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Catéchisme pour le grade d’Adepte


AuteursDatesTypeLieuThèmes
Théodore Henry de Tschudypubl. 1766 in L’Etoile Flamboyante ou la Société des Francs-Maçons considérée sous tout ses aspectsLittératurepubl. FranceFranc-maçonnerie
Alchimie
Hermésisme

► Caillet, ref.10876.

► Dorbon-Aîné, ref.4974 (L’Etoile Flamboyante) : […] Cet ouvrage peu commun aurait, suivant Barbier et Quérard, été rédigé en collaboration avec Bardou-Duhamel. — Eliphas Lévi en fait grand cas, et dit : « Le Catéchisme hermétique, contenu dans cet ouvrage et que nous indiquons aux Sages Cabalistes, contient tous les principes véritables du Grand Œuvre d’une manière si claire et si satisfaisante qu’il faut manquer absolument d’intelligence spéciale de l’occultisme pour ne pas arriver à la vérité en le lisant. » — Contient, entre autres, les « Statuts de la Société des Philosophes Inconnus » et la fameuse ode italienne, avec sa traduction française, Intitulée : « Aux Vrais Philosophe», discours théorique sur la composition de la Pierre Philosophe, par Fra Marc-Antoine Crasselame, Chinois » que l’on retrouve dans le rarissime traité « La Lumière sortant par soi-mesme des Ténèbres ». / 4975 (L’Etoile Flamboyante) / 6680.

► Le titre complet est : Catéchisme ou instruction pour le grade d’Adepte ou apprenti Philosophe sublime & inconnu

◆ On trouve une version commentée par Oswald Wirth dans son ouvrage Le symbolisme Hermétique. Il y indique que Tchudy à emprunté l’Ode à un ouvrage antérieur : La Lumière sortant par soi-mesme des Ténèbres du paracelsien Otto Tachenius, ouvrage traduit en français mais dont l’édition originale italienne semble perdue.

◆ Le studieux trouvera encore deux autres traductions en français : la primitive, celle de Bruno de Lansac chez Laurent d’Houry (1687) et celle de Jean Maugin de Richenbourg in Bibliothèque des philosophes chimiques (1741).

■ Nous avons transcrit les textes tels qu’ils apparaissent dans leur source d’origine ce qui occasionne certains décalages de mise en forme entre les versions : nous avons fait en sorte de réduire du mieux possible ces décalages dans la mise en page. Nous nous sommes également référés au découpage de Wirth qui indiquait des numéros à chaque strophe. Enfin, nous reportons également en italique (version italienne et française) deux textes intercalaires en tête des chants II et III que Wirth a signalés dans son ouvrage.

Texte : édition papier du Catéchisme pour le grade d’Adepte in le Symbolisme Hermétique, Oswald Wirth, 1969.

Texte : én. du Catéchisme pour le grade d’Adepte in L’Etoile Flamboyante, 1785. | bs. Bibliothèque Nationale de France (Paris, France). Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France (Le lien renvoie directement au passage concerné dans le tome II).

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D. 1. Quelle est la première étude d’un Philosophe ?
R. C’est la recherche des opérations de la nature.

D. 2. Quel est le terme de la nature ?
R. Dieu, comme il en est le principe.

D. 3. D’où proviennent toutes les choses ?
R. De la seule & unique nature.

D. 4. En combien de régions la nature est elle divisée ?
R. En quatre principales.

D. 5. Quelles sont elles ?
R. Le sec, l’humide, le chaud, le froid, qui sont les quatre qualités élémentaires, d’où toutes choses dérivent.

D. 6. En quoi se change la nature ?
R. En mâle & femelle.

D. 7. A quoi est elle comparée ?
R. Au mercure.

D. 8. Quelle idée me donnerez vous de la nature ?
R. Elle n’est point visible, quoiqu’elle agisse visiblement, car ce n’est qu’un esprit volatil, qui fait son office dans les corps, & qui est animé par l’esprit universel, que nous connaissons en maçonnerie vulgaire, sous le respectable emblème de l’Etoile flamboyante.

D. 9. Que représente-t-elle positivement ?
R. Le souffle divin, le feu central & universel, qui vivifie tout ce qui existe.

D. 10. Quelles qualités doivent avoir les scrutateurs de la nature ?
R. Ils doivent être tels que la nature elle-même, c’est à dire, vrais, simples, patients & constants ; ce sont les caractères essentiels, qui distinguent les bons Maçons, & lorsque l’on inspire déjà ces sentiments aux candidats dans les premières initiations, on les prépares d’avance à l’acquit des qualités nécessaires pour la classe philosophique.

D. 11. Quelle attention doivent ils avoir ensuite ?
R. Les Philosophes doivent considérer exactement si ce qu’ils se proposent est selon la nature, s’il est possible & faisable ; car s’ils veulent faire quelque chose comme la nature, ils doivent la suivre en tout point.

D. 12. Quelle route faudrait-il tenir pour opérer quelque chose de plus excellent que la nature ne l’a fait ?
R. On doit regarder en quoi & par quoi elle s’améliore ; & on trouvera que c’est toujours avec son semblable : par exemple, si l’on veut étendre la vertu intrinsèque de quelque métal plus outre que la nature, il faut alors saisir la nature métallique elle même, & savoir distinguer le mâle & la femelle en ladite nature.

D. 13. Où contient elle ses semences ?
R. Dans les quatre éléments.

D. 14. Avec quoi le Philosophe peut-il produire quelque chose ?
R. Avec le germe de ladite chose, qui en est l’élixir, ou la quintessence beaucoup meilleure, & plus utile à l’artiste que la nature même ; ainsi, d’abord que le Philosophe aura obtenu cette semence ou ce germe, la nature pour le seconder sera prête à faire son devoir.

D. 15. Qu’ est ce que le germe ou la semence de chaque chose ?
R. C’est la plus accomplie & la plus parfaite décoction & digestion de la chose même, ou plutôt c’est le baume du soufre, qui est la même chose que l’humide radical dans les métaux.

D. 16. Qui engendre cette semence ou ce germe ?
R. Les quatre éléments, par la volonté de l’Etre suprême, & l’imagination de la nature.

D. 17. Comment opèrent les quatre éléments ?
R. Par un mouvement infatigable, & continu, chacun d’eux selon sa qualité, jetant leur semence au centre de la terre, où elle est recuite & digérée, ensuite repoussée au dehors par les lois du mouvement.

D. 18. Qu’entendent les Philosophes par le centre de la terre ?
R. Un certain lieu vide qu’ils conçoivent, & où rien ne peut reposer.

D. 19. Où les quatre éléments jettent-ils & reposent-ils donc leurs qualités ou semences ?
R. Dans l’ ex-centre, ou la marge & circonférence du centre, qui, après qu’il en a pris une due portion, rejette le surplus au dehors, d’où se forment les excréments, les scories, les feux & même les pierres de la nature, de cette pierre brute, emblème du premier état maçonnique.

D. 20. Expliquez moi cette doctrine par un exemple ?
R. Soit donnée une table bien unie, & sur icelle, en son milieu, dûment assis & posé un vase quelconque, rempli d’eau ; que dans son contour on place ensuite plusieurs choses de diverses couleurs, entre autres qu’il y ait particulièrement du sel, en observant que chacune de ces choses soient bien divisées & mises séparément, puis après que l’on verse l’eau au milieu, on la verra couler de çà & de là : ce petit ruisseau venant à rencontrer la couleur rouge, prendra la teinte rouge ; l’autre passant par le sel, contractera de la salaison ; car il est certain que l’eau ne change point les lieux, mais la diversité des lieux change la nature de l’eau ; de même la semence, jetée par les quatre éléments au centre de la terre, contracte différentes modifications ; parce qu’elle passe par différents lieux, rameaux, canaux, ou conduits ; en sorte que chaque chose naît selon la diversité des lieux, & la semence de la chose parvenant à tel endroit, on rencontrerait la terre & l’eau pure, il en résultera une chose pure, ainsi du contraire.

D. 21. Comment & en quelle façon les éléments engendrent-ils cette semence ?
R. Pour bien comprendre cette doctrine, il faut noter que deux éléments sont graves & pesants, & les deux autres légers, deux secs & deux humides, toutefois l’un extrêmement sec l’autre extrêmement humide, & en outre sont masculin & féminin : or, chacun d’eux est très prompt à produire choses semblables à soi en sa sphère : ces quatre éléments ne reposent jamais, mais ils agissent continuellement l’un & l’ autre, & chacun pousse de soi & par soi ce qu’il a de plus subtil ; ils ont leur rendez-vous général au centre, & dans ce centre même de l’Archée, ce serviteur de la nature, où venant à y mêler leurs semences, ils les agitent & les jettent ensuite au-dehors. On pourra voir ce procédé de la nature, & le connaître beaucoup plus distinctement dans les grades sublimes qui suivent celui-ci.

D. 22. Quelle est la vraie & première matière des métaux ?
R. La première matière proprement dite est de double essence, ou double par elle même ; néanmoins l’une sans le concours de l’autre ne crée point un métal ; la première & la principale est une humidité de l’air, mêlée avec un air chaud, en forme d’ une eau grasse, adhérente à chaque chose, pour pure ou impure qu’elle soit.

D. 23. Comment les philosophes ont-ils nommé cette humidité ?v
R. Mercure.

D. 24. Par qui est-il gouverné ?
R. Par les rayons du Soleil & de la Lune.

D. 25. Quelle est la seconde matière ?
R. C’est la chaleur de la terre, c’est à dire, une chaleur sèche que les Philosophes appellent soufre.

D. 26. Tout le corps de la matière se convertit-il en semence ?
R. Non, mais seulement la huit centième partie qui repose au centre du même corps, ainsi que l’on peut voir dans l’exemple d’un grain de froment.

D. 27. De quoi sert le corps de la matière relativement à la semence ?
R. Pour la préserver de toute excessive chaleur, froideur, humidité ou sécheresse, & généralement toute intempérie nuisible, contre lesquelles la matière lui sert d’enveloppe.

D. 28. L’artiste qui prétendrait réduire tout le corps de la matière en semence, en supposant qu’il pût y réussir, y trouverait-il en effet quelque avantage ?
R. Aucun, au contraire son travail alors deviendrait absolument inutile, parce que l’on ne peut rien faire de bien, sitôt que l’on s’écarte du procédé de la nature.

D. 29. Que faut-il donc qu’il fasse ?
R. Il faut qu’il dégage la matière de toutes ses impuretés : car il n’ y a point de métal, si pur qu’il soit, qu’il n’ait ses impuretés, l’un toutefois plus ou mois que l’autre.

