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Les Dix taureaux
十牛 (Shi niu tu)


AuteursDatesTypeLieuThèmesStatut
Ching-chu [créa.]
Kakuan [créa.]
Puming [créa.]
ecr. XI Arts visuels (estampe)
Littérature (poésie)
ecr. ChineSymbolique
Chan
Non applicable

► Cette série d’images accompagnées de poèmes fort connus en orient, illustrent les différents stades vers l’illumination. Probablement inspirés du Discours du grand bouvier {Maha-gopalaka Sutta}, elles prennent leur source dans l’école rinzaï : elles sont d’abord employées au XI par Ching-chu qui utilise seulement cinq stades où le taureau devient de plus en plus blanc et où le stade suprême est le vide. Daisetz Suzuki signale trois versions du XII qui en émanent : d’abord celle de Puming en 10 stades, puis celle de Tzu-te Hui de 6 stades qui incorpore un élément supplémentaire après le vide consistant en un retour à la société. Enfin, celle de Kakuan qui met au point la version la plus connue à dix stades, les terminant également par un idéal boddhisatvique, il retire en outre le blanchissement du taureau et y ajoute les poèmes. Des versions à 4, 8 et 12 stades existent également.

◆ Cette description est comparable aux stades décrits dans le Discours sur les étapes de la pratique yogique {Yogācārabhūmi-śāstra} de l’école chittamatra attribué à Asanga et aboutissant à la pacification de l’esprit {samatha (शमथ)}. Si dans le chán on dresse un buffle, les taoïstes dressent eux, un cheval, tandis que les pratiquants du vajrayana tentent de dompter un éléphant. De plus, bien que la structure et le symbolisme soit proche, il convient de noter que le processus décrit n’est pas identique même si analogiquement comparable.

■ Afin que les deux traductions soient plus aisément comparables, nous avons fait en sorte de les faire correspondre ce qui a eu pour effet de modifier l’ordre dans lequel les phrases avaient été organisées à l’origine. Afin de consulter cet ordre, VSO.

Illustrations : én. des Dix Taureau, Ekkei, XV | bs. Musée Jotenkaku (Kyoto, Japon).

Illustrations : én. des Dix Taureau, , . | bs. Bibliothèque Nationale de France. Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France

Illustration : én. des Dix Taureau, Karasumaru Mitsuhiro, 1634. | bs. Musée d’Art Métropolitain. Lien vers l’œuvre

Illustration : Thankha du dressage de l’éléphant, , 1960. | bs. Collection privée via Himalayan Art Resources. Lien vers l’œuvre

Traductions : du chinois au français, Catherine Despeux in Le chemin de l’éveil, 1981 (Qui possède d’autres traductions et demeure l’ouvrage universitaire de référence).

Traduction : du chinois au français, Rakendra, XX

𝕍 aussi ce travail de synthèse exhaustif de la maison d’édition du Hongrois Terebess Gábor à qui nous devons un précieux gain de temps.

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Version des Dix Taureau de Kakuan


1. [Titre manquant ?]

Le buffle n’a jamais été égaré. Pourquoi le rechercher ?
Ayant tourné le dos à l’Éveil, celui-ci devient diffus,
Et dans ce monde de poussière nous le perdons complètement, tandis que notre maison s’éloigne progressivement.
Ayant pris des chemins de traverse, nous nous égarons toujours plus loin.
Les notions d’obtention et de perte prennent de la vigueur, les notions de vrai et de faux apparaissent, incisives.

Vite, il part à sa recherche et coupe les herbes folles sur son chemin.
Allant parmi les vastes cours d’eau, les monts lointains et les chemins interminables,
Ses forces sont épuisées et son esprit fatigué ; il ne sait plus où le chercher,
Mais il entend dans les érables le chant nocturne des cigales.

1. À La recherche du taureau

Le taureau n’a jamais été perdu. Quelle nécessité y a-t-il donc à le chercher ?
Uniquement à cause de la séparation d’avec ma vraie nature, j’échoue à le trouver.
Dans la confusion des sens, je perds même ses traces.
Loin de chez-moi, je discerne plusieurs chemins possibles mais lequel est le bon ?
Je ne sais pas. Désir et peur, bien et mal s’enchevêtrent.

« Dans les pâturages de ce monde je n’ai de cesse de fouiller les longues herbes à la recherche du taureau.
Suivant des rivières inconnues, perdu dans les épais chemins de lointaines montagnes,
Ma force défaillant et ma vitalité exténuée, je ne peux trouver le taureau.
Je n’entends que le crissement des sauterelles à travers la forêt dans la nuit.»



