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Le Lotus blanc de la Loi merveilleuse
Saddharmapundarikasutra


AuteursDatesTypeLieuThèmesStatut
𝔏 Bouddhaecr. -I ILittératureecr. ChineMysticisme
Mahayana
Non applicable

► Fondamental pour le mahayana au même titre que le Sutra du Coeur, c’est dans ce texte qu’apparaît le terme homonyme pour la première fois. Aussi, c’est sur ce texte que fut fondé l’école chinoise Tiantai et les écoles japonaises Tendai et Nichiren. Dôgen le tenait en haute estime.

► Dans ce texte on trouve la notion d’ekayana, soit de véhicule unique, se trouvant au-delà du hinayana et du mahayana. L’accent est également mis sur la dévotion, si certains le considèrent à l’instar du mahayana comme mésotérique, d’autres estiment qu’il est le plus ésotérique du courant.

► Tout comme le Sutra du Diamant, le texte fut traduit par Kumarajiva ce qui lui permit à l’époque, de clarifier non seulement le sens qui n’était plus simplement mot à mot, mais aussi de l’éloigner des traductions chinoises antérieure teintées de taoïsme.

Texte et traduction : du sanskrit au français, Eugène Burnouf, 1925.

séparateur

CHAPITRE PREMIER.
LE SUJET.

ÔM ! ADORATION À TOUS LES BUDDHAS ET BÔDHISATTVAS !

Voici ce que j’ai entendu. Un jour Bhagavat se trouvait à Râdjagriha, sur la montagne de Gridhrakûta, avec une grande troupe de Religieux, de douze cents Religieux, tous Arhats, exempts de toute faute, sauvés de la corruption [du mal], parvenus à la puissance, dont les pensées étaient bien affranchies, dont l’intelligence l’était également, sachant tout, semblables à de grands éléphants, qui avaient rempli leur devoir, accompli ce qu’ils avaient à faire, déposé leur fardeau, atteint leur but, supprimé complétement les liens qui les attachaient à l’existence ; dont les pensées étaient bien affranchies par la science parfaite ; qui avaient obtenu cette perfection suprême d’être complétement maîtres de leurs pensées ; qui étaient en possession des [cinq] connaissances surnaturelles, tous grands Çrâvakas. C’étaient entre autres le respectable Âdjñâtakâundinya, Açvadjit, Vâchpa, Mahânâman, Bhadrika, Mahâkâçyapa, Uruvilvâkâçyapa, Gayâkâçyapa, Çâriputtra, Mahâmâudgalyâyana, Mahâkâtyâyana, Aniruddha, Rêvata, Kapphina, Gavâmpati, Pilindavatsa, Vakula, Mahâkâuchthila, Bharadvâdja, Mahânanda, Upananda, Sunanda, Pûrnamâitrâyanîputtra, Subhûti, Râhula, tous ayant le titre de respectable. Avec eux se trouvaient encore d’autres grands Çrâvakas, comme le respectable Maître Ânanda, et deux autres milliers de Religieux, dont les uns étaient Maîtres et les autres ne l’étaient pas ; six mille Religieuses ayant à leur tête Mahâpradjâpatî, avec la Religieuse Yaçôdharâ, la mère de Râhula, accompagnée de sa suite. Il se trouvait aussi là quatre-vingt mille Bôdhisattvas, tous incapables de retourner en arrière ; tous attachés à un seul et même objet, c’est-à-dire à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; ayant acquis la connaissance des formules magiques ; affermis dans la grande puissance ; faisant tourner la roue de la loi qui ne peut revenir en arrière ; ayant honoré plusieurs centaines de mille de Buddhas ; ayant fait croître les racines de vertu [qui étaient en eux] en présence de plusieurs centaines de mille de Buddhas ; ayant entendu leur éloge de la bouche de plusieurs centaines de mille de Buddhas ; gouvernant par la charité leur corps et leur esprit ; habiles à pénétrer la science du Tathâgata ; doués d’une grande sagesse ; ayant acquis l’intelligence de la Pradjñâpâramitâ ; célèbres dans plusieurs centaines de mille d’univers ; ayant sauvé plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis d’êtres vivants. C’étaient entre autres le Bôdhisattva Mahâsattva Mañdjuçrî devenu Kumâra, Avalôkitêçvara, Mahâsthâmaprâpta, Sarvârthanâman, Nityôdyukta, Anikchiptadhûra, Ratnapâni, Bhâichadjyarâdja, Bhâichadjyasamudgata, Vyûharâdja, Pradânaçûra, Ratnatchandra, Pûrnatchandra, Mahâvikramin, Anantavikramin, Trâilôkyavikramin, Mahâpratibhâna, Satatasamitâbhiyukta, Dharanîdhara, Akchayamati, Padmaçrî, Nakchatrarâdja, le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya, le Bôdhisattva Mahâsattva Simha.

Avec eux se trouvaient seize hommes vertueux, ayant à leur tête Bhadrapâla ; c’étaient Bhadrapâla, Ratnâkara, Susârthavâha, Ratnadatta, Guhagupta, Varunadatta, Indradatta, Uttaramati, Viçêchamati, Vardhamânamati, Amôghadarçin, Susamprasthita, Suvikrântavikramin, Anupamamati, Sûryagarbha, Dharanîdhara ; avec quatre-vingt mille Bôdhisattvas ayant à leur tête de tels personnages ; et Çakra, l’Indra des Dêvas, avec une suite de vingt mille fils des Dêvas, tels que le fils des Dêvas Tchandra, le fils des Dêvas Sûrya, le fils des Dêvas Samantagandha, le fils des Dêvas Ratnaprabha, le fils des Dêvas Avabhâsaprabha ; avec vingt mille fils des Dêvas ayant à leur tête de tels Dieux ; avec les quatre Mahârâdjas ayant une suite de trente mille fils des Dêvas, tels que le Mahârâdja Virûdhaka, le Mahârâdja Virûpâkcha, le Mahârâdja Dhritarâchtra, le Mahârâdja Vâiçravana, le fils des Dêvas Îçvara, le fils des Dêvas Mahêçvara, ayant chacun, [les deux derniers], une suite de trente mille fils des Dêvas ; avec Brahmâ, le chef de l’univers Saha, ayant une suite de douze mille fils des Dêvas, nommés Brahmakâyikas, tels que le Brahmâ Çikhin, le Brahmâ Djyôtichprabha, avec douze mille fils des Dêvas Brahmakâyikas, ayant ces Brahmâs à leur tête ; avec les huit rois des Nâgas ayant une suite de plusieurs centaines de mille de kôtis de Nâgas, tels que le roi des Nâgas Nanda, le roi des Nâgas Upananda, le roi des Nâgas Sâgara, Vâsuki, Takchaka, Manasvin, Anavatapta, le roi des Nâgas Utpala ; avec les quatre rois des Kinnaras ayant une suite de plusieurs centaines de mille de kôtis de Kinnaras, tels que le roi des Kinnaras Drûma, le roi des Kinnaras Mahâdharma, le roi des Kinnaras Sudharma, le roi des Kinnaras Dharmadhara ; avec les quatre fils des Dêvas nommés Gandharvakâyikas, ayant une suite de plusieurs centaines de mille de Gandharvas, le Gandharva Manôdjña, Manôdjñasvara, Madhura, le Gandharva Madhurasvara ; avec les quatre Indras des Asuras ayant une suite de plusieurs centaines de mille de kôtis d’Asuras, tels que l’Indra des Asuras Bali, l’Indra des Asuras Suraskandha, l’Indra des Asuras Vêmatchitra, l’Indra des Asuras Râhu ; avec les quatre Indras des Garudas ayant une suite de plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Garudas, tels que l’Indra des Garudas Mahâtêdjas, Mahâkâya, Mahâpûrna, l’Indra des Garudas Maharddhiprâpta, et avec Adjâtaçatru, roi du Magadha, fils de Vâidêhî.

Or en ce temps Bhagavat entouré, honoré, servi, respecté, vénéré, adoré par les quatre assemblées, des hommages et des prières desquelles il était l’objet, après avoir exposé le Sûtra nommé la Grande démonstration, ce Sûtra où est expliquée la loi, qui contient de grands développements, qui est destiné à l’instruction des Bôdhisattvas, et qui a été possédé par tous les Buddhas ; après s’être assis sur le grand siége de la loi qu’il occupait, Bhagavat, dis-je, entra dans la méditation nommée la Place de la démonstration sans fin : son corps était immobile, et sa pensée était également arrivée à une complète immobilité. À peine fut-il entré dans cette méditation, qu’une grande pluie de fleurs divines, de Mandâras et de Mahâmandâravas, de Mañdjû chakas et de Mahâmañdjûchakas se mit à tomber, couvrant Bhagavat et les quatre assemblées, et que la terre du Buddha tout entière fut ébranlée de six manières différentes. Elle remua et trembla, elle fut agitée et secouée, elle bondit et sauta.

Or en ce temps les Religieux et les Religieuses, les fidèles des deux sexes, les Dêvas, les Nâgas, les Yakchas, les Gandharvas, les Asuras, les Garudas, les Kinnaras, les Mahôragas, les hommes, et les êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine, qui se trouvaient réunis, assis dans cette assemblée, ainsi que les rois [distingués en] Mandalins, en Balatchakravartins, et en Tchaturdvîpatchakravartins, tous avec leur suite, avaient les yeux fixés sur Bhagavat, remplis d’étonnement et de satisfaction.

Or en ce moment il s’élança un rayon de lumière du cercle de poils qui croissait dans l’intervalle des sourcils de Bhagavat. Ce rayon se dirigea vers les dix-huit mille terres de Buddha situées à l’orient, et toutes ces terres de Buddha, jusqu’au grand Enfer Avîtchi, et jusqu’aux limites de l’existence, parurent entièrement illuminées par son éclat. Et les êtres qui, dans ces terres de Buddha, suivent les six voies [de l’existence], devinrent tous complétement visibles. Et les Buddhas bienheureux qui se trouvent, qui vivent, qui existent dans ces terres de Buddha, devinrent aussi tous visibles. Et les lois qu’exposent ces Buddhas bienheureux purent être entièrement entendues. Et les Religieux et fidèles des deux sexes, les Yôgins, et ceux qui marchent dans la voie du Yôga, comme ceux qui en ont obtenu les fruits, y devinrent tous également visibles. Et les Bôdhisattvas Mahâsattvas qui, dans ces terres de Buddha, remplissent les devoirs des Bôdhisattvas par leur habileté dans l’emploi des moyens qui sont les raisons et les motifs faits pour produire les résultats variés et nombreux de l’attention à écouter, de la conviction et de la foi, devinrent tous également visibles. Et les Buddhas bienheureux qui, dans ces terres de Buddha, entrent en possession du Nirvâna complet, devinrent tous également visibles. Et les Stûpas faits de substances précieuses, élevés dans ces terres de Buddha, pour renfermer les reliques des Buddhas bienheureux qui étaient entrés dans le Nirvâna complet, devinrent tous également visibles.

Alors cette pensée s’éleva dans l’esprit du Bôdhisattva Mâitrêya : Voici l’apparition merveilleuse d’un grand miracle, que fait le Tathâgata. Quelle en peut être la cause, et quelle est la raison pour laquelle Bhagavat produit l’apparition merveilleuse de ce grand miracle ? Il est lui-même entré dans la méditation, et voici qu’apparaissent des effets de sa grande puissance surnaturelle, merveilleux, étonnants, inexplicables. Pourquoi n’en demanderais-je pas la cause qu’il faut rechercher, et qui sera ici capable de me l’expliquer ? Alors cette pensée lui vint à l’esprit : Voici Mañdjuçrî qui est devenu Kumâra, qui a rempli sa mission sous les anciens Djinas, qui, sous eux, a fait croître les racines de vertu [qui étaient en lui], qui a honoré beaucoup de Buddhas. Le Bôdhisattva Mañdjuçrî devenu Kumâra aura vu sans doute jadis de tels prodiges accomplis par les anciens Tathâgatas, vénérables, parfaitement et complétement Buddhas ; il aura profité des grands entretiens d’autrefois sur la loi ; c’est pourquoi j’interrogerai sur ce sujet Mañdjuçrî qui est devenu Kumâra.

Les quatre assemblées des Religieux et fidèles des deux sexes, et le grand nombre des Dêvas, des Nâgas, des Yakchas, des Gandharvas, des Asuras, des Garudas, des Kinnaras, des Mahôragas, des hommes et des êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine, ayant vu la splendeur merveilleuse de ce grand miracle, que faisait Bhagavat, remplis d’étonnement, de surprise et de curiosité, firent cette réflexion : Pourquoi ne demandons-nous pas la cause de la splendeur de ce miracle, effet de la grande puissance surnaturelle de Bhagavat ?

Or en ce moment, dans cet instant même, le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya connaissant avec sa pensée la réflexion qui s’élevait dans l’esprit de ces quatre assemblées, et ayant par lui-même des doutes sur la loi, s’adressa ainsi à Mañdjuçrî devenu Kumâra : Quelle est la cause, ô Mañdjuçrî, quel est le motif pour lequel a été produite cette lumière, effet merveilleux, étonnant de la puissance surnaturelle de Bhagavat ? Voila que ces dix-huit mille terres de Buddha, variées, si belles à voir, dirigées par des Tathâgatas, et ayant des Tathâgatas pour chefs, sont devenues visibles ?

Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya adressa les stances suivantes à Mañdjuçrî devenu Kumâra.

1. Pourquoi, ô Mañdjuçrî, resplendit-il lancé par le Guide des hommes, ce rayon unique qui sort du cercle de poils placé entre ses sourcils, et pourquoi cette grande pluie de [fleurs de] Mandâravas ?

2. Dans le ciel se tient un parasol de fleurs ; les Suras pleins de joie laissent tomber des fleurs, des Mañdjûchakas mêlées à des poudres de santal, divines, parfumées, agréables,

3. Dont cette terre brille de tous côtés ; et les quatre assemblées sont remplies de joie ; et cette terre [de Buddha] tout entière est complétement ébranlée de six façons différentes, d’une manière terrible.

4. Et ce rayon est allé du côté de l’orient, éclairer à la fois en un instant dix-huit mille terres complètes [de Buddha] ; ces terres paraissent de couleur d’or.

5. L’étendue entière de l’[Enfer] Avîtchi ; la limite extrême où finit l’existence, et tout ce qu’il y a dans ces terres de créatures, qui se trouvent dans les six voies [de l’existence], ou qui en sortent ou qui y naissent ;

6. Les actions diverses et variées de ces créatures ; celles qui dans les voies [de l’existence] sont heureuses ou malheureuses, comme celles qui sont dans une situation inférieure, élevée ou intermédiaire, tout cela, je le vois ici du lieu où je suis placé.

7. Je vois aussi les Buddhas, ces lions parmi les rois des hommes, qui expliquent et qui exposent les lois, qui instruisent plusieurs kôtis de créatures, qui font entendre leur voix dont le son est agréable.

8. Ils font, chacun dans la terre où il habite, entendre leur voix profonde, noble, merveilleuse, expliquant les lois des Buddhas, à l’aide de myriades de kôtis de raisons et d’exemples.

9. Et aux créatures qui sont tourmentées par la douleur, dont le cœur est brisé par la naissance et par la vieillesse, qui sont ignorantes, ils leur enseignent le Nirvâna qui est calme, en disant : C’est là, ô Religieux, le terme de la douleur.

10. Et aux hommes qui sont parvenus à une haute puissance, aux hommes vertueux et comblés des regards des Buddhas, ils leur enseignent le véhicule des Pratyêkabuddhas, en décrivant complétement cette règle de la loi.

11. Et aux autres fils de Sugata, qui recherchant la science suprême, ont constamment accompli des œuvres variées, à ceux-là aussi ils adressent des éloges pour qu’ils parviennent à l’état de Buddha.

12. Du monde où je suis, ô Mañdjughôcha, j’entends et je vois là-bas ces spectacles, [et] des milliers de kôtis d’autres objets ; je n’en décrirai quelques uns que pour exemple.

13. Je vois aussi dans beaucoup de terres tous les Bôdhisattvas, qui s’y trouvent en nombre égal à celui des sables du Gange, par milliers innombrables de kôtis ; à l’aide de leur énergie variée, ils produisent [pour eux] l’état de Bôdhi.

14. Quelques-uns aussi répandent des aumônes, qui sont des richesses, de l’or, de l’argent, de l’or monnayé, des perles, des pierres précieuses, des conques, du cristal, du corail, des esclaves des deux sexes, des chevaux, des moutons,

15. Et des palanquins ornés de pierreries ; ils répandent ces aumônes, le cœur plein de joie, se transformant en ce monde dans l’état suprême de Bôdhi. «Et nous aussi, [disent-ils,] puissions-nous obtenir le véhicule [des Buddhas] !»

16. Dans l’enceinte des trois mondes, le meilleur, le plus excellent véhicule est le véhicule des Buddhas qui a été célébré par les Sugatas ; et moi aussi, puissé-je en devenir bientôt possesseur, après avoir répandu des aumônes semblables !

17. Quelques-uns donnent des chars attelés de quatre chevaux, ornés de balcons, de drapeaux, de fleurs et d’étendards ; d’autres offrent des présents consistant en substances précieuses.

18. D’autres donnent leurs fils, leurs femmes, leurs filles ; quelques autres leur propre chair tant aimée ; d’autres donnent, quand on les leur demande, leurs mains et leurs pieds, cherchant à obtenir l’état suprême de Bôdhi.

19. Quelques-uns donnent leur tête, quelques-uns leurs yeux, quelques-uns leur propre corps, chose si chère [à l’homme] ; et après avoir fait ces aumônes, l’esprit calme, ils demandent la science des Tathâgatas.

20. Je vois, ô Mañdjuçrî, de tous côtés des hommes qui après avoir quitté‚ des royaumes florissants, leurs gynécées et toutes les îles, après avoir abandonné leurs conseillers et tous leurs parents,

21. Se sont rendus auprès des Guides du monde, et demandent pour leur bonheur l’excellente loi ; ils revêtent des vêtements de couleur jaune, et font tomber leurs cheveux et leur barbe.

22. Je vois encore quelques Bôdhisattvas, semblables à des Religieux, habitant dans la forêt, recherchant les déserts inhabités, et d’autres qui se plaisent à enseigner et à lire.

23. Je vois aussi quelques Bôdhisattvas pleins de constance, qui se sont retirés dans les cavernes des montagnes, et qui, concevant dans leur esprit la science des Buddhas, savent en donner la définition.

24. D’autres, après avoir renoncé‚ complétement à tous les désirs, après s’être formé une idée nette de la sphère parfaitement pure de leur activité, après avoir touché en ce monde aux cinq connaissances surnaturelles, habitent dans le désert comme fils de Sugata.

25. Quelques hommes pleins de constance, assis les jambes ramenées sous leur corps, les mains jointes en signe de respect, en présence des Guides [du monde], célèbrent, pleins de joie, le roi des chefs des Djinas, dans des milliers de stances poétiques.

26. Quelques-uns, pleins de mémoire, de douceur et d’intrépidité, et connaissant les règles subtiles de la conduite religieuse, interrogent sur la loi les Meilleurs des hommes, et l’ayant entendue, ils s’en rendent parfaitement maîtres.

27. Je vois çà et là quelques fils du Chef des Djinas, qui se connaissent eux-mêmes d’une manière parfaite, qui exposent la loi à plusieurs kôtis d’êtres vivants, à l’aide de nombreuses myriades de raisons et d’exemples.

28. Pleins de satisfaction, ils exposent la loi, convertissant un grand nombre de Bôdhisattvas ; après avoir détruit Mâra avec son armée et ses chars, ils frappent la timbale de la loi.

29. Je vois, sous l’enseignement des Sugatas, quelques fils de Sugata qu’honorent les hommes, les Maruts, les Yakchas, les Râkchasas, que rien étonne, qui sont sans orgueil, qui sont calmes, et qui marchent dans la voie de la quiétude.

30. D’autres encore, après s’être retirés dans les lieux les plus cachés des forêts, faisant sortir de la lumière de leur corps, délivrent les êtres qui sont dans les Enfers, et les convertissent à l’état de Buddha.

31. Quelques autres fils de Djina, s’appuyant sur l’énergie, renonçant complétement à la paresse, et marchant avec recueillement, habitent dans la forêt ; ceux-là sont arrivés par l’énergie à l’état suprême de Bôdhi.

32. D’autres observent la règle inflexible et constamment pure de la morale, qui est semblable à un diamant précieux, et ils y deviennent accomplis ; ceux-là sont arrivés par la morale à l’état suprême de Bôdhi.

33. Quelques fils de Djina, doués de la force de la patience, supportent de la part des Religieux pleins d’orgueil, injures, outrages et reproches ; ceux-là sont partis à l’aide de la patience pour l’état suprême de Bôdhi.

34. Je vois encore quelques Bôdhisattvas qui après avoir renoncé à toutes les jouissances de la volupté, évitant ceux qui aiment les femmes, ont recherché, dans le calme des passions, la société des Âryas ;

35. Et qui repoussant toute pensée de distraction, l’esprit recueilli, méditent dans les cavernes des forêts pendant des milliers de kôtis d’années ; ceux-là sont arrivés par la contemplation à l’état suprême de Bôdhi.

36. Quelques-uns aussi répandent des aumônes en présence des Djinas entourés de l’assemblée et de leurs disciples ; [ils donnent] des aliments, de la nourriture, du riz et des boissons, des médicaments pour les malades, en quantité, en grande abondance.

37. Quelques-uns donnent des centaines de kôtis de vêtements, dont la valeur est de cent mille kôtis ; ils donnent des vêtements d’un prix inestimable, en présence des Djinas entourés de l’assemblée et de leurs disciples.

38. Après avoir fait construire des centaines de kôtis de Vihâras, faits de substances précieuses et de bois de santal, et ornés d’un grand nombre de lits et de sièges, ils viennent les offrir aux Sugatas.

39. Quelques-uns donnent aux Chefs des hommes, accompagnés de leurs Çrâvakas, des ermitages purs et délicieux, pleins de fruits et de belles fleurs, et destinés à leur servir de demeure pendant le jour.

40. Ils offrent ainsi, pleins de joie, des présents de cette espèce, divers et variés ; et après les avoir offerts, ils produisent [en eux] l’énergie [nécessaire] pour parvenir à l’état de Buddha ; ceux-là sont arrivés par l’aumône à l’état suprême de Bôdhi.

41. Quelques-uns aussi exposent la loi qui est calme, au moyen de plusieurs myriades de raisons et d’exemples ; ils l’enseignent à des milliers de kôtis d’êtres vivants ; ceux-là sont arrivés par la science à l’état suprême de Bôdhi.

42. [Je vois] des hommes connaissant la loi de l’inaction, parvenus à l’unité, semblables à l’étendue du ciel, des fils de Sugata, affranchis de tout attachement ; ceux-là sont arrivés par la sagesse à l’état suprême de Bôdhi.

43. Je vois encore, ô Mañdjughôcha, beaucoup de Bôdhisattvas qui ont déployé leur énergie sous l’enseignement des Sugatas, entrés dans le Nirvâna complet ; je les vois rendant un culte aux reliques des Djinas.

44. Je vois des milliers de kôtis de Stûpas aussi nombreux que les sables du Gange, par lesquels sont sans cesse ornés des kôtis de terres [de Buddha], et qui ont été élevés par les soins de ces fils de Djina.

45. Au-dessus d’eux sont placés des milliers de kôtis de parasols et de drapeaux, rares et faits des sept substances précieuses ; ils s’élèvent à la hauteur de cinq mille Yôdjanas complets, et ont une circonférence de deux mille Yôdjanas.

46. Ils sont toujours embellis d’étendards ; on y entend toujours le bruit d’une foule de clochettes ; les hommes, les Maruts, les Yakchas et les Râkchasas leur rendent perpétuellement un culte avec des offrandes de fleurs, de parfums, et au bruit des instruments.

47. Voilà le culte que les fils de Sugata font rendre dans le monde aux reliques des Djinas par lesquelles sont embellis les dix points de l’espace, comme ils le seraient par des Pâridjâtas tout en fleurs.

48. Du lieu où je suis, je vois les nombreux kôtis d’êtres [habitant ces mondes ; je vois] tout cela, ainsi que le monde avec les Dêvas, qui est couvert de fleurs ; [c’est que] ce rayon unique à été lancé par le Djina.

49. Ah ! qu’elle est grande la puissance du Chef des hommes ! Ah ! que sa science est immense, parfaite, pour qu’un rayon unique, aujourd’hui lance par lui dans le monde, fasse voir plusieurs milliers de terres [de Buddha] !

50. Nous sommes frappés de surprise en voyant ce prodige, cette merveille étonnante et sans exemple ; dis-m’en la cause, ô Mandjusvara ! les fils du Buddha éprouvent de la curiosité.

51. Les quatre assemblées ont l’esprit attentif, ô héros ! elles ont les yeux fixés sur toi et sur moi ; fais naître la joie [en elles] ; fais cesser leur incertitude ; explique-leur l’avenir, ô fils du Sugata !

52. Pour quelle cause une splendeur de ce genre a-t-elle été produite aujourd’hui par le Sugata ? Ah ! qu’elle est grande la puissance du Chef des hommes ! Ah ! que sa science est immense, accomplie,

53. Pour qu’un rayon unique, aujourd’hui lancé par lui dans le monde, fasse voir plusieurs milliers de terres [de Buddha] ! Il faut qu’il y ait un motif pour que cet immense rayon ait été lancé ici.

54. Les lois supérieures qui ont été touchées par le Sugata, par le Meilleur des hommes, dans la pure essence de l’état de Bôdhi, le Chef du monde va-t-il les expliquer ici ? Va-t-il aussi annoncer aux Bôdhisattvas leurs destinées futures ?

55. Ce n’est sans doute pas pour un motif de peu d’importance que sont devenus visibles plusieurs milliers de terres [de Buddha], parfaitement belles, variées, embellies de pierres précieuses, et qu’on voit des Buddhas dont la vue est infinie.

56. Mâitrêya interroge le fils du Djina ; les hommes, les Maruts, les Yakchas, les Râkchasas, sont dans l’attente ; les quatre assemblées ont les yeux levés ; est-ce que Mandjusvara va exposer ici quelque prédiction ?

Ensuite Mañdjuçrî devenu Kumâra s’adressa ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya, et à l’assemblée tout entière des Bôdhisattvas : Ô fils de famille, l’intention du Tathâgata est de se livrer à une grande prédication où la loi soit proclamée, de faire tomber la grande pluie de la loi, de faire résonner les grandes timbales de la loi, de dresser le grand étendard de la loi, de faire brûler le grand fanal de la loi, d’enfler la grande conque de la loi, de battre le grand tambour de la loi. L’intention du Tathâgata, ô fils de famille, est de faire aujourd’hui une grande démonstration de la loi. C’est là ce qui me paraît être, ô fils de famille, et c’est ainsi que j’ai vu autrefois un pareil miracle accompli par les anciens Tathâgatas, vénérables, parfaitement et complétement Buddhas. Ces anciens Tathâgatas vénérables, etc., ont aussi produit au dehors la lumière d’un semblable rayon ; aussi est-ce par là que je reconnais que le Tathâgata désire se livrer à une grande prédication où la loi soit proclamée, qu’il désire qu’elle soit grandement entendue, puisqu’il vient de manifester un ancien miracle de cette espèce. Pourquoi cela ? C’est que le Tathâgata vénérable, parfaitement et complétement Buddha, désire faire entendre une exposition de la loi avec laquelle le monde entier doit être en désaccord, puisqu’il a produit un grand miracle de cette espèce, et cet ancien prodige qui est l’apparition et l’émission d’un rayon de lumière.

Je me rappelle, ô fils de famille, qu’autrefois, bien avant des Kalpas plus innombrables que ce qui est sans nombre, immenses, incommensurables, inconcevables, sans comparaison comme sans mesure, qu’avant cette époque, dis-je, et bien avant encore apparut au monde le Tathâgata vénérable, etc., nommé Tchandrasûryapradîpa, doué de science et de conduite, heureusement parti, connaissant le monde, sans supérieur, domptant l’homme comme un cocher [dompte ses chevaux], précepteur des Dêvas et des hommes, Bhagavat, Buddha. Alors ce Tathâgata enseignait la loi ; il exposait la conduite religieuse qui est vertueuse au commencement, au milieu et à la fin, dont le sens est bon, dont chaque syllabe est bonne, qui est homogène, qui est accomplie, qui est parfaitement pure et belle. C’est ainsi que, pour faire franchir aux Çrâvakas la naissance, la vieillesse, la mort, les peines, les lamentations, la douleur, le chagrin, le désespoir, il leur enseignait la loi qui pénètre dans la production de l’enchaîne ment mutuel des causes [de l’existence], qui embrasse les quatre vérités des Âryas, et qui a pour but le Nirvâna. Commençant pour les Bôdhisattvas Mahâsattvas, parfaitement maîtres des six perfections, par l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, il enseignait la loi dont le but est la science de celui qui sait tout.

Or autrefois, ô fils de famille, bien avant le temps de ce Tathâgata Tchandrasûryapradîpa, vénérable, [etc., comme ci-dessus, f. 10 b.], il avait apparu dans le monde un Tathâgata vénérable, etc., nommé aussi Tchandrasûryapradîpa, doué de science et de conduite, [etc., comme ci-dessus, f. 10 b.] Or il y eut, ô toi qui es invincible, vingt mille Tathâgatas vénérables, etc., qui portèrent tous successivement ce même nom de Tchandrasûryapradîpa, et qui étaient de la même famille et du même lignage, à savoir du Gôtra de Bharadvâdja. Dans cette série, ô toi qui es invincible, en partant du premier de ces vingt mille Tathâgatas jusqu’au dernier, chacun fut un Tathâgata nommé du nom de Tchandrasûryapradîpa, vénérable, etc. Chacun d’eux enseigna la loi. Chacun d’eux exposa la conduite religieuse, [etc., comme ci-dessus, 11 a, jusqu’à] dont le but est la science de celui qui sait tout.

Or ce bienheureux Tathâgata Tchandrasûryapradîpa, vénérable, etc., quand il n’était encore que Kumâra et qu’il n’avait pas quitté le séjour de la maison, avait huit fils, savoir : Mati qui était Râdjakumâra, Sumati, Anantamati, Ratnamati, Viçêchamati, Vimatisamudghâtin, Ghôchamati, Dharmamati qui était Râdjakumâra. Ces huit Râdjakumâra, fils de ce bienheureux Tathâgata Tchandrasûryapradîpa, avaient une puissance surnaturelle, immense. Chacun d’eux avait la jouissance de quatre grandes îles, où il exerçait la royauté. Ayant appris, ô toi qui es invincible, que le Bienheureux avait quitté le séjour de la maison, et ayant entendu dire qu’il était parvenu à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, renonçant eux-mêmes à toutes les jouissances de la royauté, ils entrèrent aussi dans la vie religieuse à l’imitation du Bienheureux ; ils parvinrent tous à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, et devinrent interprètes de la loi. Et ils furent de constants observateurs de la conduite religieuse ; et ces Râdjakumâras firent croître sous plusieurs centaines de mille de Buddhas les racines de vertu [qui étaient en eux].

Or dans ce temps, ô toi qui es invincible, le bienheureux Tathâgata Tchandrasûryapradîpa, vénérable, etc., après avoir exposé le Sûtra nommé la Grande démonstration, ce Sûtra où est expliquée la loi, qui contient de grands développements, qui est destiné à l’instruction des Bôdhisattvas, et qui a été possédé par tous les Buddhas, après s’être couché, en ce moment même, au milieu de l’assemblée réunie, sur le siége de la loi, entra dans la méditation nommée la Place de la démonstration sans fin : son corps était immobile, et sa pensée était également arrivée à une complète immobilité. À peine le Bienheureux fut-il entré dans cette méditation, qu’une grande pluie de fleurs divines de Mandâras et de Mahâmandâravas, de Mañdjûchakas et de Mahâmañdjûchakas se mit à tomber, le couvrant lui et l’assemblée, et que la terre de Buddha tout entière fut ébranlée de six manières différentes ; elle remua et trembla, elle fut agitée et secouée, elle bondit et sauta.

Or en ce temps, ô toi qui es invincible, les Religieux et les Religieuses, les fidèles des deux sexes, les Dêvas, les Nâgas, les Yakchas, les Gandharvas, les Asuras, les Garudas, les Kinnaras, les Mahôragas, les hommes et les êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine, qui se trouvaient réunis, assis dans cette assemblée, les rois Mandalins, Balatchakravartins, Tchaturdvîpatchakravartins, tous avec leur suite, avaient les yeux fixés sur Bhagavat, remplis d’étonnement, de surprise et de satisfaction.

Or en ce moment il s’élança un rayon de lumière du cercle de poils qui croissait dans l’intervalle des sourcils du bienheureux Tchandrasûryapradîpa. Ce rayon se dirigea vers les dix-huit mille terres de Buddha situées à l’orient, et ces terres de Buddha parurent entièrement illuminées par son éclat ; ce fut, ô toi qui es invincible, comme quand ces terres de Buddha, [que tu vois], sont devenues visibles en ce monde.

Or en ce temps-là, ô toi qui es invincible, il y avait vingt kôtis de Bôdhisattvas qui s’étaient attachés au service du Bienheureux. Tous ceux qui, dans cette assemblée, étaient auditeurs de la loi, furent remplis d’étonnement, de surprise et de curiosité, en voyant le monde éclairé par la grande splendeur de ce rayon.

Or en ce temps-là, ô toi qui es invincible, sous l’enseignement du Bienheureux, il y avait un Bôdhisattva, nommé Varaprabha. Ce dernier avait huit cents disciples. Le Bienheureux étant ensuite sorti de sa méditation, développa l’exposition de la loi nommée le Lotus de la bonne loi, en commençant par le Bôdhisattva Varaprabha ; il parla pendant la durée complète de soixante moyens Kalpas, assis sur le même siége, son corps comme sa pensée étant complétement immobiles. Et cette assemblée tout entière assise sur les mêmes siéges, écouta la loi en présence du Bienheureux, pendant ces soixante moyens Kalpas. Et dans cette assemblée il n’y eut pas un seul être qui éprouvât le moindre sentiment de fatigue, soit de corps, soit d’esprit.

Ensuite le bienheureux Tathâgata Tchandrasûryapradîpa, vénérable, etc., après avoir, pendant soixante moyens Kalpas, exposé le Sûtra nommé le Lotus de la bonne loi, ce Sûtra où est expliquée la loi, qui contient de grands développements, qui est destiné à l’instruction des Bôdhisattvas, et qui a été possédé par tous les Buddhas, annonça en ce moment qu’il allait entrer dans le Nirvâna complet, en présence du monde comprenant la réunion des Dêvas, des Mâras et des Brahmâs, en présence des créatures formées de l’ensemble des Çramanas, des Brâhmanes, des Dêvas, des hommes et des Asuras : «Aujourd’hui, ô Religieux, [dit-il,] cette nuit même, à la veille du milieu, le Tathâgata entrera complétement dans l’élément du Nirvâna où il ne reste aucune trace de l’agrégation [des éléments matériels].»

Ensuite, ô toi qui es invincible, le bienheureux Tathâgata Tchandrasûryapradîpa prédit au Bôdhisattva Mahâsattva nommé Çrîgarbha, qu’il obtiendrait l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, et après avoir fait cette prédiction, il s’adressa ainsi à l’assemblée tout entière : «Oui, Religieux, ce Bôdhisattva Çrîgarbha parviendra à l’état suprême de Buddha immédiatement après moi. Il sera le Tathâgata Vimalanêtra, etc.»

Ensuite, ô toi qui es invincible, le bienheureux Tathâgata Tchandrasûryapradîpa, vénérable, etc., cette nuit-là même, à la veille du milieu, entra complétement dans l’élément du Nirvâna où il ne reste aucune trace de l’agrégation [des éléments matériels]. Et le Bôdhisattva Mahâsattva Varaprabha garda en dépôt cette exposition de la loi nommée le Lotus de la bonne loi ; et pendant quatre-vingts moyens Kalpas, le Bôdhisattva Varaprabha garda en dépôt l’enseignement du Bienheureux qui était entré dans le Nirvâna complet, et il l’expliqua. Alors, ô toi qui es invincible, les huit fils du Bienheureux, à la tête desquels était Sumati, devinrent les disciples du Bôdhisattva Varaprabha ; ils furent mûris par lui pour l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; et ensuite plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Buddhas furent vus et vénérés par eux ; et tous parvinrent à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, et le dernier d’entre eux fut le Tathâgata Dîpamkara, vénérable, etc.

Parmi ces huit cents disciples il y avait un Bôdhisattva qui attachait un prix extrême au gain, aux témoignages de respect, au titre de savant, et qui aimait la renommée ; les lettres et les mots qu’on lui montrait disparaissaient pour lui sans laisser de traces. Son nom était Yaçaskâma. Plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Buddhas avaient été réjouis du principe de vertu qui était en lui ; et après les avoir ainsi réjouis, il les avait honorés, servis, vénérés, adorés, entourés de ses hommages et de ses prières. Pourrait-il après cela, ô toi qui es invincible, te rester quelque incertitude, quelque perplexité ou quelque doute ? Il ne faut pas s’imaginer que dans ce temps et à cette époque, ce fût un autre [que moi] qui était le Bôdhisattva Mahâsattva, nommé Varaprabha, l’interprète de la loi. Pourquoi cela ? C’est que c’était moi qui, dans ce temps et à cette époque, étais le Bôdhisattva Mahâsattva Varaprabha, l’interprète de la loi. Et le Bôdhisattva nommé Yaçaskâma qui était d’un naturel indolent, c’était toi, ô être invincible, qui étais en ce temps et à cette époque le Bôdhisattva Yaçaskâma d’un naturel indolent.

C’est de cette manière, ô toi qui es invincible, qu’ayant vu jadis cet ancien miracle du Bienheureux, j’interprète le rayon semblable qui vient de s’élancer [du front de Bhagavat] comme la preuve que Bhagavat aussi désire exposer le Sûtra nommé le Lotus de la bonne loi, ce Sûtra où est expliquée la loi, qui contient de grands développements [ etc.].

Ensuite Mañdjuçrî devenu Kumâra, pour exposer ce sujet plus amplement, prononça dans cette circonstance les stances suivantes :

57. Je me rappelle un temps passé, un Kalpa inconcevable, incommensurable, quand existait le Djina, le Meilleur des êtres, nommé Tchandrasûryapradîpa.

58. Le Guide des créatures enseignait la bonne loi ; il disciplinait un nombre infini de kôtis de créatures ; il convertissait un nombre inconcevable de Bôdhisattvas à l’excellente science de Buddha.

59. Les huit fils qu’avait ce Chef quand il n’était encore que Kumâra, voyant que ce grand solitaire avait embrassé la vie religieuse, et ayant bien vite renoncé à tous les désirs, devinrent aussi tous religieux.

60. Et le Chef du monde exposa la loi ; il expliqua l’excellent Sûtra de la démonstration sans fin, qui s’appelle du nom de Vâipulya (grand développement) ; il l’expliqua pour des milliers de kôtis d’êtres vivants.

61. Immédiatement après avoir parlé, le Chef, s’étant assis les jambes croisées, entra dans l’excellente méditation de la démonstration sans fin ; placé sur le siége de la loi, le meilleur des solitaires fut absorbé dans la contemplation.

62. Et il tomba une pluie divine de Mandâravas ; les timbales résonnèrent sans être frappées, et les Dêvas, les Yakchas, se tenant dans le ciel, rendirent un culte au Meilleur des hommes.

63. Et en ce moment toute la terre [de Buddha] fut agitée complétement, et cela fut un miracle et une grande merveille ; et le Guide [du monde] lança un rayon unique, un rayon parfaitement beau, de l’intervalle de ses deux sourcils.

64. Et ce rayon s’étant dirigé vers la région orientale, en éclairant dix-huit mille terres complètes [de Buddha], illumina le monde entier ; il fit voir la naissance et la mort des créatures. En ce moment des terres faites de substances précieuses, d’autres ayant la couleur du lapis-lazuli, des terres variées, parfaitement belles, devinrent visibles par l’effet de la splendeur du rayon du Chef.

66. Les Dêvas, les hommes, et aussi les Nâgas et les Yakchas, les Gandharvas, les Apsaras et les Kinnaras, et ceux qui sont occupés à l’adoration du Sugata, devinrent visibles dans les univers où ils lui rendent un culte ;

67. Et les Buddhas aussi, ces êtres qui existent par eux-mêmes, apparurent beaux comme des colonnes d’or, comme une statue d’or entourée de lapis-lazuli : ils enseignaient la loi au milieu de l’assemblée.

68. Il n’y a pas de calcul possible de leurs Çrâvakas, et les Çrâvakas de [chaque] Sugata sont infinis ; dans chacune des terres des Guides [des hommes], l’éclat de ce rayon les rend tous visibles.

69. Et les fils des Guides des hommes doués d’énergie, d’une vertu inflexible, d’une vertu irréprochable, semblables aux plus précieux joyaux, deviennent visibles dans les cavernes des montagnes ou ils résident.

70. Faisant l’entier abandon de tous leurs biens, ayant la force de la patience, fermes et passionnés pour la contemplation, des Bôdhisattvas, en nombre égal à celui des sables du Gange, deviennent tous visibles par l’effet de ce rayon.

71. Des fils chéris des Sugatas, immobiles, exempts de toute agitation, fermes dans la patience, passionnés pour la contemplation, recueillis, deviennent visibles ; ceux-là sont arrivés à l’état suprême de Bôdhi par la contemplation.

72. Connaissant l’état qui existe réellement, qui est calme et exempt d’imperfections, ils l’expliquent ; ils enseignent la loi dans beaucoup d’univers ; un tel effet est produit par la puissance du Sugata.

73. Et après avoir vu cet effet de la puissance de Tchandrârkadîpa, les quatre assemblées du Protecteur, remplies de joie en ce moment, se demandèrent les unes aux autres : Comment cela se fait-il ?

74. Et bientôt, adoré par les hommes, les Maruts et les Yakchas, le Guide du monde s’étant relevé de sa méditation, parla ainsi à Varaprabha son fils, qui était un Bôdhisattva savant et interprète de la loi :

75. «Toi qui es savant, tu es l’œil et la voie du monde, tu es plein de confiance en moi, et tu gardes ma loi ; tu es en ce monde le témoin du trésor de ma loi, selon que je l’ai exposée pour l’avantage des créatures.»

76. Après avoir formé de nombreux Bôdhisattvas, après les avoir remplis de joie, après les avoir loués, célébrés, alors le Djina exposa les lois suprêmes pendant soixante moyens Kalpas complets.

77. Et chaque loi excellente, suprême, qu’exposait le souverain du monde assis sur son siège, Varaprabha, le fils du Djina, qui était interprète de la loi, en comprenait le sens.

78. Et le Djina, après avoir exposé la loi suprême, après avoir comblé de joie plus d’une créature, parla en ce jour, lui qui est le Guide [des hommes], en présence du monde réuni aux Dêvas :

79. «Cette règle de la loi a été exposée par moi ; la nature de la loi a été énoncée telle qu’elle est ; c’est aujourd’hui, ô Religieux, le temps de mon Nirvâna, [qui aura lieu] ici, cette nuit même, à la veille du milieu.

80. «Soyez attentifs, et pleins de confiance ; appliquez-vous fortement sous mon enseignement : les Djinas, ces grands Richis, sont difficiles à rencontrer au bout même de myriades de kôtis de Kalpas.»

81. Les nombreux fils de Buddha se sentirent pénétrés de douleur, et furent plongés dans un chagrin extrême, après avoir entendu la voix du Meilleur des hommes qui parlait de son Nirvâna comme devant se réaliser bientôt.

82. Le Roi des Indras des hommes, après avoir consolé ces kôtis de créatures en nombre inconcevable : «Ne craignez rien, ô Religieux, [s’écria-t-il] ; quand je serai entré dans le Nirvâna, il paraîtra un [autre] Buddha après moi.

83. «Ce savant Bôdhisattva, Çrîgarbha, après être parvenu à posséder la science exempte d’imperfections, touchera l’excellent et suprême état de Bôdhi ; il sera Djina sous le nom de Vimalâgranêtra.»

84. Cette nuit-là même, à la veille du milieu, il entra dans le Nirvâna complet, comme une lumière dont la source est éteinte ; et la distribution de ses reliques eut lieu, et on éleva un nombre infini de myriades de kôtis de Stûpas.

85. Et ces Religieux de l’assemblée, ainsi que les Religieuses, qui étaient arrivé à l’excellent et suprême état de Bôdhi, en nombre aussi considérable que celui des sables du Gange, s’appliquèrent sous l’enseignement de ce Sugata.

86. Et le Religieux qui était alors interprète de la loi, Varaprabha, par lequel avait été possédée la bonne loi, exposa cette loi suprême sous l’enseignement de ce Sugata, pendant quatre-vingts moyens Kalpas complets.

87. Il eut huit cents disciples, qu’il conduisit tous alors à la maturité, et par eux furent vus plusieurs kôtis de Buddhas, de grands Richis qui reçurent leurs hommages.

88. Alors, après avoir accompli les devoirs de la conduite religieuse, qui sont entre eux dans un parfait accord, ils devinrent Buddhas dans un grand nombre d’univers ; ils se succédèrent immédiatement les uns aux autres, et s’annoncèrent successivement qu’ils étaient destinés à parvenir à l’état suprême de Buddha.

89. De ces Buddhas qui se succédèrent les uns aux autres, Dîpamkara fut le dernier ; ce fut un Dêva supérieur aux Dêvas ; il fut honoré par l’assemblée des Richis, et disciplina des milliers de kôtis d’êtres vivants.

90. Pendant le temps que ce fils de Sugata, Varaprabha, exposait la loi, il eut un disciple paresseux et plein de cupidité, qui recherchait et le gain et la science.

91. Ce disciple était outre mesure avide de renommée, et il flottait sans cesse d’un objet à un autre ; la lecture et l’enseignement disparaissaient entièrement pour lui sans laisser de trace, au moment même où on les lui exposait.

92. Et son nom était Yaçaskâma, nom sous lequel il était célèbre dans les dix points de l’espace ; mais grâce au mélange de bonnes œuvres qu’il avait accumulées.

93. Il réjouit des milliers de kôtis de Buddhas, et il leur rendit un culte étendu ; il accomplit les devoirs de la conduite religieuse, qui sont entre eux dans un parfait accord, et il vit le Buddha Çâkyasimha.

94. Il sera le dernier [Buddha de notre âge], et il obtiendra l’état suprême et excellent de Bôdhi ; il sera le bienheureux de la race de Mâitrêya ; il disciplinera des milliers de kôtis de créatures.

95. Et ce [disciple] qui était d’un naturel paresseux, pendant l’enseignement du Sugata qui entra dans le Nirvâna complet, c’était toi-même, [ô Mâitrêya ; ] et c’était moi qui alors étais l’interprète de la loi.

96. C’est pour cette raison et pour ce motif qu’aujourd’hui, à la vue d’un miracle de cette espèce, d’un miracle produit par la science de ce Buddha, [et] semblable à celui que j’ai vu jadis pour la première fois,

97. Il est évident [pour moi] que le Chef des Djinas lui-même, doué de la vue complète, que le roi suprême des Çâkyas, qui voit la vérité, désire exposer cette excellente démonstration, que j’ai jadis entendue.

98. Le prodige même accompli aujourd’hui, est un effet de l’habileté dans l’emploi des moyens que possèdent les Chefs [des hommes] ; Çâkyasimha fait une démonstration : il dira quel est le sceau de la nature propre de la loi.

99. Soyez recueillis, pleins de bonnes pensées ; joignez les mains en signe de respect ; celui qui est bon et compatissant pour le monde va parler ; il va faire pleuvoir la pluie sans fin de la loi ; il réjouira ceux qui sont ici à cause de l’état de Bôdhi.

100. Et quant à ceux dans l’esprit de qui s’élève un doute quelconque, qui ont quelque incertitude, quelque perplexité, le savant dissipera tout cela pour ses enfants, qui sont les Bôdhisattvas parvenus ici à l’état de Bôdhi.

CHAPITRE II.
L’HABILETÉ DANS L’EMPLOI DES MOYENS.

Ensuite Bhagavat qui était doué de mémoire et de sagesse, sortit de sa méditation ; et quand il en fut sorti, il s’adressa en ces termes au respectable Çâriputtra. Elle est profonde, ô Çâriputtra, difficile à voir, difficile à juger la science des Buddhas, cette science qui est l’objet des méditations des Tathâgatas vénérables, etc. ; tous les Çrâvakas et les Pratyêkabuddhas réunis auraient de la peine à la comprendre. Pourquoi cela ? C’est, ô Çâriputtra, que les Tathâgatas vénérables, etc. ont honoré plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Buddhas ; qu’ils ont, sous plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Buddhas, observé les règles de conduite qui appartiennent à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; qu’ils ont suivi ces Buddhas bien longtemps ; qu’ils ont déployé toute leur énergie ; qu’ils sont en possession de lois étonnantes et merveilleuses, en possession de lois difficiles à comprendre ; qu’ils ont connu les lois difficiles à comprendre.

Il est difficile à comprendre, ô Çâriputtra, le langage énigmatique des Tathâgatas vénérables, etc. Pourquoi cela ? C’est que les lois qui sont à elles-mêmes leur propre cause, ils les expliquent par l’habile emploi de moyens variés, par la vue de la science, par les raisons, par les motifs, par les arguments faits pour convaincre, par les interprétations, par les éclaircissements. C’est pour délivrer, par l’habile emploi de tels et tels moyens, les créatures enchaînées à tel et tel objet, que les Tathâgatas vénérables, etc., ô Çâriputtra, ont acquis la perfection suprême de la grande habileté dans l’emploi des moyens et de la vue de la science. C’est pour cela, ô Çâriputtra, que les Tathâgatas vénérables, etc., qui sont en possession des lois merveilleuses, telles que la vue d’une science absolue et irrésistible, l’énergie, l’intrépidité, l’homogénéité, la perfection des sens, les forces, les éléments constitutifs de l’état de Bôdhi, les contemplations, les affranchissements, les méditations, l’acquisition de l’indifférence, c’est pour cela, dis-je, qu’ils expliquent les diverses lois. Ils ont acquis une grande merveille et une chose bien surprenante, ô Çâriputtra, les Tathâgatas vénérables, etc. C’en est assez, ô Çâriputtra, et ce discours doit suffire ; oui, les Tathâgatas vénérables, etc., ont acquis une merveille singulièrement surprenante. C’est le Tathâgata, ô Çâriputtra, qui seul peut enseigner au Tathâgata les lois que le Tathâgata connaît. Le Tathâgata seul, ô Çâriputtra, enseigne toutes les lois, car le Tathâgata seul les connaît toutes. Ce que sont ces lois, comment sont-elles, quelles sont-elles, de quoi sont-elles le caractère, quelle nature propre ont-elles ? tels sont les divers aspects sous lesquels le Tathâgata les voit face à face et présentes devant lui.

Ensuite Bhagavat, pour exposer ce sujet plus amplement, prononça dans cette circonstance les stances suivantes :

1. Ils sont incommensurables les grands héros, dans le monde formé de la réunion des Maruts et des hommes ; les Guides [du monde] ne peuvent être connus complétement par la totalité des créatures.

2. Personne ne peut connaître quelles sont leurs forces et leurs [moyens d’]affranchissement, quelle est leur intrépidité, quelles sont enfin les lois des Buddhas.

3. Jadis j’ai observé, en présence de plusieurs kôtis de Buddhas, les règles de la conduite religieuse, qui sont profondes, subtiles, difficiles à connaître et à voir.

4. Après en avoir rempli les devoirs pendant un nombre inconcevable de kôtis de Kalpas, j’en ai vu le résultat que je devais recueillir dans la pure essence de l’état de Bôdhi.

5. Aussi connais-je ce que sont les autres Guides du monde ; je sais ce que c’est que cette science, comment elle est, quelle elle est, et quels en sont les caractères.

6. Il est impossible de la démontrer, et il n’en existe pas d’explication ; il n’y a pas non plus de créature dans ce monde

7. Qui soit capable d’enseigner cette loi, ou de la comprendre si elle lui était enseignée, à l’exception des Bôdhisattvas ; en effet, les Bôdhisattvas sont remplis de confiance.

8. Et les Çrâvakas mêmes de l’Être qui connaît le monde, ces hommes qui ont accompli leur mission et entendu leur éloge de la bouche des Sugatas, qui sont exempts de toute faute, et qui sont arrivés à leur dernière existence corporelle, non, la science des Djinas n’est pas l’objet de ces hommes eux-mêmes.

9. Supposons que cet univers tout entier fût complétement rempli de Çrâvakas semblables à Çârisuta, et que, se réunissant tous ensemble, ces Çrâvakas se missent à réfléchir, il leur serait impossible de connaître la science du Sugata.

10. Quand bien même les dix points de l’espace seraient complétement remplis de savants semblables à toi ; quand même ils seraient pleins de personnages tels que ces Çrâvakas mes auditeurs ;

11. Et quand même, se réunissant tous ensemble, ces sages se mettraient à réfléchir sur la science du Sugata, non, même ainsi réunis, ils ne pourraient connaître la science incommensurable des Buddhas, qui m’appartient.

12. Quand même la totalité des dix points de l’espace serait remplie de Pratyêkabuddhas, exempts de toute faute, doués de sens pénétrants, arrivés à leur dernière existence corporelle ; quand ces Pratyêkabuddhas seraient aussi nombreux que les cannes et que les bambous des forêts ;

13. Et quand même, se réunissant tous ensemble, ils se mettraient à réfléchir ne fût-ce que sur une partie de mes lois suprêmes, pendant des myriades infinies de kôtis de Kalpas, ils n’en pourraient connaître le véritable sens.

14. Que les dix points de l’espace soient remplis de Bôdhisattvas, entrés dans un nouveau véhicule, ayant accompli leur mission sous beaucoup de kôtis de Buddhas, connaissant d’une manière positive le sens [de la doctrine], et ayant interprété un grand nombre de lois ;

15. Que tous les mondes en soient continuellement remplis, sans qu’il y reste plus d’intervalle qu’entre les cannes et les bambous des forêts, et que, se réunissant tous ensemble, ces Bôdhisattvas viennent à réfléchir sur la loi qui a été vue face à face par le Sugata ;

16. Après avoir, pendant plusieurs kôtis de Kalpas, pendant des Kalpas aussi innombrables que les sables du Gange, réfléchi exclusivement sur cette science, profondément absorbés par sa subtilité, ils ne parviendraient pas encore à en faire leur objet propre.

17. Quand même des Bôdhisattvas en nombre égal à celui des sables du Gange, devenus incapables de se détourner, se mettraient à y réfléchir avec une attention exclusive, ils ne pourraient eux-mêmes en faire leur objet propre.

18. Les Buddhas sont tous des êtres dont les lois sont profondes, subtiles, insaisissables au raisonnement, exemptes d’imperfections ; moi je connais quels sont les Buddhas, ainsi que les Djinas qui existent dans les dix points de l’univers.

19. Plein de confiance, ô Çâriputtra, tu as recherché le sens de ce que dit le Sugata ; il ne dit pas de mensonge le Djina, le grand Richi, qui expose pendant longtemps la vérité excellente.

20. Je m’adresse à tous ces Çrâvakas, aux hommes qui sont parvenus à l’état de Pratyêkabuddha, à ceux qui ont été établis par moi dans le Nirvâna, à ceux qui sont entièrement délivrés de la succession incessante des douleurs.

21. C’est là ma suprême habileté dans l’emploi des moyens [dont je dispose], habileté à l’aide de laquelle j’expose amplement la loi dans le monde ; je délivre les êtres enchaînés à tel et tel objet, et j’enseigne trois véhicules [distincts].

Ensuite les grands Çrâvakas qui étaient réunis là dans cette assemblée, sous la conduite d’Âdjñâtakâundinya, tous Arhats, exempts de toute faute, parvenus à la puissance, au nombre de douze cents, les autres Religieux et fidèles des deux sexes qui se servaient du véhicule des Çrâvakas, et ceux qui étaient entrés dans celui des Pratyêkabuddhas, firent tous cette réflexion : Quelle est la cause, quel est le motif pour lequel Bhagavat célèbre si exclusivement l’habileté dans l’emploi des moyens dont disposent les Tathâgatas ? Pourquoi la décrit-il par ces mots : «elle est profonde la loi par laquelle je suis devenu Buddha parfaitement accompli ;» et par ceux-ci : «elle est difficile à comprendre pour la totalité des Çrâvakas et des Pratyêkabuddhas ?» Cependant, puisque Bhagavat n’a parlé que d’un seul affranchissement, et nous aussi nous sommes devenus possesseurs des lois de Buddha, nous avons atteint le Nirvâna. Aussi ne comprenons-nous pas le sens du discours que vient de tenir Bhagavat.

Alors le respectable Çâriputtra connaissant les questions auxquelles donnaient lieu les doutes de ces quatre assemblées, et comprenant avec sa pensée la réflexion qui s’élevait dans les esprits, ayant lui-même conçu des doutes sur la loi, dit en ce moment ces paroles à Bhagavat : Quelle est la cause, quel est le motif pour lequel Bhagavat célèbre si exclusivement, à plusieurs reprises, les Tathâgatas comme enseignant les lois de la science et de l’habile emploi des moyens ? Pourquoi répète-t-il à plusieurs reprises : «elle est profonde la loi par laquelle je suis devenu Buddha parfaitement accompli ; il est difficile à comprendre le langage énigmatique des Tathâgatas.» En effet, je n’ai jamais entendu jusqu’ici une pareille exposition de la loi de la bouche de Bhagavat. Et ces quatre assemblées, ô Bhagavat, sont agitées par le doute et par l’incertitude. Que Bhagavat montre donc bien dans quelle intention le Tathâgata célèbre à plusieurs reprises la loi du Tathâgata comme profonde.

Ensuite le respectable Çâriputtra prononça. dans cette circonstance les stances suivantes :

22. Aujourd’hui le Soleil des hommes répète à plusieurs reprises ce discours : «Des forces, des affranchissements et des contemplations infinies ont été touchées par moi.»

23. Tu parles de la pure essence de l’état de Bôdhi, et il n’y a personne qui t’interroge ; tu parles aussi de langage énigmatique [employé par les Tathâgatas], et personne ne t’adresse de question.

24. Tu converses sans être interrogé et tu célèbres ta propre conduite ; tu décris l’acquisition de la science, et tu parles un langage profond.

25. Aujourd’hui il me survient un doute : Qu’est-ce, me dis-je, que le langage qu’adresse le Djina à ces hommes parvenus à la puissance et arrivés au Nirvâna ?

26. Les Religieux et les Religieuses sollicitent l’état de Pratyêkabuddha ; les Dêvas, les Nâgas, les Yakchas, les Gandharvas, les Mahôragas, s’interrogeant les uns les autres, regardent le Meilleur des hommes ;

27. Et le doute s’est emparé de leur esprit ! Annonce donc, ô grand Solitaire, leurs destinées futures à tout ce qu’il y a ici de Çrâvakas du Sugata, sans en excepter un seul.

28. J’ai atteint ici les perfections ; j’ai été instruit par le Richi suprême. Il me vient cependant un doute à ce sujet, quand je vois le Meilleur des hommes assis sur son siége : Quel était donc pour moi, me dis-je, l’objet du Nirvâna, si l’on m’enseigne encore le moyen d’y parvenir ?

29. Fais entendre ta voix ; fais résonner l’excellente timbale ; expose la loi unique telle qu’elle est. Ces fils légitimes du Djina ici présents, et qui regardent le Djina, les mains réunies en signe de respect ;

30. Et les Dêvas, les Nâgas, avec les Yakchas et les Râkchasas, qui sont réunis par milliers de kôtis, semblables aux sables du Gange ; et ceux qui sollicitent l’excellent état de Bôdhi, rassemblés ici [et] formant un millier de kôtis ;

31. Et les Radjas, les maîtres de la terre, les souverains Tchakravartins, qui sont accourus quittant des milliers de kôtis de pays, tous rassemblés ici les mains réunies en signe de respect, et pleins de révérence, [tous se disent : ] Comment accomplirons-nous les devoirs de la conduite religieuse ?

Cela dit, Bhagavat parla ainsi au respectable Çâriputtra : Assez, ô Çâriputtra ; à quoi bon exposer ce sujet ? Pourquoi cela ? C’est que ce monde avec les Dêvas s’effrayerait, ô Çâriputtra, si le sens en était expliqué.

Cependant le respectable Çâriputtra s’adressa pour la seconde fois à Bhagavat : Dis, ô Bhagavat, dis, ô Sugata, le sens de ce discours. Pourquoi cela ? C’est qu’il y a dans cette assemblée, ô Bhagavat, plusieurs centaines, plusieurs milliers, plusieurs centaines de mille, plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis d’êtres vivants qui ont vu les anciens Buddhas, qui ont de la sagesse et qui auront foi, qui s’en rapporteront aux paroles de Bhagavat, qui les comprendront.

Alors le respectable Çâriputtra adressa la stance suivante Il Bhagavat :

32. Parle clairement, ô le meilleur des Djinas : il y a ici, dans cette assemblée, des milliers d’êtres vivants, pleins de satisfaction, de confiance et de respect pour le Sugata, qui comprendront la loi que tu leur exposeras.

Alors Bhagavat dit pour la seconde fois au respectable Çâriputtra : Assez, ô Çâriputtra ; à quoi bon exposer ce sujet ? Ce monde avec les Dêvas s’effrayerait, si le sens en était expliqué ; et les Religieux remplis d’orgueil tomberaient dans le grand précipice.

Alors Bhagavat prononça en ce moment la stance suivante :

33. Cette loi a été suffisamment exposée ici : cette science est subtile et elle échappe au raisonnement. Il y a beaucoup d’insensés qui sont pleins d’orgueil. Les ignorants, si cette loi était enseignée, la mépriseraient.

Pour la troisième fois, le respectable Çâriputtra s’adressa ainsi à Bhagavat : Expose, ô Bhagavat, expose, ô Sugata, ce sujet aux nombreuses centaines d’êtres semblables à moi, qui sont réunis ici dans l’assemblée. Beaucoup d’autres êtres vivants, réunis par centaines, par milliers, par centaines de mille, par centaines de mille de myriades de kôtis, qui ont été mûris par Bhagavat dans des existences antérieures, auront foi, s’en rapporteront aux paroles de Bhagavat, ils les comprendront. Cela sera pour eux un avantage, un profit, un bien qui durera longtemps.

Alors le respectable Çâriputtra prononça dans cette circonstance les stances suivantes :

34. Expose la loi, ô le Meilleur des hommes ; moi qui suis ton fils aîné, je te le demande ; il y a ici des milliers de kôtis d’êtres vivants qui croiront à la bonne loi exposée [par toi].

35. Et les êtres qui, dans des existences antérieures, ont été continuellement mûris par toi pendant un long temps, ces êtres qui sont tous ici, les mains réunies en signe de respect, eux aussi croiront de même à la loi.

36. Ces douze cents êtres semblables à moi, qui sont également parvenus à l’état suprême de Bôdhi, que le Sugata, les regardant, leur parle, et qu’il fasse naître en eux une joie extrême.

Alors Bhagavat, entendant pour la troisième fois la prière que lui adressait le respectable Çâriputtra, lui dit ces paroles : Puisque maintenant, ô Çâriputtra, tu sollicites jusqu’à trois fois le Tathâgata, que puis-je répondre à la prière que tu m’adresses ainsi ? Écoute donc, ô Çâriputtra, et grave bien et complétement dans ton esprit ce que je vais dire ; je te parlerai. Et aussitôt Bhagavat prononça le discours qui va suivre.

En ce moment cinq mille Religieux et fidèles des deux sexes de l’assemblée, qui étaient remplis d’orgueil, s’étant levés de leurs siéges, et ayant salué de la tête les pieds de Bhagavat, sortirent de l’assemblée. C’est que, par suite du principe de mérite qui est [même] dans l’orgueil, ils s’imaginaient avoir acquis ce qu’ils n’avaient pas acquis, et, compris ce qu’ils n’avaient pas compris. C’est pourquoi, se reconnaissant en faute, ils sortirent de l’assemblée. Cependant Bhagavat continuait à garder le silence.

Ensuite Bhagavat s’adressa ainsi au respectable Çâriputtra : L’assemblée qui m’entourait, ô Çâriputtra, est diminuée de nombre ; elle est débarrassée de ce qu’elle renfermait de peu substantiel ; elle est restée ferme dans l’essence de la foi ; c’est une bonne chose, ô Çâriputtra, que le départ de ces auditeurs orgueilleux. C’est pourquoi, ô Çâriputtra, je t’exposerai l’objet que tu me demandes. Bien, ô Bhagavat, répondit le respectable Çâriputtra, et il se mit à écouter. Bhagavat dit alors :

Ils sont rares, ô Çâriputtra, les temps et les lieux où le Tathâgata fait une semblable exposition de la loi. De même, ô Çâriputtra, que la fleur du figuier Udumbara ne paraît qu’en de certains temps et en de certains lieux, de même ils sont rares les temps et les lieux où le Tathâgata fait une semblable exposition de la loi. Ayez foi en moi, ô Çâriputtra ; je dis ce qui est, je dis la vérité, je ne dis pas le contraire de la vérité. C’est une chose difficile à rencontrer, ô Çâriputtra, que la fleur de l’Udumbara ; ce n’est qu’en de certains temps et en de certains lieux qu’on la rencontre. De même, ô Çâriputtra, le sens du langage énigmatique du Tathâgata est difficile à saisir. Pourquoi cela ? C’est que j’élucide la loi, ô Çâriputtra, en employant les cent mille moyens variés [dont je dispose], tels que les interprétations, les instructions, les allocutions, les comparaisons de diverses espèces. La bonne loi, ô Çâriputtra, échappe au raisonnement, elle n’est pas du domaine du raisonnement ; aussi doit-elle être connue par le moyen du Tathâgata. Pourquoi cela ? Parce que c’est pour un objet unique, ô Çâriputtra, pour un unique but, que le Tathâgata vénérable, etc., paraît dans le monde, pour un grand objet, en effet, et pour un grand but. Et quel est, ô Çâriputtra, cet objet unique, cet unique but du Tathâgata, ce grand objet, ce grand but pour lequel le Tathâgata vénérable, etc., paraît dans le monde ? C’est pour communiquer aux créatures la vue de la science des Tathâgatas, que le Tathâgata vénérable, etc., paraît dans le monde ; c’est pour leur en faire l’exposition complète, pour la leur faire pénétrer, pour la leur faire comprendre, pour leur en faire prendre la voie, que le Tathâgata vénérable, etc., paraît dans le monde. C’est là, ô Çâriputtra, cet objet unique, cet unique but, ce grand objet et ce grand but, en effet, des Tathâgatas ; c’est là l’unique destination de son apparition dans le monde. Voilà, ô Çâriputtra, l’objet unique, l’unique but, et ils sont grands en effet cet objet et ce but qu’accomplit le Tathâgata. Pourquoi cela ? C’est que moi aussi, ô Çâriputtra, je suis celui qui communique la vue de la science du Tathâgata, celui qui en fait l’exposition complète, celui qui la fait pénétrer, celui qui la fait comprendre, celui qui en fait prendre la voie. De même aussi, ô Çâriputtra, commençant par un moyen de transport unique, j’enseigne la loi aux créatures. Ce moyen de transport, c’est le véhicule des Buddhas. Il n’y a pas, ô Çâriputtra, un second ni un troisième véhicule. C’est là, ô Çâriputtra, une loi universelle pour le monde entier, en y comprenant les dix points de l’espace. Pourquoi cela ? C’est que, ô Çâriputtra, les Tathâgatas vénérables, etc., qui, au temps passé, ont existé dans les dix points de l’espace, dans des univers incommensurables et innombrables, et qui ont enseigné la loi pour l’utilité et le bonheur de beaucoup d’êtres, par compassion pour le monde, pour l’avantage, l’utilité et le bonheur du grand corps des êtres, hommes et Dêvas, après avoir reconnu les dispositions des créatures, qui ont des inclinations variées, dont les éléments comme les idées sont diverses, qui l’ont enseignée, dis-je, par l’habile emploi des moyens [dont ils disposent], tels que les démonstrations et les instructions de diverses espèces, les raisons, les motifs, les comparaisons, les arguments faits pour convaincre, les interprétations variées, tous ces Tathâgatas, dis-je, ô Çâriputtra, qui taient des Buddhas bienheureux, ont enseigné la loi aux créatures, en commençant par un moyen de transport unique, lequel est le véhicule des Buddhas qui aboutit à l’omniscience, c’est-à-dire à la communication qui est faite aux créatures de la vue de la science des Tathâgatas, à l’exposition complète, à la transmission, à l’explication, à l’enseignement de la voie de la science des Tathâgatas ; c’est là la loi qu’ils ont enseignée aux créatures. Et les êtres eux-mêmes, ô Çâriputtra, qui ont entendu la loi de la bouche de ces anciens Tathâgatas vénérables, etc., ces êtres sont tous entrés en possession de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli.

Et les Tathâgatas vénérables, etc., ô Çâriputtra, qui, dans l’avenir, existeront dans les dix points de l’espace, dans des univers incommensurables et innombrables, et qui enseigneront la loi pour l’utilité et le bonheur de beaucoup d’êtres, [etc., comme ci-dessus, f. 25 a,] après avoir reconnu les dispositions des créatures, [etc., comme ci-dessus,] tous ces Tathâgatas, ô Çâriputtra, qui seront des Buddhas bienheureux, enseigneront la loi aux créatures en commençant par un moyen de transport unique, [etc., comme ci-dessus ; ] c’est là la loi qu’ils enseigneront aux créatures. Et les êtres eux-mêmes, ô Çâriputtra, qui entendront la loi de la bouche de ces futurs Tathâgatas vénérables, etc., ces êtres entreront tous en possession de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli.

Et les Tathâgatas vénérables, etc., ô Çâriputtra, qui maintenant, dans le temps présent, se trouvent, vivent, existent et enseignent la loi dans les dix points de l’espace, dans des univers incommensurables et innombrables, pour l’utilité et le bonheur de beaucoup d’êtres, [etc., comme ci-dessus,] tous ces Tathâgatas, ô Çâriputtra, qui sont des Buddhas bienheureux, enseignent la loi aux créatures en commençant par un moyen de transport unique, [etc., comme ci-dessus ; ] c’est là la loi qu’ils enseignent aux créatures. Et les êtres eux-mêmes, ô Çâriputtra, qui entendent la loi de la bouche de ces Tathâgatas actuels, vénérables, etc., ces êtres entreront tous en possession de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli.