D. 30. Comment figurons-nous dans la maçonnerie la nécessité absolue & préparatoire de cette dépuration ou purification ?
R. Lors de la première initiation du candidat au grade d’apprenti, quand on le dépouille de tous métaux & minéraux, & que d’une façon décente on lui ôte une partie de ses vêtements, ce qui est analogue aux superfluités, surfaces ou scories, dont il faut dépouiller la matière pour trouver la semence.

D. 31. A quoi le Philosophe doit-il faire le plus d’attention ?
R. Au point de la nature, & ce point, il ne doit pas le chercher dans les métaux vulgaires, parce qu’étant déjà sortis des mains de la formatrice, il n’est plus en eux.

D. 32. Quelle en est la raison précise ?
R. C’est parce que les métaux du vulgaire, principalement l’or, sont absolument morts, au lieu que les nôtres au contraire sont absolument vifs, & ont esprit.

D. 33. Quelle est la vie des métaux ?
R. Elle n’est autre chose que le feu, lorsqu’ils sont encore couchés dans leurs mines.

D. 34. Quelle est leur mort ?
R. Leur mort & leur vie sont un même principe, puisqu’ils meurent également par le feu, mais un feu de fusion.

D. 35. De quelle façon les métaux sont-ils engendrés dans les entrailles de la terre ?
R. Après que les quatre éléments ont produit leur force ou leur vertu dans le centre de la terre, & qu’ils y ont déposé leur semence ; l’archée de la nature, en les distillant, les sublime à la superficie par la chaleur & l’action d’un mouvement perpétuel.

D. 36. Le vent, en se distillant par les pores de la terre, en quoi se résout-il ?
R. Il se résout en eau de laquelle naissent toutes choses, & ce n’est plus alors qu’une vapeur humide, de laquelle vapeur se forme ensuite le principe principié de chaque chose, & qui sert de première matière aux Philosophes.

D. 37. Quel est donc ce principe principié, servant de première matière aux enfants de la science dans l’ œuvre philosophique ?
R. Ce sera cette même matière, laquelle aussitôt qu’elle est conçue, ne peut absolument plus changer de forme.

D. 38. Saturne, Jupiter, Vénus, le Soleil, la Lune, &c. ont-ils chacun des semences différentes ?
R. Ils ont tous une même semence ; mais le lieu de leur naissance a été la cause de cette différence, encore bien que la nature ait bien plutôt achevé son œuvre en la procréation de l’argent qu’en celle de l’or, ainsi des autres.

D. 39. Comment se forme l’or dans les entrailles de la terre ?
R. Quand cette vapeur que nous avons dit, est sublimée au centre de la terre, & qu’elle passe par des lieux chauds & purs, & où une certaine graisse de soufre adhère aux parois, alors cette vapeur que les Philosophes ont appelé leur mercure, s’accommode & se joint à cette graisse, qu’elle sublime après avec soi ; & de ce mélange résulte une certaine onctuosité, qui laissant ce nom de vapeur, prend alors celui de graisse, & venant puis après à se sublimer en d’autres lieux, qui ont été nettoyés par la vapeur précédente, & auxquels la terre est plus subtile, pure & humide, elle remplit les pores de la terre, se joint à elle, & c’est alors ce qui produit l’or.

D. 40. Comment s’engendre Saturne ?
R. Quand cette onctuosité ou graisse parvient à des lieux totalement impurs & froids.

D. 41. Comment cette définition se trouve-t-elle au noviciat ?
R. Par l’explication du mot Profane qui supplée au nom de Saturne, mais que nous appliquons effectivement à tout ce qui réside en un lieu impur & froid, ce qui est marqué par l’allégorie du monde, du siècle & de ses imperfections.

D. 42. Comment désignons-nous l’œuvre & l’or ?
R. Par l’image d’un chef-d’œuvre d’architecture, dont au détail nous peignons la magnificence toute éclatante d’or & de métaux précieux.

D. 43. Comment s’engendre Vénus ?
R. Elle s’engendre alors que la terre est pure, mais mêlée de soufre impur.

D. 44. Quel pouvoir a cette vapeur au centre de la terre ?
R. De subtiliser toujours par son continuel progrès, tout ce qui est cru & impur, attirant successivement avec soi ce qui est pur.

D. 45. Quelle est la semence de la première matière de toutes choses ?
R. La première matière des choses, c’est-à-dire, la matière des principes principiants, naît par la nature sans le secours d’aucune semence, c’est-à-dire, que la nature reçoit la matière des éléments, de laquelle elle engendre ensuite la semence.

D. 46. Quelle est donc absolument parlant la semence des choses ?
R. La semence en un corps n’est autre qu’un air congelé, ou une vapeur humide, laquelle, si elle n’est résoute par une vapeur chaude, devient tout à fait inutile.

D. 47. Comment la génération de la semence se renferme-t-elle dans le règne métallique ?
R. Par l’artifice de l’archée, les quatre éléments en la première génération de la nature, distillent au centre de la terre une vapeur d’eau pondéreuse, qui est la semence des métaux, & s’appelle mercure, non à cause de son essence, mais à cause de sa fluidité & facile adhérence à chaque chose.

D. 48. Pourquoi cette vapeur est-elle comparée au Soufre ?
R. A cause de sa chaleur interne.

D. 49. Que devient la semence après la congélation ?
R. Elle devient l’humide radical de la matière.

D. 50. De quel mercure doit-on entendre que les métaux sont composés ?
R. Cela s’entend absolument du mercure des Philosophes, & aucunement du mercure commun ou vulgaire, qui ne peut être une semence, ayant lui-même en soi la semence comme les autres métaux.

D. 51. Que faut-il donc prendre précisément pour le sujet de notre matière ?
R. On doit prendre la semence seule ou grain fixe, & non pas le corps entier, qui est distingué en mâle vif, c’est-à-dire, soufre ; & femelle vive, c’est-à-dire, mercure.

D. 52. Quelle opération faut-il faire ensuite ?
R. On doit les conjoindre ensemble, afin qu’ils puissent former un germe, d’où ensuite ils arrivent à procréer un fruit de leur nature.

D. 53. Qu’entend donc de faire l’artiste dans cette opération ?
R. L’artiste n’entend faire autre chose, sinon de séparer ce qui est subtil de ce qui est épais.

D. 54. A quoi se réduit conséquemment toute la combinaison philosophique ?
R. Elle se réduit à faire d’un deux & de deux un, & rien de plus.

D. 55. Y a-t-il dans la maçonnerie quelque analogie qui indique cette opération ?
R. Elle est suffisamment sensible à tout esprit qui voudra réfléchir, en s’arrêtant au nombre mystérieux de trois, sur lequel roule essentiellement toute la science maçonnique.

D. 56. Où se trouve la semence & la vie des métaux & minéraux ?
R. La semence des minéraux est proprement l’eau qui se trouve au centre & au cœur du minéral.

D. 57. Comment la nature opère-t-elle par le secours de l’art ?
R. Toute semence, quelle qu’elle soit, est de nulle valeur, si par l’art ou par la nature elle n’est mise en une matrice convenable, où elle reçoit sa vie en faisant pourrir le germe, & causant la congélation du point pur ou grain fixe.

D. 58. Comment la semence est-elle ensuite nourrie & conservée ?
R. Par la chaleur de son corps.

D. 59. Que fait donc l’artiste dans le règne minéral ?
R. Il achève ce que la nature ne peut finir, à cause de la crudité de l’air, qui par sa violence a rempli les pores de chaque corps, non dans les entrailles de la terre, mais dans sa superficie.

D. 60. Quelle correspondance ont les métaux entre eux ?
R. Pour bien entendre cette correspondance, il faut considérer la position des planètes, & faire attention que Saturne est le plus haut de tous, auquel succède Jupiter, puis Mars, le Soleil, Vénus, Mercure, & enfin la Lune. Il faut observer que les vertus des planètes ne montent pas, mais qu’elles descendent, & l’expérience nous apprend que Mars se convertit facilement en Vénus, & non pas Vénus en Mars, comme étant plus basse d’une sphère : ainsi Jupiter se transmue aisément en Mercure ; parce que Jupiter est plus haut que Mercure, celui-là est le second après le firmament, celui-ci est le second au-dessus de la Terre, & Saturne le plus haut ; la Lune la plus basse : le Soleil se mêle avec tous, mais il n’est jamais amélioré par les inférieurs. On voit clairement qu’il y a une grande correspondance entre Saturne & la Lune, au milieu desquels est le Soleil ; mais à tous ces changements, le Philosophe doit tâcher d’administrer du Soleil.

D. 61. Quand les Philosophes parlent de l’or ou de l’argent, d’où ils extraient leur matière, entendent-ils parler de l’or ou de l’argent vulgaires ?
R. Non : parce que l’or & l’argent vulgaires sont morts, tandis que ceux des Philosophes sont pleins de vie.

D. 62. Quel est l’objet de la recherche des Maçons ?
R. C’est la connaissance de l’art de perfectionner ce que la nature a laissé imparfait dans le genre humain, & d’arriver au trésor de la vraie morale.

D. 63. Quel est l’objet de la recherche des Philosophes ?
R. C’est la connaissance de l’art de perfectionner ce que la nature a laissé imparfait dans le genre minéral, & d’arriver au trésor de la pierre philosophale.

D. 64. Qu’est-ce que cette pierre ?
R. La pierre philosophale n’est autre chose que l’humide radical des éléments, parfaitement purifiés & amenés à une souveraine fixité, ce qui fait qu’elle opère de si grandes choses pour la santé, la vie, résidant uniquement dans l’humide radical.

D. 65. En quoi consiste le secret de faire cet admirable œuvre ?
R. Ce secret consiste à savoir tirer de puissance en acte le chaud inné, ou le feu de nature renfermé dans le centre de l’humide radical.

D. 66. Quelles sont les précautions qu’il faut prendre pour ne pas manquer l’œuvre ?
R. Il faut avoir grand soin d’ôter les excréments à la matière, & ne songer qu’à avoir le noyau, ou le centre qui renferme toute la vertu du mixte.

D. 67. Pourquoi cette médecine guérit-elle toutes sortes de maux ?
R. Cette médecine a la vertu de guérir toutes sortes de maux, non pas à raison de ses différentes qualités, mais en tant seulement qu’elle fortifie puissamment la chaleur naturelle, laquelle elle excite doucement, au lieu que les autres remèdes l’irritent par un mouvement trop violent.