2. Les traces sont visibles

Grâce aux sûtra, il commence à comprendre et, par la lecture des enseignements, il découvre les traces.
De même que les objets sont tous faits du même or, de même les dix mille choses sont le Soi.
Il ne distingue pas le correct duperverti, ni le vrai du faux.
Comme il n’a pas encore franchi la porte, on dit seulement qu’il a vu les traces.

Dans la forêt, au bord de l’eau, les traces sont nombreuses.
Voit-il là-bas les herbes odoriférantes foulées ?
Pourtant, les monts reculés, les gorges profondes,
Et l’azur illimité ne peuvent dissimuler son museau.

2. Découvrant l’empreint de ses pas

Comprenant l’enseignement, je vois les empreintes du taureau.
J’apprends alors que tout comme certains ustensiles sont faits du même métal, pareillement des myriades d’entités sont fabriquées à partir du soi.
Jusqu’à ce que je fasse la part des choses, comment pourrais-je discerner le vrai du faux ?
Je n’ai pas encore passé la porte, j’ai néanmoins discerné le chemin.

« Le long de la berge, sous les arbres, je découvre des empreintes de pas !
Même sous l’herbe odorante, je vois ses traces.
Cachées dans les montagnes lointaines, elles sont trouvées.
Pas plus qu’un nez ne pointe vers le ciel, ces traces ne peuvent plus être cachées. »



3. Le buffle est visible

Par une écoute attentive, il pénètre dans la Voie et remonte à la source. Les six sens sont harmonisés et immobiles.
Partout, le buffle est présent, tel le sel dans l’eau ou la substance dans la couleur.
Il tourne son regard vers ses sourcils (concentre sa vision vers l’intérieur).
Il ne s’agit de rien d’autre.

Perché sur une branche, le rossignol égrène son chant.
Le vent bruisse dans les saules de la berge chauffée par le soleil.
Le buffle est là, sans nul endroit où s’échapper.
Quel artiste pourrait peindre cette tête splendide et ces cornes majestueuses !

3. Percevant le taureau

Lorsque l’on entend la voix, l’on peut intuitivement en sentir la source. Aussitôt que les six sens s’unifient, la porte est passée.
Lorsque l’on entre, l’on voit la tête du taureau !
Cette unité est comme le sel dans l’eau, comme la couleur dans la teinture.
La plus petite chose n’est pas séparée du soi.

« J’entends le chant des cigales.
Le soleil est chaud, le vent est doux, les saules sont verts le long de la rive.
Ici aucun taureau ne peut se cacher !
Quel artiste peut peindre cette tête massive, ces cornes majestueuses ? »



4. Il attrape le buffle

Aujourd’hui il a retrouvé le buffle, si long temps dissimulé dans la campagne.
Il fut difficile à rattraper, lui qui fut tant séduit par le monde extérieur.
Il songe constamment aux buissons parfumés et il garde encore sa nature sauvage, rétive et fort puissante.
Pour le dompter complètement, il faut redoubler de coups de fouet.

De toute l’énergie de son âme, il a pris possession du buffle,
Dont la vigueur et la volonté sont difficiles à chasser complètement.
S’il parvient enfin sur les hauts plateaux,
Il retourne encore au fond du val brumeux.

4. Attrapant le Taureau

Il est longtemps demeuré dans la forêt mais aujourd’hui je l’ai attrapé !
L’engouement pour le paysage le distrait de la voie à suivre.
Désireux d’herbes plus suaves il s’écarte, son caractère est encore têtu et débridé.
Si je veux qu’il se soumette, je dois lever mon fouet.

« Je le saisis au prix d’une lutte acharnée.
Sa puissante volonté et sa force sont inépuisables.
Il fonce vers les hauts plateaux, loin au-dessus des nuages
Ou se tient au fond d’une ravine impénétrable. »



5. Dressage du buffle

Quand une pensée s’élève, une autre la suit. C’est à partir de l’Éveil que s’accomplit le Vrai.
C’est à partir de l’égarement que naît l’illusion.
Elle ne provient pas de l’existence du monde extérieur, elle est engendrée par notre propre esprit.
Il tire fermement la corde passée dans ses naseaux, sans céder en rien.

Corde et fouet sont toujours à ses côtés,
De peur que le buffle ne s’égare dans le monde de poussière.
Ainsi dressé, il devient tout à fait docile,
Sans attache, sans licou et sans nulle contrainte, il suit l’homme de lui-même.

5. Apprivoisant le taureau

Quand une pensée monte, une autre suit. Quand la première pensée émerge de l’illumination toutes les pensées qui suivent sont vraies.
À travers les illusions, l’on fausse chaque chose.
Les illusions ne découlent pas de l’objectivité, elles résultent de la subjectivité.
Tenez fermement l’anneau du nez et ne permettez aucun doute.