Et moi aussi, ô Çâriputtra, qui suis maintenant le Tathâgata vénérable, etc., j’enseigne la loi pour l’utilité et le bonheur de beaucoup d’êtres, [etc., comme ci-dessus,] après avoir reconnu les dispositions des créatures, [etc., comme ci-dessus.] Et moi aussi, ô Çâriputtra, j’enseigne la loi aux créatures, en commençant par un moyen de transport unique, qui est le véhicule des Buddhas, [etc., comme ci-dessus ; ] c’est là la loi que j’enseigne aux créatures. Et les êtres eux-mêmes, ô Çâriputtra, qui maintenant entendent la loi de ma bouche, entreront tous en possession de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Voilà de quelle manière tu dois comprendre, ô Çâriputtra, que nulle part au monde, ni dans les quatre points de l’espace, il n’existe un second véhicule, ni à plus forte raison un troisième.

Cependant d’un autre côte, ô Çâriputtra, quand les Tathâgatas vénérables, etc., naissent à l’époque où dégénère un Kalpa, à l’époque où dégénèrent les êtres, les doctrines, la vie, et au milieu de la corruption du mal ; quand ils naissent au milieu des maux de cette espèce qui affligent un Kalpa ; quand les êtres sont pleins de souillures, qu’ils sont en proie à la concupiscence, qu’ils n’ont que peu de racines de vertu, alors, ô Çâriputtra, les Tathâgatas vénérables, etc., savent, par l’habile emploi des moyens [dont ils disposent], désigner sous la dénomination de triple véhicule, ce seul et unique véhicule des Buddhas. Alors, ô Çâriputtra, les Çrâvakas, les Arhats ou les Pratyêkabuddhas, qui n’écoutent pas cette œuvre du Tathâgata, laquelle est la communication du véhicule des Buddhas, qui ne la pénètrent pas, qui ne la comprennent pas, ces êtres, dis-je, ô Çâriputtra, ne doivent pas être reconnus comme Çrâvakas du Tathâgata ; ils ne doivent pas être reconnus comme Arhats, ni comme Pratyêkabuddhas.

D’un autre côte, ô Çâriputtra, le Religieux quel qu’il soit, le fidèle quel qu’il soit, à quelque sexe qu’il appartienne, qui prendrait la résolution d’arriver à l’état d’Arhat sans avoir fait la demande nécessaire pour atteindre à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; qui dirait : «Je suis exclu du véhicule des Buddhas, je n’éprouve aucune intention, aucun désir de le posséder,» et qui cependant se dirait : «Me voici arrivé au Nirvâna complet, dernier terme de mon existence ;» cet homme, ô Çâriputtra, sache que c’est un orgueilleux. Pourquoi cela ? C’est qu’il n’est pas convenable, ô Çâriputtra, c’est qu’il n’est pas à propos qu’un religieux, qu’un Arhat exempt de toute faute, entendant cette loi de la bouche du Tathâgata présent devant lui, n’ait pas foi en elle ; car je ne parle pas du [temps où le] Tathâgata [est] entré dans le Nirvâna complet. Pourquoi cela ? C’est qu’au temps et à l’époque où le Tathâgata sera entré dans le Nirvâna complet, les Çrâvakas ne posséderont ni n’exposeront des Sûtras comme celui-ci ; c’est, ô Çâriputtra, sous d’autres Tathâgatas vénérables, etc., qu’ils renonceront à tous leurs doutes touchant ces lois de Buddha. Ayez foi en moi, ô Çâriputtra, ayez confiance en moi, livrez-vous à la réflexion ; car il n’y a pas de parole des Tathâgatas qui soit mensongère. Il n’y a qu’un seul véhicule, ô Çâriputtra, qui est le véhicule des Buddhas.

Ensuite Bhagavat, pour exposer ce sujet plus amplement, prononça dans cette circonstance les stances suivantes :

37. Alors les Religieux et les Religieuses, qui étaient pleins d’orgueil, ainsi que les fidèles des deux sexes privés de foi, au nombre de cinq mille, sans un de moins,

38. Reconnaissant la faute [dont ils étaient coupables], doués comme ils l’étaient d’une instruction imparfaite, se retirèrent pour cacher leurs blessures, parce que leur intelligence était ignorante.

39. Ayant reconnu que ce qu’il y avait de mauvais dans l’assemblée, en avait disparu, le Chef du monde s’écria. Ils n’ont pas la vertu suffisante pour entendre ces lois.

40. Et toutes les âmes ayant de la foi sont restées dans mon assemblée ; toute la partie vaine en est partie ; cette assemblée est formée maintenant de ce qu’il y a de substantiel.

41. Apprends de moi, ô Çârisuta, comment cette loi a été pénétrée entièrement par les Meilleurs des hommes, et comment les Buddhas, Guides [du monde l’]exposent par plusieurs centaines de moyens convenables.

42. Connaissant les dispositions, la conduite et les nombreuses inclinations de tant de kôtis d’êtres vivants en ce monde ; connaissant leurs actions variées et ce qu’ils ont fait autrefois de bonnes œuvres,

43. Je sais, par des interprétations et des motifs de diverses espèces, faire obtenir la loi à ces êtres ; par des raisons [convenables] et par des centaines d’exemples, moi qui suis le Tathâgata, je réjouis toutes les créatures.

44. Je dis des Sûtras et aussi des Stances, des Histoires, des Djâtakas et des Adbhutas ; des sujets de discours avec des centaines de belles similitudes ; je dis des vers faits pour être chantés, et aussi des instructions.

45. Les ignorants passionnés pour des objets misérables, qui n’ont pas appris les règles de la conduite religieuse sous plusieurs kôtis de Buddhas, qui sont enchaînés au monde et qui sont très-malheureux, à ceux-là j’enseigne le Nirvâna.

46. Voilà le moyen qu’emploie l’Être qui existe par lui-même afin de faire comprendre la science des Buddhas ; jamais cependant il ne dirait à ces êtres : «Vous-mêmes, vous deviendrez des Buddhas.»

47. Pour quel motif le Protecteur, après avoir considéré l’époque et reconnu le moment convenable, dit-il ensuite : Voici le moment favorable, moment si rare à rencontrer, pour que j’expose ici la démonstration certaine de ce qui est ?

48. Cette loi formée de neuf parties, qui est la mienne, n’a été expliquée que par la force et l’énergie des êtres ; c’est là le moyen que j’enseigne pour faire entrer [les hommes] dans la science de celui qui est généreux.

49. Et à ceux qui, en ce monde, sont toujours purs, candides, chastes, saints, fils de Buddha, et qui ont rempli leur mission sous plusieurs kôtis de Buddhas, à ceux-là, je dis des Sûtras aux grands développements.

50. Ces Héros sont purs de cœur et de corps ; ils sont doués de compassion. Je leur dis : Vous serez, dans l’avenir, des Buddhas bons et compatissants.

51. Et [m’]ayant entendu, tous s’épanouissent de joie ; nous serons, [disent-ils,] des Buddhas, Chefs du monde. Et moi, connaissant leur conduite, j’explique de nouveau des Sûtras aux grands développements.

52. Et ceux-là sont les Çrâvakas du Chef, qui ont entendu cet enseignement suprême qui est le mien ; une seule stance entendue ou comprise suffit sans aucun doute pour les conduire tous à l’état de Buddha.

53. Il n’y a qu’un véhicule, il n’en existe pas un second ; il n’y en a pas non plus un troisième, quelque part que ce soit dans le monde, sauf le cas où, employant les moyens [dont ils disposent], les Meilleurs des hommes enseignent qu’il y a plusieurs véhicules.

54. C’est pour expliquer la science des Buddhas que le Chef du monde naît dans le monde ; les Buddhas n’ont, en effet, qu’un seul but, et n’en ont pas un second ; ils ne transportent pas [les hommes] dans un véhicule misérable.

55. Là où est établi l’Être existant par lui-même, et ceux qui sont Buddhas, quels qu’ils soient et de quelque manière qu’ils existent, là où sont les forces, les contemplations, les délivrances, la perfection des sens, c’est en cet endroit-là même que le Chef établit les créatures.

56. Il y aurait, de ma part, égoïsme si, après avoir touché à l’état de Bôdhi, à cet état éminent et exempt de passion, je plaçais, ne fût-ce qu’une seule créature, dans un véhicule misérable ; cela ne serait pas bien à moi.

57. Il n’existe pas en moi la moindre trace d’égoïsme, non plus que de jalousie, ni de concupiscence, ni de désir ; toutes mes lois sont exemptes de pêché : c’est à cause de cela qu’au jugement de l’univers je suis Buddha.

58. C’est ainsi que, paré des [trente-deux] signes [de beauté], illuminant la totalité de cet univers, vénéré par plusieurs centaines d’êtres vivants, je montre l’empreinte de la propre nature de la loi.

59. C’est ainsi que je pense, ô Çâriputtra, aux moyens de faire que tous les êtres portent sur leur corps les trente-deux signes [de beauté], qu’ils deviennent brillants de leur propre éclat, qu’ils connaissent le monde, et qu’ils soient des Êtres existants par eux-mêmes.

60. Et selon que je vois, et selon que je pense, et selon que ma détermination a été prise antérieurement, l’objet de ma prière est complètement atteint, et j’explique ce que sont les Buddhas et ce qu’est l’état de Bôdhi.

61. Et si, ô Çâriputtra, je disais aux créatures : "Produisez en vous-mêmes le désir de l’état de Buddha," les créatures ignorantes, troublées par ce langage, ne comprendraient jamais ma bonne parole.

62. Et moi, connaissant qu’elles sont ainsi, et qu’elles n’ont pas, dans leurs existences antérieures, observé les règles de la conduite religieuse, [je me dis : ] Les créatures sont passionnées pour les qualités du désir, elles [y] sont attachées ; troublées par la passion, elles ont l’esprit égaré par l’ignorance.

63. Elles tombent, sous l’influence du désir, dans la mauvaise voie, souffrant dans les six routes [de l’existence] ; et elles vont à plusieurs reprises peupler les cimetières, tourmentées par la douleur, ayant peu de vertu.

64. Retenues dans les défilés de l’hérésie, disant : "Il est ; il n’est pas ; il est et n’est pas ainsi ; " accordant leur confiance aux opinions des soixante-deux [fausses] doctrines, elles restent attachées à une existence qui est sans réalité.

65. Pleins de souillures dont ils ne peuvent aisément se purifier, orgueilleux, hypocrites, faux, menteurs, ignorants, insensés, les êtres restent pendant des milliers de kôtis d’existences, sans entendre jamais la bonne voix d’un Buddha.

66. A ceux-là, ô Çâriputtra, j’indique un moyen : "Mettez fin à la douleur ; voyant les êtres tourmentés par la douleur, alors je leur montre le Nirvâna.

67. C’est ainsi que j’expose toutes les lois qui sont perpétuellement affranchies, qui sont dès le principe parfaitement pures ; et le fils de Buddha, ayant accompli les devoirs de la conduite religieuse, deviendra Djina dans une vie à venir.

68. C’est là un effet de mon habileté dans l’emploi des moyens, que j’enseigne trois véhicules ; car il n’y a qu’un seul véhicule et qu’une seule conduite, et il n’y a non plus qu’un seul enseignement des Guides [du monde].

69. Repousse l’incertitude et le doute, [dis-je] à ceux, quels qu’ils soient, en qui naît quelque incertitude à ce sujet ; les Guides du monde ne parlent pas contre la vérité ; c’est là l’unique véhicule, il n’y en a pas un second.

70. Et les anciens Tathâgatas, ces Buddhas parvenus au Nirvâna complet, au nombre de plusieurs milliers, dans des existences antérieures, à la distance d’un Kalpa incommensurable, le calcul n’en peut être fait.

71. Tous ces personnages, qui étaient les Meilleurs des hommes, ont exposé les lois qui sont très-pures, au moyen d’exemples, de raisons, de motifs, et par l’habile emploi de plusieurs centaines de moyens.

72. Et tous ont enseigné un véhicule unique, et tous on fait entrer dans cet unique véhicule, ils ont conduit à leur maturité, dans ce véhicule unique, d’incroyables milliers de kôtis d’êtres vivants.

73. Mais il y a d’autres moyens variés, appartenant aux Djinas, par lesquels le Tathâgata, qui connaît les inclinations et les pensées [des êtres], enseigne cette loi suprême dans le monde réuni aux Dêvas.

74. Et tous ceux qui, dans ce monde, entendent la loi, ou l’ont entendue de la bouche des Sugatas ; ceux qui ont exercé l’aumône, pratiqué les devoirs de la vertu et observé avec patience toutes les règles de la conduite religieuse ;

75. Ceux qui ont rempli les obligations de la contemplation et de l’énergie ; ceux qui ont réfléchi aux lois, à l’aide de la sagesse ; ceux par qui ont été accomplis les divers actes de vertu, tous ces êtres sont devenus possesseurs de l’état de Buddha.

76. Et les êtres, quels qu’ils soient, qui ont existé sous l’enseignement de ces Djinas, parvenus au Nirvâna complet, ces êtres patients, dociles et convertis, sont tous devenus possesseurs de l’état de Buddha.

77. Et ceux aussi qui rendent un culte aux reliques de ces Djinas parvenus au Nirvâna complet, qui construisent plusieurs milliers de Stûpas faits de substances précieuses, d’or, d’argent et aussi de cristal ;

78. Et ceux qui font des Stûpas de diamant, et ceux qui en font de pierres précieuses et de perles, des plus beaux lapis-lazulis, ou de saphir, tous ceux-là sont devenus possesseurs de l’état de Buddha.

79. Et ceux aussi qui font des Stûpas de pierres, ceux qui en font de bois de santal et d’aloès ; ceux qui font des Stûpas avec le bois du pin, et ceux qui en font avec des monceaux de bois ;

80. Ceux qui, pleins de joie, construisent pour les Djinas des Stûpas faits de briques et d’argile accumulée ; ceux qui font dresser dans les bois et sur les montagnes des monceaux de poussière à l’intention des Buddhas ;

81. Les jeunes enfants aussi qui, dans leurs jeux, ayant l’intention d’élever des Stûpas pour les Djinas, font çà et là de ces édifices en sable, tous ceux-là aussi sont devenus possesseurs de l’état de Buddha.

82. De même, ceux qui ont fait faire avec intention des images [de Buddhas] en pierreries, portant les trente-deux signes [de beauté], tous ceux-là aussi sont devenus possesseurs de l’état de Buddha.

83. Ceux qui ont fait faire ici des images de Sugatas, en employant soit les sept substances précieuses, soit le cuivre, soit le bronze, tous ceux-là sont devenus possesseurs de l’état de Buddha.

84. Ceux qui ont fait faire des statues de Sugatas de plomb, de fer ou de terre ; ceux qui en ont fait faire de belles représentations en ouvrages de maçonnerie, tous ceux-là sont devenus possesseurs de l’état de Buddha.

85. Ceux qui peignent, sur les murs, des images [de Sugatas], avec tous leurs membres parfaitement représentés, avec leurs cent signes de vertu, soit qu’ils les tracent eux-mêmes, soit qu’ils les fassent tracer, tous ceux-là sont devenus possesseurs de l’état de Buddha.

86. Et ceux mêmes, quels qu’ils soient, qui, recevant ici l’instruction et repoussant la volupté, ont fait avec leurs ongles ou avec un morceau de bois des images [de Sugatas], tous ceux-là sont devenus possesseurs de l’état de Buddha.

87. Les hommes ou les jeunes gens [qui ont fait de ces images] sur les murs, sont tous devenus compatissants, et tous ils ont sauvé des kôtis de créatures, convertissant beaucoup de Bôdhisattvas.

88. Ceux par qui des fleurs et des parfums ont été offerts aux reliques des Tathâgatas, à leurs Stûpas, à leurs statues d’argile, à un Stûpa qui a été tracé sur le mur, ou même à un Stûpa de sable ;

89. Ceux qui ont fait retentir les instruments de musique, les tambours, les conques, les grandes caisses qui font beaucoup de bruit, et ceux qui ont frappé les timbales pour rendre un culte aux sages qui possèdent l’excellent et suprême état de Bôdhi ;

90. Et les hommes qui ont fait résonner les Vînâs, les plaques de cuivre, les timbales, les tambours d’argiles, les flûtes, les petits tambours agréables, ceux qui ne servent que pour une fête et ceux qui sont très-doux, tous ces hommes sont devenus possesseurs de l’état de Buddha.

91. Ceux qui, dans l’intention de rendre un culte aux Sugatas, ont fait sonner des cymbales de fer, qui ont battu l’eau, frappé dans leurs mains ; ceux qui ont fait entendre un chant doux et agréable,

92. Ceux qui ont rendu aux reliques [des Buddhas] ces hommages divers, sont devenus des Buddhas dans le monde ; il y a plus, pour n’avoir fait même que peu de chose en l’honneur des reliques des Sugatas, pour n’avoir fait résonner qu’un seul instrument de musique,

93. Pour avoir fait le Pûdjâ, ne fût-ce qu’avec une seule fleur, pour avoir tracé sur un mur l’image des Sugatas, pour avoir fait le Pûdjâ, même avec distraction, ils verront successivement des kôtis de Buddhas.

94. Ceux qui ont fait ici, en face d’un Stûpa, la présentation respectueuse des mains, soit complète, soit d’une seule main ; ceux qui ont courbé la tête un seul instant, et fait une seule inclination de corps ;

95. Ceux qui, en présence de ces édifices qui renferment des reliques [des Sugatas], ont dit une seule fois : «Adoration à Buddha !» et qui l’ont fait sans même y apporter beaucoup d’attention, tous ceux-là sont entrés en possession de cet excellent et suprême état de Bôdhi.

96. Les créatures qui, au temps de ces [anciens] Sugatas, soit qu’ils fussent déjà entrés dans le Nirvâna complet, soit qu’ils vécussent encore, n’ont fait qu’entendre le seul nom de la loi, ont toutes acquis la possession de l’état de Buddha.

97. Beaucoup de kôtis de Buddhas futurs, que l’intelligence ne peut concevoir et dont la mesure n’existe pas, tous Djinas et excellents Chefs du monde, mettront au jour le moyen [dont je fais usage].

98. Elle sera infinie l’habileté de ces Guides du monde dans l’emploi des moyens, cette habileté par laquelle ils convertiront ici des kôtis d’êtres vivants à cet état de Buddha, à cet état de science, à cet état exempt d’imperfections.

99. Une seule créature ne pourra jamais devenir Buddha, pour avoir [seulement] entendu la loi de leur bouche ; telle est en effet la prière des Tathâgatas, «Puissé-je, après avoir rempli les devoirs de la conduite religieuse pour arriver à l’état de Buddha, puissé-je les faire remplir aux autres !»

100. Ces Buddhas enseigneront dans l’avenir plusieurs milliers d’introductions à la loi ; parvenus à la dignité de Tathâgata, ils exposeront la loi en montrant ce véhicule unique.

101. La règle de la loi est perpétuellement stable, et la nature de ses conditions est toujours lumineuse ; les Buddhas, qui sont les Meilleurs des hommes, après l’avoir reconnue, enseigneront l’unique véhicule, qui est le mien,

102. Ainsi que la stabilité de la loi, et sa perfection qui subsiste perpétuellement dans le monde sans être ébranlée ; et les Buddhas enseigneront l’état de Bôdhi, jusqu’au centre de la terre, en vertu de leur habileté dans l’emploi des moyens [dont ils disposent].

103. Dans les dix points de l’espace, il existe, aussi nombreux que les sables du Gange, des Buddhas vénérés par les hommes et par les Dêvas ; c’est pour rendre heureux tous les êtres, qu’ils exposent en ce monde l’état suprême de Bôdhi qui m’appartient.

104. Développant leur habileté dans l’emploi des moyens, montrant divers véhicules, les Buddhas enseignent aussi le véhicule unique, ce domaine excellent et calme.

105. Et connaissant la conduite de tous les êtres, ce qu’ils ont pensé, ce qu’ils ont recherché jadis, connaissant leur force et leur énergie ainsi que leurs inclinations, ils mettent [tout cela] en lumière.

106. Ces Guides [du monde] produisent, par la force de leur science, beaucoup de raisons et d’exemples, et beaucoup de motifs ; et reconnaissant que les êtres ont des inclinations diverses, ils emploient diverses démonstrations.

107. Et moi aussi, moi qui suis le Guide des rois des Djinas, afin de rendre heureuses les créatures qui sont nées en ce monde, j’enseigne cet état de Buddha par des milliers de kôtis de démonstrations variées.

108. Je montre aussi la loi sous ses nombreuses formes, connaissant les inclinations et les pensées des êtres vivants ; je [les] réjouis par divers moyens ; c’est là la force de ma science personnelle.

109. Et moi aussi je vois les créatures misérables, complétement privées de science et de vertu, tombées dans le monde, enfermées dans des passages impraticables, plongées dans des douleurs qui se succèdent sans relâche.

110. Enchaînées par la concupiscence comme par la queue du Yak, perpétuellement aveuglées en ce monde par les désirs, elles ne recherchent pas le Buddha, dont la puissance est grande ; elles ne recherchent pas la loi, qui fait arriver la fin de la douleur.

111. Dans les six voies [de l’existence où elles se trouvent], n’ayant qu’une intelligence imparfaite, obstinément attachées aux doctrines hétérodoxes, éprouvant malheurs sur malheurs, elles m’inspirent une vive compassion.

112. Connaissant [tout cela] en ce monde, dans la pure essence de l’état de Bôdhi au sein duquel je reste trois fois sept jours entiers, je réfléchis aux objets de ce genre, les regards fixés sur l’arbre [sous lequel je suis assis].

113. Et je regarde sans fermer les yeux ce roi des arbres, et je me promène dans son voisinage ; [je contemple] cette science merveilleuse, éminente, et ces êtres ignorants qui sont aveuglés par l’erreur.

114. Et alors viennent pour m’interroger Brahmâ, Çakra et les quatre Gardiens du monde, Mahêçvara, Îçvara et les troupes des Maruts par milliers de kôtis,

115. Ayant tous les mains jointes et l’extérieur respectueux ; et moi je réfléchis aux moyens d’atteindre mon but, et je fais l’éloge de l’état de Buddha ; mais ces créatures sont opprimées par [mille] maux.

116. Ces êtres ignorants, [me dis-je,] vont mépriser la loi que je leur exposerai, et, après l’avoir méprisée, ils tomberont dans les lieux de châtiment ; il vaudrait mieux pour moi ne jamais parler. Puisse avoir lieu aujourd’hui même mon paisible anéantissement !

117. Et me rappelant les anciens Buddhas, et quelle était leur habileté dans l’emploi des moyens, [je dis :] «Puissé-je, moi aussi, après avoir joui de cet état de Buddha, puissé-je l’exposer trois fois en ce monde !»

118. C’est ainsi que cette loi est l’objet de mes réflexions ; et les autres Buddhas des dix points de l’espace, qui me laissent voir en ce moment leur propre corps, font entendre tous ensemble cette exclamation : «C’est bien !»

119. «Bien, solitaire ! ô toi le premier des Guides du monde ; après avoir pénétré ici la science, à laquelle rien n’est supérieur, réfléchissant à l’habile emploi des moyens [convenables], tu reproduis l’enseignement des Guides du monde.

120. Et nous aussi, nous qui sommes des Buddhas, après avoir fait une triple division de cet objet suprême, puissions-nous le faire comprendre ! car les hommes ignorants, dont les inclinations sont misérables, ne nous croiraient pas [si nous leur disions] : Vous serez des Buddhas.

121. Puissions-nous, faisant un habile emploi des moyens [convenables], en réunissant [tous] les motifs, [et] en parlant du désir [qu’on doit avoir] d’une récompense, puissions-nous convertir beaucoup de Bôdhisattvas !»

122. Et moi, en ce moment, je suis rempli de joie, après avoir entendu la voix agréable des Chefs des hommes ; l’esprit satisfait, je dis à ces Protecteurs : «Les chefs des grands Richis ne parlent pas en vain.

123. Et moi aussi, j’exécuterai ce qu’ont ordonné les sages, Guides du monde.» Et moi aussi, j’ai été agité dans ce monde terrible, après y être né au milieu de la dégradation des créatures.

124. Ensuite, ô Çârisuta, ayant ainsi reconnu [la vérité], je suis parti dans ce temps-là pour Bénarès ; là, j’ai exposé à cinq solitaires, à l’aide d’un moyen convenable, la loi qui est la terre de la quiétude.

125. J’ai fait ensuite tourner la roue de la loi, et le nom de Nirvâna a été [entendu] dans le monde, aussi bien que le nom d’Arhat et celui de Dharma ; le nom d’Assemblée y a été alors [entendu] aussi.

126. Je parle pendant un grand nombre d’années, et je fais voir la terre du Nirvâna : «Voici, [m’écrié-je,] le terme du malheur du monde ;» c’est ainsi que je m’exprime continuellement.

127. Et au moment, ô Çâriputtra, où j’ai vu des fils des Meilleurs des hommes arrivés à l’excellent et suprême état de Bôdhi, nombreux comme des milliers infinis de kôtis,

128. Qui, s’étant approchés de moi, sont restés en ma présence les mains jointes et l’extérieur respectueux, et qui ont entendu la loi des Djinas, grâce à l’habile emploi des nombreux et divers moyens [dont ces Djinas disposent] ;

129. Alors cette réflexion s’est immédiatement présentée à mon esprit : «Voici pour moi le moment d’enseigner la loi excellente ; j’expose en ce lieu cet état suprême de Bôdhi, pour lequel je suis né ici dans le monde.

130. «Cela sera aujourd’hui difficile à croire pour les hommes dont l’intelligence ignorante s’imagine voir ici un prodige, pour les hommes remplis d’orgueil et qui ne savent rien ; mais ces Bôdhisattvas entendront.»

131. Et moi qui suis plein d’intrépidité, satisfait alors, renonçant complétement à toute réticence, je parle au milieu des fils de Sugata, et je les convertis entièrement à l’état de Buddha.

132. Et après avoir vu de tels fils de Buddha, «Pour toi aussi, [m’écrié-je,] toute incertitude sera dissipée,» et ces douze cents [auditeurs] exempts de péché deviendront tous des Buddhas dans le monde.

133. Quel est le nombre de ces anciens Protecteurs et la condition des Djinas qui viendront dans l’avenir ? Ce sujet a cessé de faire l’objet de mes réflexions ; aussi vais-je te l’exposer aujourd’hui tel qu’il est.

134. Dans certains temps, dans certains lieux, et pour une certaine cause, a lieu dans le monde l’apparition des Héros des hommes ; dans certains temps, celui dont la vue est infinie, étant né dans le monde, expose une pareille loi.

135. Elle est bien difficile à obtenir, cette loi suprême, même pendant la durée de dix mille kôtis de Kalpas ; elles sont bien difficiles à trouver, les créatures qui, après l’avoir entendue, ajoutent foi à cette loi suprême.

136. Tout de même que la fleur de l’Udumbara est difficile à rencontrer, qu’elle paraît dans certains temps, dans certains lieux, et d’une manière quelconque, et que c’est pour le monde quelque chose d’agréable à voir, quelque chose de merveilleux pour le monde réuni aux Dêvas ;

137. [De même] je dis que c’est une plus grande merveille encore que celui qui, après avoir entendu la loi bien exposée, en éprouverait de la satisfaction, dût-il n’en prononcer même qu’un seul mot ; par là serait rendu un culte à tous les Buddhas.

138. Renonce à l’incertitude et au doute sur ce sujet ; moi qui suis le roi de la loi, je fais connaître mon intention : je convertis à l’état suprême de Bôdhi ; [mais] je n’ai ici aucuns Çrâvakas.

139. Que cela soit un secret pour toi, ô Çâriputtra, ainsi que pour tous ceux qui [seront] mes Çrâvakas ; que ces hommes éminents aussi, qui sont Bôdhisattvas, gardent complétement ce secret.

140. Pourquoi, au temps des cinq imperfections, les créatures en ce monde deviennent-elles viles, méchantes, et aveuglées par la concupiscence ? Pourquoi leur intelligence est-elle ignorante, et pourquoi n’existe-t-il en elles aucune pensé pour l’état de Buddha ?

141. Les créatures pleines de folie, qui apprenant que ce véhicule unique, qui est le mien, a été mis au jour par ces [anciens] Djinas, oseront dans l’avenir mépriser les Sûtras, iront dans l’Enfer.

142. Mais les êtres purs et pleins de pudeur qui sont parvenus à l’état excellent et suprême de Bôdhi, je leur fais, moi qui suis intrépide, des éloges sans fin de ce véhicule unique.

143. C’est là l’enseignement des Guides [du monde] ; c’est là l’excellente habileté dans l’emploi des moyens, qu’ils ont exposée dans beaucoup de paraboles, car cela est difficile à comprendre pour ceux qui ne sont pas instruits.

144. C’est pourquoi, après avoir compris le langage énigmatique des Buddhas, de ces Protecteurs qui sont les Maîtres du monde, après avoir renoncé à l’incertitude et au doute, vous serez des Buddhas, ressentez-en de la joie.

CHAPITRE III.
LA PARABOLE.

Alors le respectable Çâriputtra, satisfait en ce moment, ravi, l’âme transportée, plein de joie, rempli de contentement et de plaisir, ayant dirigé ses mains jointes en signe de respect du côté où était assis Bhagavat, tenant ses yeux fixés sur lui, lui adressa ces paroles : J’éprouve de l’étonnement, de la surprise, ô Bhagavat ; j’éprouve de la satisfaction en entendant ce discours de la bouche de Bhagavat. Pourquoi cela ? C’est que n’ayant pas entendu jusqu’à présent cette loi en présence de Bhagavat, voyant d’autres Bôdhisattvas et entendant parler de Bôdhisattvas qui auront le nom de Buddhas dans l’avenir, j’éprouve un chagrin extrême, une vive douleur, en songeant que je suis déchu de cet objet qui est la science des Tathâgatas, qui est la vue de la science. Et quand, ô Bhagavat, je recherche sans relâche, pour m’y arrêter pendant le jour, les montagnes, les cavernes des montagnes, les forêts immenses, les ermitages, les fleuves et les troncs des arbres solitaires, alors même, ô Bhagavat, je me retrouve toujours avec cette même pensée : «En nous introduisant dans le domaine des lois semblables [à nous], Bhagavat nous a fait sortir à l’aide d’un véhicule misérable.» Aussi, ô Bhagavat, cette pensée se présente-t-elle alors à moi : c’est sans doute notre faute, la faute n’en est pas à Bhagavat. Pourquoi cela ? C’est que si Bhagavat était l’objet de notre attention, quand il expose l’enseignement le plus élevé de la loi, c’est-à-dire quand il commence à parler de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, nous serions introduits dans les lois mêmes [qu’il enseigne]. Mais, ô Bhagavat, parce que, sans comprendre le langage énigmatique de Bhagavat, nous avons, pleins d’empressement, et quand les Bôdhisattvas n’étaient pas rassemblés [autour de Bhagavat], entendu la première exposition de la loi du Tathâgata qui ait été faite ; parce que nous l’avons recueillie, comprise, conçue, méditée, examinée, fixée dans notre esprit, je ne cesse, à cause de cela, de passer les jours et les nuits à m’en adresser des reproches. [Mais] aujourd’hui, ô Bhagavat, j’ai acquis le Nirvâna ; aujourd’hui, ô Bhagavat, je suis devenu calme ; aujourd’hui, ô Bhagavat, je suis en possession du Nirvâna complet ; aujourd’hui, ô Bhagavat, j’ai acquis l’état d’Arhat ; aujourd’hui, je suis le fils aîné de Bhagavat, son fils chéri, né de sa bouche, né de la loi, transformé par la loi, héritier de la loi, perfectionné par la loi. Je suis débarrassé de tout chagrin, maintenant que j’ai entendu de la bouche de Bhagavat le son de cette loi merveilleuse que je n’avais pas entendue auparavant.

Ensuite le respectable Çâriputtra adressa dans cette circonstance les stances suivantes à Bhagavat :

1. Je suis frappé d’étonnement, ô grand Chef, je suis rempli de satisfaction, depuis que j’ai entendu ce discours ; il ne reste plus en moi aucune espèce d’incertitude : je suis mûri en ce monde pour le suprême véhicule.

2. La voix des Sugatas est merveilleuse ; elle dissipe l’incertitude et le chagrin des créatures ; et pour moi, qui suis exempt de toute faute, ma peine tout entière a disparu depuis que j’ai entendu cette voix.

3. Quand je reste, en effet, assis pendant le jour, ou que je parcours les forêts immenses, les ermitages et les troncs des arbres, recherchant même les cavernes des montagnes, je suis exclusivement occupé des réflexions suivantes.

4. Hélas ! je suis égaré par les pensées pécheresses, au milieu des lois semblables [à moi], exemptes d’imperfections, puisque certainement je n’exposerai pas au temps à venir la loi excellente, dans la réunion des trois mondes.

5. Les trente-deux signes [de beauté] n’existent pas pour moi, non plus que les perfections telles que celle d’avoir la couleur et l’éclat de l’or. Les énergies et les affranchissements ont aussi entièrement disparu pour moi. Hélas ! je suis égaré dans les lois semblables [à moi].

6. Et les signes secondaires [de beauté] qui distinguent les grands solitaires, signes qui sont au nombre de quatre-vingts, qui sont supérieurs, distingués, et les lois homogènes, au nombre de dix-huit, tout cela a disparu pour moi. Hélas ! je suis trompé !

7. Et après t’avoir vu, ô toi qui es bon et compatissant pour le monde, assis alors pendant le jour et retiré à l’écart, «Hélas ! pensé-je, je suis abusé par la science absolue et qui échappe au raisonnement !»

8. Je passe, Seigneur, le jour et la nuit constamment occupé de ces seules pensées ; aussi ne te demandé-je, ô Bhagavat, que cette seule chose : Suis-je déchu, ou ne le suis-je pas ?

9. C’est ainsi, ô Chef des Djinas, que les nuits et les jours s’écoulent constamment pour moi au milieu de ces réflexions ; et après avoir vu beaucoup d’autres Bôdhisattvas qui ont été loués par le Guide du monde,

10. Après avoir entendu cette loi des Buddhas, «Oui, [me dis-je,] ce langage est énigmatique ; le Djina, dans la pure essence de l’état de Bôdhi, enseigne une science supérieure au raisonnement, subtile et parfaite.»

11. Autrefois j’étais attaché aux doctrines hétérodoxes, j’étais estimé des mendiants et des Tîrthakas ; alors le Chef, connaissant mes dispositions, [me] parla du Nirvâna pour m’affranchir des fausses doctrines.

12. Après m’être complètement dégagé des opinions des fausses doctrines, et avoir touché aux lois du vide, je reconnais que je suis arrivé au Nirvâna ; et cependant cela ne s’appelle pas le Nirvâna !

13. Mais quand [un homme] devient Buddha, qu’il devient le premier des êtres, qu’il est honoré par les hommes, les Maruts, les Yakchas et les Râkchasas, que son corps porte l’empreinte des trente-deux signes [de beauté], c’est alors qu’il est complètement arrivé au Nirvâna.

14. Après avoir renoncé à toutes ces pensées orgueilleuses, et avoir entendu tes paroles, j’ai atteint aujourd’hui le Nirvâna, alors qu’en présence du monde réuni aux Dêvas, tu m’as eu prédit que je parviendrais à l’état suprême de Bôdhi.

15. Une grande terreur s’est emparée de moi, au moment où j’ai entendu pour la première fois la parole du Chef : «Ne serait-ce pas, [me disais-je,] Mâra le méchant, qui aurait pris sur la terre le déguisement d’un Buddha ?»

16. Mais lorsque, démontré par des raisons, par des motifs et par des myriades de kôtis d’exemples, cet excellent état de Bôdhi a été bien établi, mon incertitude a cessé, après que j’ai eu entendu la loi.

17. Mais puisque des milliers de kôtis de Buddhas victorieux et parvenus au Nirvâna complet, m’ont instruit, et que la loi a été enseignée par eux, grâce à leur habileté dans l’emploi des moyens [dont ils disposent] ;

18. Et puisque beaucoup de Buddhas qui paraîtront dans le monde, et d’autres qui, pénétrant la vérité suprême, existent aujourd’hui, puisque ces Buddhas, dis-je, enseigneront et enseignent la loi par mille moyens dont ils connaissent l’habile emploi ;

19. Et puisque tu as clairement expliqué ta conduite religieuse telle qu’elle est, depuis le moment où tu es sorti [de la maison], puisque tu as connu ce que c’est que la roue de la loi, et que l’enseignement de la loi a été établi par toi, conformément à la vérité ;

20. Je reconnais alors [ce qui suit] : "Non, celui-là n’est pas Mâra ; c’est le "Chef du monde qui a enseigné la véritable conduite religieuse ; en effet, ce n’est pas ici la voie des Mâras." Voilà le doute qui s’était emparé de mon esprit.

21. Mais à peine ai-je été rempli de joie par la voix douce, profonde et agréable du Buddha, qu’aussitôt ont disparu tous mes doutes et que mon incertitude a été détruite ; je suis [maintenant] dans la science.

22. Sans aucun doute, je serai un Tathâgata vénéré dans le monde réuni aux Dêvas ; j’exposerai aux créatures cet état de Buddha, en y convertissant beaucoup de Bôdhisattvas.

Cela dit, Bhagavat parla ainsi à Çâriputtra : Je vais te témoigner mon affection, ô Çâriputtra, je vais t’instruire, en présence de ce monde comprenant la réunion des Dêvas, des Mâras et des Brahmâs, en présence des créatures formées de l’ensemble des Çramanas et des Brahmanes. Oui, Çâriputtra, tu as été mûri par moi pour l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, sous les yeux de vingt fois cent mille myriades de kôtis de Buddhas ; et tu as, Çâriputtra, reçu longtemps l’instruction sous mes ordres. Par l’effet des conseils du Bôdhisattva, par l’effet du secret du Bôdhisattva, tu es né dans ce monde afin d’assister à mon enseignement. Ne te rappelant, ô Çâriputtra, ni l’ancienne prière que, grâce à la bénédiction du Bôdhisattva, tu as adressée pour suivre la loi, ni les conseils du Bôdhisattva, ni son secret, tu te dis : Je suis parvenu au Nirvâna complet. Pour moi, Çâriputtra, désireux de réveiller en toi le souvenir et la connaissance de l’ancienne prière que tu as adressée pour suivre la loi, j’exposerai aux Çrâvakas le Sûtra nommé le Lotus de la bonne loi, ce Sûtra où est expliquée la loi, qui contient de grands développements, [etc., comme ci-dessus, f. i3 b.]

Mais de plus, ô Çâriputtra, tu renaîtras de nouveau dans l’avenir, au bout d’un nombre immense de Kalpas inconcevables, incommensurables ; après avoir possédé la bonne loi de plusieurs fois cent mille myriades de kôtis de Tathâgatas, après leur avoir rendu des hommages nombreux et divers, après avoir rempli les devoirs qu’impose la conduite d’un Bôdhisattva ; tu seras dans le monde le Tathâgata nommé Padmaprabha, vénérable, etc., doué de science et de conduite, heureusement parti, connaissant le monde, sans supérieur, domptant l’homme comme un cocher [dompte ses chevaux], précepteur des Dêvas et des hommes, bienheureux, Buddha.

Dans ce temps, ô Çâriputtra, la terre de Buddha de ce bienheureux Tathâgata Padmaprabha se nommera Viradja ; elle sera unie, agréable, bonne, belle à voir, parfaitement pure, florissante, étendue, salubre, fertile, couverte de nombreuses troupes d’hommes et de femmes, pleine de Maruts, reposant sur un fonds de lapis-lazuli. On y verra des enceintes tracées en forme de damiers, avec des cordes d’or ; et dans ces enceintes tracées en forme de damiers, il y aura des arbres de diamant. Cette terre sera perpétuellement couverte de fleurs et de fruits, formés des sept substances précieuses.

Le Tathâgata Padmaprabha, ô Çâriputtra, vénérable, etc., commençant par les trois véhicules, enseignera la loi. Bien plus, ô Çâriputtra, ce Tathâgata ne naîtra pas au temps où le Kalpa dégénère ; mais il enseignera la loi par la force de son ancienne prière. Le Kalpa [où il paraîtra], ô Çâriputtra, se nommera Mahâratfiapratimandita, [c’est-à-dire Embelli par de grands joyaux.] Comment comprends-tu cela, ô Çâriputtra, et pourquoi ce Kalpa se nomme-t-il Embelli par de grands joyaux ? Dans une terre de Buddha, ô Çâriputtra, les Bôdhisattvas se nomment Ratna (joyaux). Or dans ce temps, dans cet univers nommé Viradja, les Bôdhisattvas seront en grand nombre ; ils seront incommensurables, innombrables, inconcevables, dépassant toute comparaison, toute mesure et tout nombre, à l’exception toutefois du nombre des Tathâgatas. C’est pour cette raison que ce Kalpa se nommera Embelli par de grands joyaux.

Or dans ce temps, ô Çâriputtra, les Bôdhisattvas de cette terre de Buddha se lèveront, pour marcher, de dessus des lotus de diamant. Ces Bôdhisattvas ne seront pas de ceux qui se livrent pour la première fois aux œuvres ; ils seront riches en principes de vertus accomplies pendant longtemps, instruits dans les devoirs de la conduite religieuse sous plusieurs centaines de mille de Buddhas, loués par les Tathâgatas, appliqués à acquérir la science des Buddhas, créés par la pratique habile des grandes connaissances surnaturelles, accomplis dans la direction de toutes les lois, bons, doués de mémoire. Cette terre de Buddha, ô Çâriputtra sera ordinairement remplie de Bôdhisattvas de cette espèce.

La vie du Tathâgata Padmaprabha, ô Çâriputtra, sera de douze moyens Kalpas, en laissant de côte le temps pendant lequel il aura été Kumâra. La vie des créatures [qui existeront de son temps] sera de huit moyens Kalpas. Le Tathâgata Padmaprabha, ô Çâriputtra, à la fin de ces douze moyens Kalpas, après avoir prédit au Bôdhisattva Mahâsattva nommé Dhrîtiparipûrna qu’il parviendrait à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, entrera dans le Nirvâna complet. Ce Bôdhisattva Mahâsattva nommé Dhrîtiparipûrna, ô Religieux, [dira le Tathâgata,] parviendra immédiatement après moi à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Il sera, dans le monde, le Tathâgata nommé Padmavrîchabhavikrâmin, vénérable, etc., doué de science et de conduite, etc. La terre de Buddha du Tathâgata Padmavrîchabhavikrâmin sera, ô Çâriputtra, de la même espèce [que celle de Padmaprabha]. La bonne loi du Tathâgata Padmaprabha parvenu au Nirvâna complet, subsistera, ô Çâriputtra, pendant trente-deux moyens Kalpas. Ensuite, quand cette loi du Tathâgata sera épuisée, l’image de cette bonne loi durera encore trente-deux moyens Kalpas.

Ensuite Bhagavat prononça dans cette circonstance les stances suivantes :

23. Et toi aussi, ô Çâriputtra, tu seras, dans une vie à venir, un Tathâgata, un Djina nommé Padmaprabha, doué d’une vue parfaite ; tu disciplineras des milliers de kôtis d’êtres vivants.

24. Après avoir rendu un culte à plusieurs kôtis de Buddhas et avoir acquis, sous leur direction, l’énergie de la conduite religieuse ; après avoir produit les dix forces, tu toucheras à l’excellent et suprême état de Bôdhi.

25. Dans un temps inconcevable, incommensurable, aura lieu un Kalpa où domineront les joyaux ; alors existera un monde nommé Viradja ; ce sera la pure terre du Meilleur des hommes.

26. Cette terre reposera sur le lapis-lazuli ; elle sera ornée de cordes d’or, et produira des centaines d’arbres de diamant, beaux et couverts de fleurs et de fruits.

27. Là, beaucoup de Bôdhisattvas, doués de mémoire et parfaitement habiles dans l’exposition de la conduite religieuse, parce qu’ils y auront été instruits sous des centaines de Buddhas, viendront au monde dans cette terre.

28. Et le Djina, à l’époque de sa dernière existence, après avoir franchi le degré de Kumâra, après avoir vaincu la concupiscence et être sorti [de la maison], touchera à l’excellent et suprême état de Bôdhi.

29. La durée de la vie du Djina sera de douze moyens Kalpas, et la vie des hommes sera, de son temps, de huit moyens Kalpas. Lorsque le Djina sera entré dans le Nirvâna complet, sa bonne loi durera en ce temps pendant trente-deux moyens Kalpas entiers, pour l’utilité du monde réuni aux Dêvas.

31. Lorsque sa bonne loi sera épuisée, l’image en durera encore pendant trente-deux moyens Kalpas. Les lieux où seront distribuées les reliques du Protecteur seront constamment honorés par les hommes et par les Maruts.

32. C’est ainsi qu’il sera un Bienheureux. Sois rempli de joie, ô Çârisuta ! car c’est toi-même qui deviendras le Meilleur des hommes, qui est sans supérieur.

Ensuite les quatre assemblées des Religieux et des fidèles de l’un et de l’autre sexe, les cent milliers de Dêvas, de Nâgas, de Yakchas, de Gandharvas, d’Asuras, de Garudas, de Kinnaras, de Mahôragas, d’hommes et d’êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine, ayant entendu de la bouche de Bhagavat la prédiction que le respectable Çâriputtra parviendrait un jour à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, satisfaits alors, ravis, l’âme transportée, pleins de joie, remplis de contentement et de plaisir, couvrirent chacun Bhagavat des vêtements qu’ils portaient. Et Çakra, l’Indra des Dêvas, et Brahmâ, le chef de l’univers Saha, et plusieurs fois dix millions de centaines de mille d’autres fils des Dêvas couvrirent Bhagavat de vêtements divins. Et ils firent tomber sur lui une pluie de fleurs divines de Mandâras et de Mahâmandâravas ; et ils agitèrent dans le ciel, au-dessus de sa tête, des étoffes divines ; et ils firent résonner du haut du ciel des centaines de mille d’instruments divins et de timbales. Et après avoir fait tomber une grande pluie de fleurs, ils prononcèrent ces paroles : C’est pour la première fois à Bénarès, au lieu nommé Rîchipatana, dans le Bois de l’antilope, que Bhagavat a fait tourner la roue de la loi. Aujourd’hui, pour la seconde fois, Bhagavat fait tourner cette excellente roue.

Ensuite les fils des Dêvas prononcèrent dans cette circonstance les stances suivantes :

33. Le grand héros qui n’a pas son égal dans le monde, a fait tourner à Bénarès la roue de la loi, qui anéantit la naissance de l’agrégation [des éléments de la vie].

34. C’est là que le Guide [du monde] l’a fait tourner pour la première fois ; et il la fait tourner ici pour la seconde fois ; car il enseignes aujourd’hui, ô Chef, une loi à laquelle d’autres auront bien de la peine à croire.

35. Beaucoup de lois ont été entendues par nous de la bouche du Chef du monde ; mais jamais nous n’avions entendu auparavant une loi semblable à celle-ci.

36. Nous nous réjouissons, ô grand homme, en entendant le langage énigmatique du grand Richi ; [nous croyons] à la prédiction qui vient d’être faite pour l’intrépide Çâriputtra.

37. Et nous aussi, puissions-nous devenir dans le monde des Buddhas n’ayant pas de supérieurs, [et] capables d’enseigner, à l’aide d’un langage énigmatique, l’état de Bôdhi qui est sans supérieur !

38. Grâce à ce que nous avons fait de bien dans ce monde et dans l’autre, et parce que nous avons réjoui le Buddha parfait, nous sollicitons l’état de Bôdhi !

Ensuite le respectable Çâriputtra parla ainsi à Bhagavat : Je n’ai plus aucun doute, ô Bhagavat ; mes incertitudes sont dissipées, maintenant que j’ai entendu de la bouche de Bhagavat cette prédiction, que je dois parvenir à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Mais ces douze cents [auditeurs] parvenus à la puissance, ô Bhagavat, qui, anciennement placés par toi sur le terrain des Maîtres, ont été l’objet de ce discours et de cet enseignement : "La discipline de ma loi, ô Religieux, aboutit à l’affranchissement de la naissance, de la vieillesse, de la mort et de la douleur, c’est-à-dire qu’elle se résout dans le Nirvâna ; " et ces deux mille Religieux, ô Bhagavat, Çrâvakas de Bhagavat, tant les Maîtres que ceux qui ne le sont pas, tous débarrassés des fausses doctrines relatives à l’esprit, à l’existence, à l’anéantissement, débarrassés, en un mot, de toutes les fausses doctrines, qui se disent en eux-mêmes : "Nous sommes établis sur le terrain du Nirvâna," ces Religieux, dis-je, après avoir entendu, de la bouche de Bhagavat, cette loi qu’ils n’avaient pas entendue précédemment, sont tombés dans l’incertitude. C’est pourquoi, ô Bhagavat, il est bon que tu parles, pour dissiper l’anxiété de ces Religieux, de manière que les quatre assemblées se trouvent délivrées de leurs incertitudes et de leurs, doutes.

Cela dit, Bhagavat répondit ainsi au respectable Çâriputtra : Ne t’ai-je pas dit précédemment, ô Çâriputtra, que le Tathâgata, vénérable, etc., ayant reconnu les dispositions des créatures qui ont des inclinations diverses, dont les éléments comme les idées sont divers, enseigne la loi à l’aide de l’habile emploi des moyens, tels que les démonstrations et les instructions variées, les raisons, les motifs, les comparaisons, les arguments faits pour convaincre, les interprétations de divers genres ? Commençant par l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, il fait entrer [les êtres] dans le véhicule même des Bôdhisattvas au moyen des diverses expositions de la loi. Cependant, ô Çâriputtra, je te proposerai encore une parabole, dans le but d’exposer ce sujet plus amplement. Pourquoi cela ? Parce que c’est par la parabole que les hommes pénétrants de ce monde comprennent le sens de ce qu’on leur dit.

C’est, ô Çâriputtra, comme s’il y avait ici, dans un certain village, dans une ville, dans un bourg, dans un district, dans une province, dans un royaume, dans une résidence royale, un chef de maison âgé, vieux, cassé, arrivé à un âge très avancé, riche, ayant une grande fortune, de grands moyens de jouissances et possesseur d’une maison grande, élevée, étendue, bâtie depuis longtemps, dégradée ; que cette maison soit la demeure de deux, de trois, de quatre ou de cinq cents êtres vivants, et qu’elle n’ait qu’une porte ; qu’elle soit couverte de chaume ; que ses galeries s’écroulent ; que les fondements de ses piliers soient pourris et détruits ; que l’enduit qui recouvrait les murs et les portes soit dégradé par le temps. Que cette maison tout entière soit subitement embrasée de tous côtés par un grand incendie. Que cet homme ait beaucoup d’enfants, cinq, dix ou vingt, et qu’il soit sorti de sa maison.

Maintenant, ô Çâriputtra, que cet homme, voyant sa maison tout entière complètement embrasée par un grand incendie, soit effrayé, épouvanté, hors de lui, et qu’il fasse cette réflexion : Je suis assez fort pour sortir rapidement, pour m’enfuir en sûreté par la porte de cette maison embrasée, sans être touché, sans être brûlé par l’incendie ; mais mes enfants, si petits, si jeunes, dans cette maison en feu, jouent, s’amusent, se divertissent à différents jeux. Ils ne connaissent pas, ils ne s’aperçoivent pas, ils ne savent pas, ils ne pensent pas que cette maison est en feu. et ils n’en éprouvent pas de crainte. Quoique brûlés par ce grand incendie, et quoique frappés tous ensemble par une grande douleur, ils ne songent pas à la douleur et ne conçoivent pas l’idée de sortir.

Que cet homme, ô Çâriputtra, soit fort et qu’il ait de grands bras, et qu’il fasse cette réflexion : Je suis fort et j’ai de grands bras ; ne pourrais-je pas, rassemblant mes enfants et les serrant tous à la fois sur ma poitrine, les faire sortir de cette maison. Puis, qu’il fasse cette autre réflexion : Cette maison n’a qu’une entrée ; la porte en est étroite. Et ces enfants légers, toujours en mouvement, ignorants de leur nature, il est à craindre qu’ils ne se mettent à tourner de côté et d’autre ; ils vont périr misérablement dans ce grand incendie ; pourquoi ne m’empresserais-je pas de les avertir ? S’étant donc arrêté à ce parti, il appelle ses enfants qui étaient sans réflexion : Venez, mes enfants, sortez ; la maison est embrasée par un grand incendie ; puissiez-vous n’y pas rester tous consumés par ce grand incendie ! Regardez : le danger s’approche ; vous allez y périr. Mais ces enfants ne font pas attention au discours de cet homme, qui parle dans leur intérêt ; ils ne s’effrayent pas, ils ne tremblent pas, ils n’éprouvent pas d’effroi, ils n’y pensent pas, ils ne fuient pas ; ils ne savent pas même, ils ne comprennent pas ce que c’est que ce qu’on appelle embrasé ; bien au contraire, ils courent, ils se dispersent çà et là et regardent leur père à plusieurs reprises. Pourquoi cela ? C’est que ce sont des enfants ignorants.

Qu’ensuite cet homme fasse encore cette réflexion : Cette maison est embrasée par un grand incendie, elle est consumée ; puissé-je, moi et mes enfants, ne pas trouver ici misérablement la mort dans ce grand incendie ! Ne pourrais-je pas, par l’habile emploi de quelque moyen, faire sortir mes enfants de cette maison ? Que cet homme connaisse les dispositions de ses enfants ; qu’il comprenne leurs inclinations. Qu’il y ait plusieurs jouets de diverses espèces qui soient recherchés, aimés, désirés, estimés de ces enfants ; qu’ils soient difficiles à obtenir. Qu’alors cet homme, connaissant les inclinations de ses enfants, s’adresse à eux en ces termes : Ces jouets, ô mes enfants, qui vous sont agréables, qui excitent votre étonnement et votre admiration, que vous êtes désolés de ne pas posséder, ces jouets de diverses couleurs et de diverses espèces, comme, par exemple, des chariots attelés de bœufs, de chèvres, d’antilopes, qui sont recherchés, aimés, désirés, estimés par vous, je les ai tous mis dehors, à la porte de la maison, pour servir à vos jeux. Accourez, sortez de cette maison ; je donnerai à chacun de vous chacune des choses dont il aura besoin, dont il aura envie. Venez vite ; accourez pour voir ces jouets. Qu’alors ces enfants, après avoir entendu les noms de ces jouets, conformes à leurs désirs et à leurs inclinations, recherchés, aimés, désirés, estimés d’eux, se précipitent aussitôt, pour obtenir ces jouets agréables, hors de la maison en feu, avec une force nouvelle, avec une rapidité extrême, sans s’attendre les uns les autres, se poussant mutuellement, en disant : Qui arrivera le premier, qui arrivera avant l’autre ?

Qu’alors cet homme, voyant ses enfants sortis heureusement, sains et saufs, les sachant à l’abri du danger, s’assoie sur la place au milieu du village, plein de joie et de contentement, libre de préoccupation et d’inquiétude et rempli de sécurité. Qu’ensuite ces enfants, s’étant rendus à l’endroit où est leur père, s’expriment ainsi : Donne-nous, cher père, ces divers jouets charmants, comme des chariots attelés de bœufs, de chèvres, d’antilopes. Que cet homme, ô Çâriputtra, donne à ses enfants, accourus vers lui aussi vite que le vent, des chars attelés de bœufs, faits des sept substances précieuses, munis de balustrades ; auxquels est suspendu un réseau de clochettes, s’élevant à une grande hauteur, ornés de joyaux merveilleux et admirables, rehaussés par des guirlandes de pierreries, embellis de chapelets de fleurs, garnis de coussins faits de coton et recouverts de toile et de soie, ayant des deux côtés des oreillers rouges, attelés de beaux bœufs parfaitement blancs et rapides à la course, dirigés par un grand nombre d’hommes. Qu’il distribue ainsi, pour chacun de ses enfants, des chars traînés par des bœufs, munis d’étendards, doués de la rapidité et de la force du vent, de la même couleur et de la même espèce. Pourquoi cela ? Parce que cet homme, ô Çâriputtra, serait opulent, maître de grandes richesses, possesseur de maisons, de greniers et de trésors nombreux, et qu’il penserait ainsi : A quoi bon donnerais-je d’autres chars à ces enfants ? Pourquoi cela ? C’est que tous ces enfants sont mes propres fils ; ils me sont tous chers et ils ont mon affection. Ces grands chars que voilà m’appartiennent, et je dois songer à tous ces enfants d’une manière égale et sans distinction. Possesseur, comme je le suis, de beaucoup de maisons, de greniers et de trésors, je pourrais donner à tout le monde ces grands chars que voilà ; que sera-ce donc, maintenant qu’il s’agit de mes propres enfants ? Qu’en ce moment, étant montés sur ces grands chars, ces enfants soient frappés de surprise et d’étonnement. Comment comprends-tu cela, ô Çâriputtra ? N’est-ce pas un mensonge de la part de cet homme, d’avoir ainsi désigné dans le principe à ses enfants trois chars [différents], et de leur avoir ensuite donné à tous de grands chars, de nobles chars [de la même espèce] ?

Çâriputtra répondit : Non Bhagavat, non Sugata. Cet homme, ô Bhagavat, n’est pas à cause de cela un menteur ; car c’est par le moyen adroit qu’a employé cet homme que ses enfants ont été engagés à sortir de cette maison embrasée, et qu’ils ont reçu le présent de la vie. Pourquoi cela ? Parce que c’est pour avoir recouvré leur propre corps, ô Bhagavat, qu’ils ont obtenu tous ces jouets. Quand bien même, ô Bhagavat, cet homme n’eût pas donné un seul char à ses enfants, il n’eût pas été pour cela un menteur. Pourquoi cela ? C’est que, ô Bhagavat, cet homme a commencé par réfléchir ainsi : Je sauverai, par l’emploi d’un moyen convenable, ces enfants de celte grande masse de douleurs. De cette manière même, ô Bhagavat, il n’y aurait pas mensonge de la part de cet homme. Mais quelle difficulté peut-il exister, quand après avoir réfléchi qu’il est propriétaire de maisons, de greniers et de trésors nombreux, cet homme songeant combien ses enfants lui sont chers, et voulant leur bien, leur donne [à chacun] des chars de la même couleur et de la même espèce, c’est-à-dire de grands chars ? Il n’y a pas, ô Bhagavat, mensonge de la part de cet homme.

Cela dit, Bhagavat parla ainsi au respectable Çâriputtra : Bien, bien, Çâriputtra ; c’est comme cela, Çâriputtra ; c’est comme tu dis. De la même manière, ô Çâriputtra, le Tathâgata aussi, vénérable, etc., est exempt de toute terreur, délivré entièrement, complètement, tout à fait, de toute injure, de tout désastre, du désespoir, de la douleur, du chagrin, de l’aveuglement profond où plongent les ténèbres épaisses et l’obscurité de l’ignorance. Le Tathâgata, qui est complètement en possession de la science, de la force, de l’intrépidité, et de la loi d’homogénéité d’un Buddha, qui est doué d’une extrême vigueur par la force de sa puissance surnaturelle, est le père du monde ; il est parvenu à la perfection suprême de la grande science de l’habile emploi des moyens ; il est doué d’une immense compassion ; son cœur ne connaît pas la peine ; il désire le bien, il est miséricordieux. Il naît dans cette réunion des trois mondes qui est semblable à une maison dont la couverture et la charpente tombent en ruine, et qui est embrasée par la masse énorme des douleurs et des chagrins, pour affranchir de l’affection, de la haine et de l’erreur les êtres tombés sous l’empire de la naissance, de la vieillesse, de la maladie, de la mort, des peines, des lamentations, de la douleur, du chagrin, du désespoir, de l’aveuglement profond où plongent les ténèbres épaisses et l’obscurité de l’ignorance, pour leur faire concevoir l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Une fois né, il voit, sans en être atteint, les êtres brûlés, consumés, dévorés, détruits par la naissance, la vieillesse, la maladie, la mort, les peines, les lamentations, la douleur, le chagrin, le désespoir. Sous l’influence du désir qui les pousse à rechercher les objets de jouissance, ils éprouvent des maux de diverses espèces. Par suite de ces deux conditions du monde, le besoin d’acquérir et celui d’amasser, ils se préparent pour l’avenir des maux de divers genres dans l’Enfer, dans des matrices d’animaux, dans le monde de Yama ; ils éprouvent des maux tels que la condition de Dêva, les misères de l’humanité, la présence des choses qu’ils ne désirent pas, et l’absence de celles qu’ils désirent. Et là même, au milieu de cette masse de douleurs à travers lesquelles ils transmigrent, ils jouent, ils s’amusent, ils se divertissent ; ils ne craignent pas, ils ne tremblent pas, ils n’éprouvent pas d’effroi, ils ne comprennent pas, ils ne perçoivent pas, ils ne se troublent pas, ils ne cherchent pas à en sortir. Là même, dans cette réunion des trois mondes qui est semblable à une maison embrasée, ils s’amusent, ils courent de côté et d’autre. Quoique pressés par cette grande masse de douleurs, ils n’ont pas conscience de l’idée de douleur.

Alors, ô Çâriputtra, le Tathâgata réfléchit ainsi : Je suis certainement le père de ces êtres ; c’est pourquoi ces êtres doivent être aujourd’hui délivrés par moi de cette grande masse de maux, et il faut que je donne à ces êtres le bonheur incomparable, inconcevable de la science du Buddha, avec laquelle ces êtres joueront, s’amuseront, se divertiront, dont ils feront des jouets. Alors, ô Çâriputtra, le Tathâgata réfléchit ainsi : Si, en disant "j’ai la force de la science, j’ai la force de la puissance surnaturelle," j’allais parler à ces êtres, sans employer les moyens convenables, de la force et de l’intrépidité du Tathâgata, ces êtres ne sortiraient pas [du monde] à l’aide de ces lois. Pourquoi cela. C’est que ces êtres ont une passion extrême pour les cinq qualités du désir ; ils ont, dans cette réunion des trois mondes, une passion extrême pour les plaisirs des sens ; ils ne sont pas affranchis de la naissance, de la vieillesse, des maladies, de la mort, des peines, des lamentations, de la douleur, du chagrin, du désespoir ; ils en sont brûlés, consumés, dévorés, détruits. Si on ne les fait pas fuir hors de cette réunion des trois mondes, qui est semblable à une maison dont la couverture et la charpente sont embrasées, comment pourront-ils jouir de la science du Buddha ?

Alors, ô Çâriputtra, le Tathâgata, de même que cet homme qui ayant de grands bras, et qui laissant de côté la force de ses bras, après avoir attiré ses enfants hors de la maison embrasée, par l’emploi d’un moyen adroit, leur donnerait ensuite de beaux, de nobles chars, le Tathâgata, dis-je, vénérable, etc., revêtu complètement de la science, de la force et de l’intrépidité des Tathâgatas, et renonçant à s’en servir, montre, par la connaissance qu’il a de l’habile emploi des moyens, trois véhicules pour faire sortir les êtres de la réunion des trois mondes, qui est semblable à une maison dont la couverture et la charpente sont vieilles et embrasées ; ce sont le véhicule des Çrâvakas, celui des Pratyêkabuddhas, celui des Bôdhisattvas. A l’aide de ces trois véhicules, il attire les êtres et leur parle ainsi : Ne vous amusez pas dans cette réunion des trois mondes, qui est semblable à une maison embrasée, au milieu de ces formes, de ces sons, de ces odeurs, de ces goûts, de ces contacts misérables ; car attachés ici à ces trois mondes, vous êtes brûlés, consumés par la soif qui accompagne les cinq qualités du désir. Sortez de cette réunion des trois mondes" ; trois moyens de transport vous sont offerts, savoir : le véhicule des Çrâvakas, celui des Pratyêkabuddhas, celui des Bôdhisattvas. C’est moi qui dans cette occasion suis votre garant, je vous donnerai ces trois chars ; faites effort pour sortir de cette réunion des trois mondes. Et je les attire de cette manière : Ces chars, ô êtres, sont excellents ; ils sont loués par les Aryas, munis de choses grandement agréables ; vous jouerez, vous vous amuserez, vous vous divertirez dans la compassion pour les malheureux. Vous éprouverez la grande volupté [de la perfection] des sens, de la force, des éléments constitutifs de l’état de Bôdhi, des contemplations, des affranchissements, de la méditation, de l’acquisition de l’indifférence. Vous serez en possession d’un grand bonheur et d’un grand calme d’esprit.

Alors, ô Çâriputtra, les êtres qui sont devenus des Sages, ont foi au Tathâgata comme au père du monde, et après cet acte de foi, ils s’appliquent à l’enseignement du Tathâgata ; ils y consacrent leurs efforts. D’autres êtres désirant suivre les directions qu’on entend de la bouche d’un autre, afin d’arriver au Nirvâna complet pour eux-mêmes, s’appliquent à l’enseignement du Tathâgata, afin de connaître les quatre vérités des Aryas ; ces êtres sont appelés ceux qui désirent le véhicule des Çrâvakas : ils sortent de la réunion des trois mondes, de même que quelques-uns des enfants de cet homme sont engagés à sortir de la maison embrasée, par le désir qu’ils ont d’avoir un chariot attelé d’antilopes. D’autres êtres, désirant la science qui s’acquiert sans maître, la quiétude et l’empire sur eux-mêmes, afin d’arriver au Nirvâna complet pour eux-mêmes, s’appliquent à l’enseignement du Tathâgata, afin de comprendre les causes et les effets. Ces êtres sont appelés ceux qui désirent le véhicule des Pratyêkabuddhas ; ils sortent de cette réunion des trois mondes, de même que quelques-uns des enfants sortent de la maison embrasée, désirant un chariot attelé de chèvres. D’autres êtres enfin, désirant la science de celui qui sait tout, la science du Buddha, la science de l’Être existant par lui-même, la science que ne donne pas un maître, pour l’avantage et le bonheur d’un grand nombre d’êtres, par compassion pour le monde, pour le profit, l’avantage et le bonheur de la grande réunion des êtres, Dêvas et hommes, pour faire parvenir au Nirvâna complet tous les êtres vivants, s’appliquent à l’enseignement du Tathâgata, afin d’obtenir la science la force et l’intrépidité du Tathâgata. Ces êtres sont appelés ceux qui désirent le Grand véhicule ; ils sortent de la réunion des trois mondes : pour cette raison, ils sont appelés Bôdhisattvas Mahâsattvas. C’est comme quand quelques-uns des enfants sont engagés à sortir de la maison embrasée par le désir qu’ils ont d’avoir un chariot attelé de bœufs. De même, ô Çâriputtra, que cet homme voyant ses enfants sortis de la maison embrasée, les voyant en sûreté, délivrés heureusement, les sachant hors de danger et se sachant lui-même possesseur de grandes richesses, donne à tous ses enfants un seul beau char, ainsi, ô Çâriputtra, le Tathâgata lui-même, vénérable, etc., quand il voit un grand nombre de kôtis d’êtres délivrés de la réunion des trois mondes, affranchis de la douleur, de la crainte, de la terreur, de tout désastre, attirés dehors par le moyen de l’enseignement du Tathâgata, délivrés de toutes les misères de la crainte, et des désastres, arrivés au bonheur du Nirvâna, le Tathâgata, dis-je, vénérable, etc. se disant en ce moment : "Je possède le trésor abondant de la science, de la force et de l’intrépidité, et ces êtres sont tous mes enfants," conduit au Nirvâna complet tous ces êtres à l’aide du véhicule des Buddhas. Et je ne dis pas qu’il y ait, pour chacun des êtres, un Nirvâna individuel ; [au contraire] il conduit au Nirvâna complet tous ces êtres au moyen du Nirvâna du Tathâgata, du grand Nirvâna complet. Et les êtres, ô Çâriputtra, qui sont délivrés de la réunion des trois mondes, le Tathâgata leur donne pour jouets agréables les plaisirs suprêmes, les plaisirs des Âyras, qui sont les contemplations, les affranchissements, la méditation, l’acquisition de l’indifférence, jouets qui sont tous de la même espèce. De même, ô Çâriputtra, qu’il n’y aurait pas mensonge de la part de cet homme à désigner d’abord trois [espèces de] chariots et à ne leur donner ensuite à eux tous que le même char, un char fait des sept substances précieuses, embelli de tous les ornements, d’une seule espèce, un noble char, en effet, le char le plus précieux de tous, ainsi, ô Çâriputtra, le Tathâgata lui-même, vénérable, etc., ne dit pas un mensonge, quand, après avoir dans le principe, par l’habile emploi des moyens [dont il dispose], désigné trois véhicules, il conduit ensuite les êtres au Nirvâna complet, à l’aide du Grand véhicule. Pourquoi cela ? C’est, ô Çâriputtra, parce que le Tathâgata, en tant que possesseur des maisons, des greniers et des trésors abondants de la science, de la force et de l’intrépidité, est capable d’enseigner à tous les êtres la loi accompagnée de la science de celui qui sait tout. Voilà de quelle manière, ô Çâriputtra, il faut savoir que c’est par le développement de sa science et de son habileté dans l’emploi des moyens, que le Tathâgata enseigne un seul véhicule, qui est le Grand véhicule.

Ensuite Bhagavat prononça dans cette circonstance les stances suivantes :

33. C’est comme si un homme possédait une maison grande, ruinée et peu solide ; que les galeries de cette maison fussent dégradées, et que les colonnes en fussent pourries dans leurs fondements.

34. Que les fenêtres et les terrasses en fussent en partie détruites ; que l’enduit qui recouvre les murs et les portes y fût dégradé ; que les balcons y tombassent de vétusté ; que cette maison fût couverte de chaume et qu’elle s’écroulât de toutes parts ;

35. Qu’elle fût la demeure de cinq cents créatures vivantes au moins ; qu’elle renfermât un grand nombre de chambres et de passages étroits, dégoûtants et tout remplis d’ordures ;

36. Que l’escalier et les poutres en fussent entièrement dégradés ; que les murs et les séparations en fussent détruits ; que des vautours y habitassent par milliers, ainsi que des pigeons et des chouettes, et d’autres oiseaux.

Qu’on y trouvât à chaque pas des serpents terribles, venimeux, redoutables ; des scorpions et des rats de diverses espèces, que cette maison fut la demeure de mauvaises créatures de ce genre.

38. Qu’on y rencontrât çà et là des êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine ; qu’elle fût infectée d’excréments et d’urine, remplie de vers, de mouches lumineuses et d’insectes ; qu’elle retentît des hurlements des chiens et des chacals.

39. Qu’on y trouvât des loups féroces, qui se repaissent de cadavres humains, et qui recherchent les matières qui en découlent ; qu’elle fût pleine de troupes de chiens et de chacals.

40. Faibles et exténués par la faim, ces animaux s’en vont mangeant dans tous les coins ; ils se querellent et aboient. Voilà quelle est cette maison redoutable.