D. 68. Comment me prouverez-vous la vérité de l’art à l’égard de la teinture ?
R. Cette vérité est fondée premièrement sur ce que la poudre physique étant faite de la même matière, dont sont formés les métaux, à savoir, l’argent vif ; elle a la faculté de se mêler avec eux dans la fusion, une nature embrassant aisément une autre nature, qui lui est semblable ; secondement, sur ce que les métaux imparfaits n’étant tels, que parce que leur argent vif est cru, la poudre physique, qui est un argent vif mûr & cuit, & proprement un pur feu, leur peut aisément communiquer la maturité, & les transmuer en sa nature, après avoir fait attraction de leur humide cru ; c’est-à-dire, de leur argent vif, qui est la seule substance qui se transmue, le reste n’étant que des scories & des excréments, qui sont rejetés dans la projection.

D. 69. Quelle route doit suivre le Philosophe pour parvenir à la connaissance & à l’exécution de l’œuvre physique ?
R. La même route que le grand Architecte de l’univers employa à la création du monde, en observant comment le chaos fut débrouillé.

D. 70. Quelle était la matière du chaos ?
R. Ce ne pouvait être autre chose qu’une vapeur humide, parce qu’il n’y a que l’eau entre les substances créées, qui se terminent par un terme étranger, & qui soit un véritable sujet pour recevoir les formes.

D. 71. Donnez-moi un exemple de ce que vous venez de dire ?
R. Cet exemple peut se prendre des productions particulières des mixtes, dont les semences commencent toujours par se résoudre en une certaine humeur, qui est le chaos particulier, duquel ensuite se tire comme par irradiation toute la forme de la plante. D’ailleurs, il faut observer que l’écriture ne fait mention en aucun endroit, que de l’eau pour sujet matériel, sur lequel l’esprit de Dieu était porté, & la lumière pour forme universelle.

D. 72. Quel avantage le Philosophe peut-il tirer de cette réflexion, & que doit-il particulièrement remarquer dans la manière dont l’Etre suprême créa le monde?
R. D’abord, il observera la matière dont le monde a été créé, il verra que de cette masse confuse, le souverain Artiste commença par faire l’extraction de la lumière, qui dans le même instant, dissipa les ténèbres qui couvraient la surface de la terre, pour servir de forme universelle à la matière. Il concevra ensuite facilement que dans la génération de tous les mixtes, il se fait une espèce d’irradiation, & une séparation de la lumière d’avec les ténèbres, en quoi la nature est perpétuellement imitatrice de son créateur. Le Philosophe comprendra pareillement comme par l’action de cette lumière se fit l’étendue, ou autrement le firmament séparateur des eaux d’avec les eaux : le ciel fut ensuite orné de corps lumineux ; mais les choses supérieures étant trop éloignées des inférieures, il fut besoin de créer la lune, comme flambeau intermédiaire entre le haut & le bas, laquelle après avoir reçu les influences célestes, les communique à la terre ; le Créateur rassemblant ensuite les eaux, fit apparaître le sec.

D. 73. Combien y a-t-il de Cieux ?
R. Il n’y en a proprement qu’un ; à savoir, le firmament séparateur des eaux d’avec les eaux ; cependant, on en admet trois. Le premier, qui est depuis le dessus des nues, où les eaux raréfiées s’arrêtent, & retombent jusqu’aux étoiles fixes, & dans cet espace sont les planètes & les étoiles errantes. Le second, qui est le lieu même des étoiles fixes. Le troisième, qui est le lieu des eaux surcélestes.

D. 74. Pourquoi la raréfaction des eaux se termine-t-elle au premier ciel ; & ne monte-t-elle pas au-delà ?
R. Parce que la nature des choses raréfiée est de s’élever toujours en haut, & parce que Dieu, dans ses lois éternelles, a assigné à chaque chose sa propre sphère.

D. 75. Pourquoi chaque corps céleste tourne-t-il invariablement comme autour d’un axe sans décliner ?
R. Cela ne vient que du premier mouvement qui lui a été imprimé, de même qu’une masse pesante mise en balan, & attachée à un simple fil, tournerait toujours également, si le mouvement était toujours égal.

D. 76. Pourquoi les eaux supérieures ne mouillent-elles point ?
R. A cause de leur extrême raréfaction ; c’est ainsi qu’un savant chimiste peut tirer plus d’avantage de la science de la raréfaction, que de toute autre ?

D. 77. De quelle matière est composé le firmament, ou l’étendue ?
R. Le firmament est proprement l’air, dont la nature est beaucoup plus convenable à la lumière que l’eau.

D. 78. Après avoir séparé les eaux du sec & de la terre, que fit le Créateur pour donner lieu aux générations ?
R. Il créa une lumière particulière destinée à cet office, laquelle il plaça dans le feu central, & tempéra ce feu par l’humidité de l’eau & la froideur de la terre, afin de réprimer son action, & que sa chaleur fût plus convenable au dessein de son auteur.

D. 79. Quelle est l’action de ce feu central ?
R. Il agit continuellement sur la matière humide qui lui est la plus voisine, dont il fait élever une vapeur, qui est le mercure de la nature, & de la première matière des trois règnes.

D. 80. Comment se forme ensuite le soufre de la nature ?
R. Par la double action ou plutôt réaction de ce feu central, sur la vapeur mercurielle.

D. 81. Comment se fait le sel marin ?
R. Il se forme par l’action de ce même feu sur l’humidité aqueuse ; lorsque l’humidité aérienne qui y est renfermée, vient à s’exhaler.

D. 82. Que doit faire un Philosophe vraiment sage, lorsque une fois il a bien compris le fondement & l’ordre qu’observa le grand Architecte de l’univers, pour la construction de tout ce qui existe dans la nature ?
R. Il doit être, autant qu’il se peut, un copiste fidèle de son Créateur ; dans son œuvre physique, il doit faire son chaos tel qu’il fût effectivement ; séparer la lumière des ténèbres ; former son firmament séparateur des eaux d’avec les eaux, & accomplir enfin parfaitement, en suivant la marche indiquée, tout l’ouvrage de la création.

D. 83. Avec quoi fait-on cette grande & sublime opération ?
R. Avec un seul corpuscule ou petit corps, qui ne contient, pour ainsi dire, que fèces, saletés, abominations, duquel on extrait une certaine humidité ténébreuse & mercurielle, qui comprend en soi tout ce qui est nécessaire au Philosophe, parce qu’il ne cherche en effet que le vrai mercure.

D. 84. De quel mercure doit-il donc se servir pour l’œuvre ?
R. D’un mercure qui ne se trouve point tel sur la terre, mais qui est extrait des corps, & nullement du mercure vulgaire, comme il a été dit.

D. 85. Pourquoi ce dernier n’est-il pas le plus propre à notre œuvre ?
R. Parce que le sage artiste doit faire attention que le mercure vulgaire ne contient pas en soi la quantité suffisante de soufre, & que par conséquent il doit travailler sur un corps créé par la nature, dans lequel elle-même aura joint ensemble le soufre & le mercure, lesquels l’artiste doit séparer.

D. 86. Que doit-il faire ensuite ?
R. Les purifier & les rejoindre derechef.

D. 87. Comment appelez-vous ce corps-là ?
R. Pierre brute, ou chaos, ou illiaste, ou hylé.

D. 88. Est-ce la même pierre brute dont le symbole caractérise nos premiers grades ?
R. Oui, c’est la même que les Maçons travaillent à dégrossir, & dont ils cherchent à ôter les superfluités ; cette pierre brute est, pour ainsi dire, une portion de ce premier chaos, ou masse confuse connue, mais méprisée d’un chacun.

D. 89. Puisque vous me dites que le mercure est la seule chose que le Philosophe doit connaître, pour ne s’y pas méprendre, donnez-m’en une description circonstanciée.
R. Notre mercure, eu égard à sa nature, est double, fixe & Volatil ; eu égard à son mouvement, il est double aussi, puisqu’il a un mouvement d’ascension, & un de descension : par celui de descension, c’est l’influence des plantes, par laquelle il réveille le feu de la nature assoupi, & c’est son premier office avant sa congélation : par le mouvement d’ascension, il s’élève pour se purifier, & comme c’est après sa congélation, il est considéré alors comme l’humide radical des choses, lequel sous des viles scories ne laisse pas de conserver la noblesse de sa première origine.

D. 90. Combien compte-t-on d’humide dans chaque composé ?
R. Il y en a trois : 1° l’élémentaire, qui n’est proprement que le vase des autres éléments : 2° la radicale, qui est proprement l’huile, ou le baume dans lequel réside toute la vertu du sujet : 3° l’alimentaire, c’est le véritable dissolvant de la nature, excitant le feu interne, assoupi, causant par son humidité la corruption & la noirceur, & entretenant, & alimentant le sujet.

D. 91. Combien les Philosophes ont-ils de sortes de mercure ?
R. Le mercure des Philosophes se peut considérer sous quatre égards ; Au premier, on l’appelle le mercure des corps, c’est précisément la semence cachée. Au second, le mercure de la nature ; c’est le bain ou le vase des Philosophes, autrement dit l’humide radical. Au troisième, le mercure des Philosophes, parce qu’il se trouve dans leur boutique & dans leur minière ; c’est la sphère de Saturne ; c’est leur Diane ; c’est le vrai sel des métaux, après lequel, lorsqu’on l’a acquis, commence seulement le véritable œuvre philosophique. Au quatrième égard, on l’appelle le mercure commun, non pas celui du vulgaire, mais celui qui est proprement le véritable air des Philosophes, la véritable moyenne substance de l’eau, le vrai feu secret & caché, nommé le feu commun, à cause qu’il est commun à toutes les minières, qu’en lui consiste la substance des métaux, & que c’est de lui qu’ils tirent leur quantité & qualité.

D. 92. Pourquoi les Maçons ont-ils les nombres impairs, & nommément le septénaire en vénération ?
R. Parce que la nature, qui se plaît dans ses propres nombres, est satisfaite du nombre mystérieux de sept, surtout dans les choses subalternes, ou qui dépendent du globe lunaire ; la lune nous faisant voir sensiblement un nombre infini d’altérations & de vicissitudes dans ce nombre septénaire.

D. 93. Combien d’opérations y a-t-il dans votre œuvre ?
R. Il n’y en a qu’une seule, qui se réduit à la sublimation, qui n’est autre chose, selon Geber, que l’élévation de la chose sèche, par le moyen du feu, avec adhérence à son propre vase.

D. 94. Quelle précaution doit-on prendre en lisant les Philosophes hermétiques ?
R. Il faut surtout avoir grand soin de ne pas prendre ce qu’ils disent à ce sujet au pied de la lettre, & suivant le son des mots : car la lettre tue, & l’esprit vivifie.

