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Questions naturelles et mystérieuses
Physica et mystica, Physica kai mystica


AuteursDatesTypeLieuThèmes
Bolos de Mendèsecr. -III -II.Littératureecr. GrèceAlchimie

► On considère volontiers ce texte comme étant à la fois le premier texte d’alchimie et d’occultisme occidental.

► La transcription de ce texte est due au travail de recherche, de compilation et de traduction de Marcelin Berthelot et Charles-Émile Ruelle. Ce texte traduit du grec, vient de l’ouvrage Collection des anciens alchimistes grecs, 1887 1888. Ils ont principalement utilisé pour leur travail le Manuscrit de Saint Marc (MS.299 bs. Bibliothèque Marcienne) datant du X XI.

Texte et traduction : Du grec ancien au français, Marcelin Berthelot in Collection des anciens alchimistes grecs, 1887. | bs. Bibliothèque Universitaire de livres rares de Thomas Fisher (Toronto, Canada). Lien vers l’œuvre

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1. Mettez dans une livre de pourpre, un poids de deux oboles de scories de fer, macérées dans sept drachmes d’urine, posez surie feu jusqu’à ébullition. Puis, enlevant du feu la décoction, mettez le tout dans un vase. Retirant d’abord la pourpre, versez la décoction sur la pourpre et laissez tremper une nuit et un jour. Puis, prenant quatre livres de lichen marin, versez de l’eau de façon qu’il y ait au-dessus du lichen quatre doigts d’eau, et tenez (le mélange dans cet état) jusqu’à ce qu’il s’épaississe ; filtrez alors, faites chauffer et versez sur la laine disposée d’avance. Foulez ce qui est trop lâche, de façon que le jus pénètre la laine à fond ; puis laissez deux nuits et deux jours. Prenez ensuite et faites sécher à l’ombre ; déversez le jus.

Puis reprenez le même jus et, dans deux livres de ce jus, mettez de l’eau, de façon à reproduire la première proportion. Tenez de même (le mélange dans cet état), jusqu’à ce qu’il s’épaississe ; puis l’ayant filtré, mettez-y de la laine, comme tout d’abord, et laissez une nuit et un jour. Prenez ensuite et rincez dans l’urine, puis séchez à l’ombre.

Prenez de l’orcanette, broyez ; mettez quatre livres d’oseille et faites bouillir avec de l’urine, jusqu’à ce que l’oseille soit délayée ; ayant filtré l’eau, mettez l’orcanette, faites cuire jusqu’à épaississement et, ayant filtré à nouveau l’orcanette, mettez la laine. Ensuite lavez avec l’urine, et après cela avec de l’eau. Faites sécher de même à l’ombre, Exposez aux vapeurs des algues marines la laine trempée dans l’urine, pendant 2 jours.

a. Voici ce qui entre dans la composition de la pourpre : l’algue qu’on appelle fausse pourpre, le coccus, la couleur marine, l’orcanette de Laodicée, le cremnos, la garance d’Italie, le phyllanthion d’Occident, le ver à pourpre, tiré de, le rose d’Italie. Ces couleurs ont été estimées entre toutes par nos prédécesseurs. Celles qui ne donnent pas de teinture fixe sont de nulle valeur. Telles sont la cochenille de Galatie, la couleur d’Achaïe, qu’on appelle laccha, celle de Syrie qu’on appelle rhizion, le coquillage et le double coquillage de Libye, la coquille d’Égypte de la région maritime qu’on appelle pinna, la plante appelée isatis, et la couleur de la Syrie supérieure que l’on appelle murex. Ces couleurs ne sont pas solides, ni estimées parmi nous, excepté celle de l’isatis.

3. Ayant recueilli ces notions de notre maître précité, et connaissant la diversité de la matière, nous nous sommes efforcés de faire concorder les natures. Mais, notre maître étant mort avant que nous fussions initiés, et dans un temps où nous nous occupions encore de la connaissance de la matière, on nous dit qu’il fallait essayer de l’évoquer de l’Hadès. Et je m’efforçais d’atteindre ce but, en l’invoquant directement par ces mots : Par quels dons récompenses-tu ce que j’ai fait pour toi? Après ces mots, je gardai le silence. Comme je l’invoquais à plusieurs reprises, lui demandant comment je pourrais faire concorder les natures, il me dit qu’il lui était difficile de parler sans la permission du Démon (génie). Et il prononça seulement ces mots : « Les livres sont dans le Temple.

