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Situation des dodécaèdres celto-romains dans la tradition symbolique pythagoricienne
Léonard Saint-Michel(1)

Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut… Table d’Emeraude.

I. Une définition du symbole.

Une définition précise et approfondie du Symbole et du Symbolisme devrait assez normalement introduire cette courte étude.

Il nous serait toutefois difficile de le faire présentement comme il le faudrait. Il y aurait là, en effet, matière suffisante à un travail séparé, et notre intention n’est point de nous attarder ici en un domaine qui ressortit plus particulièrement à la philosophie. Aussi bien avons-nous seulement en vue de souligner quelques faits matériels et historiques — voire de l’histoire de la philosophie, mais non point d’en faire personnellement.

La meilleure définition est toujours celle qui se dégage d’elle-même, et a posteriori, des faits enregistrés.

Toutefois, il ne nous semble pas inutile, — et ce sera anticiper quelque peu sur nos conclusions - de préciser dès maintenant l’une des convictions, et non la moindre, auxquelles nous sommes arrivé, et sans prétendre bien entendu qu’elle nous soit propre. Elle éclairera en effet singulièrement la suite de l’exposé.

Le Symbole proprement dit, tel du moins que le comprennent un grand nombre de psychologues, est, semble-t-il, une chose fort rare. Ou, si l’on préfère, le symbole est justement ce qu’en pensent la plupart des gens, et que n’entendent qu’assez difficilement les hommes de savoir.

Nous nous pressons de préciser notre pensée. S’il semble y avoir là quelque paradoxe, il tient en réalité au seul vocabulaire.

Qu’il suffise de rappeler que « le signe de reconnaissance », par quoi les étymologistes expliquent d’ordinaire le terme qui nous occupe, ne traduit que très imparfaitement l’idée que nous nous faisons nous-mêmc du symbole, et qui paraît découler de constatations historiques, ou, plus simplement encore, de l’observation quotidienne.

Le Symbole n’est point « un signe ». L’histoire de la pensée nous apprend en effet que cette explication rétrécit à l’excès la réalité qu’enferment les objets, ou les mots(2) eux-mêmes, qu’on emploie sous le nom de symboles. Mieux encore, le plus souvent, aux yeux du peuple et par conséquent à nos propres yeux, les symboles constituent en eux-mêmes et par eux-mêmes cette réalité. Ils sont la réalité. Ils sont à la fois l’essence et la substance, et la forme qu’ils affectent traduit individuellement, privément et d’une manière insigne, les correspondances qui s’établissent entre la réalité in natura, et cette réalité tout aussi flagrante qu’exprime l’objet symbolique. Il y a entre l’une et l’autre non seulement accord rythmique, mais identité absolue(3).

Le Symbole, au sens où certains croient l’entendre d’ordinaire, n’est guère perçu comme tel que par le philosophe. Le praticien, par contre, lui confère une valeur bien différente, le considère en fait comme une entité métaphysique.

Et il en a certainement presque toujours été de cette façon, si l’on n’ose affirmer qu’il en est tout à fait ainsi aujourd’hui encore, où bien peu de gens, cependant, sont déjà capables de l’effort d’abstraction nécessaire pour faire du symbole ce qu’en disent les dictionnaires.

Le fétichisme est admirablement vivant. Et ceci, le folklore nous l’enseigne, nous le fait voir chaque jour. L’objet symbolique, le mot qui le désigne, sont tout autre chose qu’une image reflétée. Ils sont, répétons-le, la réalité elle-même, une réalité simplement plus accessible, plus à portée de la main, plus redoutable aussi, plus efficace en tout cas, en ce qu’elle synthétise sous un faible volume, en un instrument ou une formule commodes à retenir et à manier, une puissance considérable sans doute parce qu’elle est fortement concentrée.

Voilà, nous semble-t-il, « ce qu’un vain peuple pense… » Mais notre vie est tissée de cette foi, et le monde autour de nous s’écroulerait, et la civilisation elle-même n’aurait plus de saveur, si nos idoles n’étaient que des signes de reconnaissance.

Bien entendu, il faut admettre que les gens raisonnables ont épuré ces conceptions prélogiques, et ne font d’un drapeau qu’un emblême et non plus un symbole. Mais nôtre démarche, ici, ne saurait nous amener à tourner le dos aux gens et aux choses que nous nous mêlons d’étudier. L’attitude qui consiste à tuer le patient, pour saisir le mystère de la vie dans une savante dissection, nous paraît éminemment maladroite. Comme le sont aussi certains historiens des religions qui ne voient dans la foi, au lieu d’une adhésion lucide de la totalité de l’être, qu’un simple phénomène imaginatif, voire une maladie de l’esprit, quand ce n’est point encore, suprême contradiction, la maladie d’un esprit qui n’est lui-même qu’un épiphénomène, fumée, apparence, illusion pure, nous allions dire un pur symbole, si nous n’entendions le mot autrement qu’ils ne font.

Le monde ancien, où nous allons faire maintenant un bref retour, était un monde qui croyait à la réalité de l’Esprit, qui avait la compréhension, la connaissance, du métaphysique, ou, pour parler plus simplement encore, le sens du sacré.

Il ne dépend pas de nous si c’est là un fait indiscutable, et nous devons nous y plier tout uniment.

II. Un objet singulier.

Le curieux objet dont nous donnons l’image(4) est d’une espèce fort rare. Il n’y en a guère, de par le monde, qu’une trentaine, et tous à peu près semblables à celui-ci. Encore beaucoup ne se sont-ils pas conservés en aussi bon état, depuis près de deux millénaires qu’ils furent sans doute fabriqués.

Le hasard, un jour, nous mit en présence de l’un d’entre eux, mystérieusement dissimulé dans l’obscure vitrine d’une collection privée(5).

Un peu par prévention, nous avons flairé, s’il est permis de dire ainsi, un objet de valeur symbolique, une idole dans le sens où nous l’entendions tout à l’heure. L’hypothèse émise dès le principe — c’est une méthode féconde en toute sorte de recherche — nous a puissamment aidé à découvrir, sinon la vérité entière, mais tout au moins une bonne partie de ce qui nous inquiétait. Pour le reste, il appartient à plus heureux que nous d’y parvenir.

Cette pièce curieuse affecte, comme on peut le voir, la forme géométrique bien connue du dodécaèdre, solide convexe à douze faces pentagonales. Ce point est capital et nous y reviendrons longuement tout à l’heure. L’objet est en bronze creux, les faces en sont ajourées d’ouvertures circulaires, les angles trièdres protégés de petites boules légèrement aplaties.

Ce dodécaèdre a été trouvé dans un jardin du centre de la France, exactement à Clémont, non loin des bords du Cher, à la fin du siècle dernier. Il en existe, à peu près semblables, ainsi que nous l’avons dit plus haut, environ une trentaine, répartis en Europe extrême-occidentale sur une aire très limitée, et que nous serons amené à préciser. Tous ont été, croit-on, découverts ainsi que celui-ci, plus ou moins par hasard, ou lors de fouilles de valeur archéologique, ce qui exclut presque certainement la transmission directe de mains en mains à partir de l’antiquité, à laquelle ils remontent. La coupure, ainsi, est très nette, et il paraît fort probable que ces objets ont été ignorés, sous la forme très particulière que nous leur voyons ici, depuis le début de l’ère chrétienne où ils ont été enfouis, jusqu’à nos jours. Pas de textes non plus, tout au moins pas de ceux que nous attendrions, et qui y feraient une allusion plus ou moins précise.

Des chercheurs, ici ou là, se sont inquiété, faute de documents qui s’y rapporteraient directement, de les étudier en eux-mêmes, d’en tirer le maximum possible d’enseignements, de les classer et de les décrire, et même d’esssayer de deviner à quoi ils pouvaient bien servir, à supposer qu’ils eussent servi à quelque chose.

Le travail le plus sérieux à notre connaissance, qui ait été fait sur la question, nous semble bien être celui de J. de Saint-Venant(6). C’est un modèle de science descriptive. La modestie de l’auteur l’a détourné, et c’est grand dommage, de répandre dans le public les résultats de ses savantes et méticuleuses recherches, et par conséquent de l’y intéresser, de susciter ainsi des curiosités et des recherches nouvelles. La plaquette qu’il a consacrée aux dodécaèdres n’a été distribuée qu’à un petit nombre d’archéologues, et, depuis une cinquantaine d’années, sommeille dans les bibliothèques.