D. 95. Quel livre doit-on lire pour parvenir à la connaissance de notre science ?
R. Entre les anciens, il faut lire particulièrement tous les ouvrages d’Hermès, ensuite un certain livre, intitulé : le Passage de la mer Rouge, & un autre appelé l’abord de la Terre promise. Parmi les anciens, il faut lire surtout Paracelse, & entre autres son Sentier Chymique ou Manuel de Paracelse, qui contient tous les mystères de la physique démonstrative & de la plus secrète cabale. Ce livre manuscrit, précieux & original, ne se trouve que dans la bibliothèque du Vatican ; mais Sendivogius a eu le bonheur d’en tirer une copie, qui a servi à éclairer quelqu’un des sages de notre ordre. 2° Il faut lire Raymond Lulle, & surtout son Vade mecum, son dialogue appelé, Lignum Vitoe, son testament & son codicille ; mais on sera en garde contre ces deux derniers ouvrages, parce qu’ainsi que ceux de Geber, ils sont remplis de fausses recettes, de fictions inutiles, & d’erreurs sans nombres, ainsi que les ouvrages d’Arnauld de Villeneuve ; leur but en cela, ayant été, suivant toute apparence, de déguiser davantage la vérité aux ignorants. 3° Le Turba Philosophorum, qui n’est qu’un ramas d’anciens auteurs, contient une partie assez bonne, quoiqu’il y ait beaucoup de choses sans valeur. 4° Entre les auteurs du moyen-âge, on doit estimer Zacharie, Trevisan, Roger Bacon, & un certain anonyme, dont le livre a pour titre des Philosophes. Parmi les auteurs modernes, on doit faire cas de Jean Fabre, François de nation, & de Despagnet, ou l’auteur de la Physique restituée, quoiqu’à dire vrai, il ait mêlé dans son livre quelques faux préceptes, & des sentiments erronés.

D. 96. Quand un Philosophe peut-il risquer d’entreprendre l’œuvre ?
R. Lorsqu’il saura par théorie tirer d’un corps dissout par le moyen d’un esprit crud, un esprit digeste, lequel il faudra derechef rejoindre à l’huile vitale.

D. 97. Expliquez-moi cette théorie plus clairement ?
R. Pour rendre la chose plus sensible, en voici le procédé : ce sera lorsque le Philosophe saura, par le moyen d’un menstrue végétable uni au minéral, dissoudre un troisième menstrue essentiel, avec lesquels réunis il faut laver la terre, & l’exalter ensuite en quintessence céleste, pour en composer leur foudre sulfureux, lequel, dans un instant, pénètre les corps, & détruit leurs excréments.

D. 98. Comment donnons-nous dans nos éléments maçonniques, les rudiments de cette quintessence céleste ?
R. Par le symbole de l’Etoile flamboyante, que nous disons feu central & vivificateur.

D. 99. Ceux qui prétendent se servir d’or vulgaire pour la semence, & du mercure vulgaire pour le dissolvant, ou pour la terr, dans laquelle il doit être semé, ont-ils une parfaite connaissance de la nature ?
R. Non vraiment, parce que ni l’un ni l’autre n’ont en eux l’agent externe : l’or, pour en avoir été dépouillé par la décoction, & le mercure pour n’en avoir jamais eu.

D. 100. En cherchant cette semence aurifique ailleurs que dans l’or même, ne risque-t-on pas de produire une espèce de monstre, puisqu’il paraît que l’on s’écarte de la nature ?
R. Il est sans aucun doute, que dans l’or est contenue la semence aurifique, & même plus parfaitement qu’en aucun autre corps : mais cela ne nous oblige pas à nous servir de l’or vulgaire, car cette semence se trouve pareillement en chacun des autres métaux ; & ce n’est autre chose, que ce grain fixe, que la nature a introduit en la première congélation du mercure, tous les métaux ayant une même origine, & une matière commune, ainsi que le connaîtront parfaitement au grade suivant ceux qui se rendront dignes de le recevoir par leur application & une étude assidue.

D. 101. Que s’ensuit-il de cette doctrine ?
R. Elle nous enseigne que, quoique la semence soit plus parfaite dans l’or, toutefois elle se peut extraire bien plus aisément d’un autre corps que de l’or même : la raison en est que les autres corps sont bien plus ouverts, c’est-à-dire, moins digérés & leur humidité moins terminée.

D. 102. Donnez-moi un exemple pris dans la nature ?
R. L’or vulgaire ressemble à un fruit lequel parvenu à une parfaite maturité a été séparé de l’arbre : & quoiqu’il y ait en lui une semence très parfaite & très digeste, néanmoins si quelqu’un, pour le multiplier, le mettait en terre, il faudrait beaucoup de temps, de peine, de soins, pour le conduire jusqu’à la végétation : mais si au lieu de cela, on prenait une greffe ou une racine du même arbre, & qu’on la mit en terre, on la verrait en peu de temps, & sans peine, végéter & rapporter beaucoup de fruits.

D. 103. Est-il nécessaire à un amateur de cette science de connaître la formation des métaux dans les entrailles de la terre, pour parvenir à former son œuvre ?
R. Cette connaissance est tellement nécessaire, que si avant toute autre étude, on ne s’y appliquait pas, & l’on ne cherchait pas à imiter la nature en tout point, jamais on ne pourrait arriver à rien faire de bon.

D. 104. Comment la nature forme-t-elle donc les métaux dans les entrailles de la terre, & de quoi les compose-t-elle ?
R. La nature les compose tous de soufre & de mercure, & les forme par leur double vapeur.

D. 105. Qu’entendez-vous par cette double vapeur, & comment par cette double vapeur les métaux peuvent-ils être formés ?
R. Pour bien entendre cette réponse, il faut savoir d’abord que la vapeur mercurielle unie à la vapeur sulfureuse, en un lieu caverneux où se trouve une eau salée qui leur sert de matrice ; il se forme premièrement le vitriol de nature : secondement, de ce vitriol de nature, par la commotion des éléments, s’élève une nouvelle vapeur, qui n’est ni mercurielle, ni sulfureuse, mais qui tient des deux natures, laquelle arrivant en des lieux ou adhère la graisse du soufre, s’unit avec elle, & de leur union se forme une substance glutineuse, ou masse informe, sur laquelle la vapeur répandue en ces lieux caverneux, agissant par le moyen du soufre qu’elle contient en elle, il en résulte des métaux parfaits, si le lieu & la vapeur sont purs ; & imparfaits, si au contraire le lieu & la vapeur sont impurs ; ils sont dits imparfaits, ou non parfaits, pour n’avoir pas reçu leur entière perfection par la coction.

D. 106. Que contient en soi cette vapeur ?
R. Elle contient un esprit de lumière & de feu de la nature des corps célestes, lequel doit être proprement considéré comme la forme de l’univers.

D. 107. Que représente cette vapeur ?
R. Cette vapeur ainsi imprégnée de l’esprit universel, qui n’est autre que la véritable Etoile flamboyante, représente assez bien le premier chaos, dans lequel se trouvait renfermé tout ce qui était nécessaire à la création, c’est à-dire, la matière & la forme universelle.

D. 108. Ne peut-on pas non plus employer l’argent vif vulgaire dans ce procédé ?
R. Non, parce que, comme il a déjà été dit, l’argent vif vulgaire n’a pas avec lui l’agent externe.

D. 109. Comment cela est-il désigné en Maçonnerie ?
R. Par le mot de vulgaire ou profane ; en nommant tel tout sujet qui n’est pas propre à l’œuvre maçonnique. C’est dans ce sens qu’il convient d’entendre le couplet : Vous qui du vulgaire stupide, &c. Il est appelé stupide, parce qu’il n’a pas vie en soi.

D. 110. D’où provient que l’argent vif vulgaire n’a pas avec lui son argent externe ?
R. De ce que lors de l’élévation de la double vapeur, la commotion est si grande & si subtile , qu’elle fait évaporer l’esprit ou l’agent, à peu près comme il arrive dans la fusion des métaux : de sorte que la seule partie mercurielle reste privée de son mâle ou agent sulfureux, ce qui fait qu’elle ne peut jamais être transmuée en or par la nature.

D. 111. Combien de sortes d’or distinguent les Philosophes ?
R. Trois sortes : l’or astral, l’or élémentaire, & l’or vulgaire.

D. 112. Qu’est-ce que l’or astral ?
R. L’or astral a son centre dans le Soleil, qui le communique par ses rayons, en même temps que sa lumière, à tous les êtres qui lui sont inférieurs : c’est une substance ignée, & qui reçoit une continuelle émanation des corpuscules solaires qui pénètrent tout ce qui est sensitif, végétatif & minéral.

D. 113. Est-ce dans ce sens qu’il faut considérer le Soleil peint au tableau des premiers grades de l’ordre ?
R. Sans difficulté : toutes les autres interprétations sont des voiles pour déguiser au candidat les vérités philosophiques qu’il ne doit point apercevoir du premier coup d’œil, & sur lesquelles il faut que son esprit & ses méditations s’exercent.

D. 114. Qu’entendez-vous par or élémentaire ?
R. C’est la plus pure & la plus fixe portion des éléments & de toutes les substances qui en sont composées ; de sorte que tous les êtres sublunaires des trois genres contiennent dans leur centre un précieux grain de cet or élémentaire.

D. 115. Comment est-il figuré chez nos Frères les Maçons ?
R. Ainsi que le soleil au tableau indique l’or astral, la lune signifie son règne sur tous les corps sublunaires qui lui sont subjacents, contenant en leur centre le grain fixe de l’or élémentaire.

D. 116. Expliquez-moi l’or vulgaire ?
R. C’est le plus beau métal que nous voyons, & que la nature puisse produire, aussi parfait en soi qu’inaltérable.

D. 117. Où trouve-t-on sa désignation aux symboles de l’Art royal ?
R. Dans les trois médailles, &c. le triangle, le compas & tous autres bijoux ou instruments représentatifs, comme d’or pur.

D. 118. De quelle espèce d’or est la pierre des Philosophes ?
R. Elle est de la seconde espèce, comme étant la plus pure portion de tous les éléments métalliques après sa purification, & alors il est appelé or vif philosophique.

D. 119. Que signifie le nombre quatre adopté dans le grand écossisme de Saint-André d’Ecosse, le complément des progressions maçonniques ?
R. Outre le parfait équilibre, & la parfaite égalité des quatre éléments dans la pierre physique, il signifie quatre choses qu’il faut faire nécessairement pour l’accomplissement de l’œuvre, qui sont, composition, altération, mixtion & union, lesquelles une fois faites dans les règles de l’art, donneront le fils légitime du soleil, & produiront le phénix toujours renaissant de ses cendres.