41. Elle est habitée par des Yakchas aux pensées cruelles, qui se nourrissent de cadavres humains ; on y rencontre à chaque pas des centipèdes, de grands serpents et des reptiles marqués de taches.

42. Ces reptiles y déposent leurs petits dans tous les coins et s’y font des retraites ; les Yakchas dévorent le plus souvent ces animaux dispersés çà et là.

43. Et quand ces Yakchas aux pensées cruelles se sont rassasiés des corps des animaux dont ils se repaissent, tout gonflés de la chair qu’ils ont dévorée, ils se livrent de cruels combats.

44. Dans les chambres dégradées habitent de terribles Kumbhândakas aux pensées cruelles, les uns de la hauteur d’un empan, les autres de la hauteur d’une coudée, d’autres ayant deux coudées de hauteur ; ils vont rôdant de tous côtés.

45. Saisissant des chiens par les pieds, ils les renversent à terre sur le dos, et leur serrant le gosier en grondant, ils se plaisent à les suffoquer.

46. Il y habite des Prêtas nus, noirs, faibles, hauts et grands, qui dévorés par la faim, cherchent de la nourriture et font entendre, çà et là des cris lamentables.

47. Quelques-uns ont la bouche comme le trou d’une aiguille, d’autres ont une tête de bœuf ; semblables pour la taille à des chiens plutôt qu’à des hommes, ils vont les cheveux en désordre, poussant des cris et dévorés par la faim.

48. On voit, aux fenêtres et aux ouvertures, des Yakchas, des Prêtas et des Piçâtchas, affamés et cherchant de la nourritures, qui ont constamment les regards dirigés vers les quatre points de l’horizon.

49. [Supposons donc] que cette maison soit la demeure redoutable de tous ces êtres ; qu’elle soit haute, grande, peu solide, crevassée de toutes parts, tombante en ruines, effrayante, et qu’elle soit la propriété d’un seul homme.

50. Que cet homme soit en dehors de sa maison et que le feu y prenne, et qu’elle soit tout d’un coup et de quatre côtés la proie des flammes.

51. Ses poteaux, ses solives, ses colonnes et ses murs consumés par le feu, éclatent avec un bruit terrible, les Yakchas et les Prêtas y poussent des cris.

52. Des centaines de vautours pleins de rage, et des Kumbândhas, la pâleur sur la face, errent de tous côtés ; brûlés par le feu, des centaines de serpents sifflent et sont en fureur de toutes parts.

53. De coupables Piçâtchas y tournent de tous côtés en grand nombre, atteints par l’incendie ; se déchirant à coups de dents les uns les autres, ils font couler leur sang pendant qu’ils brûlent.

54. Les loups y périssent : ces êtres se dévorent les uns les autres. Les ordures sont consumées, et une odeur infecte se répand dans les quatre points de l’espace.

55. Les centipèdes s’enfuient de tous côtés, et les Kumbhândas les dévorent. Les Prêtas, la chevelure enflammée, sont consumés à la fois par la faim et par l’incendie.

56. C’est ainsi que cette redoutable maison est la proie des flammes qui s’en échappent de tous côtés ; et cependant l’homme propriétaire de cette maison est debout à la porte, qui regarde.

57. Et il entend ses propres enfants, dont l’esprit est entièrement absorbé par le jeu ; ils se livrent avec enivrement à leurs plaisirs, comme des ignorants qui ne connaissent rien.

58. Les yant donc entendus, cet homme entre bien vite afin de délivrer ses enfants. Ah ! [se dit-il,] puissent mes enfants dans leur ignorance ne pas périr bientôt consumés par le feu !

59. Il leur dit les vices de cette habitation : Il existe ici, [leur dit-il,] ô fils de famille, un danger terrible ; ces êtres de diverses espèces et ce grand incendie qui est devant vous, [tout cela] forme un enchaîne ment de maux [inévitables].

60. Ici habitent des serpents, des Yakchas aux pensées cruelles, des Kumbhândas et des Prêtas en grand nombre, des loups, des troupes de chiens et de chacals, et des vautours qui cherchent de la nourriture.

61. Tels sont les êtres qui résident dans cette maison, laquelle, même indépendamment de l’incendie, est extrêmement redoutable. Ce ne sont partout que misères de cette espèce, et le feu y brûle de tous côtés.

62. Mais, quoique avertis, ces enfants, dont l’intelligence est ignorante, enivrés de leurs jeux, ne pensent pas à leur père qui parle, et ne le comprennent même pas.

63. Que cet homme alors réfléchisse ainsi, en pensant à ses enfants : Certes, je suis bien malheureux ! A quoi me servent mes enfants, puisque j’en suis réellement privé ? Ah ! puissent-ils n’être pas consumés ici par le feu !

64. Mais en ce moment il s’est présenté un expédient à son esprit : Ces enfants sont avides de jouets, [se dit-il,] et ils n’en ont ici aucun qui soit à leur disposition. Ah ! enfants insensés, quelle est votre folie !

65. Il leur dit alors : Ecoutez, mes enfants, je possède des chars de différentes espèces ; des chars attelés d’antilopes, de chèvres et de beaux bœufs, élevés, grands, et parfaitement ornés.

66. Ils sont en dehors de cette maison. Sauvez-vous au moyen de ces chars ; disposez-en comme vous voudrez ; c’est pour vous que je les ai fait construire. Sortez tous ensemble, pleins de joie, par ce moyen.

67. Les enfants, ayant entendu parler de chars de cette espèce, se hâtant de toutes leurs forces, se mettent tous à sortir en un moment, et sont aussitôt dehors à l’abri des dangers qui les menaçaient.

68. Mais à la vue de ses enfants sortis [de la maison], le père s’étant rendu à la place au milieu du village, leur dit du haut d’un trône sur lequel il s’est assis : Ah ! chers enfants, aujourd’hui je suis sauvé !

69. Ces enfants misérables que j’ai eu tant de peine à recouvrer, ces jeunes enfants chéris, bien-aimés, au nombre de vingt, étaient réunis dans une maison terrible, redoutable, effrayante et pleine de beaucoup d’êtres vivants,

70. Dans une maison en feu et remplie de flammes, et ils y étaient uniquement occupés de leurs jeux ; et les voilà aujourd’hui tous délivrés par moi ! C’est pourquoi je suis maintenant arrivé au comble du bonheur,

71. Les enfants voyant que leur père était heureux, l’abordèrent et lui parièrent ainsi : Donne-nous, cher père, ce qui est l’objet de nos désirs, ces chars agréables de trois espèces ;

72. Et exécute, cher père, tout ce que tu nous as promis dans la maison, [quand tu as dit : ] Je vous donnerai des chars de trois espèces. Voici venu maintenant le temps [de tenir ta promesse].

73. Or cet homme était riche d’un trésor formé de monnaies d’or et d’argent, de pierres précieuses et de perles ; il avait de l’or et des esclaves nombreux, des domestiques et des chars de plusieurs espèces ;

74. Des chars attelés de bœufs, faits de pierres précieuses, excellents, surmontés de balustrades, recouverts de réseaux de clochettes, ornés de parasols et de drapeaux, et revêtus de filets faits de guirlandes de perles.

75. Ces chars sont enveloppés de tous côtés de guirlandes faites d’or et d’argent travaillé, et de nobles étoffes qui y sont suspendues de place en place ; ils sont parsemés de belles fleurs blanches.

76. On voit aussi d’excellents oreillers, pleins de coton et recouverts d’une soie moelleuse, dont sont ornés ces chars, on y trouve étendus d’excellents tapis portant des images de grues et de cygnes, et valant des milliers de kôtis.

77. On y voit des bœufs blancs, parés de fleurs, vigoureux, d’une grande taille, de belle apparence, qui sont attelés à ces chars faits de substances précieuses, et qui sont dirigés par un grand nombre de domestiques.

78. Tels sont les beaux, les excellents chars que cet homme donne à tous ses enfants ; et ceux-ci contents et le cœur ravi de joie, parcourent, en se jouant avec ces chars, tous les points de l’horizon et de l’espace.

79. De la même manière, ô Çârisuta, moi qui suis le grand Richi, je suis le protecteur et le père des créatures ; et ce sont mes enfants que tous ces êtres, qui, dans l’enceinte des trois mondes, sont ignorants et enchaînés par la concupiscence.

80. Et l’enceinte des trois mondes est, comme cette maison, extrêmement redoutable, troublée de cent maux divers, complètement embrasée de tous côtés par des centaines de misères, comme la naissance, la vieillesse et la maladie.

81. Et moi, qui suis délivré des trois mondes, je me tiens ici dans un lieu solitaire, et je réside dans la forêt ; et la réunion des trois mondes est cette demeure qui m’appartient, dans laquelle sont consumés les êtres qui sont mes enfants.

82. Et moi, je leur montre la détresse où ils se trouvent dans le monde, car je connais le moyen de les sauver ; mais eux, ils ne m’écoutent pas, parce qu’ils sont tous ignorants, et que leur intelligence est enchaînée par les désirs.

83. Alors je mets en usage mon habileté dans l’emploi des moyens, et je leur parle de trois véhicules. Et connaissant les nombreuses misères des trois mondes, je leur indique un moyen propre à les en faire sortir.

84. Et à ceux de ces enfants qui se sont réfugiés auprès de moi, qui possèdent les six connaissances surnaturelles et le grand pouvoir de la triple science, qui sont, en ce monde, des Pratyêkabuddhas ou qui sont des Bôdhisattvas, incapables de se détourner de leur but,

85. A ces sages qui sont pour moi comme mes enfants, j’expose en ce moment, au moyen d’une excellente parabole, le suprême, l’unique véhicule du Buddha : Acceptez-le, [leur dis-je,] vous deviendrez tous des Djinas.

86. [Je leur expose] aussi la science des Buddhas, des Meilleurs des hommes, cette science excellente, extrêmement agréable, que rien ne surpasse ici dans le monde entier, dont la forme est noble et qui est digne de respect ;

87. Ainsi que les forces, les contemplations et les affranchissements, les nombreuses centaines de kôtis de méditations ; c’est là le char excellent avec lequel se divertissent sans cesse les fils de Buddha.

88. Ils passent les nuits, les jours, les quinzaines, les mois, les saisons et les années, ils passent des moyens Kalpas et des milliers de kôtis de Kalpas à se divertir avec ce char.

89. C’est là l’excellent char, le char précieux, avec lequel les Bôdhisattvas qui se jouent en ce monde, et les Çrâvakas qui écoutent le Sugata, parviennent ici-bas à la pure essence de l’état de Bôdhi.

90. Sache-le donc maintenant, ô bienheureux, il n’y a pas en ce monde un second char, dusses-tu chercher dans les dix points de l’espace, excepté [ces chars que produit] l’emploi des moyens mis en œuvre par les Meilleurs des hommes.

91. Vous êtes mes enfants et je suis votre père, et vous avez été sauvés par moi de la douleur, alors que vous étiez, depuis des milliers de kôtis de Kalpas, consumés par les terreurs el par les maux redoutables des trois mondes.

92. C’est ainsi que je parle ici du Nirvâna [en disant] : Quoique vous ne soyez pas encore parvenus au Nirvâna complet, vous êtes délivrés maintenant de la misère de la transmigration : le char du Buddha est ce qu’il faut rechercher.

93. Et les Bôdhisattvas, quels qu’ils soient, qui se trouvent ici, écoutent tous les règles de la conduite du Buddha, qui sont les miennes. Telle est l’habileté dans l’emploi des moyens dont le Djina dispose, habileté à l’aide de laquelle il discipline un grand nombre de Bôdhisattvas.

94. Lorsque les êtres sont attachés ici-bas à de misérables et vils désirs, le Guide du monde qui ne dit pas de mensonges, leur explique alors ce que c’est que la douleur, c’est là la [première] vérité des Aryas.

95. Et à ceux qui, ne connaissant pas la douleur, n’en voient pas la cause par suite de l’ignorance de leur esprit, je leur montre la voie : L’origine de la douleur des passions, [leur dis-je,] c’est la production [de ces passions mêmes].

96. Anéantissez constamment la passion, vous qui ne trouvez nulle part de refuge ; c’est là ma troisième vérité, celle de l’anéantissement ; c’est par elle et non autrement que l’homme est sauvé ; en effet, quand il s’est représenté cette voie, il est complètement affranchi.

97. Et par quoi les êtres sont-ils complètement affranchis, ô Çâriputtra ? Ils le sont, parce qu’ils comprennent [la vérité de] l’anéantissement ; et cependant ils ne sont pas encore complètement affranchis : le Guide [du monde] déclare qu’ils ne sont pas arrivés au Nirvâna.

98. Pourquoi n’annoncé-je pas sa délivrance à un homme de cette espèce ? C’est qu’il n’a pas atteint à l’excellent et suprême état de Bôdhi. Voici quel est mon désir : je suis né en ce monde, moi qui suis le roi de la loi, pour y rendre [les êtres] heureux.

99. C’est là, ô Çâriputtra, le sceau de ma loi, de cette loi que j’expose aujourd’hui, sur la fin de mon existence, pour le bien de l’univers réuni aux Dêvas, Enseigne-la donc dans les dix points de l’espace et dans toutes les régions intermédiaires.

100. Et si, pendant que tu enseigneras, un être quelconque venait à te dire ces paroles : "J’éprouve de la joie de ce discours ; " s’il recevait ce Sûtra avec un signe de tête [respectueux], considère cet être comme incapable de se détourner de son but.

101. Il a vu les anciens Tathâgatas, et il leur a rendu un culte ; et il a entendu une loi semblable à celle que j’enseigne, celui qui a foi dans ce Sûtra.

102. Il nous a vus, moi, toi et tous ces Religieux qui forment mon assemblée ; il a vu tous ces Bôdhisattvas, celui qui a foi en mes paroles éminentes.

103. Ce Sûtra est fait pour troubler les ignorants, et c’est pour l’avoir compris avec mon intelligence pénétrante que je l’expose ainsi ; en effet, ce n’est pas là le domaine des Çrâvakas ; ce n’est pas là non plus la voie des Pratyêkabuddhas.

104. Tu es plein de confiance, ô Çâriputtra, et n’en dois-je pas dire autant de mes autres Çrâvakas ? Eux aussi, ils marchent pleins de confiance en moi ; et cependant chacun d’eux n’a pas la science individuelle.

105. Mais n’expose pas cette doctrine à des obstinés, ni à des orgueilleux, ni à des Yôgins qui ne sont pas maîtres d’eux-mêmes ; car ces insensés, toujours enivrés de désirs, mépriseraient, dans leur ignorance, la loi qu’on leur dirait.

106. Quand on a méprisé mon habileté dans l’emploi des moyens, qui est la règle des Buddhas, perpétuellement subsistante dans le monde ; quand, d’un regard dédaigneux, on a méprisé le véhicule [des Buddhas], apprenez le terrible résultat qu’on en recueille en ce monde.

107. Quand on méprise un Sûtra comme celui-ci, pendant que je suis dans ce monde ou quand je suis entré dans le Nirvâna complet, au quand on veut du mal aux Religieux, apprenez de moi le résultat qu’on recueille de ces fautes.

108. Dès que de tels hommes sont sortis de ce monde, l’Avîtchi est le lieu où ils résident pendant des Kalpas complets ; puis au bout de nombreux moyens Kalpas, ces ignorants meurent encore dans cet Enfer.

109. En effet, après qu’ils sont morts dans les Enfers, ils en sortent pour renaître dans des matrices d’animaux ; faibles et réduits à la condition de chien ou de chacal, ils deviennent pour les autres des objets d’amusement.

110. Alors ils revêtent une couleur ou noire ou tachetée ; ils sont couverts d’éruptions cutanées et de blessures ; ils sont faibles et dépouillés de poils, et ils ont de l’aversion pour l’état suprême de Bôdhi, qui est le mien.

111. Ils sont constamment pour tous les êtres des objets de mépris ; ils crient, frappés à coups de pierres ou d’épée ; on les effraye en tous lieux de coups de bâton ; leurs membres desséchés sont consumés par la faim et par la soif.

112. Ils renaissent chameaux ou ânes, portant des fardeaux et frappés de cent bâtons ; ils sont sans cesse occupés à penser à leur nourriture, ces êtres dont l’intelligence ignorante a méprisé la règle des Buddhas.

113. Ils deviennent ensuite dans ce monde des chacals, repoussants, faibles et estropiés ; tourmentés par les enfants des villages, ces êtres ignorants sont frappés à coups de pierres et d’épée.

114. Après avoir quitté cette existence, ces êtres ignorants renaissent avec des corps longs comme cinq cents Yôdjanas ; ils sont paresseux, stupides et reviennent sans cesse sur leurs pas.

115. Ils renaissent sans pieds, condamnés à ramper sur le ventre, dévorés par de nombreux kôtis d’êtres vivants ; voilà les cruelles douleurs qu’ils éprouvent, ceux qui ont méprisé un Sûtra comme celui que j’enseigne.

116. Et lorsqu’ils reprennent un corps humain, ils renaissent estropiés, boiteux, bossus, borgnes, idiots et misérables, ces êtres qui n’ont pas foi dans ce Sûtra que j’expose.

117. Us sont, dans le monde, un objet d’aversion ; leur bouche exhaie une odeur fétide ; ils sont possédés par un Yakcha qui habite leur corps, ceux qui n’ont pas foi dans l’état de Buddha.

118. Pauvres, condamnés aux devoirs de la domesticité, faibles et toujours attachés au service d’un autre, ils souffrent beaucoup de misères et vivent dans le monde sans protecteurs.

119. Et celui qu’ils y servent n’aime pas à leur donner ; et même ce qui leur est donné périt bien vite, car c’est là en effet le fruit de leur péché.

120. Et les médicaments parfaitement préparés qu’ils prennent ici-bas des mains des hommes habiles qui les leur donnent, ne font qu’augmenter encore leur mal, et leur maladie n’a jamais de fin.

121. Ils éprouvent des vols, des attaques, des surprises, des violences, des rapts et des actes de cruauté, et ces maux tombent sur eux à cause de leur péché.

122. Non, jamais ce coupable ne voit le Chef du monde, le roi des Indras des hommes, enseignant ici ; en effet, il habite ici dans des temps où le Chef n’y paraît pas, celui qui a méprisé les règles des Buddhas, qui sont les miennes.

123. Cet ignorant n’entend pas non plus la loi ; il est sourd et privé d’intelligence ; pour avoir méprisé cette science du Buddha, il ne trouve plus jamais de repos.

124. Pendant plusieurs. milliers de myriades de kôtis de Kalpas en nombre égal à celui des sables du Gange, il est imbécile et estropié ; voilà le fruit qui résulte de son mépris pour ce Sûtra.

125. Son jardin est l’Enfer ; sa demeure est une place dans une des existences où l’homme est puni ; il y reste sans cesse sous les formes de l’âne, du pourceau, du chacal et du chien.

126. Et même lorsqu’il a repris la condition humaine, la cécité, la surdité et la stupidité sont pour lui ; esclave des autres, il est toujours misérable.

127. Alors les ornements et les vêtements qu’il porte sont ses maladies ; il a sur le corps des myriades de kôtis de blessures ; il a des ulcères, la gale et des éruptions cutanées,

128. La lèpre blanche, la lèpre qui forme des taches, et il exhale une odeur de cadavre ; si son corps est sain, c’est l’organe de la vue qui, chez lui, devient opaque. La violence de sa colère éclate au dehors ; la concupiscence est extrême en lui ; enfin il réside sans cesse dans des matrices d’animaux.

129. Oui, Çârisuta, quand même je passerais ici un Kalpa complet à énumérer les vices de celui qui méprise mon Sûtra, je ne pourrais en atteindre le terme.

130. Aussi est-ce parce que je connais ce sujet, que je t’avertis, ô Çâriputtra, de ne pas exposer ce Sûtra en présence des gens ignorants.

131. Mais les hommes qui sont, en ce monde, éclairés, instruits, doués de mémoire, habiles, savants ; ceux qui sont arrivés à l’excellent et suprême état de Bôdhi, c’est à ceux-là que tu peux faire entendre cette vérité suprême.

132. Ceux par qui ont été vus de nombreux kôtis de Buddhas, ceux qui ont fait croître en eux-mêmes d’innombrables mérites et qui sont inébranlables dans la méditation, c’est à ceux-là que tu peux faire entendre cette vérité suprême.

133. Ceux qui, pleins d’énergie, toujours occupés de pensées de bienveillance, ne songent sans cesse qu’à la charité ; ceux qui font l’abandon de leur corps et de leur vie, tu peux réciter ce Sûtra en leur présence.

134. Ceux qui ont des égards pour les opinions les uns des autres, qui n’entretiennent pas de rapports avec les ignorants, et qui vivent satisfaits dans les cavernes des montagnes, tu peux leur faire entendre ce Sûtra fortuné.

135. Ceux qui recherchent des amis vertueux et qui évitent des amis pécheurs, les fils de Buddha, [en un mot,] en qui tu reconnais ces qualités, méritent que tu leur expliques ce Sûtra.

136. Ces fils de Buddha, semblables à des joyaux précieux, que tu vois pratiquant sans interruption les devoirs de la morale, qui s’appliquent à comprendre les Sûtras aux grands développements, tu peux réciter en leur présence ce Sûtra.

137. Ceux qui sont exempts de colère et toujours droits, qui sont pleins de compassion pour toutes les créatures, qui sont respectueux devant le Sugata, tu peux réciter ce Sûtra en leur présence.

138. Celui qui exposerait la loi au milieu de l’assemblée, qui, affranchi de tout attachement, parlerait dans un recueillement complet, en se servant de plusieurs myriades de kôtis d’exemples, tu peux lui enseigner ce Sûtra.

139. Et celui qui porterait à sa tête les mains réunies en signe de respect, désirant obtenir l’état de celui qui sait tout ; celui qui parcourrait les dix points de l’espace, cherchant un religieux qui parle bien ;

140. Celui qui comprendrait les Sûtras aux grands développements, qui ne trouverait pas de plaisir à d’autres livres, qui même n’entendrait pas une seule stance d’autre chose, celui-là peut entendre cet excellent Sûtra.

141. Il est semblable à celui qui porte les reliques du Tathâgata, et à l’homme quel qu’il soit, qui les recherche, celui qui désirerait ce Sûtra, et qui l’ayant obtenu le porterait à son front.

142. Il ne faut jamais penser à d’autres Sûtras, ni d’autres livres d’une science vulgaire, car ce sont là des objets bons pour les ignorants ; évite de tels livres et explique ce Sûtra.

143. Mais il me faudrait, ô Çâriputtra, un Kalpa complet pour dire les milliers d’espèces de ceux qui sont parvenus à l’état suprême et excellent de Bôdhi ; c’est en leur présence que tu dois exposer ce Sûtra.

CHAPITRE IV.
LES INCLINATIONS.

Ensuite le respectable Subhûti, Mahâkâtyâyana, Mahâkâçyapa et Mahâmâudgalyâyana, tous également respectables, ayant entendu cette loi dont ils n’avaient pas ouï parler auparavant, et ayant appris, de la bouche de Bhagavat, que Çâriputtra était destiné à obtenir l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, frappés d’étonnement, de surprise et de satisfaction, s’étant levés en ce moment même de leurs sièges, se dirigèrent vers la place où se trouvait Bhagavat ; et rejetant sur une épaule leur vêtement supérieur, posant à terre le genou droit tenant les mains jointes en signe de respect du côté où était assis Bhagavat, le regardant en face, le corps incliné en avant, l’extérieur modeste et recueilli, ils parlèrent en ces termes à Bhagavat :

Nous sommes vieux, ô Bhagavat, âgés, cassés ; nous sommes respectés comme Sthaviras dans cette assemblée de Religieux. Épuisés par l’âge, nous nous disons : "Nous avons obtenu le Nirvâna ; nous ne pouvons plus faire d’efforts, ô Bhagavat, pour arriver à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, nous sommes impuissants, nous sommes hors d’état de faire usage de nos forces. Aussi, quand Bhagavat expose la loi, que Bhagavat reste longtemps assis et que nous assistons à cette exposition de la loi, alors, ô Bhagavat, assis pendant longtemps et pendant longtemps occupés à honorer Bhagavat, nos membres et les portions de nos membres, ainsi que nos articulations et les parties qui les composent, éprouvent de la douleur. De là vient que, quand nous démontrons, durant le temps où Bhagavat enseigne la loi, l’état de vide, l’absence de toute cause, l’absence de tout objet, nous ne concevons pas l’espérance soit d’atteindre à ces lois du Buddha, soit d’habiter dans ces demeures qu’on nomme les terres des Buddhas, soit de nous livrer aux voluptés des Bôdhisattvas ou à celles des Tathâgatas. Pourquoi cela ? C’est que, ô Bhagavat, attirés en dehors de la réunion des trois mondes, nous imaginant être arrivés au Nirvâna, nous sommes en même temps épuisés par l’âge et par les maladies. C’est pourquoi, ô Bhagavat, au moment où d’autres Bôdhisattvas ont été instruits par nous, et ont appris qu’ils parviendraient un jour à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, alors, ô Bhagavat, pas une seule pensée d’espérance relative à cet état, ne s’est produite en nous. C’est pourquoi, ô Bhagavat, entendant ici de ta bouche ce que tu viens de dire : "La prédiction de l’état futur de Buddha parfaitement accompli s’applique aussi aux Çrâvakas, nous sommes frappés de surprise et d’étonnement. Nous avons obtenu aujourd’hui un grand objet, ô Bhagavat, aussitôt que nous avons entendu cette voix de Bhagavat, que nous n’avions pas ouïe précédemment ; nous nous sommes trouvés en possession d’un grand joyau, ô Bhagavat, en possession d’un joyau incomparable. Oui, Bhagavat, le joyau que nous avons acquis n’était ni recherché, ni poursuivi ni attendu, ni demandé par nous. C’est là ce qu’il nous semble, ô Bhagavat c’est là ce qu’il nous semble, ô Sugata.

C’est comme si un homme, ô Bhagavat, venait à s’éloigner de la présence de son père, et que, s’en étant éloigné, il allât dans une autre partie du pays. Qu’il passe là beaucoup d’années [loin de son père], vingt, trente, quarante ou cinquante ans. Que le père devienne un grand personnage, et que le fils, au contraire, soit pauvre, parcourant le pays pour chercher sa subsistance. Qu’il visite les dix points de l’horizon pour trouver des vêtements et de la nourriture, et qu’il se rende dans une autre partie de la contrée. Que son père se soit aussi retiré dans une autre province ; qu’il soit possesseur de beaucoup de richesses, de grains, d’or, de trésors, de greniers et de maisons. Qu’il soit riche de beaucoup de Suvarnas, d’argent travaillé, de joyaux, de perles, de lapis-lazuli, de conques, de cristal, de corail, d’or et d’argent. Qu’il ait à son service beaucoup d’esclaves des deux sexes, de serviteurs et de domestiques ; qu’il possède un grand nombre d’éléphants, de chevaux, de chars, de bœufs, de moutons ; qu’il ait de nombreux clients. Qu’il ait des possessions dans de vastes pays ; qu’il perçoive des revenus et des intérêts considérables, et dirige de grandes entreprises de commerce et d’agriculture.

Qu’ensuite, ô Bhagavat, l’homme pauvre parcourant, pour trouver de la nourriture et des vêtements, les villages, les bourgs, les villes, les provinces, les royaumes, les résidences royales, arrive de proche en proche à la ville où habite son père, cet homme possesseur de beaucoup de richesses, d’or, de Suvarnas, de trésors, de greniers, de maisons. Que cependant, ô Bhagavat, le père de ce pauvre homme, le possesseur de beaucoup de richesses, [etc., comme ci-dessus,] qui habite dans cette ville, pense sans cesse à ce fils qu’il a perdu depuis cinquante ans, et qu’y pensant ainsi, il n’en parle à personne, au contraire, qu’il se désole seul en lui-même, et qu’il réfléchisse ainsi : Je suis âgé, vieux, cassé ; j’ai beaucoup d’or, de Suvarnas, de richesses, de grains, de trésors, de greniers, de maisons, et je n’ai pas un seul fils ! Puisse la mort ne pas me surprendre dans cet état ! Toute cette fortune périrait faute de quelqu’un qui en pût jouir. Qu’il se souvienne ainsi de son fils à plusieurs reprises : Ah ! certes je serais au comble du bonheur, si mon fils pouvait jouir de cette masse de richesses.

Qu’ensuite, ô Bhagavat, le pauvre homme cherchant de la nourriture et des vêtements, arrive de proche en proche jusqu’à la maison de l’homme riche, possesseur de beaucoup d’or, etc. Que le père de ce pauvre homme se trouve à la porte de sa maison, entouré d’une foule nombreuse de Brâhmanes, de Kchattiyas, de Vâiçyas, de Çûdras, dont il reçoit les hommages, assis sur un grand trône que soutient un piédestal orné d’or et d’argent ; qu’il soit occupé à des affaires de milliers de kôtis de Suvarnas, éventé par un chasse-mouche, sous un vaste dais dressé sur un terrain jonché de fleurs et de perles, auquel sont suspendues des guirlandes de pierreries, entouré en un mot de toute la pompe de l’opulence. Que le pauvre homme, ô Bhagavat, voie son propre père assis à la porte de sa maison, au milieu de cet appareil de grandeur, environné d’une foule nombreuse de gens, occupé aux affaires d’un maître de maison ; et qu’après l’avoir vu, effrayé alors, agité, troublé, frissonnant, sentant ses poils se hérisser sur tout son corps, hors de lui, il réfléchisse ainsi : Sans contredit, le personnage que je viens de rencontrer est ou le roi, ou le ministre du roi. Je n’ai rien à faire ici ; allons-nous-en donc. Là où est le chemin des pauvres, c’est là que j’obtiendrai des vêtements et de la nourriture sans beaucoup de peine. J’ai tardé assez longtemps ; puissé-je ne pas être arrêté ici et mis en prison, ou puissé-je ne pas encourir quelque autre disgrâce !

Qu’ensuite le pauvre homme, ô Bhagavat, en proie à la crainte produite sur son esprit par la succession des malheurs [qu’il appréhende], s’éloigne en grande hâte, s’enfuie, ne reste pas en ce lieu. Qu’en ce moment l’homme riche, assis à la porte de sa maison sur un trône, reconnaisse à la première vue son propre fils, et que l’ayant vu, il soit satisfait, content, ravi, plein de joie, de satisfaction et de plaisir, et qu’il fasse cette réflexion : Chose merveilleuse ! le voilà donc trouvé celui qui doit jouir de cette grande fortune en or, en Suvarnas, en richesses, en grains, en trésors, en greniers et en maisons ; j’étais sans cesse occupé à songer à lui : le voici qui arrive de lui-même, et moi je suis âgé, vieux, cassé.

Qu’ensuite cet homme, ô Bhagavat, tourmenté par le désir de voir son fils, envoie en ce moment, en cet instant même, à sa poursuite des coureurs rapides : Allez, mes amis, amenez-moi bien vite cet homme. Qu’alors ces hommes partant tous rapidement, atteignent le pauvre ; qu’en ce moment le pauvre effrayé, agité, troublé, frissonnant, sentant ses poils se hérisser sur tout son corps, hors de lui, pousse un cri d’effroi ; qu’il se désole, qu’il s’écrie : Je ne vous ai fait aucun tort. Que les hommes entraînent de force le pauvre, malgré ses cris. Qu’ensuite le pauvre, effrayé, [etc., comme ci-dessus,] fasse cette réflexion : Puissé-je ne pas être puni comme un criminel, puissé-je ne pas être battu ! Je suis perdu certainement. Que se trouvant mal, il tombe par terre privé de connaissance. Que son père soit à ses côtés, et qu’il s’adresse ainsi à ses domestiques : Ne tirez pas ainsi cet homme ; et que lui ayant jeté de l’eau froide [au visage], il n’en dise pas davantage. Pourquoi cela ? C’est que le maître de maison connaît l’état des inclinations misérables de ce pauvre homme, et qu’il connaît la position élevée qu’il occupe lui-même et qu’il pense ainsi : C’est bien là mon fils.

Qu’alors, ô Bhagavat, le maître de maison, grâce à son habileté dans l’emploi des moyens, ne dise à personne : Cet homme est mon fils. Qu’ensuite il appelle un autre homme : Va, ami, et dis à ce pauvre homme : Va-t’en où tu voudras, pauvre homme ; tu es libre. Que l’homme ayant promis d’obéir à son maître, se rende à l’endroit où est le pauvre homme, et qu’y étant arrivé, il lui dise : Va-t’en où tu voudras, pauvre homme ; tu es libre. Qu’ensuite le pauvre entendant cette parole, soit frappé d’étonnement et de surprise. Que s’étant levé, il quitte cet endroit pour se rendre sur le chemin des pauvres, afin d’y chercher de la nourriture et des vêtements. Qu’ensuite le maître de maison, pour attirer le pauvre, fasse usage d’un moyen adroit. Qu’il emploie pour cela deux hommes d’une classe inférieure, grossiers et de basse extraction : Allez tous les deux vers ce pauvre homme qui est arrivé ici ; engagez-le sur ma promesse, pour un double salaire par jour, à venir servir ici dans ma maison. Et s’il vient à vous dire : Quelle chose y a-t-il à faire ? répondez-lui : Il faut nettoyer avec nous l’endroit où l’on jette les ordures. Qu’alors ces hommes s’étant mis à la recherche du pauvre, l’emploient à cet ouvrage ; qu’en conséquence, les deux hommes avec le pauvre, recevant leur salaire de la main de l’homme riche, nettoient dans sa maison l’endroit où l’on jette les ordures, et qu’ils se logent dans une hutte de chaume située dans le district qui paye tribut à l’homme riche, maître de maison. Qu’ensuite l’homme fortuné regarde à travers une petite fenêtre ou un œil-de-bœuf son propre fils, occupé à nettoyer l’endroit où l’on jette les ordures, et qu’en le voyant, il soit de plus en plus frappé d’étonnement.

Qu’ensuite le maître de maison étant descendu de son logement, s’étant dépouillé de ses parures et de ses guirlandes, ayant quitté ses vêtements beaux et doux pour en revêtir de sales, prenant de la main droite un panier, couvrant ses membres de poussière, criant de loin, se rende dans l’endroit où est le pauvre, et qu’y étant arrivé, il parle ainsi : Portez ces paniers, ne vous arrêtez pas, enlevez la poussière ; et que par ce moyen il adresse la parole à son fils, qu’il s’entretienne avec lui et qu’il lui dise : Fais ici ce service, ô homme ; tu n’iras plus nulle part ailleurs, je te donnerai un salaire suffisant pour ta subsistance. Les choses dont tu auras besoin, demande-les-moi avec confiance, qu’elles vaillent un Kunda, un Kundikâ, un Sthâlika, un Kâchtha ; que ce soit du sel, des aliments, un vêtement pour le haut du corps. J’ai un vieux vêtement, ô homme ; si tu en as besoin, demande-le-moi, je te le donnerai. Tout ce dont tu auras besoin ici en fait de meubles, je te le donnerai. Sois heureux, ô homme ; regarde-moi comme ton propre père. Pourquoi cela ? C’est que je suis vieux et que tu es jeune, et que tu as fait pour moi beaucoup d’ouvrage, en nettoyant l’endroit où l’on jette les ordures, et qu’en faisant ton ouvrage tu n’as donné aucune preuve de mensonge, de fausseté, de méchanceté, d’orgueil, d’égoïsme, d’ingratitude ; je ne reconnais absolument en toi, ô homme, aucune des fautes que je remarque dans les autres domestiques qui sont à mon service. Tu es maintenant à mes yeux comme si tu étais mon propre fils chéri.

Qu’ensuite, ô Bhagavat, le maître de maison appelle ainsi ce pauvre homme : Ô mon fils ! et que le pauvre homme reconnaisse son père dans le maître de maison qui est en face de lui. Que de cette manière, ô Bhagavat, le maître de maison, altéré du désir de voir son fils, lui fasse nettoyer pendant vingt ans l’endroit où l’on jette les ordures. Qu’au bout de ces vingt ans, le pauvre homme ait acquis assez de confiance pour aller et venir dans la maison du riche, mais qu’il demeure dans sa hutte de chaume. Qu’ensuite, ô Bhagavat, le maître de maison sente qu’il s’affaiblit ; qu’il reconnaisse que le moment de sa fin approche, qu’il parle ainsi au pauvre homme : Approche, ô homme ; cette grande fortune en or, en Suvarnas, en richesses, en grains, en trésors, en greniers, en maisons m’appartient. Je me sens extrêmement faible ; je désire quelqu’un à qui la donner, qui puisse l’accepter, dans les mains de qui je puisse la déposer. Accepte donc tout. Pourquoi cela ? C’est que, de même que je suis maître de cette fortune, ainsi tu l’es toi-même aussi. Puisses-tu ne laisser rien perdre de mon bien ! Que de cette manière, ô Bhagavat, le pauvre homme se trouve propriétaire de la grande fortune du maître de maison, composée d’or, etc., et qu’il ne ressente pas le moindre désir pour ce bien ; qu’il n’en demande absolument rien, pas même la valeur d’un Prastha de farine ; que même alors il continue à rester dans sa hutte de chaume, en conservant toujours ses pensées de pauvreté.

Qu’ensuite, ô Bhagavat, le maître de maison voyant que son fils est devenu capable de conserver [son bien], qu’il est parfaitement mûr, et que son esprit est suffisamment fait, voyant qu’à la pensée de sa grandeur il était effrayé, qu’il rougissait, qu’il se blâmait de sa pauvreté première ; que le père, dis-je, au moment de sa mort, ayant fait venir ce pauvre homme après avoir convoqué un grand nombre de ses parents, s’exprime ainsi en présence du roi ou du ministre du roi, et devant les habitants de la province et du village : Écoutez tous : cet homme est mon fils chéri ; c’est moi qui l’ai engendré. Voilà cinquante ans passés qu’il a disparu de telle ville ; il se nomme un tel, et moi j’ai tel nom. Après avoir quitté cette ville pour me mettre à sa recherche, je suis venu ici. Cet homme est mon fils, et je suis son père. Toutes les richesses que je possède, je les abandonne en entier à cet homme ; et tout ce que j’ai de fortune qui m’appartient en propre, tout cela est à lui seul. Qu’alors, ô Bhagavat, ce pauvre homme entendant en ce moment ces paroles, soit frappé d’étonnement et de surprise, et qu’il fasse cette réflexion : Me voilà tout d’un coup possesseur de tout cet or, de ces Suvarnas, de ces richesses, de ces grains, de ces trésors, de ces greniers, de ces maisons !

De la même manière, ô Bhagavat, nous sommes l’image des enfants du Tathâgata, et le Tathâgata nous parle ainsi : Vous êtes mes enfants, comme disait le maître de maison. Et nous, ô Bhagavat, nous avons été tourmentés par les trois espèces de douleurs ; et quelles sont ces trois espèces de douleurs ? Ce sont la douleur de la souffrance, la douleur du changement, la douleur des conceptions ; et nous nous sommes livrés aux misérables inclinations du monde. C’est pourquoi Bhagavat nous a fait réfléchir à un grand nombre de lois inférieures semblables à l’endroit où l’on jette les ordures. Nous nous sommes appliqués à ces lois ; nous y avons travaillé, nous nous y sommes exercés, cherchant en quelque sorte, ô Bhagavat, pour salaire de notre journée le seul Nirvâna ; aussi sommes-nous satisfaits, ô Bhagavat, d’avoir obtenu ce Nirvâna, et nous faisons cette réflexion : Nous avons acquis beaucoup pour nous être appliqués à ces lois en présence du Tathâgata, pour y avoir travaillé, pour nous y être exercés.

Et le Tathâgata connaît nos misérables inclinations ; de là vient que Bhagavat nous dédaigne, qu’il ne s’associe pas avec nous, qu’il ne nous dit pas : Le trésor de la science du Tathâgata, ce trésor même vous appartiendra aussi. Mais grâce à son habileté dans l’emploi des moyens, Bhagavat nous établit les héritiers du trésor de la science du Tathâgata. Et nous, nous vivons dans la science du Tathâgata, et nous ne nous sentons pas, ô Bhagavat, la moindre espérance au sujet de ce bien. Aussi sommes-nous convaincus que c’est déjà beaucoup trop pour nous que nous recevions, en présence du Tathâgata, le Nirvâna comme salaire de notre journée. Commençant pour les Bôdhisattvas Mahâsattvas, par l’explication de la science du Tathâgata, nous faisons la noble exposition de la loi ; nous développons la science du Tathâgata, nous la montrons, nous la démontrons ; et cependant, ô Bhagavat, nous sommes sans espérance, indifférents pour ce bien. Pourquoi cela ? C’est que, grâce à l’emploi habile des moyens [dont il dispose], le Tathâgata connaît nos inclinations ; et nous, nous ne connaissons pas, nous ne savons pas ce qui a été dit ici par Bhagavat, savoir que nous sommes devenus les enfants de Bhagavat ; aussi Bhagavat nous fait-il souvenir qu’il nous a donné l’héritage de la science du Tathâgata. Pourquoi cela ? C’est que, quoique nous soyons devenus les enfants du Tathâgata, nous avons cependant, d’un autre côté, de misérables inclinations. Si Bhagavat reconnaissait en nous l’énergie de la confiance, il prononcerait pour nous le nom de Bôdhisattva. Mais nous sommes employés par Bhagavat à un double rôle, en ce que nous sommes, en présence des Bôdhisattvas, appelés des gens qui ont des inclinations misérables, et qu’eux sont introduits [par nous] dans la noble science de l’état de Buddha. Et maintenant voilà que Bhagavat vient de parler, parce qu’il voit en nous l’énergie de la confiance ! C’est de cette manière, ô Bhagavat, que nous disons : Nous venons tout d’un coup d’obtenir, sans l’avoir espéré, le joyau de l’omniscience, joyau non désiré, non poursuivi, non recherché, non attendu, non demandé, et cela en tant que fils du Tathâgata.

Ensuite le respectable Mahâkâçyapa prononça dans cette occasion les stances suivantes :

1. Nous sommes frappés d’étonnement et de surprise, nous sommes remplis de satisfaction pour avoir entendu cette parole ; elle est, en effet, agréable, la voix du Guide [du monde], que nous venons d’entendre tout d’un coup aujourd’hui.

2. Nous venons aujourd’hui d’acquérir en un instant un grand amas de joyaux précieux, de joyaux auxquels nous ne pensions pas, que nous n’avions jamais demandés ; à peine en avons-nous eu entendu parler, que nous avons tous été remplis d’étonnement.

3. C’est comme si un homme eût été enlevé dans sa jeunesse par une troupe d’enfants ; qu’il se fût ainsi éloigné de la présence de son père, et qu’il fût allé très-loin dans un autre pays.

4. Son père, cependant, pleure son fils qu’il sait perdu ; il parcourt, désolé, tous les points de l’espace pendant cinquante années entières.

5. Cherchant ainsi son fils, il arrive dans une grande ville ; s’y ayant construit une demeure, il s’y arrête et s’y livre aux cinq qualités du désir.

6. Il y acquiert beaucoup d’or et de Suvarṇas, des richesses, des grains, des conques, du cristal, du corail, des éléphants, des chevaux, des coureurs, des bœufs, des troupeaux et des béliers ;

7. Des intérêts, des revenus, des terres, des esclaves des deux sexes, une foule de serviteurs ; il reçoit les respects de milliers de kôṭis d’êtres vivants, et il est constamment le favori du roi.

8. Les habitants de la ville et ceux qui résident dans les villages tiennent devant lui leurs mains réunies en signe de respect ; beaucoup de marchands viennent se présenter à lui, après avoir terminé de nombreuses affaires.

9. Cet homme parvient de cette manière à l’opulence ; puis il avance en âge, il devient vieux et caduc ; et il passe constamment les jours et les nuits à penser au chagrin que lui cause la perte de son fils.

10. «Voilà cinquante ans qu’il s’est enfui, cet enfant insensé qui est mon fils ; je suis propriétaire d’une immense fortune, et je sens déjà le moment de ma fin qui s’approche.»

11. Cependant ce fils [qui a quitté son père] dans sa jeunesse, pauvre et misérable, va de village en village, cherchant de la nourriture et des vêtements.

12. Tantôt il obtient quelque chose en cherchant, d’autres fois il ne trouve rien ; cet infortuné se dessèche de maigreur dans la maison des autres, le corps couvert de gale et d’éruptions cutanées.

13. Cependant il arrive dans la ville où son père est établi ; et tout en cherchant de la nourriture et des vêtements, il se trouve insensiblement porté à l’endroit où est située la maison de son père.

14. L’homme fortuné, cependant, possesseur de grandes richesses, était assis à sa porte sur un trône, entouré de plusieurs centaines de personnes ; un dais était suspendu en l’air, au-dessus de sa tête.

15. Des hommes qui ont sa confiance sont debout auprès de lui ; quelques-uns comptent ses biens et son or ; d’autres sont occupés à tenir des écritures ; d’autres perçoivent des intérêts et des revenus.

16. Alors le pauvre voyant la demeure splendide du maître de maison : Comment suis-je donc venu ici ? [dit-il ;] cet homme est le roi, ou le ministre du roi.

17. Ah ! puissé-je n’avoir commis aucune faute [en venant ici] ! Puissé-je ne pas être pris et mis en prison ! Plein de cette pensée, il se met à fuir, en demandant où est le chemin des pauvres.

18. Mais le père, assis sur son trône, reconnaît son propre fils qui vient d’arriver ; il envoie des coureurs à sa poursuite : Amenez-moi ce pauvre homme.

19. Aussitôt le pauvre est saisi par les coureurs ; mais à peine est-il pris, qu’il tombe en défaillance. Certainement, [se dit-il,] ce sont les exécuteurs qui me saisissent ; à quoi bon penser aujourd’hui à de la nourriture ou à des vêtements ?

20. À la vue de son fils, le riche prudent se dit : Cet homme ignorant, faible d’esprit, plein de misérables inclinations, ne croira pas que toute cette splendeur est à lui ; il ne se dira pas davantage : Cet homme est mon père.

21. Le riche, alors, envoie auprès du pauvre plusieurs hommes boiteux, borgnes, estropiés, mal vêtus, noirs, misérables : Engagez, [leur dit-il,] cet homme à entrer à mon service.

22. L’endroit où l’on jette les ordures de ma maison est puant et infect ; il est rempli d’excréments et d’urine ; travaille à le nettoyer, je te donnerai double salaire, [dit l’homme riche au pauvre.]

23. Ayant entendu ces paroles, le pauvre vint, et se mit à nettoyer l’endroit indiqué ; il fixa même là sa demeure, dans une hutte de chaume près de la maison.

24. Cependant le riche, occupé sans cesse à regarder cet homme par les fenêtres ou par un œil-de-bœuf, [se dit :] Cet homme aux inclinations misérables est mon fils, qui nettoie l’endroit où l’on jette les ordures.

25. Puis il descend, prend un panier, et se couvrant de vêtements sales, il se présente devant le pauvre, et lui adresse ce reproche : Tu ne fais pas ton ouvrage.

26. Je te donnerai double salaire, et une double portion d’huile pour frotter tes pieds, je te donnerai des aliments avec du sel, des légumes et une tunique.

27. C’est ainsi qu’il le gourmande en ce moment ; mais ensuite cet homme prudent le serre dans ses bras [en lui disant] : Oui, tu fais bien ton ouvrage ici ; tu es certainement mon fils, il n’y a là aucun doute.

28. De cette manière, il le fait peu à peu entrer dans sa maison, et il l’y emploie à son service ; et au bout de vingt années complètes, il parvient à lui inspirer de la confiance.

29. Le riche, cependant, cache dans sa maison son or, ses perles, ses pierres précieuses ; il fait le calcul de tout cela, et pense à toute sa fortune.

30. Mais l’homme ignorant qui habite seul dans la hutte en dehors de la maison, ne conçoit que des idées de pauvreté : Pour moi, [se dit-il,] je n’ai aucune jouissance de cette espèce.

31. Le riche connaissant ses dispositions [nouvelles, se dit] : Mon fils est arrivé à concevoir de nobles pensées. Puis ayant réuni ses parents et ses amis, il leur dit : Je vais donner tout mon bien à cet homme.

32. En présence du roi, des habitants de la ville et du village, ainsi que d’un grand nombre de marchands réunis, il dit à cette assemblée : Celui-là est mon fils, ce fils que j’avais depuis longtemps perdu.

33. Il y a déjà, [depuis cet événement,] cinquante années complètes, et j’en ai vu encore vingt autres depuis ; je l’ai perdu pendant que j’habitais telle ville, et c’est en le cherchant que je suis arrivé ici.

34. Cet homme est le propriétaire de toute ma fortune ; je lui ai donné tout sans exception : qu’il fasse usage des biens de son père, selon qu’il en aura besoin ; je lui donne toutes ces propriétés.

35. Mais cet homme est frappé de surprise en songeant à son ancienne pauvreté, à ses inclinations misérables et à la grandeur de son père. En voyant toute cette fortune, il se dit : Me voilà donc heureux aujourd’hui !

36. De la même manière, le Guide [du monde] qui connaît parfaitement nos misérables inclinations, ne nous a pas fait entendre ces paroles : Vous deviendrez des Buddhas, car vous êtes des Çrâvakas, mes propres enfants.

37. Et le Chef du monde nous excite : Ceux qui sont arrivés, [dit-il,] à l’excellent et suprême état de Bôdhi, je leur indique, ô Kâçyapa, la voie supérieure que l’on n’a qu’à connaître pour devenir Buddha.

38. Et nous, que le Sugata envoie vers eux, de même que des serviteurs, nous enseignons la loi suprême à de nombreux Bôdhisattvas doués d’une grande énergie, à l’aide de myriades de kôṭis d’exemples et de motifs.

39. Et après nous avoir entendus, les fils du Djina comprennent cette voie éminente qui mène à l’état de Buddha ; ils entendent alors l’annonce de leurs destinées futures : Vous serez, [leur dit-on,] des Buddhas dans ce monde.

40. C’est ainsi que nous remplissons les ordres des Protecteurs, en ce que nous gardons le trésor de la loi, et que nous l’expliquons aux fils du Djina, semblables à cet homme qui voulait inspirer de la confiance à son fils.

41. Mais nous restons absorbés dans nos pensées de pauvreté, pendant que nous livrons [aux autres] le trésor du Buddha ; nous ne demandons pas même la science du Djina, et c’est cependant elle que nous expliquons !

42. Nous concevons pour nous un Nirvâna personnel ; mais cette science ne va pas plus loin, et nous n’éprouvons jamais de joie en entendant parler de ces demeures qu’on nomme les terres de Buddha.

43. Toutes ces lois conduisent à la quiétude ; elles sont exemptes d’imperfections, elles sont à l’abri de la naissance et de l’anéantissement, et cependant, [nous dis-tu,] il n’y a là réellement aucune loi ; quand nous réfléchissons à ce langage, nous ne pouvons y ajouter foi.

44. Nous sommes, depuis longtemps, insensibles à tout espoir d’obtenir la science accomplie du Buddha ; nous ne demandons jamais à y parvenir : c’est cependant là le terme suprême indiqué par le Djina.

45. Dans cette existence dernière dont le Nirvâna est le terme, le vide [des lois] a été longtemps médité ; tourmentés par les douleurs des trois mondes, nous en avons été affranchis, et nous avons accompli les commandements du Djina.

46. Quand nous instruisons les fils du Djina, qui sont arrivés en ce monde à l’état suprême de Bôdhi, la loi quelle qu’elle soit que nous leur exposons, ne fait naître en nous aucune espérance.

47. Mais le précepteur du monde, celui qui existe par lui-même, nous dédaigne, en attendant le moment convenable ; il ne dit pas le véritable sens de ses paroles, parce qu’il essaye nos dispositions.

48. Mettant en œuvre son habileté dans l’emploi des moyens, comme fit dans son temps l’homme maître d’une grande fortune : Domptez sans relâche, [nous dit-il,] vos misérables inclinations ; et il donne sa fortune à celui qui les a domptées.

49. Le Chef du monde fait une chose bien difficile, lorsque développant son habileté dans l’emploi des moyens, il discipline ses fils, dont les inclinations sont misérables, et leur donne la science quand il les a disciplinés.

50. Mais aujourd’hui nous sommes subitement frappés de surprise, comme des pauvres qui acquerraient un trésor, d’avoir obtenu ici, sous l’enseignement du Buddha, une récompense éminente, accomplie et la première de toutes.

51. Par ce que nous avons longtemps observé, sous l’enseignement de celui qui connaît le monde, les règles de la morale, nous recevons aujourd’hui la récompense de notre ancienne fidélité à en remplir les devoirs.

52. Parce que nous avons suivi les préceptes excellents et purs de la conduite religieuse, sous l’enseignement du Guide [des hommes], nous en recevons aujourd’hui une récompense éminente, noble, accomplie et qui donne le calme.

53. C’est aujourd’hui, ô Chef, que nous sommes devenus des Çrâvakas ; aussi exposerons-nous l’éminent état de Bôdhi ; nous expliquerons le sens du mot de Bôdhi ; aussi sommes-nous comme de redoutables Çrâvakas.

54. Aujourd’hui, ô Chef, nous sommes devenus des Arhats ; nous sommes devenus dignes des respects du monde formé de la réunion des Dêvas, des Mâras et des Brahmâs, en un mot de l’ensemble de tous les êtres.

55. Quel est celui qui, même en y employant ses efforts pendant de nombreux kôṭis de Kalpas, serait capable de rivaliser avec toi, toi qui accomplis les œuvres si difficiles que tu exécutes ici, dans le monde des hommes ?

56. Ce serait, en effet, un rude travail que de rivaliser avec toi, un travail pénible pour les mains, les pieds, la tête, le cou, les épaules, la poitrine, dût-on y employer autant de Kalpas complets qu’il y a de grains de sable dans le Gange.

57. Qu’un homme donne de la nourriture, des aliments, des boissons, des vêtements, des lits et des siéges, avec d’excellentes couvertures ; qu’il fasse construire des Vihâras de bois de santal, et qu’il les donne à de dignes personnages, après y avoir étendu des tapis faits d’étoffes précieuses ;

58. Qu’il donne sans cesse au Sugata, pour l’honorer, de nombreuses espèces de médicaments destinés aux malades ; qu’il pratique l’aumône pendant des Kalpas aussi nombreux que les sables du Gange, non, il ne sera pas capable de rivaliser avec toi.

59. Les lois du Buddha sont celles d’un être magnanime ; il a une vigueur incomparable, une grande puissance surnaturelle ; il est ferme dans l’énergie de la patience ; il est accompli, il est le grand roi, le Djina : il est tolérant [pour tous] comme pour ses enfants.

60. Revenant sans cesse sur lui-même, il expose la loi à ceux qui portent des signes favorables ; il est le maître de la loi, le souverain de tous les mondes, le grand souverain, l’Indra des Guides du monde.

61. Il montre à chacun divers objets dignes d’être obtenus, parce qu’il connaît avec exactitude la situation de tous les êtres ; et comme il sait quelles sont leurs inclinations diverses, il expose la loi à l’aide de mille motifs.

62. Le Tathâgata, qui connaît la conduite des êtres et des âmes autres [que lui], emploie divers moyens pour enseigner la loi, lorsqu’il expose le suprême état de Bôdhi.

CHAPITRE V.
LES PLANTES MÉDICINALES.

Alors Bhagavat s’adressa ainsi au respectable Mahâkâçyapa, et aux autres Sthaviras qui étaient des grands Auditeurs ; Bien, bien, ô Mahâkâçyapa ! et encore bien pour vous, que vous ayez prononcé le véritable éloge des qualités du Tathâgata ; car ce sont là, ô Kâçyapa, les véritables qualités du Tathâgata. Mais il en possède encore un plus grand nombre d’autres qui sont incommensurables, innombrables, dont il ne serait pas facile d’atteindre le terme, dût-on exister pendant des Kalpas sans fin. Le Tathâgata, ô Kâçyapa, est le maître des lois ; il est le roi, le souverain, le maître de toutes les lois. En quelque lieu que le Tathâgata dépose la loi, cette loi est comme il la dépose. Le Tathâgata, ô Kâçyapa, sait montrer convenablement, déposer, déposer avec la science des Tathâgatas toutes les lois ; et il les dépose de manière que ces lois arrivent au rang qu’occupe celui qui a l’omniscience. Le Tathâgata contemple l’ordre du sens de toutes les lois ; ayant acquis la possession du sens de toutes les lois, ayant acquis la faculté de réfléchir sur toutes les lois, ayant acquis la perfection suprême de la science de l’habileté à déterminer toutes les lois avec certitude, le Tathâgata vénérable, etc., ô Kâçyapa, enseigne la science de celui qui sait tout ; il communique, il dépose cette science [dans l’esprit des autres].

C’est, ô Kâçyapa, comme si dans cet univers formé d’un grand millier de trois mille mondes, au-dessus des herbes, des buissons, des plantes médicinales, des rois des forêts de différentes couleurs et de différentes espèces, des familles de plantes médicinales ayant des noms divers, qui naissent sur la terre, dans les montagnes, ou dans les cavernes des montagnes, il venait à s’élever un grand nuage plein d’eau, et que s’étant élevé, ce nuage couvrît tout cet univers formé d’un grand millier de trois mille mondes, et qu’après l’avoir couvert, il laissât tomber l’eau qu’il contient partout en même temps. Alors, ô Kâçyapa, les herbes, les buissons, les plantes médicinales, les rois des forêts qui se trouvent dans cet univers formé d’un grand millier de trois mille mondes, leurs tiges, leurs branches, leurs feuilles, leurs rameaux qui sont jeunes et tendres, ceux qui sont parvenus à une moyenne grosseur, comme ceux qui ont atteint tout leur développement ; tous ces végétaux, avec les rois des forêts, les arbres et les grands arbres, boivent, chacun selon ses forces, sa part et sa destination, l’élément de l’eau qui vient de la pluie versée par ce grand nuage ; et au moyen de cette eau qui est homogène et qui est versée abondamment par ce nuage unique, ils acquièrent, chacun selon la force de sa semence, un développement régulier, de la croissance, de l’augmentation et de la grosseur : c’est ainsi qu’ils produisent des fleurs et des fruits. Alors ils reçoivent chacun individuellement des noms divers. Etablies sur la même terre, toutes ces familles de plantes médicinales et de germes se développent par l’action d’une eau partout homogène.

De la même manière, ô Kâçyapa, le Tathâgata vénérable, etc., naît dans le monde : comme un grand nuage s’élève, ainsi naît le Tathâgata. Il enseigne de la voix le monde entier avec les Dêvas, les hommes et les Asuras. Tout de même, ô Kâçyapa, que le grand nuage couvre cet univers formé d’un grand millier de trois mille mondes, ainsi le Tathâgata vénérable, etc., fait entendre sa voix en présence du monde formé de la réunion des Dêvas, des hommes et des Asuras. Il prononce ces paroles : Je suis le Tathâgata, ô vous tous, Dêvas et hommes, le Tathâgata vénérable, etc. ; passé à l’autre rive, j’y fais passer les autres ; délivré, je délivre ; consolé, je console ; arrivé au Nirvâna complet, j’y conduis les autres. Avec mon intelligence absolue, je connais parfaitement tel qu’il est ce monde-ci et l’autre monde, je sais tout, je vois tout. Accourez tous à moi, Dêvas et hommes, pour entendre la loi. Je suis celui qui montre le chemin, qui indique le chemin, qui le connaît, l’enseigne et le possède parfaitement. Alors, ô Kâçyapa, plusieurs centaines de mille de myriades de kôṭis d’êtres vivants accourent auprès du Tathâgata pour entendre la loi ; et le Tathâgata, qui connaît les sens et les divers degrés d’énergie que possèdent ces êtres, présente à chacun d’eux diverses expositions de la loi, énonce pour chacun d’eux des développements divers de la loi, variés, agréables, faits pour plaire, pour donner du contentement, pour produire du bonheur et des avantages, développements grâce auxquels ces êtres, au sein même des conditions visibles, deviennent heureux, pour, ensuite, après avoir fait leur temps, renaître dans les bonnes voies de l’existence. Alors ils jouissent abondamment, là où ils naissent, de tous les plaisirs ; ils entendent la loi, et l’ayant entendue ils sont dégagés de toute espèce de ténèbres ; et ils s’appliquent successivement à la loi de celui qui sait tout, chacun selon sa force, sa part, son objet et sa situation.

De même, ô Kâçyapa, que le grand nuage, après avoir couvert la totalité de cet univers formé d’un grand millier de trois mille mondes, verse son eau partout également, et rafraîchit également de son eau toutes les herbes, tous les buissons, toutes les plantes médicinales et tous les rois des forêts ; de même que les herbes, les buissons, les plantes médicinales et les rois des forêts boivent cette eau, chacun selon sa force, sa part, son but et sa situation, et que tous ces végétaux parviennent au développement assigné à leur espèce ; de même, ô Kâçyapa, la loi qu’expose le Tathâgata vénérable, etc., cette loi est la loi universelle de tous ; elle est d’une seule et même nature, et sa nature, c’est celle de l’affranchissement, de l’indifférence, de l’anéantissement, en un mot c’est le terme auquel aboutit la science de celui qui sait tout. Alors, ô Kâçyapa, les êtres qui écoutent le Tathâgata exposant la loi, qui la possèdent, qui s’y appliquent, ces êtres ne se connaissent pas, ne se savent pas, ne se comprennent pas eux-mêmes. Pourquoi cela ? C’est que, ô Kâçyapa, c’est le Tathâgata seul qui connaît réellement ces êtres, qui voit avec certitude, qui sait réellement qui, comment et quels ils sont ; qui sait à quoi ils pensent, comment ils pensent, par quoi ils pensent, ce qu’ils imaginent, comment ils imaginent, par quoi ils imaginent, ce qu’ils atteignent, comment et par quoi ils atteignent cela.

De même, ô Kâçyapa, connaissant la loi dont la nature est homogène, dont la nature est celle de l’affranchissement et du Nirvâna, qui aboutit au Nirvâna, qui repose perpétuellement dans le Nirvâna, dont le terrain est homogène, qui a pour étendue l’espace, je sais, par égard pour les inclinations des êtres, ne pas déployer tout d’un coup la science de celui qui sait tout aux yeux des créatures placées chacune dans des positions diverses, basses, élevées ou moyennes, comme sont les herbes, les buissons, les plantes médicinales et les rois des forêts. Vous êtes étonnés, vous êtes surpris, ô Kâçyapa, de ce que vous ne pouvez comprendre le langage énigmatique du Tathâgata. Pourquoi cela ? C’est qu’il est difficile à comprendre, ô Kâçyapa, le langage énigmatique des Tathâgatas vénérables, etc.

Ensuite Bhagavat, pour exposer ce sujet plus amplement, prononça dans cette occasion les stances suivantes :

1. Moi qui suis le roi de la loi, moi qui suis né dans le monde et qui dompte l’existence, j’expose la loi aux créatures, après avoir reconnu leurs inclinations.

2. Les grands héros, dont l’intelligence est ferme, conservent longtemps ma parole ; ils gardent aussi mon secret, et ne le révèlent pas aux créatures.

3. Du moment, en effet, que les ignorants entendraient cette science si difficile à comprendre, concevant aussitôt des doutes dans leur folie, ils en seraient déchus et tomberaient dans l’erreur.

4. Je proportionne mon langage au sujet et aux forces de chacun ; et je redresse une doctrine par une explication contraire.

5. C’est, ô Kâçyapa, comme si un nuage s’élevant au-dessus de l’univers, le couvrait dans sa totalité, en cachant toute la terre.

6. Rempli d’eau, entouré d’une guirlande d’éclairs, ce grand nuage, qui retentit du bruit de la foudre, répand la joie chez toutes les créatures.

7. Arrêtant les rayons du soleil, rafraîchissant la sphère [du monde], descendant assez près de terre pour qu’on le touche de la main, il laisse tomber ses eaux de toutes parts.

8. C’est ainsi que répandant d’une manière uniforme une masse immense d’eau, et resplendissant des éclairs qui s’échappent de ses flancs, il réjouit la terre.

9. Et les plantes médicinales qui ont poussé à la surface de cette terre, les herbes, les buissons, les rois des forêts, les arbres et les grands arbres ;

10. Les diverses semences et tout ce qui forme la verdure ; tous les végétaux qui se trouvent dans les montagnes, dans les cavernes et dans les bosquets ;

11. Les herbes, en un mot, les buissons et les arbres, ce nuage les remplit de joie ; il répand la joie sur la terre altérée, et il humecte les herbes médicinales.

12. Or cette eau tout homogène qu’a répandue le nuage, les herbes et les buissons la pompent chacun selon sa force et selon sa destination.

13. Et les diverses espèces d’arbres, ainsi que les grands arbres, les petits et les moyens, tous boivent cette eau, chacun selon son âge et sa force ; ils la boivent et croissent, chacun selon le besoin qu’il en a.

14. Pompant l’eau du nuage par leur tronc, par leur tige, par leur écorce, par leurs branches, par leurs rameaux, par leurs feuilles, les grandes plantes médicinales poussent des fleurs et des fruits.

15. Chacune selon sa force, suivant sa destination et conformément à la nature du germe d’où elle sort, produit un fruit distinct ; et cependant c’est une eau homogène, que celle qui est tombée du nuage.

16. De même, ô Kâçyapa, le Buddha vient au monde, semblable au nuage qui couvre l’univers ; et à peine le Chef du monde est-il né, qu’il parle et qu’il enseigne aux créatures la véritable doctrine.

17. Et c’est ainsi que parle le grand Richi, honoré dans le monde réuni aux Dêvas : Je suis le Tathâgata, le Djina, le meilleur des hommes ; j’ai paru dans le monde semblable au nuage.

18. Je comblerai de joie tous les êtres dont les membres sont desséchés, qui sont attachés à la triple condition de l’existence ; j’établirai dans le bonheur les êtres consumés par la peine, et je leur donnerai les plaisirs et le Nirvâna.

19. Ecoutez-moi, ô vous, troupes des Dêvas et des hommes : approchez pour me voir. Je suis le Tathâgata bienheureux, l’être sans supérieur, qui est né ici, dans le monde, pour le sauver.

20. Et je prêche à des milliers de kôtis d’êtres vivants la loi pure et très belle ; sa nature est une et homogène : c’est la délivrance et le Nirvâna.

21. C’est avec une seule et même voix que j’expose la loi, prenant sans cesse pour sujet l’état de Bôdhi ; car cette loi est uniforme, l’inégalité n’y trouve pas place, non plus que l’affection ou la haine.

22. Convertissez-vous ; jamais il n’y a en moi ni préférence ni aversion pour qui que ce soit ; c’est la même loi que j’expose pour les êtres, la même pour l’un que pour l’autre.

23. Exclusivement occupé de cette œuvre, j’expose la loi ; soit que je marche, que je reste debout, que je sois couché sur mon lit ou assis sur mon siège, jamais je n’éprouve de fatigue.

24. Je remplis de joie tout l’univers, semblable à un nuage qui verse [partout] une eau homogène, toujours également bien disposé pour les Aryas comme pour les hommes les plus bas, pour les hommes vertueux comme pour les méchants ;

25. Pour les hommes perdus comme pour ceux qui ont une conduite régulière ; pour ceux qui suivent des doctrines hétérodoxes et de fausses opinions, comme pour ceux dont les opinions et les doctrines sont saines et parfaites.

26. Enfin j’expose la loi aux petits comme aux intelligences supérieures et à ceux dont les organes ont une puissance surnaturelle ; inaccessible à la fatigue, je répands [partout] d’une manière convenable la pluie de la loi.

27. Après avoir écouté ma voix selon la mesure de leurs forces, les êtres sont établis dans différentes situations, parmi les Dêvas, parmi les hommes, dans de beaux corps, parmi les Çakras, les Brahmâs et les Tchakravartins.

28. Écoutez, je vais vous expliquer ce que c’est que ces humbles et petites plantes qui se trouvent ici dans le monde, ce que sont ces autres plantes moyennes et ces arbres d’une grande hauteur.

29. Les hommes qui vivent avec la connaissance de la loi exempte d’imperfection, qui ont obtenu le Nirvâna, qui ont les six connaissances surnaturelles et les trois sciences, ces hommes sont nommés les petites plantes.

30. Les hommes qui vivent dans les cavernes des montagnes et qui aspirent à l’état de Pratyêkabuddha, ces hommes, dont l’intelligence est à demi purifiée, sont nommés les plantes moyennes.

31. Ceux qui sollicitent le rang de héros, en disant : Je serai un Buddha, je serai le Chef des Dêvas et des hommes, et qui cultivent l’énergie et la contemplation, ceux-là sont nommés les plantes les plus élevées.

32. Et les fils de Sugata qui, pleins de retenue et observant la quiétude, cultivent en ce monde la charité, qui ne conçoivent aucun doute sur le rang de héros parmi les hommes, ceux-là sont nommés les arbres.

33. Ceux qui font tourner la roue qui ne revient pas en arrière, les hommes fermes qui possèdent la puissance des facultés surnaturelles, et qui délivrent de nombreux kôtis d’êtres vivants, ceux-là sont nommés les grands arbres.

34. C’est cependant une seule et même loi qui est prêchée par le Djina, tout comme c’est une eau homogène que verse le nuage ; ces hommes qui possèdent, comme je viens de le dire, des facultés diverses, sont comme les plantes [diverses] qui poussent à la surface de la terre.

35. Tu connais par cet exemple et par cette explication les moyens dont dispose le Tathâgata ; tu sais comment il prêche une loi unique, dont les divers développements ressemblent aux gouttes de la pluie.

36. Et moi aussi, je ferai tomber la pluie de la loi, et le monde tout entier en sera rempli de satisfaction ; et les hommes méditeront, chacun selon ses forces, sur cette loi homogène que j’expose bien.

37. De même que, pendant que la pluie tombe, les herbes et les buissons, ainsi que les plantes de moyenne grandeur, les arbres et ceux qui sont les plus élevés brillent tous dans les dix points de l’espace,

38. De même cette condition [de l’enseignement] qui existe toujours pour le bonheur du monde, réjouit par des lois diverses la totalité de l’univers ; le monde entier en est comblé de joie, comme les plantes qui se couvrent de fleurs.

39. Les plantes moyennes qui croissent [sur la terre], ce sont les Arhats, qui sont fermes dans la destruction des fautes, [et] qui, parcourant les forêts immenses, montrent aux Bôdhisattvas la loi bien enseignée.

40. Les nombreux Bôdhisattvas, doués de mémoire et de fermeté, qui, s’étant fait une idée exacte des trois mondes, recherchent l’état suprême de Bôdhi, prennent sans cesse de l’accroissement comme les arbres.

41. Ceux qui possèdent les facultés surnaturelles et les quatre contemplations, qui, ayant entendu parler du vide, en éprouvent de la joie, et qui émettent de leurs corps des milliers de rayons, sont appelés les grands arbres.