Essayons de la résumer très brièvement. Saint-Venant raconte dans les moindres détails l’histoire de son dodécaèdre, celui qui a éveillé premièrement sa curiosité, comme celui-ci a excité la nôtre. Il décrit le milieu où il fut trouvé — il s’agissait aussi d’un jardin, dans une commune nivernaise — il énumère les monnaies gallo-romaines qui l’accompagnaient, et qui permettent de le dater facilement. Puis, très vite, il passe à tous les dodécaèdres connus et dont il a pu relever la trace ; il les décrit aussi minutieusement, sans nous faire grâce de longues explications d’utilité pratique, sur la manière de calculer hauteurs, surfaces, volumes, etc… des dits dodécaèdres. Puis il s’engage dans un périlleux développement, où il rapporte et discute tous les usages qu’ont proposés les différents auteurs, pour ces objets étranges : pommeaux de sceptres, têtes de masses-d’armes, de goupillons ou de bilboquets, chandeliers, calibres à mesurer, boules à jouer comme on joue aux dés(7), etc… Mais il ne cache pas que la véritable destination lui échappe en fin de compte. Son mérite évident, nous l’avons déjà dit, c’est de n’avoir voulu faire honnêtement et modestement qu’une œuvre de science descriptive. Toute hypothèse personnelle est exclue.

Que se dégage-t-il de ce travail de caractère évidemment encyclopédique ?

Ceci tout d’abord : que les dodécaèdres perlés en bronze creux ajouré furent tous enfouis à une époque qu’on peut fixer environ à la fin du IIIe ou au début du IVe siècle P. C. La chose est nettement établie(8).

En second lieu, tous présentent indiscutablement un air de famille, par la matière, la forme, la décoration (petites circonférences concentriques aux ouvertures, « œils de perdrix », au nombre de cinq ou de dix, qui les entourent aussi parfois). Il faut remarquer qu’il ne se trouve pourtant pas deux de ces objets qui soient rigoureusement identiques. À ne regarder par exemple que les ouvertures, et si l’on en dresse la liste, on s’aperçoit, pour les 29 dodécaèdres étudiés, qu’il règne la plus parfaite fantaisie dans la répartition des grandeurs entre les 348 ouvertures considérées. Tantôt, dans le même dodécaèdre, elles sont toutes à peu près égales, tantôt, et c’est le plus ordinaire, toutes différentes ; tantôt encore, égales trois à trois ou deux à deux. Même caprice dans la disposition respective des dites ouvertures sur les douze faces : le plus souvent la plus petite est opposée à la plus grande, d’autres fois elles sont contiguës. Ainsi encore des petites circonférences ou des œils-de-perdrix qui comblent parfois l’intervalle entre les ouvertures et les côtés du pentagone. Mais notre dodécaèdre, par exemple, est totalement dépourvu de ce supplément décoratif.

Même diversité enfin dans le poids et le volume, encore qu’il y ait une moyenne, dont celui-ci offre assez bien le type : une soixantaine de millimètres de hauteur, le volume d’une belle pomme, un poids variant autour de 200 gr. Mais l’on en connaît au moins un beaucoup plus grand qui dépasse le kilog, et un très petit qui ne pèse que 35 grammes…

D’autres points fort importants mériteront qu’on y revienne, en particulier l’indication qui semble bien se dégager si l’on observe l’aire de répartition des objets découverts, ainsi encore que quelques autres détails non négligeables.

Mais une chose, dès maintenant, se précise : parmi tant de diversité, qui semble bien conférer à ces questions de poids, de grandeur, d’ouvertures et de décoration, une valeur non pas indifférente mais tout au moins secondaire, il subsiste en tout cas une admirable identité : la forme géométrique immuable, celle du dodécaèdre

III. « Symboles pythagoriciens »…

C’est ici qu’il faut, croyons-nous, — et la chose ne sera point inutile — donner la clef dont nous nous sommes servi dès l’abord, et révéler l’hypothèse qui ne pouvait pas, nous semble-t-il, ne pas être émise en présence d’un objet antique et de forme géométrique si caractérisée, quand on constate précisément que le dessin dodécaèdrique en constitue, au fond, la seule et indiscutable permanence.

Le monde ancien, nous l’avons rappelé tout à l’heure, est profondément, intensément, essentiellement religieux, en un sens très large, d’ailleurs, et très libre. Les révoltes d’un Lucrèce, par exemple, confirment la règle, et sans faire exception : les dieux sont souvent gênants pour un amant de la Nature ; les nier ne sert de rien : le mieux sera donc de les combattre(9). Fustel de Coulanges a dit comme il fallait cette primauté du sacré, même si l’on n’adopte pas toujours l’application qu’il fait d’une thèse incontestable. La laïcité est un produit spécifiquement moderne, comme le café ou le tabac. Nous savons par le folklore qu’elle n’atteint que certaines couches sociales, mais n’a pas encore réussi à évincer la plupart des croyances traditionnelles.

L’une de celles-ci, et non des moindres, nous engage fortement en notre sujet. Nous voulons parler de la croyance, toujours vivace, en la vertu des nombres. Chose amusante, ceux-là même qui nient toutes les forces spirituelles, sont précisément les plus acharnés à réduire en formules mathématiques tous les phénomènes de la nature, se faisant prendre ainsi en flagrant délit de fétichisme ! Mais ils restent prisonniers du chiffre, sans s’élever jusqu’au nombre.

Quoi qu’il en soit, la spéculation arithmosophique est un fait historique. Une école, entre autres, celle des Pythagoriciens, s’y est jadis adonnée avec ferveur. Et si l’on songe à ce que lui doit le platonisme, à l’usage étonnant qu’il en a fait, à son influence sur la pensée antique, et, par suite, sur la civilisation méditerranéenne, l’on ne sera point surpris de constater que, de nos jours encore, nous vivons largement des fruits semés jadis par ceux qui avaient recours à la puissance mystérieuse des Nombres pour donner du Monde et des choses une explication satisfaisante, l’explication dernière, pourrait-on dire, celle qui sous-tend et conditionne finalement toutes les autres.

Entrons un peu plus dans les détails.

Les Pythagoriciens se font du Nombre en général une conception qui correspond au fond — Aristote l’avait déjà remarque(10) — à ce que seront les Idées platoniciennes, réalités suprasensibler, types ou modèles éternels des choses(11).

Partis de la Monade, pure expression du Dieu unique et incrée, ils posent en face le Quaternaire(12). Ce terme, comme on sait, désigne exotériquement la progression arithmétique des quatre premiers nombres ayant l’unité comme premier terme et comme raison : ( 1, 2, 3, 4) ; et dont la somme donne la Décade, symbole de perfection et clef de l’Univers. Le Quaternaire est le chiffre sacré de notre monde(13), qui s’inscrit à égale distance de l’Unité impénétrable et du Septénaire où il s’unit à la Triade divine.

Ne nous attardons point trop longtemps en cette alchimie numérale. Qu’il suffise, pour le dessein qui nous occupe ici, de retenir au moins deux secrets pythagoriques : parmi ces symboles, le Pentagramme ou pentagone étoilé, occupe une place insigne : ses cinq branches accordent le 3 mâle et le 2 féminin en une union féconde. Il sera pour les adeptes, entre autres choses, un emblème de santé et le signe qui leur permettait de se reconnaître(14). Mieux encore, et c’en est la raison première, il est une clef de Haute Science.

La connaissance du pentagone régulier sur quoi s’établit le pentagramme était en effet nécessaire, remarque un historien des mathématiques(15) pour que fût possible la construction spatiale des polyèdres à 12 et à 20 faces. Et le développement dans l’espace à deux dimensions de la surface du dodécaèdre se résout en deux magnifiques fleurs pentagonales (cf. figure 2) formées elles-mêmes de pétales pentagonaux régulièrement distribués autour d’un cœur de forme semblable.

Le mystère que nous dévoilons présentement valut, soit dit en passant, à Hippase de Métaponte d’être jadis excommunié, d’aucuns disent même exécuté — on l’aurait noyé en mer(16) — pour en avoir fait la révélation et s’en être attribué la découverte : c’est un sort très normalement réservé à ceux qui détiennent des secrets dangereux pour l’ordre public, attendu que le public, pensait-on à tort ou à raison, n’est pas en mesure de s’en servir d’une manière raisonnable.

IV. … Idées platoniciennes

Voici donc qu’entre en jeu maintenant un objet symbolique et qui emprunte son appellation au nombre douze. Quatrième venu dans la série des grands polyèdres réguliers, le Dodécaèdre devait avoir une fortune prodigieuse.

Il est d’ailleurs loin d’être certain que les pythagoriciens en soient les inventeurs comme le prétendait leur tradition. On connaît des dodécaèdres étrusques et celtiques fort anciens, peut-être même antérieurs aux années où fleurissait l’enseignement du Maître de Samos. C’est un point sur lequel nous reviendrons dans un instant.