D. 120. Qu’est-ce que c’est proprement que l’or vif des Philosophes ?
R. Ce n’est autre chose que le feu du mercure, ou cette vertu ignée, renfermée dans l’humide radical, à qui il a déjà communiqué la fixité & la nature du soufre, d’où il est émané : le soufre des Philosophes ne laissant pas aussi d’être appelé mercure, à cause que toute sa substance est mercurielle.

D. 121. Quel autre nom les Philosophes donnent-ils à leur or vif ?
R. Ils l’appellent aussi leur soufre vif, ou leur vrai feu, & il se trouve renfermé en tout corps, & nul corps ne peut subsister sans lui.

D. 122. Où faut-il chercher notre or vif, ou notre soufre vif, & notre vrai feu ?
R. Dans la maison du mercure.

D. 123. De quoi ce feu vit-il ?
R. De l’air.

D. 124. Donnez-moi une comparaison du pouvoir de ce feu ?
R. Pour exprimer cette attraction du feu interne, on ne peut pas donner une meilleure comparaison que celle de la foudre, qui n’est d’abord qu’une exhalaison sèche & terrestre, unie à une vapeur humide, mais qui à force de s’exalter, venant à prendre la nature ignée, agit sur l’humide qui lui est inhérent, qu’elle attire à soi, & transmue en sa nature, après quoi elle se précipite avec rapidité vers la terre, où elle est attirée par une nature fixe semblable à la sienne.

D. 125. Que doit faire le Philosophe après qu’il aura extrait son mercure ?
R. Il doit l’amener ou réduire de puissance en acte.

D. 126. La nature ne peut-elle pas le faire d’elle-même ?
R. Non, parce qu’après une première sublimation elle s’arrête ; & de la matière ainsi disposée s’engendrent les métaux.

D. 127. Qu’entendent les Philosophes par leur or & par leur argent ?
R. Les Philosophes donnent le nom d’or à leur soufre, & celui d’argent à leur mercure.

D. 128. D’où les tirent-ils ?
R. Je vous ai déjà dit qu’ils les tirent d’un corps homogène où ils se trouvent avec abondance, & d’où ils les savent extraire l’un & l’autre, par un moyen admirable, & tout à fait philosophique.

D. 129. Dès que cette opération sera dûment faite, que doit-on faire ensuite ?
R. On doit faire son amalgame philosophique avec une très grande industrie, lequel pourtant ne se peut exécuter qu’après la sublimation du mercure, & sa due préparation.

D. 130. Dans quel temps unissez-vous votre matière avec l’or vif ?
R. Ce n’est que dans le temps qu’on l’amalgame : c’est-à-dire, par le moyen de cette amalgame, on introduit en lui le soufre, pour ne faire ensemble qu’une seule substance, & par l’addition de ce soufre, l’ouvrage est abrégé, & la teinture augmentée.

D. 131. Que contient le centre de l’humide radical ?
R. Il contient & cache le soufre, qui est couvert d’une écorce dure.

D. 132. Que faut-il faire pour l’appliquer au grand œuvre ?
R. Il faut le tirer de ses prisons avec beaucoup d’art, & par la voie de la putréfaction.

D. 133. La nature a-t-elle dans les mines un menstrue convenable, propre à dissoudre, & à délivrer ce soufre ?
R. Non, à cause qu’il n’a pas un mouvement local ; car si elle pouvait derechef dissoudre, putréfier & purifier le corps métallique, elle nous donnerait elle-même la pierre physique, c’est-à-dire, un soufre exalté & multiplié en vertu.

D. 134. Comment m’expliqueriez-vous, par un exemple, cette doctrine ?
R. C’est encore par la comparaison d’un fruit ou d’un grain, qui est derechef mis dans une terre convenable pour y pourrir, & ensuite pour multiplier ; or, le Philosophe qui connaît le bon grain, le tire de son centre, le jette dans la terre qui lui est propre, après l’avoir bien fumée & préparée, & là il se subtilise tellement, que sa vertu prolifique s’étend & se multiplie à l’infini.

D. 135. En quoi consiste donc tout le secret pour la semence ?
R. A bien connaître la terre qui lui est propre.

D. 136. Qu’entendez-vous par la semence dans l’œuvre des Philosophes ?
R. J’entends le chaud inné, ou l’esprit spécifique renfermé dans l’humide radical, ou la moyenne substance de l’argent vif, qui est proprement le sperme des métaux, lequel renferme en soi sa semence.

D. 137. Comment délivrez-vous le soufre de ses prisons ?
R. Par la putréfaction.

D. 138. Quelle est la terre des minéraux ?
R. C’est leur propre menstrue.

D. 139. Quel soin doit avoir le Philosophe pour en tirer le parti qu’il désire ?
R. Il faut qu’il ait un grand soin de la purger de ses vapeurs fétides, & soufres impurs, après quoi on y jette la semence.

D. 140. Quel indice peut avoir l’artiste qu’il soit sur le bon chemin au commencement de son œuvre ?
R. Quand il verra qu’au temps de la dissolution, le dissolvant, & la chose dissoute demeurent ensemble sous une même forme & matière.

D. 141. Combien de solutions y a-t-il dans l’œuvre philosophique ?
R. Il y en a trois ; nombre par cette raison mystérieux & respectable aux Maçons. La première est celle du corps cru & métallique, par laquelle il est réduit dans ses principes de soufre & d’argent vif ; la seconde, celle du corps physique ; & la troisième, celle de la terre minérale.

D. 142. Comment par la première solution peut-on réduire un corps métallique en mercure, & puis en soufre ?
R. Par le feu occulte artificiel, ou l’Etoile flamboyante.

D. 143. Comment se fait cette opération ?
R. En tirant d’abord du sujet le mercure, ou la vapeur des éléments, & après l’avoir purifiée, s’en servir à sortir le soufre de ses enveloppes, par la voie de la corruption, dont le signe est la noirceur.

D. 144. Comment se fait la seconde solution ?
R. Quand le corps physique se résout avec les deux substances susdites, & acquiert la nature céleste.

D. 145. Quel nom donnent les Philosophes à la matière dans ce temps ?
R. Ils l’appellent leur chaos physique, & pour lors, c’est la vraie première matière, qui n’est proprement dite telle, qu’après la jonction du mâle, qui est le soufre, & de la femelle, qui est le mercure, & non pas auparavant.

D. 146. A quoi se rapporte la troisième solution ?
R. Elle est l’humectation de la terre minérale, & elle a un entier rapport à la multiplication.

D. 147. Est-ce dans ce sens qu’il faut entendre la multiplication usitée dans les nombres maçonniques ?
R. Oui, nommément celle du nombre trois, pour le conduire à son cube, par les progressions connues de 3, 9, 27, 81.

D. 148. De quel feu doit-on se servir dans notre œuvre ?
R. Du feu dont se sert la nature.

D. 149. Quel pouvoir a ce feu ?
R. Il dissout toutes choses dans le monde, parce qu’il est le principe de toute dissolution & corruption.

D. 150. Pourquoi l’appelle-t-on aussi mercure ?
R. Parce qu’il est de nature aérienne, & une nature très subtile participant toutefois du soufre, d’où il a tiré quelque souillure.

D. 151. Où est caché ce feu ?
R. Il est caché dans le sujet de l’art.

D. 152. Qui est-ce qui peut connaître & former ce feu ?
R. Le Sage sait construire & purifier ce feu.

D. 153. Quel pouvoir & qualité ce feu a-t-il en soi ?
R. Il est très sec & dans un continuel mouvement, & ne demande qu’à corrompre & à tirer les choses de puissance en acte ; c’est lui enfin qui, rencontrant dans les mines des lieux solides, circule en forme de vapeur sur la matière, & la dissout.

D. 154. Comment connaîtrait-on plus facilement ce feu ?
R. Par les excréments sulfureux, où il est renfermé, & par l’habillement salin, dont il est revêtu.

D. 155. Que faut-il à ce feu pour qu’il puisse mieux s’insinuer dans le genre féminin ?
R. A cause de son extrême siccité il a besoin d’être humecté.

D. 156. Combien y a-t-il de feux philosophiques ?
R. Il y en a de trois sortes, qui sont le naturel, l’inaturel, & le contre nature.

D. 157. Expliquez-moi ces trois sortes de feux ?
R. Le feu naturel est le feu masculin, ou le principal agent ; l’inaturel est le féminin, ou le dissolvant de nature, nourrissant & prenant la forme de fumée blanche, lequel s’évanouit aisément, quand il est sous cette forme, si on n’y prend bien garde, & il est presque incompréhensible, quoique par la sublimation philosophique, il devienne corporel & resplendissant ; le feu contre nature est celui qui corrompt le composé, & a le pouvoir de délier ce que la nature avait fortement lié.

D. 158. Où se trouve notre matière ?
R. Elle se trouve partout, mais il la faut chercher spécialement dans la nature métallique, où elle se trouve plus facilement qu’ailleurs.

D. 159. Laquelle doit-on préférer à toutes les autres ?
R. On doit préférer la plus mûre, la plus propre & la plus facile ; mais il faut prendre garde surtout que l’essence métallique y soit non seulement en puissance, mais aussi en acte, & qu’il y ait une splendeur métallique.

D. 160. Tout est-il renfermé dans ce sujet ?
R. Oui, mais il faut pourtant secourir la nature, afin que l’ouvrage soit mieux & plutôt fait, & cela par les moyens que l’on connaît dans les autres grades.

D. 161. Ce sujet est-il d’un grand prix ?
R. Il est vil & n’a d’abord aucune élégance en soi, & si quelques-uns disent qu’il est vendable, ils ont égard à l’espèce, mais au fond il ne se vend point, parce qu’il n’est utile que pour notre œuvre.

D. 162. Que contient notre matière ?
R. Elle contient le sel, le soufre & le mercure.

D. 163. Quelle est l’opération qu’on doit apprendre à faire ?
R. Il faut savoir extraire le sel, soufre & mercure l’un après l’autre.

D. 164. Comment cela se fait-il ?
R. Par la seule & complète sublimation.

D. 165. Qu’extrait-on d’abord ?
R. On tire d’abord le mercure en forme de fumée blanche.

D. 166. Que vient-il après ?
R. L’eau ignée, ou le soufre.

D. 167. Que faut-il faire ensuite ?
R. Il faut le dissoudre avec le sel purifié, volatilisant d’abord le fixe, & puis fixant le volatil en terre précieuse, laquelle est le véritable vase des Philosophes & de toute perfection.

