la taille d’un pouce, l’intime Soi, réside dans le cœur de tout ce qui naît ; c’est par le mental, la maîtrise du mental dans le cœur, qu’il est révélé. Ceux qui connaissent Cela deviennent immortels (19).

14. L’Homme aux milliers de têtes, aux milliers d’yeux, aux milliers de pieds, couvrant de toutes parts la terre, se tient au delà, à dix largeurs de doigt (20).

15. L’Homme est en vérité ce tout, ce qui a été et ce qui sera, le Seigneur d immorlalité qui domine de loin tous les autres (21).

16. Possédant de tous côtés des mains et des pieds, dans tous les sens des yeux, des têtes, des faces, de toutes parts des oreilles, dans le monde réside Cela, enveloppant toutes choses.

17. Rendant manifestes tous les modes des sens, sans aucun sens (lui-même), maître de tout, universel seigneur, refuge immense (du monde).

18. (Bien que confinée) dans la cité aux neuf portes (22), l’âme qui va et vient (23) vibre au dehors, maîtresse de tous les mondes, mouvants et immobiles.

19. Sans mains, sans pieds, il se meut, Il saisit ; sans yeux Il voit, Il entend sans oreilles ; Il connaît tout ce qui peut être connu, et cependant nul ne Le connaît. On L’appelle le premier, le puissant, l’Homme.

20. Plus petit que petit, (et pourtant) plus grand que grand, dans le cœur de cette créature, le Soi repose: Cela, pur de tout désir, il Le voit, tout chagrin disparu, le seigneur et sa puissance, par faveur de Dieu (24).

21. C’est lui que je connais, antique, incorruptible, le Soi de tous, pénétrant tous les (mondes) de sa puissance omniprésente ; dont les (insensés seuls) disent la naissance et la mort ; ceux qui parlent de Brahman Le disent éternel.

Quatrième partie

1. Celui qui, unique et incolore, dispose dans un but certain les innombrables couleurs diverses ; qui, à son terme, rassemble (25) en sa source tout l’univers, Il est le Dieu; puisse-t-il nous unir à la raison pure.

2. Cela est le feu ; Cela le soleil ; Cela l’air ; Cela aussi la lune ; Cela en vérité le lumineux ; Cela Brahm ; Cela les eaux ; Cela le créateur (26).

3. Tu deviens la femme, l’homme, l’adolescent, la jeune fille aussi ; vieillard, tu soutiens (27) tes pas d’un bâton ; tu nais, la face de tous côtés tournée.

4. Tu es la mouche bleue, l’oiseau vert, (et la bête) aux yeux rouges ; le nuage portant l’éclair dans son sein, tu es les saisons, les mers, sans origine. Ta demeure est l’omniprésente puissance, d’où naissent tous les mondes.

5. Oui cet (esprit) unique et qui n’a pas eu de naissance repose dans les bras de la (nature) unique et sans origine, rouge, blanche et noire (28), il s’unit à elle, (et) elle donne naissance à une innombrable progéniture semblable à elle-même. Mais lorsqu’il a joui de ses charmes, il la quitte, l’autre (Seigneur) qui n’a pas eu de naissance.

6. Deux compagnons aux ailes splendides, ensemble éternellement, perchent sur le même arbre. L’un d’eux dévore le fruit délectable, abstinent, l’autre le regarde.

7. Bien que perché sur le même arbre, l’homme, plongé dans l’impuissance, se lamente plein d’illusion Mais dès qu’il voit son compagnon adorable, rempli de puissance, et Sa grandeur, sa douleur s’évanouît (29).

8. Dans l’absolu suprême est la sphère des chants (30) où reposent tous les dieux. Celui qui ne sait pas cela, de quoi lui serviront les chants ? Ceux qui le connaissent, c’est eux, en vérité, qui vivent.

9. Chants, sacrifices, rites, vœux, le passé et l’avenir, et ce qu’enseignent les sciences (sacrées), c’est de cela que le maître magicien (31) fait surgir ce tout ; dans ceci un autre est enchaîné par sa puissance magique (32).