Retournant au Temple, je me mis à chercher si je pouvais être mis en possession des livres ; car il ne m’avait pas parlé de ces livres de son vivant, étant mort sans avoir fait de dispositions testamentaires. Il avait, à ce qu’on prétend, pris un poison pour séparer son âme de son corps ; ou bien, à ce que dit son fils, il avait avalé du poison par mégarde. Or, avant sa mort, il comptait montrer les livres à son fils seulement, quand celui-ci aurait dépassé le premier âge. Aucun de nous ne savait rien de ces livres. Comme après avoir fait des investigations nous n’avions rien trouvé, nous nous donnions un mal terrible (pour savoir) comment s’unissent et se confondent les substances et les natures. Mais lorsque nous eûmes opéré les compositions de la matière, le temps étant venu d’une cérémonie dans le Temple, nous fîmes un festin en commun. Donc, comme nous étions dans le naos, tout d’un coup, une certaine colonne s’ouvrit, mais nous n’y vîmes rien à l’intérieur. Or, ni lui, ni personne ne nous avait dit que les livres de son père y eussent été déposés. S’étant avancé, il nous conduisit à la colonne ; nous étant penchés, nous vîmes avec surprise que rien ne nous avait échappé, sauf cette for. mule précieuse que nous y trouvâmes :

« La nature jouit de la nature ; la nature triomphe de la nature ; la nature maîtrise la nature.

Nous fûmes très surpris qu’il eût rassemblé en si peu de mots tout son écrit.

« Je viens moi aussi apporter en Égypte le traité sur les (questions) naturelles, afin que vous vous éleviez au-dessus de la curiosité du vulgaire et de la matière confuse. »

CHRYSOPEE

4. Prenant du mercure, fixez-le avec le corps métallique de la magnésie, ou avec le corps métallique de l’antimoine d’Italie, ou avec du soufre apyre, ou avec de la sélénite, ou avec de la pierre calcaire cuite, ou avec l’alun de Milo, ou avec l’arsenic, ou comme vous l’entendrez. Mettez la terre blanche (ainsi préparée) sur du cuivre et vous aurez du cuivre sans ombre. Ajoutez de l’argent jaune et vous aurez de l’or ; avec l’or (le résultat) sera du chrysocorail réduit en corps (métallique).

Le même effet s’obtient avec l’arsenic jaune et la sandaraque traitée convenablement, ainsi qu’avec le cinabre tout à fait transformé. Le mercure seul produit le cuivre sans ombre. La nature triomphe de la nature.

5. Traitez la pyrite d’argent, que l’on nomme aussi sidérite, suivant l’usage, de manière à la rendre fluide. Or, on la rendra fluide au moyen de la litharge grise, ou de la blanche, ou au moyen de l’antimoine d’Italie. Puis saupoudrez avec du plomb (je ne dis pas simplement avec du plomb, pour que vous ne fassiez pas d’erreur, mais avec le plomb de Coptos) et avec notre litharge noire, ou comme vous l’entendrez. Faites chauffer, puis mettez dans la matière du jaune factice et teignez. La nature jouit de la nature.

6. Traitez la pyrite jusqu’à ce qu’elle devienne incombustible, après avoir perdu sa couleur noire. Traitez-la avec la saumure, ou avec l’urine non corrompue, ou avec l’eau de mer, ou avec l’oxymel, ou comme vous l’entendrez, et faites cuire jusqu’à ce qu’elle devienne pareille aux paillettes d’or qui n’ont pas subi l’action du feu. Cela réalisé, mêlez-y du soufre apyre ou de l’alun jaune, ou de l’ocre attique, ou ce qui vous conviendra. Puis ajoutez de l’argent, pour avoir de l’or ; et de l’or, pour avoir la coquille d’or. La nature domine la nature.

7. Fabrication de l’or jaune. — Prenant du claudianos, rendez-le brillant et traitez-le selon l’usage, jusqu’à ce qu’il devienne jaune. Par conséquent jaunissez-le (pour jaunir je ne parle pas de la pierre, mais de la partie utile de la pierre). Or vous jaunirez avec l’alun décomposé, avec le soufre, ou avec l’arsenic, ou avec la sandaraque, ou avec le calcaire, ou avec ce que vous voudrez. Et si vous ajoutez ce composé à l’argent, vous obtiendrez de l’or ; si vous l’ajoutez à l’or, vous obtiendrez de la coquille d’or. La nature victorieuse domine la nature.