D. 168. Ne pourriez-vous pas mettre tout à coup sous les yeux, & réunir comme en un seul point, les principes, les formes, les vérités & les caractères essentiels de la science des Philosophes, ainsi que du procédé méthodique de l’œuvre ?
R. Un morceau lyrique, composé par un ancien savant Philosophe, qui joignait à la solidité de la science, le talent agréable de badiner avec les Muses, peut remplir à tous égards ce que vous me demandez : aucune science n’étant effectivement étrangère aux enfants de la Science ; cette ode, quoiqu’en langue italienne, la plus propre à peindre des idées sublimes, trouve ici sa place.

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Ici est intercalée l’Ode, outre le texte d’origine nous avons fait suivre cote à cote deux traductions.

Texte original

in. L’Etoile Flamboyante (comparaison des éd. 1780 et 1785)

ODE.

Canzone Prima

I

Era dal nulla uscito
Il tenebroso chaos ; massa difforme :
Al primo suon d’Onnipotente labbro
Parea che patorito
Il disordin l’avesse, anzi che Fabro
Stato ne fosse un Dio, tanto era informe ;
Stavano inoperose
In lui tutte le cose
E senza Spirto divisor confuso
Ogni elemento in lui stava rachiuso.

II

Or chi ridir potrebbe
Come formossi il Ciel, la Terra, il Mare ;
(Si leggier’ in lor stessi, e vasti in mole ?)
Chipuo suelar com’ ebbe,
Luce, e moto lassù, la Luna el’ Sole ;
Stato, e forma quaggiù, quanto n’appare :
Chi mai comprender come
Ogni cosa ebbe nome
Spirito qnantità Legge, e misura
Da questa massa inordinata impura

III

O del divin Hermete
Emoli Figli, à cui l’arte paterna
Fà che natura appar senza alcum velo
Voi Sol, Sol voi sapete
Come mai Fabricò la Terra, e’l Cielo
Dall’ in istinto Cahos la mano eterna.
La grande opera vostra
Chiaramente vi mestra
Che Dio nel modo isresto, onde è prodotto
Il fisico elissir, compose il tutto.

IV

Ma di ritrar non vaglio
Con debil penna un paragon si vasto
Jo non esperto ancor Figlio dell’ arte
Se ben certo bersaglio
Scoprono al guardo mio le vostre carte.
Se ben m’ è noto il provido Illiasto
Se ben non m’è nascosto
Il mirabit coraposto,
Per cui Voi di potenza avete estratto
La purità degli elementi in atro.

V

Se ben da me s’intende
Ch’altro non è vostro mercurio ignoto.
Ch’in vivo Spirto universale innato
Che dal Sole discende
In aëreo vapor sempre agitato
Ad empier della Terra il centro voto :
Che di quà poi se n’esce
Tra solfi impuri, e cresce
Di volatile in fisso, e presa forma
D’umido radipal se stesso informa.

VI

Se ben io so, che senza
Sigillarsi de vetro il vaso ovale
Non si ferma in lui mai vapore illustra
Che se pronta assistenza
Non ha d’occhio Linceo, di mano industre.
More il candido infante al suo natale,
Che più nol ciban poi
I primi umori suoi
Come ’l Uom, che nel’ utero si pasce
D’impuro sangue, e poi di latte in tasce.

VII

Seben so tanto ; pure
Oggi in prova con voi uscir non, oso
Che anche gl’ errori altrui dubbio mi fanno
Ma, se l’invide cure
Nella vostra pietà luogo non hanno
Voi togliere all’ ingegno il cor dubbioso
Se’l magistero vostro
Distamente io mostro
In questi fogli miei ; deh fate omai
Che sol legga in riposta : opra che’lsai.


Che il Mercurio, E l’Oro del volgo,
non sono l’Oro et il Mercurio de Filosofi,
E che nel Mercurio Filosofico
v’é tutto quello che cercano i Sapienti
Toccando si la prattica della prima operatione,
che deve fare l’esperto Lavorante.

Canzone Seconda

I

Quanta s’ingannan mai gli Uomini ignari
Dell’ hermetica scienza
Che al suon della parola
Applican sol consentimenti avari
Quindi i nomi volgari
D’argento vivo, e oro
S’accingono al avoro,
E con l’oro commun à foco lento
Credon fermare il fuggitivo argento.

II

Ma se agli occulti sensi apron la mente
Ben vedon manifesto
Che manca e à quello, e à questo
Quel foco universal ch’è spirto agente
Spirto, che in violente
Fiemma d’ampia fornace
Abbandona fugace
Ogni metal, che senza vivo moto
Fuor della sua miniera è corpo immoto

III

Altro mercurio, altr’oro Hermete addita
Mercurio humido, e caldo
Al foco ogn’ or più saldo
Oro, ch’e tutto foco, e tutto vita.
Differenza infinita
Non fisa ch’or manifesti
Da quei del volgo questi ?
Quei corpi morti son, di spirto privi,
Questi spirti corporei, e sempre vivi.

IV

O gran mercurio nostro, in te s’aduna
Argento, e oro estratto
Dalla potenza in atto
Mercurio tutto Sol, Sol tutto Luna,
Trina sostanza in una :
Una chein tre si spande.
O meraviglia grande
Mercurio, solfo, e sal, voi m’apprendete
Che in tre sostance voi sol una fiete.

V

Ma d’ov’emai questo mercurio aurato
Che sciolto in solfo, e sale
Umido radicale
Dei metalli divien seme animato
Ah ch’egli e imprigionato
In carcere si dura,
Che perfin la natura
Ritrar nol pruò dalla prigion alpestra
Se non apre le vie arte maestra.

VI

L’arte dunque che fà ? Ministra accorta
Di natura operosa
Con fiamma vaporosa
Purga il sentiero, e alla prigion ne porta
Che non con altra scorta
Non con mezzo migliore
D’un continuo calore
Si soccore à natura ; ond’ ella poi
Scioglie al nostpo mercurio i ceppi suoi

VII

Sî sî questo mercurio animi indotti
Sol cercar voi dovele
Che in lui solo potete.
Trovar ciò, che desian gl’ingegni dotti
Il lui già son ridotti
In prossima potenza
E Luna, e Sol ; che sénza
Oro, et argento del volgo, uniti insieme
Son dell’, e l’oro il vero seme.

VIII

Pur ogni seme inutile si vede
Se icorrotto, e integro
Non marcisce, e vien negro.
Al generar la corruzion precede
Tal natura provede
Nell’ opre sue vivaci ;
E noi di lei segnaci
Se non produre aborti al fin vogliane
Pria negreggiar, che biaucheggiar dobbiamo.


Si consigliano gli Alchimisti inesperti
a desistere dalle sofistiche loro operationi,
tutte contrarie a quelle che n’insegna la vera Filosfia
nella compositione della grand Medicina Universale.

Canzone Terza

I

O voi, che à fabricar l’oro per arte
Non mai stanchi traete
Da continuo carbon fiamme incessanti,
E i vostri misti in tanti modi, e tanti
Or fermate, or sciogliete,
Or tutti sciolti, or congelati in parte :
Quindi in remota parte
Farfalle affumicate, e notte, e giorno
State vegliando à stolti fochi interno.

II

Dal’ insane fatiche ommai cessate
Né più cieca speranza
Il credulo pensier col fumo indori
Son l’opre vostre inutili sudori :
Ch’ entro squallida stanza
Sol vi stampan sul volto ore stantate.
A che fiamme ostinate ?
Non carbon violento, accessi faggi
Per l’hermetica pietra usano i saggi.

III

Col foco, onde sotterra al tutto giova
Natura, arte lavora
Che imitar la natura arte sol deve :
Foco che vaporoso, e non è leve,
Che nutre, e non divora
Ch’é naturale, e’l artificio il trova
Arrido, e fa che piova,
Umido, e ogn’ or dissecca, aqua che stagna,
Aqna che lava’i corpi, e man non bagna.

IV

Con tal foco lavora l’arte seguace
D’infaillibil natura
Ch’ ove queatra mancò, quella supplisce :
Indcomincia natura, arte finisce,
Che sol l’arte depura
Ció che à purgar, natura era incapace,
L’ arte é sempre sagace,
Semplice è la natura, onde se scaltra
Non spiana una le vie, s’artesta l’altra.

V

Donque à che pró tante sostanze e tante
In ritorte, in Lambicchi,
S’ unica é la materia, unico il foco !
Unica é la materia, e in ogni loco
L’hanno i poveri, e i ricchi
A tutti sconosciuta, e a tutti innanté
Abjetta al volgo errante
Che per fango à vil prezzo ogn’ or la vende,
Preziosa al Philosofo, che intende.

VI

Questa maria Sol fanto avvilita
Cherchin gl’ ingegni accorti,
Che in lei quanto desian, tanto s’aduna.
In lei chiudonsi uniti, e Sole, e Luna,
Non volgari, non morti.
In lei chiudesi il foco, onde han la vita ;
Ella da l’acqua ignita
Ella la terra fissa, ella da tutto
Che infin bisogna à un intelletto istrutto.

VII

Mai voi senza offervar che un sol composte
Al Filosofo basta
Più ne prendente iuman Chimici ignari
Ei cuoce in un sol vaso a i rai solari
Un vapor, che s’impasta,
Voi mille paste al foco avete esposto :
Cosi mentre ha composto
Dal nulla il tutto Iddio, voi finalmente
Tomate in tutto al primitivo niente.

VIII

Non molli gomme, od escrementi duri
Non sangue, o sperma humano
Non uve acerbe, o quinte essenze erbali
Non acque acute, o corrosivi sali
Non vitriol romano,
Arridi tachi, od antimoni impuri,
Non solfor, non mercuri
Non metalli del volgo, al fin adopra
Un artifice esperto ala grand’ opra.

IX

Tanti misti à che pio, l’alta scienza
Solo in una radice
Tutto restringe il Magisterio noatro :
Questa, che giâ quai sia chiaro v’ho mostro.
Forse piu che non lice ;
Due sostanze contien, ch’hanno una essenza
Sostanze, che in potenza
Sono argent’ e sono oro ; e in atto poti
Vengono, se i lor pesi uguagliam noi.

X

Si che in atto, si fanno argento e oro
Anzi uguagliate in peso
La volante si fissa in solfo aurato :
Oh solfo luminoso, oro animato
In te del Solo acceso
L’ operosa virtù ristretta adoro !
Solfo tutto tesoro
Fondamento dell’ arte, in cui natura
Decoce l’or, et in élissir matura.