42. Cet enseignement de la loi, ô Kâçyapa, est comme l’eau que le nuage laisse tomber [également partout], et par l’action de laquelle les grandes plantes produisent avec abondance des fleurs mortelles.

43. J’explique la loi qui est sa cause à elle-même ; j’enseigne, en son temps, l’état de Bôdhi qui appartient au Buddha : c’est là ma suprême habileté dans l’emploi des moyens, c’est celle de tous les Guides du monde.

44. Ce que j’ai dit, c’est la vérité suprême ; mes Çrâvakas arrivent complètement au Nirvâna ; ils suivent l’excellente voie qui conduit à l’état de Bôdhi ; tous ces Çrâvakas qui m’écoutent deviendront des Buddhas.

Encore un autre développement, ô Kâçyapa. Le Tathâgata est égal et non inégal pour tous les êtres, quand il s’agit de les convertir. C’est, ô Kâçyapa, comme les rayons du soleil et de la lune, qui brillent pour tout le monde, pour l’homme vertueux comme, pour le méchant, pour ce qui est élevé comme pour ce qui est bas, pour ce qui a une bonne odeur comme pour ce qui en a une mauvaise ; partout ces rayons tombent également et non pas inégalement. Ainsi font ô Kâçyapa, les rayons de l’intelligence, douée du savoir de l’omniscience, des Tathâgatas vénérables, etc. L’enseignement complet de la bonne loi a lieu également pour tous les êtres entrés dans les cinq voies de l’existence, pour ceux qui, selon leur inclination, ont pris ou le grand véhicule, ou le véhicule des Pratyêkabuddhas, ou celui des Çrâvakas. Et il n’y a ni diminution ni augmentation de la sagesse absolue dans [tel ou tel] Tathâgata. Bien au contraire, tous existent également, sont nés également pour réunir la science et la vertu. Il n’y a pas, ô Kâçyapa, trois véhicules ; il y a seulement des êtres qui agissent différemment les uns des autres : c’est à cause de cela que l’on désigne trois véhicules.

Cela dit, le respectable Mahâkâçyapa parla ainsi à Bhagavat : S’il n’y a pas, ô Bhagavat, trois véhicules différents, à quoi bon employer dans le présent monde les dénominations distinctes de Çrâvakas, de Pratyêkabuddhas et de Bôdhisattvas ? Cela dit, Bhagavat parla ainsi au respectable Mahâkâçyapa : C’est, ô Kâçyapa, comme quand un potier fait des pots divers avec la même argile. De ces pots, les uns deviennent des vases à contenir la mélasse, d’autres des vases pour le beurre clarifié, d’autres des vases pour le lait et pour le caillé, d’autres des vases inférieurs et impurs. La variété n’appartient pas à l’argile ; c’est uniquement de la différence des matières qu’on y dépose que provient la diversité des vases. De même, il n’y a réellement qu’un seul véhicule, qui est le véhicule du Buddha ; il n’y a pas un second, il n’y a pas un troisième véhicule.

Cela dit, le respectable Mahâkâçyapa parla ainsi à Bhagavat : Si les êtres, ô Bhagavat, sortis de cette réunion des trois mondes ont des inclinations diverses, y a-t-il pour eux un seul Nirvâna, ou bien deux, ou bien trois ? Bhagavat dit : Le Nirvâna, ô Kâçyapa, résulte de la compréhension de l’égalité de toutes les lois ; il n’y en a qu’un seul, et non pas deux ni trois. C’est pourquoi, ô Kâçyapa, je te proposerai une parabole ; car les hommes pénétrants connaissent par la parabole le sens de ce qu’on leur dit.

C’est comme si, ô Kâçyapa, un homme aveugle de naissance disait : Il n’y a pas de formes dont les unes aient de belles et les autres de vilaines couleurs. Il n’y a pas de spectateurs pour des formes ayant de belles ou de vilaines couleurs. Il n’existe ni soleil ni lune ; il n’y a ni constellations ni étoiles ; il n’y a pas de spectateurs qui voient les étoiles ; et que d’autres hommes vinssent à dire devant cet aveugle de naissance : Il y a des formes dont les unes ont de belles, les autres de vilaines couleurs. Il y a des spectateurs pour des formes ayant de belles ou de vilaines couleurs. Il existe un soleil et une lune ; il y a des constellations, des étoiles ; il y a des spectateurs qui voient les étoiles ; et que l’aveugle ne voulût pas croire ces hommes, ni s’en rapporter à eux. Alors, qu’il y ait un médecin connaissant toutes les maladies ; qu’il voie cet homme aveugle de naissance, et que cette réflexion lui vienne à l’esprit : C’est de la conduite coupable de cet homme [dans une vie antérieure] qu’est née cette maladie. Les maladies, quelles qu’elles soient, qui paraissent en ce monde, sont au nombre de quatre : les maladies qui sont produites par le vent, celles qui le sont par la bile, celles qui le sont par le phlegme et celles qui le sont par l’état morbide de ces trois principes réunis. Que ce médecin réfléchisse ensuite à plusieurs reprises au moyen de guérir cette maladie, et que cette réflexion lui vienne à l’esprit : Les substances qui sont en usage ici ne sont pas capables de détruire ce mal ; mais il existe dans l’Himavat, le roi des montagnes, quatre plantes médicinales ; et quelles sont-elles ? La première se nomme celle qui possède toutes les saveurs et toutes les couleurs ; la seconde, celle qui délivre de toutes les maladies ; la troisième, celle qui neutralise tous les poisons ; la quatrième, celle qui procure le bien-être dans quelque situation que ce soit. Ce sont là les quatre plantes médicinales. Qu’ensuite le médecin, se sentant touché de compassion pour l’aveugle de naissance, pense au moyen de se rendre dans l’Himavat, le roi des montagnes ; que, s’y étant rendu, il monte au sommet ; qu’il descende dans les vallées, qu’il traverse la montagne en cherchant, et qu’après avoir cherché, il découvre ces quatre plantes médicinales, et que les ayant découvertes, il les donne [à l’aveugle pour qu’il les prenne], l’une après l’avoir mâchée avec les dents, l’autre après l’avoir pilée, celle-ci après l’avoir fait cuire en la mêlant avec d’autres substances, celle-là en la mêlant avec d’autres substances crues ; une autre en se l’introduisant dans une partie donnée du corps au moyen d’une aiguille, une autre après l’avoir consumée dans le feu, une dernière, enfin, en l’employant après l’avoir mêlée avec d’autres substances comme aliment ou comme boisson.

Qu’ensuite l’aveugle de naissance, par suite de l’emploi de ces moyens, recouvre la vue, et que l’ayant recouvrée, il voie en dehors de lui, au dedans de lui, de loin, de près ; qu’il voie les rayons du soleil et de la lune, les constellations, les étoiles, toutes les formes, et qu’il parle ainsi : Certes j’étais un insensé, moi qui jadis ne croyais pas à ceux qui voyaient, et qui ne m’en rapportais pas à eux. Maintenant je vois tout ; je suis délivré de mon aveuglement ; j’ai recouvré la vue, et il n’est en ce monde personne qui l’emporte en rien sur moi.

Or, qu’en ce moment se présentent des Richis doués des cinq connaissances surnaturelles ; que ces sages, habiles à disposer de la vue divine, de l’ouïe divine, de la connaissance des pensées d’autrui, de la mémoire de leurs existences antérieures et d’un pouvoir surnaturel, parlent en ces termes à cet homme : Tu n’as fait, ô homme, que recouvrer la vue, et tu ne connais encore rien. D’où te vient donc cet orgueil. Tu n’as pas la sagesse et tu n’es pas instruit. Puis, qu’ils lui parlent de cette manière ; Quand tu es assis, ô homme, dans l’intérieur de ta maison, tu ne vois pas, tu ne connais pas les autres formes qui sont au dehors ; tu ne distingues pas les êtres, selon qu’ils ont des pensées bienveillantes ou hostiles [pour toi] ; tu ne perçois pas, tu n’entends pas à la distance de cinq Yôdjanas le bruit de la conque, du tambour ou de la voix humaine ; tu ne peux te transporter, même à la distance d’un Krôça sans te servir de tes pieds ; tu as été engendré et tu t’es développé dans le ventre de ta mère, et tu ne te rappelles rien de tout cela. Comment donc es-tu savant, et comment connais-tu tout, et comment peux-tu dire : Je vois tout ? Reconnais donc bien, ô homme, que ce qui est la clarté est l’obscurité ; reconnais encore que ce qui est l’obscurité est la clarté.

Qu’ensuite cet homme parle ainsi à ces Richis : Quel moyen faut-il que j’emploie, ou quelle bonne œuvre faut-il que je fasse, pour acquérir une pareille sagesse ? Puissé-je, par votre faveur, obtenir ces qualités ! Qu’alors ces Richis parlent ainsi à cet homme : Si tu veux cela, pense à la loi, assis dans le désert, ou dans la forêt, ou dans les cavernes des montagnes, et affranchis-toi de la corruption [du mal]. Alors, doué de qualités purifiées, tu obtiendras les connaissances surnaturelles. Qu’ensuite cet homme, suivant ce conseil, entrant dans la vie religieuse, habitant dans le désert, la pensée fixée sur un seul objet, s’étant affranchi de la soif du monde, obtienne les cinq connaissances surnaturelles ; et qu’ayant acquis ces connaissances, il réfléchisse ainsi : La conduite que j’ai suivie antérieurement ne m’a mis en possession d’aucune loi ni d’aucune qualité. Maintenant, au contraire, je vais comme le désire ma pensée ; auparavant je n’avais que peu de sagesse, que peu de jugement ; j’étais aveugle.

Voilà, ô Kâçyapa, la parabole que je voulais te proposer, pour te faire comprendre le sens de mon discours ; voici maintenant ce qu’il faut y voir. L’expression d’aveugle de naissance, ô Kâçyapa, désigne les êtres qui sont renfermés dans la révolution du monde, où l’on entre par cinq voies ; ce sont ceux qui ne connaissent pas l’excellente loi et qui accumulent [sur eux-mêmes] l’obscurité et les ténèbres épaisses de la corruption [du mal], ils sont aveuglés par l’ignorance, et dans cet état d’aveuglement, ils recueillent les conceptions ainsi que le nom et la forme qui sont l’effet des conceptions, jusqu’à ce qu’enfin a lieu la production de ce qui n’est qu’une grande masse de misères. C’est de cette manière que les êtres aveuglés par l’ignorance sont renfermés dans la révolution du monde.

Mais le Tathâgata, qui est placé en dehors de la réunion des trois mondes, éprouvant pour eux de la compassion, ému de pitié comme un père l’est pour son fils unique qui lui est cher, après être descendu dans la réunion des trois mondes, contemple les êtres roulants dans le cercle de la transmigration ; et les êtres ne connaissent pas le moyen véritable de sortir du monde. Alors Bhagavat les voit avec l’œil de la Sagesse, et les ayant vus, il les connaît. Ces êtres, [dit-il,] après avoir accompli antérieurement le principe de la vertu, ont des haines faibles et des attachements vifs, ou des attachements faibles et des haines et des erreurs vives. Quelques-uns ont peu d’intelligence, d’autres sont sages ; ceux-ci sont parvenus à la maturité et sont purs, ceux-là suivent de fausses doctrines. À ces êtres, Bhagavat, grâce à l’habile emploi des moyens dont il dispose, enseigne, trois véhicules. Alors les Bôdhisattvas, semblables à ces Richis, qui étaient doués des cinq connaissances surnaturelles et d’une vue parfaitement claire, les Bôdhisattvas, dis-je, ayant conçu la pensée de l’état de Bôdhi, ayant acquis une patience miraculeuse dans la loi, sont élevés à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli.

Dans cette comparaison, le Tathâgata doit être regardé comme le grand médecin ; tous les êtres doivent être regardés comme aveuglés par l’erreur, ainsi que l’aveugle de naissance. L’affection, la haine, l’erreur, et les soixante-deux fausses doctrines, ce sont le vent, la bile et le phlegme. Les quatre plantes médicinales sont [les quatre vérités suivantes] : l’état de vide, l’absence d’une cause, l’absence d’un objet, et l’entrée du Nirvâna. De même que, selon les diverses substances qu’on emploie, on guérit diverses maladies, ainsi les êtres se représentant l’état de vide, l’absence d’une cause, l’absence d’un objet, et l’entrée de l’affranchissement, arrêtent [l’action de] l’ignorance ; de l’anéantissement de l’ignorance vient celui des conceptions, jusqu’à ce qu’enfin ait lieu l’anéantissement de ce qui n’est qu’une grande masse de maux. De cette manière, la pensée de l’homme n’est ni dans la vertu ni dans le péché.

L’homme qui fait usage du véhicule des Çrâvakas, ou des Pratyêkabuddhas, doit être regardé comme l’aveugle qui recouvre la vue. Il brise les chaîne s des misères de la transmigration ; débarrassé des chaîne s des misères, il est délivré de la réunion des trois mondes, où l’on entre par cinq voies. C’est pourquoi celui qui fait usage du véhicule des Çrâvakas sait ce qui suit, prononce les paroles qui suivent : Il n’y a plus désormais d’autres lois faites pour être connues par un Buddha parfaitement accompli, j’ai atteint le Nirvâna. Mais Bhagavat lui montre la loi : Comment, [dit-il,] celui qui n’a pas obtenu toutes les lois, aurait-il atteint le Nirvâna ? Bhagavat l’introduit alors dans l’état de Bôdhi. Ayant conçu la pensée de l’état de Bôdhi, le Çrâvaka n’est plus dans la révolution du monde, et il n’a pas encore atteint le Nirvâna se faisant une idée exacte de la réunion des trois mondes, il voit le monde vide dans les dix points de l’espace, semblable à une apparition magique, à une illusion, semblable à un songe, à un mirage, à un écho. Il voit toutes les lois, celles de la cessation de la naissance, comme celles qui sont contraires à l’anéantissement ; celles de la délivrance, comme celles qui sont contraires à l’affranchissement ; celles qui n’appartiennent pas aux ténèbres et à l’obscurité, comme celles qui sont contraires à la clarté. Celui qui voit ainsi les lois profondes, celui-là voit, à la manière de l’aveugle, les pensées et les dispositions diverses de tous les êtres qui remplissent la réunion des trois mondes.

Ensuite Bhagavat, pour exposer ce sujet plus amplement, prononça dans cette occasion les stances suivantes :

45. De même que les rayons du soleil et de la lune tombent également sur tous les hommes, sur les bons comme sur les méchants, sans qu’il y ait diminution ni augmentation de leur éclat ;

46. Ainsi la splendeur de la science du Tathâgata, semblable au soleil et à la lune, convertit également tous les êtres, sans augmenter ou sans diminuer [pour l’un ou pour l’autre ].

47. De même que le potier qui fabrique des vases de terre, produit avec la même argile des vases divers, des vases pour la mélasse, le lait, le beurre clarifié et l’eau,

48. Quelques-uns pour le lait caillé, d’autres pour des substances impures ; et cependant, pour fabriquer tous ses vases, il ne prend que la même espèce d’argile ;

49. Et les vases ne sont distingués les uns des autres que par la substance qu’on y renferme ; de même, quoiqu’il n’y ait pas de différences entre les êtres, les Tathâgatas, se fondant sur la diversité de leurs inclinations, 50. Célèbrent diverses espèces de véhicules, mais le véhicule du Buddha est le seul réel. Quand on ignore ce que c’est que la roue de la transmigration, on ne connaît pas le Nirvâna.

51. Mais celui qui reconnaît que les lois sont vides et privées d’une essence propre, pénètre à fond l’état de Bôdhi qui appartient aux Bienheureux parfaitement Buddhas.

52. Une sagesse intimement inhérente [à celui qui la possède], c’est ce qu’on nomme un Djina individuel ; le Çrâvaka se reconnaît à ce qu’il est privé de la connaissance du vide.

53. Mais le Buddha parfaitement accompli est celui qui pénètre toutes les lois ; aussi emploie-t-il des centaines de moyens pour enseigner la loi aux créatures.

54. C’est comme si un aveugle de naissance, ne voyant ni le soleil, ni la lune, ni les constellations, ni les étoiles, disait dans son ignorance : Il n’existe absolument pas de formes.

55. Mais qu’un grand médecin éprouve de la compassion pour cet aveugle de naissance, et que s’étant rendu dans l’Himavat, il traverse la montagne, et en visite les vallées et les sommets.

56. Qu’il rapporte de cette montagne les quatre plantes dont la première est celle qui possède toutes les couleurs et toutes les saveurs, et qu’il les emploie comme médicament.

57. Qu’il les fasse prendre à l’aveugle de naissance, l’une après l’avoir broyée avec ses dents, l’autre après l’avoir pilée, l’autre en l’introduisant dans son corps avec la pointe d’une aiguille.

58. Qu’ayant recouvré la vue, cet homme voie le soleil, la lune, les constellations et les étoiles ; et qu’il reconnaisse qu’il n’a parlé, comme il faisait auparavant, que par ignorance.

59. De même, aveuglés dès leur naissance par la grande ignorance, les êtres sont condamnés à la transmigration ; ne connaissant pas la roue de la production des causes et effets, ils entrent dans la voie de la douleur.

60. De même le Meilleur des êtres, le Tathâgata qui sait tout, naît, plein de compassion comme le grand médecin, dans le monde troublé par l’ignorance.

61. Habile dans l’emploi des moyens, le Précepteur [du monde] expose la bonne loi ; il enseigne l’état suprême de Bôdhi à celui qui est entré dans le premier des véhicules.

62. Le Guide [des hommes] expose une science moyenne à celui qui n’a qu’une moyenne sagesse ; il enseigne un autre état de Bôdhi pour celui qui est épouvanté par la transmigration.

63. Le Çrâvaka intelligent qui est sorti de l’enceinte des trois mondes, se dit alors : J’ai atteint le pur, le fortuné Nirvâna. Ce n’est cependant que par la connaissance de toutes les lois que s’acquiert le Nirvâna immortel.

64. Mais c’est alors comme quand les grands Richis, dans leur compassion pour l’aveugle, lui disent : Tu es un insensé, ne crois pas avoir acquis la science.

65. Car quand tu es assis dans l’intérieur de ta maison, tu ne peux, à cause de la faiblesse de ton intelligence, connaître ce qui se passe au dehors.

66. Ce que fait ou ce que ne fait pas un homme renfermé dans l’intérieur [de sa maison], tu ne le sais pas aujourd’hui en le regardant du dehors, comment donc, avec aussi peu d’intelligence, peux-tu dire que tu sais ?

67. Tu es incapable d’entendre ici la voix [d’un homme qui parlerait] à la distance de cinq Yôdjanas ; à bien plus forte raison, tu ne peux entendre une voix qui viendrait de plus loin.

68. Tu es hors d’état de reconnaître ceux qui ont pour toi des dispositions bienveillantes ou hostiles ; d’où te vient donc cet orgueil ?

69. S’il te faut aller seulement à la distance d’un Krôça, tu ne peux te passer de tes pieds ; tu as complètement oublié ce que tu as fait dans le sein de ta mère.

70. Celui qui possède les cinq connaissances surnaturelles, est le seul qui s’appelle en ce monde. Celui qui sait tout, mais toi, qui ne sais absolument rien, c’est par erreur que tu dis : Je sais tout.

71. Si tu désires l’omniscience, mets-toi en possession des connaissances surnaturelles ; et pour en obtenir la possession, médite, retiré dans le désert, sur la loi qui est pure ; c’est ainsi que tu acquerras les connaissances surnaturelles.

72. Cet homme adopte donc ce parti, et, retiré dans le désert, il médite avec recueillement ; et bientôt, doué des qualités convenables, il a acquis les cinq connaissances surnaturelles. De la même manière tous les Çrâvakas s’imaginent qu’ils ont atteint le Nirvâna ; mais le Djina les instruit en disant : Ce n’est là qu’un [lieu de] repos, ce n’est pas là le Nirvâna.

74. Quelque doctrine que les Buddhas enseignent, c’est un effet des moyens dont ils disposent : il n’y a pas de Nirvâna sans omniscience ; c’est à l’omniscience qu’il faut s’appliquer.

75. La science infinie des trois voies [du temps], les cinq perfections accomplies, le vide, l’absence de toute cause, l’absence de tout objet ;

76. L’idée de l’état de Bôdhi, ainsi que les autres lois qui conduisent au Nirvâna, celles qui sont parfaites, comme celles qui ne le sont pas, qui sont calmes et semblables à l’espace ;

77. Les quatre demeures de Brahmâ ; les lois qui sont présentées en abrégé, celles qui sont exposées par les grands Richis pour discipliner les êtres ;

78. [Toutes ces lois en un mot,] celui qui reconnaît que leur nature propre est celle d’un songe, d’une illusion, qu’elles n’ont pas plus de substance que la tige du Kadalî [n’a de solidité], qu’elles sont semblables à un écho ;

79. Et qui connaît complètement la véritable nature de la réunion des trois mondes, celui-là connaît le Nirvâna qui n’est ni enchaîné ni affranchi.

80. Il sait que toutes les lois sont égales, vides, indivisibles, sans essence ; il ne les contemple pas et n’aperçoit même aucune loi.

81. Doué d’une grande sagesse, un tel homme voit le corps de la loi d’une manière complète ; il n’existe en aucune façon trois véhicules, il n’y en a au contraire qu’un seul en ce monde.

82. Toutes les lois sont égales ; et en cette qualité, elles sont perpétuellement uniformes ; celui qui connaît cette vérité, connaît l’immortel et fortuné Nirvâna.

CHAPITRE VI.
LES PRÉDICTIONS.

Ensuite Bhagavat, après avoir prononcé ces stances, parla ainsi à l’assemblée tout entière des Religieux : Je vais vous témoigner mon affection, ô Religieux : je vais vous instruire. Oui, ce Religieux Kâçyapa, l’un de mes Çrâvakas, honorera trente mille fois dix millions de Buddhas, il les traitera avec respect, il leur offrira son hommage, son adoration, ses prières. Il possédera la bonne loi de ces bienheureux Buddhas. A sa dernière existence, dans l’univers nommé Avabhâsa, dans le Kalpa nommé Mahâvyûha, il paraîtra au monde comme Tathâgata, sous le nom de Raçmiprabkâsa, vénérable, etc., doué de science et de conduite, etc. La durée de son existence sera de douze moyens Kalpas ; sa bonne loi subsistera pendant vingt moyens Kalpas, et l’image de sa bonne loi durera vingt autres moyens Kalpas. La terre de Buddha où il paraîtra sera pure, parfaite, débarrassée de pierres, de graviers, d’aspérités, de torrents, de précipices, d’ordures et de taches ; elle sera unie, agréable, bonne, belle à voir, reposant sur un fond de lapis-lazuli, ornée d’arbres de diamant, couverte d’enceintes tracées en forme de damier avec des cordes d’or, jonchée de fleurs. Là naîtront plusieurs centaines de mille de Bôdhisattvas ; là existeront des centaines de mille de myriades de kôtis de Çrâvakas en nombre infini. Là ne paraîtra pas Mâra le pêcheur ; on n’y connaîtra pas la suite de Mâra, car Mâra et sa troupe y reprendront une nouvelle existence ; bien plus, dans cet univers, les Mâras s’appliqueront, sous l’enseignement du bienheureux Tathâgata Raçmiprabhâsa, à comprendre parfaitement la bonne loi.

Alors Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

1. Je vois, ô Religieux, avec ma vue de Buddha, que le Sthavira Kâçyapa deviendra Buddha, dans l’avenir, dans un Kalpa incalculable, après qu’il aura rendu un culte aux Meilleurs des hommes.

2. Ce Kâçyapa verra trente mille kôtis complets de Djinas ; ce Religieux, pour obtenir la science de Buddha, remplira alors les devoirs de la conduite religieuse.

3. Après qu’il aura rendu un culte aux Meilleurs des hommes, s’étant perfectionné dans cette science excellente, il sera, au temps de sa dernière existence, le Chef du monde, le grand et incomparable Richi.

4. La terre qu’il habitera sera excellente, variée, pure, très belle à voir, agréable, toujours florissante et ornée de cordes d’or.

5. Là, sur la terre de ce Religieux, des arbres de diamant très variés croîtront çà et là dans des enceintes tracées en forme de damier, et répandront une odeur agréable.

6. Elle sera ornée d’une grande abondance de fleurs, et des fleurs les plus variées ; on n’y rencontrera ni torrents, ni précipices ; elle sera unie, fortunée, belle.

7. Là existeront plusieurs milliers de kôtis de Bôdhisattvas, doués des grandes facultés surnaturelles et parfaitement maîtres de leurs pensées ; ils comprendront les Sûtras aux grands développements exposés par les Protecteurs.

8. Non, quand même à l’aide d’une science divine, on compterait pendant des Kalpas, on ne pourrait avoir la mesure des Çrâvakas, rois de la loi, exempts d’imperfections, qui y paraîtront dans leur dernière existence.

9. Le Buddha Raçmiprabhâsa existera pendant douze moyens Kalpas, et sa bonne loi pendant vingt moyens Kalpas ; l’image de cette loi en durera autant dans l’univers de ce Buddha.

Ensuite le respectable Sthavira Mahâipâudgalyâyana, avec Subhûti et Mahâkâtyâyana, tremblants de tous leurs membres, regardèrent Bhagavat avec des yeux fixes. En ce moment, chacun d’eux prononça mentalement les stances suivantes :

10. O vénérable, ô grand héros, lion de race de Çâkya, ô toi, le Meilleur des hommes, prononce le nom de Buddha par compassion pour nous.

11. O toi, le Meilleur des hommes, toi qui connais certainement le moment favorable, répands pour nous aussi ton ambroisie, en nous prédisant que nous serons des Djinas.

12. Qu’un homme sorti par un temps de famine, et ayant trouvé de la nourriture, se dise, après avoir réfléchi à plusieurs reprises : J’ai de la nourriture dans les mains !

13. Pareille est notre satisfaction, en pensant au char misérable dans lequel nous sommes entrés ; nous avons obtenu la science de Buddha, semblables à des êtres qui ont trouvé de la nourriture par un temps mauvais.

14. Et cependant le grand Solitaire parfaitement Buddha, ne nous annonce pas nos destinées futures ; c’est comme s’il nous disait : Ne mangez pas la nourriture que vous avez dans la main.

15. Avec une satisfaction égale, ô héros, depuis que nous avons entendu cette voix excellente, nous savons que si nous apprenons nos destinées futures, nous aurons atteint le Nirvâna.

16. Prédis-les-nous donc, ô grand héros, toi qui désires le bien, toi qui es plein d’une grande miséricorde ! Puisse, ô grand Solitaire, arriver le terme de nos pensées misérables !

Alors Bhagavat connaissant avec sa pensée les réflexions qui s’élevaient dans l’esprit de ces Sthaviras, grands Çrâvakas, s’adressa de nouveau en ces termes à l’assemblée tout entière des Religieux. Ce Sthavira Subhûti, l’un de mes grands Çrâvakas, ô Religieux, honorera trente fois cent mille myriades de kôtis de Buddhas, il les traitera avec respect. Il observera sous eux les devoirs de la conduite religieuse, et se préparera à obtenir l’état de Bôdhi. Après avoir fait un noviciat de cette espèce, parvenu à sa dernière existence, il paraîtra dans le monde comme Tathâgata, sous le nom de Çaçikêtu, vénérable, etc., doué de science et de conduite, etc. La terre de Buddha où il paraîtra se nommera Ratnasambhava, et son Kalpa Ratnâvabhâsa. Cette terre de Buddha sera unie, agréable, reposant sur un fond de cristal, parsemée d’arbres de diamant, débarrassée de torrents, de précipices, d’ordures et de taches, jonchée de belles fleurs. Les hommes y jouiront du bonheur d’habiter des maisons ayant des étages élevés. Ce Tathâgata y aura beaucoup de Çrâvakas, un nombre de Çrâvakas dont le calcul ne peut atteindre le terme. Là paraîtront aussi plusieurs fois cent mille myriades de kôtis de Bôdhisattvas. La durée de l’existence de ce Bienheureux sera de douze moyens Kalpas. Sa bonne loi subsistera pendant vingt moyens Kalpas, et l’image de sa bonne loi durera vingt autres moyens Kalpas. Ce Bienheureux se tenant suspendu au milieu des airs, enseignera la loi aux Religieux ; il disciplinera plusieurs centaines de mille de Bôdhisattvas, et plusieurs centaines de mille de Çrâvakas.

Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

17. Je vais aujourd’hui vous témoigner mon affection, ô Religieux, je vais vous instruire, écoutez-moi : Ce Sthavira Subhûti, l’un de mes Çrâvakas, sera Buddha dans l’avenir.

18. Et après avoir vu trente myriades complètes de kôtis de Buddhas, doués d’une grande puissance, ce Religieux observera, pour obtenir cette science, les règles de la conduite religieuse qui sont entre elles dans un parfait accord.

19. Ce héros, au temps de sa dernière existence, décoré des trente-deux signes [de beauté], et semblable à un poteau d’or, sera un grand Richi, bon pour le monde et plein de compassion.

20. Ce sera une terre belle à voir, excellente et agréable pour un grand nombre d’êtres, que celle qu’habitera l’ami du monde, occupé à sauver des myriades de kôtis de créatures.

21. Là existeront beaucoup de Bôdhisattvas, revêtus d’une grande puissance, habiles à faire tourner la roue qui ne revient pas en arrière, et qui, doués de sens pénétrants, embelliront cette terre de Buddha, sous l’enseignement de ce Djina.

22. Ce Djina aura beaucoup de Çrâvakas, des Çrâvakas dont il n’existe ni calcul, ni mesure, qui seront doués des six connaissances surnaturelles, de la triple science et des grandes facultés, et qui seront établis dans les six affranchissements.

23. La force de sa puissance surnaturelle sera inconcevable, lorsqu’il enseignera l’état suprême de Bôdhi ; des Dêvas et des hommes, en nombre égal aux sables du Gange, tiendront toujours devant lui les mains réunies en signe de respect.

24. Il existera pendant douze moyens Kalpas, et sa bonne loi pendant vingt autres moyens Kalpas ; l’image de la loi du Meilleur des hommes durera encore vingt autres moyens Kalpas.

Ensuite Bhagavat s’adressa ainsi de nouveau à l’assemblée tout entière des Religieux : Je vais vous témoigner mon affection, ô Religieux, je vais vous instruire. Oui, ce Sthavira Kâtyâyana, l’un de mes Çrâvakas, honorera huit mille myriades de kôtis de Buddhas, il les traitera avec respect, etc. Il élèvera à ces bienheureux Buddhas, parvenus au Nirvâna complet, des Stupas hauts de cent Yôdjanas, ayant une circonférence de cinquante Yôdjanas, et faits des sept substances précieuses, savoir : d’or, d’argent, de lapis-lazuli, de cristal, de perle rouge, d’émeraude et de diamant, ce qui forme la septième chose précieuse. Il rendra un culte à ces Stupas, avec des fleurs, de l’encens, des odeurs, des guirlandes de fleurs, des substances onctueuses, des poudres parfumées, des vêtements, des parasols, des étendards, des drapeaux, des enseignes. Ensuite, bien longtemps après, il accomplira de nouveau ces mêmes devoirs en présence de vingt fois dix millions de Buddhas ; il les traitera avec respect, etc. Dans sa dernière existence et sous sa dernière forme corporelle, il naîtra au monde comme Tathâgata, sous le nom de Djambûnadaprabha, vénérable, etc., doué de science et de conduite, etc. La terre de Buddha où il paraîtra sera très pure, unie, agréable, bonne, belle à voir, reposant sur un fond de cristal, parsemée d’arbres de diamant, recouverte de cordes d’or, tapissée de lits de fleurs, débarrassée de troupes d’Asuras, de gens de Yama et d’êtres nés dans des matrices d’animaux, remplie de beaucoup de Dêvas et d’hommes, embellie par plusieurs centaines de mille de Çrâvakas, ornée de plusieurs centaines de mille de Bôdhisattvas. La durée de son existence sera de douze moyens Kalpas, sa bonne loi subsistera pendant vingt moyens Kalpas.

Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

25. Écoutez-moi tous aujourd’hui, car je prononce une parole véritable ; le Sthavira Kâtyâyana, l’un de mes Çrâvakas, rendra un culte aux Guides [du monde].

26. Il offrira aux Guides du monde des hommages variés et nombreux, et quand ces Buddhas seront entrés dans le Nirvâna complet, il leur fera élever des Stupas, et il leur rendra un culte avec des fleurs et des parfums.

27. Parvenu à sa dernière existence, il deviendra Djina dans une terre parfaitement pure ; après avoir acquis cette science d’une manière complète, il l’enseignera à des milliers de kôtis de créatures.

28. Comblé d’honneurs par le monde réuni aux Dêvas, il sera un Bienheureux répandant la lumière, sous le nom de Djambûnadaprabha, et il sauvera des kôtis de Dêvas et d’hommes.

29. Des Bôdhisattvas et des Çrâvakas nombreux, qui existeront sur cette terre sans qu’on puisse les calculer ni les compter, orneront l’enseignement de ce Buddha, tous affranchis de l’existence et exempts de terreur.

Ensuite Bhagavat s’adressa ainsi de nouveau à rassemblée tout entière des Religieux : Je vais vous témoigner mon affection, ô Religieux, je vais vous instruire. Oui, le Sthavira Mahâmâudgalyâyana, l’un de mes Çrâvakas, après avoir réjoui vingt-huit mille Buddhas, honorera ces bienheureux Buddhas de diverses manières, et les traitera avec respect, etc. Il fera élever à ces bienheureux Buddhas, entrés dans le Nirvâna complet, des Stupas, faits des sept substances précieuses, savoir : d’or, d’argent, de lapis-lazuli, de cristal, de perle rouge, d’émeraude, et de diamant, hauts de mille Yôdjanas, ayant une circonférence de cinq cents Yôdjanas. Il offrira à ces Stûpas des hommages de diverses espèces, avec des fleurs, etc. [comme ci-dessus pour Kâtyâyana.] Ensuite, longtemps après, il rendra de nouveau ces mêmes devoirs à vingt fois cent mille myriades de kôtis de Buddhas ; il les traitera avec respect, etc. Parvenu à sa dernière existence, il paraîtra au monde comme Tathâgata, sous le nom de Tamâlapatratchandanagandha, Vénérable, etc., doué de science et de conduite, etc. La terre de Buddha où il paraîtra sera nommée Manôbhirâma, son Kalpa se nommera Ratiprapûrna. Cette terre de Buddha sera très-pure, unie, etc. [comme ci-dessus pour Kâtyâyana,] parsemée d’arbres de diamant, jonchée de fleurs qui y seront répandues, fréquentée par plusieurs milliers d’hommes, de Dêvas, de Richis, qui seront des Çrâvakas et des Bôdhisattvas. La durée de l’existence de ce Buddha sera de vingt-quatre moyens Kalpas. Sa bonne loi subsistera quarante moyens Kalpas, et l’image de sa bonne loi durera quarante autres moyens Kalpas. Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

30. Ce Religieux de la famille Mâudgalya, l’un de mes Çrâvakas, après avoir revêtu un corps humain, verra vingt-huit mille Djinas protecteurs, exempts de toute souillure.

31. Il remplira sous eux les devoirs de la conduite religieuse, recherchant la science de Buddha ; il rendra alors des honneurs variés à ces Guides [du monde] aux Meilleurs des hommes.

32. Après avoir gardé leur loi excellente, vaste et pure, pendant mille fois dix mille Kalpas, quand ces Sugatas seront entrés dans le Nirvâna complet, il rendra un culte à leurs Stupas.

33. Il fera élever, en l’honneur de ces excellents Djinas, des Stupas formés de substances précieuses et accompagnés d’étendards, honorant ces Protecteurs qui avaient été bons pour le monde, avec des fleurs et des parfums, et faisant entendre le bruit des instruments.

34. Au temps de sa dernière existence, dans une agréable et délicieuse terre, il sera un Buddha bon pour le monde et plein de compassion, sous le titre de Tamâlapatratchandanagandha.

35. La durée de l’existence de ce Sugata sera de vingt-quatre moyens Kalpas complets, pendant lesquels il exposera sans relâche, aux hommes et aux Dêvas, les bonnes règles des Buddhas.

36. Là, de nombreux milliers de kôtis de Çrâvakas du Djina, en nombre égal à celui des sables du Gange, tous doués des six connaissances surnaturelles, de la triple science, et d’une grande puissance magique, existeront sous l’enseignement de ce Sugata.

37. Beaucoup de Bôdhisattvas, incapables de retourner en arrière, déployant leur énergie, toujours doués de sagesse et d’une application intense, existeront sous l’enseignement du Sugata ; il en paraîtra de nombreux milliers dans cette terre de Buddha.

38. Quand ce Djina sera entré dans le Nirvâna complet, sa bonne loi durera en ce temps-là vingt et encore vingt moyens Kalpas complets ; l’image de sa loi aura la même durée.

39. Ces cinq personnages, mes Çrâvakas, doués des grandes facultés surnaturelles, qui ont été destinés en ma présence à l’état suprême de Bôdhi, seront, dans un temps à venir, des Djinas existants par eux-mêmes ; apprenez de ma bouche [quelle a été jadis] leur conduite.

CHAPITRE VII.
L’ANCIENNE APPLICATION.

Jadis, ô Religieux, dans le temps passé, bien avant des Kalpas plus innombrables que ce qui est sans nombre, immenses, incommensurables, inconcevables, sans comparaison comme sans mesure, avant cette époque et bien avant encore, apparut au monde le Tathâgata, nommé Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., doué de science et de conduite, etc. ; c’est, ô Religieux, dans l’univers Sambhava et dans le Kalpa Mahârûpa, que parut, il y a bien longtemps, ce Tathâgata. C’est comme si, ô Religieux, broyant la terre qui se trouve ici, dans cet univers formé de la réunion d’un grand millier de trois mille mondes, un homme la réduisait tout entière en poudre. Qu’ensuite, prenant dans cet univers un atome de poussière extrêmement fin, l’homme franchissant mille univers du côté de l’orient, y dépose cet atome de poussière extrêmement fin. Que cet homme prenant un second atome de poussière extrêmement fin, franchissant mille univers par delà les premiers, y dépose ce second atome de poussière ; que de cette manière cet homme dépose la totalité de cette terre du côté de l’orient. Qu’en pensez-vous, ô Religieux ? Est-il possible d’atteindre par le calcul le terme et la limite de ces mondes ? Les Religieux dirent : Cela n’est pas possible, ô Bhagavat ; cela n’est pas possible, ô Sugata. Bhagavat reprit : Bien au contraire, ô Religieux, il n’est pas impossible qu’un calculateur, qu’un grand calculateur, trouve par le calcul le terme de ces mondes, tant de ceux sur lesquels ont été déposés ces atomes de poussière extrêmement fins, que de ceux sur lesquels on n’en a pas déposé. Il n’en est pas de même des cent mille myriades de kôtis de Kalpas [écoulés depuis ce Buddha] ; l’emploi du calcul n’en peut atteindre le terme. Eh bien, tout ce qu’il y a de Kalpas passés depuis que ce Bienheureux est entré dans le Nirvâna complet, tout cela forme l’époque [dont je me souviens], cette époque qui échappe également à la pensée et à toute mesure. Et ce Tathâgata, ô Religieux, entré depuis si longtemps dans le Nirvâna complet, je me le rappelle, parce que je déploie l’énergie de la vue de la science des Tathâgatas, comme si son Nirvâna complet devait avoir lieu aujourd’hui ou demain. Ensuite Bhagavat prononça, dans cette occasion, les stances suivantes :

1. Plusieurs fois dix millions de Kalpas se sont écoulés depuis le temps où existait le grand Solitaire Abhidjñâdjñânâbhibhû, le Meilleur des hommes ; il fut, dans ce temps-là, le Djina sans supérieur.

2. C’est comme si un homme venait à réduire en une poudre extrêmement fine les trois mille mondes dont se compose cet univers, et qu’après avoir pris un atome de cette poudre, il allât le déposer par delà mille terres.

3. Que transportant ainsi successivement un second, un troisième atome, il finisse par avoir transporté la totalité de cette masse de poussière ; que cet univers soit entièrement vide, et que toute cette poussière soit épuisée.

4. Eh bien ! le nombre des atomes de poussière, de ces atomes dont il n’y a pas de mesure, qui se trouveraient dans ces univers si on les avait complètement réduits en poudre, ce nombre, je le prends comme l’image de celui des Kalpas écoulés [depuis ce Buddha].

5. Ainsi sont incommensurables les nombreux kôtis de Kalpas écoulés depuis que ce Sugata est entré dans le Nirvâna complet ; les atomes de poussière [dont j’ai parlé] réunis tous n’en donnent qu’une idée incomplète ; les Kalpas passés depuis cette époque ne sont pas moins nombreux.

6. Le Guide [du monde] parvenu au Nirvâna depuis si longtemps, ses Çrâvakas, ainsi que ses Bôdhisattvas, je me les rappelle tous comme si c’était aujourd’hui ou demain, tant est grande la science des Tathâgatas.

7. Telle est en effet, ô Religieux, la science du Tathâgata dont le savoir est infini ; oui, je sais ce qui s’est passé depuis plusieurs centaines de Kalpas, au moyen de ma mémoire subtile et parfaite.

La durée de l’existence de ce bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., fut, ô Religieux de cinquante-quatre fois cent mille myriades de kôtis de Kalpas. Ce bienheureux Tathâgata, avant d’être Buddha parfait, étant entré dans l’intime et suprême essence de l’état de Bôdhi, pour parvenir à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, brisa et vainquit toutes les troupes de Mâra. Et après les avoir vaincues et brisées, il pensa qu’il allait atteindre à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Cependant les lois de cet état ne lui apparaissaient pas encore face à face. Il resta donc pendant un moyen Kalpa auprès de l’arbre Bôdhi, dans la pure essence de l’état de Bôdhi ; il passa encore un second moyen Kalpa dans cette situation ; et cependant il ne parvint pas à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Il passa ainsi un troisième, un quatrième, un cinquième, un sixième, un septième, un huitième, un neuvième, un dixième moyen Kalpa auprès de l’arbre Bôdhi, dans la pure essence de l’état de Bôdhi, gardant pendant tout ce temps la même posture, c’est-à-dire les jambes croisées, sans se lever une seule fois dans l’un de ces intervalles, conservant sa pensée comme son corps dans une complète immobilité. Et cependant les lois de l’état de Buddha ne lui apparaissaient pas encore face à face.

Or, ô Religieux, pendant qu’il était ainsi entré dans la pure essence de l’état de Bôdhi, les Dêvas Trâyastrimças lui préparèrent un grand trône, haut de cent mille Yôdjanas, sur lequel le Bienheureux ne fut pas plutôt assis qu’il parvint à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. A peine le Bienheureux fut-il entré dans la pure essence de l’état de Bôdhi, que les fils des Dêvas nommés Brahmakâyikas firent tomber une pluie divine de fleurs dans une étendue de cent Yôdjanas autour du siège sur lequel il était assis. Ils firent en même temps souffler dans l’air des vents qui enlevaient celles de ces fleurs qui étaient fanées. La pluie de fleurs qui tombait sur le Bienheureux parvenu à la pure essence de l’état de Bôdhi, ils la firent tomber sans aucune interruption ; ils l’en couvrirent ainsi pendant dix moyens Kalpas complets, et la répandirent sur lui jusqu’à ce que vint le moment où il entra dans le Nirvâna complet. Les fils des Dêvas nommés Tchâturmahârâdjakâyikas firent résonner les timbales divines, les frappant sans interruption en l’honneur du Bienheureux qui était entré dans l’intime et suprême essence de l’état de Bôdhi. Pendant dix moyens Kalpas complets, ils firent retentir sans cesse et ensemble des instruments divins au-dessus de la tête du Bienheureux, jusqu’à ce que vint le moment où il entra dans le grand Nirvâna.

Ensuite, ô Religieux, le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., parvint au bout de dix moyens Kalpas à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Aussitôt que les seize fils légitimes qu’il avait eus pendant qu’il était Kumâra, et dont l’aîné se nommait Djñânâkara, connurent qu’il était parvenu à cet état, ces seize fils de roi qui possédaient chacun divers jouets agréables, variés et beaux à voir, les ayant tous abandonnés, parce qu’ils avaient appris que le Bienheureux était parvenu à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; ces seize fils, dis-je, environnés et suivis de leurs mères et de leurs nourrices qui pleuraient, ainsi que du grand monarque Tchakravartin, roi vénérable, maître d’un grand trésor, des conseillers royaux et de plusieurs centaines de milliers de myriades de kôtis d’êtres vivants, se rendirent au lieu où se trouvait le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., qui était entré dans l’intime et suprême essence de l’état de Bôdhi, afin de vénérer, d’adorer, d’honorer ce Bienheureux. Quand ils s’y furent rendus, ayant salué, en les touchant de la tête, les pieds du Bienheureux, ayant tourné trois fois autour de lui, en commençant par la droite, les mains réunies en signe de respect, ils célébrèrent le Bienheureux dans des stances régulières qu’ils prononcèrent en sa présence.

8. Tu possèdes les grandes connaissances surnaturelles, tu es sans supérieur et tu as été perfectionné pendant des Kalpas sans fin ; tes excellentes réflexions à l’effet de sauver tous les êtres vivants, sont arrivées à leur perfection.

9. Ils ont été bien difficiles à traverser ces dix moyens Kalpas que tu as passés, assis sur le même siège ; pendant cet intervalle de temps, tu n’as remué ni ton corps, ni tes pieds, ni tes mains, et tu ne t’es pas transporté dans un autre lieu.

10. Ton intelligence arrivée au comble de la quiétude est parfaitement calme ; elle est immobile et à jamais à l’abri de toute agitation ; l’inattention t’est inconnue ; exempt de toute faute, tu restes dans une quiétude inaltérable.

11. Et voyant que tu es heureusement et en sûreté arrivé, sans éprouver aucun mal, à l’état suprême de Bôdhi, [nous nous disons : ] Puissions-nous obtenir un pareil bonheur ! et t’ayant vu, ô lion parmi les rois, nous croissons [en vertu].

12. Toutes ces créatures, qui n’ont pas de protecteur, qui sont malheureuses, semblables à des hommes auxquels on a arraché les yeux, privées de félicité, ne connaissent pas la voie qui conduit au terme du malheur, et elles ne développent pas leur énergie pour l’affranchissement.

13. Elles prolongent pour longtemps leur séjour dans les lieux de châtiments ; leurs lois sont d’être privées de la possession de corps divins ; elles n’entendent jamais la voix des Djinas ; enfin, ce monde tout entier est plongé dans les ténèbres de l’aveuglement.

14. Aujourd’hui, ô toi qui connais le monde, tu as atteint ici ce lieu fortuné, excellent et exempt d’imperfection ; nous et les mondes, nous sommes devenus les objets de ta faveur ; aussi cherchons-nous, ô chef, un asile auprès de toi.

Ensuite, ô Religieux, ces seize fils de roi ayant célébré dans ces stances prononcées devant lui, le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, lui adressèrent la prière suivante, pour qu’il fît tourner la roue de la loi : Que Bhagavat, que Sugata enseigne la loi pour l’utilité et le bonheur de beaucoup d’êtres, par compassion pour le monde, pour l’avantage, l’utilité et pour le bonheur du grand corps des êtres, Dêvas et hommes. Ensuite ils prononcèrent les stances suivantes :

15. Enseigne la loi, ô toi qui es le Meilleur des hommes ; enseigne la loi, toi qui portes les signes des cent vertus ; ô Guide [du monde], ô grand Rïchi qui n’as pas ton égal, tu as acquis la science rare et éminente.

16. Expose-la au monde réuni aux Dêvas, et sauve-nous ainsi que ces créatures ; enseigne-nous la science des Tathâgatas, pour que nous obtenions l’excellent état de Bôdhi, ainsi que tous ces êtres.

17. Car tu connais toute science et toute conduite ; tu connais les pensées et les bonnes œuvres accomplies autrefois ; tu connais les inclinations de toutes les créatures. Fais donc tourner la suprême et excellente roue.

Or, en ce temps-là, ô Religieux, au moment où le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., parvenait à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, dans les dix points de l’espace et dans chacun des dix points de l’espace, cinquante centaines de mille de myriades de kôtis d’univers furent ébranlés de six manières différentes, et furent éclairés d’une grande lumière. Et dans les intervalles qui séparent tous ces univers les uns des autres, au sein de cette nuit profonde et de ces ténèbres épaisses qui sont dans une perpétuelle agitation, et où ces deux flambeaux de la lune et du soleil, si puissants, si énergiques, si resplendissants, ne peuvent parvenir à répandre la lumière par leur propre lumière, la couleur par leur propre couleur, et l’éclat par leur propre éclat, au sein de ces ténèbres elles-mêmes, apparut en ce moment la splendeur d’une grande lumière. Les êtres eux-mêmes qui étaient nés dans les intervalles de ces univers, se virent les uns les autres, se reconnurent les uns les autres, [se disant entre eux : ] Oh ! voici d’autres êtres nés ici ! voici d’autres êtres nés ici ! Les palais et les chars divins des Dêvas qui Se trouvaient dans tous ces univers jusqu’au monde de Brahmâ, furent ébranlés de six manières différentes et éclairés d’une grande lumière qui surpassait la puissance divine des Dêvas. C’est ainsi, ô Religieux, qu’en ce moment eut lieu, dans tous ces mondes, un grand tremblement de terre, et une grande et noble apparition de lumière.

Ensuite, ô Religieux, à l’orient, dans ces cinquante centaines de mille de myriades de kôtis d’univers, les chars des Brahmâs qui s’y trouvaient brillèrent, furent éclairés, resplendirent, furent lumineux et éclatants. Aussi, ô Religieux, cette réflexion vint-elle à l’esprit des Brahmâs : Ces chars des Brahmâs brillent extraordinairement ; ils sont éclairés, ils resplendissent, ils sont lumineux et éclatants. Qu’est-ce que cet événement nous présage ? Alors tous les Mahâbrahmâs qui se trouvaient dans ces cinquante centaines de mille, etc. d’univers, s’étant rendus chacun dans les palais les uns des autres, se communiquèrent entre eux cette question. Ensuite, ô Religieux, dans ces cinquante centaines de mille, etc. d’univers, le Mahâbrahmâ nommé Sarvasattvatrâtâ adressa à la grande troupe des Brahmâs les stances suivantes :

18. Tous nos excellents chars, amis, brillent aujourd’hui d’une manière extraordinaire, de beauté, de splendeur et d’un grand éclat ; quelle en peut être main tenant la cause ?

19. Cherchons bien la cause de ce phénomène ; quel est le fils des Dêvas né aujourd’hui, de la puissance duquel nous voyons en ce moment cet effet qui n’a pas existé auparavant ?

20. Ou bien serait-ce qu’il serait né aujourd’hui quelque part dans le monde, un Buddha, roi des chefs des hommes, qui produirait ce miracle, que ces chars brillent de splendeur dans les dix points de l’espace ?

Ensuite, ô Religieux, les Mahâbrahmâs qui se trouvaient dans ces cinquante centaines de mille, etc. d’univers, réunis tous ensemble en un seul corps, étant montés chacun sur leurs chars divins de Brahmâ et ayant pris des corbeilles de fleurs divines de la grandeur du mont Sumêru, parcoururent en cherchant les quatre points de l’horizon, et étant parvenus du côté de l’occident, ces Mahâbrahmâs y virent le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., parvenu à l’intime et suprême essence de l’état de Bôdhi, assis sur un trône auprès de l’arbre Bôdhi, entouré et servi par des Dêvas, des Nâgas, des Yakchas, des Gandharvas, des Asuras, des Garudas, des Kinnaras, des Mahôragas, des hommes, des êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine, sollicité par les seize fils de roi de faire tourner la grande roue de la loi. Ayant regardé de nouveau, ils se dirigèrent du côté où se trouvait le Bienheureux et y étant parvenus, ayant salué ses pieds en les touchant de la tête, et ayant tourné autour de lui en signe de respect plus de cent mille fois, ils couvrirent le Bienheureux de ces corbeilles de fleurs de la grandeur du mont Sumêru, les répandirent sur lui en abondance, et en ayant couvert l’arbre Bôdhi sur une étendue de dix Yôdjanas, ils offrirent à ce Bienheureux leurs chars de Brahmâ. Que le Bienheureux accepte ces chars de Brahmâ, [lui dirent-ils,] pour nous témoigner sa compassion ! Que le Bienheureux jouisse, que Sugata jouisse de ces chars de Brahmâ par compassion pour nous ! Alors, ô Religieux, tous ces Mahâbrahmâs ayant offert au Bienheureux chacun son propre char, célébrèrent en ce moment le Bienheureux dans des stances régulières qu’ils prononcèrent en sa présence.

21. Un Djina merveilleux, incomparable, vient de naître, bon pour le monde, et plein de compassion ; tu es né le chef, le précepteur, le maître spirituel ; tu répands aujourd’hui ta bienveillance dans les dix points de l’espace.

22. Il n’y a pas moins de cinquante fois dix millions complets d’univers d’ici jusqu’au monde d’où nous sommes venus, dans l’intention d’honorer le Djina, en faisant l’entier abandon de tous nos excellents chars.

23. C’est par le mérite de nos œuvres antérieures que nous avons acquis ces chars beaux et variés ; accepte-les par compassion pour nous ; que celui qui connaît le monde en jouisse comme il le désirera.

Après avoir célébré, ô Religieux, par ces stances régulières prononcées en sa présence, le Bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., les Mahâbrahmâs lui parlèrent ainsi : Que le Bienheureux, que le Sugata fasse tourner la roue de la loi dans le monde ! Que le Bienheureux enseigne le Nirvâna ! Que le Bienheureux sauve les êtres ! Que le Bienheureux témoigne sa bienveillance à ce monde ! Que le maître de la loi enseigne la loi à ce monde réuni aux Dêvas, aux Mâras et aux Brahmâs, à l’ensemble des créatures, Dêvas et hommes, Çramanas et Brahmanes. Cela sera pour l’utilité et pour le bonheur de beaucoup d’êtres, par compassion pour le monde, pour l’utilité, l’avantage et le bonheur du grand corps des êtres, Dêvas et hommes. Alors, ô Religieux, ces Brahmâs, au nombre de cinquante fois cent mille myriades de kôtis, adressèrent au Bienheureux, d’une seule voix et d’un commun accord, ces stances régulières :

24. Enseigne, ô Bienheureux, la loi ! enseigne-la, ô toi, le meilleur des hommes ! Enseigne aussi la force de la charité ; sauve les créatures du malheur.

25. Celui qui illumine le monde est aussi difficile à rencontrer que la fleur de l’Udumbara ; tu es né, ô grand héros ; nous, nous sollicitons le Tathâgata.

Cependant, ô Religieux, le Bienheureux gardait le silence et ne répondait rien aux Mahâbrahmâs. Ensuite, ô Religieux, au sud-est, dans ces cinquante centaines de mille de myriades de kôtis d’univers, les chars des Brahmâs qui s’y trouvaient brillèrent, furent éclairés, resplendirent, furent lumineux et éclatants. Aussi, ô Religieux, cette réflexion vint-elle à l’esprit des Brahmâs : "Ces chars des Brahmâs brillent extraordinairement ; ils sont éclairés, ils resplendissent, ils sont lumineux et éclatants. Qu’est-ce que cet événement nous présage." Alors tous les Mahâbrahmâs qui se trouvaient dans ces cinquante centaines de mille, etc. d’univers, s’étant rendus chacun dans les palais les uns des autres, se communiquèrent entre eux cette question. Ensuite, ô Religieux, le Mahâbrahmâ nommé Adhimâtrakârunika adressa à la grande troupe des Brahmâs les stances suivantes :

26. De quelle cause est-il l’effet, amis, le miracle qui se voit ici en ce moment ? Tous ces chars brillent d’une splendeur extraordinaire.

27. Serait-ce qu’il serait arrivé ici quelque fils des Dêvas, plein de vertu, par la puissance duquel tous ces chars sont éclairés ?

28. Ou serait-ce qu’il vient de naître dans ce monde un Buddha, le Meilleur des hommes, par la puissance duquel tous ces chars ont aujourd’hui l’apparence que nous leur voyons ?

29. Réunissons-nous tous pour chercher la cause de ce fait, laquelle ne doit pas être peu considérable ; car jamais en effet un tel prodige ne nous est apparu.

30. Rendons-nous dans les quatre points de l’espace ; visitons des myriades de terres de Buddha ; certainement l’apparition d’un Buddha aura lieu aujourd’hui dans ce monde.

Ensuite, ô Religieux, ces Brahmâs, au nombre de cinquante centaines de mille de myriades de kôtis, étant montés chacun sur leur char divin de Brahmâ et ayant pris des corbeilles de fleurs divines de la grandeur du mont Sumêru, parcoururent en cherchant les quatre points de l’horizon, et étant parvenus dû côté du nord-ouest, ces Mahâbrahmâs y virent le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, [etc. comme ci-dessus, jusqu’à : ] Alors, ô Religieux, tous ces Mahâbrahmâs ayant offert au Bienheureux chacun son propre char, célébrèrent en ce moment le Bienheureux dans des stances régulières qu’ils prononcèrent en sa présence.

31. Adoration à toi, ô grand Rïchi, être incomparable, Dêva supérieur aux Dêvas, dont la voix est comme celle du Kalavigka ! ô Guide du monde réuni aux Dêvas, nous te saluons, toi qui es bon pour le monde et plein de compassion.

32. O chef, c’est une merveille que tu sois né aujourd’hui dans le monde, une merveille rare, et qui ne s’est pas vue depuis bien longtemps ; il y a aujourd’hui cent quatre-vingts Kalpas complets depuis que le monde n’a pas possédé de Buddha.

33. L’univers était vide des Meilleurs des hommes, et pendant tout ce temps les lieux où l’homme est puni ne faisaient que s’augmenter ; le nombre des corps divins diminuait au contraire ; oui, il y a bien de cela quatre-vingts myriades de Kalpas.

34. Aujourd’hui, celui qui est l’œil, la voie, l’appui, le protecteur, le père, l’ami [des créatures], celui qui est bon, plein de miséricorde, le roi de la loi, est apparu dans ce monde par [suite de] nos bonnes œuvres.

Après avoir ainsi célébré, ô Religieux, par ces stances régulières prononcées en sa présence, le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., les Mahâbrahmâs lui parlèrent ainsi : Que le Bienheureux, que le Sugata fasse tourner la roue de la loi dans le monde ! [etc. comme ci-dessus, jusqu’à : ] Alors, ô Religieux, ces Brahmâs, au nombre de cinquante fois cent mille myriades de kôtis, adressèrent au Bienheureux, d’une seule voix et d’un commun accord, les deux stances suivantes :

35. Fais tourner, ô grand solitaire, l’excellente roue ; enseigne la loi dans les dix points de l’espace ; sauve les êtres tourmentés par les conditions du malheur ; fais naître chez les créatures la joie et le contentement :

36. Afin que t’ayant entendu, ils obtiennent l’état de Buddha, ou qu’ils aillent dans des demeures divines, que tous quittent leurs corps d’Asuras, et qu’ils deviennent calmes, maîtres d’eux-mêmes et heureux.

Cependant, ô Religieux, le Bienheureux gardait le silence et ne répondait rien aux Mahâbrahmâs.

Ensuite, ô Religieux, au midi, dans ces cinquante centaines de mille, etc. d’univers, les chars de Brahmâ qui s’y trouvaient brillèrent, furent éclairés, resplendirent, furent lumineux et éclatants, [etc. comme ci-dessus, jusqu’à : ] Ensuite, ô Religieux, dans ces cinquante centaines de mille, etc. d’univers, le Mahâbrahmâ nommé Sudharma adressa les deux stances suivantes à la grande troupe des Brahmâs :

37. Ce n’est pas sans cause, ce n’est pas sans motif, ô amis, que tous ces chars paraissent aujourd’hui lumineux ; cette lumière nous annonce quelque prodige dans le monde ; cherchons-en bien l’origine.

38. Plusieurs centaines de Kalpas se sont écoulées depuis qu’on n’a vu un prodige de cette espèce ; sans doute c’est un fils des Dêvas qui est né ici, ou bien c’est un Buddha qui a paru dans le monde.

Ensuite, ô Religieux, les Mahâbrahmâs qui se trouvaient dans ces cinquante centaines de mille, etc. d’univers, réunis tous ensemble en un seul corps, étant montés chacun sur leurs chars divins de Brahmâ et ayant pris des corbeilles de fleurs divines de la grandeur du mont Sumêru, parcoururent, en cherchant, les quatre points de l’horizon, et étant parvenus du côté du nord, ces Mahâbrahmâs y virent le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, [etc. comme ci-dessus, jusqu’à : ] Alors, ô Religieux, tous ces Mahâbrahmâs ayant offert au Bienheureux chacun son propre char, célébrèrent en ce moment le Bienheureux dans des stances régulières qu’ils prononcèrent en sa présence.

39. Elle est difficile à obtenir la vue des Guides [du monde]. Sois le bienvenu, ô toi qui détruis l’existence et la cupidité ! Il y a bien longtemps, il y a des centaines de Kalpas complets qu’on ne t’a vu dans le monde.

40. O Chef du monde ! remplis de joie les créatures altérées, toi qu’on n’a pas vu avant aujourd’hui, toi que l’on voit si rarement ; tout de même que la fleur de l’Udumbara est difficile à rencontrer, ainsi, ô Guide, il est rare qu’on te voie.

41. C’est par ta puissance, ô Guide [du monde], que nos chars brillent aujourd’hui d’un éclat surnaturel ; accepte-les, ô toi dont la vue est infinie, et consens à en jouir par bienveillance pour nous.

Après avoir ainsi célébré, ô Religieux, par ces stances régulières prononcées en sa présence, le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., les Mahâbrahmâs lui parlèrent ainsi : Que le Bienheureux, que le Sugata fasse tourner la roue de la loi dans le monde ! [etc.. comme ci-dessus, jusqu’à : ] Alors, ô Religieux, ces Brahmâs, au nombre de cinquante fois cent mille myriades de kôtis, adressèrent au Bienheureux, d’une seule voix et d’un commun accord, les deux stances suivantes :

42. Enseigne la loi, ô bienheureux Guide [des hommes], et fais tourner cette roue de la loi ; fais résonner la timbale de la loi, et enfle la conque de la loi.

43. Fais tomber dans le monde la pluie de la loi excellente ; fais entendre le langage dont le son est doux ; prononce la parole de la loi qu’on te demande ; sauve des myriades de kôtis de créatures.

Cependant, ô Religieux, le Bienheureux gardait le silence, et ne répondait rien aux Mahâbrahmâs. Pour tout dire, enfin, la même chose eut lieu au sud-ouest ; la même chose eut lieu à l’ouest ; la même, au nord-ouest ; la même, au nord ; la même, au nord-est ; la même, au point de l’espace qui est au-dessous [de la terre]. Ensuite, Religieux, au point de l’espace qui est en haut, dans ces cinquante centaines de mille de myriades de kôtis d’univers, les chars de Brahmâ qui s’y trouvaient brillèrent, furent éclairés, resplendirent, furent lumineux et éclatants. Aussi, ô Religieux, cette réflexion vint-elle à l’esprit des Brahmâs : Ces chars de Brahmâ brillent extraordinairement, ils sont éclairés, ils resplendissent, ils sont lumineux et éclatants. Qu’est-ce que cet événement nous présage. Ensuite, ô Religieux, tous les Mahâbrahmâs qui se trouvaient dans ces cinquante centaines de mille, etc. d’univers s’étant rendus chacun dans le palais les uns des autres, se communiquèrent cette question. Alors, ô Religieux, le Mahâbrahmâ nommé Çikhin adressa à la grande troupe des Brahmâs les stances suivantes :

44. Quelle est, amis, la cause pour laquelle nos chars resplendissent ? Pourquoi brillent-ils d’un éclat, d’une couleur et d’une lumière extraordinaires ?

45. Non, nous n’avons pas vu précédemment un pareil miracle, et personne n’a rien entendu auparavant de pareil ; voilà qu’aujourd’hui nos chars brillent d’une splendeur et d’un éclat extraordinaires : quelle en peut être la cause ?

46. Serait-ce que quelque fils des Dêvas est né en ce monde en récompense de sa pieuse conduite ? Serait-ce sa puissance qui se manifeste ? Ou bien aurait-il paru enfin un Buddha dans le monde ?

Ensuite, ô Religieux, les Mahâbrahmâs qui se trouvaient dans ces cinquante centaines de mille, etc. d’univers, réunis tous ensemble en un seul corps, étant montés chacun sur leurs chars divins de Brahmâ, et ayant pris des corbeilles de fleurs divines de la grandeur du mont Sumêru, parcoururent, en cherchant, les quatre points de l’horizon, et étant parvenus au point qui est en haut, ces Mahâbrahmâs y virent le Bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., parvenu à l’intime et suprême essence de l’état de Bôdhi, assis sur un trône auprès de l’arbre Bôdhi, entouré et servi par des Dêvas, des Nâgas, des Yakchas, des Gandharvas, des Asuras, des Garudas, des Kinnaras, des Mahôragas, des hommes et des êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine, sollicité par les seize Râdjakumâras de faire tourner la roue de la loi. Ayant regardé de nouveau, ils se dirigèrent du côté où se trouvait le Bienheureux, et y étant parvenus, saluant ses pieds en les touchant de la tête, et ayant tourné autour de lui, en signe de respect ; plus de cent mille fois, ils couvrirent le Bienheureux de ces corbeilles de fleurs de la grandeur du mont Sumêru, les répandirent sur lui en abondance, et en ayant couvert l’arbre Bôdhi sur une étendue de dix Yodjanas, ils offrirent à ce Bienheureux leurs chars de Brahmâ. Que le Bienheureux accepte ces chars de Brahmâ, [lui dirent-ils,] pour nous témoigner sa compassion. Que le Bienheureux jouisse, que le Sugata jouisse de ces chars de Brahmâ par compassion pour nous. Alors, ô Religieux, tous ces Mahâbrahmâs ayant offert au Bienheureux chacun son propre char, célébrèrent en ce moment le Bienheureux dans ces stances régulières qu’ils prononcèrent en sa présence.

47. Elle est excellente la vue des Buddhas, des Chefs du monde, des Protecteurs ; car ce sont les Buddhas qui délivrent les créatures enchaînées dans l’enceinte des trois mondes.

48. Les Indras du monde, dont la vue est infinie, embrassent de leur regard les dix points de l’espace ; ouvrant la porte de l’immortalité, ils sauvent un grand nombre d’êtres.

49. Ils sont inconcevables, ils sont vides les Kalpas écoulés jadis, pendant lesquels l’absence des chefs des Djinas avait plongé les dix points de l’espace dans les ténèbres.

50. [Pendant ce temps,] les Enfers redoutables, les existences animales et les Asuras, n’avaient fait que s’accroître ; des milliers de kôtis de créatures avaient pris naissance parmi les Prêtas.

51. Les corps divins étaient abandonnés ; les êtres, après leur mort, entraient dans la mauvaise voie ; n’ayant pas entendu la loi des Buddhas, la voie du péché leur était seule ouverte.

52. La connaissance de la pure règle de la conduite religieuse est étrangère à tous les êtres ; pour eux le bonheur est anéanti, et l’idée du bonheur n’existe pas davantage.

53. Ils sont privés de morale, et restent étrangers à la bonne loi ; n’étant pas disciplinés par le Chef du monde, ils tombent dans la mauvaise voie.

54. O lumière du monde, c’est un bonheur que tu sois né, toi qui, depuis si longtemps, n’as pas paru [dans l’univers] ; tu es né ici par compassion pour tous les êtres.

55. Tu as heureusement et sans peine acquis la science excellente d’un Buddha, nous éprouvons de la joie à ta présence, ainsi que ce monde réuni aux Dêvas.

56. C’est par ta puissance, ô Seigneur, que nos chars sont devenus si beaux ; nous te les donnons, ô grand héros : veuille bien, ô Solitaire, les accepter.

57. Jouis-en, ô Guide [du monde], par compassion pour nous ; et nous, puissions-nous, ainsi que toutes les créatures, toucher à l’état suprême de Bôdhi !

Après avoir ainsi célébré, ô Religieux, dans ces stances régulières, prononcées en sa présence, le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., les Mahâbrahmâs lui parlèrent ainsi : Que le Bienheureux, que le Sugata fasse tourner la roue de la loi dans le monde ! Que le Bienheureux enseigne le Nirvâna ! Que le Bienheureux sauve les êtres ! Que le Bienheureux témoigne sa bienveillance à ce monde ! Que le Bienheureux, que le maître de la loi enseigne la loi à ce monde réuni aux Dêvas, aux Mâras, aux Brahmâs, à l’ensemble des créatures, Dêvas et hommes, Çramanas et Brahmanes ! Cela sera pour l’utilité et pour le bonheur de beaucoup d’êtres, par compassion pour le monde, pour l’utilité, l’avantage et le bonheur du grand corps des êtres, Dêvas et hommes. Alors, ô Religieux, ces Brahmâs, au nombre de cinquante fois cent mille myriades de kôtis, adressèrent au Bienheureux, d’une seule voix et d’un commun accord, ces deux stances régulières :

58. Fais tourner la roue excellente, laquelle n’a pas de supérieure ; frappe les timbales de l’immortalité, délivre les créatures des cent espèces de maux, et montre leur le chemin du Nirvâna.

59. Expose-nous la loi que nous cherchons ; témoigne ta bienveillance à ce monde et à nous ; fais entendre ta voix douce et belle, qui a retenti, il y a des milliers de kôtis de Kalpas.