8. Rendez le cinabre blanc au moyen de l’huile, ou du vinaigre, ou du miel, ou de la saumure, ou de l’alun ; puis jaune au moyen du misy, ou du sory, ou de la couperose, ou du soufre apyre, ou comme vous l’entendrez. Jetez (le mélange) sur de l’argent et vous obtiendrez de l’or, si vous avez opéré la teinture en vue de l’or ; ou de l’électrum, si vous avez opéré sur du cuivre. La nature jouit de la nature.

9. Faites blanchir selon l’usage la cadmie de Chypre, je parle de celle qui a été affinée. Ensuite faites.la jaunir ; or vous la jaunirez avec de la bile de veau, ou de la térébenthine, ou de l’huile de ricin, ou de raifort, ou avec des jaunes d’œufs, toutes substances pouvant la jaunir ; puis jetez le mélange sur de l’or. Car l’or s’obtiendra au moyen de l’or et de la liqueur d’or. La nature triomphe de la nature.

10. Traitez l’androdamas avec du vin âpre au goût, ou de l’eau de mer, ou de l’urine, ou de la saumure, toutes substances pouvant éteindre sa force naturelle. Délayez avec de l’antimoine de Chalcédoine, puis traitez de nouveau avec de l’eau de mer, ou de la saumure pure, ou mêlée de vinaigre. Lavez jusqu’à ce que la couleur noire de l’antimoine ait disparu. Faites griller ou cuire, jusqu’à ce que la matière ait jauni ; puis faites bouillir dans l’eau du soufre natif. Jetez sur l’argent et, lorsque vous aurez mis du soufre apyre, vous obtiendrez de la liqueur d’or. La nature domine la nature.

11. Prenant de la terre blanche, j’entends celle que l’on tire de la céruse, et des scories d’argent, ou de l’antimoine d’Italie ; puis de la magnésie, ou encore de la litharge blanche, faites blanchir. Or vous faites blanchir (cette terre) avec de l’eau de mer ou de la saumure adoucie, ou de l’eau du ciel : j’entends en l’exposant à la rosée et au soleil, de façon que (cette terre) réduite en poudre devienne blanche comme la céruse. Faites fondre et mettez de la fleur de cuivre et de la rouille raclée (je parle de celle qui a subi le traitement) ; ou bien du cuivre brûlé très altéré, ou de la chalcite ; et jetez-y du bleu, jusqu’à ce que la matière devienne solide et compacte, effet qui sera facilement obtenu. Ce que l’on obtient ainsi, c’est le molybdochalque. Assurez-vous aile produit est d’une teinte claire : s’il n’en est pas ainsi, ne vous en prenez pas au cuivre, mais plutôt à vous-même, vu que vous n’aurez pas fait une bonne opération. Préparez donc un métal de teinte claire, divisez-le et ajoutez les substances capables de le jaunir ; cuisez, jusqu’à ce que la couleur jaune soit obtenue. Ajoutez-en dans toute espèce de corps métallique, car le cuivre de teinte claire, en devenant jaune, teint toute espèce de corps. La nature triomphe de la nature.

12. Délayez avec du soufre apyre, du sory et de la couperose. Le sory est une matière bleuâtre, rugueuse, que l’on trouve toujours dans le misy : on l’appelle couperose verte. Faites le cuire sur un feu modéré pendant trois jours, jusqu’à ce qu’il devienne jaune. Jetez-le sur le cuivre, ou sur l’argent fabriqué par nous, et vous aurez de l’or.

Déposez le métal réduit en feuilles dans du vinaigre, de la couperose, du misy, de l’alun, du sel de Cappadoce, du natron roux, ou ce que vous voudrez, pendant trois ou cinq ou six jours, jusqu’à ce qu’il se forme de la rouille, puis teignez. Car la couperose fait de l’or avec la rouille. La nature jouit de la nature.

13. Mélange pour la teinture. Traitez la chrysocolle de Macédoine, qui ressemble à la rouille de cuivre, en (la) délayant dans l’urine de génisse, jusqu’à ce qu’elle soit transformée. Car la nature est cachée à l’intérieur (des substances). Quand la chrysocolle sera transformée, plongez-la dans l’huile de ricin, en faisant passer au feu à plusieurs reprises et en teignant. Ensuite mettez cuire avec de l’alun, après avoir préalablement délayé avec du misy, ou du soufre apyre ; jaunissez et teignez tout le métal en or.