Quoi qu’il en soit, le Duodénaire, dont l’idée se rapporte vraisemblablement à l’origine aux douze Signes du Zodiaque(17), revêt précisément chez les pythagoriciens une valeur d’expression cosmique. Tandis que, dans la série des cinq polyèdres réguliers, le tétraèdre, l’octaèdre, l’icosaèdre, et le cube représentent respectivement le feu, l’air, l’eau et la terre, le Dodécaèdre assume à lui seul la tâche merveilleuse d’exprimer l’Univers.

Platon bientôt va venir, qui pythagorise(18) d’abondance, popularise ces notions singulières, et fait du Nombre l’âme très pure, la permanence divine de chaque chose et du Tout. Ne va-t-il pas jusqu’à donner le Chiffre Nuptial, bâti sur la Décade et le Duodénaire, dans le fameux rébus de la République, sur quoi se devrait bâtir la cité idéale(19)

Pour nous en tenir au Dodécaèdre, il faut lire chez cet auteur(20) l’énumération des propriétés surprenantes, mathématiques, scientifiques et mystiques que lui découvre le philosophe, et dont il se garde bien, cependant, de révéler l’essentiel en des écrits de caractère exotérique. Le dodécaèdre, c’est non point l’image de l’Univers, mais c’en est le nombre, la formule, l’Idée(21). La « terre des Bienheureux » affecte cette forme. C’est la réalité profonde du Cosmos, c’en est l’essence. On peut dire sans forcer les mots que c’est le Cosmos lui-même(22).

V. Celtomanie (?)

À ce symbole il va falloir donner ce que nous pouvons appeler un support, une forme matérielle et concrète. Nous aurons alors un objet maniable, transportable, un microcosme de poche, semblable en tous points au Macrocosme qu’il exprime encore, selon les lois analogiques de la Magie traditionnelle, symbole semblable au sens géométrique du terme, identique d’essence, transsubstantié si l’on ose dire, Univers réel et vivant, sous les apparences d’un simple dodécaèdre.

On connaît, disions-nous tout à l’heure, des dodécaèdres en pierre d’origine étrusque ou celtique(23). Et c’est ici qu’il nous faut aborder le point le plus délicat de nos recherches.

Qu’en pouvons-nous retenir ? Ceci tout d’abord, en ce qui concerne les Étrusques : c’est que la connaissance que nous pouvons avoir de leur philosophie est fatalement très limitée, par l’ignorance où nous sommes de leur langue. Sachons au moins qu’« une tradition constante affirme des rapports suivis entre pythagoriciens et prêtres étrusques »(24). Souvenons-nous de l’étendue du savoir de ces derniers en matière de divination et soulignons qu’ils n’étaient pas insensibles aux vertus des nombres, et particulièrement du duodénaire. Disons enfin qu’il n’est pas interdit de penser qu’ils aient été en relations suivies avec le monde celtique(25).

Mais il est surtout une autre tradition, celle-là franchement établie sur des textes et notoire, qui fait état des contacts entre le druidisme et le Pythagorisme(26). C’est un fait bien connu, encore que les modalités soient loin d’en être pleinement élucidées(27).

De toute façon, et nous voici maintenant au vif de notre sujet, nous nous permettons d’avancer que les dodécaèdres perlés en bronze creux ajouré, découverts en milieu gallo-romain, et dont nous avons un modèle sous les yeux, sont franchement celtiques, au même titre que les dodécaèdres de pierre que leur attribuent les archéologues ; qu’ils peuvent probablement s’inscrire dans la tradition et les pratiques druidiques, et par le fait même, directement ou indirectement, anciennement ou tardivement, et par tous les détours qu’on voudra supposer, qu’ils sont en rapport avec la tradition pythagoricienne.

Le grand danger est l’absence de documents suffisamment explicites, pour la connaissance approfondie de la pensée druidique, si l’on veut bien se souvenir que l’enseignement en était à la fois oral et secret(28).

Et nous croyons aussi qu’il nous faut, bien entendu, nous garder d’un danger non moins redoutable et qu’on pourrait appeler le romantisme historique. Camille Jullian, en une page pleine d’humour(29), décrit l’espèce de fascination qu’exerça dès l’antiquité le seul nom des Druides, à qui l’on prêtait une sagesse extraordinaire, en déplorant en même temps qu’ils s’adonnent à des pratiques aussi peu délicates que les sacrifices humains… Et puis il y a ces étranges monuments mégalithiques, dolmens, menhirs… dont ils ne sont évidemment pas responsables, mais qu’ils ont certainement utilisés, comme on le fit encore après eux, et qui viennent embrouiller le problème. Il y enfin ce qu’on appelle la celtomanie

VI. Limites du druidisme.

Certains éléments du druidisme, dit Henri Berr dans l’Introduction donnée à l’ouvrage qu’Henri Hubert consacra à l’étude de la Civilisation celtique(30), certains éléments du druidisme viennent du tréfonds indo-européen, s’apparentent à la doctrine des brahmanes, des mages, des orphiques…

C’est souligner un fait de grande conséquence, à savoir l’origine commune de bien des notions philosophiques propres à des civilisations apparemment éloignées(31), et, tout particulièrement dans le domaine qui nous occupe, d’éléments communs au pythagorisme et au druidisme, sans qu’il soit pour autant nécessaire d’envisager à l’origine une influence directe de l’un à l’autre comme l’admettait franchement l’antiquité, comme des auteurs sérieux l’admettent encore(32) et sans exclure non plus des rapports certains à basse époque et bien après la conquête : le monde gallo-romain, nous entendons les milieux capables de suivre l’évolution des idées religieuses et philosophiques qui avaient cours en tel ou tel point de l’Empire, ne pouvait ignorer le mouvement néo-platonicien, et quel qu’en fût le siège provisoire : Rome, Alexandrie ou Athènes(33).

Une question, évidemment, vient tout de suite à l’esprit : que viennent faire ici les druides eux-mêmes, et quels rapports entre eux et le monde celtique de la Gaule romanisée, puisqu’il faudrait d’abord prouver qu’il y en eût encore au début de l’ère chrétienne.

À ceci nous donnerons immédiatement une première réponse : en plein Ve siècle de notre ère, Sidoine Apollinaire après son élévation à l’épiscopat, a encore à compter, en son diocèse d’Arvernum (Clermont-Ferrand) avec l’influence des druides(34), sans parler, bien entendu, de la fortune qu’ils purent avoir ailleurs, et plus longtemps encore, en Irlande tout particulièrement(35).

Si nous avons ainsi, plus de cinq cents ans après la conquête, une preuve flagrante de la survivance du druidisme au centre de notre pays, il est beaucoup plus difficile, et si paradoxal que la chose puisse paraître, de trouver chez les auteurs la moindre trace de leur existence en Gaule celtique antérieurement au IIe siècle A. C.(36). Quant aux druides des autres régions, de Narbonnaise, d’Aquitaine, des pays Rhénans, d’Espagne, d’Italie, de la Vallée du Danube, de la Galatie, nul texte n’y fait allusion (37).

Si bien que l’impossibilité où nous sommes de prouver l’existence d’un sacerdoce pan-celtique, remontant aux origines de la race expliquerait peut-être l’absence d’unité relevée par tous ceux qui ont étudié les religions des divers peuples celtiques(38), et que Henri Hubert explique par la différence de développement de ces différents peuples(39).

Ce sont de telles constatations qui ont amené certains savants(40), à rechercher plus à l’ouest(41), voire plus au sud, chez les Ibères(42), l’origine du Druidisme, à nier même qu’il fut celtique, à le rattacher ainsi aux civilisations responsables des monuments mégalithiques, dont nous savons qu’ils se sont parfois servis(43).

C’est là une supposition toute gratuite, et qu’au surplus l’histoire ne saurait prouver. Mais nous devons admettre, sans doute, avec Jullian, que l’institution druidique est fort récente(44) ; que si les druides constituaient en Gaule quelque chose comme un clergé, dont les assises annuelles se tenaient dans la forêt des Carnutes, il ne se pouvait agir que de délégués venus de la Gaule strictement celtique(45). Le druidisme, dit encore André Baudrillart, était originaire de Grande-Bretagne, et n’était connu que dans les îles et la Gaule chevelue, où il était, au temps de César, d’importation récente(46).

Mais laissons les auteurs discuter entre eux : une chose semble évidente : la différence première entre ce que nous savons de la doctrine philosophique des druides et les croyances communément admises chez les Celtes, et qui, nous l’avons relevé, se trouvaient d’ailleurs assez loin d’être elles-mêmes unanimes. Il ne nous appartient pas de formuler des hypothèses sur cette grave question. Faut-il admettre que la doctrine des druides, normalement secrète et seulement transmise de bouche à oreille, ne s’était pas popularisée(47), ne devait pas l’être ainsi qu’il sied à un enseignement de caractère initiatique ? Toute une partie de cette science, et non la moins négligeable, celle qui a trait à la cosmogonie et à l’eschatologie, nous reste ainsi à peu près inconnue.