Ensuite, ô Religieux, le bienheureux Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., connaissant la prière de ces cent mille myriades de kôtis de Brahmâs, ainsi que celle de ses seize fils, les Râdjakumâras, fit tourner en cet instant la grande roue de la loi, qui a trois tours et se compose de douze parties constituantes, cette roue que n’a plus fait tourner de nouveau dans le monde, d’une manière légale, ni un Çramana, ni un Brahmane, ni un Dêva, ni un Mâra, ni un Brahmâ, ni quelque autre être que ce soit ; [et il le fit] en disant : Ceci est le malheur ; ceci est la production du malheur ; ceci est l’anéantissement du malheur ; ceci est la voie qui conduit à l’anéantissement du malheur ; voilà la vérité des Aryas. Il expliqua aussi avec étendue comment Se développe la production de l’enchaîne ment mutuel des causes, en disant : Les conceptions, ô Religieux, ont pour cause l’ignorance ; la connaissance a pour cause les conceptions ; le nom et la forme ont pour cause la connaissance ; les six sièges [des sens] ont pour cause le nom et la forme ; le contact a pour cause les six sièges [des sens] ; la sensation a pour cause le contact ; le désir a pour cause la sensation ; la caption a pour cause le désir ; l’existence a pour cause la caption ; la naissance a pour cause l’existence ; de la naissance, qui en est la cause, viennent la vieillesse et la mort, les peines, les lamentations, la douleur, le chagrin, le désespoir. C’est ainsi qu’a lieu la production de ce qui n’est qu’une grande masse de maux. De l’anéantissement de l’ignorance vient celui des conceptions ; de l’anéantissement des conceptions, celui de la connaissance ; de l’anéantissement de la connaissance, celui du nom et de la forme ; de l’anéantissement du nom et de la forme, celui des six sièges [des sens] ; de l’anéantissement des six sièges [des sens], celui du contact ; de l’anéantissement du contact, celui de la sensation ; de l’anéantissement de la sensation, celui du désir ; de l’anéantissement du désir, celui de la caption ; de l’anéantissement de la caption, celui de l’existence ; de l’anéantissement de l’existence, celui de la naissance ; de l’anéantissement de la naissance, celui de la vieillesse, de la mort, des peines, des lamentations, de la douleur, du chagrin, du désespoir. C’est ainsi qu’a lieu l’anéantissement de ce qui n’est qu’une grande masse de maux. Or, ô Religieux, pendant que le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., faisait ainsi tourner la roue de la loi en présence de l’assemblée formée par le monde réuni aux Dêvas, aux Mâras et aux Brahmâs, et par l’ensemble des créatures, Çramanas, Brahmanes, Dêvas, hommes et Asuras, alors, en ce moment même, ô Religieux, les esprits de soixante fois cent mille myriades de kôtis d’êtres vivants furent d’eux-mêmes affranchis de leurs imperfections, et tous ces êtres furent mis en possession des trois sciences, des six connaissances surnaturelles et de la contemplation des huit [moyens d’]affranchissement. Le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., fit ensuite successivement, ô Religieux, une seconde exposition de la loi, puis de même une troisième, puis enfin une quatrième. Alors, ô Religieux, à chaque exposition de la loi que fit le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., les esprits de cent mille myriades de kôtis d’êtres vivants furent d’eux-mêmes affranchis de leurs imperfections. A partir de ce moment, ô Religieux, l’assemblée des Çrâvakas du Bienheureux dépassa tout calcul. De plus, en ce temps-là, ô Religieux, les seize fils de roi qui étaient devenus Kumâras, quittèrent tous leur maison dans l’excès de leur foi, afin d’entrer dans la vie religieuse, et devinrent tous des Çrâmanêras sages, éclairés, intelligents, habiles, serviteurs de plusieurs centaines de mille de Buddhas, et aspirant à obtenir l’état suprême de Buddha parfaitement accompli.

Alors, ô Religieux, ces seize Çrâmanêras s’adressèrent en ces termes au bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc. Ces nombreuses centaines de mille de myriades de kôtis de Çrâvakas du Tathâgata, ô Bienheureux, sont, grâce à l’enseignement de la loi qu’a fait le Bienheureux, arrivés à posséder complètement les grandes facultés surnaturelles, la grande énergie, la grande puissance. Que le Tathâgata vénérable, etc., ô Bienheureux, consente donc, par compassion pour nous, à nous enseigner la loi, en commençant par l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; car nous aussi, nous sommes les disciples du Tathâgata, Nous demandons, ô Bienheureux, la vue de la science du Tathâgata ; le Bienheureux lui-même est en cette matière le témoin de nos intentions. Toi qui connais, ô Bienheureux, les pensées de tous les êtres, tu sais quel est notre désir. Or, en ce moment, ô Religieux, à la vue de ces jeunes enfants, fils de roi, qui étant entrés dans la vie religieuse, étaient devenus Çrâmanêras, la moitié de la foule dont se composait la suite du roi Tchakravartin entra dans la vie religieuse, formant ensemble quatre-vingts centaines de mille de myriades de kôtis d’êtres vivants. Alors, ô Religieux, le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., ayant reconnu l’intention de ces Çrâmanêras, expliqua d’une manière étendue, pendant vingt mille Kalpas, le Sûtra nommé le Lotus de la bonne loi, contenant de grands développements, etc., en présence des quatre assemblées réunies. De plus, en ce temps-là, ô Religieux, les seize Çrâmanêras reçurent, saisirent, pénétrèrent, comprirent parfaitement les discours prononcés par le Bienheureux. Ensuite, ô Religieux, le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., prédit aux seize Çrâmanêras leurs destinées futures, en leur disant qu’ils parviendraient un jour à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; et pendant qu’il expliquait cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, les Çrâvakas étaient pleins de confiance, ainsi que les seize Çrâmanêras ; mais plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis d’êtres vivants sentaient naître des doutes dans leur esprit. Alors, ô Religieux, le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., après avoir expliqué sans relâche, pendant huit mille Kalpas, cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, se retira dans le Vihâra pour s’y absorber dans la méditation ; et y étant entré, ô Religieux, le Tathâgata resta dans le Vihâra durant quatre-vingt-quatre mille Kalpas, ainsi absorbé dans la méditation. Ensuite, ô Religieux, les seize Çrâmanêras voyant que le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., était absorbé dans la méditation, après avoir fait disposer pour chacun d’eux des trônes, sièges de la loi, s’y assirent, et après avoir vénéré le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, ils expliquèrent avec de grands développements, aux quatre assemblées réunies, cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, pendant quatre-vingt-quatre mille Kalpas.

Dans cette circonstance, ô Religieux, chacun de ces Çrâmanêras devenu Bôdhisattva, mûrit, instruisit, remplit de joie, combla de satisfaction, dirigea des centaines de mille de myriades de kôtis d’êtres vivants, en nombre égal à celui des sables de soixante fois soixante Ganges, pour les conduire à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Ensuite, ô Religieux, le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû, vénérable, etc., à l’expiration des quatre-vingt-quatre mille Kalpas, le Bienheureux, dis-je, doué de mémoire et de sagesse, se releva de cette méditation ; et s’en étant relevé, le Bienheureux se dirigea vers le lieu où se trouvait le siège de la loi ; et y étant arrivé, il s’assit sur le siège qui lui était destiné. A peine, ô Religieux, le bienheureux Tathâgata Mahâbhidjñâdjñânâbhibhû fut-il assis sur le siège de la loi, que jetant les yeux sur le cercle entier de l’assemblée, il s’adressa ainsi à la réunion des Religieux : Ils ont acquis une chose étonnante, ô Religieux, ils ont acquis une chose merveilleuse, les seize Çrâmanêras, pleins de sagesse, qui ont honoré plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Buddhas, qui ont rempli les devoirs Religieux, qui se sont exercés dans la science de Buddha, qui l’ont saisie, qui la transmettent et l’expliquent [aux autres]. Honorez, ô Religieux, ces seize Çrâmanêras ; car tous ceux, quels qu’ils soient, ô Religieux, qui faisant usage du véhicule des Çrâvakas, ou de celui des Pratyêkabuddhas, ou de celui des Bôdhisattvas, ne mépriseront pas, ne blâmeront pas ces fils de famille occupés à exposer la loi, deviendront bientôt possesseurs de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; tous ceux-là obtiendront la science du Tathâgata. De plus, ô Religieux, ces seize fils de famille expliquèrent à plusieurs reprises, sous l’enseignement de ce Bienheureux, cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. Et les centaines de mille de myriades de kôtis d’êtres vivants, en nombre égal à celui des sables de soixante fois soixante Ganges, qui avaient été introduits dans l’état de Buddha par chacun de ces seize Çrâmanêras, devenus Bôdhisattvas Mahâsattvas, ces myriades d’êtres, dis-je, entrèrent dans la vie religieuse avec ces Çrâmanêras, chacun dans leurs diverses existences ; tous jouirent de leur vue ; ils entendirent la bonne loi de leur bouche même ; ils comblèrent de joie quarante mille kôtis de Buddhas, et quelques-uns les en comblent même encore aujourd’hui.

Je vais vous témoigner mon affection, ô Religieux, je vais vous instruire. Oui, ces seize fils de roi, devenus Kumâras, qui s’étant faits Çrâmanêras sous l’enseignement de ce Bienheureux, sont devenus interprètes de la loi, ces personnages, dis-je, sont tous parvenus à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; tous ils se trouvent, ils vivent, ils existent dans ce monde, occupés, dans les dix points de l’espace, dans de nombreuses terres de Buddha, à enseigner la loi à plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Çrâvakas et de Bôdhisattvas. Par exemple, ô Religieux, à l’orient, dans l’univers Abhirati, est le Tathâgata nommé Akchôbhja, vénérable, etc., et le Tathâgata nommé Mêrukâta, vénérable, etc. Au sud-est, ô Religieux, se trouve le Tathâgata nommé Simhaghôcha, vénérable, etc., et le Tathâgata nommé Simhadhvadja, vénérable, etc. Au midi, ô Religieux, se trouve le Tathâgata nommé Akâçapratichthita, vénérable, etc., et le Tathâgata nommé Nityaparivrîta, vénérable, etc. Au sud-ouest, ô Religieux, se trouve le Tathâgata nommé Indradhvadja, vénérable, etc., et le Tathâgata nommé Brakmadhvadja, vénérable, etc. A l’occident, ô Religieux, se trouve le Tathâgata nommé Amitâbha, vénérable, etc., et le Tathâgata nommé Sarvalôkadhâtâpadravôdvêgapratyuttîrna, vénérable, etc. Au nord-ouest, ô Religieux, se trouve le Tathâgata nommé Tamâlapatratckandanagandha, vénérable, etc., et le Tathâgata nommé MêruKalpa, vénérable, etc. Au nord, ô Religieux, se trouve le Tathâgata nommé Mêghasvara, vénérable, etc., et le Tathâgata nommé Mêghasvararâdja, vénérable, etc. Au nord-est, ô Religieux, se trouve le Tathâgata nommé Sarvalôkabhayâstamfbhitatvavidhvafhsanakara, vénérable, etc., et moi, ô Religieux, qui suis le seizième, et qui, sous le nom de Çâkyamuni, et en qualité de Tathâgata, vénérable, etc., suis parvenu, dans la région centrale de l’univers Saha, à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli.

De plus, ô Religieux, ceux des êtres, qui, pendant que nous étions Çrâmanêras, sous l’enseignement du Bienheureux ont entendu la loi de notre bouche, ces nombreuses centaines de mille de myriades de kôtis d’êtres vivants, en nombre égal à celui des sables du Gange, qui suivaient chacun des seize Bôdhisattvas, et que chacun de nous séparément introduisait dans l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, tous ces êtres, ô Religieux, placés aujourd’hui même sur le terrain des Çrâvakas, sont mûris pour l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; ils sont parvenus au rang qui assure la possession de cet état. Pourquoi cela ? C’est que, ô Religieux, la science des Tathâgatas n’obtient pas aisément la confiance des hommes. Et quels sont donc, ô Religieux, ces êtres sans nombre et sans mesure, semblables aux sables du Gange, ces centaines de mille de myriades de kôtis d’êtres vivants qui, pendant que j’étais Bôdhisattva, sous l’empire du Bienheureux, ont entendu de ma bouche la parole de l’omniscience. C’est vous, ô Religieux, qui, en ce temps à cette époque, étiez ces êtres. Et ceux qui dans l’avenir seront Çrâvakas, lorsque je serai entré dans le Nirvâna complet, ceux-là entendront exposer les règles de la conduite des Bôdhisattvas, mais ils ne s’imagineront pas qu’ils sont des Bôdhisattvas, Ces êtres, en un mot, ô Religieux, ayant tous l’idée du Nirvâna complet, entreront dans cet état. Il y a plus, ô Religieux, s’il arrivait que je dusse me retrouver dans d’autres univers sous d’autres noms, ces êtres y renaîtraient aussi de nouveau, cherchant la science des Tathâgatas, et ils entendraient de nouveau cette doctrine : Le Nirvâna complet des Tathâgatas est unique ; il n’y a pas là un autre ni un second Nirvâna. Il faut reconnaître ici, ô Religieux, [dans l’indication de plusieurs Nirvânas,] un effet de l’habileté dans l’emploi des moyens dont les Tathâgatas disposent ; c’est là l’exposition de l’enseignement de la loi. Lorsque le Tathâgata, ô Religieux, reconnaît que le temps, que le moment du Nirvâna complet est venu pour lui, et qu’il voit que l’assemblée est parfaitement pure, qu’elle est pleine de confiance, qu’elle comprend les lois du vide, qu’elle est livrée à la contemplation, livrée à la grande contemplation, alors ô Religieux, le Tathâgata, se disant : "Voici le temps arrivé", après avoir rassemblé tous les Bôdhisattvas et tous les Çrâvakas, leur fait entendre ensuite ce sujet : Il n’y a certainement pas, ô Religieux, dans le monde un second véhicule, ni un second Nirvâna ; que dire donc de l’existence d’un troisième ? C’est là un effet de l’habileté dans l’emploi des moyens dont disposent les Tathâgatas vénérables, etc., [qu’il paraisse exister plusieurs véhicules,] lorsque voyant la réunion des êtres profondément perdue, livrée à des affections misérables, plongée dans la fange des désirs, le Tathâgata leur expose l’espèce de Nirvâna dans lequel ils sont capables d’avoir confiance. C’est, ô Religieux, comme s’il y avait ici une épaisse forêt de cinq cents Yôdjanas d’étendue, et qu’une grande troupe de gens y soit réunie, et qu’à leur tête se trouve un guide pour leur enseigner le chemin de l’île des joyaux, un guide éclairé, sage, habile, prudent, connaissant les passages difficiles de la forêt, et que ce guide s’occupe à faire sortir de la forêt cette réunion de marchands.

Cependant, que cette grande troupe de gens, fatiguée, épuisée, effrayée, épouvantée, parle ainsi : Sache, ô vénérable guide, ô vénérable conducteur, que nous sommes fatigués, épuisés, effrayés, épouvantés, et cependant nous n’avons pas encore atteint le terme de notre délivrance ; nous retournerons sur nos pas, il y a trop loin d’ici [à l’extrémité] de cette forêt. Qu’alors, ô Religieux, ce guide habile dans l’emploi des divers moyens, voyant ces hommes désireux de retourner sur leurs pas, se livre à cette réflexion : Ces malheureux ne parviendront pas ainsi à la grande île des joyaux ; et que, par compassion pour eux, il mette en usage l’habileté dont il dispose. Qu’au milieu de cette forêt, il construise une ville, effet de sa puissance magique, dont l’étendue surpasse cent ou deux cents Yôdjanas ; qu’ensuite il s’adresse ainsi à ces hommes : N’ayez pas peur, ne retournez pas en arrière. Voici un grand pays, il faut vous reposer ; faites-y tout ce que vous avez besoin de faire ; arrivés au terme de votre délivrance, fixez ici votre séjour. Ensuite, quand vous serez délassés de vos fatigues, celui qui y aura encore affaire ira jusqu’à l’île des joyaux, jusqu’à la grande ville. Qu’alors, ô Religieux, les gens qui se trouvaient dans la forêt soient frappés d’étonnement et de surprise : Nous voici sortis de cette épaisse forêt ; arrivés au terme de notre délivrance, nous fixerons ici notre séjour. Qu’alors, ô Religieux, ces hommes entrent dans cette ville produite par une puissance magique, qu’ils se croient arrivés au but, qu’ils se croient sauvés, en possession du repos ; qu’ils pensent ainsi : Nous voici calmes. Qu’ensuite le guide voyant leur fatigue dissipée, fasse disparaître cette ville produite par sa puissance magique, et que l’ayant fait disparaître, il s’adresse ainsi à ces hommes : Marchez, amis, voici la grande île des joyaux tout près d’ici ; cette ville n’a été construite par moi que pour servir à vous délasser. De même, ô Religieux, le Tathâgata, vénérable, etc., est votre guide et celui de tous les êtres. En effet, ô Religieux, le Tathâgata vénérable, etc., réfléchit ainsi : Il faut ouvrir un chemin à travers cette grande forêt des douleurs, il faut en sortir, il faut l’abandonner. Puissent les êtres, après avoir entendu cette science de Buddha, ne pas retourner bien vite sur leurs pas ! Puissent-ils ne pas arriver à se dire : Cette science de Buddha qu’il faut apprendre est pleine de difficultés ! Alors le Tathâgata reconnaissant que les créatures ont des inclinations faibles, de même que ce guide qui construit une ville produite par sa puissance magique, pour servir à délasser ses gens, et qui leur parle ainsi après qu’ils s’y sont reposés : Cette ville n’est que le produit de ma puissance magique ; le Tathâgata, dis-je, ô Religieux, grâce à la grande habileté qu’il possède dans l’emploi des moyens, montre en attendant et enseigne aux créatures, pour les délasser, deux degrés de Nirvâna, savoir, le degré des Çrâvakas et celui des Pratyêkabuddhas. Et dans le temps, ô Religieux que les créatures s’y arrêtent, alors le Tathâgata lui-même leur fait entendre ces paroles : Vous n’avez pas accompli votre tâche, ô Religieux, vous n’avez pas fait ce que vous aviez à faire ; mais la science des Tathâgatas est près de vous ; regardez, ô Religieux ; réfléchissez-y bien, ô Religieux : ce qui est à vos yeux le Nirvâna n’est pas le Nirvâna [véritable] ; bien au contraire, c’est là un effet de l’habileté dans l’emploi des moyens dont disposent les Tathâgatas vénérables, etc., qu’ils exposent trois véhicules différents. Ensuite Bhagavat voulant exposer ce sujet plus amplement, prononça dans cette occasion les stances suivantes :

60. Le Guide du monde, Abhidjñâdjñânâbhibhû, qui était parvenu à l’intime essence de la Bôdhi, resta pendant dix moyens Kalpas complets, sans pouvoir obtenir l’état de Buddha, quoiqu’il vît la vérité.

61. Alors les Dêvas, les Nâgas, les Asuras, les Guhyakas, appliqués à rendre un culte à ce Djina, firent tomber une pluie de fleurs dans le lieu où ce Chef des hommes parvint à l’état de Bôdhi.

62. Et ils frappèrent les timbales du haut des cieux, afin de rendre honneur à ce Djina ; et ils étaient plongés dans la douleur, de ce que le Djina mettait un temps si long à parvenir à la situation suprême.

63. Au bout de dix moyens Kalpas, le Bienheureux, surnommé l’Invincible, parvint à toucher à l’état de Bôdhi ; les Dêvas, les hommes, les Nâgas et les Asuras furent tous remplis de joie et de satisfaction.

64. Les seize fils du Guide des hommes, ces héros devenus Kumâras, qui étaient riches en vertus, vinrent, avec des milliers de kôtis d’êtres vivants, pour honorer le premier des Indras des hommes.

65. Et après avoir salué les pieds du Guide [des hommes], ils le sollicitèrent en lui disant : Expose la loi et réjouis-nous, ainsi que ce monde, par tes bons discours, toi qui es un lion parmi les Indras des hommes.

66. O grand Guide [des hommes], il y a longtemps qu’on ne t’a vu paraître dans les dix points de cet univers, ébranlant les chars de Brahmâ par un prodige destiné à éveiller les créatures.

67. A l’orient, cinquante mille fois dix millions de terres furent ébranlées, et les excellents chairs de Brahmâ qui s’y trouvaient, resplendirent d’un éclat extraordinaire.

68. Ces Dêvas connaissant ce prodige pour en avoir vu autrefois un pareil, se rendirent auprès de l’Indra des Guides du monde, et après l’avoir couvert entièrement de fleurs, ils lui firent l’offrande de tous leurs chars.

69. Ils le sollicitèrent de faire tourner la roue de la loi ; ils le célébrèrent en chantant et en lui adressant des stances ; cependant le roi des Indras des hommes gardait le silence, [parce qu’il pensait ainsi : ] Il n’est pas encore temps pour moi d’exposer la loi.

70. De même au midi, à l’occident, au nord, au point placé sous la terre, aux points intermédiaires de l’horizon, ainsi qu’au point supérieur, mille fois dix millions de Brahmâs s’étant réunis,

71. Couvrirent de fleurs le Protecteur, et après avoir salué les pieds du Guide [des hommes], et lui avoir fait l’offrande de tous leurs chars, ils le célébrèrent et lui adressèrent de nouveau la même prière.

72. Fais tourner la roue de la loi, ô toi dont la vue est infinie ! On ne peut te rencontrer qu’au bout de nombreux kôtis de Kalpas ; enseigne-nous cette doctrine que, dans l’énergie de ta bienveillance, tu daignas répandre autrefois ; ouvre-nous la porte de l’immortalité.

73. Celui dont la vue est infinie, sachant quelle était leur prière, exposa la loi de beaucoup de façons différentes ; il enseigna les quatre vérités avec de grands développements : Toutes ces existences, [dit-il,] naissent [de l’enchaîne ment successif] des causes.

74. Le sage doué de vue, commençant par l’ignorance, parla de la mort dont la douleur est sans fin ; toutes les misères sont produites par la naissance ; connaissez ce que c’est que la mort des hommes ;

75. A peine eut-il exposé les lois variées, de diverses espèces, et qui n’ont pas de fin, que quatre-vingts myriades de kôtis de créatures qui les avaient entendues, furent sans peine établies sur le terrain des Çrâvakas.

76. Il y eut un second moment où le Djina se mit à exposer amplement la loi ; et en cet instant même des créatures purifiées, aussi nombreuses que les sables du Gange, furent établies sur le terrain des Çrâvakas.

77. A partir de ce moment, l’assemblée du Guide du monde devint incalculable ; chacun [de vous] comptant pendant des myriades de kôtis de Kalpas, ne pourrait en atteindre le terme.

78. Et les seize fils de roi, ces fils chéris, qui étaient parvenus à la jeunesse s’étant faits tous Çrâmanêras, dirent à ce Djina : Expose, ô Guide [du monde] la loi excellente.

79. Puissions-nous, ô toi qui es le meilleur de tous les êtres, devenir tels que tu es toi-même, devenir des sages connaissant le monde ! et puissent tous ces êtres aussi devenir tels que tu es toi-même, doués d’une vue parfaite !

80. Le Djina connaissant les pensées de ses fils devenus Kumâras, leur exposa l’excellent et suprême état de Bôdhi, au moyen de nombreuses myriades de kôtis d’exemples.

81. Enseignant à l’aide de milliers de raisons, et exposant la science des connaissances surnaturelles, le Chef du monde montra les règles de la véritable doctrine, de celle que suivent les sages Bôdhisattvas.

82. Le Bienheureux exposa ce beau Lotus de la bonne loi, ce Sûtra aux grands développements, en le récitant dans de nombreux milliers de stances dont le nombre égale celui des sables du Gange.

83. Après avoir exposé ce Sûtra, le Djina étant entré dans le Vihâra, s’y livra à la méditation, pendant quatre-vingt-quatre Kalpas complets, le Chef du monde resta recueilli dans la même posture.

84. Les Çrâmanêras voyant que le Guide [du monde] était assis dans le Vihâra, d’où il ne sortait pas, firent entendre à beaucoup de kôtis de créatures cette science de Buddha, qui est exempte d’imperfections et qui est fortunée.

85. S’étant fait préparer chacun un siège distinct, ils exposèrent aux créatures ce Sûtra même ; c’est ainsi que sous l’enseignement de ce Sugata, ils remplirent alors leur mission.

86. Ils firent alors entendre [la loi] à un nombre d’êtres aussi infini que les sables de soixante mille Ganges ; chacun des fils du Sugata convertit en cette circonstance une immense multitude de créatures.

87. Quand le Djina fut entré dans le Nirvâna complet, ces sages virent des kôtis de Buddhas auprès desquels ils s’étaient rendus ; accompagnés alors de tous ceux auxquels ils avaient fait entendre [la loi], ils rendirent un culte aux Meilleurs des hommes.

88. Ayant observé les règles étendues et éminentes de la conduite religieuse, et ayant atteint l’état de Buddha, dans les dix points de l’espace, ces seize fils du Djina devinrent eux-mêmes des Djinas, réunis deux à deux dans chacun des points de l’horizon.

89. Et ceux aussi qui, en ce temps-là, avaient entendu [la loi de leur bouche], devenus tous les Çrâvakas de ces Djinas, s’assurèrent successivement la possession de cet état de Bôdhi, à l’aide de divers moyens.

90. Et moi aussi, je faisais partie de ces [seize Çrâmanêras], et vous tous vous avez entendu ensemble [la loi de ma bouche] ; c’est pour cela que vous êtes aujourd’hui mes Çrâvakas, et que, grâce au moyen que j’emploie, je vous conduis ici tous à l’état de Bôdhi.

91. C’est là l’ancienne cause, c’est là le motif pour lequel j’expose la loi ; c’est pour vous conduire à ce suprême état de Bôdhi : ô Religieux, ne vous effrayez pas dans cette circonstance.

92. C’est comme s’il existait une forêt terrible, redoutable, vide [d’habitants], une forêt privée de tout lieu de refuge et de tout abri, fréquentée par un grand nombre de bêtes sauvages, manquant d’eau, et que cette forêt soit un lieu d’épouvante pour les enfants.

93. Qu’il s’y trouve plusieurs milliers d’hommes qui soient arrivés dans cette forêt, et qu’elle soit vide, grande, ayant cinq cents Yôdjanas d’étendue.

94. Et qu’il y ait un homme riche, doué de mémoire, éclairé, sage, instruit, intrépide, qui soit le guide de ces nombreux milliers d’hommes à travers cette forêt redoutable et terrible.

95. Que ces nombreux kôtis d’êtres vivants, épuisés de fatigue, s’adressent ainsi en ce temps à leur guide : Nous sommes épuisés de fatigue, vénérable chef, nous n’en pouvons plus de lassitude ; nous éprouvons aujourd’hui le désir de retourner sur nos pas.

96. Mais que ce guide habile et sage songe alors à employer quelque moyen convenable ; [qu’il se dise : ] Hélas ! tous ces ignorants vont être privés de la possession des joyaux [qu’ils recherchent], s’ils retournent maintenant en arrière.

97. Pourquoi ne construirais-je pas aujourd’hui, à l’aide de ma puissance magique, une ville grande, ornée de mille myriades de maisons et embellie de Vihâras et de jardins,

98. D’étangs et de ruisseaux créés par ma puissance, d’ermitages et de fleurs, d’enceintes et de portes, et remplie d’un nombre infini d’hommes et de femmes ?

99. Qu’après avoir créé cette ville, le guide leur parle ainsi : N’ayez aucune crainte et livrez-vous à la joie ; vous voici arrivés à une ville excellente, hâtez-vous d’y entrer pour y faire ce que vous désirez.

100. Soyez pleins d’allégresse, livrez-vous ici au repos ; vous êtes entièrement sortis de la forêt. C’est pour leur donner le temps de respirer qu’il leur tient ce langage ; aussi se rassemblent-ils tous autour de lui.

101. Puis, quand il voit tous ces hommes délassés, il les réunit et leur parle de nouveau : Accourez, écoutez ma voix ; cette ville que vous voyez est le produit de ma puissance magique.

102. A la vue du découragement qui s’était emparé de vous, j’ai employé ce moyen adroit pour vous empêcher de retourner en arrière ; faites de nouveau usage de vos forces pour atteindre l’île.

103. De la même manière, ô Religieux, je suis le guide, le conducteur de mille fois dix millions de créatures ; de même je vois les êtres épuisés de fatigue et incapables de briser l’enveloppe de l’œuf des misères.

104. Alors je réfléchis à ce sujet : Voici, [me dis-je,] les êtres reposés de leurs fatigues, arrivés au Nirvâna ; c’est là le point où l’on reconnaît ce que sont toutes les douleurs ; oui, [leur dis-je,] c’est sur le terrain des Arhats que vous avez rempli votre devoir.

105. Puis, quand je vous vois tous arrivés à ce degré, tous devenus des Arhats, alors vous ayant réunis tous ici, j’expose la vérité et la loi telle qu’elle est.

106. C’est là un effet de l’habileté dans l’emploi des moyens dont les Guides [des hommes] disposent, que le grand Rïchi enseigne trois véhicules ; il n’y en a qu’un seul et non un second ; c’est uniquement pour délasser les êtres qu’on parle d’un second véhicule.

107. Voilà pourquoi je dis aujourd’hui : Produisez en vous, ô Religieux, une suprême, une noble énergie, afin d’obtenir la science de celui qui sait tout ; non, il n’y a pas jusqu’ici pour vous de Nirvâna.

108. Mais quand vous toucherez à la science de celui qui sait tout, aux dix forces qui sont les lois des Djinas, portant alors sur vos personnes les trente-deux signes [de beauté] et devenus des Buddhas, vous aurez atteint le Nirvâna.

109. Tel est l’enseignement des Guides [des hommes] ; c’est pour délasser les êtres qu’ils leur parlent de Nirvâna ; quand ils les savent délassés, ils les conduisent tous pour les mener au Nirvâna, dans la science de celui qui sait tout.

CHAPITRE VIII.
PRÉDICTION RELATIVE AUX CINQ CENTS RELIGIEUX.

Alors le respectable Pûrna, fils de Mâitrâyanî, ayant entendu de la bouche de Bhagavat cette exposition de la science de l’habileté dans l’emploi des moyens, et cette explication du langage énigmatique [des Tathâgatas], ayant appris les destinées futures de ces grands Çrâvakas, et le récit qui lui faisait connaître l’ancienne application [des Religieux], ainsi que la supériorité de Bhagavat, Pûrna, dis-je, fut saisi d’étonnement et d’admiration ; il sentit la joie et le contentement naître en son cœur débarrassé de tout désir. S’étant levé de son siège, comblé de joie et de contentement, et plein d’un profond respect pour la loi, après s’être prosterné aux pieds de Bhagavat, il fit en lui-même cette réflexion : C’est une merveille, ô Bhagavat, c’est une merveille, ô Sugata, c’est une chose bien difficile qu’accomplissent les Tathâgatas, vénérables, etc., que de se conformer à ce monde composé d’éléments si divers, que d’enseigner la loi aux créatures par les nombreuses manifestations de la science de l’habileté dans l’emploi des moyens, que de délivrer, par l’habile emploi des moyens, les êtres attachés à telles et telles conditions. Que pouvons-nous faire de pareil à cela, ô Bhagavat ? Le Tathâgata seul connaît nos pensées, et les effets de notre ancienne application. Puis après avoir salué, en les touchant de la tête, les pieds de Bhagavat, Pûrna se tint à part, regardant avec des yeux fixes Bhagavat qu’il vénérait ainsi. Alors Bhagavat voyant les réflexions qui s’élevaient dans l’esprit du respectable Pûrna, fils de Mâitrâyanî, s’adressa en ces termes à l’assemblée réunie des Religieux. Voyez-vous, ô Religieux, ce Pûrna, fils de Mâitrâyanî, l’un de mes Çrâvakas, qui a été désigné par moi comme le chef de ceux qui, dans l’assemblée des Religieux, expliquent la loi ; qui a été loué pour le grand nombre de ses bonnes qualités ; qui, sous mon enseignement, s’est appliqué à comprendre la bonne loi de diverses manières ; qui réjouit, instruit, excite et comble de joie les quatre assemblées ; qui est infatigable dans l’enseignement de ma loi ; qui est capable de la prêcher, qui l’est également de rendre service à ceux qui observent, de concert avec lui, les règles de la conduite religieuse ? Non, Religieux, personne à l’exception du Tathâgata, n’est capable d’égaler, ni en lui-même ni par ses caractères extérieurs, Pûrna, fils de Mâitrâyanî. Comment comprenez-vous cela, ô Religieux ? [Vous dites sans doute que] c’est qu’il comprend ma bonne loi ; ce n’est pas là, cependant, ô Religieux, la manière dont vous devez envisager ceci. Pourquoi cela, ô Religieux ? C’est que je me souviens que, dans un temps passé, sous l’enseignement de quatre-vingt-dix-neuf kôtis de bienheureux Buddhas, ce Religieux comprit entièrement la bonne loi.

C’est-à-dire que, comme aujourd’hui, il fut absolument le chef suprême de ceux qui expliquent ma loi ; il parvint à comprendre entièrement le vide ; il parvint à obtenir entièrement les diverses connaissances distinctes ; il parvint absolument à comprendre, d’une manière parfaite, les connaissances surnaturelles d’un Bôdhisattva ; ce fut un interprète de la loi rempli de confiance, étranger à toute espèce d’incertitude, et plein de pureté. Sous l’enseignement de ces bienheureux Buddhas, il pratiqua, pendant toute la durée de son existence, les devoirs de la conduite religieuse, et fut connu partout comme Çrâvaka. Par ce moyen, il fit le bien d’un nombre immense et incommensurable de centaines de mille de myriades de kôtis de créatures ; il mûrit un nombre immense et incommensurable d’êtres pour l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Il remplit entièrement auprès des créatures le rôle d’un Buddha, et il purifia entièrement la terre de Buddha qu’il habitait, sans cesse appliqué à faire mûrir les créatures. C’est ainsi, ô Religieux, qu’il fut aussi le chef de ceux qui expliquent la loi, sous les sept Tathâgatas dont Vipaçyi est le premier, et dont je suis le septième. Aussi, ô Religieux, voici ce qui arrivera un jour, dans la présente période du Bhadrakalpa, où doivent paraître mille Buddhas, moins les quatre Buddhas bienheureux [déjà avenus] ; ce Pûrna, fils de Mâitrâyanî, sera aussi, sous leur enseignement, le chef de ceux qui expliquent la loi, il sera celui qui comprendra entièrement la bonne loi. C’est ainsi que dans le temps à venir, il possédera la bonne loi d’un nombre immense et incommensurable de Buddhas bienheureux. Il fera le bien d’un nombre immense et incommensurable de créatures ; il mûrira parfaitement un nombre immense et incommensurable d’êtres, pour l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; il sera perpétuellement et sans relâche occupé à purifier la terre de Buddha qu’il habitera, ainsi qu’à mûrir parfaitement les créatures. Après avoir ainsi rempli les devoirs imposés à un Bôdhisattva, il parviendra, au bout de Kalpas sans nombre et sans mesure, à obtenir l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; il sera le Tathâgata nommé Dharmaprabhâsa, vénérable, etc. doué de science et de conduite, etc., et il naîtra dans la terre même de Buddha [que j’habite]. De plus, ô Religieux, dans ce temps-là cette terre de Buddha sera composée d’un nombre d’univers formés d’un grand millier de trois mille mondes, égal à celui des sables du Gange, univers qui ne feront tous qu’une seule et même terre de Buddha. Cette terre sera unie comme la paume de la main, reposant sur une base formée des sept substances précieuses, sans montagnes, remplie de maisons à étages élevés, et faites des sept substances précieuses. Il s’y trouvera des chars divins suspendus dans l’air ; les Dêvas y verront les hommes, et les hommes y verront les Dêvas. De plus, ô Religieux, en ce temps-là il n’existera dans cette terre de Buddha, ni lieux de châtiments, ni sexe féminin, et tous les êtres y naîtront par des métamorphoses miraculeuses ; ils y observeront les règles de la conduite religieuse ; ils seront, avec leurs corps aimables, naturellement lumineux ; ils seront doués d’une puissance surnaturelle, de la faculté de traverser les airs ; ils seront pleins d’énergie, de mémoire, de sagesse ; leurs corps auront la couleur de l’or, et seront ornés des trente-deux signes caractéristiques d’un grand homme. De plus, ô Religieux, dans ce temps-là et dans cette terre de Buddha, deux aliments serviront à la nourriture de ces êtres ; et quels sont ces deux aliments ? Ce sont la satisfaction de la loi et la satisfaction de la contemplation. Il y paraîtra un nombre immense et incommensurable de centaines de mille de myriades de kôtis de Bôdhisattvas, tous possesseurs des grandes facultés surnaturelles, entièrement maîtres des diverses connaissances distinctes, habiles à instruire les créatures. Ce Buddha aura des Çrâvakas dont le nombre dépassera tout calcul, des Çrâvakas doués des grandes facultés surnaturelles, d’un grand pouvoir, maîtres de la contemplation des huit [moyens d’] affranchissement. C’est ainsi que cette terre de Buddha sera douée de qualités infinies. Le Kalpa où il paraîtra se nommera Ratnâvabhâsa, et son univers se nommera Suviçuddha. La durée de son existence sera d’un nombre immense et incommensurable de Kalpas ; et quand le bienheureux Tathâgata Dharmaprabhâsa, vénérable, etc., sera entré dans le Nirvâna complet, sa bonne loi subsistera longtemps après lui, et l’univers où il aura paru sera rempli de Stupas faits de pierres précieuses. C’est ainsi, ô Religieux, que la terre de Buddha de ce Bienheureux sera douée de qualités que l’esprit ne peut concevoir. Voilà ce que dit Bhagavat : et après avoir ainsi parlé, Sugata, le Précepteur dit en outre ce qui suit.

1. Écoutez-moi, ô Religieux, et apprenez comment mon fils a observé les règles de la conduite religieuse ; comment, parfaitement exercé à l’habile emploi des moyens, il a rempli, d’une manière complète, les devoirs imposés par l’état de Bôdhi.

2. Reconnaissant que tous les êtres sont livrés à des inclinations misérables et qu’ils sont frappés de crainte à la vue du noble véhicule, les Bôdhisattvas deviennent des Çrâvakas, et ils exposent l’état de Buddha individuel.

3. Ils savent, à l’aide de plusieurs centaines de moyens dont ils connaissent l’habile emploi, conduire à une maturité parfaite un grand nombre de Bôdhisattvas ; et ils s’expriment ainsi : Nous ne sommes que des Çrâvakas et nous sommes encore bien éloignés de l’excellent et suprême état de Bôdhi.

4. Formées à cette doctrine par leur enseignement, des myriades de créatures arrivent à la maturité parfaite ; les êtres livrés à des inclinations misérables et à l’indolence, deviennent tous des Buddhas chacun à leur tour.

5. Ils observent, sans la comprendre, les règles de la conduite religieuse ; certes, [disent-ils,] nous sommes des Çrâvakas qui n’avons fait que peu de chose ! Entièrement affranchis au sein des diverses existences où l’homme tombe après sa mort, ils purifient complètement leur propre terre.

6. Ils montrent qu’ils sont, comme tous les hommes, en proie à la passion, à la haine et à l’erreur ; et voyant les créatures attachées aux fausses doctrines, ils vont même jusqu’à se rapprocher de leurs opinions.

7. En suivant cette conduite, mes nombreux Çrâvakas délivrent les êtres par le moyen [le plus convenable], les hommes ignorants tomberaient dans l’enivrement, si on leur exposait la doctrine tout entière.

8. Ce Pûrna, ô Religieux, l’un de mes Çrâvakas, a jadis rempli ces devoirs sous des milliers de kôtis de Buddhas ; il a compris parfaitement leur bonne loi, recherchant cette science de Buddha.

9. Il a été absolument le chef des Çrâvakas ; il a été très-illustre, intrépide, habile à tenir toute espèce de discours : il a su constamment inspirer de la joie à ceux qui ne pratiquaient pas [la loi], remplissant auprès d’eux, sans relâche, les devoirs d’un Buddha.

10. Toujours parfaitement maître des grandes connaissances surnaturelles, il s’est mis en possession des diverses connaissances distinctes ; et sachant quels étaient les organes et la sphère d’activité des êtres, il a toujours enseigné la loi parfaitement pure.

11. En exposant la meilleure des bonnes lois, il a conduit à une parfaite maturité des milliers de kôtis d’êtres, ici, dans le premier et le plus parfait des véhicules, purifiant ainsi sa terre excellente.

12. De même, dans le temps à venir, il rendra un culte à des milliers de kôtis de Buddhas ; il comprendra parfaitement la meilleure des bonnes lois, et il purifiera entièrement sa propre terre.

13. Toujours intrépide, il enseignera la loi à l’aide des milliers de kôtis de moyens dont il saura l’habile emploi ; et il mûrira entièrement un grand nombre de créatures pour l’omniscience, qui est exempte d’imperfections.

14. Après avoir rendu un culte aux Guides des hommes, il possédera toujours la meilleure des bonnes lois ; il sera dans le monde un Buddha existant par lui-même, et connu dans l’univers sous le nom de Dharmaprabhâsa.

15. Et sa terre sera parfaitement pure, et toujours rehaussée par les sept substances précieuses ; sa période sera le Kalpa Ratnâvabhâsa, et son séjour, l’univers Suviçuddha.

16. Il paraîtra dans cet univers plusieurs milliers de kôtis de Bôdhisattvas, entièrement maîtres des grandes connaissances surnaturelles, doués d’une pureté parfaite et des grandes facultés magiques ; ils rempliront la totalité de cet univers.

17. Alors l’assemblée du Guide [des hommes] sera aussi formée de milliers de kôtis de Çrâvakas, doués des grandes facultés surnaturelles, exercés à la contemplation des huit [moyens d’]affranchissement, et en possession des diverses connaissances distinctes.

18. Et tous les êtres, dans cette terre de Buddha, seront purs et observateurs des devoirs religieux ; produits par l’effet de métamorphoses surnaturelles, ils auront tous la couleur de l’or, et porteront sur leurs corps les trente-deux signes [de beauté].

19. On n’y connaîtra pas d’autre espèce d’aliments que la volupté de la loi et la satisfaction de la science ; on n’y connaîtra ni le sexe féminin, ni la crainte des lieux de châtiment ou des mauvaises voies.

20. Voilà quelle sera l’excellente terre de Pûrna, qui est doué de qualités accomplies ; elle sera remplie de créatures fortunées ; je n’ai fait ici qu’indiquer quelques-unes de ses perfections.

Alors cette pensée s’éleva dans l’esprit de ces douze cents Auditeurs arrivés à la puissance : Nous sommes frappés d’étonnement et de surprise ; si Bhagavat voulait nous prédire aussi à chacun séparément notre destinée future, comme il a fait pour ces autres grands Çrâvakas ! Alors Bhagavat connaissant avec sa pensée les réflexions qui s’élevaient dans l’esprit de ces grands Çrâvakas, s’adressa en ces termes au respectable Mâhâkâçyapa : Ces douze cents Auditeurs arrivés à la puissance, ô Mahâkâçyapa, en présence desquels je me trouve ici, je vais immédiatement leur prédire à tous leur destinée future. Ainsi, ô Kâçyapa, le Religieux Kâundinya, l’un de mes grands Çrâvakas, après qu’auront paru soixante-deux centaines de mille de myriades de kôtis de Buddhas, deviendra aussi dans le monde un Tathâgata, sous le nom de Samantaprabhâsa, vénérable, etc., doué de science et de conduite, etc. Il paraîtra en ce monde, ô Kâçyapa, cinq cents autres Tathâgatas qui porteront ce seul et même nom. Ensuite ces cinq cents grands Çrâvakas parviendront tous successivement à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, et tous porteront le nom de Samantaprabhâsa. Ce seront Gayâkâçyapa, Nadîkâçyapa, Uruvilvâkâçyapa, Kâla, Kâlôdâyin, Aniruddha, Râivata, Kapphina, Vakkula, Tchunda, Svâgata, et les cinq cents Religieux arrivés à la puissance dont ces Auditeurs sont les premiers. Alors Bhagavat prononça, dans cette occasion, les stances suivantes :

21. Ce Religieux de la race de Kundina, l’un de mes Çrâvakas, sera, dans l’avenir, au bout d’un nombre infini de Kalpas, un Tathâgata, un Chef du monde ; il disciplinera des milliers de kôtis de créatures.

22. Il sera le Djina nommé Samantaprabha, et sa terre sera parfaitement pure ; il paraîtra dans l’avenir, au bout d’un nombre infini de Kalpas, après avoir vu un nombre immense de Buddhas.

23. Resplendissant de lumière, doué de la force d’un Buddha, voyant son nom célèbre dans les dix points de l’espace, honoré par des milliers de kôtis d’êtres vivants, il enseignera l’excellent et suprême état de Bôdhi.

24. Là des Bôdhisattvas pleins d’application et montés sur d’excellents chars divins, habiteront cette terre, livrés à la méditation, purs de mœurs, et sans cesse occupés de bonnes œuvres.

25. Après avoir entendu la loi de la bouche du Meilleur des hommes, ils iront sans cesse dans d’autres terres ; et honorant des milliers de Buddhas, ils leur rendront un culte étendu.

26. Puis, en un instant, ils reviendront dans la terre de ce Guide [du monde] nommé Prabhâsa, du Meilleur des hommes ; tant sera grande la force de leur conduite.

27. La durée de l’existence de ce Sugata sera de soixante mille Kalpas entiers ; et quand le Protecteur sera entré dans le Nirvâna complet, sa bonne loi durera deux fois autant de temps dans le monde.

28. Et l’image de cette loi durera encore pendant trois fois autant de Kalpas ; et quand la bonne loi de ce Protecteur sera épuisée, les hommes et les Maruts seront malheureux.

29. [Après lui] paraîtront cinq cents Guides [du monde] portant en commun avec ce Djina le nom de Samantaprabha ; ces Buddhas, les meilleurs des hommes, se succéderont les uns aux autres.

30. Tous habiteront un pareil système de monde ; ils auront tous une même puissance due aux mêmes facultés surnaturelles, une terre de Buddha pareille, une pareille assemblée, une même bonne loi, et cette bonne loi durera pour tous autant de temps.

31. Leur voix se fera également entendre dans le monde réuni aux Dêvas, de même que celle de Samantaprabha, du Meilleur des hommes, ainsi que je l’ai dit précédemment.

32. Pleins de bonté et de compassion, ils s’annonceront successivement les uns aux autres leurs destinées futures ; c’est ainsi que doit arriver, immédiatement après moi, ce que je dis aujourd’hui à tout l’univers.

33. Voilà, ô Kâçyapa, comme tu dois considérer ici en ce jour ces Auditeurs qui ne sont pas moins de cinq cents, aussi bien que mes autres Çrâvakas, parvenus à la puissance ; expose également ce sujet aux autres Çrâvakas.

Alors ces cinq cents Arhats, ayant entendu de la bouche de Bhagavat la prédiction qui leur annonçait qu’ils parviendraient un jour à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, contents, satisfaits, joyeux, l’esprit transporté, pleine de joie, de satisfaction et de plaisir, se rendirent à l’endroit où se trouvait Bhagavat, et, s’y étant rendus, ils parlèrent ainsi, après avoir salué ses pieds en les touchant de la tête : Nous confessons notre faute, ô Bhagavat, nous qui nous imaginions sans cesse dans notre esprit que nous pouvions dire : "Voici pour nous le Nirvâna complet, nous sommes arrivés au Nirvâna complet" ; c’est, ô Bhagavat, que nous ne sommes pas éclairés, que nous ne sommes pas habiles, que nous ne sommes pas instruits comme il faut. Pourquoi cela ? C’est que, quand il nous fallait arriver à la perfection des Buddhas dans la science du Tathâgata, nous nous sommes trouvés satisfaits de la science ainsi limitée que nous possédions. C’est, ô Bhagavat, comme si un homme étant entré dans la maison de son ami, venait à y tomber dans l’ivresse ou dans le sommeil, et que son ami attachât à l’extrémité du vêtement de cet homme un joyau ou un diamant du plus grand prix, en disant : Que ce joyau inestimable lui appartienne ! Qu’ensuite, ô Bhagavat, l’homme [endormi] s’étant levé de son siège, se mette en marche ; qu’il se rende dans une autre partie du pays ; là qu’il éprouve des malheurs, qu’il ait de la peine à se procurer de la nourriture et des vêtements, et que ce ne soit qu’avec de grandes difficultés qu’il obtienne de se procurer si peu de nourriture que ce soit ; que ce qu’il trouve lui suffise, qu’il s’en contente et en soit satisfait. Qu’ensuite, ô Bhagavat, l’ancien ami de cet homme, celui par qui a été attaché à l’extrémité de son vêtement ce joyau inestimable, vienne à le revoir et qu’il lui parle ainsi : D’où vient donc, ami ; que tu éprouves de la difficulté à te procurer de la nourriture et des vêtements, quand, pour te rendre l’existence facile, j’ai attaché et placé à l’extrémité de ton vêtement un joyau inestimable, propre à satisfaire tous tes désirs, et quand je t’ai donné, ami, ce joyau ? C’est par moi, ami, que ce joyau a été attaché à l’extrémité de ton vêtement. Comme tu ignores cela, tu dis : Est-ce que ce joyau a été attaché pour moi ? par qui l’a-t-il été ? pour quelle raison et pour quel motif l’a-t-il été ? Tu es, ami, un véritable enfant, toi qui, cherchant avec peine à te procurer de la nourriture et des vêtements, te contentes de cette existence. Va, ami, et, prenant ce joyau, retourne sur tes pas ; rends-toi dans la grande ville, et, avec l’argent que tu en auras retira, fais tout ce que l’on fait avec de l’argent. De même aussi, ô Bhagavat, quand jadis le Tathâgata remplissait les devoirs de la conduite imposée à un Bôdhisattva, il produisait même en nous des pensées d’omniscience ; et ces pensées, ô Bhagavat, nous ne les connaissions pas, nous ne les savions pas. C’est pour cela, ô Bhagavat, que nous nous imaginons que, sur le terrain des Arhats où nous sommes établis, nous sommes arrivés au Nirvâna. Nous vivons dans la peine, ô Bhagavat, puisque nous nous contentons d’une science aussi limitée [que celle que nous possédons. Mais,] grâce à la prière que nous ne cessons d’adresser sans relâche, à l’effet de posséder la science de celui qui sait tout, nous sommes parfaitement instruits par le Tathâgata. Ne pensez pas, ô Religieux, [nous dit-il,] que vous soyez ainsi arrivés au Nirvâna complet. Il existe, ô Religieux, dans vos intelligences, des racines de vertu que j’ai fait mûrir autrefois ; et c’est ici un effet de mon habileté dans l’emploi des moyens dont je dispose, que, par l’effet du langage employé dans l’enseignement de la loi, vous pensiez qu’ici est le Nirvâna. C’est ainsi que Bhagavat, après nous avoir instruits, nous prédit que nous obtiendrons l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Ensuite ces cinq cents Religieux arrivés à la puissance, à la tête desquels était Adjnâtakâundinya, prononcèrent dans cette occasion les stances suivantes :

34. Nous sommes pleins de joie et de satisfaction d’avoir entendu cette éminente parole qui nous permet de respirer, en nous annonçant que nous parviendrons à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Adoration à toi, Bhagavat, à toi dont la vue est infinie !

35. Nous confessons notre faute en ta présence ; nous disons comment nous sommes insensés, ignorants et peu éclairés, en ce que nous nous sommes contentés, sous l’enseignement du Sugata, d’une faible part de repos.

36. C’est comme s’il existait ici un homme qui vînt à entrer dans la demeure d’un de ses amis ; que cet ami fut riche et fortuné ; et qu’il donnât à cet homme beaucoup de nourriture et d’aliments.

37. Qu’après l’avoir complètement, rassasié de nourriture, il lui fît présent d’un joyau d’une valeur considérable, en l’attachant au moyen d’un nœud fait à l’extrémité de son vêtement supérieur, et qu’il fût satisfait de le lui avoir donné.

38. Que s’étant levé, l’homme s’en aille, ignorant cette circonstance, et qu’il se rende dans une autre ville ; que tombé dans l’infortune, misérable, mendiant, il cherche à travers beaucoup de peines à se procurer de la nourriture.

39. Qu’après avoir obtenu un peu de nourriture, il se trouve satisfait, ne pensant pas qu’il existe des aliments plus relevés ; qu’il ait oublié ce joyau attaché à son vêtement supérieur, et qu’il en ait perdu le souvenir.

40. Mais voici qu’il est revu par cet ancien ami qui lui a donné ce joyau dans sa propre maison ; cet ami, lui adressant de vifs reproches, lui montre le joyau attaché à l’extrémité de son vêtement.

41. Que cet homme se sente rempli d’une joie extrême en voyant l’excellence de ce joyau ; qu’il se trouve en possession de grandes richesses et d’un précieux trésor, et qu’il jouisse des cinq qualités du désir.

42. De la même manière, ô Bhagavat, ô Protecteur, nous ne connaissons pas ce qui a fait autrefois l’objet de notre prière ; cependant cet objet nous a été donné, il y a longtemps, dans des existences antérieures, par le Tathâgata lui-même,

43. Et nous, ô Chef [du monde], avec notre intelligence imparfaite, nous sommes ignorants en ce monde sous l’enseignement du Sugata ; car nous nous contentons d’un peu de Nirvâna ; nous n’aspirons ni ne songeons à rien de plus élevé,

44. Mais l’ami du monde nous instruit ainsi : Non, ce n’est là en aucune manière le Nirvâna ; le Nirvâna, c’est la science parfaite des Meilleurs des hommes, c’est la félicité suprême.

45. Après avoir entendu cette prédiction noble, étendue, variée, à laquelle rien n’est supérieur, nous nous sommes sentis, ô Chef [du monde], transportés de joie ; en pensant à la prédiction que nous nous ferons successivement les uns aux autres.

CHAPITRE IX.
PRÉDICTION RELATIVE À ÂNANDA, À RÂHULA, ET AUX DEUX MILLE RELIGIEUX.

Alors le respectable Ânanda fit en ce moment cette réflexion : Puissions-nous aussi être nous-mêmes l’objet d’une prédiction de cette espèce ! Et après avoir ainsi réfléchi, éprouvant un désir conforme à sa pensée, il se leva de son siège et se jeta aux pieds de Bhagavat. Le respectable Râhula, ayant aussi fait la même réflexion, après s’être jeté aux pieds de Bhagavat, parla ainsi : Fais, ô Bhagavat, fais, ô Sugata, que l’instant [de la prédiction] soit aussi venu pour nous. Bhagavat est pour nous aussi un père ; c’est à lui que nous devons la vie ; c’est notre appui, notre protection. Nous aussi, ô Bhagavat, dans ce monde formé de la réunion des Dêvas, des hommes et des Asuras, nous sommes l’image parfaite des fils de Bhagavat, des serviteurs de Bhagavat, des gardiens du trésor de la loi. Qu’en nous prédisant, ô Bhagavat, que nous parviendrons à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, Bhagavat fasse que la réalité s’accorde avec cette apparence. Deux mille autres Religieux, avec d’autres Auditeurs, dont les uns étaient Maîtres et les autres ne l’étaient pas, s’étant aussi levés de leurs sièges, après avoir rejeté sur leur épaule leur vêtement supérieur, et réuni les mains en signe de respect en présence de Bhagavat, se tinrent debout, les yeux fixés sur lui, réfléchissant également à cette science même de Buddha : Puissions-nous aussi être nous-mêmes l’objet d’une prédiction qui nous annonce que nous parviendrons un jour à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ! Alors Bhagavat s’adressa en ces termes au respectable Ânanda : Tu seras, ô Ânanda, dans un temps à venir, le Tathâgata nommé Sâgaravaradharabuddkivikrîditâbkidjna, vénérable, etc., doué de science et de conduite, etc. Après avoir honoré, vénéré, adoré, servi soixante-deux centaines de mille de myriades de kôtis de Buddhas, après avoir reçu la bonne loi de ces bienheureux Buddhas, et après avoir compris leur enseignement, tu obtiendras l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, et tu feras mûrir pour l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, des centaines de mille de myriades de kôtis de Bôdhisattvas en nombre égal à celui des sables de vingt fleuves du Gange. La terre de Buddha, qui t’est destinée, sera abondante en toute espèce de biens et reposant sur un fond de lapis-lazuli. L’univers [où tu paraîtras] se nommera Anavanâmitavâidjayanta, et ton Kalpa aura le nom de Manôdjhaçabdâbhigardjita. La durée de l’existence de ce bienheureux Tathâgata, vénérable, etc., sera d’un nombre immense de Kalpas, de ces Kalpas dont aucun calcul ne pourrait atteindre le terme. Ainsi seront incalculables les centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas formant la durée de l’existence de ce Bienheureux. Et autant aura duré, ô Ânanda, l’existence de ce bienheureux Tathâgata, vénérable, etc., autant et une fois autant encore subsistera sa bonne loi, après qu’il sera entré dans le Nirvâna complet ; et autant aura subsisté la bonne loi de ce Bienheureux, autant et une fois autant encore subsistera l’image de cette bonne loi. De plus, ô Ânanda, plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Buddhas, en nombre égal aux sables du Gange, chanteront dans les dix points de l’espace l’éloge de ce Tathâgata, vénérable, etc. Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

1. Je vais, ô Religieux assemblés, vous témoigner mon affection : oui, le vertueux Ânanda, l’interprète de ma loi, sera dans l’avenir un Djina, après qu’il aura rendu un culte à soixante fois dix millions de Sugatas.

2. Le nom sous lequel il sera célèbre en ce monde sera Sâgarabuddhidbârî Abhidjnâprâpta ; il paraîtra dans une terre très-pure et parfaitement belle, dans l’univers dont le nom signifie : "Celui où les étendards ne sont pas abattus."

3. Là il mûrira parfaitement des Bôdhisattvas aussi nombreux que les sables du Gange et de plus nombreux encore ; ce Djina sera doué des grandes facultés surnaturelles, et son nom retentira dans les dix points de l’univers.

4. La durée de son existence sera sans mesure ; il habitera dans le monde, plein de bonté et de compassion ; lorsque ce Djina, ce Protecteur sera entré dans le Nirvâna complet, sa bonne loi durera deux fois autant [que lui].

5. L’image de cette loi durera encore deux fois autant de temps sous l’empire de ce Djina ; alors des êtres, en nombre égal à celui des sables du Gange, produiront en ce monde la cause qui conduit à l’état de Buddha.

En ce moment, cette pensée vint à l’esprit de mille Bôdhisattvas de l’assemblée, qui étaient entrés dans le nouveau véhicule : Nous n’avons jamais entendu, avant ce jour, l’annonce d’aussi nobles destinées faite même à des Bôdhisattvas à plus forte raison à des Çrâvakas. Quelle est donc ici la cause de cela ? Quel en est le motif ? Alors Bhagavat, connaissant avec sa pensée la réflexion qui s’élevait dans l’esprit de ces Bôdhisattvas, leur adressa la parole en ces termes : C’est, ô fils de famille, que la pensée de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, a été conçue par moi et par Ânanda au même temps et dans le même instant, en présence du Tathâgata Dharmagahanâbhyudgatarâdja, vénérable, etc. Alors Ânanda, ô fils de famille, était toujours et sans relâche appliqué à beaucoup entendre, et moi j’étais appliqué au développement de l’énergie. C’est à cause de cela que je parvins rapidement à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, tandis que ce vertueux Ânanda fut le gardien du trésor de la bonne loi des bienheureux Buddhas, c’est-à-dire que ce fils de famille demanda dans la prière qu’il fit, d’être capable de former complètement les Bôdhisattvas.

Alors le respectable Ânanda, ayant appris de la bouche de Bhagavat qu’il devait parvenir un jour à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, ayant entendu l’énumération des qualités de la terre de Buddha qui lui était destinée, ainsi que sa prière et sa conduite d’autrefois, se sentit content, satisfait, joyeux, l’esprit transporté, plein de joie, de satisfaction et de plaisir. Et en ce moment, il se rappela la bonne loi de plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Buddhas ; il se rappela l’ancienne prière qu’il avait adressée autrefois [à ces Buddhas]. Ensuite le respectable Ânanda prononça dans cette occasion les stances suivantes :

6. Ils sont merveilleux, infinis, les Djinas, qui rappellent à ma mémoire l’enseignement de la loi fait par les Djinas protecteurs qui sont entrés dans le Nirvâna complet ; car je m’en souviens, comme si c’était aujourd’hui ou demain.

7. Je suis délivré de tous mes doutes ; je suis établi dans l’état de Bôdhi ; c’est là l’effet de mon habileté dans l’emploi des moyens dont je dispose, [que] je sois un serviteur du Sugata, et que je possède la bonne loi en vue d’acquérir l’état de Bôdhi.

Ensuite Bhagavat s’adressa en ces termes au respectable Râhulabhadra : Tu seras, ô Râhulabhadra, dans un temps à venir, le Tathâgata nommé Saptaratnapadmavikrâmin, vénérable, etc., doué de science et de conduite, etc. Après que tu auras honoré, vénéré, adoré, servi des Tathâgatas, vénérables, etc., en nombre égal à la poussière des atomes dont se composent dix univers, tu seras toujours le fils aîné de ces bienheureux Buddhas, de même que tu es ici mon fils aîné. La durée de l’existence, ô Râhulabhadra, de ce bienheureux Tathâgata Saptaratnapadmavikrâmin, vénérable, etc., ainsi que la perfection des qualités de toute espèce [qui le distingueront], seront les mêmes que celles du bienheureux Sâgaravaradharabuddkivikrîditâbkidjna, vénérable, etc. ; et la masse des qualités de la terre de Buddha, [qui lui est destinée,] sera également douée de perfections de toute espèce. Tu seras aussi, ô Râhula, le fils aîné de ce bienheureux Tathâgata Sâgaravaradharabuddkivikrîditâbkidjna, vénérable, etc. Après cela tu parviendras à obtenir l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

8. Ce Râhula, mon fils aîné, qui, au temps où j’étais Kumâra, était mon fils chéri, l’est encore aujourd’hui même que j’ai obtenu l’état de Bôdhi ; c’est un grand Richi, qui possède sa part de l’héritage de la loi.

9. Il paraîtra dans l’avenir plusieurs fois dix millions de Buddhas, dont il n’existe pas de mesure, et qu’il verra ; occupé à rechercher l’état de Bôdhi, il sera le fils de tous ces Buddhas.

10. Râhula ne connaît pas sa conduite [ancienne] ; moi je sais quelle fut autrefois sa prière ; il a chanté les louanges des amis du monde en disant : Certes je suis le fils du Tathâgata.

11. Ce Râhula, qui est ici mon fils chéri, possède d’innombrables myriades de kôtis de qualités dont la mesure n’existe nulle part ; car c’est ainsi qu’il existe à cause de l’état de Bôdhi.

Ensuite Bhagavat regarda de nouveau ces deux mille Çrâvakas, dont les uns étaient Maîtres et les autres ne l’étaient pas, qui contemplaient Bhagavat face à face, l’esprit calme, paisible et plein de douceur. En ce moment Bhagavat s’adressa en ces termes au respectable Ânanda : Vois-tu, ô Ânanda, ces deux mille Çrâvakas, dont les uns sont Maîtres et les autres ne le sont pas ? Ânanda répondit : Je les vois, ô Bhagavat ; je les vois, ô Sugata. Bhagavat reprit : Eh bien, Ânanda, ces deux mille Religieux rempliront ensemble dans l’avenir les devoirs de la conduite imposée aux Bôdhisattvas. Après avoir honoré, etc., des Buddhas bienheureux en nombre égal à la poussière des atomes contenus dans cinquante univers, et après avoir compris la bonne loi de ces Buddhas, tous parvenus à leur dernière existence, dans le même temps, dans le même moment, dans le même instant, du même coup, ils atteindront à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, dans les dix points de l’espace, chacun dans des univers et dans des terres différentes. Ils paraîtront dans le monde, comme Tathâgatas, vénérables, etc., sous le nom de Ratnakêiurâdja. La durée de leur existence sera celle d’un Kalpa complet. La masse des qualités de leurs terres de Buddha sera la même pour tous ; égal sera le nombre de leurs Çrâvakas et de leurs Bôdhisattvas ; égal aussi sera pour eux tous le Nirvâna complet ; et leur loi subsistera un même espace de temps. Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

12. Ces deux milliers de Çrâvakas, ô Ânanda, qui sont ici réunis en ma présence, et qui sont sages, je leur prédis aujourd’hui que, dans un temps à venir, ils seront des Tathâgatas.

13. Après avoir rendu aux Buddhas un culte éminent, au moyen de comparaisons et d’éclaircissements infinis, parvenus à leur dernière existence, ils atteindront à l’état suprême de Bôdhi, qui est le mien.

14. Tous portant le même nom dans les dix points de l’espace, tous au même instant et dans le même moment, assis auprès du roi des meilleurs des arbres, ils deviendront des Buddhas, après avoir touché à la science.

15. Tous auront un seul et même nom, celui de Ratnakêtu, sous lequel ils seront célèbres ici dans le monde, leurs excellentes terres seront semblables ; semblables aussi seront les troupes de leurs Çrâvakas et de leurs Bôdhisattvas.

16. Exerçant également leurs facultés surnaturelles, ici dans la totalité de l’univers, dans les dix points de l’espace, tous, après avoir expliqué la loi. ils arriveront également au Nirvâna, et leur bonne loi aura une égale durée.

Alors ces Çrâvakas, dont les uns étaient Maîtres et les autres ne l’étaient pas, ayant entendu, en présence de Bhagavat et de sa bouche, la prédiction des destinées futures réservées à chacun d’eux, se sentant contents, satisfaits, joyeux, l’esprit transporté, pleins de joie, de satisfaction et de plaisir, adressèrent à Bhagavat les deux stances suivantes :

17. Nous sommes satisfaits, ô lumière du monde, d’avoir entendu cette prédiction ; nous sommes aussi heureux, ô Tathâgata, que si nous étions aspergés d’ambroisie.

18. Il n’y a plus en nous ni doute, ni perplexité, [et nous ne disons plus : ] Nous ne deviendrons pas les Meilleurs des hommes ; aujourd’hui nous avons obtenu le bonheur, après avoir entendu cette prédiction.

CHAPITRE X.
L’INTERPRÈTE DE LA LOI.

Alors Bhagavat, commençant par le Bôdhisattva Mahâsattva Bhâichadjyarâdja, s’adressa en ces termes aux quatre-vingt mille Bôdhisattvas : Vois-tu, ô Bhâichadjyarâdja, dans cette assemblée, ce grand nombre d’êtres, Dêvas, Nâgas, Yakchas, Gandharvas, Asuras, Garudas, Kinnaras, Mahôragas, hommes et créatures n’appartenant pas à l’espèce humaine, Religieux et fidèles des deux sexes, êtres faisant usage du véhicule des Çrâvakas, ou de celui des Pratyêkabuddhas, ou de celui des Bôdhisattvas, tous êtres par qui cette exposition de la loi a été entendue de la bouche du Tathâgata ? Bhâichadjyarâdja répondit : Je les vois, ô Bhagavat ; je les vois, ô Sugata. Bhagavat reprit : Eh bien, Bhâichadjyarâdja, tous ces Bôdhisattvas Mahâsattvas, par qui, dans cette assemblée, a été entendue ne fût-ce qu’une seule stance, qu’un seul mot, ou qui, même par la production d’un seul acte de pensée, ont témoigné leur satisfaction de ce Sûtra, tous ceux-là, ô Bhâichadjyarâdja, qui forment les quatre assemblées, je leur prédis qu’ils obtiendront un jour l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Ceux, quels qu’ils soient, ô Bhâichadjyarâdja, qui, après que le Tathâgata sera entré dans le Nirvâna complet, entendront cette exposition de la loi, et qui, après en avoir entendu ne fût-ce qu’une seule stance, témoigneront leur satisfaction, ne fût-ce que par la production d’un seul acte de pensée, ceux-là, ô Bhâichadjyarâdja, qu’ils soient fils ou filles de famille, je leur prédis qu’ils obtiendront l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Ces fils ou filles de famille, ô Bhâichadjyarâdja, auront honoré des centaines de mille de myriades de kôtis de Buddhas complètes. Ces fils ou filles de famille, ô Bhâichadjyarâdja, auront adressé leur prière à plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Buddhas. Il faut les regarder comme étant nés de nouveau parmi les hommes dans le Djambudvîpa, par compassion pour les créatures. Ceux qui de cette exposition de la loi comprendront, répéteront, expliqueront, saisiront, écriront, se rappelleront après avoir écrit, et regarderont de temps en temps, ne fût-ce qu’une seule stance ; qui, dans ce livre, concevront du respect pour le Tathâgata ; qui, par respect pour le Maître, l’honoreront, le respecteront, le vénéreront, l’adoreront ; qui lui offriront, en signe de culte, des fleurs, de l’encens, des odeurs, des guirlandes de fleurs, des substances onctueuses, des poudres parfumées, des vêtements, des parasols, des étendards, des drapeaux, la musique des instruments et l’hommage de leurs adorations et de leurs mains jointes avec respect ; en un mot, ô Bhâichadjyarâdja, les fils ou filles de famille qui de cette exposition de la loi comprendront ou approuveront ne fût-ce qu’une seule stance composée de quatre vers, à ceux-là je prédis qu’ils obtiendront tous l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Maintenant, ô Bhâichadjyarâdja, si une personne quelconque, homme ou femme, venait à dire : "Quels sont les êtres qui, dans un temps à venir, deviendront des Tathâgatas, vénérables, etc. ? " il faut, ô Bhâichadjyarâdja, montrer à cette personne, homme ou femme, celui des fils ou filles de famille qui de cette exposition de la loi est capable de comprendre, d’enseigner, de réciter, ne fut-ce qu’une stance composée de quatre vers, et qui accueille ici avec respect cette exposition de la loi ; c’est ce fils ou cette fille de famille qui deviendra sûrement, dans un temps à venir, un Tathâgata, vénérable, etc. ; voilà comme tu dois envisager ce sujet.