« Le fouet et la corde sont nécessaires
Sinon il pourrait se perdre dans les chemins poussiéreux.
Étant bien entraînée, il devient naturellement docile.
Alors sans entrave, il obéit à son maître. »



6. Retour à la maison, sur le dos du buffle

La lutte est terminée. Les notions d’obtention et de perte n’existent plus.
Il fredonne un air de bûcheron, et joue sur sa flûte les airs champêtres des enfants.
Juché sur le dos du buffle, il contemple l’empyrée.
Il ne se détourne pas quand on l’appelle et ne demeure plus dans l’attachement et les tentations.

Le long des chemins sinueux il rentre chez lui, à cheval sur le buffle.
Les sons mélodieux de son pipeau accompagnent les lueurs du couchant.
Il chante en mesure une infinité de sentiments
Que l’ami intime devine, sans l’interroger.

6. Conduisant le Taureau vers la maison

La bataille est terminée, les gains et les pertes sont assimilés.
Je chante la chanson du bûcheron du village et je joue l’air des enfants.
À cheval sur le taureau j’observe les nuages au-dessus de moi.
Je continue d’avancer, quel que soit celui qui pourrait me rappeler vers l’arrière.

« Montant le taureau, je retourne tranquillement à la maison.
Le son de ma flûte résonne à la tombée du soir.
Battant la mesure de la pulsation harmonieuse avec mes mains, je dirige le rythme sans fin.
Quiconque entend cette mélodie se joindra à moi. »



7. Le buffle est oublié, l’homme reste seul

Les choses sont Non-Dualité, le buffle n’est qu’un symbole pour parvenir au but.
ll faut distinguer le lièvre du piège qui sert à l’attraper ou le poisson de la nasse.
C’est comme l’or issu de sa scorie ou la lune émergeant des nuages.
Un seul rai d’une lumière éclatante, un son majestueux dans l’au-delà du temps!

Chevauchant le buffle, il est déjà parvenu à sa demeure rupestre.
Le buffle a disparu et l’homme reste seul serein,
Le soleil rouge est monté haut dans le ciel tandis qu’il rêve,
Et soudain, dans sa chaumière, la corde et le fouet sont inutiles.

7. Le Taureau transcendé

Tout n’est qu’une seule loi, pas deux. Nous ne faisons du taureau qu’un sujet temporaire.
C’est comme la relation du lapin et du piège, du poisson et du filet.
C’est comme l’or et l’ordure ou la lune qui émerge des nuages.
Un chemin de claire lumière voyage à travers un temps sans fin.

« À califourchon sur le taureau, j’arrive à la maison.
Je suis serein. Le taureau aussi peut se reposer.
L’aube est venue.
Au sein de ma demeure de paille, dans un repos bienheureux, j’ai abandonné le fouet et la corde. »



8. Homme et buffle sont oubliés

Toutes les passions de l’homme du commun ont été éliminées, et l’idée de sainteté a disparu.
Il ne s’attache ni à résider dans la bouddhéité, ni à fuir rapidement l’état de non-bouddhéité.
Même le Bodhisattva aux mille yeux ne pourrait discerner qui il est.
Si une foule d’oiseaux venaient à lui offrir des fleurs, quelle dérision!

Tout est Vacuité (a disparu) : fouet, corde, homme et buffle.
En vérité, il est difficile de concevoir l’immensité de l’azur.
Les flocons de neige s’évanouissent au-dessus du fourneau de braise,
Arrivé là, il est uni à l’esprit des patriarches.

8. Le taureau et le soi tous deux transcendés

La médiocrité a disparue. Le mental est dégagé de sa limitation.
Je ne cherche aucun état d’illumination pas plus que je ne reste là où l’illumination n’est pas.
Depuis que je ne persiste plus dans aucune de ces conditions aucun œil ne peut me voir
Si des centaines d’oiseaux répandent des fleurs sur mon chemin, une telle louange reste insignifiante.

« Le fouet, la corde, la personne et le taureau, tout fusionne dans rien.
Ce paradis est si vaste que rien ne peut le souiller
Comment un flocon de neige peut-il exister dans un feu rageur ?
Ici se tiennent les empreintes des patriarches. »



9. Retour à l’origine, à la source

Depuis le commencement, tout est pur sans un grain de poussière.
Il contemple la croissance et le déclin des phénomènes, tout en restant dans l’état de calme immuable du Non-Agir.
Comme il ne s’identifie pas aux fantasmagories, qua-t-il à faire de culture illusoire ?
Parmi l’eau verdoyante et les monts bleutés, assis, il contemple le début et la fin (des choses).

Retourner à l’origine, à la source, c’était vain.
Mieux vaut être sourd et aveugle.
Dans son ermitage, il ne voit pas les choses à l’extérieur ;
La rivière coule, infinie, la fleur rouge s’épanouit.