En tout cas, cette doctrine est éminemment spiritualiste. Elle professe une métempsychose qui l’apparente au pythagorisme(48), alors que la croyance généralement admise en Gaule est celle d’une survie individuelle(49), et d’une conception assez grossière, en un Au-delà très matériel, où l’on s’embarque avec armes et bagages(50).

Il est possible encore qu’une espèce de syncrétisme, d’ailleurs très limité, se soit produit au moment de la conquête, et qui aboutit par exemple à la nationalisation tardive de Teutatès(51), et produise du point de vue philosophique et religieux cette unification de la pensée gauloise qui n’avait pas su se réaliser dans l’indépendance.

Quoi qu’il en soit, et pour le dessein qui nous occupe, — à quoi il est temps de revenir après ce détour —- nous devons dire que nous avons été particulièrement frappé du fait suivant et dont nul ne s’est avisé jusqu’ici : l’aire de répartition des 30 dodécaèdres en bronze, analogues au nôtre, correspond très exactement aux territoires où, selon les auteurs anciens, florissait le druidisme : grosso-modo elle s’enferme en un polygone que limiteraient aux angles Poitiers, Lyon, Bâle, Feldberg près de Mayence, Hartwerd en Frise hollandaise et Fishguard en pays de Galles (Cté de Pembroke). On ne relève qu’un seul exemplaire absolument aberrant, mais dans un camp antique, à Carnuntum(52) sur le Danube, où il est évident qu’il suivit une garnison en ce poste avancé de Pannonie, comme aussi très probablement celui de Hartwerd appartint à quelqu’un qui campait sur les frontières de l’Empire, en Germanie Inférieure(53).

Cette coïncidence ne saurait, semble-t-il, être négligée. Est-elle seulement fortuite ? Nous ne le pensons pas. Mais admettons encore qu’on se refuse à en tenir compte. D’autres éléments, non moins troublants, se viennent ajouter à ceux que nous avons déjà relevés, et qui se rapportaient particulièrement à la forme géométrique de l’objet, en soulignaient la valeur symbolique en liaison avec les croyances pythagoriciennes popularisées par Platon et ses successeurs.

De telles croyances, nous l’avons dit, n’ont pas pu, à une date évidemment difficile à préciser, ne pas venir à la connaissance des Druides, quand on veut bien se souvenir que les auteurs anciens ne cessent d’insister sur ces rapports, quand le druide Diviciacos venait jusqu’à Rome et logeait même chez Cicéron, en présence de qui il se vantait de connaître les causes naturelles, et de pouvoir prédire partie par les augures, partie par voie conjecturale (54).

VII. Divination et mythes.

Nous savons tous que la divination fut pratiquée, qu’elle l’est encore, et le sera toujours chez tous les peuples, en dépit de tous les oukases scientifiques(55). Nous savons qu’elle le fut très particulièrement chez les peuples antiques, et même après la mort du grand Pan…(56) Nous savons enfin que les druides la pratiquaient sur une vaste échelle(57), qu’ils étaient, ainsi que le souligne Henri Hubert, surtout des devins beaucoup plus que des prêtres au sens où nous pourrions l’entendre, et qu’une partie des sacrifices humains qui leur sont si justement reprochés furent des sacrifices mantiques(58) ; nous savons encore que toute forme, tout objet quelqu’il fût, n’étaient indignes aux yeux des Celtes de prendre figure divine ou d’être utilisés à quelque fin superstitieuse, ni la pierre brute, ni le métal ouvragé(59), qu’il n’est pas de symbole antérieur ou contemporain et quelle qu’en soit l’origine, auquel ils n’aient attribué quelque vertu secrète…(60).

Et les Gallo-Romains, dit encore Henri Hubert, sont restés pour la plupart des Celtes déguisés(61). Rien d’étonnant alors à ce qu’en cette nation qui fut toujours fort adonnée aux pratiques religieuses(62), il se soit trouvé, en certain milieu probablement assez fermé, des gens curieux d’utiliser nos dodécaèdres à quelque fin mystérieuse, probablement divinatoire. Et c’est sans grande gêne que nous les verrions, pour notre part, prendre place entre la roue de divination (63) spécifiquement celtique et les cubes gréco-romains, sur quoi les références abondent chez les auteurs antiques, qui s’étaient largement vulgarisés, et devaient servir à jouer plus souvent qu’à scruter le destin.

Ainsi peut-être en fut-il de nos dodécaèdres. Résistants, de forme très maniable, les angles bien protégés de ces petites boules aplaties peut-être par l’usure, il est bien possible qu’ils aient finalement servi à distraire quelque soldat gaulois égaré en un poste lointain de la Frise ou de Pannonie ; le fait que deux ou trois de ces dodécaèdres de bronze aient été découverts non loin d’un camp romain confirmerait assez bien l’hypothèse. Tout jeu, comme on sait, et c’est ici qu’intervient encore la science folklorique, tout jeu n’est le plus souvent que la dégénérescence d’une opération magique ou divinatoire. Et le sort, sous une forme moins fatidique, joue toujours un rôle au moins aussi important que la seule adresse du joueur (64).

Mais il n’est nullement interdit d’admettre qu’avant d’en venir là, nos dodécaèdres aient eu semblable usage divinatoire. Tout, au contraire, le donnerait à penser. L’utilisation en milieu celtique d’un objet tel que celui-ci, chargé, nous l’avons vu, d’une antique et profonde valeur mystique et symbolique — et ceci à des fins de magie, en vue d’opérations plus ou moins « cabalistiques » comme Saint-Venant en effleure à peine l’idée, (65) n’a absolument rien d’extraordinaire. Il nous semble au contraire que la chose est des plus plausible, sinon probable.

Que l’on songe encore, après tout ce que nous avons dit, à l’importance des vertus numérales chez les Celtes, et particulièrement aux nombres dont le dodécaèdre combine merveilleusement les influences : les nuits qui se groupaient par 3 et 9, les années par 3 et 7, les divisions par 2, 3, 4 et 12 parties (66), qu’on songe au cycle de 5 ans des Grands Holocaustes (67), aux 12 pilliers du cromlech groupés en satellites autour d’une idole celtique(68), que l’on songe enfin à ce que dit Origène sur la divination qui se faisait chez les Celtes par les sorts et les nombres(69). Et, nous semble-t-il, on hésitera moins à faire à nos ancêtres l’attribution d’une idole nouvelle.

S’il est vrai que les cultes astraux, comme le prétend Jullian, se sont maintenus avec beaucoup plus de persistance dans le Nord et l’Est de la Gaule(70), il n’est pas défendu de penser que notre Dodécaèdre, symbole avoué du Cosmos pendant plus d’un millénaire, de Pythagore à Proclus, ait été utilisé à des fins cultuelles, quitte à servir de distraction s’il tombait par hasard entre les mains d’un ignorant, jamais embarrassé pour faire du sacré quelque usage profane.

Un détail assez curieux nous semble ici mériter qu’on s’y arrête un instant. Pline l’ancien, en un texte bizarre (71) et qu’il serait trop long de citer en entier, parle de certains œufs de serpents, très renommés dans les Gaules, et dont les Grecs n’ont pas parlé. Les œufs en question seraient formés d’une multitude de ces animaux enlacés et collés ensemble. Il en résulte, dit-il, une boule appelée œuf de serpent. Il affirme en avoir vu chez les Druides, de la grosseur d’une pomme moyenne. La coque en était cartilagineuse, avec de nombreuses cupules semblables à celles des b’as de poulpes. Ces objets étranges, qu’on se procure la nuit, qu’on doit emporter au galop d’un cheval, etc…, ont toutes sortes de vertus bénéfiques. Quelques auteurs modernes, dont Jullian(72), les identifient aux fossiles d’oursins. C’est bien possible. Mais il est difficile de ne pas être frappé de certains rapports et de quelques ressemblances entre ces « œufs de serpents » utilisés par les Druides et nos dodécaèdres, dont les boules, au surplus, peuvent figurer assez curieusement, en simplifiant le style, les têtes saillantes des reptiles dont l’agglomérat monstrueux aurait constitué l’œuf magique. Et si les fossiles d’oursins furent utilisés à cette fin, selon un phénomène de déplacement tout à fait constant en symbolique, il est parfaitement admissible que le déplacement se soit fait ensuite sur un support déjà existant, déjà chargé de vertu. Et c’est ainsi que le dodécaèdre pouvait fort bien tenir le rôle de ces œufs dont la possession remplaçait ou garantissait la présence du serpent lui-même(73), incarnation du génie domestique, mais qui rappelait sûrement aussi les lieux souterrains qui l’engendrent selon la croyance antique, lieux où régnait Dis-pater, l’ancêtre mythique de la race gauloise(74). Il n’est pas jusqu’au cheval — animal psychopompe en bien des mythologies, et particulièrement chez les Celtes, qui ne joue un rôle important dans cette légende.