Pourquoi cela ? C’est, ô Bhâichadjyarâdja, qu’il doit être reconnu pour un Tathâgata par le monde formé de la réunion des Dêvas et des Mâras ; c’est qu’il doit recevoir les honneurs dus à un Tathâgata, celui qui comprend de cette exposition de la loi ne fût-ce qu’une seule stance ; que dire, à bien plus forte raison, de celui qui saisirait, comprendrait, répéterait, posséderait, expliquerait, écrirait, ferait écrire, se rappellerait après avoir écrit, la totalité de cette exposition de la loi, et qui honorerait, respecterait, vénérerait, adorerait ce livre, qui lui rendrait un culte, des respects et des hommages, en lui offrant des fleurs, de l’encens, des odeurs, des guirlandes de fleurs, des substances onctueuses, des poudres parfumées, des vêtements, des parasols, des drapeaux, des étendards, la musique des instruments, des démonstrations de respect, comme l’action de tenir les mains jointes, de dire adoration et de s’incliner ? Ce fils ou cette fille de famille, ô Bhâichadjyarâdja, doit être reconnu comme arrivé au comble de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; il faut le regarder comme ayant vu les Tathâgatas, comme plein de bonté et de compassion pour le monde, comme né, par suite de l’influence de sa prière, dans le Djambudvîpa, parmi les hommes pour expliquer complètement cette exposition de la loi. Il faut reconnaître qu’un tel homme doit, quand je serai entré dans le Nirvâna complet, naître ici par compassion et pour le bien des êtres, afin d’expliquer complètement cette exposition de la loi, sauf la sublime conception de la loi et la sublime naissance dans une terre de Buddha. Il doit être regardé comme le messager du Tathâgata, ô Bhâichadjyarâdja, comme son serviteur, comme son envoyé, le fils ou la fille de famille qui, quand le Tathâgata sera entré dans le Nirvâna complet, expliquera cette exposition de la loi, qui l’expliquera, qui la communiquera, ne fût-ce qu’en secret et à la dérobée, à un seul être, quel qu’il soit. Il y a plus, ô Bhâichadjyarâdja, l’homme, quel qu’il soit, méchant, pécheur et cruel de cœur, qui, pendant un Kalpa entier, injurierait en face le Tathâgata, et d’un autre côté, celui qui adresserait une seule parole désagréable, fondée ou non, à l’un de ces personnages interprètes de la loi et possesseurs de ce Sûtra, qu’ils soient maîtres de maison ou entrés dans la vie religieuse, je dis que, de ces deux hommes, c’est le dernier qui commet la faute la plus grave. Pourquoi cela ? C’est que, ô Bhâichadjyarâdja, ce fils ou cette fille de famille doit être regardé comme paré des ornements du Tathâgata. Il porte le Tathâgata sur son épaule, ô Bhâichadjyarâdja, celui qui, après avoir écrit cette exposition de la loi, après en avoir fait un volume, la porte sur son épaule. Dans quelque lieu qu’il se transporte, les êtres doivent l’aborder les mains jointes ; ils doivent l’honorer, le respecter, le vénérer, l’adorer ; cet interprète de la loi doit être honoré, respecté, vénéré, adoré par l’offrande de fleurs divines et mortelles, d’encens, d’odeurs, de guirlandes de fleurs, de substances onctueuses, de poudres parfumées, etc., [comme ci-dessus,] par celle d’aliments, de mets, de riz, de boissons, de chars, de masses de pierreries divines accumulées en monceaux ; et des monceaux de pierreries divines doivent être présentés avec respect à un tel interprète de la loi. Pourquoi cela ? C’est que ce fils de famille n’a qu’à expliquer, ne fût-ce qu’une seule fois, cette exposition de la loi, pour qu’après l’avoir entendue, des êtres en nombre immense et incalculable parviennent rapidement à posséder l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

1. Celui qui désire se tenir dans l’état de Buddha, celui qui aspire à la science de l’être existant par lui-même, doit honorer les êtres qui gardent cette règle de conduite.

2. Et celui qui désire l’omniscience, comment parviendra-t-il à l’obtenir promptement ? En comprenant ce Sûtra, ou en honorant celui qui l’a compris.

3. Il a été envoyé par le Guide du monde dans le but de convertir les êtres, celui qui, par compassion pour les créatures, expose ce Sûtra.

4. C’est après avoir quitté une bonne existence qu’il est venu ici-bas, le sage qui par compassion pour les êtres possède ce Sûtra.

5. C’est à l’influence de son existence [antérieure] qu’il doit de paraître ici, exposant, au temps de sa dernière naissance, ce Sûtra suprême.

6. Il faut honorer cet interprète de la loi en lui offrant des fleurs divines et mortelles, avec toute espèce de parfums ; il faut le couvrir de vêtements divins, et répandre sur lui des joyaux.

7. Les hommes tiennent constamment les mains jointes en signe de respect, comme devant l’Indra des Djinas qui existe par lui-même, lorsqu’ils sont en présence de celui qui, pendant cette redoutable époque de la fin des temps, possède ce Sûtra du Buddha entré dans le Nirvâna complet.

8. On doit donner des aliments, de la nourriture, du riz, des boissons, des Vihâras, des lits, des sièges et des vêtements, par kôtis, pour honorer ce fils du Djina, n’eût-il exposé ce Sûtra qu’une seule fois.

9. Il remplit la mission que lui ont confiée les Tathâgatas, et il a été envoyé par moi dans la condition humaine, celui qui, pendant cette dernière époque [du Kalpa], écrit, possède et entend ce Sûtra.

10. L’homme qui oserait ici adresser des injures au Djina, pendant un Kalpa complet, en fronçant le sourcil avec de mauvaises pensées, commettrait sans doute un péché dont les conséquences seraient bien graves.

11. Eh bien, je le dis, il en commettrait un plus grand encore, celui qui adresserait des paroles d’injure et de colère à un personnage qui, comprenant ce Sûtra, l’exposerait en ce monde.

12. L’homme qui tenant les mains jointes en signe de respect pendant un Kalpa entier, me célébrerait en face, dans plusieurs myriades de kôtis de stances, afin d’obtenir cet état suprême de Bôdhi ;

13. Cet homme, dis-je, recueillerait beaucoup de mérites de m’avoir ainsi célébré avec joie ; eh bien, il s’en assurerait un beaucoup plus grand nombre encore, celui qui célébrerait les louanges de ces [vertueux] personnages.

14. Celui qui, pendant dix-huit mille kôtis de Kalpas, rendrait un culte à ces images [de Buddhas], en leur faisant hommage de sons, de formes, de saveurs, d’odeurs et de touchers divins,

15. Aurait certainement obtenu une grande merveille, si, après avoir ainsi honoré ces images pendant dix-huit mille kôtis de Kalpas, il venait à entendre ce Sûtra, ne fût-ce qu’une seule fois.

Je vais te parler, ô Bhâichadjyarâdja, je vais t’instruire. Oui, j’ai fait jadis de nombreuses expositions de la loi, j’en fais maintenant et j’en ferai encore dans l’avenir. De toutes ces expositions de la loi, celle que je fais aujourd’hui ne doit pas recevoir l’assentiment du monde ; elle ne doit pas être accueillie par le monde avec foi. C’est là, ô Bhâichadjyarâdja, le grand secret de la contemplation des connaissances surnaturelles que possède le Tathâgata, secret gardé par la force du Tathâgata, et qui jusqu’à présent n’a pas été divulgué. Non, cette thèse n’a pas été exposée jusqu’à ce jour. Cette exposition de la loi, ô Bhâichadjyarâdja, est l’objet des mépris de beaucoup de gens, même pendant qu’existe en ce monde le Tathâgata ; que sera-ce donc, quand il sera entré dans le Nirvâna complet ? De plus, ô Bhâichadjyarâdja, ils doivent être regardés comme couverts du vêtement du Tathâgata ; ils sont vus, ils sont bénis par les Tathâgatas qui se trouvent dans les autres univers, et ils auront la force d’une foi personnelle, ainsi que celle de la racine des actions méritoires, et celle de la prière ; ils seront, ô Bhâichadjyarâdja, habitants du même Vihâra que le Tathâgata, ils auront le front essuyé par la main du Tathâgata, ces fils ou ces filles de famille, qui, lorsque le Tathâgata sera entré dans le Nirvâna complet, auront foi dans cette exposition de la loi, qui la réciteront, l’écriront, la vénéreront, l’honoreront et l’expliqueront aux autres avec des développements. De plus, ô Bhâichadjyarâdja, dans le lieu de la terre où cette exposition de la loi viendra à être faite, ou à être enseignée, ou à être écrite, ou à être lue ou chantée après avoir été écrite en un volume, dans ce lieu, ô Bhâichadjyarâdja, il faudra élever au Tathâgata un monument grand, fait de substances précieuses, haut, ayant une large circonférence et il n’est pas nécessaire que les reliques du Tathâgata y soient déposées. Pourquoi cela ? C’est que le corps du Tathâgata y est en quelque sorte contenu tout entier. Le lieu de la terre où cette exposition de la loi est faite, enseignée, récitée, lue, chantée, écrite, conservée en un volume après avoir été écrite, doit être honoré comme si c’était un Stûpa ; ce lieu doit être respecté, vénéré, adoré, entouré d’un culte ; on doit y présenter toute espèce de fleurs, d’encens, d’odeurs, de guirlandes de fleurs, de substances onctueuses, de poudres parfumées, de vêtements, de parasols, de drapeaux, d’étendards ; on doit y offrir l’hommage des chants de toute espèce, du bruit des instruments, de la danse, de la musique, du retentissement des cimbales et des plaques d’airain. Et les êtres, ô Bhâichadjyarâdja, qui s’approcheront du monument du Tathâgata, pour l’honorer, pour l’adorer ou pour le voir, tous ces êtres doivent être regardés comme étant bien près de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Pourquoi cela ?

C’est que, ô Bhâichadjyarâdja, beaucoup de maîtres de maison ou d’hommes entrés dans la vie religieuse, après être devenus des Bôdhisattvas, observent les règles de conduite imposées à ce dernier état, sans cependant recevoir cette exposition de la loi, pour la voir, pour l’honorer, pour lui rendre un culte, pour l’entendre, pour l’écrire ou pour l’adorer. Aussi ces Bôdhisattvas ne deviennent pas habiles dans la pratique des règles de conduite imposées à leur état, tant qu’ils n’entendent pas cette exposition de la loi. Mais quand ils l’entendent, et quand, l’ayant entendue, ils y ont confiance, qu’ils la comprennent, qu’ils la pénètrent, qu’ils la savent, qu’ils la saisissent complètement, alors ils sont arrivée à un point très-rapproché de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; ils en sont très-près. C’est, ô Bhâichadjyarâdja, comme s’il y avait un homme ayant besoin d’eau, cherchant de l’eau, qui, pour en trouver, creuserait un puits dans un terrain aride. Tant qu’il verrait le sable jaune et sec ne pas s’agiter, il ferait cette réflexion : L’eau est encore loin d’ici. Qu’ensuite cet homme voie le sable humide, mêlé d’eau, changé en limon et en vase, entraîné par les gouttes d’eau sortant [de la terre], et les gens occupés à creuser les puits le corps souillé de vase et de limon ; qu’alors, ô Bhâichadjyarâdja, cet homme, voyant cet indice, n’éprouve plus aucune incertitude, qu’il n’ait plus de doutes [et qu’il se dise] : Certainement l’eau est près d’ici. De même, ô Bhâichadjyarâdja, les Bôdhisattvas Mahâsattvas sont encore éloignés de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, tant qu’ils n’entendent pas cette exposition de la loi, tant qu’ils ne la saisissent pas, qu’ils ne la comprennent pas, qu’ils ne l’approfondissent pas, qu’ils ne la méditent pas. Mais quand, ô Bhâichadjyarâdja, les Bôdhisattvas Mahâsattvas entendront cette exposition de la loi, quand ils la saisiront, la posséderont, la répéteront, la comprendront, la liront, la méditeront, se la représenteront, alors ils seront bien près de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. C’est de cette exposition de la loi qu’est produit, pour les êtres, l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Pourquoi cela ? C’est que cette exposition de la loi, développée en détail, amplement expliquée, est, par son excellence, le siège du secret de la loi, secret révélé par les Tathâgatas, vénérables, etc., dans le but de conduire à la perfection les Bôdhisattvas Mahâsattvas. Le Bôdhisattva, quel qu’il soit, ô Bhâichadjyarâdja, qui viendrait à s’étonner, à être effrayé, à éprouver de l’effroi de cette exposition de la loi, doit être regardé comme un Bôdhisattva Mahâsattva qui est entré dans le nouveau véhicule. Si un homme s’avançant dans le véhicule des Çrâvakas, venait, ô Bhâichadjyarâdja, a s’étonner, à être effrayé, à éprouver de l’effroi de cette exposition de la loi, celui-là devrait être regardé comme un homme orgueilleux s’avançant dans le véhicule des Çrâvakas. Le Bôdhisattva Mahâsattva, quel qu’il soit, ô Bhâichadjyarâdja, qui, quand le Tathâgata est entré dans le Nirvâna complet, viendrait, à la fin des temps, au terme d’une époque, à expliquer cette exposition de la loi en présence des quatre assemblées, doit le faire, après être entré dans la demeure du Tathâgata, après s’être assis sur le siège de la loi du Tathâgata, après s’être couvert du vêtement du Tathâgata. Et qu’est-ce ; ô Bhâichadjyarâdja, que la demeure du Tathâgata ? C’est l’action d’habiter dans la charité à l’égard de tous les êtres ; c’est dans cette demeure du Tathâgata que doit entrer le fils de famille. Et qu’est-ce, ô Bhâichadjyarâdja, que le siège de la loi du Tathâgata ? C’est l’action d’entrer dans le vide de toutes les lois ; c’est sur ce siège de la loi du Tathâgata que doit s’asseoir le fils de famille ; et c’est après qu’il s’y est assis, qu’il doit expliquer cette exposition de la loi aux quatre assemblées. Et qu’est-ce, ô Bhâichadjyarâdja, que le vêtement du Tathâgata ? C’est la parure de la grande patience ; c’est de ce vêtement du Tathâgata que doit se couvrir le fils de famille. Il faut que le Bôdhisattva, doué d’un esprit qui ne faiblisse jamais, explique cette exposition de la loi, en présence de la troupe des Bôdhisattvas et des quatre assemblées qui sont entrées dans le véhicule des Bôdhisattvas. Et moi, ô Bhâichadjyarâdja, me trouvant dans un autre univers, j’assurerai, par des prodiges, à ce fils de famille l’assentiment de son assemblée ; je lui enverrai, pour qu’ils entendent [la loi de sa bouche], des Religieux et des fidèles des deux sexes, que j’aurai créés miraculeusement ; et ces fidèles ne se détourneront pas aux paroles de cet interprète de la loi, ils ne les mépriseront pas. Et s’il vient à se retirer dans la forêt, je lui enverrai, même en cet endroit, un grand nombre de Dêvas, de Nâgas, de Yakchas, de Gandharvas, d’Asuras, de Garudas, de Kinnaras, de Mahôragas, pour qu’ils entendent la loi. Me trouvant, ô Bhâichadjyarâdja, dans un autre univers, je me ferai voir face à face à ce fils de famille ; et les mots et les lettres qui auront été omis dans l’exposition qu’il fera de la loi, je les prononcerai de nouveau après lui, d’après son enseignement. Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

16. Que renonçant à toute faiblesse, le Religieux écoute ce Sûtra ; car il n’est pas facile d’arriver à l’entendre, et il ne l’est pas davantage de l’accueillir avec confiance.

17. C’est comme si un homme, cherchant de l’eau, creusait un puits dans un terrain désert, et que pendant qu’il est occupé à creuser, il vît que la poussière est toujours sèches.

18. Qu’à cette vue il fasse cette réflexion : L’eau est encore loin d’ici ; la poussière sèche qu’on retire en creusant est un signe que l’eau est éloignée.

19. Mais qu’il voie à plusieurs reprises la terre humide et gluante, et alors il aura cette certitude : Non, l’eau n’est pas loin d’ici.

20. De même ils sont bien éloignés d’une telle science de Buddha, ceux qui n’ont pas entendu ce Sûtra, qui ne l’ont pas plusieurs fois embrassé dans leur pensée.

21. Mais ceux qui auront entendu et auront médité à plusieurs reprises ce roi des Sûtras, ce texte profond qui est expliqué aux Çrâvakas,

22. Ceux-là seront des sages, bien près de la science de Buddha, de même que l’on dit que l’eau n’est pas loin, quand on voit la poussière humide.

23. C’est après être entré dans la demeure du Djina, c’est après avoir revêtu son vêtement, c’est après s’être assis sur mon siège, que le sage doit exposer sans crainte ce Sûtra.

24. Ma demeure est la force de la charité ; mon vêtement est la parure de la patience ; le vide est mon siège ; c’est assis sur ce siège que l’on doit enseigner.

25. Si pendant qu’il parle du haut de ce siège, on l’attaque avec des pierres, des bâtons, des piques, des injures et des menaces, qu’il souffre tout cela en pensant à moi.

26. Mon corps existe tout entier dans des milliers de kôtis d’univers ; j’enseigne la loi aux créatures durant un nombre de kôtis de Kalpas que la pensée ne peut concevoir.

27. Pour moi, j’enverrai de nombreux prodiges au héros qui, lorsque je serai entré dans le Nirvâna complet, expliquera ce Sûtra.

28. Les Religieux et les fidèles des deux sexes lui rendront un culte et honoreront également les [quatre] assemblées.

29. Ceux qui les attaqueront à coups de pierres et de bâton, et qui leur adresseront des injures et des menaces, en seront empêchés par des prodiges.

30. Et lorsqu’il sera seul occupé à sa lecture, dans un lieu éloigné de tous les hommes, dans une forêt ou dans les montagnes,

31. Alors je lui montrerai ma forme lumineuse, ou je rétablirai de ma propre bouche ce qui lui aura échappé par erreur dans sa lecture.

32. Pendant qu’il sera seul, retiré dans la forêt, je lui enverrai des Dêvas et des Yakchas en grand nombre pour lui tenir compagnie.

33. Telles sont les qualités dont sera doué ce sage, pendant qu’il instruira les quatre assemblées ; qu’il habite seul dans les cavernes des montagnes, occupé de sa lecture, il me verra certainement.

34. Sa puissance ne rencontre pas d’obstacle ; il connaît les lois et les explications nombreuses ; il remplit de joie des milliers de kôtis de créatures, parce qu’il est ainsi l’objet des bénédictions des Buddhas.

35. Et les êtres qui cherchent un refuge auprès de lui, deviennent bien vite tous des Bôdhisattvas ; et entrant avec lui dans une intime familiarité, ils voient des Buddhas en nombre égal à celui des sables du Gange.

CHAPITRE XI.
APPARITION D’UN STÛPA.

Alors, en présence de Bhagavat, de la partie du sol [située devant lui], du milieu de l’assemblée sortit un Stûpa fait des sept substances précieuses, haut de cinq cents Yôdjanas, et ayant une circonférence proportionnée. Ce Stûpa s’étant élevé dans l’air, se tint suspendu dans le ciel, beau, agréable à voir, bien orné de cinq mille balcons jonchés de fleurs, embelli de plusieurs milliers de portiques, de milliers d’étendards et de drapeaux, entouré de milliers de guirlandes formées de pierres précieuses, ayant une ceinture d’étoffes de coton et de clochettes, répandant au loin l’odeur parfumée du santal et de la feuille de Tamâla, laquelle remplit la totalité de cet univers. La file de parasols [qui le surmontait] atteignait jusqu’aux demeures des Dêvas Tchâturmahârâdjakâyikas ; elle était formée des sept substances précieuses, savoir : d’or, d’argent, de lapis-lazuli, d’émeraude, de cristal de roche, de perles rouges et de diamant. Sur ce Stûpa formé de substances précieuses, les fils des Dêvas Trâyastrimçatkâyikas faisaient incessamment tomber une pluie de fleurs de Mandârava et de Mahâmandârava, dont ils le couvrirent entièrement. Et de ce Stûpa formé de substances précieuses, on entendit sortir ces paroles : Bien, bien, ô Tathâgata, vénérable, etc., ô bienheureux Çâkyamuni ; elle est bien dite cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi que tu viens de faire. C’est bien cela, ô Bhagavat ; c’est bien cela, ô Sugata. En ce moment, à la vue de ce grand Stûpa formé de substances précieuses, qui était suspendu dans le ciel, les quatre assemblées pleines de joie, de plaisir, de contentement et de satisfaction, s’étant levées de leurs siéges, se tinrent debout, les mains jointes en signe de respect. Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Mahâpratibhâna voyant le monde formé de la réunion des Dêvas, des hommes et des Asuras saisi de curiosité, s’adressa ainsi à Bhagavat : Quelle est la cause, ô Bhagavat, quel est le motif de l’apparition en ce monde de ce grand Stûpa formé de substances précieuses ? Qui fait entendre, ô Bhagavat, la voix qui sort de ce grand Stûpa formé de substances précieuses ? Cela dit, Bhagavat répondit ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Mahâpratibhâna : Dans ce grand Stûpa formé de substances précieuses, ô Mahâpratibhâna, le corps d’un Tathâgata est renfermé tout entier ; ce Stûpa est celui de ce Tathâgata ; c’est ce Tathâgata qui fait entendre cette voix. Il y a, ô Mahâpratibhâna, dans la partie de l’espace qui est placée au-dessous de la terre, d’innombrables centaines de mille de myriades de kôtis d’univers. Au delà de ces univers, est celui qu’on nomme Ratnaviçuddha ; dans cet univers existe le Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, etc. Ce bienheureux prononça jadis cette prière : Moi qui autrefois ai observé les règles de conduite imposées aux Bôdhisattvas, je ne suis cependant parvenu à obtenir l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, qu’après avoir entendu cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, qui est destinée à l’instruction des Bôdhisattvas. Mais aussitôt que j’ai eu entendu cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, à partir de ce moment je suis arrivé complètement à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. De plus, ô Mahâpratibhâna, ce bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, etc., au temps où s’approchait le moment de son entrée dans le Nirvâna complet, fit cette déclaration en présence du monde formé de la réunion des Dêvas, des Mâras, des Brahmâs, en présence des créatures comprenant les Çramanas et les Brâhmanes : Quand je serai entré dans le Nirvâna complet, il faudra faire, ô Religieux, pour mon corps, pour le corps du Tathâgata, un seul grand Stûpa formé de substances précieuses ; les autres Stûpas doivent être faits à mon intention. Le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, etc., prononça ensuite la bénédiction suivante : Que mon Stûpa que voici, ce Stûpa qui contient la propre forme de mon corps, s’élève dans les dix points de l’espace, dans tous les univers, dans toutes les terres de Buddha, où sera expliquée cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi ! Que pendant le temps que les bienheureux Buddhas feront cette exposition de la loi, mon Stûpa se tienne suspendu dans l’air, au-dessus de l’enceinte de l’assemblée ! Que ce Stûpa, qui contient la propre forme de mon corps, fasse entendre une parole d’assentiment aux discours de ces bienheureux Buddhas occupés à exposer la loi ! Ce Stûpa, ô Mahâpratibhâna, est le Stûpa contenant le corps du bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, etc., lequel étant sorti du milieu de l’enceinte de cette assemblée, pendant que, dans cet univers Saha, je faisais cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, a, du haut de l’atmosphère où il se tient suspendu, fait entendre cette parole d’assentiment.

Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Mahâpratibhâna s’adressa ainsi à Bhagavat : Puissions-nous aussi, ô Bhagavat, voir, grâce à ta puissance, la propre forme du Tathâgata ! Cela dit, Bhagavat parla ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Mahâpratibhâna : Ce bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, etc., a fait entendre une prière digne d’être respectée, c’est la suivante : Lorsque dans les autres terres de Buddha, les bienheureux Buddhas exposeront le Lotus de la bonne loi, qu’alors ce Stûpa contenant la propre forme de mon corps, arrive pour entendre cette exposition, en présence des Tathâgatas. Et quand ces bienheureux Buddhas découvrant la propre forme de mon corps, désireront la faire voir aux quatre assemblées, alors, que les formes de Tathâgata qui, dans les dix points de l’espace, dans chacune des terres de Buddha, auront été créées miraculeusement de leur propre corps par ces Tathâgatas, chacune avec des noms distincts, et qui enseigneront la loi aux créatures de ces diverses terres de Buddha, que toutes ces formes de Tathâgata, miraculeusement créées de leur corps par ces bienheureux Buddhas, réunies toutes ensemble, voient avec les quatre assemblées la propre forme de mon corps, dans mon Stûpa qui aura été découvert. C’est pour cela, ô Mahâpratibhâna, que j’ai moi-même créé miraculeusement de mon corps un grand nombre de formes de Tathâgata, qui, dans les dix points de l’espace, chacune dans des terres de Buddha distinctes, dans des milliers d’univers, enseignent la loi aux créatures. Toutes ces formes de Tathâgata devront être amenées ici. Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Mahâpratibhâna parla ainsi à Bhagavat : Nous nous inclinons, ô Bhagavat, devant toutes ces formes de Tathâgata créées miraculeusement de son corps par le Tathâgata. En ce moment Bhagavat émit un rayon du cercle de poils placé entre ses deux sourcils. Ce rayon ne fut pas plutôt émis, qu’à l’orient, dans cinquante centaines de mille de myriades de kôtis d’univers, aussi nombreux que les sables du Gange, les bienheureux Buddhas qui s’y trouvaient devinrent tous parfaitement visibles ; et ces terres de Buddha, reposant sur un fond de cristal de roche, parurent toutes embellies par des arbres de diamant, ornées de guirlandes faites de pièces de soie et d’étoffes de coton, remplies de plusieurs centaines de mille de Bôdhisattvas, ombragées de dais, recouvertes de treillages faits d’or et des sept substances précieuses. Et dans ces terres parurent les bienheureux Buddhas, enseignant la loi aux créatures, d’une voix douce et belle ; ces terres apparurent toutes remplies de cent mille Bôdhisattvas. Il en fut ainsi au sud-est, au sud-ouest, à l’ouest, au nord-ouest, au nord, au nord-est, au point de l’espace qui se trouve sous la terre, et à celui qui se trouve au-dessus ; en un mot, dans les dix points de l’espace apparurent plusieurs centaines de mille de terres de Buddha, en nombre égal à celui des sables du Gange, ainsi que tous les bienheureux Buddhas qui se trouvaient dans ces innombrables terres. Alors les Tathâgatas vénérables, etc., des dix points de l’espace, s’adressèrent chacun à la troupe de leurs Bôdhisattvas : Il faudra nous rendre, ô fils de famille, dans l’univers Saha, en présence du bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, etc., pour voir et pour vénérer le Stûpa qui renferme le corps du bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna. Alors ces bienheureux Buddhas, accompagnés chacun de leurs serviteurs, soit d’un seul, soit de deux, se rendirent dans cet univers Saha. En ce moment la totalité de cet univers fut embellie d’arbres de diamant ; elle apparut reposant sur un fond de lapis-lazuli, recouverte de treillages faits d’or et des sept substances précieuses, parfumée de l’odeur de l’encens et de substances odoriférantes de grand prix, jonchée de fleurs de Mandârava et de Mahâmandârava, ornée de guirlandes de clochettes, couverte d’enceintes tracées en forme de damier, avec des cordes d’or, sans villages, sans villes, sans bourgs, sans provinces, sans royaumes, sans capitales, sans ces montagnes que l’on nomme Kâlaparvata, Mutchilindaparvata, Mahâmutchilindaparvata, Mêruparvata, Tchakravâla, Mahâtckakravâla, en un mot sans les grandes montagnes autres que celles-ci ; sans grands océans, sans rivières et sans grands fleuves, sans corps de Dêvas, d’hommes et d’Asuras, sans Enfer, sans matrices d’animaux, sans monde de Yama. C’est qu’en ce moment tous les êtres qui étaient entrés dans cet univers par les six voies de l’existence, avaient été transportés dans d’autres univers, à l’exception de ceux qui se trouvaient réunis dans cette assemblée. Alors ces bienheureux Buddhas, accompagnés chacun de leurs serviteurs, soit d’un seul, soit de deux, se rendirent dans l’univers Saha ; et à mesure qu’ils y arrivèrent, ils allèrent occuper chacun un siége auprès du tronc d’un arbre de diamant.

Chacun de ces arbres avait une hauteur et une circonférence de cinq cents Yôdjanas ; leurs branches, leurs rameaux et leurs feuilles étaient grands en proportion ; ils étaient embellis de fruits et de fleurs. Auprès du tronc de chacun de ces arbres de diamant, avait été disposé un siége, haut de cinq Yôdjanas, orné de grandes pierres précieuses ; sur ces siéges, chacun de ces Tathâgatas vint s’asseoir les jambes croisées et ramenées sous son corps. De cette manière tous les Tathâgatas de l’univers formé d’un grand millier de trois mille mondes s’assirent, les jambes croisées, sur des siéges placés près du tronc des arbres de diamant. En ce moment, la totalité de cet univers formé d’un grand millier de trois mille mondes se trouva remplie de Tathâgatas ; et cependant les Buddhas créés miraculeusement par le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, même dans un seul point de l’espace, n’étaient pas encore tous réunis. Alors le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, etc., créa un espace pour contenir ces formes de Tathâgata qui venaient d’arriver. De tous côtés, dans les huit points de l’espace, apparurent vingt centaines de mille de myriades de kôtis de terres de Buddha, reposant toutes sur un fond de lapis-lazuli, recouvertes de treillages faits d’or et des sept substances précieuses, ornées de guirlandes de clochettes, jonchées de fleurs de Mandârava et de Mahâmandârava, ombragées de dais divins, embellies de guirlandes de fleurs divines, parfumées de l’odeur divine de l’encens et des substances odoriférantes. Ces vingt centaines de mille de myriades de kôtis de terres de Buddha étaient toutes sans villages, sans villes, etc. [comme ci-dessus] Toutes ces terres de Buddha, Bhagavat les établit comme une seule terre de Buddha, comme un sol continu, uni, beau, agréable, embelli d’arbres faits des sept substances précieuses. La hauteur et la circonférence de ces arbres étaient de cinq cents Yôdjanas ; leurs branches, leurs rameaux et leurs feuilles étaient grands en proportion. Auprès du tronc de chacun de ces arbres faits des sept substances précieuses, était disposé un siége ayant cinq Yôdjanas de hauteur et de largeur, divin, fait de pierres précieuses, peint de diverses couleurs, beau à voir. Auprès du tronc de chacun de ces arbres, les Tathâgatas, à mesure qu’ils arrivaient, s’assirent sur ces siéges, les jambes croisées et ramenées sous leur corps. De cette manière, le Tathâgata Çâkyamuni créa, dans chacun des points de l’espace, vingt autres centaines de mille de myriades de kôtis de terres de Buddha semblables, pour faire de la placé à ces Tathâgatas, à mesure qu’ils arrivaient. Et ces vingt centaines de mille de myriades de kôtis de terres de Buddha, créées dans chacun des points de l’espace, étaient toutes sans villages, sans villes, etc. [comme ci-dessus] Toutes les créatures de ces mondes avaient été transportées dans d’autres univers. Ces terres de Buddha étaient formées de lapis-lazuli, etc. [comme ci-dessus], parfumées de l’odeur de l’encens et des substances odoriférantes, ornées d’arbres de diamant. Tous ces arbres avaient une hauteur de cinq cents Yôdjanas ; et près de leur tronc avaient été dressés des siéges élevés de cinq Yôdjanas, sur lesquels les Tathâgatas s’assirent, les jambes croisées et ramenées sous leur corps, chacun sur celui qui lui était destiné. En ce moment, les Tathâgatas miraculeusement créés de son corps par le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, qui enseignaient à l’orient la loi aux créatures, dans des centaines de mille de myriades de kôtis de terres de Buddha en nombre égal à celui des sables du Gange, commencèrent tous à se réunir ; et à mesure qu’ils arrivaient des dix points de l’espace, ils vinrent s’asseoir aux huit points de l’horizon. Puis, partant de ces huit points de l’horizon, ces Tathâgatas franchirent, du côté de chacun des points de l’espace, trente fois dix millions d’univers. Ensuite ces Tathâgatas s’étant assis chacun sur leurs siéges, envoyèrent leurs serviteurs en présente du bienheureux Çâkyamuni, et leur ayant donné des corbeilles pleines de fleurs et de joyaux, ils leur parlèrent ainsi : Allez, fils de famille, et vous étant rendus à la montagne de Gridhrakûta, inclinez-vous devant le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, etc., qui s’y trouve ; souhaitez-lui en notre nom peu de peine, peu de maladies, de la force, et l’avantage de vivre au milieu des contacts agréables ; adressez-lui ces souhaits, ainsi qu’à la troupe de ses Bôdhisattvas, à celle de ses Çrâvakas ; couvrez-le de ce monceau de pierres précieuses, et parlez-lui ainsi : Les bienheureux Tathâgatas te font hommage du désir qu’ils ont de voir ouvrir ce grand Stûpa fait de pierres précieuses.

C’est de cette manière que tous ces Tathâgatas envoyèrent leurs serviteurs. Alors le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni voyant, en ce moment, réunis tous les Tathâgatas miraculeusement créés par lui de son propre corps, reconnaissant qu’ils étaient assis chacun sur leurs siéges, et que les serviteurs de ces Tathâgatas, vénérables, etc., étaient arrivés en sa présence, sachant le désir qu’avaient exprimé ces Tathâgatas, vénérables, etc. ; Bhagavat, dis-je, se leva en ce moment de son siége, et s’élançant dans l’air, s’y tint suspendu. Les quatre assemblées réunies s’étant levées de leurs siéges, se tinrent debout, les mains jointes en signe de respect, et les yeux fixés sur la face de Bhagavat. Alors Bhagavat, avec l’index de sa main droite, sépara par le milieu ce grand Stûpa fait de pierres précieuses qui était suspendu en l’air ; et après l’avoir séparé, il en ouvrit complètement les deux parties. De même que les deux battants des portes d’une grande ville s’ouvrent en se séparant, lorsqu’on enlève la pièce de bois qui les tenait réunis, ainsi Bhagavat, après avoir, avec l’index de la malin droite, séparé par le milieu ce grand Stûpa, fait de pierres précieuses, qui était suspendu en l’air, l’ouvrit en deux. A peine ce grand Stûpa fait de pierres précieuses eut-il été ouvert, que le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable etc., apparut assis sur son siége, les jambes croisées, ayant les membres desséchés, sans que son corps eût diminué de volume, et comme plongé dans la méditation ; et en même temps il prononça les paroles suivantes : Bien, bien, ô bienheureux Çâkyamuni, elle est bien dite cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi que tu viens de faire ; il est bon, ô bienheureux Çâkyamuni, que tu exposes aux assemblées ce Lotus de la bonne loi ; et moi aussi, ô Bhagavat, je suis venu ici pour entendre ce Lotus de la bonne loi. Alors les quatre assemblées voyant le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, etc., qui étant entré dans le Nirvâna complet depuis plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas, parlait ainsi, furent frappées d’étonnement et de surprise. Elles couvrirent aussitôt de monceaux de pierreries divines et humaines le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, etc., et le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, etc. En ce moment le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, etc., donna au bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, etc., la moitié de sa place sur le siége qu’il occupait dans l’intérieur de ce grand Stûpa fait de pierres précieuses, et il lui parla ainsi : Que le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni s’asseye ici ! Alors le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni s’assit en effet sur la moitié de ce siége, avec le Tathâgata ; et les deux Tathâgatas, assis ensemble sur ce siége, au centre de ce grand Stûpa fait de pierres précieuses, apparurent dans le ciel suspendus en l’air. En ce moment les quatre assemblées firent cette réflexion : Nous sommes bien loin de ces deux Tathâgatas ; puissions-nous, nous aussi, par la puissance du Tathâgata, nous élever dans l’air ! Alors Bhagavat connaissant avec sa pensée la réflexion qui s’élevait dans l’esprit des quatre assemblées, enleva, en ce moment, par la force de sa puissance surnaturelle, les quatre assemblées au milieu de l’atmosphère, où elles se tinrent suspendues. Ensuite le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, etc., adressa ainsi la parole aux quatre assemblées : Quel est celui d’entre vous, ô Religieux, qui est capable d’expliquer dans cet univers Saha cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi ? Voici le temps, voici l’heure venue ; car le Tathâgata ici présent est désireux d’entrer dans le Nirvâna complet, ô Religieux, après vous avoir confié en dépôt cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

1. Le voici arrivé, ô Religieux, pour entendre la loi, ce grand Richi, qui après être entré dans le Nirvâna, a été renfermé dans ce Stûpa, fait de substances précieuses. Quel est celui qui ne déploierait pas son énergie pour la loi ?

2. Quoiqu’il y ait plusieurs fois dix millions de Kalpas depuis qu’il est entré dans le Nirvâna complet, il écoute cependant encore aujourd’hui la loi ; pour elle, il se transporte dans des lieux divers : tant est difficile à rencontrer une loi de cette espèce.

3. C’est là [l’effet de] la prière qu’il adressa jadis [aux Buddhas], lorsqu’il était dans une autre existence ; quoique entré dans le Nirvâna, il parcourt la totalité de cet univers dans les dix points de l’espace.

4. Et toutes ces formes [de Tathâgata], sorties de mon propre corps, dont il existe autant de milliers de kôtis que de grains de sable dans le Gange, sont réunies pour assister à l’exposition de la loi, et pour voir ce Chef [du monde] entré dans le Nirvâna complet.

5. Après avoir établi pour chacun de ces Buddhas une terre particulière, avec tous les Çrâvakas, les hommes et les Maruts [qui les habitent], pour conserver la bonne loi, de manière que les règles qu’elle impose durent longtemps,

6. J’ai, par la force de mes facultés surnaturelles, créé de nombreux milliers de kôtis d’univers, pour que ces Buddhas vinssent s’y asseoir, après que j’en ai eu transporté tous les habitants [dans d’autres mondes].

7. Tous mes efforts tendent à ce seul but, qu’ils aient les moyens d’enseigner les règles de cette loi ; aussi ces Buddhas en nombre infini sont assis auprès des troncs d’arbres, semblables à des monceaux de lotus.

8. De nombreux kôtis de troncs d’arbres sont embellis par la présence de ces Guides [du monde], assis sur leurs siéges ; ils en sont incessamment éclairés, comme les ténèbres le sont par un feu qui brûle.

9. Le parfum délicieux qu’exhalent les Guides [du monde] se répand dans les dix points de l’espace ; transporté par le vent, ce parfum vient constamment ici enivrer tous les êtres.

10. Que celui qui, lorsque je serai entré dans le Nirvâna complet, doit posséder cette exposition de la loi, se hâte de faire entendre sa déclaration en présence des Chefs du monde.

11. Car le Buddha parfait, le Solitaire Prabhûtaratna, qui est entré dans le Nirvâna complet, prêtera l’oreille au rugissement du lion poussé par ce sage, et en éprouvera de la joie.

12. Moi qui suis [ici] le second, ainsi que ces nombreux kôtis de Guides [du monde] réunis en ce lieu, je prêterai attention aux efforts du fils du Djina qui sera capable d’exposer cette loi.

13. C’est par ce moyen que j’ai été constamment honoré, ainsi que Prabhûtaratna, ce Djina qui existe par lui-même, et qui parcourt sans cesse les points de l’horizon et les espaces intermédiaires, pour entendre une loi de cette espèce.

14. Et ces Chefs du monde, arrivés ici, dont la présence fait briller cette terre de splendeur, doivent aussi recevoir, de l’explication de ce Sûtra, des honneurs étendus et variés.

15. Vous me voyez, moi, assis avec ce Bienheureux, sur le siége placé au milieu de ce Stûpa ; vous voyez aussi ces autres Chefs du monde en grand nombre, qui sont venus ici de plusieurs centaines de terres.

16. Réfléchissez-y, ô fils de famille, par compassion pour toutes les créatures ; le Guide [du monde] ose se charger de cette tâche difficile.

17. Exposer plusieurs milliers de Sûtras en nombre égal à celui des sables du Gange, ne serait pas une tâche difficile [en comparaison de la difficulté que présente l’exposition de ce Sûtra].

18. Celui qui tenant le Sumêru dans sa main, le lancerait par delà des terres au nombre de plusieurs fois dix millions, ne ferait pas une chose difficile.

19. Celui qui remuerait avec l’orteil de son pied cet univers formé de la réunion de trois mille mondes, et le lancerait par delà des terres au nombre de plusieurs fois dix millions, ne ferait pas une chose difficile.

20. L’homme qui, arrivé au terme de son existence, exposerait, pour enseigner la loi, des milliers d’autres Sûtras, ne ferait pas une chose difficile.

21. Mais celui qui, lorsque l’Indra des mondes est entré dans le Nirvâna complet, possède ou expose ce Sûtra pendant la redoutable époque de la fin des temps, celui-là fait une chose difficile.

22. Celui qui renfermant dans sa main la totalité de l’élément de l’espace, s’en irait après l’avoir jeté devant lui, ne ferait pas une chose difficile.

23. Mais celui qui, à la fin des temps, lorsque je serai entré dans le Nirvâna complet, transcrira un Sûtra de cette espèce, celui-là fera une chose difficile.

24. Celui qui ferait tenir sur le bout de son ongle la totalité de la terre, et qui s’en irait après l’avoir jetée devant lui et lancée jusqu’au monde de Brahmâ,

25. Cet homme, après avoir fait ici, en présence de tous les mondes, une œuvre de cette difficulté, n’aurait cependant pas fait là une chose difficile ; l’emploi de la force [nécessaire pour cela] n’est rien.

26. Il ferait, certes, une chose bien plus difficile, celui qui, lorsque je serai entré dans le Nirvâna complet, viendrait, à la fin des temps, réciter ce Sûtra, ne fût-ce que pendant un instant.

27. L’homme qui, au milieu de l’incendie de l’univers qui termine un Kalpa, portant une charge de gazon, s’avancerait sans être brûlé, ne ferait pas encore une chose difficile.

28. Mais il en ferait une bien plus difficile celui qui, lorsque je serai entré dans le Nirvâna complet, possédant ce Sûtra, le ferait entendre, ne fût-ce qu’à une seule créature.

29. Qu’un homme possédât les quatre-vingt-quatre mille corps de la loi, et qu’il les enseignât à plusieurs fois dix millions d’êtres vivants, avec les instructions qu’ils contiennent, et tels qu’ils ont été exposés,

30. Il ne ferait pas une chose difficile, non plus que celui qui maintenant disciplinerait mes Religieux, et qui établirait mes Çrâvakas dans les cinq connaissances surnaturelles.

31. Mais il accomplirait une bien plus rude tâche, celui qui posséderait ce Sûtra, qui y aurait foi et confiance, et qui l’exposerait à plusieurs reprises.

32. Celui qui établirait dans le rang d’Arhat plusieurs milliers de kôtis de créatures, en leur donnant les six connaissances surnaturelles et les grandes perfections,

33. N’accomplirait encore qu’une tâche au-dessous de celle de l’homme. excellent qui, quand je serai entré dans le Nirvâna complet, possédera cet éminent Sûtra.

34. J’ai amplement exposé la loi dans des milliers d’univers, et je l’expose même encore aujourd’hui, dans le but de donner la science de Buddha.

35. Mais ce Sûtra se nomme le premier de tous les Sûtras ; celui qui porte ce Sûtra, porte le corps même du Djina.

36. Parlez, ô fils de famille ; moi qui suis le Tathâgata, me voici devant vous ; [qu’il parle] celui d’entre vous qui désire se charger de la possession de ce Sûtra, pour la fin des temps.

37. Il fera une chose grandement agréable à tous les Chefs du monde en général, celui qui possédera, ne fût-ce qu’un seul instant, ce Sûtra si difficile à posséder.

38. Il est en tout lieu célébré par les Chefs du monde, il est brave et plein de force, et il arrive rapidement à l’intelligence de l’état de Bôdhi ;

39. Il est le fils chéri des Chefs du monde, le favori qu’ils portent sur leurs épaules, il est arrivé sur le terrain de la quiétude, celui qui possède ce Sûtra.

40. Il devient l’œil du monde formé de la réunion des Maruts et des hommes, celui qui explique ce Sûtra, lorsque le Guide des hommes est entré dans le Nirvâna complet.

41. Il doit être vénéré comme un sage par toutes les créatures, celui qui, à la fin des temps, exposera ce Sûtra, ne fût-ce que pendant un moment.

Ensuite Bhagavat s’adressant à la troupe tout entière des Bôdhisattvas et au monde formé de la réunion des Suras et des Asuras, parla ainsi : Autrefois, ô Religieux, dans le temps passé, je cherchai pendant un nombre infini, incalculable de Kalpas, à obtenir le Sûtra du Lotus de la bonne loi, sans éprouver un instant de fatigue ou de découragement. En effet, je fus jadis, il y a bien des Kalpas, il y a bien des centaines de mille de Kalpas, je fus roi ; et je sollicitai le bonheur d’obtenir l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; et ma pensée ne se détacha jamais de son but. J’étais sans cesse appliqué à remplir les devoirs des six perfections, répandant des aumônes sans nombre, distribuant tout ce qui m’appartenait, or, joyaux, perles, lapis-lazuli, conques, cristal, corail, or non travaillé, argent, émeraudes, diamants, perles rouges ; villages, bourgs, villes, provinces, royaumes, capitales ; enfants, femmes, filles, esclaves ; éléphants, chevaux, chats, et jusqu’à ma vie et mon propre corps, et chacun de mes membres en particulier, comme mes mains, mes pieds, ma tête ; et cependant la pensée qui embrasse tout ne se développait pas en moi. En ce temps-là l’existence du monde était de longue durée, elle s’étendait à plusieurs centaines de mille d’années ; et moi je remplissais alors les devoirs de Roi de la loi, en vue de la loi, et non en vue de ma domination. Après avoir sacré mon fils aîné, je me mis à chercher la loi excellente dans les quatre points de l’espace ; aussi fis-je répandre partout cette nouvelle à son de cloche : Celui qui me communiquera la loi excellente ou qui m’en expliquera le sens, je m’engage à devenir son esclave. En ce temps-là il y avait un Richi qui me dit ces paroles : Il y a, ô grand roi, un Sûtra nommé le Lotus de la bonne loi, qui est une exposition de la bonne loi, et qui enseigne ce qu’il y a de plus excellent. Si tu consens à devenir mon esclave, je t’exposerai cette loi. Ayant entendu les paroles de ce Richi, je me sentis content, joyeux, satisfait, plein de joie et de ravissement, et m’étant rendu au lieu où résidait ce Richi, je lui parlai en ces termes : Me voici prêt à te rendre les services que doit un esclave. Étant donc entré au service de ce Richi, je lui rendis les devoirs qu’un esclave doit à son maître, comme d’aller chercher pour lui du gazon, du bois, de l’eau, des légumes, des racines et des fruits ; j’étais le gardien de sa porte ; et après avoir rempli le jour ces devoirs, la nuit je lui tenais les pieds sur son siége, son lit ou sa couche ; et cependant je n’éprouvais jamais de fatigue ni de corps ni d’esprit. Mille années s’écoulèrent pour moi dans ces fonctions. Ensuite Bhagavat voulant développer ce sujet, prononça, dans cette occasion, les stances suivantes :

42. Je me souviens d’un temps écoulé depuis un grand nombre de Kalpas, d’un temps où j’étais un Roi de la loi, plein de justice, et où je remplissais les devoirs de la royauté pour la loi même, dans l’intérêt de la loi excellente, et non pour satisfaire mes désirs.

43. Je fis répandre cet avis dans les quatre points de l’espace : Celui qui me donnera la loi, je me ferai son esclave. Or il y avait en ce temps-là un sage Richi qui exposait le Sûtra nommé du nom de la bonne loi.

44. Ce sage me dit : Si tu as le désir de posséder la loi, fais-toi mon esclave, je t’exposerai ensuite la loi ; et moi, satisfait, après avoir entendu ces paroles, je fis auprès de lui tout ce que doit faire un esclave.

45. Mon corps et mon esprit furent également insensibles à la fatigue pendant le temps que je restai dans la condition d’esclave, en vue d’obtenir la loi ; la prière que j’avais adressée en ce temps-là était dans l’intérêt des créatures, non pour moi ni pour satisfaire mes désirs,

46. Le roi [dont je vous parle] déployait ainsi son énergie, sans chercher rien autre chose dans les dix points de l’espace ; il s’occupait sans relâche de cet objet pendant des milliers de kôtis de Kalpas complets, et cependant il ne pouvait arriver à posséder le Sûtra désigné par le nom de la loi.

Comment comprenez-vous cela, ô Religieux ? Est-ce que ce roi était, en ce temps-là, à cette époque, un autre [que moi] ? Il ne faut pas avoir cette opinion. Pourquoi cela ? C’est que c’était moi qui, en ce temps-là, à cette époque, étais ce roi. Serait-ce, en outre, ô Religieux, que ce Richi était en ce temps-là, à cette époque, un autre personnage [que l’un de ceux qui sont ici] ? Il ne faut pas avoir cette opinion. Pourquoi cela ? C’est que c’était le Religieux Dêvadatta, qui en ce temps-là était ce Richi. Car Dêvadatta, ô Religieux, était mon vertueux ami. C’est après m’être rendu auprès de Dêvadatta, que j’accomplis les six perfections. La grande charité, la grande compassion, le grand contentement, la grande indifférence, les trente-deux caractères distinctifs d’un grand homme, les quatre-vingts signes secondaires, la splendeur qui se répand à la distance d’une brasse, l’éclat semblable à la couleur de l’or, les dix forces, les quatre intrépidités, les quatre richesses de l’accumulation, les dix-huit conditions d’un Buddha dites homogènes, la force de la grande puissance surnaturelle, le pouvoir de sauver les êtres dans les dix points de l’espace, tout cela me fut donné, après que je me fus rendu auprès de Dêvadatta. Je vais vous parler, ô Religieux, je vais vous instruire : oui, dans un temps à venir, après un nombre incommensurable de Kalpas, le religieux Dêvadatta sera le Tathâgata nommé Dêvarâdja, vénérable, etc., doué de science et de conduite, etc. Il paraîtra dans l’univers nommé Dêvasôppâna. La durée de la vie de ce Tathâgata sera, ô Religieux, de vingt moyens Kalpas. Il exposera la loi en détail ; il fera voir, face à face, l’état d’Arhat à des créatures en nombre égal à celui des sables du Gange, en leur faisant éviter toutes les corruptions [du mal]. Beaucoup d’êtres concevront [par ses soins] la pensée de l’état de Pratyêkabuddha, et des créatures en nombre égal à celui des sables du Gange, concevront celle de l’état de Buddha parfaitement accompli, et elles obtiendront la patience qui ne se détourne pas du but. Lorsque le Tathâgata Dêvarâdja sera entré dans le Nirvâna complet, sa bonne loi subsistera pendant vingt moyens Kalpas. On ne verra pas son corps divisé en plusieurs parties, sous forme de reliques ; mais il subsistera en son entier, enfermé dans un Stûpa fait des sept substances précieuses, et ce Stûpa aura soixante fois cent Yôdjanas de hauteur et quarante Yôdjanas de circonférence. La totalité des Dêvas et des hommes rendront un culte à ce Stûpa, ils lui offriront des fleurs, de l’encens, des parfums, des guirlandes de fleurs, des substances onctueuses, des poudres odorantes, des vêtements, des parasols, des drapeaux, des étendards, des hymnes et des chants. Ceux qui tourneront autour de ce Stûpa en le laissant à leur droite, ou qui s’inclineront devant lui, obtiendront ce résultat suprême, les uns de voir face à face l’état d’Arhat, les autres d’arriver à l’état de Pratyêkabuddha ; et un nombre immense et inconcevable de Dêvas et d’hommes, après avoir conçu la pensée de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, deviendront incapables de retourner en arrière. Ensuite Bhagavat s’adressa de nouveau à l’assemblée, des Religieux : Le fils ou là fille de famille, ô Religieux, qui, dans l’avenir, écoutera ce chapitre du Sûtra nommé le Lotus de la bonne loi, et qui, après l’avoir écouté, ne concevra plus de doute, n’éprouvera plus d’incertitude et qui, avec un esprit pur, y aura confiance, celui-là verra se fermer pour lui l’entrée des trois mauvaises voies de l’existence. Il ne descendra pas aux renaissances qui ont lieu dans le monde de Yama, dans des matrices d’animaux, ou dans l’Enfer. Renaissant dans une des terres de Buddha situées aux dix points de l’espace, il entendra ce Sûtra pendant plusieurs existences successives ; et quand il renaîtra dans le monde des hommes ou des Dêvas, il obtiendra d’y occuper un rang éminent.

Dans (quelque terre de Buddha qu’il renaisse, il y viendra miraculeusement au monde sur un lotus fait des sept substances précieuses, en présence d’un Tathâgata. En ce moment le Bôdhisattva nommé Pradjñâkûta, qui était venu de la partie de l’espace qui est sous la terre, de la terre de Buddha du Tathâgata Prabhûtaratna, s’adressa ainsi à ce Tathâgata même : Partons, ô Bienheureux, pour notre terre de Buddha. Mais le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni s’adressa ainsi au Bôdhisattva Pradjñâkûta : Approche un instant, ô fils de famille, pour discuter un peu sur la loi avec mon Bôdhisattva Mahâsattva Mañdjuçrî, qui est devenu Kumâra ; après cela tu pourras retourner dans ta propre terre de Buddha. Alors, en cet instant même, Mañdjuçrî devenu Kumâra, assis sur un lotus à cent feuilles, large comme la roue d’un char, entouré et suivi par un grand nombre de Bôdhisattvas, étant sorti du milieu de l’océan, du palais de Sâgara, roi des Nâgas, s’élança dans les airs, et arriva par la voie de l’atmosphère sur la montagne de Gridhrakûta, en présence de Bhagavat. Là Mañdjuçrî, devenu Kumâra, étant descendu de son lotus, après avoir salué, en les touchant de la tête, les pieds du bienheureux Çâkyamuni et ceux du Tathâgata Prabhûtaratna, se rendit à l’endroit où se trouvait le Bôdhisattva Pradjñâkûta, et étant arrivé devant lui, il adressa au Bôdhisattva de nombreuses paroles de plaisir et d’affection, et s’assit ensuite dans un endroit à part. Alors le Bôdhisattva Pradjñâkûta s’adressa ainsi à Mañdjuçrî, devenu Kumâra : Mañdjuçrî, toi qui arrives du milieu de l’océan, quel nombre de créatures as-tu discipliné ? Mañdjuçrî répondit : "Des créatures en nombre immense et incommensurable ont été disciplinées [par moi], et en nombre si immense et si incommensurable, qu’il est impossible de l’exprimer par la parole ; on ne peut le dire, ni le concevoir par la pensée. Approche un moment, fils de famille, que je te montre un prodige. Et à peine cette parole fut-elle prononcée par Mañdjuçrî Kumâra, qu’au moment même plusieurs milliers de lotus, sortis de l’océan, s’élancèrent dans les airs ; et sur ces lotus parurent assis plusieurs milliers de Bôdhisattvas, qui se dirigeant par la voie de l’atmosphère vers l’endroit où se trouvait la montagne de Gridhrakûta, restèrent suspendus dans le ciel ; c’était tous ceux que Mañdjuçrî Kumâra avait disciplinés pour l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Alors ceux de ces Bôdhisattvas qui étaient anciennement entrés dans le grand véhicule, célébrèrent les qualités du grand véhicule et les six perfections. Ceux de ces Bôdhisattvas qui avaient été anciennement des Çrâvakas, célébrèrent le véhicule des Çrâvakas. Tous connaissaient et les qualités du grand véhicule et cette vérité, que toutes les lois sont vides. Ensuite Mañdjuçrî Kumâra s’adressa ainsi au Bôdhisattva Pradjñâkûta : fils de famille, après m’être rendu dans le milieu du grand océan, j’ai employé tous les moyens pour discipliner les créatures, et maintenant tu en vois l’effet. Alors le Bôdhisattva Pradjñâkûta interrogea Mañdjuçrî Kumâra, en chantant les stances suivantes :

47. O toi qui es doué d’une grande vertu, toi qui enseignes la sagesse par similitudes, ces créatures innombrables qui ont été disciplinées aujourd’hui par toi, dis-le-moi puisque je t’interroge, par la puissance de qui les as-tu disciplinées, ô toi qui es un Dêva parmi les hommes ?

48. Quelle loi as-tu enseignée, ou bien quel Sûtra, quand tu as voulu montrer la voie qui conduit à l’état de Buddha, pour que ces êtres l’ayant entendue, aient conçu l’idée de cet état ? Certainement ils ont acquis l’omniscience, puisqu’ils ont saisi le sens profond [de tes discours].

Mañdjuçrî répondit : J’ai exposé au milieu de l’océan, le Sûtra du Lotus de la bonne loi, et non aucun autre Sûtra. Pradjñâkûta reprit : Ce Sûtra est profond, subtil, difficile à saisir ; aucun autre Sûtra ne lui ressemble. Est-il quelque créature qui soit capable de pénétrer ce Sûtra, et d’obtenir [par là] l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ? Mañdjuçrî répondit : Il y a, ô fils de famille, la fille de Sâgara, roi des Nâgas, âgée de huit ans, qui a une grande sagesse, des sens pénétrants, qui est douée d’une activité de corps, de parole et d’esprit que dirige toujours la science ; elle a obtenu la possession des formules magiques, parce qu’elle a saisi et les lettres et le sens des discours des Tathâgatas. Elle embrasse en un instant les mille méditations qui font reconnaître l’égalité de toutes les lois et de tous les êtres. Ayant conçu la pensée de l’état de Buddha, elle est incapable de retourner en arrière ; ses prières sont immenses ; elle éprouve pour toutes les créatures autant d’attachement que pour elle-même ; elle est capable de donner naissance à toutes les vertus, et elle n’en est jamais abandonnée. Le sourire sur les lèvres, et douée de la perfection d’une beauté souverainement aimable, elle n’a que des pensées de charité, et ne prononce que des paroles de compassion. Elle est capable d’arriver à l’état de Buddha parfaitement accompli. Le Bôdhisattva Pradjñâkûta reprit : J’ai vu le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni s’efforçant d’arriver à l’état de Buddha ; devenu Bôdhisattva, il fit un nombre immense de bonnes œuvres ; et pendant plusieurs milliers de Kalpas, il ne laissa jamais se relâcher sa vigueur. Dans l’univers formé d’un grand millier de trois mille mondes, il n’est pas un coin de terre, ne fût-il pas plus étendu qu’un grain de moutarde, où il n’ait déposé son corps pour le bien des créatures. C’est après cela qu’il est parvenu à l’état de Buddha. Qui donc pourrait croire que cette jeune fille ait été capable d’arriver en un instant à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ? En ce moment la fille de Sâgara, roi des Nâgas, apparut debout devant lui. Après avoir salué, en les touchant de la tête, les pieds de Bhagavat, elle se tint debout à l’écart, et prononça les stances suivantes :

49. Pur d’une profonde pureté, il brille de toutes parts dans l’espace ce corps subtil, orné des trente-deux signes de beauté,

50. Paré des marques secondaires, honoré par toutes les créatures, d’un abord facile pour les êtres, comme s’il était leur concitoyen.

51. J’ai acquis, comme je le désirais, l’état de Bôdhi ; le Tathâgata m’en est ici témoin, j’exposerai avec tous ses développements la loi qui délivre du malheur.

En ce moment le respectable Çâriputtra s’adressa ainsi à la fille de Sâgara, roi des Nâgas : Tu n’as fait que concevoir, ô ma sœur, la pensée de l’état de Buddha, et tu es incapable de retourner en arrière ; tu as une science sans bornes : mais l’état de Buddha parfaitement accompli est difficile à atteindre. Ma sœur est une femme, et sa vigueur ne se relâche pas ; elle fait de bonnes œuvres depuis des centaines, depuis des milliers de Kalpas ; elle est accomplie dans les cinq perfections ; et cependant, même aujourd’hui, elle n’obtient pas l’état de Buddha. Pourquoi cela ? C’est qu’une femme ne peut obtenir, même aujourd’hui, les cinq places. Et quelles sont ces cinq places ? La première est celle de Brahmâ ; la seconde, celle de Çakra ; la troisième, celle de Mahârâdja ; la quatrième, celle de Tchakravartin ; la cinquième, celle d’un Bôdhisattva incapable de retourner en arrière.

En ce moment la fille de Sâgara, roi des Nâgas, avait un joyau dont le prix valait l’univers tout entier, formé d’un grand millier de trois mille mondes. La fille de Sâgara, roi des Nâgas, donna ce joyau à Bhagavat, et Bhagavat, par compassion pour elle, l’accepta. Alors la fille de Sâgara, roi des Nâgas, s’adressa ainsi au Bôdhisattva Pradjñâkûta et au Sthavira Çâriputtra : Le joyau que j’ai donné à Bhagavat, Bhagavat, par compassion pour moi, l’a bien vite accepté. Le Sthavira répondit : Donné vite par toi, il a été vite accepté par Bhagavat. La fille de Sâgara, roi des Nâgas, reprit : Si j’étais, ô respectable Çâriputtra, douée de la grande puissance surnaturelle, je parviendrais plus vite encore à l’état de Buddha parfaitement accompli, et personne ne prendrait ce joyau. Aussitôt la fille de Sâgara, roi des Nâgas, à la vue de tous les mondes, à la vue du Sthavira Çâriputtra, supprimant en elle les signes qui indiquaient son sexe, se montra revêtue des organes qui appartiennent à l’homme, et transformée en un Bôdhisattva, lequel se dirigea vers le midi. Dans cette partie de l’espace se trouvait l’univers nommé Vimala ; là, assis près du tronc d’un arbre Bôdhi, fait des sept substances précieuses, ce Bôdhisattva se montra parvenu à l’état de Buddha parfaitement accompli, portant les trente-deux signes caractéristiques d’un grand homme, ayant le corps orné de toutes les marques secondaires, illuminant de l’éclat qui l’environnait les dix points de l’espace, et faisant l’enseignement de la loi. Les êtres qui se trouvaient dans l’univers Saha, virent tous ce Bienheureux qui était l’objet des respects de tous les Dêvas, des Nâgas, des Yakchas, des Gandharvas, des Asuras, des Garudas, des Kinnaras, des Mahôragas, des hommes et des êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine, et qui était occupé à enseigner la loi. Et les êtres qui entendirent l’enseignement de la loi, fait par ce Tathâgata, devinrent tous incapables de se détourner de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; et cet univers Vimala, ainsi que l’univers Saha, trembla de six manières différentes. Trois mille êtres d’entre ceux qui formaient l’assemblée du Bienheureux Çâkyamuni, acquirent la patience surnaturelle de la loi, et trois mille êtres vivants eurent le bonheur de s’entendre prédire qu’ils parviendraient à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Alors le Bôdhisattva Pradjñâkûta et le Sthavira Çâriputtra gardèrent le silence.

CHAPITRE XII.
L’EFFORT.

Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Bhâichadjyarâdja, et le Bôdhisattva Mahâsattva Mûhâpratibhâna, ayant pour cortège vingt fois cent mille Bôdhisattvas, tinrent ce langage à Bhagavat : Que Bhagavat modère son ardeur dans cette circonstance ; c’est nous qui, lorsque le Tathâgata sera entré dans le Nirvâna complet, expliquerons aux créatures cette exposition de la loi du Tathâgata ; c’est nous qui l’éclaircirons. Dans ce temps, ô Bhagavat, les êtres seront pleins de méchanceté ; ils auront peu de racines de vertu, ils seront livrés à l’orgueil, uniquement occupés de gain et d’honneurs, enfoncés dans la racine du vice, difficiles à dompter, privés de foi, pleins de défiance. Quant à nous, ô Bhagavat, déployant [la force de] la patience, nous exposerons ce Sûtra dans ce temps [futur] ; nous le posséderons, nous l’enseignerons, nous l’écrirons, nous l’honorerons, nous le vénérerons, nous l’adorerons. Faisant l’abandon de notre vie et de notre corps, nous expliquerons ce Sûtra. Que Bhagavat modère donc son ardeur. Alors cinq cents Religieux de l’assemblée, dont les uns étaient Maîtres et les autres ne l’étaient pas, s’adressèrent en ces termes à Bhagavat : Et nous aussi, ô Bhagavat, nous sommes en état d’expliquer cette exposition de la loi, même dans les autres univers. En ce moment tout ce qu’il y avait de Çrâvakas de Bhagavat, dont les uns étaient Maîtres et les autres ne l’étaient pas, qui avaient appris de Bhagavat qu’ils parviendraient à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, les huit mille Religieux, enfin, dirigeant leurs mains réunies en signe de respect, du côté où se trouvait Bhagavat, lui adressèrent ces paroles : Que Bhagavat modère son ardeur ; et nous aussi nous expliquerons cette exposition de la loi, quand le Tathâgata sera entré dans le Nirvâna complet, à la fin des temps, dans la dernière période, et nous le ferons dans d’autres univers. Pourquoi cela ? C’est que dans cet univers Saha, les êtres sont livrés à l’orgueil ; ils n’ont que peu de racines de vertu ; leur esprit est sans cesse occupé de pensées de malveillance, ils sont de leur nature fourbes et menteurs. Ensuite Mahâpradjâpatî la Gôtamide, sœur de la mère de Bhagavat, accompagnée de six cents Religieuses, dont les unes étaient Maîtresses et les autres ne l’étaient pas, s’étant levée de son siège, dirigeant du côté de Bhagavat ses mains réunies en signe de respect, se tint debout les yeux fixés sur Bhagavat. En cet instant Bhagavat s’adressa ainsi à Mahâpradjâpatî la Gôtamide : fille de Gôtama, te tiendrais-tu ici debout, triste et regardant Bhagavat, parce que cette réflexion t’occupe : Je n’ai pas entendu de la bouche du Tathâgata, je n’ai pas appris de lui que j’arriverais à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ? Au contraire, ô fille de Gôtama, la prédiction de ta destinée future a été faite avec celle qui s’adressait à l’assemblée tout entière. En effet, ô fille de Gôtama, à partir de ce moment-ci, après avoir honoré, etc., trente-huit fois cent mille myriades de kôtis de Buddhas, tu deviendras un Bôdhisattva Mahâsattva, interprète de la loi. Ces six mille Religieuses elles-mêmes, dont les unes sont Maîtresses et les autres ne le sont pas, deviendront, en même temps que toi, eu présence de ces Tathâgatas, des Bôdhisattvas, interprètes de la loi. Ensuite, et bien longtemps après, quand tu auras accompli les devoirs imposés aux Bôdhisattvas, tu seras dans le monde le bienheureux Tathâgata nommé SarvaSattvapriyadarçana, vénérable, etc., doué de science et de conduite, etc. Et ce Tathâgata, vénérable, etc., ô fille de Gôtama, prédira successivement à ces six mille Bôdhisattvas que chacun d’eux doit parvenir un jour à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. En ce moment, cette réflexion s’éleva dans l’esprit de la Religieuse Yaçôdharâ, mère de Râhula : Mon nom n’a pas été prononcé par Bhagavat. Mais Bhagavat connaissant, avec sa pensée, la réflexion qui s’élevait dans l’esprit de la Religieuse Yaçôdharâ, mère de Râhula, s’adressa à elle en ces termes : Je vais te parler, ô Yaçôdharâ, je vais t’instruire. Oui, toi aussi, après avoir honoré, etc., dix fois cent mille myriades de kôtis de Buddhas, tu deviendras un Bôdhisattva, interprète de la loi ; et après avoir accompli successivement les devoirs imposés aux Bôdhisattvas, tu deviendras le Tathâgata nommé Raçmiçatasahasraparipârnadhvadja, vénérable, etc., doué de science et de conduite, etc., et cela, dans l’univers nommé Bkadra. La durée de l’existence de ce bienheureux Tathâgata, vénérable, etc., sera incommensurable. Alors Mahâpradjâpatî la Gôtamide, ainsi que Yaçôdharâ, avec leurs deux cortèges, l’un de six mille, l’autre de quatre mille Religieuses, ayant appris de la bouche de Bhagavat qu’elles étaient destinées chacune à obtenir l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, frappées d’étonnement et de surprise, prononcèrent en ce moment la stance suivante :

1. Bhagavat, tu convertis le monde réuni aux Dêvas, tu en es le guide et le maître ; tu es le consolateur, ô toi qui es honoré par les Dêvas et par les hommes ; nous-mêmes nous sommes satisfaites aujourd’hui, ô Seigneur.

Ensuite ces Religieuses, après avoir prononcé cette stance, s’adressèrent ainsi à Bhagavat : Et nous aussi, ô Bhagavat, nous sommes en état d’expliquer cette exposition de la loi, à la fin des temps, dans la dernière période, et nous le ferons dans d’autres univers. Alors Bhagavat dirigea ses regards vers l’endroit où se trouvaient ces quatre-vingts centaines de mille de myriades de kôtis de Bôdhisattvas, qui é taient en possession des formules magiques, et qui savaient faire tourner la roue de la loi qui ne recule pas en arrière. Ces Bôdhisattvas Mahâsattvas n’eurent pas plutôt été regardés par Bhagavat, que se levant de leurs sièges, et dirigeant leurs mains réunies en signe de respect, du côté où se trouvait Bhagavat, ils firent cette réflexion : Bhagavat nous excite à expliquer cette exposition de la loi. Et faisant cette réflexion, ils se dirent les uns aux autres, dans un grand trouble : Comment, ô fils de famille, ferons-nous ce à quoi Bhagavat nous excite. Comment ferons-nous pour que cette exposition de la loi soit expliquée dans l’avenir ? Alors ces fils de famille, par l’effet du respect qu’ils avaient pour Bhagavat, et par suite de leur ancienne prière et de leur ancienne conduite, firent entendre le rugissement du lion, en présence de Bhagavat. Nous aussi, ô Bhagavat, dans un temps à venir, quand le Tathâgata sera entré dans le Nirvâna complet, nous irons dans les dix points de l’espace, pour faire écrire cette exposition de la loi à toutes les créatures, pour la leur faire lire, pour la leur faire méditer, pour la leur expliquer, et cela par la puissance de Bhagavat. Et Bhagavat, placé dans un autre univers, nous protégera, nous gardera et nous défendra. Alors ces Bôdhisattvas Mahâsattvas adressèrent à Bhagavat les stances suivantes, qu’ils chantèrent tous ensemble d’une voix unanime.

2. Modère ton ardeur, ô Bhagavat ; car quand tu seras entré dans le Nirvâna complet, pendant cette redoutable époque de la fin des temps, c’est nous qui expliquerons cet excellent Sûtra. 3. Nous supporterons, nous endurerons patiemment, ô Guidé des hommes, les injures, les violences, les menaces de coups de bâton, les crachats dont les ignorants nous assailliront. 4. Dans cette terrible époque de la fin des temps, les hommes sont privés d’intelligence ; ils sont fourbes menteurs, ignorants, pleins d’orgueil ; ils se figurent avoir atteint ce qu’ils n’ont pas obtenu. 5. Ne songeant qu’au désert, couverts d’un morceau d’étoffe, nous passerons notre vie dans la pauvreté : c’est ainsi que parleront les insensés. 6. Désirant avec avidité tout ce qui flatte le goût, et pleins de cupidité, ils seront honorés, quand ils enseigneront la loi aux maîtres de maison, comme s’ils possédaient les six connaissances surnaturelles. 7. Pleins de pensées cruelles et de méchanceté, exclusivement occupés des soins de leur maison et de leur fortune, ils pénétreront dans les retraites des forêts pour nous accabler d’outrages. 8. Avides de gain et d’honneurs, ils nous parleront d’une manière conforme à leurs sentiments ; ces religieux Tîrthakas nous exposeront leurs propres pratiques. 9. Composant eux-mêmes des Sûtras dans le but d’obtenir du gain et des honneurs, ils parleront au milieu de l’assemblée pour nous insulter. 10. Auprès des rois, auprès des fils de roi, auprès de leurs conseillers, auprès des Brahmanes, des maîtres de maison et des autres Religieux, 11. Ils nous blâmeront dans leurs discours, et feront entendre le langage des Tîrthakas ; mais nous supporterons tout cela par respect pour les grands Richis ; 12. Et les méchants qui, dans ce temps, nous blâmeront, deviendront [plus tard] des Buddhas : quant à nous, nous supporterons tous ces outrages. 13. Pendant cette redoutable période qui termine le Kalpa, au milieu des désastres terribles de la fin des temps, de nombreux Religieux, revêtant l’apparence des Yakchas, nous attaqueront de leurs injures. 14. Par respect pour toi, ô roi des mondes, nous supporterons ces rudes traitements ; revêtant l’armure de la patience, nous expliquerons ce Sûtra. 15. O Guide [du monde], ce n’est ni pour notre corps, ni pour notre vie, que nous éprouvons des désirs, nous n’en éprouvons que pour l’état de Buddha, nous qui gardons le dépôt que tu nous as confié. 16. Bhagavat connaît bien lui-même quels seront les mauvais Religieux qui existeront à la fin des temps, et qui ne comprendront pas le langage énigmatique [du Buddha]. 17. Il faudra supporter tous les regards menaçants et les mépris plusieurs fois répétés ; il faudra nous laisser expulser des Vihâras, nous laisser emprisonner et frapper de diverses manières. 18. Nous rappelant, à la fin de cette période, les commandements du Chef du monde, nous prêcherons avec courage ce Sûtra au milieu de l’assemblée. 19. Nous parcourrons, ô Guide [des hommes], les villes, les villages et le monde [entier], pour donner à ceux qui le demanderont le dépôt que tu nous as confié. 20. O grand solitaire, ô toi qui es l’Indra des mondes, nous remplirons pour toi le rôle d’envoyés ; modère donc ton ardeur, maintenant qu’arrivé au Nirvâna, tu es parvenu à la quiétude. 21. Tu connais les bonnes dispositions de tous ces sages, de ces lumières du monde, qui sont arrivés ici des dix points de l’espace, oui, nous prêcherons la parole de vérité.