14. O natures productrices des natures, ô natures majestueuses qui triomphez des natures par les transformations, ô natures qui charmez les natures d’une façon surnaturelle I Telles sont donc les choses qui concernent la grande nature. Il n’y a pas d’autres natures supérieures à celles-ci, dans les teintures ; il n’en est pas d’égales, ni d’inférieures. Toutes ces choses sont exécutées au moyen de la dissolution. O mes confrères en prophétie, je sais que vous n’avez pas été enclins à l’incrédulité, mais à l’étonnement ; car vous connaissez la puissance de la matière. Tandis que les jeunes gens sont embarrassés et n’ajoutent pas foi à ce qui est écrit, parce qu’ils sont dominés par leur ignorance de la matière ; ne sachant pas que les enfants des médecins, lorsqu’ils veulent préparer un médicament propre à guérir, n’entreprennent pas de le faire avec un élan inconsidéré ; mais Ils essaient d’abord quelle substance est chaude, quelle autre réunie à celle-ci opère un mélange moyen ; quelle substance est froide ou humide, et dans quelle condition elle doit être pour favoriser un mélange moyen. Et c’est de cette façon qu’ils préparent le médicament qu’ils destinent à la guérison.

15. Mais ceux-ci, qui se proposent de préparer la cure de l’âme et la délivrance de toute peine, ne s’aperçoivent pas qu’ils seront embarrassés en procédant par un élan dénué de discernement et de raison. En effet, croyant que nous tenons des discours fabuleux et non symboliques, ils ne font aucune épreuve des espèces : de manière à voir par exemple si telle espèce est bonne pour nettoyer, telle autre accessoire ; telle bonne pour teindre, telle pour produire la combinaison complète ; si telle convient pour donner du brillant ; tandis que telle autre est à éviter par rapport au brillant. Ils ne cherchent pas si telle substance ressortira du fond (de la matière teinte) ; si telle autre résistera au feu, et si telle autre par son adjonction rendra le corps plus résistant au feu. Ainsi, par exemple, comment le sel nettoie la surface du cuivre et même ses parties internes ; et comment il rouille les parties externes, après le décapage, et même les parties internes. Et ensuite, comment le mercure blanchit les parties externes du chrysochalque et les nettoie, et comment il blanchit les parties internes ; comment il est éliminé à la surface et comment il sera éliminé des parties internes. Si les jeunes gens étaient exercés dans ces matières, ils n’échoueraient pas dans les préparations entreprises précipitamment. Car ils ne savent pas qu’une seule espèce transforme jusqu’à dix espèces de natures contraires. En effet une goutte d’huile suffit à faire disparaître une grande quantité de pourpre, et un peu de soufre peut brûler beaucoup d’espèces. Voilà ce que nous avions à dire sur les substances sèches, et comment il faut donner son attention à ce qui est écrit.

16. Maintenant, parlons des liqueurs. Prenant de la rhubarbe pontique, broyez-la dans du vin aminéen de saveur âpre. Amenez en consistance cireuse, étendez sur la feuille d’argent, afin de produire l’or. Donnez l’épaisseur de l’ongle et servez-vous d’une couche encore plus mince de la préparation ; placez-la dans un vase neuf, luté de toutes parts ; faites chauffer doucement jusqu’à pénétration jusqu’au centre de la feuille. Puis mettez la feuille métallique dans le reste de la préparation.

Délayez dans le vin prescrit pour cet usage, jusqu’à ce que la liqueur s’épaississe. Mettez-y aussitôt la feuille, avant qu’elle ne soit encore refroidie. Laissez l’ambition se faire. Puis prenant (la feuille), fondez et vous trouverez de l’or. Si la rhubarbe est ancienne, mêlez-y une égale quantité de chélidoine, que vous aurez préalablement macérée selon l’usage ; en effet la chélidoine a de l’affinité pour la rhubarbe. La nature jouit de la nature.

17. Prenez du safran de Cilicie ; délayez les fleurs de safran dans le jus de la vigne prescrit pour cet usage et faites une liqueur, à la manière ordinaire. Trempez-y l’argent en feuilles, jusqu’à ce que la couleur vous plaise. Et si c’est une feuille de cuivre, cela vaudra mieux : purifiez le cuivre au préalable, suivant l’usage. Puis prenant de la plante aristoloche, deux parties ; du safran et de la chéildoine, une dose double : mettez en consistance de cire et, après avoir enduit la feuille, travaillez suivant la première marche vous serez surpris du résultat.

En effet le safran de Cnide a la même action que le mercure ; comme le cassia a la même action que la cannelle. La nature triomphe de la nature.