10. L’homme doit savoir que (cette) puissance magique est la nature (33), et le maître magicien le Seigneur tout-puissant (34). Tout ceci, qui se meut, est encerclé par ceux qui Lui tiennent lieu de membres.

11. Connaissant comme le seigneur, dispensateur des bienfaits, le Dieu qu’il faut révérer, Celui qui, unique, préside à toute naissance, en qui ce tout se rassemble et se dissout, dans cette paix on entre à tout jamais.

12. Celui qui est des dieux la source et la croissance, le Seigneur de toutes choses, le Rudra, puissant voyant, qui voit perpétuellement naître le germe lumineux, puisse-t-il nous unir à la raison pure.

13. A celui qui des dieux est le maître suprême, en qui sont fondés les mondes, qui règne sur ses créatures A deux et quatre pieds ; à Dieu, le « Qui » (35), offrons notre cuite avec nos offrandes !

14. Plus subtil que subtil, intérieur à cette jungle, auteur de (ce) tout aux formes multiples, embrassant tout, (quoique) unique ; Le connaissant miséricordieux (36), on obtient la paix pour l’éternité.

15. En vérité, II est le gardien de ce monde pour toute la durée du temps (37), le seigneur universel, dissimulé en toute créature ; en qui sont unis les voyants de Brahm et les énergies divines. Le connaissant ainsi, on tranche les liens de la mort.

16. Très rare, semblable en quelque sorte à cette essence infiniment plus rare que le beurre clarifié ; Le connaissant (sous Sa forme) miséricordieuse, caché dans toute créature, embrassant tout (quoique) unique, Le connaissant Dieu, on se libère de tous les liens.

17. Il est le Dieu, auteur de toutes choses, âme suprême, à jamais établi dans le cœur de tout ce qui naît ; c’est par le mental, par la maîtrise du mental dans le cœur, qu’il est révélé. Ceux qui connaissent Cela deviennent immortels (38).

18. Lorsque est (atteint) l’au delà des ténèbres, (il n’est plus) alors ni jour ni nuit, ni être ni non-être. (Il est), en vérité, bienheureux et pur. C’est l’absolu, la (condition) adorable du seigneur ; de Cela en vérité est issue l’antique sagesse.

19. Il ne peut être saisi ni d’en haut, ni d’en bas, ni du milieu ; nul n’est égal à Celui dont le nom est grande gloire.

20. Sa forme n’apparaît pas dans le champ de la vision, aucun homme avec ses yeux ne le contemple. Présent dans le cœur, c’est par le cœur, par le mental (qu’il est révélé). Ceux qui savent ces choses deviennent immortels (39).

21. « Être sans origine », dit en l’approchant quelque âme angoissée, ô destructeur, de ta face miséricordieuse, veille à jamais surmoi.

22. Oh ! ne sois pas hostile à notre fils, à notre descendance, à la longueur de nos jours, à nos troupeaux, ou à nos coursiers ; dans ta colère, Rudra, ne détruis pas nos hommes puissants ; offrandes en mains, nous t’adressons nos perpétuelles prières.

Cinquième partie

1. (Elles sont) deux ; (toutes deux) en Brahman absolu, suprême et infini, où se blotissent, cachées, la sagesse et la non-sagesse. Une chose qui périt est sûrement non-sagesse ; immortelle, en vérité, est la sagesse. Il est autre, celui qui domine à la fois la sagesse et la non-sagesse.

2. (Ce Dieu) qui préside à toute naissance, à toutes formes, à toutes matrices ; qui de sa sagesse a nourri le voyant, le nouveauté, l’être d’or à l’origine du temps (40) et a veillé sur sa naissance.

3. Ce Dieu, disposant diversement chacun des filets dans ce champ (41), de nouveau le retire. De même aussi le maître, instituant ses seigneurs, exerce l’universelle souveraineté ; c’est Lui la grande âme.

4. De même qu’en toutes directions, en haut, en bas et obliquement, révélant (toutes choses), brille le soleil ; de même aussi Lui, le Dieu, le bienheureux, qu’il faut révérer, règne seul sur ceux qui doivent leur être à la naissance.