CHAPITRE XIII.
LA POSITION COMMODE.

Ensuite Mañdjuçrî Kumâra parla ainsi à Bhagavat : C’est une chose difficile, ô Bhagavat, c’est une chose extrêmement difficile que l’effort que ces Bôdhisattvas Mahâsattvas auront à faire à la fin des temps, dans la dernière période, par suite de leur respect pour Bhagavat ; comment ces Bôdhisattvas, ô Bhagavat, pourront-ils expliquer, à la fin des temps, dans la dernière période, cette exposition de la loi ? Cela dit, Bhagavat répondit ainsi à Mañdjuçrî Kumâra : C’est, ô Mañdjuçrî, à un Bôdhisattva Mahâsattva fermement établi dans les quatre lois, qu’il appartient d’expliquer à la fin des temps, dans la dernière période, cette exposition de la loi. Et quelles sont ces quatre lois ? C’est, ô Mañdjuçrî, à un Bôdhisattva Mahâsattva, ferme dans ses pratiques et dans la sphère de son activité, qu’il appartient d’expliquer à la fin des temps, dans la dernière période, cette exposition de la loi. Et comment, ô Mañdjuçrî, un Bôdhisattva Mahâsattva est-il ferme dans ses pratiques et dans la sphère de son activité ? C’est, ô Mañdjuçrî, quand un Bôdhisattva Mahâsattva est patient et discipliné ; qu’il est arrivé au degré où l’on est discipliné, qu’il est soumis, que son cœur ne connaît ni la colère ni l’envie ; quand, enfin, ô Mañdjuçrî, il ne pratique aucune loi, quelle qu’elle soit, qu’il comprend ou qu’il contemple tel qu’il est le propre caractère des lois. Or l’action de ne pas rechercher, de ne pas méditer ces lois, c’est là, ô Mañdjuçrî, ce qui s’appelle les pratiques d’un Bôdhisattva Mahâsattva. Et quelle est, ô Mañdjuçrî, la sphère de l’activité d’un Bôdhisattva Mahâsattva ? C’est, ô Mañdjuçrî, quand un Bôdhisattva Mahâsattva ne recherche ni un roi, ni un fils de roi, ni le grand ministre d’un roi, ni les serviteurs d’un roi ; quand il ne leur rend ni devoirs ni hommages, et quand il ne va pas auprès d’eux ; quand il ne recherche pas les hommes d’une autre secte, les ascètes, les mendiants errants, ceux qui vivent d’aumônes, ceux qui vont nus, ceux dont l’esprit est exclusivement occupé de la lecture d’ouvrages poétiques, et quand il ne leur rend ni devoirs ni hommages ; quand il ne recherche pas les Lôkâyatikas qui lisent les Tantras de leur secte, qu’il ne les honore pas, qu’il n’entretient aucun commerce avec eux ; quand il ne va pas voir les Tchandâlas, les bateleurs, ceux qui vendent des porcs, ceux qui font commerce de poules, les chasseurs d’antilopes, ceux qui vendent de la viande, les acteurs et les danseurs, les musiciens et les lutteurs, et qu’il ne se rend pas dans les lieux où d’autres vont satisfaire leurs sens ; quand il n’entretient aucun commerce avec ces diverses espèces de gens, à moins que ce ne soit pour exposer, de temps à autre, la loi à ceux qui s’approchent de lui, et cela, sans même s’arrêter ; quand il ne recherche ni les Religieux ni les fidèles des deux sexes qui sont entrés dans le véhicule des Çrâvakas, qu’il ne leur rend ni devoirs ni hommages, qu’il n’entretient aucun commerce avec eux, qu’il n’a pas avec eux d’objets communs de conversation dans une promenade, ou dans un Vihâra, à moins que ce ne soit pour exposer, de temps à autre, la loi à ceux qui s’approchent de lui, et cela, sans même s’arrêter : c’est là, ô Mañdjuçrî, la sphère d’activité d’un Bôdhisattva Mahâsattva. Encore autre chose, ô Mañdjuçrî ; un Bôdhisattva Mahâsattva ne va, par un motif quelconque d’attachement, enseigner constamment la loi à des femmes, et il ne désire pas sans cesse voir des femmes ; il ne recherche pas les familles ; il ne songe pas sans cesse à enseigner la loi à une fille, à une jeune femme, à une matrone, ni à causer de la joie à de telles personnes ; il n’enseigne pas la loi à un hermaphrodite, il n’entretient aucun commerce avec lui, et ne cherche pas à lui causer de la joie. Il n’entre pas seul dans une maison pour y recevoir l’aumône, à moins qu’il n’y aille en rappelant à son esprit le souvenir du Tathâgata. S’il enseigne la loi à une femme, ce n’est pas par passion pour la loi même qu’il l’enseigne ; à plus forte raison ne doit-il pas l’enseigner par passion pour la femme elle-même. Il ne montre pas même une rangée de ses dents, à plus forte raison une vive émotion sur son visage ; il n’adresse la parole ni à un novice, ni à une novice, ni à un Religieux, ni à une Religieuse, ni à un jeune homme, ni à une jeune fille ; il n’entretient aucun commerce avec eux ; il ne recherche pas avec empressement le repos complet ; il ne se repose même pas ; enfin, il ne se livre pas continuellement au repos.

C’est là ce qu’on appelle, ô Mañdjuçrî, la première sphère d’activité d’un Bôdhisattva Mahâsattva. Encore autre chose, ô Mañdjuçrî : un Bôdhisattva Mahâsattva considère toutes les lois comme vides ; il les voit comme elles existent, privées de toute essence, établies directement, subsistant dans la perfection absolue, à l’abri de toute agitation, immobiles, ne revenant pas, ne devenant pas, subsistant constamment dans la perfection absolue, ayant la nature de l’espace, échappant à toute définition et à tout jugement, n’ayant pas été, composées et simples, agrégées et isolées, non existantes et non privées d’existence, inexprimables par le discours, établies sur le terrain du détachement, manifestées au dehors par de fausses conceptions. C’est de cette manière, ô Mañdjuçrî, que le Bôdhisattva Mahâsattva considère constamment toutes les lois ; et quand il observe cette doctrine, il se tient ferme dans la sphère de son activité. C’est là, ô Mañdjuçrî, la seconde sphère de l’activité d’un Bôdhisattva Mahâsattva. Ensuite Bhagavat, pour exposer ce sujet plus amplement, prononça dans cette occasion les stances suivantes :

1. Le Bôdhisattva qui, intrépide et inaccessible au découragement, désirerait exposer ce Sûtra pendant la redoutable époque de la fin des temps,

2. Doit observer ce qui regarde les pratiques et la sphère d’activité d’un Bôdhisattva ; il doit être pur et retiré dans le calme du silence ; il doit s’interdire constamment tout commerce avec les rois et les fils des rois.

3. Il ne doit pas avoir de rapports avec les serviteurs des rois, non plus qu’avec les Tchandâlas, les bateleurs, ceux qui vendent des liqueurs fermentées, et les Tîrthakas en général.

4. Qu’il évite les Religieux livrés à l’orgueil, et qu’il recherche ceux qui observent avec docilité les commandements de la loi ; et que, ne pensant qu’aux Arhats, il fuie les Religieux qui ont une mauvaise conduite.

5. Qu’il fuie toujours la Religieuse qui aime à rire et à causer, et les fidèles connus pour ne pas être fermes [dans le devoir].

6. Les fidèles de l’autre sexe qui cherchent le Nirvâna dans les conditions extérieures, doivent être évités par lui ; c’est là ce qu’on appelle la pratique [d’un Bôdhisattva].

7. Si quelqu’une de ces personnes, venant à l’aborder, l’interroge sur la loi, pour connaître l’état de Bôdhi, il doit, sans s’arrêter, la lui communiquer, toujours ferme et inaccessible au découragement.

8. Il doit s’interdire tout commerce avec les femmes et les hermaphrodites ; il doit éviter également dans les familles, les jeunes femmes et les matrones.

9. Qu’il ne cherche pas à leur causer de la joie, en leur souhaitant, [quand il les aborde,] du bonheur et de l’habileté ; qu’il évite tout rapport avec les bouchers et avec les vendeurs de porcs.

10. Ceux qui tuent des êtres vivants de diverses espèces, pour en tirer quelques jouissances, ceux qui vendent de la chair de boucherie, doivent être évités par ce Bôdhisattva.

11. Il ne doit avoir aucun commerce avec ceux qui entretiennent des femmes [pour les plaisirs des autres], ni avec les acteurs, les musiciens, les lutteurs et autres gens de cette espèce.

12. Qu’il ne recherche pas les femmes publiques, non plus que celles qui vivent de plaisir ; et qu’il fuie d’une manière absolue les amusements qu’on prend avec elles.

13. Quand ce sage enseigne la loi à des femmes, il ne doit pas s’éloigner seul avec elles, ni s’arrêter pour rire.

14. Lorsqu’il entre dans un village pour demander à plusieurs reprises de la nourriture, il doit chercher un autre Religieux, ou se rappeler le Buddha.

15. Je viens de t’exposer quelles sont les premières pratiques et la première sphère d’activité [d’un Bôdhisattva] ; ceux qui, parfaitement sages, suivent cette règle de conduite, posséderont ce Sûtra.

16. Quand le sage reste absolument étranger à toute espèce de lois, aux supérieures, aux moyennes et aux inférieures, aux composées comme aux simples, à celles qui existent comme à celles qui n’existent pas ;

17. Lorsqu’il ne se dit pas : "C’est une femme," et qu’il n’en fait pas l’objet de son action ; lorsqu’il ne s’arrête pas à cette réflexion, "C’est un homme ; " lorsqu’en cherchant, il n’aperçoit aucune loi, parce qu’il n’en est aucune de produite,

18. Je dis que c’est là généralement la conduite des Bôdhisattvas ; écoutez l’explication que je vais vous donner de la sphère de leur activité.

19. Toutes les lois ont été développées comme n’étant pas, comme n’apparaissant pas à l’existence, comme n’étant pas produites, comme reposant sur le vide, comme perpétuellement immobiles ; ces considérations sont la sphère des sages.

20. Les sages se représentent les lois comme des conceptions qui se contredisent, comme n’étant pas et étant, connue n’ayant pas été et ayant été, comme non produites, comme n’étant pas nées, comme nées et comme ayant été, en un mot, comme des conceptions contradictoires.

21. L’esprit fixé sur un seul objet et parfaitement recueilli, toujours stable comme le sommet du mont Mêru, qu’il envisage, placé dans cette situation, toutes les lois comme ayant la nature de l’espace,

22. Comme perpétuellement semblables à l’espace, comme privées de substance, de mouvement, et du sentiment de la personnalité ; qu’il se dise : "Ces lois existent constamment ; " c’est là ce qui s’appelle la sphère d’activité des sages.

23. Le Religieux qui, lorsque je serai entré dans le Nirvâna complet, observera fidèlement la règle de conduite que je trace, exposera certainement ce Sûtra dans le monde, et il ne connaîtra jamais le découragement.

24. Le sage, après avoir réfléchi pendant le temps convenable, s’étant retiré dans sa demeure, et s’y étant enfermé, doit, après avoir envisagé toutes les lois d’une manière approfondie, sortir de sa méditation et les enseigner sans que son esprit connaisse le découragement.

25. Les rois le protègent en ce monde, ainsi que les fils des rois qui écoutent la loi de sa bouche ; les Brahmanes et les maîtres de maison, réunis tous autour de lui, composent son assemblée.

Encore autre chose, ô Mañdjuçrî : le Bôdhisattva Mahâsattva voulant expliquer cette exposition de la loi, quand le Tathâgata est entré dans le Nirvâna complet, à la fin des temps, dans la dernière période, dans les cinq cents dernières années [du Kalpa], quand la bonne loi est en décadence, le Bôdhisattva, dis-je, doit se placer dans une situation commode, et placé de cette manière, il prêche la loi. En prêchant la loi aux autres, soit qu’il la possède en lui-même, soit qu’elle se trouve renfermée dans un volume, il ne se laisse pas aller outre mesure à faire des reproches ; il ne censure pas un autre Religieux interprète de la loi ; il n’en dit pas de mal ; il ne laisse pas échapper [sur son compte] des paroles de blâme ; en prononçant le nom d’autres Religieux entrés dans le véhicule des Çrâvakas, il ne l’accompagne pas de paroles de blâme ; ne faisant pas attention aux injures, il n’a pas même la pensée d’y répondre. Pourquoi cela ? C’est qu’il s’est placé dans une situation commode. Il enseigne la loi aux auditeurs réunis pour l’entendre, avec le dessein de leur être utile, et sans aucun sentiment de jalousie. Évitant toute discussion, il ne répond rien lorsqu’une question lui est adressée par un auditeur entré dans le véhicule des Çrâvakas ; mais il résout la difficulté de manière que la science de Buddha soit parfaitement obtenue. Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

26. Le sage est toujours commodément assis, et c’est dans une bonne position qu’il prêche la loi, après s’être fait dresser un siège élevé destiné à son usage, sur un terrain pur et agréable ;

27. Couvert de vêtements purs, et parfaitement teints avec de bonnes couleurs ; enveloppé d’une pièce de laine de couleur noire, et vêtu d’une longue tunique ;

28. Assis sur un siège muni d’un marchepied et bien couvert d’étoffes de coton de diverses espèces, sur lequel il n’est monté qu’après avoir lavé ses pieds et avoir relevé l’éclat de son visage et de sa tête, en les frottant de substances onctueuses.

29. Après qu’il s’est assis de cette manière sur le siège de la loi, et quand tous les êtres qui se sont rassemblés autour de lui sont parfaitement attentifs, qu’il fasse entendre des discours nombreux et variés aux Religieux et aux Religieuses,

30. Aux fidèles des deux sexes, aux rois et aux fils des rois, que ce sage tienne toujours un langage agréable, exempt de tout sentiment de jalousie, relatif aux sujets les plus divers.

31. Si alors ses auditeurs lui adressent des questions, qu’il continue d’exposer régulièrement le sujet commencé ; mais qu’il l’expose de telle façon, qu’après l’avoir entendu, ses auditeurs aient atteint l’état de Buddha.

32. Inaccessible à l’indolence, le sage ne conçoit pas même l’idée de la douleur ; et chassant loin de lui la tristesse, il fait comprendre à l’assemblée réunie la force de la charité.

33. Nuit et jour il expose la loi excellente, à l’aide de myriades de kôtis d’exemples ; il parle devant l’assemblée et la comble de joie, et jamais il ne lui demande rien.

34. Nourriture, aliments, riz, boissons, étoffes, lits, sièges, vêtements, médicaments pour les malades, rien de tout cela n’occupe sa pensée, et il ne fait rien connaître à l’assemblée [du besoin qu’il en peut avoir].

35. Au contraire, son esprit éclairé est toujours occupé de cette réflexion : "Puissé-je devenir Buddha ! Puissent ces êtres le devenir aussi ! Oui, en faisant entendre la loi au monde dans son intérêt, je possède tous les moyens de m’assurer le bonheur."

36. Le Religieux qui, lorsque je serai entré dans le Nirvâna, prêchera ainsi, sans aucun sentiment de jalousie, n’éprouvera jamais ni douleur, ni désastre, ni chagrin, ni désespoir.

37. Jamais personne ne lui causera d’effroi ; personne ne le frappera, ni ne lui dira d’injures ; jamais il ne sera chassé d’aucun lieu ; d’ailleurs, il sera fermement établi dans la force de la patience.

38. Assis dans une situation commode, assis comme je viens de vous le dire. ce sage possède plusieurs centaines de kôtis de qualités ; il faudrait plus que des centaines de Kalpas pour en faire l’énumération.

Encore autre chose, ô Mañdjuçrî : le Bôdhisattva Mahâsattva qui, lorsque le Tathâgata est entré dans le Nirvâna complet, à la fin des temps, quand à péri la bonne loi, le Bôdhisattva, dis-je, qui expose ce Sûtra, n’est ni envieux, ni fourbe, ni trompeur. Il ne dit pas d’injures aux autres personnages qui sont entrés dans le véhicule des Bôdhisattvas ; il ne les blâme pas, il ne les déprime pas. Il ne reproche pas leur mauvaise conduite aux autres Religieux et fidèles des deux sexes, ni aux personnages qui sont entrés dans le véhicule des Pratyêkabuddhas, ou dans celui des Bôdhisattvas. Il ne leur dit pas : Vous êtes bien éloignés, ô fils de famille, de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; vous ne vous y montrez pas arrivés ; livrés comme vous l’êtes à une excessive légèreté, vous n’êtes pas capables d’acquérir la connaissance complète de la science du Tathâgata. Il n’emploie pas ce langage pour reprocher ses fautes à celui, quel qu’il soit, qui est entré dans le véhicule des Bôdhisattvas. Il ne prend pas plaisir aux discussions sur la loi, il ne fait pas de la loi un objet de dispute. A l’égard de tous les êtres, il n’abandonne pas la force de la charité ; à l’égard de tous les Tathâgatas, il se les représente comme des pères ; à l’égard de tous les Bôdhisattvas, il se les représente comme des maîtres. Tous les Bôdhisattvas Mahâsattvas qui se trouvent dans le monde, dans les dix points de l’espace, il ne cesse de les honorer de ses attentions et de ses respects. Quand il enseigne la loi, il n’enseigne ni plus ni moins que la loi, n’obéissant qu’à l’attachement impartial qu’il a pour elle ; et lorsqu’il est occupé à en faire l’exposition, il n’accorde pas à qui que ce soit une preuve de bienveillance plus grande qu’à un autre, fût-ce même par attachement pour la loi. Telle est, ô Mañdjuçrî, la troisième condition dont est doué le Bôdhisattva Mahâsattva qui, lorsque le Tathâgata est entré dans le Nirvâna complet, à la fin des temps, quand a péri la bonne loi, expliquant cette exposition de la loi, et montrant quels sont les contacts agréables, vit dans ces contacts, et explique, sans être en butte à la violence, cette exposition de la loi. Et il aura des compagnons dans ces assemblées de la loi, et il lui naîtra des auditeurs de la loi qui écouteront l’exposition qu’il en fera, qui y auront foi, qui la comprendront, la saisiront, la répéteront, la pénétreront, l’écriront, la feront écrire, et qui, après l’avoir écrite et réduite en un volume, l’honoreront, la respecteront, la vénéreront et l’adoreront. Voilà ce que dit Bhagavat ; et après avoir ainsi parlé, Sugata le Précepteur dit en outre ce qui suit :

39. Que le sage, interprète de la loi, qui désire expliquer ce Sûtra, renonce d’une manière absolue au mensonge ; à l’orgueil et à la médisance, et ne conçoive jamais aucun sentiment d’envie.

40. Qu’il ne prononce jamais sur qui que ce soit des paroles de blâme ; qu’il n’élève jamais de discussion sur les opinions hétérodoxes ; qu’il ne dise jamais à ceux qui persistent dans une mauvaise conduite : Vous n’obtiendrez pas cette science supérieure.

41. Ce fils de Sugata est toujours doux et aimable, toujours patient ; pendant qu’il explique la loi à plusieurs reprises, il n’éprouve jamais le sentiment de la douleur.

42. Les Bôdhisattvas, pleins de compassion pour les êtres, qui existent dans les dix points de l’espace, sont tous, [se dit-il,] mes précepteurs ; et alors cet homme sage leur témoigne le respect qu’on doit à un Guru.

43. Se rappelant les Buddhas qui sont les Meilleurs des hommes, il considère sans cesse les Djinas comme des pères ; et renonçant à toute idée d’orgueil, il est alors à l’abri de tout désastre.

44. Le sage qui a entendu une loi de cette espèce, doit alors l’observer fidèlement ; parfaitement recueilli pour obtenir une position commode, il est sûrement gardé par des millions de créatures.

Encore autre chose, ô Mañdjuçrî : le Bôdhisattva Mahâsattva qui, lorsque le Tathâgata est entré dans le Nirvâna complet, à la fin des temps, quand a péri la bonne loi, quand la bonne loi est méprisée, désire posséder cette exposition de la loi, doit vivre bien loin des maîtres de maison et des mendiants, il doit vivre avec eux selon la charité ; il doit éprouver de l’affection pour tous les êtres qui sont arrivés à l’état de Buddha. Il doit faire les réflexions suivantes : Certes, ils ont une intelligence bien pervertie, les êtres qui n’entendent pas, qui ne connaissent pas, qui ne comprennent pas le sens du langage énigmatique du Tathâgata, ce résultat de son habileté dans l’emploi des moyens dont il dispose, qui ne s’en informent pas, qui n’y ajoutent pas foi, qui n’y ont pas confiance ; que dirai-je de plus ? ces êtres ne comprennent ni ne connaissent cette exposition de la loi. Mais moi, les conduisant à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, je vais, par la force de mes facultés surnaturelles, faire que chacun d’eux, dans la position où il se trouve, [me] donne son assentiment, croie, comprenne, et arrive à une parfaite maturité. Telle est, ô Mañdjuçrî la quatrième condition dont est doué le Bôdhisattva Mahâsattva qui, lorsque le Tathâgata est entré dans le Nirvâna complet, explique cette exposition de la loi, et cette condition le met à l’abri de tout désastre. Il est l’objet des honneurs, des respects, des adorations et du culte des Religieux et des fidèles des deux sexes, des rois, des fils des rois, des ministres des rois, de leurs grands conseillers, des maîtres de maison, des Brahmanes, des habitants des provinces et des villages. Les Divinités qui traversent le ciel se mettent avec foi à sa suite pour entendre la loi ; et les fils des Dêvas seront sans cesse attachés à ses pas pour le protéger ; soit qu’il aille dans un village, soit qu’il entre dans un Vihâra, ils l’aborderont afin de l’interroger la nuit et le jour sur la loi, et ils seront satisfaits et auront l’esprit ravi d’entendre de lui la prédiction de leurs destinées futures. Pourquoi cela ? C’est que cette exposition de la loi, ô Mañdjuçrî, a été bénie par tous les Buddhas ; elle l’a été [et le sera] perpétuellement, ô Mañdjuçrî, par les Tathâgatas, vénérables, etc., passés, présents et futurs.

Il est difficile à obtenir, ô Mañdjuçrî, [même pour celui qui habite] dans beaucoup d’univers, le son, le bruit ou l’écho de cette exposition de la loi. C’est, ô Mañdjuçrî, comme s’il y avait un roi Balatchakravartin qui aurait, par sa force, conquis son royaume. Qu’à cause de cela, des rois ses adversaires, ses ennemis, des rois opposés, viennent à entrer en discussion et en guerre avec lui. Que ce monarque Balatchakravartin ait des soldats de diverses espèces, et qu’avec ces soldats il combatte ses ennemis ; qu’ensuite ce monarque voyant combattre ses soldats, soit satisfait de leur courage ; qu’il en ait l’âme ravie, et que, dans son contentement, il donne également à tous ses soldats des présents de diverses espèces, par exemple un village ou les terres d’un village, une ville ou les terres d’une ville, des vêtements et des coiffures, des ornements pour les mains, pour les pieds, pour le col, pour les oreilles, des parures d’or, des guirlandes, des colliers, des monnaies d’or, de l’or brut, de l’argent, des joyaux, des perles, du lapis-lazuli, des conques, du cristal, du corail, des éléphants, des chevaux, des chars, des piétons, des esclaves des deux sexes, des chariots, des litières. Mais il ne donne à personne le joyau qui décore son diadème. Pourquoi cela ? C’est que ce joyau ne se place que sur la tête d’un roi ; si un roi, ô Mañdjuçrî, venait à le donner, l’armée tout entière du roi, composée de quatre corps de troupes, serait frappée d’étonnement et de surprise. De la même manière, ô Mañdjuçrî, le Tathâgata aussi, vénérable, etc., qui est le maître de la loi, le roi de la loi, exerce avec justice l’empire de la loi dans les trois mondes qu’il a soumis par la vigueur de son bras, par la vigueur de sa vertu. Mâra le pécheur vient alors attaquer les trois mondes soumis au roi. Alors les Aryas, qui sont les soldats du Tathâgata, combattent contre Mâra. Alors, ô Mañdjuçrî, le Tathâgata, vénérable, etc., ce roi de la loi, ce maître de la loi, voyant ces Aryas, ses soldats, leur expose divers Sûtras par centaines, pour réjouir les quatre assemblées ; il leur donne la ville du Nirvâna, la grande ville de la loi ; il les séduit avec le Nirvâna ; mais il ne leur fait pas une exposition de la loi comme celle que j’expose en ce moment. Tout de même, ô Mañdjuçrî, que ce roi Balatchakravartin, surpris du grand courage de ses soldats qui combattent, leur distribue ensuite également tout ce qu’il possède, tout jusqu’au joyau même qui décore son diadème, générosité qui est pour tout le monde un objet d’étonnement, un fait à peine croyable ; et de même, ô Mañdjuçrî, que ce joyau était pour le roi un bien qu’il a gardé longtemps, qui ne quittait pas son front ; de même le Tathâgata aussi, vénérable, etc., ce grand roi de la loi, qui exerce avec justice l’empire de la loi dans les trois mondes, quand il voit des Çrâvakas et des Bôdhisattvas combattre contre le Mâra des conceptions, contre le Mâra de la corruption [du mal], quand il voit que ses soldats en combattant ont, par leur grand courage, détruit l’affection, la haine et l’erreur, qu’ils sont sortis des trois mondes, et ont anéanti tous les Mâras ; alors le Tathâgata aussi, vénérable, etc., plein de contentement, fait également pour ces Aryas, qui sont ses soldats, cette exposition de la loi, avec laquelle le monde entier doit être en désaccord, à laquelle il ne doit pas croire, qui n’a jamais été prêchée ni expliquée auparavant. Le Tathâgata donne à tous les Çrâvakas la possession de l’omniscience, laquelle ressemble au grand joyau qui décore le diadème d’un roi. C’est là, ô Mañdjuçrî, le suprême enseignement des Tathâgatas ; c’est là la dernière exposition de la loi des Tathâgatas. Entre toutes les expositions de la loi, c’est la plus profonde ; c’est une exposition avec laquelle le monde entier doit ê tre en désaccord. De même, ô. Mañdjuçrî, que le roi Balatchakravartin, détachant de son diadème le joyau qu’il a gardé pendant longtemps, le donne à ses soldats, de même le Tathâgata explique aujourd’hui cette exposition de la loi, ce mystère de la loi qu’il a longtemps gardé, cette exposition qui est au-dessus de toutes les autres, et qui doit être connue des Tathâgatas. Ensuite Bhagavat voulant exposer ce sujet avec plus de développement, prononça dans cette occasion les stances suivantes :

45. Montrant sans cesse la force de la charité, constamment pleins de compassion pour tous les êtres, expliquant une loi semblable à celle que j’expose, les Tathâgatas ont célébré cet éminent Sûtra.

46. Celui qui enseigne la force de la charité à tous les maîtres de maison, aux mendiants, et à ceux qui, à l’époque de la fin des temps, seront des Bôdhisattvas, se dit : Puissent-ils ne pas mépriser cette loi après l’avoir entendue !

47. Quant à moi, lorsqu’après avoir acquis l’état de Bôdhi, je serai fermement établi dans le degré de Tathâgata, alors employant les moyens convenables, je vous comblerai de mes dons, je ferai entendre l’excellent état de Bôdhi.

48. C’est comme un roi Balatchakravartin, qui distribue à ses soldats des présents variés, et qui, rempli de joie, leur donne de l’or, des éléphants, des chevaux, des chars, des piétons, des villes, des villages.

49. Aux uns il donne, dans sa satisfaction, des ornements pour les mains, de l’argent, des cordes d’or, des perles, des joyaux, des conques, du cristal, du corail et des esclaves de diverses espèces.

50. Mais quand il est frappé de l’héroïsme incomparable d’un de ses soldats, et qu’il reconnaît que l’un d’eux a fait une action merveilleuse, alors déliant le bandeau qui ceint sa tête, il lui donne le joyau qui la décore,

51. De la même manière, moi qui suis le Buddha, le roi de la loi, moi qui ai la force de la patience, et qui possède le trésor abondant de la sagesse, je gouverne avec justice ce monde entier, désirant le bien, miséricordieux et plein de compassion.

52. Et voyant tous les êtres qui combattent, je leur expose des milliers de kôtis de Sûtras, quand je reconnais l’héroïsme de ceux qui, doués d’une pureté parfaite, triomphent en ce monde de la corruption [du mal].

53. Alors le roi de la loi, le grand médecin, expliquant des centaines de milliers d’expositions, quand il reconnaît que les êtres sont pleins de force et de science, leur montre ce Sûtra qui est semblable au joyau d’un diadème.

54. C’est le Sûtra que j’expose le dernier au monde, ce Sûtra qui est le plus éminent de tous, que j’ai gardé pour moi, et que je n’ai jamais exposé ; je vais aujourd’hui le faire entendre ; écoutez-le tous.

55. Voici les quatre espèces de mérites que devront rechercher, dans le temps ou je serai entré dans le Nirvâna complet, ceux qui désirent l’excellent et suprême état de Bôdhi, et ceux qui remplissent mon rôle.

56. Le sage ne connaît ni le chagrin, ni la misère, ni l’altération de la couleur naturelle de son corps, ni la maladie ; la teinte de sa peau n’est pas noire, et il n’habite pas dans une ville misérable.

57. Ce grand Richi, dont l’aspect est constamment agréable à voir, est digne du culte qu’on doit à un Tathâgata ; de jeunes fils des Dêvas sont sans cesse occupés à le servir.

58. Son corps est inattaquable au glaive, au poison, au bâton et aux pierres ; la bouche de celui qui, en ce monde, lui dit des injures, se ferme et devient muette.

59. Il est en ce monde l’ami des créatures, il parcourt la terre dont il est la lumière, en dissipant les ténèbres de plusieurs milliers d’êtres, celui qui possède ce Sûtra, pendant le temps que je suis entré dans le Nirvâna complet.

60. Il voit pendant son sommeil des formes de Buddha, des Religieux et des Religieuses ; il les voit assis sur un trône, expliquant la loi dont il existe de nombreuses espèces.

61. Il voit en songe des Dêvas, des Yakchas, des Asuras et des Nâgas de diverses espèces, en nombre égal à celui des sables du Gange, qui tiennent les mains jointes en signe de respect, et il leur expose à tous la loi excellente.

62. Il voit en songe le Tathâgata enseignant la loi à de nombreux kôtis de créatures, qui lance de son corps des milliers de rayons, dont la voix est agréable, et dont la couleur est semblable à celle de l’or.

63. Et les êtres sont là, les mains jointes en signe de respect, célébrant le Solitaire, qui est le Meilleur des hommes ; et le Djina, ce grand médecin, prêche la loi excellente aux quatre assemblées.

64. Ce sage est satisfait de l’entendre, et, rempli de joie, il lui rend un culte ; et il obtient en songe les formules magiques, après avoir rapidement touché à la science qui ne retourne pas en arrière.

65. Et le Chef du monde connaissant ses intentions lui prédit qu’il parviendra au rang de héros parmi les hommes : Fils de famille, lui dit-il, tu toucheras ici, dans un temps à venir, à la science éminente et fortunée.

66. Et la terre que tu habiteras sera immense, et tu auras comme moi quatre assemblées qui écouteront la loi vaste et parfaite, en tenant respectueusement les mains jointes.

67. Puis le sage se voit lui-même occupé à concevoir la loi dans les cavernes des montagnes ; et quand il l’a conçue, quand il a touché à cette condition, maître alors de la méditation, il voit le Djina.

68. Et après avoir vu en songe la forme du Djina, dont la couleur est celle de l’or et qui porte les marques des cent vertus, il entend la loi, et après l’avoir entendue, il l’explique à l’assemblée ; ce sont là les choses qu’il voit pendant son sommeil.

69. Après avoir tout abandonné en songe, royaume, gynécée, parents, il sort de sa demeure ; après avoir renoncé à tous les plaisirs, il se rend au lieu où se trouve, l’essence de l’état de Bôdhi.

70. Là, assis sur un trône placé auprès du tronc d’un arbre, et cherchant à obtenir l’état de Bôdhi, il parvient au bout de sept jours à la science des Tathâgatas.

71. Et quand il a atteint à l’état de Bôdhi, se relevant alors de sa méditation, il fait tourner la roue parfaite, et enseigne la loi aux quatre assemblées, pendant d’inconcevables milliers de kôtis de Kalpas.

72. Après avoir expliqué en ce monde la loi parfaite, après avoir conduit au Nirvâna de nombreux kôtis d’êtres savants, il y entre lui-même, semblable à une lampe dont la flamme est éteinte ; telle est la forme sous laquelle il se voit en songe.

73. Ils sont nombreux, ô Mañdjuçrî, ils sont infinis, les avantages que possède constamment celui qui, à la fin des temps, exposera ce Sûtra de mon excellente loi, que j’ai parfaitement expliquée.

CHAPITRE XIV.
APPARITION DES BÔDHISATTVAS.

Ensuite des Bôdhisattvas Mahâsattvas, en nombre égal à celui des sables de huit Ganges, faisant partie de ces Bôdhisattvas qui étaient venus des autres univers, se levèrent en cet instant du milieu de l’assemblée. Réunissant leurs mains en signe de respect, regardant en face Bhagavat, ils lui parlèrent ainsi après l’avoir adoré : Si Bhagavat nous y autorise, nous aussi puissions-nous expliquer cette exposition de la loi dans l’univers Saha, lorsque le Tathâgata sera entré dans le Nirvâna complet ! Puissions-nous la prêcher, l’adorer, l’écrire ! Puissions-nous consacrer nos efforts à cette exposition de la loi ! Que Bhagavat veuille bien nous accorder, à nous aussi, cette exposition de la loi ! Alors Bhagavat dit à ces Bôdhisattvas : À quoi bon, ô fils de famille, vous charger de ce devoir ? J’ai ici, dans cet univers Saha, des milliers de Bôdhisattvas en nombre égal à celui des sables de soixante Ganges, qui servent de cortège à un seul Bôdhisattva. Or il y a des milliers de Bôdhisattvas de cette dernière espèce, en nombre égal à celui des sables de soixante Ganges, ayant chacun pour cortège une suite aussi nombreuse de Bôdhisattvas qui, lorsque je serai entré dans le Nirvâna complet, à la fin des temps, dans la dernière période, posséderont cette exposition de la loi, qui la prêcheront, qui l’expliqueront. A peine cette parole fut-elle prononcée par Bhagavat, que l’univers Saha se fendit de tous côtés, se couvrit de fentes, et que du milieu de ces fentes apparurent plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Bôdhisattvas, ayant le corps de couleur d’or, doués des trente-deux signes qui caractérisent un grand homme, lesquels se trouvant sous cette grande terre, au point de l’espace qui est situé dessous, s’étaient rendus dans l’univers Saha ; en effet, aussitôt qu’ils avaient entendu la parole que venait de prononcer Bhagavat, ils étaient sortis du sein de la terre. Chacun de ces Bôdhisattvas avait une suite de milliers de Bôdhisattvas, en nombre égal à celui des sables de soixante Ganges, qui formaient derrière lui une troupe, une grande troupe, une troupe dont il était le précepteur. Ces Bôdhisattvas Mahâsattvas, suivis ainsi de ces troupes, de ces grandes troupes, de ces troupes dont ils étaient les précepteurs, et dont on voyait des centaines de mille de myriades de kôtis, en nombre égal à celui des sables de soixante Ganges, étaient sortis tous ensemble des fentes de la terre, pour paraître dans cet univers Saha. A plus forte raison s’y trouvait-il des Bôdhisattvas Mahâsattvas, ayant un cortège de Bôdhisattvas en nombre égal à celui des sables de cinquante, de quarante, de trente, de vingt, de dix, de cinq, de quatre, de trois, de deux Ganges, d’un Gange, dune moitié, d’un quart, d’un sixième, d’un dixième, d’un vingtième, d’un cinquantième, d’un centième, d’un millième, d’un cent millième, d’un dix-millionième, d’un cent-dix-millionième, d’un mille-dix-millionième, d’un cent-mille-dix-millionième, d’une myriade de cent-mille dix-millionièmes de Gange. A plus forte raison s’y trouvait-il des Bôdhisattvas Mahâsattvas, ayant un cortège de plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Bôdhisattvas, d’un kôti, de cent mille kôtis, de cent mille myriades de kôtis, de cinq cent mille, de cinq mille, de mille, de cinq cents, de quatre cents, de trois cents, de deux cents, de cent, de cinquante, de quarante, de trente, de vingt, de dix, de cinq, de quatre, de trois, de deux Bôdhisattvas, d’un Bôdhisattva. A plus forte raison s’y trouvait-il un nombre immense de Bôdhisattvas Mahâsattvas qui étaient seuls. En un mot, les nombres, le calcul, les comparaisons, les similitudes ne peuvent donner une idée de ces Bôdhisattvas Mahâsattvas, qui sortirent tous ensemble des fentes de la terre, pour paraître dans l’univers Saha. Dès qu’ils en furent sortis, ils se rendirent au lieu où se trouvait ce grand Stûpa, fait de substances précieuses, suspendu dans le ciel, au milieu des airs, où le Bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, parvenu au Nirvâna complet, était assis sur un trône avec Çâkyamuni.

Quand ils s’y furent rendus, ces Bôdhisattvas, après avoir salué les pieds de ces deux Tathâgatas, en les touchant de leur tête, après avoir salué et vénéré toutes ces formes de Tathâgata, créées miraculeusement de son corps par le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, qui, réunies de tous les côtés dans les dix points de l’espace, chacune dans son univers, étaient assises sur des trônes auprès d’arbres formés de diverses substances précieuses, après avoir fait plusieurs fois cent mille tours, en laissant à leur droite ces Tathâgatas, vénérables, etc., après les avoir célébrés dans divers hymnes faits par des Bôdhisattvas, ces Bôdhisattvas, dis-je, se tinrent debout à l’écart, et réunissant leurs mains en signe de respect, ils adorèrent le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, etc., et le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna. Or, en ce temps-là, cinquante moyens Kalpas s’écoulèrent pendant que les Bôdhisattvas Mahâsattvas, qui étaient sortis des fentes de la terre, saluaient les Tathâgatas, et les célébraient dans divers hymnes faits par des Bôdhisattvas. Et pendant ces cinquante moyens Kalpas, le bienheureux Çâkyamuni garda le silence, ainsi que les quatre assemblées. Ensuite Bhagavat produisit un effet de sa puissance surnaturelle, tel que, par la force de cette puissance, les quatre assemblées crurent, l’après-midi, que lui seul était présent, et qu’elles virent l’univers Saha embrassant dans l’espace l’étendue de cent mille univers, et rempli de Bôdhisattvas. Les quatre Bôdhisattvas Mahâsattvas qui étaient les chefs de cette grande troupe et de cette grande masse de Bôdhisattvas, savoir : les Bôdhisattvas Mahâsattvas nommés Viçichtatchâritra, Anantatchâritra, Viçuddhatchâritra et Supratichthitatchâritra, se trouvaient à la tête de cette grande foule et de cette grande masse de Bôdhisattvas. Alors ces quatre Bôdhisattvas Mahâsattvas s’étant placés en avant de cette grande troupe et de cette grande masse de Bôdhisattvas, réunissant les mains en signe de respect, debout devant Bhagavat, lui parlèrent ainsi : Bhagavat n’a-t-il que peu de peine, peu de maladies, Vit-il au milieu de contacts agréables ? Sans doute, les créatures qui te sont soumises, douées de formes agréables, d’une intelligence parfaite, faciles à discipliner, faciles à purifier, ne causent pas de douleur à Bhagavat ? Ensuite les quatre Bôdhisattvas Mahâsattvas adressèrent à Bhagavat les deux stances suivantes :

1. Est-il heureux le Chef du monde, celui qui répand la lumière ? Es-tu, ô toi qui es sans péché, libre d’obstacles dans les contacts que tu rencontres ?

2. Puissent les créatures qui te sont soumises, douées de formes agréables, faciles à discipliner, faciles à purifier, ne pas causer de douleur au Chef du monde pendant qu’il parle !

Ensuite Bhagavat s’adressa ainsi aux quatre Bôdhisattvas, qui étaient placés en tête de cette grande troupe et de cette grande foule de Bôdhisattvas : Il est ainsi, ô fils de famille, je me trouve au milieu de contacts agréables, je rencontre peu de peine, et je n’ai que peu de maladies. Ces créatures qui me sont soumises, sont douées de formes agréables, d’une intelligence parfaite ; elles sont faciles à discipliner, faciles à purifier, et elles ne me causent pas de douleur, quand je m’occupe à les purifier. Pourquoi cela ? C’est que, ô fils de famille, ces créatures qui me sont soumises, ont été jadis purifiées par moi-même, sous d’anciens Buddhas parfaitement accomplis ; aussi, ô fils de famille, elles n’ont qu’à me voir et qu’à m’entendre pour m’accorder leur confiance, pour comprendre, pour approfondir la science de Buddha. Et ceux qui ont complètement rempli les devoirs qui leur étaient imposés, soit sur le terrain des Auditeurs, soit sur celui des Bôdhisattvas, sont ici perfectionnés par moi dans la connaissance des lois de Buddha, et je leur fais atteindre la vérité suprême. Alors ces Bôdhisattvas Mahâsattvas prononcèrent en ce moment les stances suivantes :

3. Bien, bien, ô grand héros, nous sommes satisfaits de ce que ces créatures sont douées de formes agréables, de ce qu’elles sont faciles à discipliner et à purifier ;

4. Et de ce qu’elles écoutent, ô Guide [des hommes], cette science profonde que tu leur enseignes, et de ce que, après l’avoir écoutée, elles y ont confiance et la comprennent.

Cela dit, Bhagavat exprima son assentiment aux quatre Bôdhisattvas Mahâsattvas qui se trouvaient à la tête de cette grande troupe et de cette grande foule de Bôdhisattvas, en disant : Bien, bien, ô fils de famille, vous avez raison de féliciter aujourd’hui Bhagavat. Or, en ce moment même, cette réflexion vint à l’esprit du Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya, et des centaines de mille de myriades de kôtis de Bôdhisattvas, en nombre égal à celui des sables de huit Ganges : Nous n’avons pas vu auparavant une aussi grande troupe, une aussi grande foule de Bôdhisattvas. Nous n’avons pas entendu dire auparavant qu’une pareille foule, après être sortie des fentes de la terre, se tenant debout en présence de Bhagavat, ait honoré, respecté, vénéré, adoré Bhagavat, et ait causé à Bhagavat de la satisfaction. D’où viennent donc ces Bôdhisattvas Mahâsattvas réunis ici ? Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya reconnaissant par lui- même les doutes et les questions qui se produisaient dans son esprit, et comprenant les incertitudes auxquelles étaient livrées ces centaines de mille de myriades de kôtis de Bôdhisattvas, en nombre égal à celui des sables de huit Ganges, réunissant en ce moment les mains en signe de respect, demanda la cause de ces faits à Bhagavat, en chantant les stances suivantes :

5. Voici plusieurs milliers de myriades de kôtis de Bôdhisattvas infinis, tels que nous n’en avons pas vu auparavant ; dis-nous, ô toi qui es le meilleur des hommes,

6. D’où et comment viennent ces personnages doués d’une grande puissance surnaturelle, et d’où ils sont arrivés ici avec les grandes formes de leur corps.

7. Tous sont pleins de fermeté ; tous sont des grands Richis doués de mémoire ; leur extérieur est agréable ; d’où donc viennent-ils ici ?

8. Chacun de ces sages Bôdhisattvas, ô roi du monde, a une immense suite, une suite aussi nombreuse que les sables du Gange.

9. La suite de chacun de ces glorieux Bôdhisattvas est égale au nombre des grains de sable contenus dans soixante Ganges complets ; tous sont arrivés à l’étal de Buddha.

10. Oui, le nombre de grains de sable contenus dans soixante Ganges, exprime le nombre de ces héros, de ces Protecteurs, suivis chacun de leur assemblée.

11. Bien plus nombreux encore sont les autres sages qui, accompagnés de leur innombrable suite, sont comme les Sables de cinquante, de quarante ou de trente Ganges,

12. Comme les sables de vingt Ganges, avec leur suite entière ; et bien plus nombreux encore sont ces fils de Buddha, ces protecteurs,

13. Qui ont chacun une suite égale aux grains de sable contenus dans dix, dans cinq Ganges ; d’où vient donc, ô Guide [des hommes], cette assemblée qui se trouve réunie aujourd’hui ?

14. D’autres ont chacun une suite de Maîtres, unis ensemble par les liens de la confraternité, suite égale aux sables contenus dans quatre, dans trois, dans deux Ganges.

15. Il y en a d’autres bien plus nombreux, encore, et dont aucun calcul ne pourrait atteindre le terme, dut-il durer des milliers de kôtis de Kalpas.

16. Il y a d’autres suites de ces héros, de ces Bôdhisattvas protecteurs qui égalent les sables contenus dans un demi-Gange, dans un tiers de Gange, dans un dixième, dans un vingtième de Gange.

17. On en voit de plus nombreux encore, et dont il n’existe pas de calcul ; il serait impossible d’en faire le compte, dût-on y employer des centaines de kôtis de Kalpas.

18. Il en existe de bien plus nombreux encore, avec leurs cortèges sans fin ; ils ont à leur suite dix millions, dix millions et encore dix millions, et aussi cinq millions de personnages.

19. On voit un bien plus grand nombre encore de ces grands Richis, un nombre dépassant tout calcul ; ces Bôdhisattvas, doués d’une grande sagesse, se tiennent tous debout dans l’attitude du respect.

20. Leur cortège est de mille, de cent, de cinquante personnes ; ces Bôdhisattvas ne sauraient être comptés, dût-on y passer des centaines de kôtis de Kalpas.

21. Le cortège de quelques-uns de ces héros est de vingt, de dix, de cinq, de quatre, de trois, de deux personnes, et ces héros dépassent tout calcul.

22. Ceux, enfin, qui marchent seuls, ceux qui, seuls, trouvent la quiétude, et que je vois tous rassemblés ici aujourd’hui, sont au-dessus de tout calcul.

23. Quand même un homme passerait à les énumérer des Kalpas en nombre égal à celui des sables du Gange, en tenant à la main une baguette [à compter], il n’en pourrait atteindre le terme.

24. Quelle est l’origine de ces héros, de ces Bôdhisattvas, tous magnanimes, protecteurs et pleins d’énergie ?

25. Par qui la loi leur a-t-elle été enseignée ? Par qui ont-ils été établis dans la science de Buddha ? Quel est celui dont ils accueillent la loi ? De qui possèdent-ils l’enseignement ?

26. Ces sages, doués d’une grande prudence et de facultés surnaturelles, sont sortis de la terre, après l’avoir ouverte entièrement et dans la direction des quatre côtés de l’horizon.

27. Ce monde tout entier, ô Solitaire, est crevassé de tous côtés, par la sortie de ces intrépides Bôdhisattvas.

28. Non, jamais nous n’avons vu auparavant de tels personnages ; dis-nous, ô Guide des mondes, le nom de cette terre.

29. Nous nous sommes trouvés, à plusieurs reprises, dans les dix points de l’espace, et jamais nous n’y avons vu ces Bôdhisattvas.

30. Nous ne t’avons jamais vu un seul fils ; ceux-ci viennent de nous apparaître subitement : expose-nous leur histoire, ô Solitaire.

31. Des centaines, des milliers, des myriades de Bôdhisattvas, tous pleins de curiosité, regardent le Meilleur des hommes.

32. O grand héros, être incomparable, toi qui es affranchi de l’accumulation des é léments constitutifs de l’existence, explique-nous d’où viennent ces héros, ces Bôdhisattvas intrépides.

Dans ce moment, les Tathâgatas, vénérables, etc. qui, miraculeusement créés par le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, étaient arrivés de cent mille myriades de kôtis d’autres univers ; qui, dans ces univers, enseignaient la loi aux créatures ; qui, en présence du bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, etc., étaient venus de tous côtés, des dix points de l’espace, s’asseoir, les jambes croisées, sur des trônes de diamant, auprès d’arbres faits de substances précieuses ; puis ceux qui faisaient cortège à chacun de ces Tathâgatas, tous, à la vue de cette grande troupe et de cette grande foule de Bôdhisattvas, sortant de tous côtés des fentes de la terre, et se tenant suspendus dans l’élément de l’éther, furent frappés d’étonnement et de surprise, et parlèrent ainsi chacun à son Tathâgata. D’où viennent, ô Bienheureux, ces Bôdhisattvas Mahâsattvas, en nombre immense, incommensurable ? Ainsi interrogés, ces Tathâgatas, vénérables, etc., répondirent ainsi chacun à ceux qui les suivaient : Approchez un instant, ô fils de famille ; le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya, qui vient d’apprendre de la bouche du bienheureux Çâkyamuni qu’il doit parvenir après lui à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, a demandé au bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, etc., la cause de ce qui vous frappe. Le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, etc., va la lui expliquer. Vous pouvez donc entendre aussi. Ensuite Bhagavat s’adressa ainsi à Mâitrêya : Bien, bien, ô toi qui es invincible ! C’est une noble circonstance, ô toi qui es invincible, que celle sur laquelle tu m’interroges. Puis Bhagavat s’adressa ainsi à la foule tout entière des Bôdhisattvas : Soyez tous recueillis, ô fils de famille ; soyez tous parfaitement immobiles et fermes dans votre position. Le Tathâgata, vénérable, etc., ô fils de famille, explique maintenant à la foule toute entière des Bôdhisattvas la vue de la science du Tathâgata ; il explique la prééminence, les œuvres, les voluptés, la puissance, l’héroïsme du Tathâgata. Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

33. Soyez recueillis, ô fils de famille, je vais parler, et toutes mes paroles seront véridiques ; défendez-vous ici du découragement, ô sages : la science des Tathâgatas est inconcevable.

34. Soyez tous pleins de fermeté et de mémoire ; restez tous dans un parfait recueillement ; il vous faut aujourd’hui entendre une loi dont vous n’avez pas oui parler auparavant, une loi qui fait l’étonnement des Tathâgatas.

35. Qu’aucun de vous ne conçoive de doute ; car c’est moi-même qui vous donne la plus ferme assurance ; je suis le Guide [des hommes] qui ne parle pas contre la vérité, et ma science est incalculable.

36. Le Sugata connaît les lois profondes, supérieures au raisonnement et dont il n’existe pas de mesure ; ce sont ces lois que je vais vous exposer ; écoutez quelles elles sont et comment elles sont.

Ensuite Bhagavat, après avoir prononcé ces stances, s’adressa ainsi en ce moment au Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya. Je vais te parler, ô toi qui es invincible, je vais t’instruire. Oui, ces Bôdhisattvas Mahâsattvas, ô toi qui es invincible, en nombre immense, incommensurable, inconcevable, incomparable, incalculable, qui n’ont pas été vus par vous auparavant, qui sont sortis des fentes de la terre pour paraître ici, tous ces Bôdhisattvas Mahâsattvas, dis-je, ô toi qui es invincible, après que, dans cet univers, j’ai eu atteint à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, ont reçu de moi cet état ; ils y ont été perfectionnés ; ils en ont reçu de la joie ; ils y ont été transformés. Ces fils de famille ont été par moi mûris, établis, introduits, confirmés, instruits, perfectionnés dans cet état de Bôdhisattva. Ces Bôdhisattvas Mahâsattvas, ô toi qui es invincible, habitent, dans cet univers Saha, l’enceinte de l’élément de l’éther, située au-dessous de nous. Occupés à comprendre à fond avec leur intelligence, l’objet de leur lecture et les préceptes qu’ils reçoivent, ces fils de famille n’aiment pas les lieux où se presse la foule ; ils aiment ceux où on n’en rencontre pas ; ils ne se débarrassent pas de leur fardeau ; ils déploient leur énergie. Ces fils de famille, ô toi qui es invincible, se plaisent dans la distinction ; ils sont passionnés pour la distinction. Ces fils de famille ne demandent l’appui ni des hommes ni des Dêvas ; ils aiment une vie éloignée du monde ; ils sont passionnés pour les plaisirs de la loi ; ils s’appliquent à la science de Buddha. Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

37. Ces Bôdhisattvas incommensurables, inconcevables, dont il n’existe pas de mesure, possèdent les facultés surnaturelles, la sagesse, l’instruction, et ils se sont exercés à la science pendant de nombreux kôtis de Kalpas.

38. Tous ont été mûris par moi pour l’état de Buddha, et ils habitent dans la terre qui m’appartient ; oui, tous ont été mûris par moi, et tous ces Bôdhisattvas sont mes fils.

39. Tous recherchent les déserts et les lieux purs ; ils évitent sans cesse les lieux où se rencontre la foule et ils vivent dans les endroits solitaires, ces sages qui sont mes enfants, et qui sont instruits dans la pratique de ma règle excellente.

40. Ils habitent dans l’enceinte de l’éther ; leur empire s’étend sur les lieux placés au-dessous de cette terre ; là ils passent les jours et les nuits dans le recueillement, occupés à se rendre maîtres de l’excellent état de Bôdhi.

41. Déployant leur énergie, tous doués de mémoire, se tenant fermes dans la vigueur de la science qui est incommensurable, ces êtres intrépides exposent la loi ; tout resplendissants de lumière, ils sont mes enfants.

42. Et tous ont été mûris ici pour l’excellent état de Bôdhi, depuis que je l’ai obtenu moi-même, dans la ville de Gayâ, auprès d’un arbre, et que j’ai fait tourner la roue éminente de la loi.

43. Exempts de toute faute, écoutez tous ma parole, et ayez-y foi : oui, c’est après avoir atteint à l’excellent état de Bôdhi, que tous ont été mûris par moi pour cet état.

Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya et ces nombreuses centaines de mille de myriades de kôtis de Bôdhisattvas, furent frappés d’étonnement et de surprise. Comment se fait-il que, dans l’espace d’un instant, dans un si court intervalle de temps, ces Bôdhisattvas, dont le nombre est si immense, aient été conduits, aient été mûris par Bhagavat dans l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ? Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya s’adressa ainsi à Bhagavat : Comment, ô Bhagavat, le Tathâgata qui était Kumâra, après être sorti de Kapilavastu, la ville des Çâkyas, et être parvenu à la suprême et intime essence de l’état de Bôdhi, non loin de la ville de Gayâ, a-t-il obtenu l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Il y a aujourd’hui, ô Bhagavat, un peu plus de quarante ans, depuis [que tu es sorti de ta maison]. Comment donc le Tathâgata a-t-il pu, en si peu de temps, remplir les devoirs sans nombre d’un Tathâgata, atteindre à la prééminence d’un Tathâgata, déployer l’héroïsme d’un Tathâgata ? Comment a-t-il pu conduire et mûrir dans l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, en un si court espace de temps, cette troupe et cette foule de Bôdhisattvas, troupe et foule dont cent mille myriades de kôtis de Kalpas ne suffiraient pas pour atteindre le terme ? Et de plus, ce nombre immense de Bôdhisattvas, ô Bhagavat, ce nombre incalculable a longtemps rempli les devoirs de la vie religieuse ; tous ont fait croître les racines de vertus [qui étaient en eux], sous plusieurs milliers de Buddhas ; ils ont été conduits à la perfection pendant plusieurs centaines de mille de Kalpas. C’est, ô Bhagavat, comme s’il y avait un homme jeune, un adolescent avec des cheveux noirs, un homme de la première jeunesse, âgé de vingt-cinq ans ; que cet homme montre comme ses enfants des centenaires, et qu’il parle ainsi : Ces fils de famille sont mes enfants. Que ces centenaires parlent ainsi à cet homme : Celui-là est notre propre père. Certes, ô Bhagavat, le discours de cet homme serait difficile à croire, le monde y croirait difficilement. Il en est de même, ô Bhagavat, du Tathâgata qui n’est arrivé que depuis si peu de temps à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, et de ces Bôdhisattvas Mahâsattvas si nombreux, qui ont accompli les devoirs de la vie religieuse pendant plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas ; qui sont depuis si longtemps arrivés à la certitude ; qui sont habiles à produire et à posséder les cent mille voies qui conduisent à la méditation de la science de Buddha ; qui ont pratiqué complètement les grandes connaissances supérieures ; qui ont rempli complètement les devoirs qui conduisent à la science des grandes connaissances supérieures ; qui sont savants dans le rôle de Buddha ; qui sont habiles à converser sur les conditions des Tathâgatas ; qui sont pour le monde un sujet d’étonnement et d’admiration ; qui ont acquis une grande énergie, une grande force et une grande puissance. Et Bhagavat leur parle ainsi : C’est par moi que tous ces Bôdhisattvas ont été dès le commencement conduits, préparés, mûris, transformés dans ce rôle de Bôdhisattva. C’est depuis que je suis parvenu à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, que j’ai exécuté cet acte de force et d’héroïsme. Comment, Bhagavat, comment pouvons-nous ajouter foi aux paroles du Tathâgata, quand il nous dit : Le Tathâgata ne dit rien de contraire à la vérité ; c’est le Tathâgata qui sait cela ? Oui, Bhagavat, les Bôdhisattvas entrés dans le nouveau véhicule éprouvent de l’incertitude. Quand le Tathâgata sera entré dans le Nirvâna complet, ceux qui entendront cette exposition de la loi, ne la croiront pas, n’y auront pas foi, ne lui accorderont pas leur confiance. C’est pourquoi, Bhagavat, ils seront livrés à des idées d’actes qui seront étrangères à la loi. Explique-nous donc ce fait, ô Bhagavat, afin que nous n’ayons aucun doute, en ce qui touche cette loi, et que, dans l’avenir, les fils ou filles de famille entrés dans le véhicule des Bôdhisattvas, qui viendront à l’entendre, n’éprouvent pas d’incertitude. Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya adressa, dans cette occasion, les stances suivantes à Bhagavat.

44. Lorsque tu fus venu au monde dans la ville de Kapila, demeure principale des Çâkyas, tu sortis de ta maison, et tu obtins l’état de Bôdhi ; il n’y a pas de cela bien longtemps, ô Chef du monde.

45. Et ces grandes troupes de personnages, respectables, intrépides, qui ont rempli leurs devoirs pendant de nombreux kôtis de Kalpas ; qui se sont tenus fermes et inébranlables dans la force des facultés surnaturelles ; qui ont été bien instruits, et qui ont pénétré entièrement la force de la sagesse,

46. Qui sont inaltérables, comme le lotus l’est au contact de l’eau ; qui, après avoir fendu la terre, sont arrivés aujourd’hui en ce lieu, et qui sont là les mains réunies et l’extérieur respectueux ; en un mot, ces Bôdhisattvas doués de mémoire, ô Maître du monde, [que tu dis tes] fils et [tes] disciples,

47. Comment pourront-ils ajouter foi à l’étonnant langage que tu viens de faire entendre ? Parle pour détruire leur incertitude, et explique-leur le sens de ce que tu as voulu dire.

48. C’est comme s’il y avait ici un homme jeune, de la première jeunesse, ayant les cheveux noirs, qui eût vingt ans ou plus, et qui en montrant des centenaires, les donnât pour ses fils.

49. Que ceux-ci soient couverts de rides et aient les cheveux blancs, et qu’ils disent : C’est cet homme qui nous a donné l’existence. Certainement, ô Chef du monde, ou aurait peine à croire que ces vieillards soient les fils de ce jeune homme.

50. De la même manière, ô Bhagavat, nous ne comprenons pas comment ces nombreux Bôdhisattvas pleins d’intelligence, de mémoire et d’intrépidité, qui ont été bien instruits pendant des milliers de kôtis de Kalpas ;

51. Qui sont doués de fermeté ; qui ont la pénétration de la sagesse ; qui sont tous beaux et agréables à voir ; qui sont intrépides dans la démonstration de la loi, qui ont été loués par le Guide du monde,

52. Nous ne comprenons pas comment, semblables au vent, ils marchent, exempts de toute affection, au travers de l’espace, sans connaître jamais d’autre demeure, ces fils de Sugata qui produisent en eux l’énergie nécessaire pour atteindre à l’état de Bôdhi.

53. Comment, lorsque le Guide du monde sera entré dans le Nirvâna complet, pourra-t-on croire à un pareil récit ? Nous qui l’entendons de la bouche du Chef du monde, nous ne concevons aucun doute.

54. Puissent les Bôdhisattvas ne pas tomber dans la mauvaise voie, en concevant des doutes à ce sujet ! Fais-nous connaître, ô Bhagavat, la vérité, et dis-nous comment ces Bôdhisattvas ont été complètement mûris par toi.

CHAPITRE XV.
DURÉE DE LA VIE DU TATHÂGATA.

Ensuite Bhagavat s’adressa ainsi à la foule tout entière des Bôdhisattvas : Ayez confiance en moi, ô fils de famille ; croyez au Tathâgata qui prononce la parole de vérité. Une seconde et une troisième fois Bhagavat s’adressa ainsi aux Bôdhisattvas : Ayez confiance en moi, ô fils de famille, croyez au Tathâgata qui prononce la parole de vérité. Ensuite la foule tout entière des Bôdhisattvas, se faisant précéder du Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya, et réunissant les mains en signe de respect, parla ainsi à Bhagavat : Que Bhagavat, que Sugata nous expose la cause de ces faits ; nous avons foi dans la parole de Bhagavat. Une seconde fois la foule tout entière des Bôdhisattvas parla ainsi à Bhagavat. Une troisième fois la foule tout entière des Bôdhisattvas parla ainsi à Bhagavat. Alors Bhagavat voyant que la prière des Bôdhisattvas était répétée jusqu’à trois fois, s’adressa ainsi à ces Bôdhisattvas. Écoutez donc, ô fils de famille, ce produit de la force de ma méditation profonde. Le monde, ô fils de famille, avec les Dêvas, les hommes et les Asuras qui le composent, a la conviction suivante, et se dit : C’est aujourd’hui que le bienheureux Çâkyamuni, après avoir abandonné la maison des Çâkyas, après être parvenu à l’intime et suprême essence de l’état de Bôdhi, dans la ville nommée Gayâ, est arrivé à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Et cependant il ne faut pas considérer le fait ainsi ; bien au contraire, ô fils de famille, il y a déjà plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas, que je suis arrivé à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Soient, par exemple, ô fils de famille, les atomes de poussière dont se compose la terre de cinquante fois cent mille myriades de kôtis de mondes. Qu’il naisse un homme qui, prenant un de ces atomes de poussière, aille le déposer à l’orient, après avoir franchi cinquante fois cent mille myriades de kôtis d’univers incalculables. Que, de cette manière, cet homme, pendant des centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas, enlève de tous ces univers la totalité des atomes de poussière qu’ils renferment, et qu’il se trouve ainsi avoir déposé de cette manière et par cette méthode, du côté de l’orient, tous ces atomes de poussière. Que pensez-vous de cela, ô fils de famille ? Est-il possible à quelqu’un d’imaginer, de compter, ou de déterminer ces univers ? Cela dit, le Bôdhisattva Mâitrêya et la foule tout entière des Bôdhisattvas parla ainsi à Bhagavat : Ils sont innombrables, ô Bhagavat, ces univers, ils sont incalculables, ils dépassent le terme auquel atteint la pensée. Tous les Çrâvakas et les Pratyêkabuddhas eux-mêmes, ô Bhagavat, ne peuvent, avec la science des Aryas, ni s’en faire une idée, ni les compter, ni les déterminer. Nous-mêmes, ô Bhagavat, qui sommes des Bôdhisattvas établis sur le terrain de ceux qui ne se détournent pas, nous ne pouvons faire de ce sujet l’objet de nos pensées, tant sont innombrables, ô Bhagavat, ces univers. Cela dit, Bhagavat s’adressa ainsi à ces Bôdhisattvas Mahâsattvas : Je vais vous parler, ô fils de famille, je vais vous instruire. Oui, quelque nombreux que soient ces univers sur lesquels cet homme a déposé ces atomes de poussière et ceux sur lesquels il n’en a pas déposé, il ne se trouve pas, ô fils de famille, dans toutes ces centaines de mille de myriades de kôtis d’univers, autant d’atomes de poussière qu’il y a de centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas, depuis l’époque où je suis parvenu à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli.

Depuis le moment où j’ai commencé, ô fils de famille, à enseigner la loi aux créatures dans cet univers Saha, et dans d’autres centaines de mille de myriades de kôtis d’univers, les Tathâgatas vénérables, etc., tels que le Tathâgata Dîpamkara et d’autres, dont j’ai parlé depuis cette époque, ô fils de famille, pour [faire connaître] leur entrée dans le Nirvâna complet, ces Tathâgatas, ô fils de famille, ont été miraculeusement produits par moi dans l’exposition et l’enseignement de la loi, par l’effet de l’habileté dans l’emploi des moyens dont je dispose. Il y a plus, ô fils de famille, le Tathâgata, après avoir reconnu les mesures diverses d’énergie et de perfection des sens qu’ont possédées les êtres qui se sont succédé pendant ce temps, prononce en chacun [de ces Tathâgatas] son propre nom, expose en chacun d’eux son propre Nirvâna complet, et, de ces diverses manières, il satisfait les créatures par différentes expositions de la loi. Alors, ô fils de famille, le Tathâgata parle ainsi aux créatures qui ont des inclinations diverses, qui n’ont que peu de racines de vertu et qui souffrent de beaucoup de douleurs : Je suis jeune d’âge, ô Religieux ; il n’y a pas longtemps que je suis sorti [de la maison], que je suis parvenu à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Mais si le Tathâgata, ô fils de famille, depuis si longtemps parvenu à l’état de Buddha parfait, s’exprime ainsi : «Il n’y a pas longtemps que je suis parvenu à l’état suprême de Buddha parfait, c’est uniquement dans le dessein de conduire les créatures à la maturité et de les convertir, c’est pour cela qu’il fait cette exposition de la loi. Toutes ces expositions de la loi, ô fils de famille, sont faites par le Tathâgata pour discipliner les créatures ; et les paroles, ô fils de famille, que prononce le Tathâgata pour discipliner les créatures, soit qu’il se désigne lui-même, soit qu’il désigne les autres, soit qu’il se mette lui-même en scène, soit qu’il y mette les autres, en un mot, tout ce que dit le Tathâgata, tout cela et toutes ces expositions de la loi sont faites par le Tathâgata conformément à la vérité. Il n’y a pas là mensonge de la part du Tathâgata. Pourquoi cela ? C’est que le Tathâgata voit la réunion des trois mondes telle qu’elle est ; ce monde, [à ses yeux,] n’est pas engendré ; et il ne meurt pas ; il ne disparaît pas et il ne naît pas ; il ne roule pas dans le cercle de la transmigration, et il n’entre pas dans l’anéantissement complet ; il n’a pas été, et il n’est pas n’ayant pas été ; il n’est pas existant, et il n’est pas non existant ; il n’est pas ainsi, et il n’est pas autrement ; il n’est pas faussement, et il n’est pas réellement ; il n’est pas autrement, et il n’est pas ainsi ; c’est de cette manière que le Tathâgata voit la réunion des trois mondes : en un mot, il ne la voit pas comme la voient les hommes ordinaires et les ignorants. Aussi possède-t-il, de la manière la plus certaine, les conditions de ce sujet, et aucune n’échappe à son attention. Les paroles quelles qu’elles soient que le Tathâgata prononce sur ce sujet sont toutes vraies et non fausses. Afin de faire naître des racines de vertu dans les créatures dont la conduite et les intentions sont diverses, et qui s’abandonnent à leurs conceptions et à leurs raisonnements, il fait diverses expositions de la loi, à l’aide de divers sujets. Ce que le Tathâgata doit faire, ô fils de famille, il le fait. Le Tathâgata qui est depuis si longtemps parvenu à l’état de Buddha parfait, a une existence dont la durée est incommensurable. Le Tathâgata qui, n’étant pas entré dans le Nirvâna complet, subsiste toujours, parle du Nirvâna complet du Tathâgata, dans une intention de conversion. Cependant, ô fils de famille, je n’ai pas encore, même aujourd’hui, rempli Complètement les anciens devoirs qui m’étaient imposés en tant que Bôdhisattva ; la durée de mon existence n’est même pas accomplie ; bien au contraire, ô fils de famille, aujourd’hui même il me reste, pour atteindre le dernier terme de mon existence, deux fois autant de centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas que j’en ai déjà vécu. Je n’en annonce pas moins, ô fils de famille, que je vais entrer dans le Nirvâna complet, quoique je ne doive pas y entrer encore. Pourquoi cela ? C’est que de cette manière je conduis tous les êtres à la maturité. Si je restais trop longtemps dans le monde, les êtres qui n’ont pas acquis des racines de vertu, qui sont privés de pureté, qui sont misérables, entraînés par leurs désirs aveugles, enveloppés dans les filets des fausses doctrines, diraient en voyant sans cesse le Tathâgata : Le Tathâgata reste dans le monde ; et ils s’imagineraient qu’il n’y a là rien que d’aisé à rencontrer ; ils ne concevraient pas la pensée de quelque chose de difficile à obtenir. S’ils disaient : Nous sommes près du Tathâgata, ils ne déploieraient pas leur énergie pour sortir de la réunion des trois mondes, et ne concevraient pas la pensée que le Tathâgata est difficile à rencontrer. De là vient, ô fils de famille, que le Tathâgata, grâce à son habileté dans l’emploi des moyens dont il dispose, prononce ces paroles : C’est une chose difficile à obtenir, ô Religieux, que l’apparition des Tathâgatas. Pourquoi cela ? C’est qu’il peut se passer plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas sans que les êtres voient un Tathâgata, comme aussi ils peuvent en voir un dans cet espace de temps. De là vient, ô fils de famille, que je leur dis, après avoir introduit ce sujet : C’est une chose difficile à obtenir, ô Religieux, que l’apparition des Tathâgatas.