Traduction 1 : Oswald Wirth

in. Le Symbolisme Hermétique

Ode Alchimique

Chant premier

I

Au premier son de la lèvre toute puissante, le chaos
ténébreux sortit du néant à l’état de masse si confuse,
qu’il paraissait enfanté par le Désordre, plutôt que d’être
l’ouvrage d’un Dieu, tant il était informe. Toutes choses
était en lui inactive, et, dépourvus d’Esprit diviseur,
les Elements s’y trouvaient confondus.




II

Qui maintenant pourrait redire comment se sont formés
le Ciel, la Terre et la Mer (si légers en eux-mêmes et si
vastes en leur masses ? Qui pourrait révéler comment
la Lune et le Soleil reçurent là-haut la lumière et le
mouvement et comment tout ce qui apparaît ici-bas
obtînt essence et forme ?) Qui saurait enfin comprendre
comment, au sein de cette masse impure et désordonnée,
toute chose reçut son nom, fut animé, de son propre
esprit, déterminée dans sa quantité, soumise à sa loi
et réglée dans sa mesure ?

III

O vous du divin Hermès les émules et les fils à qui
l’Art paternel a fait apparaître la Nature sans aucun
voile, vous seuls, seuls vous savez comment la Main
éternelle façonna la Terre et le Ciel de la substance
confuse du chaos. Votre grand Oeuvre vous montre
clairement que Dieu composa l’Univers exactement
comme se prépare l’Elixir physique.



IV

Mais il n’appartient pas à ma faible plume de tracer
une comparaison aussi vaste, vu que je suis un fils non
encore expert de l’Art, bien que vos écrits m’aient
cependant fait apercevoir le but où il faut tendre, et
que j’aie notion également de l’indispensable Illiaste et
n’ignore pas l’admirable composé, par lequel vous avez
su tirer de puissances en actes la pureté des Elements.



V

J’entends bien que votre Mercure secret n’est autre
qu’un esprit vivant, universel, inné, qui descend du
Soleil, en forme de vapeur aérienne constamment agitée,
afin de remplir le centre creux de la Terre, où il prend
naissance ensuite parmi les soufres impurs, pour passer
en croissant du volatil au fixe et prendre forme d’humide
radical.



VI

Je sais bien, que si le vase ovale n’est pas scellé par
l’hiver, jamais il ne pourra retenir la vapeur précieuse
et que l’enfant blanc mourra dès sa naissance, s’il ne
reçoit promptement l’assistance d’une main industrieuse,
guidée par des yeux de lynx ; car autrement il ne pourra
plus être nourri de sa première humeur, à l’exemple de,
l’homme, qui, après avoir été nourri de sang impur
dans le sein de sa mère, vit de lait dès qu’il est dans
ses langes.


VII

Bien que je sache toutes ces choses, je n’ose pourtant
pas encore en venir aux épreuves avec vous, les erreurs
des autres m’inspirant des doutes. Mais si vous êtes
plus touchés de pitié que d’envie, daignez ôter de mon
esprit les doutes qui l’embarrassent ; et si, dans ces
pages, j’explique distinctement votre magistère,
confirmez-moi en me répondant : Travaille, car tu sais ce
qu’il faut savoir.




Que le Mercure et l’Or du vulgaire
ne sont pas l’Or et le Mercure des Philosophes
et que dans le Mercure des Philosophes
est tout ce que cherchent les Sages.
Où l’on touche à la pratique de la première opération
à laquelle doit se livrer l’ouvrier expert.

Chant deuxième

I

Combien se trompent les Hommes ignorants des doctrines
hermétiques, qui aux sons des mots appliquent
des conceptions avares : aussi est-ce en se basant sur
les noms vulgaires d’argent vif et d’Or qu’ils se préparent
au travail, s’imaginant fixer l’Argent fugitif avec
de l’Or commun traité par un feu lent.



II

Mais, si au sens caché ils ouvraient l’esprit, ils
verraient manifestement que l’un et l’autre (l’argent vif
et l’or) sont dépourvus de ce feu universel qui est l’esprit
actif. Or, cet agent fugace abandonne tout métal, dès
que celui-ci est exposé à la violence des flammes des
fournaux. Une fois extrait de sa mine, le métal n’a
d’ailleurs plus de mouvement vital et se trouve réduit
à l’état de corps inerte.


III

C’est un tout autre Mercure et un Or bien différent
qu’Hermès désigne : un Mercure humide et chaud, devenant
au feu toujours plus constant, un Or qui est tout
feu et tout vie. Différence infinie qui existe entre ces
corps et ceux du Vulgaire, te manifesteras-tu désormais ?
Ces derniers sont des corps morts, privés d’esprit,
les autres, au contraire, des esprits corporels toujours
vivants.

IV

O grand Mercure des Sages, en toi s’unissent l’Argent
et l’Or tirés de puissance en acte, Mercure tout Soleil,
Soleil tout Lune, triple substance en une, unité qui se
manifeste comme triple. O merveille sublime ! Mercure,
Soufre et Sel, vous m’apprenez qu’en trois substances
vous n’en êtes qu’une seule.



V

Mais où est donc ce Mercure aurifique, qui, résous en
Sel et en Soufre, devient l’Humide radical des métaux,
leur semence animée ? Hélas, il est emprisonné en un
cachot si dur, que la Nature même ne saurait le tirer
de sa prison rocheuse, si l’Art Magistral ne lui ouvrait
pas les voies.



VI

Que fait donc l’art ? Ministre ingénieux de la diligente
Nature, il purifie par une flamme vaporeuse les sentiers
qui le conduisent à la prison, car, pour aider la nature,
il n’est d’autre escorte, ni de meilleur moyen, qu’une
chaleur continue, grâce à laquelle elle pourra par la
suite délivrer notre Mercure de ses entraves.



VII

Oui, oui, c’est ce seul Mercure que vous devez chercher,
esprits peu instruits, car en lui seul vous pouvez
trouver ce que désirent les Sages. En lui sont réduits,
en puissance prochaine , et la Lune et le Soleil, qui,
sans Or et Argent du vulgaire, étant unis ensemble,
deviennent la véritable semence de l’Argent et de l’Or.




VIII

Mais toute semence demeure inutile si, restant intacte
et entière, elle ne pourrit point et ne devient pas noire.
La corruption précède la génération. Ainsi la Nature le
prévoit dans ses œuvres de vie, et nous, ces disciples,
si nous voulons finalement produire autre chose que
des avortons, devons noircir avant de blanchir.





On conseille ici aux Alchimistes inexpérimentés
de se désister de leurs opérations sophistiques,
toutes contraires à celles qu’enseigne la vraie philosophie
pour la composition de la grande Médecine Universelle.

Chant troisième

I

O vous qui, pour faire de l’Or par le moyen de l’Art
ne vous fatiguez pas d’entretenir des flammmes incessantes
à l’aide de charbons continuellement renouvelés,
et qui, de tant et tant de manières, tantôt fixez, tantôt
volatilisez vos mélanges, les dissolvants parfois entièrement,
pour les congeler ensuite en partie ! Vous ne vous
tenez ainsi à l’écart que pour enfumer des papillons, et
nuit et jour, vous surveillez tour à tour vos feux insensés.


II

Cessez désormais de vous fatiguer en pure perte et
ne permettez plus à une espérance aveugle de dorer avec
de la fumée vos conceptions crédules. Vos œuvres sont
d’inutiles sueurs, qui impriment sur vos visages la
trace des heures chagrines passées dans vos chambres
obscures. A quoi bon ces flammes obstinées ? Les Sages
n’usent ni de charbons ardents, ni de fagots flambants,
pour préparer la Pierre Hermétique.

III

C’est avec le feu dont la nature se sert souterrainement
pour toutes choses que l’Art travaille, car l’Art doit
se borner à imiter la Nature : Feu vaporeux, mais non
léger qui nourrit et ne dévore point, Feu naturel, mais
que l’Art trouve, aride, mais faisant pleuvoir humide,
mais qui toujours dessèche, eau stagnante, eau qui lave
les corps, mais ne mouille pas les mains.


IV

C’est avec un tel feu que travaille l’Art imitateur de
l’infaillible Nature, car là où celle-ci manque, elle est
suppléée par celui-là : où la Nature commence, l’Art
achève, car seul l’Art purifie ce que la Nature était
incapable de purger. L’Art est toujours sagace et la
Nature simple ; c’est pourquoi, si, adroitement, l’un
n’aplanit pas les voies, l’autre s’arrête.


V

A quoi bon tant et tant de substances, en cornues, en
alambics, si la matière est unique et unique le feu ? La
Matière est unique, et partout les pauvres la possèdent
aussi bien que les riches. Connue de tous, elle est de
tous méconnue. Dans son erreur, le vulgaire la rejette
comme de la fange, ou il la vend constamment à vil
prix, alors qu’elle est précieuse au philosophie averti.


VI

Que les esprits judicieux recherchent seulement cette
Matière si avilie, car elle renferme tout ce qu’ils désirent.
En elle sont inclus, conjoints, et le Soleil et la
Lune, mais non les vulgaires, ni ceux qui sont morts.
En elle est renfermée le feu d’où ces métaux tirent leur
vie ; elle donne l’eau ignée, ainsi que la terre fixe, elle
donne tout ce dont à finalement besoin un intellect
instruit.


VII

Mais, sans observer qu’un seul composé suffit aux
Philosophes, vous en prenez en main une quantité, chimistes
ignares ! Tandis qu’il cuit en un seul vase, exposé
aux rayons solaires, une vapeur qui s’épaissit, vous
exposez au feu mille ingrédients. Aussi, de même que
Dieu a composé tout de rien, vous finissez, par contre,
à ramener au néant primitif.


VIII

Pas plus les gommes molles que les durs excréments,
pas plus le sang que le sperme humain, pas plus les
raisins astringents que les quintessences herbales, pas
plus les eaux fortes que les sels corrosifs, pas plus le
vitriol romain que les talcs arrides ou les antimoines
impurs, pas plus le soufre que le mercure ou les métaux
du vulgaire ne sont employés par l’Artiste habile
travaillant au grand-œuvre.


IX

A quoi bon tant de mélanges ? La haute science réduit
tout notre Magistère en une seule racine, que je vous
ai déjà fait connaître, plus clairement peut-être qu’il
ne convient, comme contenant deux substances qui sont
Argent et Or en puissance, et le deviennent en acte, si
nous égalisons leurs poids.



X

Dès qu’en acte, ces substances se font Argent et Or,
étant égalisées en poids, le volatil se fixe en soufre aurifique.
O soufre lumineux, Or animé, en toi j’adore la
vertu opérante du Soleil flamboyant, Soufre tout trésor,
fondement de l’Art, en lequel la Nature cuit l’Or qu’elle
mûrit en Elixir.