5. Celui qui, matrice de toute chose, fait venir à maturité la nature originelle, et transformera aussi tout ce qui parviendra à maturité ; c’est Lui qui, seul, règne sur cet univers, et qui, sur tous ses modes, étendra son empire.

6. Cela est le secret des enseignements sacrés, caché dans le Veda ; Cela est connu de Brahmâ (42) comme matrice de Brahmâ. Les dieux d’autrefois et les sages qui connurent Cela, unis à Cela, en vérité sont devenus immortels.

7. Celui qui est sujet aux modes, est l’auteur des actions (faites en vue) d’un résultat ; il est aussi le moissonneur (du fruit) des œuvres. Omniforme, régi par trois modes, suivant trois sentiers (43), seigneur de la vie, il se meut selon ses œuvres.

8. Celui qui (dans notre corps) a la longueur du pouce, d’aspect semblable au soleil, possédant la volonté et la conscience du « moi », apparaît comme une pointe d’aiguille à la clarté de la raison, mais bien autrement à la lumière du Soi.

9. Ce moi vivant doit être considéré comme un fragment de cheveu cent fois en cent parties divisé, et cependant il est jugé digne de ce qui n’a pas de fin.

10. Il n’est pas femme, en vérité, ni homme, ni tout ensemble homme et femme ; quelque forme qu’il revête, avec elle il s’identifie.

11. Par la volonté, le contact, les sens, les illusions, par l’absorption de la nourriture et de la boisson, son moi peut croître et naître. Successivement, l’âme, selon ses oeuvres, revêt des formes, en des lieux divers.

12. En vertu de sa propre nature, l’âme revêt des formes multiples, grossières et subtiles. C’est grâce aux modes de leur activité, et grâce aux modes de leurs formes essentielles, qu’il apparaît comme agent en association ; et cependant il est autre.

13. Lorsqu’on Le connaît Dieu, sans commencement ni terme, caché dans la jungle du cœur, auteur de ce tout, possédant des formes nombreuses, embrassant tout, (quoique) unique, on est délivré de tous liens.

14. Celui qui ne peut être saisi que dans (son) existence, appelé « sans-nid », causateur de l’être, auteur de la dissolution, miséricordieux, créateur des phases de la création, ceux qui connaissent ce Dieu rejettent le corps.

Sixième partie

1. Quelques voyants induits en erreur prétendent que le moi de la nature (est la cause première), d’autres le temps. Mais c’est la grandeur de Dieu dans le monde qui imprime sa révolution à la roue de Brahmâ.

2. Celui par qui ce tout en vérité est à jamais enveloppé, le connaisseur et l’auteur du temps, créateur des modes, possesseur de toute sagesse ; par Lui dirigée, l’activité (44) se poursuit. Ceci doit être considéré comme terre, eau, feu, air et éther.

3. Complétant donc cette évolution, retournant en arrière, joignant création à création, Il les unifie avec un, deux, trois, avec huit (45), avec le temps aussi et les modes subtils de sa nature propre.

4. Celui qui est engagé dans des œuvres régies par ces modes doit s’efforcer d’unifier (ainsi) toutes ses natures. Cette résolution effectuée, destructeur des œuvres qu’il a accomplies, ces œuvres périssent et il devient autre que la création.

5. Il apparaît comme cause première, l’agent par qui l’unification (est effectuée), au delà du triple temps, oui, au delà du temps lui-même, mais seulement lorsqu’il a adoré l’Être uniforme, infiltré dans la nature, le dieu qu’il faut adorer, siégeant dans son mental.

6. Il est au delà de l’arbre mondial, du temps et des formes ; (Il est) outre (qu’eux), celui qu’abandonne ce (vaste) ensemble, (mais seulement) lorsqu’il connaît le purificateur des péchés qui assure l’exécution de la loi, le seigneur de maîtrise, résidant dans le moi, immortel asile de toute chose.