18. Prenant notre plomb rendu peu fusible, au moyen de la terre de Chio, de la pierre de Paros et de l’alun ; faites-le fondre sur un feu de paille et projetez sur de la pyrite.

Prenez (d’autre part) le safran, le carthame, la fleur d’œchomène, la chélidoine, le marc de safran et l’aristoloche ; délayez-les dans du vinaigre très fort et faites une liqueur, suivant l’usage ; puis laissez le plomb s’imbiber dans de la rhubarbe, et vous trouverez de l’or. Que la composition contienne aussi un peu de soufre. La nature domine la nature.

19. Cette matière de la Chrysopée, accomplie par des opérations naturelles, est telle de Pamménès, qui l’enseigna aux prêtres en Egypte. Or ne vous étonnez pas si une seule espèce accomplit un tel mystère. Ne savez-vous pas que la multiplicité des préparations, même avec beaucoup de temps et de peine, ne ressoude pas la fracture du fer ; tandis que l’excrément humain y réussit aussitôt. Dans les maladies qui exigent l’emploi des caustiques, la multiplicité des remèdes ne sert à rien ; tandis que la chaux vive seule, mise en œuvre convenablement, guérit la maladie. Souvent la variété des traitements dans l’ophtalmie a pour effet de faire du mal ; tandis que le nerprun épineux est une plante qui réussit bien, dans toute affection de ce genre. Il faut donc dédaigner cet ensemble de matières vaines et intempestives et se servir des seules substances naturelles (convenables). Maintenant jugez d’après cela si quelqu’un peut accomplir l’œuvre, sans les natures exposées précédemment. Mais si l’on ne peut rien faire sans elles, pourquoi aimons-nous cette fantaisie de matières diverses? Pourquoi, chez nous, ce concours de nombreuses espèces tendant au même résultat, étant donné qu’une seule nature triomphe du Tout?

Voyons la composition des espèces, en vue de l’Argyropée.

FABRICATION DE L’ASEM

20. Fixez suivant l’usage le mercure tiré de l’arsenic ou de la sandaraque, ou préparé comme vous l’entendrez ; projetez (le) sur le cuivre et le fer traité par le soufre, et le métal deviendra blanc.

Le même effet est produit par la magnésie blanchie, l’arsenic transformé, la cadmie calcinée, la sandaraque apyre, la pyrite blanchie, et la céruse cuite avec du soufre. Vous amollirez le fer en y mettant de la magnésie, ou du soufre, moitié moins, ou de la pierre magnétique en petite quantité ; car la pierre magnétique a de l’affinité pour le fer. La nature charme la nature.

21. Prenant la vapeur décrite précédemment, faites la cuire dans l’huile de ricin ou de raifort, avec addition d’un peu d’alun. Puis prenant de l’étain, purifiez avec du soufre suivant l’usage, ou avec de la pyrite, ou comme vous l’entendrez. Incorporez avec la vapeur (mercurielle) et faites le mélange. Mettez cuire sur une flamme enveloppante, et vous trouverez un produit analogue à la céruse. Cette préparation blanchit toute sorte de corps (métalliques). Mêlez-y dans les projections la terre de Chio, ou l’astérite, ou la sélénite, ou ce que vous voudrez ; car la sélénite mêlée au mercure blanchit toute sorte de corps. La nature triomphe de la nature.

22. Magnésie blanche : blanchissez-la avec de la saumure et de l’alun lamelleux, dans de l’eau de mer ; ou dans un jus naturel, je parle du jus de citron ; ou bien dans la vapeur de soufre. Car la fumée du soufre étant blanche, blanchit tout. Quelques-uns disent aussi que la fumée des cobathia blanchit (la magnésie?) Mêlez-y après le blanchiment une quantité égale de lie, afin qu’elle devienne très blanche. Après avoir pris 4 onces de cuivre blanchâtre, je parle de l’orichalque, fondez-les et jetez-y peu à peu 1 once d’étain purifié d’avance, en agitant par en bas (le creuset) avec la main, jusqu’à ce que les substances se soient mariées. Projetez ainsi la moitié de la préparation blanche, et ce sera la première (opération ; car la magnésie blanchie ne rend pas les corps métalliques fragiles, et ne ternit pas l’éclat du cuivre. La nature domine la nature.