Si l’on voulait fouiller un peu les choses, c’est à tout le panthéon gaulois qu’il faudrait ici faire appel, d’Épona, la déesse aux chevaux, considérée ou non comme Déesse-Mère (75) au Teutatès qui domine en Celtique sous l’aspect hermétique (76), en tenant compte évidemment du fait que c’est précisément au début de l’ère chrétienne que se sont produits ces approfondissements, ces élargissements et ces rapprochements mythiques (77) — jusqu’à l’apparition finale d’un élément héracléen (78), héros solaire, dieu-soleil (79), guerrier à chenal, « le bras enlacé dans une roue rayonnante », vainqueur d’un monstre serpentiforme (79), que terrasse ailleurs un dieu armé d’un maillet en guise de massue (81)

Il est certain que le secret de nos dodécaèdres de bronze (82) a été bien gardé, puisque nul texte ancien ou récent n’y fait d’allusion directe. Mais, pour notre part, il ne nous semble pas douteux que ces objets, dont on a vainement recherché l’usage servile n’aient à proprement parler servi à rien autre qu’à des manifestations cultuelles et magiques, au début de l’ère chrétienne, en un milieu celto-romain initié à de certaine science traditionnelle, d’obédience probablement druidique, et qui ne pouvait pas, comme nous y avons insisté, ne pas avoir connaissance de la symbolique pythagoricienne(83).

VIII. Survivances.

Symbole géométrique de valeur insigne, le Dodécaèdre construit sur le Nombre d’Or (84) est la forme la plus riche d’enseignements eurythmiques, cosmogoniques et métaphysiques, s’il est vrai, comme l’écrivait déjà l’auteur biblique du Livre de la Sagesse, que Dieu a tout réglé avec mesure, avec nombre et avec poids(85), et si l’on croit aussi le divin Platon.

Il tenait une place d’honneur dans l’enseignement théorique de la Haute Science traditionnelle. La possession d’un tel objet, avec les mille propriétés qui en découlent, ne pouvait qu’être favorable, quand on sait seulement la puissance bénéfique du Pentagramme qu’il recèle mystérieusement.

Il était fatal qu’on en vînt un jour à l’utiliser à des fins inférieures de magie pratique ; l’examen attentif de la patine, les altérations, les déformations subies par le métal révèlent de façon certaine l’action du feu sur un grand nombre de nos dodécaèdres, attestant qu’on en faisait un usage pour le moins assez étrange… jusqu’au jour où, par une dépravation dernière, des profanes s’en servirent pour jouer aux boules(86).

Faut-il ajouter que la fortune du dodécaèdre ne s’arrête point là. Désormais, il ne se peut agir des nôtres — tous enfouis les uns après les autres à une époque qui correspond curieusement à celle des toutes premières invasions — mais de la forme elle-même, dont le sort est lié en partie désormais à celui des écrits platoniciens. Le Moyen Age, en effet, paraît rester silencieux. Nous n’avons jusqu’à présent rien découvert, tout au moins sur le dodécaèdre proprement dit, car le Pentagramme fleurit magnifiquement dans la tradition des Kabbalistes, des alchimistes et des magiciens, où il semble avoir hérité de la valeur microcosmique attribuée jadis au solide qui nous occupe.

Au XIIIe siècle, Villars de Honnecourt se sert parfois du Pentagramme comme tracé directeur pour la tète et le corps humain (87) dans un album de croquis conservé à la bibliothèque Nationale.

On sait la place de cette théorie de l’homme-microcosme dans la philosophie de la Kabbale et la jonction de ces différents courants en un système qu’illustre clairement l’image célèbre d’un homme déployé, bras et jambes écartés, sur les cinq branches d’un pentagramme qu’enferme une circonférence, par le médecin allemand Cornélius Agrippa de Ncttesheim ; ce personnage devait mourir dans la misère à Grenoble en 1534, après avoir eu maille à partir avec la justice sous l’inculpation de magie pour son traité De occulta philosophia (88), où l’on peut relever tant de phrases significatives, et parfaitement dans la tradition pythagoricienne, sur la magie numérale et la transcendance du pentacle (89).

Rappelons à eu propos l’utilisation du pentagramme pythagoricien comme amulette d’exorcisme, dans la légende germanique où il prend le nom de Drudenfuss, contre la Drude, cette sylphide malfaisante qui vient troubler les hommes dans leur sommeil pendant la nuit de la Walpurgis, le 1er mai, fête de Beltine, qui était aussi, chez les Celtes, l’une des deux grandes dates de l’année, celle par laquelle s’ouvrait la saison de lumière et d’amour (90).

Mais voici également qu’à la Renaissance, le génie le plus curieux de toutes choses qu’était Léonard de Vinci renoue la tradition, remonte aux sources et nous donne, en de précises illustrations, pour le traité De Divina Proportione de Fra Luca Pacioli, toute une série de ces solides platoniciens (91) et particulièrement des dodécaèdres.

Mais il faudrait s’attarder à en nommer tant d’autres…

Signalons seulement, pour en finir avec ces références, la présence au Musée de Médecine et de Magie rattaché au Bri-tish Muséum, d’un dodécaèdre en cristal de roche, provenant de l’arsenal d’un magicien de l’époque d’Élisabeth. À côté, un manuscrit du temps en précise les étranges propriétés(92). Sans doute s’agit-il d’un support de divination analogue à la boule de cristal de nos voyantes contemporaines… La magie comme on voit, et l’esthétique, se rejoignent encore en une métaphysique supérieure. C’est risquer de s’égarer un peu que de s’aventurer trop loin en ce domaine.

IX. Hypothèses.

Qu’il suffise de dire encore quelques mots de nos dodécaèdres, pour terminer, et 11e point abuser de la patience du lecteur.

Nous n’avons nullement prétendu apporter sur le sujet des révélations sensationnelles, ni tout expliquer. Nous ne cherchons point à éluder certaines difficultés. Nous ne nous dissimulons pas que, quelle que soit l’invraisemblable fantaisie qui semble régner dans la grandeur, les rapports et la distribution des ouvertures des dodécaèdres, il est certain malgré tout qu’elles avaient leur raison d’être, et qu’elle nous échappe, tout comme à nos devanciers (93). Nous ne prétendons pas affirmer non plus que les boules dont se parent les angles trièdres soient des têtes de serpents stylisés (94). Nous notons seulement des rapports et, à la manière des mythographes, nous faisons des comparaisons. On peut dire tout aussi bien qu’elles sont là pour protéger les angles, ou plutôt — et ceci se justifie parfaitement par tout ce que nous savons des liens étroits qu’unissent entre eux les cinq corps platoniciens — que les dites perles rappellent très bien les points dont se servaient les pythagoriciens pour marquer le passage des combinaisons simplement arithmétiques aux figures spatiales, par l’intermc-diaire de ce qu’ils appelaient les nombres triangulaires (95), et selon le mode de formation de la tétractys (96). Ici, plus particulièrement se pourrait voir le passage de chacun des vingt angles trièdres aux vingt faces de l’icosaèdre, où se révèle précisément le rôle de la section dorée (97), et ce que Matila Ghyka appelle la croissance dynamique…

Que ne peut-on dire !…

Mais il serait temps de conclure si le débat se pouvait jamais limiter.

X. Conclusion.

Il est un problème, que nous voyons se poser dès les origines aux philosophes du monde grec — le même à vrai dire qui se pose à tout homme qui pense : de quelle manière est-il bien possible d’atteindre à l’Absolu…

Les Sages de l’Antiquité se sont persuadé qu’il ne se pouvait trouver d’autre méthode, pour y parvenir, que de partir du monde matériel, où les seules constantes, en une réalité toujours mouvante, ne se découvrent en fin de compte que dans l’admirable permanence des formes(98). La mathématique géométrique nous donnera en conséquence la clef de cette transcendance : nous partirons du point — symbole anticipé de la Monade dont nous entreprenons la quête divine — pour, dans le jeu des lignes, circonscrire le plan, et tout en passant sans le moindre heurt dans l’Univers à trois dimensions (99), recréer, à l’aide des fameux polyèdres, l’image du Cosmos dans le dodécaèdre. Ainsi revenons-nous à notre point de départ — sans forcer le jeu des mots — et, du domaine du fini, montons-nous sans difficulté jusqu’à l’Infini (100).