7. Puissions-nous le connaître comme le suprême Seigneur des seigneurs, le dieu suprême des dieux, le roi des rois, le suprême des suprêmes, souverain de l’univers, le Dieu qu’il faut adorer.

8. Il n’a ni résultat, ni moyens (d’action) ; nul n’est semblable à Lui, nul ne Lui est supérieur. Sa puissance suprême a été chantée ; Sa sagesse et Sa force ne résident qu’en Lui-même.

9. Nul dans le monde n’est son maître, ni son seigneur ; nul absolument ne le représente. Il est la cause, le chef suprême des forces qui régissent les instruments (d’action). Nul ne l’a engendré, nul n’est son souverain maître.

10. Puisse-t-Il l’unique Dieu qui, semblable à l’araignée, s’enveloppe de fils constitués par son aspect objectif (46), suivant la loi de sa nature, puisse-t-il nous accorder le retour à Brahman.

11. Il est l’unique Dieu, caché dans toute créature, partout infiltré, le Soi intime de chaque être, scrutateur des oeuvres, présent au-dessus de toutes les créatures, Lui le témoin, le pur sujet, supérieur à tous les modes.

12. L’être puissant au sein des impotents innombrables, qui multiplie le germe unique, les sages qui Le contemplent, établi dans leur moi, possèdent, eux et non d’autres, la béatitude qui dure à jamais.

13. L’éternel des éternels, conscience que renferme la conscience de tout être, qui, unique, dispense les désirs de beaucoup ; cette cause étant connue, le Dieu qu’il faut approcher au moyen de la sainte science et de l’art sacré (47), le mortel est délivré de tous ses liens.

14. Là ne brille pas le soleil, ni la lune, ni les étoiles, ni ces éclairs ; encore moins ce feu.
Lorsqu’il resplendit, toutes choses resplendissent après Lui. C’est de la splendeur de Brahnian que tout ici-bas resplendit (48).

15. Seul dans cet univers, il va et vient ; c’est Lui qui est le feu ; Il transpénètre l’eau. Le connaissant, Lui et Lui seul, on passe au delà de la mort; il n’est pas d’autre sentier (49).

16. Il est le créateur de toutes choses, possesseur de toute sagesse, n’ayant d’(autre) origine que Lui-même, auteur du temps, créateur des modes, doué de l’universelle sagesse, roi de la nature objective, et du connaisseur du champ (50), seigneur des modes, de la cause de la génération (51), de l’état libre et enchaîné.

17. Il est en vérité uni à Cela, Lui, l’immortel, siégeant comme seigneur, Lui le connaisseur, transpénétrant toutes choses, protecteur de cette sphère, dirigeant à jamais ce (monde) changeant ; on ne saurait trouver d’autre cause à sa direction.

18. En Celui qui, dès l’antiquité, dispose le Brahmâ (52) et qui, en vérité, infiltre en lui toutes sciences, en ce Dieu qui illumine la conscience individuelle, affamé de liberté je veux chercher mon refuge.

19. L’être indivis, dominant l’activité, dans la paix parfaite, en qui ne se trouve aucune faute, pur de toute souillure, pont suprême (menant) à l’immortalité, semblable au feu (permanent) des (tisons rouges).

20. Lorsque, comme un tapis (53), les hommes rouleront le ciel ; alors, et alors seulement, cessera la douleur pour ceux qui connaissent Dieu.

21. Connaissant donc Brahm par la force de la méditation, et par faveur du Dieu, Shvetàshvatar, tu le sais, à ceux qui réalisaient le mode supérieur de vie (54), proclama la purifiante et suprême (vérité), dans toute sa plénitude, tenu en haut respect par tous les disciples du sage.

22. Ce secret suprême, (contenu) dans la science finale de la sagesse, enseigné dans les cycles passés, ne doit pas être communiqué à celui qui n’a pas la paix parfaite, ou qui méprise le devoir filial, ou qui rompt la règle du disciple.

23. Pour celui qui offre à Dieu la dévotion suprême, et à son instructeur comme à Dieu, ces vérités en toute certitude, resplendiront pour cette grande âme, pour cette grande âme resplendiront.