23. Prenant du soufre blanc, blanchissez-le en le délayant au soleil, avec de l’urine, ou avec de l’alun et de la saumure de sel. Le soufre natif est de beaucoup le plus blanc. Délayez-le avec de la sandaraque, et de l’urine de génisse, pendant 6 jours, jusqu’à ce que la préparation devienne semblable au marbre. Quand elle le sera devenue, il y aura là un grand mystère ; car elle blanchit le cuivre, elle amollit le fer, elle rend l’étain compacte, et le plomb peu fusible ; elle rend solides les substances métalliques et fixe les teintures. Le soufre mglé au soufre rend les substances métalliques sulfureuses, parce qu’elles ont une grande affinité pour lui. Les natures charment les natures.

24. Broyez la litharge propre à blanchir avec du soufre, ou de la cadmie, ou de l’arsenic, ou de la pyrite, ou de l’oxymel, afin qu’elle ne soit plus fluide. Faites cuire sur un feu très clair, après avoir consolidé le vase. Tenez la composition dans l’état, en y ajoutant du calcaire cuit, imbibé de vinaigre, pendant 3 jours, afin qu’elle devienne plus propre à décaper. Projetez donc (sur le métal) la préparation devenue plus blanche que la céruse. Elle devient souvent jaune, si le feu a été excessif ; mais si elle devient jaune, dès lors elle ne vous est plus utile ; car il s’agit de blanchir les corps métalliques. Faites-la donc cuire convenablement et jetez-la sur tout corps métallique destiné à tre blanchi. Si la litharge perd sa fluidité, elle ne peut plus redevenir du plomb. Or cela arrive facilement, car la nature du plomb se transforme aisément en beaucoup d’autres. Les natures triomphent des natures.

25. Prenant du safran de Cnide, broyez-le dans de l’eau de mer ou de la saumure et faites une liqueur ; mettez sur le feu et teignez-y des feuilles de cuivre, de plomb, de fer, jusqu’à ce que le résultat vous plaise. (Ces feuilles) deviennent ainsi blanches. Puis prenez la moitié de la préparation, et délayez avec de la sandaraque, ou de l’arsenic blanc, ou du soufre apyre, ou ce que vous voudrez, et donnez (au mélange) la consistance cireuse. Enduisez la feuille et placez dans un vase neuf bien luté, selon l’usage. Placez sur un feu de sciure de bois pendant tout un jour. Ensuite, ayant enlevé (du feu), placez dans une liqueur pure, et le cuivre sera blanc, très blanc. Faites le surplus comme l’artisan ; car le safran de Cilicie blanchit avec l’eau de mer et jaunit avec le vin. La nature charme la nature.

26. Prenez de la litharge blanche et broyez-la avec des feuilles de laurier, de la terre Cimolienne, du miel et de la sandaraque blanche, et faites un mélange visqueux. Enduisez le métal avec la moitié de la préparation, puis mettez au feu selon l’usage. Trempez dans le reste de la préparation, après avoir délayé avec de l’eau et de la cendre de bois de peuplier ; car les mélanges sans substance propre opèrent bien sans feu. On rend ainsi les teintures capables de résister à la chaleur, même aidée des liquides. La nature triomphe de la nature.

27. Prenant la vapeur sublimée décrite plus haut, broyez avec de l’alun et du misy, et après avoir imbibé avec du vinaigre, jetez-y un peu de cadmie blanche, ou de magnésie, ou de chaux vive, afin que d’un corps métallique il s’en forme un autre. Broyez avec du miel très blanc ; faites une liqueur, dans laquelle vous teindrez à chaud ce que vous voudrez ; laissez déposer et la transformation sera accomplie. Ajoutez à la composition un peu de soufre apyre, afin que la préparation pénètre à l’intérieur. La nature domine la nature.

28. Prenez 1 once d’arsenic, une demi-once de natron, 2 onces de la pellicule des feuilles tendres du pêcher, une demie (once) de sel, 1 once de suc de mûrier, de l’alun schisteux une quantité égale. Délayez tout ensemble dans du vinaigre, ou de l’urine, ou de la chaux liquide, jusqu’à ce qu’il se forme un liquide (homogène). Teignez-y à chaud les feuilles obscurcies (oxydées) du métal et vous obtiendrez un métal sans ombre (brillant). La nature domine la nature.

29. Ecartez toutes les choses utiles à l’or et à l’argent, et il ne reste rien ; il n’y a plus rien à exposer, excepté la montée (évaporation) de la vapeur sublimée et de l’eau ; mais je passe à dessein ces choses sous silence, attendu qu’elles figurent largement dans mes autres écrits. Profitez du présent écrit.