Les anciens, dans cette ascèse intellectuelle, sont ainsi parvenus à épuiser la matière visible, celle du moins à laquelle ils pouvaient atteindre, car il restait à découvrir la micro-matière qu’ils ne sont pas d’ailleurs sans avoir soupçonnée, et le monde également incommensurable de la matière stellaire, celle-là précisément que les seules mathématiques nous permettent de figurer aujourd’hui(101).

Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre disait Platon qui ne voulait certainement pas parler des calculateurs, car le chiffre, nous l’avons rappelé tout au début de cet exposé, n’est qu’une prison. Le Nombre seul peut délivrer, qui rend compte du mystère des passages : du physico-chimique au vital, et du physiologique au spirituel.

Les formules, il est vrai, ne sont guère lisibles au profane, qui ne les saisit pas dans une pleine lucidité ; celle-ci n’appartient qu’à l’Initié. Mais le chercheur profane que nous sommes en peut avoir l’intuition lumineuse : dans la perfection d’une colonne, disait déjà Vitruvc, on retrouve, pour qui sait voir clair et comprendre, la splendide harmonie du corps humain(102).

Le symbole, ce nous en semble ici une preuve flagrante, est bien, comme nous le disions tout au départ, une réalité vivante :

En notre monde heureusement christianisé, Dante, Léonard de Vinci, Gœthe (103), Paul Valéry (104), Pius Servien, Matila Ghyka, et tant d’autres, ont reconnu le visage du Dieu, et recouvré la Tradition, dans une claire vision de l’Intelligence.

Un objet aussi modeste que ce Dodécaèdre est aussi un symbole vivant, éternellement vivant et tangible, et dont la redécouverte nous amène à ne point oublier la signification libératrice des enseignements traditionnels.

Il fut un symbole mathématique ; il fut très probablement utilisé à des fins inférieures de magie. Il fut enfoui dans la terre, où il demeura un millénaire et demi. Il vient de réapparaître, toujours aussi énigmatique, toujours aussi riche de sens pour qui veut se donner la peine de le déchiffrer ; et ce qu’il nous réapprend, en un monde qui se cherche dans l’inquiétude, mais tient en mains déjà les instruments de sa délivrance, n’est pas près de s’éteindre. C’est plutôt, nous semble-t-il, comme une aube qui s’éclaire…

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Notes de Léonard Saint-Michel

1. Le présent exposé reprend, en le modifiant à peine, et seulement pour l’adapter à la forme écrite, le texte d’une communication que nous avons présentée au Congrès International d’Archéocivilisation de juillet 1948, tenu à Paris, au Centre International de Synthèse, sous la présidence de M. Henri Berr, et la direction de M. André Varagnac.
Ce congrès qui réunissait des délégués venus de tous les continents, confronta pour la première fois les disciplines étudiées à l’Institut d’Archéocivilisation : l’archéologie, l’histoire des religions et le folklore. Le thème choisi en était le Symbolisme, qui fut étudié aux divers points de vue de la sociologie, de la philosophie, de la religion, de la magic, de l’esthétique, etc…

2. Car le mot, c’est le Verbe, et le Verbe c’est Dieu, Victor Hugo, Contemplations, I, VIII. Et voyez l’affirmation johannique de la transcendance de « la Parole ».

3. Le Ka’ba est notre propre être dit Ibn-al-Arabi de la fameuse pierre de La Mecque. Cf. J. Marquès-Rivière, Amulettes, talismans et pentacles, Payot, p. 140.

4. Voir figure I.

5. Qu’il nous soit permis ici de remercier M.Favière, secrétaire de l’Union des Sociétés Savantes de Bourges, et depuis Conservateur des Musées de la ville, qui nous a signalé la présence de ce dodécaèdre dans les collections de la Sté des Antiquaires du Centre. Nous devons dire aussi avec quelle obligeance M. Gauchery, président, et M. de Goy, secrétaire de ladite Académie, ont bien voulu mettre cet objet à notre disposition, aussi longtemps qu’il nous a été nécessaire.

6. J. de Saint-Venant, Dodécaèdres perlés en bronze creux ajouré de l’époque gallo-romaine, Imprimerie Mazuron, Nevers, 1907.

7. Les arguments qu’il apporte à ses réfutations sont d’ailleurs excellents et nulle des propositions avancées n’y résiste finalement. L’utilisation des dodécaèdres comme instruments de jeu est celle qui lui paraît malgré tout la plus vraisemblable.

8. Par l’étude du milieu où ils furent découverts, par les objets divers, surtout les monnaies, parmi lesquels ils se trouvaient.

9. Le poème, cependant, s’ouvre par une magnifique invocation à Vénus. Celle -ci, au moins, trouve grâce à ses yeux…

10. Aristote, Métaphysique. Cf. Mario Meunier, Femmes pythagoriciennes, L’artisan du livre, p. 39, n. 1.

11. Art. : Idée, Encyl. Lar. XX S.

12. Cf. Notre édition des Vers d’Or de Pythagore — texte et traduction (Ier volume de la Collection « Les Valeurs essentielles», Les Belles Lettres, Typographie M. Boin), note 23 sur le 47e vers.

13. Cf. Allendy, Le symbolisme des nombres, Chacornac, ch. IV.

14. Cf.Perdrizet, Negotium perambulans in tenebris, Publications de la Faculté des Lettres de Strasbourg, fascicule n° 6, p. 35 ; — et Matila C. Ghyka, Le nombre d’or, N.R.F, t. 1, p. 3S, n. 1.
Sur le symbolisme des nombres en médecine, cf. notre édition :« Un petit formulaire de médecine occulte, découvert en Bcrry et toujours en usage », in Connaître, n° 11, (Le Concours médical).

15. P. 20 de L’Histoire des Mathématiques dans l’Antiquité hellénique, par Gino Loria, prof, de Géométrie supérieure à l’Université de Gênes, Gauthier-Villars.

16. Jamblique, Vie de Pythagore, 247.

17. Cf. Allendy, op. cit., ch. XII.

18. Πλάτων δέ καΐ έν τούτοις πυθαγορίζει… (Plutarque). Et les néopythagoriciens, en revanche, ne se firent point faute de platoniser.

19. Platon, République, VIII, 546 bc.

20. Cf. particulièrement : Phédon 110-111 ; Timée 55 c…

21. ἐκ δὲ τοῦ δωδεκαέδρου τὴν τοῦ παντὸς σφαῖραν… (Plutarque, De placit. philos.).

22. Cf. nos Deux voyages en Au-Delà (Er-le-Pamphylien, le Songe de Scipion) notes 39 et surtout 46 (2e volume de la Collection Les Valeurs Essentielles, Les Belles Lettres).

23. Albert Rivaud, Platon. X. Timée, Belles Lettres, p. 82 ; — Gino Loria op. cit., p. 19.

24. Gino Loria, op. cit., p. 19.

25. II y a, de ces relations, des preuves irréfutables sur le plan matériel ; les produits de l’art et de l’industrie étrusques découverts en territoire celtique ne sont pas ignorés de nos musées.
Et il est d’autres preuves encore des rapports qui s’établirent entre les deux civilisations : la géographie, l’histoire, l’archéologie, la mythologie sont loin d’être muettes sur ce point.

26. Origène, Philosophumena, I, 2 et 22 ; — Cf. Carcopino, La basilique pythagoricienne de la Porte Majeure, L’artisan du livre, p. 179.

27. Le contact entre le monde grec et celui des Celtes est trop attesté pour qu’il soit nécessaire de s’attarder à une démonstration. Rappelons simplement quelques faits connus :
Si les traditions irlandaises font état, dans le Livre des Invasions, de rapports primitifs avec la Grèce, la Thrace, la Scythie, l’Égypte, l’Espagne… et ceci dès l’an… 2640 avant J. C. (cf. Dottin, Litt. celtiques, Payot, p. 42-43), il y a sous ces légendes, incontestablement, quelque vérité historique.
La Méditerranée a toujours attiré les Celtes (César, VI, 24, 5). Le monde grec surtout les retient. Ils ont paru, dans l’histoire grecque quand celle-ci a commencé (IIitbkkt, Évolution de L’humanité, Renaissance du Livre, vol. XXI, p. 10). Le même auteur dit : La principale différence entre les objets de l’époque de Hallstatt et ceux de la Tène vient de l’imitation des objets et décors grecs, grâce aux relations qui s’établirent soit du côté de Marseille, soit par la vallée du Danube (vol. XXI bis, p. 3). Les monnaies gauloises sont, le fait est bien connu, de pure imitation grecque (portant d’ailleurs souvent pentagrammes et swastikas). Les druides, quand d’occasion ils écrivent, le font d’abord en caractères grecs (César, VI, 14).
D’autre part, les auteurs alexandrins d’odyssées argonautiques les font se poursuivre aux pays des Celtes par le Rhône et la Suisse, jusqu’en Irlande. Les mythologues anciens introduisent les Celtes dans les légendes gréco-romaines, par Hercule et Polyphénie ; et le choix de ces deux personnages est loin d’être indifférent.