Ainsi finit l’Upanishad.

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Notes de Jean-Émile Marcault

1. Vâttâmahe pour anu-vart.

2. Ishvâra, le Logos; voir le tableau dans l’Avant-Propos, et comparer Ve partie, infra, spécialement les mantras 2 et 5.

3. Brahman absolu.

4. Devâtman, c’est-à-dire Ishvara, le Logos.

5. Hamsa = han + sa; l’égo réincarnateur.

6. A savoir : le Logos, l’âme individuelle et l’univers.

7. Pra-dhâna — ob-jectum, le côté objectif de l’univers.

8. Mâyâ.

9. Brahman supérieur et Brahman inférieur ; le Dieu du mantra 14, ou Ishvara, le Soi des versets 15 et 16.

10. Savitri.

11. Le maître et l’élève

12. Soma

13. La poitrine, le cou et la tête.

14. Savitri.

15. Le corps, ou "faisceau" de la Prashnopanishad, II, 2.

16. Les créatures qui naissent, dont il est question au verset précédent.

17. Buddhi.

18. Girishanta = giri + sham + ta. Dans ce mot, giri = giranm et signifie action d’avaler, ou absorption. Comparer Pânini, V-II, 138.

19. Purusha.

20. Comparer Kathopanishad.

21. Comparer Rig-Veda, X, 91. Les commentateurs ne jettent aucune lumière sur cette dernière expression.

22. La version de Nârâyana, anyena, est ici adoptée.

23. Le corps physique.

24. Hamsa, l’égo réincarnateur.

25. Comparer Kathopanishad, II, 20.

26. Vichaiti = vi + chi ; recueillir, rassembler.

27. Prajapâtih.

28. Litt. : tu meus.

29. Les couleurs des modes primitifs (gunâh) de la nature, la conscience blanche (sattva), l’énergie rouge (rajas) et la matière noire.

30. Comparer Mundakopanishad, III, I, 1 et 2.

31. Rich.

32. Mâyî.

33. Mâyayâ.

34. Prakriti.

35. Maheshvaram.

36. Comparer III, 4, supra.

37. Ka, le pronom interrogatif « qui ? », est le nom mystique de Dieu, qui ne peut être nommé. Comp. Rig-Veda, 121, 1-9.

38. Shiva.

39. Litt. : « dans le temps ».

40. Comp. III, 13, supra.

41. Comp. Kathopanishad, VI, 9.

42. Litt. : au commencement.

43. Le champ de l’univers.

44. L’être d’or du verset 2.

45. Les trois votes du ciel, de l’enfer et de la libération.

46. Karma.

47. Comparer Bhagavad-Gitâ, VIII, []. Il s’agit ici des cinq éléments ou créations, du mental, de la raison et de l’individualité (les Mahabhutâni, Manas, Buddhi et Ahamkâra.)

48. Pra-dhâna.

49. Sânkhya-yoga ; il est question de la « théorie » et de la « pratique », qui furent plus tard plus largement exposées dans la Bhagavad-Gîtâ.

50. Pour les mantras 12, 13 et 14, comparez Kathopanishad, V, 13, 14 et 15, et Mundakopanishad, II, 11, 10.

51. Comp. III. 8, supra.

52. L’état de conscience dont il est ici question embrasse tout à la fois ce que nous appelons le sujet et l’objet. Les lois de causalité, de temps et d’espace, qui sont les limitations de notre conscience individuelle, sont supprimées et se résolvent en la connaissance îmmédiate de l’infini éternellement actuel.

53. Samsâra.

54. Le germe resplendissant de l’Univers.

55. Litt. : comme une peau, allusion à la peau de daim ou de tigre sur laquelle l’ascète hindou pratique la méditation, et qu’il roule quand ses dévotions sont terminées.

56. Ati-âshrami-bhyah ; les âshramâh étaient les divers modes de vie prescrits aux Brâhmânes ; à savoir : la vie d’étudiant, de chef de famille, d’anachorète, et la vie errante.

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