9. Arrivant à la source

Depuis le début la vérité est claire.
Calme en silence j’observe les formes d’intégration et de désintégration.
Celui qui n’est pas attaché à la forme n’a pas besoin d’être reformé.
L’eau est émeraude la montagne est indigo je vois ce qui crée et ce qui détruit.

« Trop de pas ont été faits en retournant à la racine et à la source.
Mieux aurait valu être sourd et aveugle dès le début.
Enraciné dans sa vraie demeure, sans être concerné par l’extérieur
la rivière coule tranquillement et les fleurs sont rouges. »



10. Il entre dans la ville, les mains couvertes de bénédictions

La porte de son humble chaumière est formée et les plus sages ne le connaissent pas.
Il a dissimulé son propre paysage intérieur et ne suit pas la voie des anciens sages.
Portant une gourde, il se rend au marché. Appuyé sur son bâton, il rentre chez lui.
Il convertit les aubergistes et les marchands de poissons, il les conduit à la bouddhéité.

La poitrine et les pieds nus, il entre au marché.
Couvert de boue et de cendres, un large sourire éclaire son visage.
Sans l’aide des véritables formules secrètes des immortels,
Il enseigne directement et les arbres morts se couvrent de fleurs.

10. Retour dans le monde

À l’intérieur de ma porte un millier de sages ne me connaissent pas.
La beauté de mon jardin est invisible. Pourquoi quelqu’un devrait-il chercher les empreintes des patriarches ?
Je vais sur la place du marché avec ma bouteille et retourne à la maison avec mon bâton.
Je visite le magasin de vins et le marché et tous ceux que je regarde deviennent lumineux.

« Pieds nus et la poitrine découverte, je me mêle aux gens de ce monde.
Mes vêtements sont en lambeaux et chargés de poussière ; je suis à jamais joyeux.
Je n’utilise aucune magie pour prolonger ma vie,
Maintenant devant moi les arbres deviennent vivants. »

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Version des Dix Taureau de Puming

1. Pas encore dressé

L’animal rue, les cornes haut dressées,
Et galope, toujours plus loin, le long des torrents.
Un noir nuage obstrue l’entrée du val,
Que d’herbes tendres écrase-t-il à chacun de ses pas !

2. Le début du dressage

Je possède une corde tressée passée dans ses naseaux,
Et le fouette sévèrement à chaque tentative de fuite.
Il a toujours été d’une nature vile et rétive,
Et le bouvier doit encore de toute sa force le tirer.

3. Le dressage

Peu à peu dressé et soumis, il cesse de gambader.
À travers rivières et nuées, pas à pas il suit le bouvier,
Qui tient d’une main ferme la corde, sans jamais la relâcher,
Et veille tout le jour, oubliant sa fatigue.

4. L’animal tourne la tête

Après un long travail assidu, il tourne la tête.
Son esprit fous s’assagit progressivement.
Mais le bouvier, toujours défiant,
L’attache encore avec la corde.

5. L’animal est dressé

Près de l’ancien torrent, à l’ombre du saule vert,
L’animal lâché se promène à son gré.
Au crépuscule, à travers les prés odorants et les nuées bleutées,
Le bouvier s’en revient, sans avoir à tirer l’animal.

6. Sans obstacle

Libre et apaisé, le buffle repose sur le champ humide de rosée.
Nul besoin désormais du fouet ni d’aucune sorte de contrainte.
Le bouvier est assis sous le pin verdoyant,
Jouant une mélodie paisible, expression de sa joie.

7. Suivre le naturel

Le soleil couchant illumine le saule et l’eau frémissante au printemps,
Dans la brume légère, la prairie verdoyante embaume.
S’il a faim, il mange, s’il a soif, il boit, ainsi passe le temps.
Sur un rocher, le bouvier dort d’un sommeil profond.

8. Oubli réciproque

Immaculé, le buffle demeure au sein d’une blanche nuée,
Homme et buffle sont dans l’état de « Sans-Conscience »
La lune déchire les nuages blancs et projette son reflet d’albâtre.
D’ouest en est défilent la lune radieuse et les nuages blancs.

9. Illumination solitaire

Le buffle a disparu, le bouvier est serein,
Tel un nuage solitaire entre les vertes falaises.
Sous le clair de lune il bat des mains et chante à haute voix,
Mais sur le chemin du retour se trouve encore une passe difficile.

10. Disparition des deux

Homme et buffle ont disparu, sans laisser de trace.
Le clair de lune embrasse tous les phénomènes dans la vacuité.
Quel est le sens ultime de cela ?
Dans la prairie parfumée, les fleurs sauvages prospèrent spontanément.