Traduction 2 : Traducteur .


Ode

Chant premier

I

Le ténébreux chaos
Etait sorti du rien ; masse difforme ;
Au premier son de la lèvre toute puissante
Il semblait avoir été accouché par le désordre,
Plutôt que Forgeron cela eût été d’un dieu ;
Tant il était sans formes ;
En lui toutes choses étaient inactives
Et sans Esprit discriminatoire
Chaque élément en lui enfermé était confus.

II

Mais qui pourrait redire
Comment se formèrent le Ciel, la Terre, la Mer,
(si légers en eux-mêmes et vastes en masse )
Qui peut dévoiler comment la Lune et le Soleil
Eurent la lumière et le mouvement là haut ?
L’état et la forme ici bas, autant que cela paraît :
Qui donc comprendrait jamais
Comment chaque chose eut un nom,
Eut l’Esprit la quantité la Loi et la mesure
De cette masse désordonnée et impure.

III

O du divin Hermès
Les fils émules, à qui l’art paternel
Fait que la nature apparaisse sans aucun voile
Vous seuls, vous seuls savez comment la main éternelle
Fabriqua la Terre et le Ciel
Hors du chaos indistinct
Votre grande œuvre
Se montre clairement, dont dieu,
De la même manière dont est produit
L’élixir physique, a composé le tout

IV

Mais je ne voudrais décrire
Avec si faible plume une comparaison si vaste
Moi, fils non encore expert de l’Art,
Quand bien même je bégaye
Se découvre à mes yeux vos cartes
Quand bien même m’est connu le souffle providentiel
Quand bien même ne m’est pas cachée
L’admirable composition
Par laquelle, vous de force, avez extrait
La pureté des éléments en acte.

V

Quand bien même de moi l’on comprenne
Que votre Mercure inconnu
N’est autre qu’un vif Esprit universel inné
Qui du Soleil descend
En vapeur aérienne toujours agitée
Pour remplir de la Terre le centre vide
Qui d’ici après ressort
Entre soufres impurs et croît
De volatil à fixe et a pris forme
De l’humide radical, sans formes.

VI

Quand bien même je sais, que sans
Sceller de verre le vase ovale
Ne s’arrête jamais en lui l’illustre vapeur
Que, si la prompte assistance
N’a pas l’œil de lynx, la main industrieuse
Le candide enfant meurt à sa naissance,
Que ses premières humeurs
Ne nourrissent plus ensuite
Ainsi l’homme, qui dans l’utérus se repaît
De sang impur, et puis dans ses langes de lait.

VII

Quand bien même je fais tant,
Et qu’aujourd’hui aussi j’essaye
Sortir avec vous je n’ose
Car même les erreurs des autres
Me mettent en doute
Mais, si les enviables soins
Dans votre piété n’ont pas lieu d’être
Vous enlevez à l’esprit le cœur du doute
Si je montre distinctement
Votre Magistère
Dans mes feuilles ; faites désormais
Que seulement se lise en réponse : œuvre qui se fait








Chant deuxième

I

Combien se trompent les hommes ignares
De la science hermétique
Qui, au son de la parole
Appliquent seulement d’avares consentir
Donc les noms vulgaires
D’argent vif et or s’apprêtent au travail
Et avec l’or commun à feu lent
Croient arrêter le fugitif argent

II

Mais si aux occultes les sens ouvrent l’esprit
Ils voient bien manifestement
Qu’il manque et à celui ci et à celui là
Ce feu universel qui est esprit agissant
Esprit qui en violentes
Flammes d’ample fournaise
Abandonne fugace
Tout métal, qui sans mouvement vif
Hors de sa mine est corps immobile

III

Hermès ajoute du mercure, ajoute de l’or
Mercure humide et chaud
Au feu encore plus ferme
Or, qui est tout feu, et toute vie.
La différence infinie
Ne soit pas que maintenant se manifeste
Celui des vulgaires, pour celui ci
Ces corps morts sont privés d’esprit
Ceux ci, esprits corporels et toujours vivants.

IV

Ô notre grand mercure, en toi s’assemble
Argent et or extrait
De la puissance en acte
Mercure tout Sol(eil), Sol(eil) tout Lune
Trois substances en une :
Une qui en trois se répand
Ô grande merveille
Mercure, soufre, et sel, vous m’apprenez
Qu’en trois substances vous n’en faites qu’une seule

V

Mais où est donc ce mercure auréolé
Qui, dissout en soufre et sel
Radical humide
Des métaux devient semence animée :
Ah comme il est emprisonné dans une prison si dure,
Que même la nature ne peut le retirer de la prison alpestre
Si le Grand Art n’ouvre pas les voies


VI

L’art donc qui fait Ministre avisé
De nature industrieuse
Avec flamme vaporeuse
Purge le sentier, et à la prison porte
Non sans autre escorte
Non sans le moyen le meilleur
D’une chaleur continue
Se secoure la nature ; pour qu’elle puisse après
Dénouer à notre mercure ses ceps .

VII

Si, si ce mercure seul vous devez chercher
Ames non doctes,
Qu’en lui seul vous pouvez trouver ce qui
Défie les esprits doctes
En lui déjà sont réduits
En puissance prochaine
Et la Lune et le Soleil ; qui sans
Or , et argent du vulgaire, unis ensemble
Sont le vrai germe de l’Or.

VIII

Aussi, de chaque germe inutile on voit
S’il est non corrompu et intègre
Il ne gâte pas, et il devient noir
Avant de générer de la corruption
Une telle nature prévoit
Dans ses œuvres vivaces
Et nous, qui sommes ses partisans
Si nous ne voulons pas, à la fin, produire des avortements
Nous devons d’abord noircir, plutôt que blanchir








Chant troisième

I

O vous qui, de fabriquer de l’Or par l’art
N’êtes jamais fatigués d’extraire
Du charbon continu les flammes incessantes
Et de tant et tant de manières,
Vous arrêtez parfois vos mélanges, ou les diluez,
Et parfois tous dilués, et parfois congelés en partie :
Ensuite, à part, un peu plus loin
Des papillons enfumés
et nuit et jour
Vous veiller à ces feux sots alentours.

II

De ces fatigues malsaines désormais arrêtez
Ni plus d’aveugle espoir
La pensée crédule avec la fumée s’endolorit(?)
Vos œuvres sont d’inutiles sueurs :
Qui dans la chambre sordide
Vous marquent seulement sur le visage des heures fatiguées.
A quelle flammes vous obstinez vous ?
Pour l’hermétique pierre les sages n’usent
Ni de charbon violent, ni de fagots allumés

III

Avec le feu, qui sous terre fait du bien à tout,
La Nature, l’art travaille
Car seul l’art doit imiter la nature :
Le feu qui vaporeux n’est pas léger
Qui nourrit et ne dévore pas
Qui est naturel, et l’artifice le trouve
Aride, et fait qu’il pleuve
Humide, et parfois desséché, eau qui stagne,
Eau qui lave les corps et ne mouille pas la main

IV

Avec un tel feu travaille l’art partisan
De l’infaillible nature
Que là où l’une manque l’autre supplée
La nature commence, l’art termine
Car seulement l’art dépure
Ce que la nature n’a pas été capable de purger
L’art est toujours sagace
Simple est la nature, ainsi donc, si l’une, agile,
N’aplanit pas les chemins, l’autre s’arrête

V

Donc, à quoi bon tant et tant de substances
En retors, en Alambics
Si la matière est unique, unique le feu
Unique est la matière, et en chaque lieu
Les pauvres l’ont ainsi que les riches.
A tous inconnue et à tous innée
Abjecte au vulgaire errant
Qui la vend pour de la boue à vil prix,
Précieuse au philosophe, qui s’y connaît.

VI

Les esprits avisés cherchent
Cette "maria Sol"( ?) tant avilie
Qu’en elle autant défie, qu’autant rassemble
En elle sont enfermés, unis, Soleil et Lune
Ni vulgaires ni morts
En elle est enfermé le feu d’où ils ont la vie
Elle donne l’eau ignée, la terre fixe, elle donne, enfin, tout
Ce dont a besoin un intellect instruit

VII

Mais vous, sans observer qu’un seul compost
suffit au philosophe
Vous en prenez plus d’un en main Chimistes ignares
Il cuit dans un seul vase au rayons solaires
Une vapeur qui pétrit .
Vous, vous avez exposé mille parts au feu ;
Ainsi pendant que Dieu a composé le tout du rien,
Vous finalement vous retournez en tout au primitif rien .

VIII

Pas de gommes molles ou d’excréments durs
Ni sang ni sperme humain
Pas de raisins acerbes ou quintes essences herbeuses
Ni eaux aiguës ou sels corrosifs
Pas de vitriol romain
Pas d’arides entailles( ?), ou antimoines impurs
Pas de soufre, pas de mercure
Pas de métaux du vulgaire, n’emploie enfin
Un artifice expert à la grande œuvre


IX

Tant de mélanges, à quoi bon ! la haute science
Restreint notre Magistère en une seule racine :
Celle ci, que déjà clairement je vous ai montrée,
Peut-être plus que de licite,
Contient deux substances, qui ont une essence
Substances, qui, en puissance,
Sont l’Argent et l’Or,
Qui viendront après en actes si nous égalisons leur poids

X

Si en acte on rend égal en poids l’Argent et l’Or
Le volatil se fixe en soufre auréolé
Oh soufre lumineux, or animé
En toi j’adore la vertu opérante du soleil allumé !
Soufre tout trésor !
Fondement de l’art, où la nature
Cuit l’Or & en élixir le mûrit

séparateur

D. 169. Quelle heure est-il quand le Philosophe commence son travail ?
R. Le point du jour, car il ne doit jamais se relâcher de son activité.

D. 170. Quand se repose-t-il ?
R. Lorsque l’œuvre est à sa perfection.

D. 171. Quelle heure est-il à la fin de l’ouvrage ?
R. Midi plein ; c’est-à-dire, l’instant où le soleil est dans sa plus grande force, & le fils de cet astre en sa plus brillante splendeur.

D. 172. Quel est le mot de la magnésie ?
R. Vous savez si je puis & dois répondre à la question, je garde la parole.

D. 173. Donnez-moi le mot de ralliement des Philosophes ?
R. Commencez, je vous répondrai.

D. 174. Êtes-vous apprenti Philosophe ?
R. Mes amis & les sages me connaissent.

D. 175. Quel est l’âge d’un Philosophe ?
R. Depuis l’instant de ses recherches, jusqu’à celui de ses découvertes : il ne vieillit point.