28. César, Bell, gall., VI, 14.

29. Jullian, Histoire de la Gaule, Hachette, t. II, p. 87.

30. In L’évolution de l’humanité, Renaissance du Livre, vol. XXI bis ; Introduct. p. XIII.

31. Voyez par exemple la posture accroupie, jambes repliées, de l’Initié méditant, presque aussi courante dans les représentations de dieux gaulois que dans celles du Bouddha, et de déités hindoues.

32. Constans : César, Bell. Gall., Hachette, p. 229, n. 10.

33. Les druides, ou ceux qui furent formés à leur école, furent les meilleurs interprètes de la pensée méditerranéenne (cf. Hubert, XXI, p. 20).

34. Ils pouvaient n’être plus, après tout, que des magiciens. Peu importe d’ailleurs. Peut-être même au contraire, en ce qui nous intéresse ici.

35. Les druides, poursuivis et interdits dès Tibère, doivent se cacher, ou tout au moins camoufler leurs enseignements : cf. Grenier, Les Gaulois, Payot, p. 37. Et le même auteur, ibidem : Dans la Oaulc devenue romaine, la religion gauloise poursuivit jusqu’au triomphe du Christianisme, une existence sans éclat, obscure mais profonde. D’où nécessité de continuer à donner, même après la conquête, un enseignement ésotérique.

36. Jullian, op. cit., p. 89, n. 6.

37. Hubert, op. cit., XXI bis, p. 273-274.

38. Hubert, XXI bis, p. 285. Cf. Marie-Louise Sjoestoedt, Dieux et héros des Celtes, Leroux, p. XI : « Pas d’état celtique commun » en matière de mythes.

39. Hubert, XXI bit, p. 286.

40. Cf. Hubert, XXXI bis, p. 274, n. 2.

41. C’est encore soulever l’éternel problème de l’Atlantide. Cf. Platon… et Jullian, p. 173, n. 4. Sur l’état présent de la question atlantéenne, cf. notre ouvrage Aux sources de l’Atlantide, (3e volume de la collection Les Valeurs essentielles, Les Belles Lettres).

42. Cf. Hubert, XXI, p. 238, et surtout p. 270.

43. Cf. Grenier, op. cit., p. 339 et surtout p. 363 : Le druidisme ne serait donc que le développement d’un vieux sacerdoce indigène lié au cercle mégalithique de Stonehenge. La doctrine se serait ensuite enrichie de toutes les idées qui pouvaient circuler dans le monde celtique, depuis la Mer noire et les Balkans jusqu’aux côtes de la Gaule.

44. Jullian, p. 89 ; H. Hubert, XXI bis, p. 284, conteste l’origine supposée par Jullian et James G. Frazer.

45. César, VI, 13. C’était bien le centre de la Gaule celtique. Cf. Jullian, p. 97, n. 6, et p. 94 n. 2.
On sait que St Benoît-sur-Loire est présentement identifié avec l’omphalos des Gaules.

46. Cf. Ponchont, César, Hatier, p. 550 ; Cayrou, César, A. Colin, p. 287, n. II ; Grenier, op. cit., p. 367 : Rien ne nous autorise à en faire une institution panceltique.

47. Constans, César, p. 229, n. 10.

48. C’est sur cette croyance commune à une métempsychose de nature d’ailleurs assez différente (cf. Cayrou, op. cit., p. 289, n. 1) que les anciens se fondaient d’abord pour rapprocher le druidisme et le pythagorisme.
C’est ici qu’il faudrait rappeler l’histoire de Zalmoxis, ancien esclave de Pythagore, sa prédication et l’initiation qu’il aurait donnée aux Gètes, d’où serait issue, selon certaines traditions, une bonne part des doctrines druidiques. Cf. Grknier, op. cit., p. 362.
Sur cette même doctrine de la métempsychose, cf. in Vers d’Or de Pythagore (ouvrage cité) notre note 15 au v. 18. Rappelons enfin, ici particulièrement, la fameuse Incantation à la Terre d’Irlande (Le livre des Conquêtes) où l’on a cru trouver un écho de cette croyance : cf. M. L. Sjoestedt, op. cit, p. 17.

49. Cf. Constans, op. cit, p. 229 n. 10 ; Cayrou, op. cit, p. 288, n. 18.

50. Cf. Ponchont, op. cit, p. 550.

51. Cf. Roth et Guirand, Mythologie générale, Larousse, p. 202.

52. En Hongrie. Notons, par curiosité, et aussi en confirmation de notre remarque, qu’après la présentation de notre étude un journal de Dijon, Le Bien Public, signalait le 30 décembre 1948, sous la signature de M. Emmanuel Guyot, la découverte d’un nouveau dodécaèdre perlé, par un laboureur, à Savigny-sous-Mâlain (Côte-d’Or). Et, cette fois encore, l’objet apparaissait à l’intérieur de l’aire considérée.

53. Non loin du Lugdunum Batavorum.

54. Cicéron, De Divinat., I, 41.

55. Une émission radiophonique consacrée à l’astrologie a été récemment supprimée sur l’intervention personnelle d’un savant très officiel, sous le prétexte que la dite science était un défi aux exigences rationalistes de l’esprit contemporain… On a le droit de penser ce qu’on veut de l’astrologie. Mais c’est bien ici que le raisonnement bannit la raison. Le même savant écrivait aussi en substance, il y a quelques mois, dans le B. O. de l’Éducation Nationale : Je n’ai jamais appris le latin, et je m’en vante… Ceci expliquerait-il cela ?

56. Plut. De orac., 17.

57. Cf. Jullian, Hubert, passim.
Vates est un mot celtique, emprunté en Cisalpine par les Romains. La divination aurait, selon la légende, été instituée par Malaliach en même temps que le sacrifice, le culte, la garantie et le brassage de la bière…(M. L. Sjoestedt, op. cit., p. 8. Cf. Hubert, XXI bis, p. 37 et Meillet-Ernout, Dic. étym. de la langue latine, p. 1076.)

58. Hubert, XXI bis, p. 277.

59. Jullian, p. 137-138, et p. 164.

60. Tout [chez les Celtes] est magie, et nulle activité ne peut être efficace, qui n’a son aspect magique. (Sjoestedt, p. 125). C’est un perpétuel combat contre l’ange que mènent les Celtes, grâce à la magie qui peut vaincre jusqu’aux dieux.

61. Hubert, XXI, p. 19.

62. César, VI, 13. Pas de délimitation véritable chez les Celtes entre le naturel et le surnaturel, le monde des vivants et celui des morts. Et la cloison cède tout à fait dans la nuit du 1er novembre… (cf. notre Toussaint et le jour des morts). M.L Sjoestedt (p.124) dit : Le celte pense ses dieux sur la terre, semblable en cela, dirons-nous, à bien des races, de tous temps et de tous lieux.

63. Hubert, XXI bis, p. 277.

64. Cf. le jeu latin des Duoderim scripta.

65. Et alors dit Saint-Venant, op. cit., p. 29, il n’y aurait à chercher nulle explication. Mais si ! justement…

66. Hubert, XXI bis, p. 306.

67. Jullian, p. 170, n. 4.

68. Hubert, XXI bis, p. 288.

69. Cf. Jullian, p. 161, n. 3.

70. Jullian, p. 141.

71. Pline., Hist. nat., XXIX, 12.

72. Jullian, p. 165, 166.

73. Jullian, p. 165, 166.

74. César, VI, 18. Sur l’étymologie, cf. Meillet-Ernout, Dic. étym. de la langue latine, p. 273.

75. Cf. Jullian, p. 124, n. 4 ; Sjoestedt, p. 16 ; Grenier, op. cit., p. 333.

76. Jullian, p. 128.

77. Jullian, p. 142, n. 1, et Hubert, XXI, p. 31, n. 3 et 4.
Le temple du Puy de Dôme, consacré aux Teutatès hermétique, date du règne d’Auguste. Les vestiges en sont encore impressionnants. Et le voyageur moderne est saisi de l’atmosphère sacrale qui règne toujours sur cette montagne dressée solitaire dans un décor volcanique.

78. Jullian, p. 145 ; 120 n. 6 ; 142 n. 1 ; 141 n.4 ; — Hubert, XXI, p. 31.
On sait la fortune d’Hercule dans l’Empire romain, comme excipient de doctrines d’origines diverses, et pythayoriciennes tout particulièrement (cf. J. Bayet, Les origines de l’Hercule Romain, Pavot ; J. Carcopino, Aspects mystiques de la Rome païenne, l’artisan du livre).

79. Sur le culte solaire peut-être d’origine hvperboréenne, hérité particulièrement de la civilisation des mégalithes, cf. Grenier, op. cit., p. 333, 339, et Hubert, XXI, p. 270.

80. Jullian, p. 147, 142. Les types de héros, de saints ou de dieux terrassant, à pied ou à cheval, un monstre diabolique et plus ou moins anguipède, apparaissent en bien des lieux et en bien des temps. (cf. Perdrizet, op. cit.). C’est l’admirable symbole de l’archange St-Michel.

81. Jullian, p. 142 n. 1 ; 121 n. 3 : 138 ; 140 n. 5 et 6.

82. Ce métal a toujours eu un pouvoir purificateur (cf. V. Magnien, Les mystères d’Eleusis, Payot, p. 193).

83. On lira avec intérêt l’article de G. Guenin, Bulletin de la Sté préhistorique française, mai 1948, p. 142-151, sur les rapports entre les mythes asiatiques et l’expression symbolique qu’ils peuvent avoir en pays celtique, particulièrement sur les monnaies carnutes. Le pentagramme y figure couramment à côté du swastika et d’autres traductions du mythe solaire habituelles aux indo-européens.

84. Cf. Matila Ghyka, op. cit., t. I, p. 44, n. 3 et passim.

85. Sagesse, XI, 20.

86. Cf. Saint-Venant, op. cit., p. 25.

87. Ghyka, op. cit., I, p. 51. Selon cet auteur le nombre cinq préside à la vie organique (fleurs pentamères.) tandis que la symétrie inorganique des cristaux est plutôt hexagonale : I, ch. II

88. Ghyka 1 p. 51, et II p. 71.

89. Ghyka, 11, p. 71 et 72. On peut, entre autres, relever dans l’œuvre d’Agrippa de NeUeshcim ces deux passages : Les sciences mathématiques sont, comme parentes de la magie, si indispensables a celle-ci que celui qui, sans les posséder, croit pouvoir exercer les arts magiques, se trouve sur une voie absolument fausse… Car tout ce qu’il peut exister de forces naturelles esclaves ne consiste en lin de compte qu’en Nombre, Poids, Mesure, Harmonie, Mouvement et Lumière…
Le nombre cinq possède une perfection et puissance remarquable, moitié du tout, de la Décade… nombre du bonheur et de la grâce, sceau du Saint-Esprit, lien qui enlace tout… Sur le nombre cinq dans l’évangile de St Matthieu, par exemple, cf. Bible de Jérusalem, Introduction du P. Benoit, p. 11.

90. M. L. Sjoestedt, op. cit., p. 73 et passim.
C’est le jour où débarquèrent en Irlande « les tribus de la déesse Dana », qui avaient appris la magie dans les îles du nord de la Grèce, grâce à quoi cette race put triompher de ses prédécesseurs (cf. Sjoestedt, p. 11).

91. Par exemple une Stella octangula, dont nous avons relevé ailleurs un exemplaire en place, dominant une sphère, sur une fontaine d’Aurillac.

92. Ghyka, op. cit., I, p. 71.

93. Un voyageur qui connaît bien l’Afrique noire nous faisait récemment remarquer que l’utilisation d’un objet muni de faces à ouvertures telles qu’en présente le dodécaèdre, et ceci à des fins divinatoires, s’explique le plus simplement du monde.
Il a vu là-bas, nous dit-il, des objets qui peuvent aussi se lancer et rouler, et qui sont pourvus d’ouvertures analogues. L’on glisse le doigt dans l’ouverture de la face que présente le sort. Et si tel ou tel doigt peut y entrer, selon le code établi, il s’ensuit telle ou telle indication.
Ces renseignements renforcent notre hypothèse d’une façon singulière. Ils appelleraient évidemment des précisions que nous ne désespérons pas d’obtenir quelque jour… L’on nous signale encore (M. Roger Aussourd) des billes d’ivoire à douze faces, creuses, ajourées, et renfermant d’autres billes plus petites, visibles à l’Ashmolean Muséum d’Oxford. Elles datent du XVIIe siècle, mais se situent parfaitement dans la tradition de nos dodécaèdres, quel qu’en ait été l’usage.
On peut encore imaginer mille choses ; voyez par exemple l’aspect du Dodécaèdre placé sur une table : quelle que soit sa position, il rappelle curieusement une tête humaine, offrant cinq visages différents, avec les yeux, le nez, la bouche… Sans parler de l’œil mystique et cyclopéen, cher aux curieux de trépanations rituelles.
La disposition variable d’ouvertures de grandeur différente, pour ce qui figure la bouche et chacun des yeux, peut fort bien prendre une valeur mantique, et servir de base à toutes sortes d’interprétations où la fantaisie analogique n’a qu’à se donner libre cours. C’est une question de convention préalable : cf. Coutenau, La divination chez les Assyriens et les Babyloniens, Payot, p. 23 et 179.
Les cercles concentriques aux ouvertures et les séries d’œils-de-perdrix n’apparaissent généralement, nous l’avons dit, qu’autour des plus petites et semblent bien ne servir qu’à combler d’une décoration le peu d’espace qui subsiste entre ladite ouverture et les côtés du pentagone. Mais ce n’est pas à dire que le choix de ce type de décoration soit absolument indifférent. Elle est sans doute d’un type courant chez les Celtes (cf. Saint-Venant, p. 17, n.1), mais n’est pas dépourvue de valeur mythique (cf. Jullian, op. cit., II, p. 138, n. 5). On doit encore remarquer que ces œils-de-perdrix sont toujours au nombre de cinq ou de dix sur les faces où ils se trouvent, ce qui n’est pas non plus indifférent.
Une dernière remarque à propos des motifs symboliques : l’une des branches en S du Swastika, qui apparaît si souvent dans la décoration des objets celtiques (Jullian, p. 138, n. 5 ; 142, n. 1 ; — Hubert, XXI, p. 145 et 59) se retrouve curieusement encore dans le tracé directeur de succession des pentagones à partir de l’une des faces, et disposés, comme le montre notre figure 2, en deux grandes fleurs pentagonales.
Et l’on sait l’usage plus ou moins abusif qu’on fait en notre temps des symboles solaires : soleils d’apocalypse de Van Gogh, croix gammée hitlérienne, pentagramme rouge en U. R. S. S., blanc aux U. S. A., etc…

94. Sur Hermès, le Serpent et la Vénus cypriote, cf. Ghyka, II, p. 75, n. 1.

95. Cf. Burnet, Aurore de la philosophie grecque, Payot, p. 115.

96. Η Τετρακτύς : c’est le nom grec du Quaternaire.

97. Ghyka, I, p. 44, 45, n. 2 (in fine).

98. Cf. Ghyka, I, p. 20.

99. Le Palais permanent de la Découverte, à Paris, (salle des mathématiques) prétend précisément donner la représentation d’un solide à 4 dimensions dans l’espace à 3 dimensions au moyen d’un grand dodécaèdre pentagonal régulier, à cellules dodécaédriques pentagonales plus ou moins régulières au fur et à mesure qu’elles s’éloignent de la cellule centrale, microcosme régulier semblable au grand Dodécaèdre qui les enferme toutes.

100. C’est la démarche socratique (Platon, Le Banquet, 211 c.)- Il ne se peut agir ici, bien entendu, de l’infini mathématique.

101. Sur les rapports métaphysiques entre le dodécaèdre et la sphère, et l’utilisation mathématique de ces concepts à l’origine du calcul infinitésimal, cf. Robin, Platon, Alcan, p. 242.
Notons enfin qu’un burin célèbre de Dürer, daté de 1514, offre, dans un fourmillement ue symboles, et parmi sablier, cloche de bronze, carré magique, sphère, etc… m’image personnifiée de la Melancholia, contemplant un dodécaèdre irrégulier, derrière quoi s’étend l’infini de la mer…

102. Cf. Ghyka, I, p. 50.

103. Goethe, Second Faust.

104. Paul Valéry, Eupalinos. Les surréalistes, à leur tour, n’ont pas fini de nous étonner. Voyez la démarche particulière de Salvator Dali, son souci de renouer, par exemple, avec le florentin Paolo Uccello.

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Notes

Léonard Saint-Michel, article : « Situation des dodécaèdres celto-romains dans la tradition symbolique pythagoricienne », publ. in Bulletin de l’Association Guillaume Budé, 10 4 (1951), pp. 92-116.

■ Outre le dessin accompagnant l’article, nous vous soumettons une photographie du dodécaèdre - celui du musée archéologique de Francfort-sur-le-Main - sans doute plus agréable à l’œil…