Les êtres, alors, sachant, par des développements nombreux, que l’apparition des Tathâgatas est une chose difficile à rencontrer, concevront des pensées d’étonnement et de chagrin ; et ne voyant pas le Tathâ gata, ils auront soif de le voir. Ces racines de vertu produites par la conception d’une pensée dont le Tathâgata est l’objet, leur deviendront pour longtemps une source d’avantages, d’utilité et de bonheur. Voyant cela, quoique le Tathâgata n’entre pas dans le Nirvâna complet, il annonce aux êtres son Nirvâna, en vertu de la volonté qu’il a de les convertir. C’est là, ô fils de famille, l’exposition de la loi que fait le Tathâgata ; quand il parle ainsi, il n’y a pas alors mensonge de sa part. C’est, ô fils de famille, comme s’il y avait un médecin instruit, habile, prudent, très-expert à calmer toute espèce de maladie. Que cet homme ait beaucoup d’enfants, dix, vingt, quarante, cinquante, cent, et qu’il soit parti pour faire un voyage ; que tous ses enfants viennent à être malades d’un breuvage vénéneux ou de poison, qu’ils éprouvent des sensations de douleur causées par ce breuvage ou ce poison, et que brûlés par ce breuvage ils se roulent par terre. Qu’ensuite le médecin leur père revienne de son voyage ; que tous ses enfants soient souffrants de ce poison ou de cette substance vénéneuse ; que les uns aient des idées fausses, et les autres l’esprit juste. Que tous ces enfants souffrant également de ce mal, à la vue de leur père, soient pleins de joie, et lui parlent ainsi : Salut, cher père, tu es heureusement revenu sain et sauf et en bonne santé ; délivre-nous donc de ce breuvage ou de ce poison qui détruit notre corps, et donne-nous la vie. Qu’ensuite le médecin. voyant ses enfants souffrants de ce mal, vaincus par la douleur, brûlés, se roulant par terre, après avoir préparé un grand médicament doué de la couleur, de l’odeur et du goût convenables, et l’avoir broyé sur une pierre, le donne en boisson à ces enfants et leur parle ainsi : Buvez, mes enfants, cette grande médecine qui a de la couleur ; de l’odeur et du goût ; après avoir bu, mes enfants, cette grande médecine, vous serez bien vite délivrés de ce poison, vous reviendrez à la santé, et vous n’aurez plus de mal. Alors que ceux de ces enfants dont les idées ne sont pas fausses, après avoir vu la couleur de ce médicament, après en avoir flairé l’odeur, et savouré le goût, le boivent aussitôt et qu’ils soient complètement, entièrement délivrés de leur mal. Mais que ceux de ces enfants dont les idées sont fausses, après avoir salué leur père, lui parlent ainsi : Salut, cher père, tu es heureusement revenu sain et sauf et en bonne santé ; donne-nous la guérison ; qu’ils prononcent ces paroles, mais qu’ils ne boivent pas la médecine qui leur est présentée. Pourquoi cela ? C’est que par suite de la fausseté de leur esprit, la couleur de cette médecine ne leur plaît pas, non plus que son odeur ni sa saveur. Qu’ensuite ce médecin fasse cette réflexion : Mes enfants que voilà ont l’esprit faussé par l’action de ce breuvage ou de ce poison ; c’est pourquoi ils ne boivent pas cette médecine, et ne me louent pas ; si je pouvais, par l’emploi de quelque moyen adroit, faire boire cette médecine à ces enfants ! Qu’alors le médecin désireux de faire boire la médecine à ses enfants à l’aide d’un moyen adroit, leur parle ainsi : Je suis vieux, ô fils de famille, avancé en âge, cassé, et la fin de mon temps approche ; puissiez-vous n’être pas malheureux, ô mes enfants ! puissiez-vous ne pas éprouver de douleur ! J’ai préparé pour vous cette grande médecine, vous pouvez la boire si vous le désirez. Que le médecin, après avoir ainsi averti ses enfants à l’aide de ce moyen adroit, et s’être retiré dans une autre partie du pays, fasse annoncer à ses enfants malades qu’il a fait son temps ; qu’en ce moment ceux-ci se lamentent extrêmement, et se livrent aux plaintes les plus vives : Il est donc mort seul, notre père, notre protecteur, celui qui nous a donné le jour, et qui était plein de compassion pour nous ; maintenant nous voilà sans protecteur. Qu’alors ces enfants se voyant sans protecteur, se voyant sans refuge, soient incessamment en proie au chagrin, et que, par suite de ce chagrin incessant, leurs idées de fausses qu’elles étaient deviennent justes, et que ce médicament qui avait de la couleur, de l’odeur et du goût, soit reconnu par eux comme ayant en effet ces qualités ; qu’en conséquence, ils le prennent alors, et que l’ayant pris, ils soient délivrés de leur mal. Qu’ensuite le médecin sachant que ses enfants sont délivrés de leur mal, se montre de nouveau à eux. Comment comprenez-vous cela, ô fils de famille. Y a-t-il en quoi que ce soit mensonge de la part de ce médecin à employer ce moyen adroit ? Les Bôdhisattvas répondirent : Non, il n’y a pas mensonge, Bhagavat ; il n’y a pas mensonge, Sugata. Bhagavat reprit : De la même manière, ô fils de famille, il y a un nombre immense, incalculable, de centaines de mille de milliers de kôtis de Kalpas, que je suis parvenu à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; mais je développe de temps en temps, aux yeux des créatures, des moyens de cette espèce, dont je possède l’emploi habile, dans le dessein de les convertir, et il n’y a là, de ma part, mensonge en aucune manière. Ensuite Bhagavat voulant exposer ce sujet avec plus de développement, prononça, dans cette occasion, les stances suivantes :

1. Ils sont inconcevables, ils sont à jamais incommensurables, les milliers de kôtis de Kalpas qui se sont écoulés depuis que j’ai atteint à l’état suprême de Bôdhi et que je ne cesse d’enseigner la loi.

2. Je convertis de nombreux Bôdhisattvas et je les établis dans la science de Buddha ; depuis de nombreux kôtis de Kalpas, je mûris complètement des myriades infinies de créatures.

3. Je désigne le terrain du Nirvâna et j’expose mes moyens à l’effet de discipliner les créatures ; et cependant je n’entre pas dans le Nirvâna au moment où j’en parle, ici même j’explique les lois.

4. Alors je me bénis moi-même, et je bénis aussi tous les êtres ; mais les hommes ignorants dont l’intelligence est faussée, ne me voient pas, même pendant que je suis en ce monde.

5. Croyant que mon corps est entré dans le Nirvâna complet, ils rendent des hommages variés à mes reliques, et ne me voyant pas, ils ont soif de me voir ; par ce moyen leur intelligence devient droite.

6. Quand les êtres sont droits, doux, bienveillants, et qu’ils méprisent leurs corps, alors réunissant une assemblée de Çrâvakas, je me fais voir sur le sommet du Gridhrakûta.

7. Et je leur parle ensuite de cette manière : Je ne suis pas entré ici, ni en tel temps, dans le Nirvâna complet ; j’ai fait seulement usage, ô Religieux, de mon habileté dans l’emploi des moyens, et je reparais à plusieurs reprises dans le monde des vivants.

8. Honoré par d’autres créatures, je leur enseigne l’état suprême de Bôdhi qui m’appartient ; et vous, vous n’écoutez pas ma voix, à moins d’apprendre que le Chef du monde est entré dans le Nirvâna complet.

9. Je vois les êtres complètement détruits, et cependant je ne leur montre pas ma propre forme ; mais s’il arrive qu’ils aspirent à me voir, j’expose la bonne loi à ces êtres qui en sont altérés.

10. Ma bénédiction a toujours été telle que je viens de la dire, depuis un nombre inconcevable de milliers de kôtis de Kalpas, et je ne sors pas d’ici, du sommet du Gridhrakûta, pour aller m’asseoir sur des myriades d’autres sièges et d’autres lits.

11. Lors même que les êtres voient et se figurent que cet univers est embrasé, alors même la terre de Buddha qui m’appartient est remplie d’hommes et de Maruts.

12. Ces êtres s’y livrent à des jeux et à des plaisirs variés ; ils y possèdent des kôtis de jardins, de palais et de chars divins ; cette terre est ornée de montagnes faites de diamant, et pleine d’arbres couverts de fleurs et de fruits.

13. Et les Dêvas frappent les tambours au-dessus de cette terre, et ils font tomber une pluie de fleurs de Mandâra ; et ils m’en couvrent ainsi que mes Çrâvakas et les autres sages qui sont arrivés ici à l’état de Buddha.

14. C’est ainsi que ma terre subsiste continuellement, et les autres êtres se figurent qu’elle est en proie à l’incendie ; ils voient cet univers redoutable livré au malheur et rempli de cent espèces de misères.

15. Et ils restent pendant de nombreux kôtis de Kalpas sans entendre jamais le nom même de Tathâgata ou de loi, sans connaître une assemblée telle que la mienne ; c’est là la récompense de leurs actions coupables.

16. Mais lorsque ici, dans le monde des hommes, il vient à naître des êtres doux et bienveillants, â peine sont-ils au monde, que, grâce à leur vertueuse conduite, ils me voient occupé à expliquer la loi.

17. Et je ne leur parle jamais de cette œuvre sans fin que je continue sans relâche ; c’est pourquoi il y a longtemps que je ne me suis fait voir, et de là vient que je leur dis : Les Djinas sont difficiles à rencontrer.

18. Voilà quelle est la force de ma science, cette force éclatante à laquelle il n’y a pas de terme ; et j’ai atteint à cette longue existence, qui est égale à un nombre infini de Kalpas, pour avoir autrefois rempli les devoirs de la vie religieuse.

19. O sages, ne concevez à ce sujet aucun doute ; renoncez absolument à toute espèce d’incertitude : la parole que je prononce est véritable ; non, jamais ma parole n’est mensongère.

20. De même que ce médecin exercé à l’emploi des moyens convenables, qui, vivant encore, se dirait mort dans l’intérêt de ses enfants dont l’esprit serait tourné à la contradiction, et de même que ce serait là un effet de la prudence de ce médecin, et non une parole mensongère ;

21. De même moi qui suis le père du monde, l’être existant par lui-même, moi le chef et le médecin de toutes les créatures, quand je les trouve disposées à la contradiction, égarées par l’erreur et ignorantes, je leur fais voir mon Nirvâna, quoique je n’y sois pas encore entré.

22. A quoi bon me montrerais-je continuellement aux hommes ? Ils sont incrédules, ignorants, privés de lumières, indolents, égarés par leurs désirs ; leur ivresse les fait tomber dans la mauvaise voie.

23. Ayant reconnu quelle a été en tout temps leur conduite, je dis aux créatures : "Je suis le Tathâgata," pour les convertir par ce moyen à l’état de Buddha, et pour les mettre en possession des lois des Buddhas.

CHAPITRE XVI.
PROPORTION DES MERITES.

Pendant que cette exposition de la durée de la vie du Tathâgata était faite, un nombre immense et incalculable de créatures en retirèrent du profit. Alors Bhagavat s’adressa ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya : Pendant qu’a été donnée, ô toi qui es invincible, cette indication de la durée de la vie du Tathâgata, laquelle est une exposition de la loi, des centaines de mille de myriades de kôtis de Bôdhisattvas en nombre égal à celui de soixante-huit Ganges, ont acquis la patience surnaturelle dans la loi. Un nombre cent mille fois plus grand d’autres Bôdhisattvas Mahâsattvas, a obtenu la possession des formules magiques. D’autres Bôdhisattvas Mahâsattvas, en nombre égal à celui des atomes de mille univers, après avoir entendu cette exposition de la loi, ont obtenu le pouvoir de n’être enchaînés [par aucun contact]. D’autres Bôdhisattvas, en nombre égal à celui des atomes d’un univers, ont obtenu la possession de la formule magique qui fait cent mille fois dix millions de tours. D’autres Bôdhisattvas Mahâsattvas, en nombre égal à celui des atomes d’un univers formé de trois mille mondes, après avoir entendu cette exposition de la loi, ont fait tourner la roue qui ne revient pas en arrière. D’autres Bôdhisattvas Mahâsattvas, en nombre égal à celui des atomes d’un moyen [millier d’] univers, après avoir entendu cette exposition de la loi, ont fait tourner la roue de la loi nommée Celle dont l’éclat est sans tache. D’autres Bôdhisattvas Mahâsattvas, en nombre égal à celui des atomes d’un petit [millier d’]univers, après avoir entendu cette exposition de la loi, ont été destinés à obtenir, au bout de huit naissances, l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. D’autres Bôdhisattvas Mahâsattvas, en nombre égal à celui des atomes de quatre univers formés de quatre îles, après avoir entendu cette exposition de la loi, ont été destinés à obtenir, au bout de quatre naissances, l’état suprê me de Buddha parfaitement accompli. D’autres Bôdhisattvas Mahâsattvas, en nombre égal à celui des atomes de trois univers formés de quatre îles, après avoir entendu cette exposition de la loi, ont été destinés à obtenir, au bout de trois naissances, l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. D’autres Bôdhisattvas Mahâsattvas, en nombre égal à celui des atomes de deux univers formés de quatre îles, après avoir entendu cette exposition de la loi, ont été destinés à obtenir, au bout de deux naissances, l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. D’autres Bôdhisattvas Mahâsattvas, en nombre égal à celui des atomes d’un seul univers forme de quatre îles, après avoir entendu cette exposition de la loi, ont été destinés à obtenir, au bout d’une naissance, l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Des Bôdhisattvas Mahâsattvas, en nombre égal à celui des atomes de huit univers formés d’un grand millier de trois mille mondes, après avoir entendu cette exposition de la loi, ont conçu la pensée de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. A peine Bhagavat eut-il exposé à ces Bôdhisattvas Mahâsattvas le sujet qui renferme la démonstration de la loi, qu’alors du haut de l’atmosphère et du ciel il tomba une grande pluie de fleurs de Mandârava et de Mahâmandârava. Les cent mille myriades de kôtis de Buddhas qui, après être arrivés dans ces cent mille myriades de kôtis d’univers, étaient assis sur des trônes auprès d’arbres de diamant, furent tous couverts de cette pluie. Le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, etc., et le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, etc., qui était entré dans le Nirvâna complet, tous deux assis sur un trône de diamant, en furent complètement couverts, ainsi que la foule tout entière des Bôdhisattvas, avec les quatre assemblées. Des poudres divines de santal et d’Aguru tombèrent comme une pluie. On entendit, du haut du ciel, retentir dans les airs de grandes timbales qui rendaient, sans être frappées, des sons agréables, doux et profonds ; des pièces doubles d’étoffes divines tombèrent par centaines et par milliers du haut des airs ; des colliers, des guirlandes, des chapelets de perles, des joyaux, de grands joyaux et de gros diamants parurent en l’air, suspendus à tous les points de l’horizon. Des centaines de mille de vases de diamant qui contenaient un encens précieux, s’avancèrent d’eux-mêmes de tous côtés. Les Bôdhisattvas Mahâsattvas soutinrent en l’air, au-dessus de chaque Tathâgata, des lignes de parasols faits de pierreries, qui s’élevaient jusqu’au ciel de Brahmâ ; c’est de cette manière que les Bôdhisattvas Mahâsattvas soutinrent en l’air au-dessus de ces innombrables centaines de mille de myriades de kôtis de Buddhas, des lignes de parasols faits de pierreries qui s’élevaient jusqu’au ciel de Brahmâ. Chacun d’eux célébra ces Tathâgatas en faisant entendre des stances sacrées à la louange des Buddhas. Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya prononça dans cette occasion les stances suivantes :

1. Le Tathâgata nous a fait entendre une loi merveilleuse, une loi qui n’a jamais été entendue par nous auparavant ; il nous a dit quelle est la magnanimité des Guides [du monde] et combien est infinie la durée de leur existence.

2. Aussi, après avoir entendu aujourd’hui cette loi qui leur est donnée de la bouche du Sugata, des milliers de kôtis d’êtres vivants, qui sont les fils chéris du Guide du monde, se sentent épanouis de joie.

3. Quelques-uns sont établis dans l’état suprême de Bôdhi qui ne retourne pas en arrière ; quelques-uns possèdent la meilleure des formules magiques ; d’autres sont fermes dans l’énergie du détachement, et d’autres ont la possession de milliers de kôtis de formules.

4. Quelques-uns, aussi nombreux que les atomes d’un monde, sont arrivés à l’excellente science de Buddha ; d’autres sont destinés à devenir, à partir de leur huitième existence, des Djinas doués d’une vue infinie.

5. Après avoir franchi les uns quatre, les autres trois, les autres deux existences, ceux qui ont entendu cette loi de la bouche du Guide [du monde], obtiendront l’état de Bôdhi en voyant la vérité.

6. Quelques-uns, au bout d’une seule existence, arriveront à l’omniscience dans la vie suivante ; c’est là le fruit excellent qu’ils recueilleront de l’attention qu’ils auront donnée à ce récit de la vie du Guide [du monde].

7. Ils sont aussi innombrables, aussi incalculables que les atomes de poussière que renferment huit mondes, les milliers de kôtis de créatures qui, après avoir entendu cette loi, ont conçu la pensée de l’excellent état de Bôdhi.

8. C’est là l’œuvre que vient d’accomplir le grand Richi, quand il a expliqué l’état de Buddha, cet état qui n’a ni terme ni mesure, et qui est aussi incommensurable que l’élément de l’éther.

9. De nombreux milliers de kôtis de fils des Dêvas ont fait tomber une pluie de fleurs de Mandârava ; des Çakras et des Brahmâs en nombre égal à celui des sables du Gange, ont quitté des milliers de kôtis de terres pour se réunir ici.

10. Répandant des poudres odorantes de bois de santal et d’Aguru. ils parcourent le ciel, semblables à des oiseaux, et ils en couvrent l’Indra des Djinas d’une manière convenable.

11. Du haut des airs, des timbales font entendre, sans être frappées, des sons agréables ; des milliers de kôtis de pièces d’étoffes divines tombent en tournant autour des Guides [des hommes].

12. Des milliers de kôtis de vases faits de pierreries et contenant un encens précieux, se rendent ici d’eux-mêmes de tous côtés, afin d’honorer le Protecteur, le Chef des mondes.

13. Les sages Bôdhisattvas soutiennent d’innombrables myriades de kôtis de parasols, hauts, grands et faits de pierreries, qui s’élèvent en ligne jusqu’au monde de Brahmâ.

14. Ils dressent au-dessus des Guides [des hommes] des drapeaux et des étendards beaux à voir ; les fils de Sugata, l’esprit transporté de joie, les louent dans des milliers de stances.

15. Voilà, ô Guide [des hommes], les êtres merveilleux, éminents, admirables et variés que je vois aujourd’hui ; toutes ces créatures ont été comblées de joie par l’exposition qui leur a été faite de la durée de la vie [du Sugata].

16. Il est vaste le sens de la parole des Guides [des hommes], laquelle s’est répandue aujourd’hui dans les dix points de l’espace ; des milliers de kôtis de créatures en sont remplies de joie, et elles sont douées de vertu pour arriver à l’état de Buddha.

Ensuite Bhagavat s’adressa ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya : Tous ceux qui, pendant que se donnait cette indication de la durée de l’existence du Tathâgata, laquelle est une exposition de la loi, ont fait preuve de confiance, ne fût-ce que par un seul acte de pensée, ou qui y ont ajouté foi, quel immense mérite en recueillent-ils, ces fils ou ces filles de famille ? Écoute cela, et grave bien dans ton esprit quel immense mérite ils en recueillent. Supposons d’un côté, ô toi qui es invincible, un fils ou une fille de famille qui, désirant obtenir l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, remplirait, pendant huit centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas, les devoirs des cinq perfections, c’est-à-dire, de la perfection de l’aumône, de celle de la moralité, de celle de la patience, de celle de l’énergie, de celle de la contemplation, de celle de la sagesse ; et d’un autre côté, ô toi qui es invincible, un fils ou une fille de famille, qui après avoir entendu cette indication de la durée de la vie du Tathâgata, laquelle est une exposition de la loi, ferait preuve de confiance, ne fut-ce que par un seul acte de pensée, ou qui y ajouterait foi. Eh bien ! comparée à cette dernière masse de mérites, la première masse de mérites et de vertus acquise par l’accomplissement des cinq perfections pratiquées pendant huit centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas, n’en égale pas la centième partie, ni la millième, ni la cent-millième, ni la dix-millionième, ni la dix-trillionième, ni la quintillionième ; la seconde masse de mérites surpasse tout nombre, tout calcul, toute comparaison, toute similitude. Un fils ou une fille de famille, ô toi qui es invincible, qui est pourvu d’une telle masse de mérites, ne peut jamais se détourner de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; non, cela n’est pas possible. Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

17. Qu’un homme cherchant à obtenir la science de Buddha, laquelle est sans égale, fasse vœu en ce monde de pratiquer les cinq perfections ;

18. Qu’il emploie huit mille kôtis de Kalpas complets à donner, à plusieurs reprises, l’aumône aux Buddhas et aux Çrâvakas,

19. A réjouir des myriades de Pratyêkabuddhas et de Bôdhisattvas, en leur donnant de la nourriture, des aliments, du riz, des boissons, des vêtements, des lits et des sièges ;

20. Qu’il fasse faire ici, pour ces personnages, des habitations et des Vihâras de bois de santal, des ermitages agréables avec des lieux de promenade ;

21. Qu’il répande en ce monde des dons variés et de diverses espèces, et qu’ayant fait de telles aumônes pendant des milliers de kôtis de Kalpas, il songe à l’état de Buddha ;

22. Qu’en vue de la science de Buddha, il observe la règle de la moralité qui est pure, qui a été décrite par tous les Buddhas, qui forme un tout continu, qui est louée par les sages ;

23. Que, plein de patience, il soit établi sur le terrain de la modération ; qu’il soit plein de constance et de mémoire, et qu’il supporte beaucoup d’injures ;

24. Qu’en vue de la science de Buddha, il supporte les dédains des êtres arrogants qui se reposent dans l’orgueil ;

25. Que, toujours attentif à déployer sa force, toujours énergique et doué d’une mémoire ferme, il reste pendant des milliers de kôtis de Kalpas occupé de la même pensée ;

26. Que, dans la forêt où il habite, soit qu’il marche, ou qu’il soit debout, ou qu’il se lève, il vive pendant des kôtis de Kalpas, étranger au sommeil et à la paresse ;

27. Que, livré à la contemplation ; à la grande contemplation, y trouvant son plaisir et toujours recueilli, il passe à méditer huit mille kôtis de kalpas complets ;

28. Que, dans son héroïsme, il demande, par cette méditation, l’excellent état de Bôdhi, et qu’en disant : "Puissé-je obtenir l’omniscience," il soit parvenu à la perfection de la contemplation.

29. Eh bien ! le mérite que pourrait acquérir un tel homme, en accomplissant pendant des milliers de kôtis de Kalpas les devoirs que je viens de décrire,

30. Est de beaucoup inférieur au mérite sans fin qu’acquiert l’homme ou la femme qui ayant entendu ce récit de la durée de mon existence, y ajouterait foi, ne fût-ce qu’un seul instant.

31. Celui qui renonçant au doute, à l’inquiétude et à l’orgueil, accorderait à ce récit ne fût-ce qu’un moment de confiance, doit en recueillir le fruit que je viens d’indiquer.

32. Les Bôdhisattvas qui, pendant des milliers de Kalpas, ont rempli les devoirs qui leur sont imposés. n’éprouveront aucun sentiment d’effroi en entendant cet inconcevable récit de la durée de mon existence.

33. Ils diront en inclinant la tête : "Et moi aussi, puissé-je, dans un temps à venir, être semblable à ce Buddha ! Puissé-je sauver des kôtis de créatures !

34. Puissé-je être comme le chef Çâkyamuni, comme Çâkyasimha, le grand Solitaire ! Qu’assis au sein de l’intime essence de l’état de Bôdhi, je fasse entendre le rugissement du lion !

35. Et moi aussi, puissé-je, dans l’avenir, honoré par tous les êtres et assis au sein de l’intime essence de l’état de Bôdhi, enseigner également que mon existence a une pareille durée !

36. Les hommes doués d’une application extrême, qui après avoir entendu et possédé cette exposition, comprennent le sens de mon langage énigmatique, ne conçoivent aucun doute.

Encore autre chose, ô toi qui es invincible. Celui qui après avoir entendu cette indication de la durée de la vie du Tathâgata, laquelle est une exposition de la loi, la comprendrait, l’approfondirait et la connaîtrait, celui-là recueillerait une masse de mérites, plus incommensurable encore que celle [que je viens d’indiquer], de mérites faits pour conduire à la science de Buddha ; à bien plus forte raison, celui qui entendrait une exposition de la loi semblable à celle-ci, qui la ferait entendre à d’autres, qui la répéterait, qui l’écrirait, qui la ferait écrire, qui après l’avoir renfermée en un volume, l’honorerait, la vénérerait, l’adorerait, en lui offrant des fleurs, de l’encens, des parfums, des guirlandes, des substances onctueuses, des poudres odorantes, des vêtements, des parasols, des drapeaux, des étendards, des lampes alimentées par de l’huile, par du beurre clarifié, par des huiles odorantes ; celui-là, dis-je, recueillerait une masse bien plus grande encore de mérites, faits pour conduire à la science de Buddha. Et quand un fils ou une fille de famille, ô toi qui es invincible, après avoir entendu cette indication de la durée de la vie du Tathâgata, laquelle est une exposition de la loi, y donnera sa confiance avec une application extrême, voici à quel signe devra se reconnaître son application. C’est qu’il me verra établi sur la montagne de Gridhrakûta, enseignant la loi, entouré d’une foule de Bôdhisattvas, servi par une foule de Bôdhisattvas, au milieu d’une assemblée de Çrâvakas ; qu’il verra cette terre de Buddha que j’habite, c’est-à-dire l’univers Saha, faite de lapis-lazuli, présentant une surface égale, couverte d’enceintes tracées en forme de damier avec des cordes d’or, parsemée d’arbres de diamant ; qu’il y verra des Bôdhisattvas habitant des maisons dont les étages seront élevés. C’est là, ô toi qui es invincible, le signe auquel il faut reconnaître qu’un fils ou qu’une fille de famille donne sa confiance avec une application extrême. Il y a plus, ô toi qui es invincible, je dis qu’ils donnent leur confiance avec une application extrême, les fils de famille qui, lorsque le Tathâgata sera entré dans le Nirvâna complet, ayant entendu cette exposition de la loi, ne la mépriseront pas, et bien au contraire, en éprouveront de la satisfaction ; à bien plus forte raison en dis-je autant de celui qui la retiendra et la récitera. Il porte le Tathâgata dans ses bras, celui qui après avoir renfermé cette exposition de la loi en un volume, la transporte dans ses bras. Ce fils ou cette fille de famille, ô toi qui es invincible, n’a pas besoin de faire pour moi des Stûpas, ni des Vihâras ; il n’a pas besoin de donner à l’assemblée des Religieux des médicaments destiné aux malades ou des meubles. Pourquoi cela ? C’est que ce fils ou cette fille de famille, ô toi qui es invincible, a rendu à mes reliques le culte que l’on doit aux reliques du Buddha, qu’il a fait des Stûpas formés des sept substances précieuses, s’élevant jusqu’au ciel de Brahmâ, recouverts d’un parasol proportionné à leur circonférence, ornés de bannières, retentissants du bruit des cloches ; c’est qu’il a rendu à ces Stûpas contenant mes reliques, des honneurs de diverses espèces, en leur offrant des fleurs, de l’encens, des parfums, des guirlandes, des substances onctueuses, des poudres odorantes, des vêtements, des parasols, des drapeaux, des étendards, des bannières divines et humaines, en faisant retentir, [près de ces monuments,] le bruit agréable et doux des instruments de toute espèce, des tambours, des grands tambours, des timbales, des grandes timbales, des plaques de cuivre, en exécutant des danses, des chœurs et des chants de diverses espèces, nombreux et sans fin. En un mot, ces hommages ont duré pendant un nombre immense de centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas. Celui qui, depuis mon entrée dans le Nirvâna complet, a possédé cette exposition de la loi, qui l’a récitée, qui l’a écrite, qui l’a expliquée, celui-là, ô toi qui es invincible, m’a construit des Vihâras spacieux, étendus, élevés, bâtis de santal rouge, renfermant trente-deux palais, ayant huit étages, pouvant servir d’habitation à mille Religieux, embellis de fleurs, de jardins, ayant dans leur voisinage un bois pour la promenade, fournis de lits et de sièges, remplis de médicaments destinés aux malades, de boissons, d’aliments et de mets, ornés de toutes sortes de meubles commodes.

Ces êtres, qu’ils soient en grand nombre, en nombre incommensurable, qu’ils soient au nombre soit de cent, soit de mille, soit de cent mille, soit de dix millions, soit de cent kôtis, soit de mille kôtis, soit de mille myriades de kôtis, doivent être regardés comme ayant été présentés devant moi, pour former l’assemblée de mes Çrâvakas, et comme ayant été de ceux dont j’ai joui complètement. Celui qui, après l’entrée du Tathâgata dans le Nirvâna complet, possédera cette exposition de la loi, qui la récitera, l’enseignera, l’écrira, la fera écrire, oui, je le déclare de cette manière, ô toi qui es invincible, celui-là n’aura pas besoin de m’élever des Stûpas, quand je serai entré dans le Nirvâna complet, il n’aura pas besoin d’honorer l’assemblée ; à bien plus forte raison, ô toi qui es invincible, le fils ou la fille de famille qui, possédant cette exposition de la loi, se perfectionnera soit dans l’aumône, soit dans la moralité, soit dans la patience, soit dans l’énergie, soit dans la contemplation, soit dans la sagesse, recueillera certainement une plus grande masse de mérites, faits pour conduire à la science de Buddha, de mérites immenses, innombrables, infinis. Tout de même, ô fils de famille, que l’élément de l’éther est sans bornes, dans quelque direction qu’on se tourne, à l’orient, au midi, au couchant, au nord, au-dessus ou au-dessous de nous, ainsi est non moins immense et non moins innombrable la masse de mérites, faits pour conduire à la science de Buddha, que recueillera ce fils ou cette fille de famille. Celui qui possédera cette exposition de la loi, qui la récitera, l’enseignera, l’écrira, la fera écrire, celui-là sera attentif à honorer les monuments élevés en l’honneur du Tathâgata ; il fera l’éloge des Çrâvakas du Tathâgata ; célébrant les cent mille myriades de qualités des Bôdhisattvas Mahâsattvas, il les exposera aux autres ; il sera accompli dans la patience ; il aura de la morale ; il possédera les conditions de la vertu ; il aura d’heureuses amitiés ; il sera patient, maître de lui, exempt d’envie et de toute pensée de colère ; il ne concevra pas la pensée de nuire ; il sera doué de mémoire, de force et d’énergie ; il sera constamment appliqué à rechercher les conditions des Buddhas ; il sera livré à la contemplation ; il attachera le plus grand prix à la méditation profonde et s’y appliquera fréquemment ; il saura résoudre habilement les questions qui lui seront faites ; il se débarrassera de cent mille myriades de kôtis de questions. Le Bôdhisattva Mahâsattva, ô toi qui es invincible, qui, après que le Tathâgata sera entré dans le Nirvâna complet, possédera cette exposition de la loi, aura les qualités que je viens d’énumérer. Qu’il soit fils ou fille de famille, il doit être, ô toi qui es invincible, considéré de la manière suivante : "Entré dans la pure essence de l’état de Bôdhi, ce fils ou cette fille de famille se rend auprès du tronc de l’arbre Bôdhi, afin de parvenir à l’état de Buddha parfait." Et dans quelque endroit, ô toi qui es invincible, que ce fils ou cette fille de famille vienne à se tenir debout, ou à s’asseoir, ou à marcher, il faudra élever là un monument à l’intention du Tathâgata. Ce monument devra être fait par le monde réuni aux Dêvas dans cette pensée : "Ceci est le Stûpa du Tathâgata."

Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

37. Il aura une masse infinie de mérites que j’ai célébrée plus d’une fois, celui qui possédera ce Sûtra, lorsque le Guide des hommes sera entré dans le Nirvâna.

38. Celui-là m’a rendu un culte, il m’a fait élever des Stûpas pour renfermer mes reliques, des Stûpas faits de substances précieuses, variés, beaux à voir et resplendissants,

39. Égalant en hauteur le monde de Brahmâ, recouverts de lignes de parasols ayant une circonférence proportionnée, beaux et ornés d’étendards,

40. Retentissants du bruit des clochettes, rehaussés de guirlandes faites d’étoffes de soie ; les cloches y sont agitées par le vent ; ces Stûpas, enfin, reçoivent leur éclat des reliques du Djina.

41. Il leur a rendu un culte étendu avec des fleurs, des parfums et des substances onctueuses, avec des instruments de musique, des étoffes et des timbales frappées à plusieurs reprises.

42. Il a fait retentir auprès de ces édifices des instruments de musique dont le son est agréable ; il les a entourés de tous côtés de lampes alimentées par des huiles odorantes.

43. Celui qui possédera ce Sûtra, et qui l’enseignera pendant la période de l’imperfection, m’aura rendu le culte varié et sans fin que je viens d’indiquer.

44. Il a fait construire de nombreux kôtis d’excellents Vihâras bâtis en bois de santal, formés de trente-deux palais et hauts de huit étages,

45. Fournis de lits et de sièges, remplis d’aliments et de mets, munis d’excellentes tentures et renfermant des chambres par milliers.

46. Il a donné des ermitages et des lieux de promenade, ornés de jardins et pleins de fleurs, ainsi que de nombreux coussins de diverses formes et couverts de dessins divers.

47. Il a rendu en ma présence un culte varié à l’assemblée, celui qui doit posséder ce Sûtra, quand le Guide [du monde] sera entré dans le Nirvâna.

48. Qu’un homme soit plein des meilleures dispositions, eh bien ! celui qui récitera ce Sûtra ou qui l’écrira, recueillera de cette action beaucoup plus de mérite que lui.

49. Qu’un homme le fasse écrire et le renferme dans un volume ; puis, qu’il rende un culte à ce volume, en lui présentant des parfums, des guirlandes et des substances onctueuses ;

50. Qu’il lui offre sans cesse, en signe de respect, une lampe alimentée d’huile odorante, avec des oblations de beaux lotus bleus, de perles et de fleurs de Tchampaka ;

51. Qu’un homme, en un mot, rende un culte de cette espèce aux volumes [sacrés], il en recueillera une masse de mérites dont il n’existe pas de mesure.

52. De même qu’il n’existe pas de mesure pour l’élément de l’éther, de quelque côté des dix points de l’espace qu’on se dirige, de même il n’en existe pas davantage pour cette masse de mérites,

53. Que faudra-t-il donc dire, s’il s’agit d’un homme patient, maître de lui-même, recueilli, fidèle à la morale, livré à la contemplation, et dont l’activité s’exerce tout entière à la méditation ;

54. D’un homme exempt de colère et de méchanceté, honorant de ses respects le monument [du Buddha], s’inclinant sans cesse devant les Religieux, ne connaissant ni l’orgueil, ni la paresse ;

55. Doué de sagesse et de fermeté, qui, lorsqu’on lui adresse une question, ne se met pas en colère ; qui, le cœur plein de compassion pour les créatures, leur donne une instruction proportionnée [à leurs forces] ?

56. Oui, s’il existe un tel homme qui possède ce Sûtra, il possède des mérites dont il n’existe pas de mesure.

57. Si un homme voit un tel interprète de la loi qui possède ce Sûtra, qu’il le traite avec respect.

58. Qu’il répande sur lui des fleurs divines et qu’il le couvre de vêtements divins, et qu’ayant salué ses pieds en les touchant de la tête, il conçoive cette pensée : "Celui-ci est un Tathâgata."

59. A la vue de ce personnage, il fera aussitôt cette réflexion : "Oui, il va se rendre auprès de l’arbre, et il y acquerra l’état suprême et fortuné de Buddha, pour le bien du monde réuni aux Dêvas."

60. En quelque lieu que ce sage se promène, qu’il se tienne debout, qu’il vienne à s’asseoir, ou que, plein de constance, il s’arrête pour se coucher, en récitant ne fut-ce qu’une seule stance de ce Sûtra,

61. Qu’on élève dans ces divers endroits des Stûpas variés et beaux à voir pour le Meilleur des hommes, à l’intention du bienheureux Buddha, le Guide [du monde], et qu’on rende à ces édifices des hommages de toute espèce,

62. J’ai certainement été en possession de l’endroit de la terre où s’est trouvé ce fils de Buddha ; j’ai moi-même marché en ce lieu ; en ce lieu je me suis assis moi-même.

CHAPITRE XVII.
INDICATION DU MERITE DE LA SATISFACTION.

Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya parla ainsi à Bhagavat : Celui qui, ô Bhagavat, après avoir entendu cette exposition de la loi pendant qu’elle lui est enseignée, en témoignera de la satisfaction, que ce soit un fils ou une fille de famille, combien, ô Bhagavat, en recueillera-t-il de mérites ? Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya prononça en ce moment la stance suivante :

1. Celui qui, après l’entrée du grand héros dans le Nirvana complet, viendrait à entendre un tel Sûtra, et après l’avoir entendu, à en témoigner de la satisfaction, combien grand serait son mérite ?

Alors Bhagavat parla ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya : Je suppose, ô toi qui es invincible, que, depuis l’entrée du Tathâgata dans le Nirvana complet, un fils ou une fille de famille écoute, pendant qu’on la lui explique, cette exposition de la loi, que ce soit un Religieux ou un fidèle, de l’un ou de l’autre sexe, un homme instruit, un jeune homme ou une jeune fille ; qu’après l’avoir entendue, il en témoigne de la satisfaction, et que se levant après avoir entendu la loi, il aille dans un autre lieu, dans un Vihâra, ou dans une maison, ou dans la forêt, ou dans une rue, ou dans un village, ou dans une province, pour le motif et dans le dessein suivant : exposer la loi comme il l’aurait entendue, comme il l’aurait saisie, et selon ses forces, à une autre créature, soit à sa mère, soit à son père, soit à un parent, soit à quelqu’un qui s’en montre satisfait, soit à quelqu’un avec lequel il soit lié, soit à une autre personne quelle qu’elle soit ; que ce dernier, après l’avoir entendue, en exprime de la satisfaction, puis après cela, l’expose à un autre ; que cet autre à son tour après l’avoir entendue, agisse de même, exposant la loi à un autre qui en exprime de la satisfaction, et ainsi de suite successivement jusqu’au nombre de cinquante ; eh bien, ô toi qui es invincible ! cet homme qui se trouverait ainsi le cinquantième à entendre cette loi et à en exprimer de la satisfaction, ce fils ou cette fille de famille, je vais t’indiquer l’accumulation des mérites attachés à la satisfaction qu’il exprime. Écoute et grave bien ceci dans ton esprit ; je vais parler. C’est, ô toi qui es invincible, comme si se trouvaient réunis tous les êtres qui existent dans quatre cent mille Asamkhyêyas d’univers, après y être entrés dans les six voies de l’existence, qu’ils soient nés d’un œuf, ou d’une matrice, ou de l’humidité, que leur origine soit surnaturelle, qu’ils aient ou qu’ils n’aient pas de forme, qu’ils aient ou n’aient pas de conscience, qu’ils n’aient ni conscience ni absence de conscience, qu’ils n’aient pas de pieds, ou qu’ils soient bipèdes, quadrupèdes, ou polypodes, tous les êtres en un mot qui sont réunis et rassemblés dans le monde des créatures. Qu’il vienne à naître un homme, ami de la vertu, ami du bien, qui donne à ce corps tout entier des êtres, le plaisir, les jeux, le bonheur, les jouissances que ces êtres désirent, qu’ils aiment, qu’ils recherchent, qu’ils affectionnent. Qu’il donne à chacun d’eux le Djambudvîpa tout entier, pour son plaisir, ses jeux, son bonheur, et ses jouissances. Qu’il leur donne de l’or, des Suvarnas, de l’argent, des joyaux, des perles, du lapis-lazuli, des conques, du cristal, du corail, des aliments, des chars traînés par des chevaux, par des bœufs et par des éléphants, des palais et des maisons à étages élevés. Que de cette manière, ô toi qui es invincible, ce maître de libéralité, ce grand maitre de libéralité, répande ses dons pendant quatre-vingts années complètes. Qu’ensuite, ô toi qui es invincible, ce maître de libéralité, ce grand maître de libéralité, fasse cette réflexion : Tous ces êtres tiennent de moi les jeux, les plaisirs et une heureuse existence ; ces êtres sont couverts de rides ; ils ont la tête blanchie ; ils sont vieux, usés, cassés, âgés de quatre-vingts ans ; ils sont bien près d’achever leur temps. Puissé-je maintenant les faire entrer dans la discipline de la loi expliquée par le Tathâgata ! Puissé-je les y instruire ! Qu’alors, ô toi qui es invincible, cet homme communique ses enseignements à tous ces êtres, et que, les leur ayant communiqués, il les fasse entrer dans la discipline de la loi expliquée par le Tathâgata, qu’il la leur fasse adopter.

Que ces êtres entendent de lui la loi, et qu’au même moment, au même instant, dans le même temps, ils deviennent tous des Çrôtaâpannas, qu’ils obtiennent les avantages de l’état de Sakrïdâgâmin et d’Anâgâmin, jusqu’à ce qu’enfin ils deviennent des Arhats, exempts de toute faute, livrés à la contemplation, à la grande contemplation, à celle des huit délivrances. Comment comprends-tu cela, ô toi qui es invincible ? Est-ce que ce maître de libéralité, ce grand maître de libéralité recueillera, comme conséquence de cette conduite, beaucoup de mérites, des mérites immenses, incalculables. Cela dit, le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya répondit ainsi à Bhagavat : Oui certes, ô Bhagavat, oui certes, ô Sugata ; à cause de cela, ô Bhagavat, cet homme recueillera beaucoup de mérites, lui qui aura fait don, à tant de créatures, de tout ce qui peut servir à leur bonheur ; à bien plus forte raison, s’il les a établies dans l’état d’Arhat. Cela dit, Bhagavat parla ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya. Je Vais te parier, ô toi qui es invincible, je vais t’instruire. Plaçons d’un côté ce maître de libéralité, ce grand maître de libéralité, qui après avoir fait don de tout ce qui peut servir au bonheur de tous les êtres qui se trouvent dans quatre cent mille Asamkhyêyas d’univers, et après les avoir établis dans l’état d’Arhat, en retirera des mérites, et d’un autre coté l’homme placé au cinquantième rang dans la transmission successive de la loi, qui après avoir entendu ne fût-ce qu’une seule stance ou qu’un seul mot de cette exposition de la loi, en témoignerait de la satisfaction. De la masse des mérites attachés à la satisfaction de ce dernier, et de celle des mérites attachés et à la libéralité de ce maître, de ce grand maître de libéralité, et à l’action qu’il a faite en établissant les êtres dans l’état d’Arhat, la plus considérable est celle de l’homme placé au cinquantième rang dans la transmission successive de la loi, qui après avoir entendu ne fût-ce qu’une seule stance ou qu’un seul mot de cette exposition de la loi, en témoignerait de la satisfaction. En face de la masse des mérites, ô toi qui es invincible, de la masse des vertus attachées à l’expression de cette satisfaction, la masse des mérites que j’ai indiquée la première, celle qui est attachée à la libéralité et à l’action d’établir les êtres dans l’état d’Arhat, n’en égale pas même la centième partie, ni la millième, [etc., comme ci-dessus]. Ainsi est immense et incalculable, ô toi qui es invincible, la masse des mérites que recueille l’homme placé au cinquantième rang dans la transmission successive de la loi, qui après avoir entendu une seule stance ou un seul mot de cette exposition de la loi, en témoigne de la satisfaction. Que dire, à plus forte raison, ô toi qui es invincible, de l’homme qui entendrait en ma présence cette exposition de la loi, et qui après l’avoir entendue, en témoignerait de la satisfaction ? Je déclare que la masse des mérites de cet homme serait de beaucoup plus immense et plus incalculable que celle de l’autre. De plus, ô toi qui es invincible, le fils ou la fille de famille qui étant sorti de sa maison pour entendre cette exposition de la loi, se rendrait dans un Vihâra, et qui y étant arrivé, y entendrait, ne fût-ce qu’un seul instant, l’exposition de la loi, soit debout, soit assis, cet être, grâce à l’accomplissement de cette œuvre méritoire dont il doit recueillir le fruit, lorsqu’il reviendra à la vie, au temps de sa seconde existence, quand il reprendra un second corps, deviendra possesseur de chars traînés par des bœufs, par des chevaux, par des éléphants, possesseur de palanquins, de bateaux, de véhicules attelés de buffles et de chars divins. De plus, si s’asseyant dans le Vihâra, ne fut-ce qu’un seul instant, pour entendre la loi et ce Sûtra, il venait à écouter cette exposition de la loi, ou s’il faisait asseoir un autre homme, ou s’il partageait son siège avec lui, par l’accomplissement de cette œuvre méritoire, il deviendra possesseur des sièges de Çakra, de ceux de Brahmâ, des trônes d’un Tchakravartin. Si un fils ou une fille de famille, ô toi qui es invincible, dit à un autre homme : Viens, ô homme, et écoute l’exposition de la loi nommée le Lotus de la bonne loi, et que cet homme vienne en effet sur cette invitation, et qu’il l’écoute, ne fût-ce qu’un seul instant, ce fils de famille, pour avoir fait cette invitation qui est une racine de vertu, obtiendra l’avantage de rencontrer des Bôdhisattvas ayant acquis la possession des formules magiques. Il ne sera pas stupide, ses sens seront pénétrants, il aura de la sagesse ; pendant le cours de mille existences, sa bouche n’exhalera jamais de mauvaise odeur, et il ne souffrira pas des maladies qui rendent la bouche et la langue fétide. Il n’aura les dents ni noires, ni inégales, ni jaunes, ni mal rangées, ni brisées, ni de travers ; il aura toutes ses dents. Il n’aura les lèvres ni pendantes, ni trop serrées, ni tournées de travers, ni fendues, ni retroussées, ni noires, ni laides. Il n’aura le nez ni plat, ni de travers ; la figure ni longue, ni large, ni noire, ni d’un aspect désagréable. Bien au contraire, ô toi qui es invincible, il aura les lèvres, les dents et la langue petites et bien faites, le nez long, le contour du visage plein, les sourcils bien formés, le front très-haut. Il possédera d’une manière parfaite tous les organes de la virilité. C’est de la bouche du Tathâgata qu’il recevra les avis et l’enseignement, et il obtiendra bientôt l’avantage de rencontrer des Buddhas bienheureux. Vois, ô toi qui es invincible, combien est grand le mérite que recueillera ce fils de famille pour avoir excité un seul être à entendre la loi ; que dire de celui qui après avoir honoré la loi, l’écouterait, la réciterait et l’enseignerait ?

Ensuite, Bhagavat prononça, dans cette occasion, les stances suivantes :

2. Écoute quel est le mérite de celui qui, placé au cinquantième degré dans la transmission de ce Sûtra, n’en entendrait qu’une seule stance, et qui, l’esprit calme, en témoignerait de la satisfaction. 3. Supposons qu’il existe un homme qui comble sans cesse de ses dons des myriades de kôtis de créatures, de ces créatures dont j’ai précédemment indiqué le nombre sous forme d’exemple, et qu’il les comble de joie pendant le cours de quatre-vingts ans. 4. Que cet homme voyant que la vieillesse est venue pour ces êtres, qu’ils sont couverts de rides, que leur tête est blanchie, vienne à s’écrier : Hélas ! tous ces êtres sont livrés à la corruption [du mal]. Ah ! puissé-je les instruire au moyen de la loi ! 5. Que cet homme alors leur expose la loi et qu’il leur explique ce que c’est que le terrain du Nirvâna ; [qu’il leur dise : ] Toutes les existences sont semblables à un mirage ; sachez promptement vous détacher de toutes les existences. 6. Et que tous ces êtres, ayant entendu la loi de la bouche de cet homme généreux, deviennent en ce moment même des Arhats affranchis de toute faute et parvenus à leur dernière existence. 7. Eh bien, il recueillera beaucoup plus de mérites que cet homme, celui qui entendra une seule stance de la loi qui lui aura été transmise, et qui en témoignera de la satisfaction. La masse des mérites de celui dont j’ai parlé le premier n’est pas même une partie des mérites du second. 8. Voilà quels seront les mérites, mérites infinis et sans mesure, de celui qui aura entendu ne fût-ce qu’une stance de cette loi qu’on lui aura transmise ; que dirai-je de celui qui l’entendrait de ma bouche ! 9. Et si quelqu’un excite en ce monde ne fût-ce qu’un seul être, en lui disant : Viens et écoute la loi, car ce Sûtra est bien difficile à comprendre, dût-on y consacrer plusieurs myriades de kôtis de Kalpas ; 10. Et si l’être ainsi excité vient à entendre ce Sûtra, ne fût-ce qu’un seul instant, écoute quelle est la récompense de cette action : Jamais il n’a aucune maladie de la bouche. 11. Jamais sa langue n’est malade ; jamais ses dents ne tombent, elles ne sont jamais ni noires, ni jaunes, ni inégales ; jamais ses lèvres n’offrent un aspect repoussant. 12. Sa face n’est ni de travers, ni blafarde, ni trop longue ; son nez n’est pas aplati ; au contraire, son nez, son front, ses dents, ses lèvres et le contour de son visage sont parfaitement formés. 13. Son aspect est toujours agréable pour les hommes qui le voient ; jamais sa bouche n’exhale de mauvaise odeur ; un parfum semblable à celui du lotus bleu s’en échappe sans cesse. 14. Qu’un homme plein de fermeté sorte de sa maison pour aller dans un Vihâ ra entendre cette loi, et qu’y étant arrivé, il l’écoute un seul instant, apprenez la récompense qu’en recevra cet homme dont l’esprit est calme. 15. Son corps est d’une blancheur parfaite ; cet homme plein de fermeté s’avance porté sur des chars traînés par des chevaux ; il monte des chars élevés, attelés d’éléphants et embellis de pierres précieuses. 16. Il possède des palanquins couverts d’ornements et portés par un grand nombre d’hommes ; car c’est là la belle récompense qu’il reçoit lorsqu’il est allé entendre ce Sûtra. 17. Lorsqu’il s’est assis au milieu de l’assemblée, il devient, en récompense de la pure action qu’il a faite, possesseur des sièges de Çakra, de Brahma et de ceux des Chefs des hommes.

CHAPITRE XVIII.
EXPOSITION DE LA PERFECTION DES SENS.

Ensuite Bhagavat s’adressa ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Satatasamitâbhiyukta : Celui qui, ô fils de famille, possédera cette exposition de la loi, ou qui la récitera, ou qui l’enseignera, ou qui l’écrira, que ce soit un fils ou une fille de famille, obtiendra les huit cents perfections de la vue, les douze cents perfections de l’ouïe, les huit cents perfections de l’odorat, les douze cents perfections du goût, les huit cents perfections du corps, les douze cents perfections de l’intellect. Par ces nombreuses centaines de perfections, la réunion de ses sens deviendra pure, parfaitement pure. A l’aide de l’organe physique de la vue ainsi perfectionné, de cet œil de la chair qu’il doit à son père et à sa mère, il verra dans son entier ce grand millier de trois mille mondes, avec son intérieur et son extérieur, avec ses montagnes, avec ses forêts épaisses, avec ses ermitages, atteignant en bas de son regard jusqu’au grand Enfer Avîtchi, et en haut jusqu’aux lieux où commence l’existence. Il verra tout cela avec l’œil physique de la chair, et les êtres qui sont nés dans ce monde, il les verra tous. Il connaîtra quel doit être le fruit de leurs œuvres. Ensuite Bhagavat prononça, dans cette occasion, les stances suivantes :

1. Apprends de ma bouche quelles seront les qualités de l’homme qui, plein d’intrépidité, exposera ce Sûtra au milieu de l’assemblée et qui l’expliquera sans se laisser aller à la paresse.

2. Il aura d’abord les huit cents perfections de la vue, perfections qui rendront son œil parfait et pur de toute tache et de toute obscurité.

3. Avec cet œil de la chair qu’il doit à son père et à sa mère, il verra la totalité de cet univers, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

4. Il verra tous les Mêrus et les Sumêrus, les monts Tchakravâlas et les autres montagnes célèbres ; il verra de même les océans.

5. Ce héros embrassera de son regard tout ce qui se trouve en bas jusqu’à l’[Enfer] Avîtchi, en haut jusqu’aux lieux où commence l’existence ; tel sera chez lui l’œil de la chair.

6. Il ne possédera pas cependant encore la vue divine, et il n’aura pas encore la science, le champ que je viens de décrire sera celui de sa vue mortelle.

Encore autre chose, ô Satatasamitâbhiyukta. Le fils ou la fille de famille expliquant cette exposition de la loi, la faisant entendre à d’autres y se met en possession des douze cents perfections de l’ouïe. Tous les sons divers qui se produisent dans ce grand millier de trois mille mondes, jusqu’au grand Enfer Avîtchi et jusqu’aux lieux où commence l’existence, en dedans comme en dehors de l’univers : par exemple les bruits que font entendre le serpent, le cheval, le chameau, la vache, la chèvre, les chars ; ceux que produisent les lamentations et la douleur ; les bruits effrayants ; les sons de la conque, de la cloche, du tambourin, du grand tambour ; la voix du plaisir, celle des chants et de la danse ; le cri du chameau et du tigre ; la voix de la femme, de l’homme, des enfants des deux sexes ; les sons de la loi, de l’injustice, du bonheur, du malheur ; les voix des ignorants et des Aryas ; les bruits agréables et désagréables ; ceux que font entendre les Dêvas, les Nâgas, les Yakchas, les Gandharvas, les Asuras, les Garudas et les Kinnaras, les Mahôragas, les hommes, les êtres qui n’appartiennent pas à l’espèce humaine, le feu, le vent, l’eau, les villages, les villes, les Religieux, les Çrâvakas, les Pratyêkabuddhas, les Bôdhisattvas, les Tathâgatas ; autant il y a de bruits qui se produisent dans ce grand millier de trois mille mondes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, autant il en entend avec cet organe de l’ouïe physique, ainsi perfectionné ; et cependant il ne possède pas pour cela l’ouïe divine. Il perçoit les voix de chacun des êtres, il les discerne, il les distingue ; et son oreille, qui entend les voix de tous ces êtres avec cet organe naturel de l’ouïe, n’est pas pour cela troublée par tous ces sons. C’est là, ô Satatasamitâbhiyukta, l’organe de l’ouïe dont ce Bôdhisattva Mahâsattva devient possesseur ; et cependant il ne jouit pas pour cela de l’ouïe divine. Voilà ce que dit Bhagavat ; ensuite Sugata le Précepteur ayant ainsi parlé, prononça encore les paroles suivantes :

7. L’organe de l’ouïe d’un tel homme devient pur, et tout naturel qu’il est, rien ne l’émousse ; à l’ aide de cet organe, il entend d’ici la totalité des voix diverses de cet univers.

8. Il entend la voix des éléphants, des chevaux, des bœufs, des chèvres, des moutons ; le bruit des chars, des timbales, des tambours au son agréable, des Vinâs, des flûtes et des luths.

9. Il entend les chants doux et qui vont au cœur, et plein de fermeté, il ne se laisse pas attirer à ce charme ; il entend les voix de plusieurs kôtis d’hommes ; il sait tout ce qu’ils disent, dans quelque lieu qu’ils le disent.

10. Il entend toujours les sons que produisent les Dêvas et les Nâgas ; il entend le bruit des chants doux et qui vont au cœur, la voix des hommes, celle des femmes, celle des enfants et celle des jeunes filles ;

11. Celle des êtres qui habitent les montagnes et les cavernes ; celle des Kalavigkas, des Kôkilas et des paons, celle des faisans et des autres oiseaux ; il entend les voix agréables de tous ces êtres.

12. Il entend les lamentations effrayantes qu’arrache la souffrance aux habitants des Enfers, et les cris que poussent les Prêtas tourmentés par les douleurs de la faim ;

13. Et les paroles diverses que s’adressent les Asuras qui habitent au milieu de l’océan ; tous ces sons, en un mot, cet interprète de la loi les entend de ce monde où il réside, et il n’en est pas ému.

14. Il entend les cris que poussent entre eux les êtres qui sont nés dans des matrices d’animaux ; ces voix diverses et nombreuses, il les perçoit du monde même où il se trouve.

15. Les discours que tiennent entre eux les Dêvas qui habitent le monde de Brahmâ, les Akanichthas et les Dêvas Abhâsvaras, sont complètement perçus par lui.

16. Il entend toujours la voix des Religieux qui, après être entrés ici dans la vie religieuse sous l’enseignement du Sugata, sont occupés à lire ; il entend aussi la loi qu’ils enseignent dans les assemblées ;

17. Et les voix diverses que font entendre les Bôdhisattvas qui, dans cet univers, sont occupés à lire entre eux, et le bruit des entretiens auxquels ils se livrent sur la loi.

18. Le Bôdhisattva qui possède ce Sûtra entend en même temps la loi excellente qu’expose dans les assemblées le bienheureux Buddha qui dompte l’homme comme un cocher [dompte ses chevaux].

19. Les bruits nombreux que font tous les êtres renfermés dans cet univers formé de trois mille mondes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de son enceinte, jusqu’à l’Enfer Avîtchi, et au-dessus, jusqu’aux lieux où commence l’existence ;

20. Les bruits de tous ces êtres, en un mot, sont perçus par lui, et cependant son oreille n’en est jamais offensée : grâce à la perfection de son organe, il sait reconnaître le lieu d’où naît chacune de ces voix.

21. Voilà quel est en lui l’organe naturel de l’ouïe, et cependant il n’a pas l’usage de l’ouïe divine ; son oreille est restée dans son état primitif, car ce sont là les qualités de l’homme intrépide qui possède ce Sûtra.

Encore autre chose, ô Satatasamitâbhiyukta. Le Bôdhisattva Mahâsattva qui possédera cette exposition de la loi, qui l’expliquera, qui la lira, qui l’écrira, obtiendra la perfection du sens de l’odorat, lequel deviendra pour lui doué de huit cents qualités. Avec cet organe de l’odorat ainsi perfectionné, il percevra les diverses odeurs qui se trouvent dans le grand millier de trois mille mondes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, comme les mauvaises odeurs, les odeurs agréables ou désagréables, celle des fleurs de diverses espèces, du Djâtika, de la Mallikâ, du Tchampaka, du Pâtala. Il sentira de même les divers parfums des fleurs aquatiques, telles que le lotus bleu, le lotus jaune, le lotus rouge, le lotus blanc, et le Nymphaea. Il sentira les divers parfums qu’exhalent les fleurs et les fruits produits par les arbres qui en portent, comme l’odeur agréable du Santal, du Tamâlapatra, du Tagara, et de l’Aguru. Les cent mille espèces de mélanges de diverses odeurs, il les percevra et les distinguera toutes sans sortir de la place qu’il occupe. Il sentira aussi les odeurs qu’exhalent les diverses espèces de créatures, telles que l’éléphant, le cheval, le bœuf, la chèvre, les bestiaux, ainsi que celles qui s’échappent du corps des différentes créatures qui sont entrées dans des matrices d’animaux ; celles des enfants des deux sexes, des femmes et des hommes ; celles des herbes, des buissons, des plantes médicinales, des arbres, rois des forêts, qui cependant sont éloignés. Il percevra ces odeurs réellement et telles qu’elles sont ; et il ne sera pas ravi par ces odeurs, il n’en sera pas enivré. Quoique restant dans ce monde, il sentira les odeurs [qui sont le partage] des Dêvas, par exemple, le parfum des fleurs divines du Pûridjâta, du Kôvidâra, du Mandârava, du Mandjûchaka et du Mahâmandjûchaka. Il respirera les parfums des poudres divines de Santal et d’Aguru, ainsi que celui des cent mille espèces de mélanges de fleurs divines de tout genre, et il en connaîtra les noms. Il sentira le parfum qui s’exhale du corps d’un fils des Dêvas, par exemple, de Çakra, l’Indra des Dêvas, et il le reconnaîtra, soit que, dans son palais de Vâidjayanta, il se livre au plaisir, il s’amuse, il se divertisse, soit que, dans la salle d’assemblée des Dêvas, nommée Sudharmâ, il enseigne la loi aux dieux Trayastrimças, soit qu’il se retire dans son jardin de plaisance pour y chercher le plaisir. Il saura distinguer l’odeur qui s’échappe du corps des autres Dêvas en particulier, de même que celle des filles, des femmes et des enfants des Dêvas ; et il ne sera pas ravi par ces odeurs, il n’en sera pas enivré. C’est de cette manière qu’il percevra les odeurs que répand le corps des êtres nés jusqu’aux limites où commence l’existence. Il respirera aussi le parfum qu’exhale le corps des fils des Dêvas Brahmakâyikas et des Mahâbrahmâs. C’est de cette manière qu’il percevra l’odeur qu’exhalent toutes les troupes des Dêvas, ainsi que celles des Çrâvakas, des Pratyêkabuddhas, des Bôdhisattvas et des Tathâgatas. Il percevra l’odeur des sièges des Tathâgatas, et, dans quelque lieu que se trouvent ces Tathâgatas vénérables, il les reconnaîtra ; et l’organe de l’odorat ne sera pas pour cela blessé ni offensé chez lui de ces diverses odeurs. Lorsqu’il sera interrogé, il expliquera aux autres chacune de ces odeurs, et sa mémoire ne souffrira aucune diminution. Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

22. L’organe de l’odorat est chez lui très pur, et il perçoit les nombreuses et diverses odeurs, agréables ou désagréables, qui existent dans cet univers ;

23. Les odeurs des fleurs et des fruits divers, telles que celles du Djâtîya, de la Mallikâ, du Tamâlapatra, du Santal, du Tagara et de l’Aguru.

24. Il connaît de même les odeurs que répandent les êtres, quelque éloignés qu’ils soient, les hommes, les femmes, les jeunes gens et les jeunes filles, c’est par l’odeur qu’ils exhalent qu’il sait le lieu où ils se trouvent.

25. C’est à l’odeur qu’il reconnaît les rois Tchakravartins, Balatchakravartins et Mandalins, ainsi que leurs fils, leurs conseillers et tout ce qui se trouve dans leurs gynécées.

26. Ce Bôdhisattva connaît par l’odorat les diverses espèces de joyaux précieux qui sont cachés dans les retraites les plus secrètes de la terre et qui sont destinés à parer les femmes.

27. Et les ornements de diverses espèces dont le corps des femmes est couvert, vêtements, guirlandes et substances onctueuses, ce Bôdhisattva reconnaît tout cela à l’odeur.

28. Il connaît, par l’énergie de son odorat, ceux qui sont debout, assis, couchés, et ceux qui se livrent au plaisir ; il connaît la force des facultés surnaturelles, le sage plein de fermeté qui possède ce Sûtra si puissant.

29. Dans le lieu où il se trouve, il perçoit et sent à la fois les parfums des huiles odoriférantes, ceux des fleurs et des fruits, les rapportant chacun à la source qui les produit.

30. Les nombreux arbres de Santal tout en fleurs, qui se trouvent dans les fentes des montagnes, ainsi que les êtres qui habitent dans les cavernes, ce sage les connaît tous par les parfums qu’ils exhalent.

31. Les êtres qui se trouvent sur les flancs des monts Tchakravâlas, ceux qui résident au milieu de l’océan, ceux qui vivent dans les entrailles de la terre, ce sage les reconnaît tous à l’odeur.

32. Il connaît les Suras, les Asuras, les filles des Asuras ; il connaît leurs jeux et leurs plaisirs, tant est grande la force de son odorat.

33. Les animaux qui vivent dans les forêts, lions, tigres, éléphants, serpents, buffles, bœufs, Gayals, lui sont tous connus ; son odorat lui révèle leur retraite.

34. Il reconnaît à l’odeur, en quelque lieu que ce soit, si c’est un fils ou une fille que portent dans leurs flancs les femmes enceintes dont le corps est épuisé de fatigue.

35. Il reconnaît les êtres dans le sein de leur mère ; il les reconnaît quand ils sont dans les conditions de la destruction. Cette femme, [dit-il,] débarrassée de ses souffrances, mettra au monde un fils vertueux.

36. Il devine les diverses intentions des hommes, et il les devine à l’odorat ; c’est à l’odeur qu’il reconnaît s’ils sont passionnés, méchants, dissimulés ou amis de la quiétude.

37. Ce Bôdhisattva reconnaît à l’odeur les trésors cachés sous la terre, les objets précieux, l’or, les Suvarnas, l’argent, les coffres de fer et les monnaies qu’ils renferment ;

38. Les colliers, les guirlandes, les pierreries, les perles et les divers joyaux de prix : lui sont tous connus par leur odeur, ainsi que toutes les choses dont le nom est précieux et la forme brillante.

39. Ce héros, de ce monde où il réside, sent les fleurs de Mandâravas de Mandjûchaka, et celles dont se couvrent les Pâridjâtas qui croissent chez les Dêvas, au-dessus de nos têtes.

40. De ce monde, il connaît par la force de l’odorat quels sont et à qui appartiennent les chars divins, ceux qui sont grands, moyens ou petits ; il connaît leurs formes variées, et sait où chacun d’eux se trouve.

41. Il connaît de même la place du jardin [des Dêvas], la salle de Sudharmâ et la ville de Vâidjayanta, et le meilleur des palais, et les fils des Dêvas qui s’y livrent au plaisir.

42. De ce monde où il est, il perçoit l’odeur de tout cela ; il connaît, par ce moyen, les fils des Dêvas, et sait quelles actions exécute chacun d’eux, en quel lieu il les exécute, qu’il soit debout, qu’il marche ou qu’il écoute.

43. Ce Bôdhisattva reconnaît par l’odorat les filles des Dêvas qui sont couvertes de fleurs, parées de leurs guirlandes et embellies de leurs ornements ; il sait où elles vont et où elles se livrent au plaisir.

44. Avec ce sens, il voit au-dessus de lui, jusqu’aux lieux où commence l’existence, les Dêvas Brahmâs et Mahâbrahmâs qui montent des chars divins ; il les voit absorbés dans la contemplation et au moment où ils en sortent.

45. Il connaît les fils des Dêvas Abhâsvaras, et quand ils quittent leur condition, et quand ils naissent, tant est puissant l’organe de l’odorat chez le Bôdhisattva qui possède ce Sûtra.

46. Ce Bôdhisattva reconnaît également tous les Religieux quels qu’ils soient, qui, sous l’enseignement du Sugata, toujours appliqués quand ils sont debout ou qu’ils se promènent, sont passionnés pour l’enseignement et pour la lecture.

47. Les fils du Djina qui sont des Çrâvakas, ceux qui vivent sans cesse auprès des troncs des arbres, il les connaît tous avec son odorat, et il peut dire : "Voilà un Religieux qui est dans tel endroit."

48. Les Bôdhisattvas pleins de mémoire et livrés à la contemplation, qui, toujours passionnés pour la lecture et pour l’enseignement, expliquent la loi dans les assemblées, ce Bôdhisattva les connaît par l’odorat.

49. En quelque lieu de l’espace que le Sugata, le grand Solitaire, plein de bonté et de compassion, explique la loi, ce Bôdhisattva reconnaît par l’odorat le Chef du monde au milieu de l’assemblée des Çrâvakas dont il est honoré.

50. Et les êtres qui écoutent la loi de la bouche de ce Buddha, et qui, après l’avoir entendue, en ont l’esprit satisfait, ce Bôdhisattva, du monde où il se trouve, les connaît, ainsi que l’assemblée tout entière du Djina.

51. Telle est la force de son odorat ; et cependant ce n’est pas l’odorat des Dêvas qu’il possède ; mais la sûreté de son organe l’emporte sur celui des Dêvas, quelque parfait que soit ce dernier.

Encore autre chose, ô Satatasamitâbhiyukta. Le fils ou la fille de famille qui possède cette exposition de la loi, qui l’enseigne, qui l’explique, qui l’écrit, obtiendra la perfection de l’organe du goût, lequel deviendra pour lui doué des douze cents qualités du goût. Les saveurs quelconques qu’avec un organe du goût ainsi perfectionné, il goûtera, il percevra, celles qu’il déposera sur sa langue seront toutes, il faut aussi le savoir, des saveurs divines, d’excellentes saveurs ; et il emploiera son organe de telle sorte, qu’il ne percevra aucune saveur désagréable ; et les saveurs désagréables elles-mêmes qui viendront se déposer sur sa langue, seront appelées des saveurs divines ; et la loi qu’il prononcera, quand il sera au milieu de l’assemblée, les créatures en ressentiront de la joie dans leurs organes ; elles en seront satisfaites, contentes, pleines de plaisir. Il fera entendre une voix douce, belle, agréable, profonde, allant au cœur, aimable, dont les êtres seront contents et auront le cœur ravi ; et les êtres auxquels il enseignera la loi, après avoir entendu ses accents doux, beaux, agréables, penseront, fussent-ils même des Dêvas, qu’ils doivent aller le trouver, pour le voir, pour le vénérer, pour le servir, pour entendre la loi de sa bouche. Les filles des Dêvas elles-mêmes, les fils des Dêvas, Çakra, Brahmâ, les fils des Dêvas Brahmakâyikas, penseront qu’ils doivent aller le trouver pour le voir, pour le vénérer, pour le servir et pour entendre la loi de sa bouche. Les Nâgas et les filles des Nâgas elles-mêmes penseront de même, ainsi que les Asuras et leurs filles, les Garudas et leurs filles, les Kinnaras et leurs filles, les Mahôragas et leurs filles, les Yakchas et leurs filles, les Piçâtchas et leurs filles ; et tous l’honoreront, le vénéreront, le respecteront, l’adoreront. Les Religieux et les fidèles des deux sexes éprouveront aussi le désir de le voir ; les rois, les fils des rois, leurs conseillers, leurs grands ministres éprouveront le même désir. Les rois Balatchakravartins eux-mêmes, possesseurs des sept choses précieuses, accompagnés de leurs héritiers présomptifs, de leurs ministres et des femmes de leurs appartements intérieurs, viendront pour le voir, désireux de l’honorer, tant sera doux le langage dans lequel cet interprète de la loi exposera la loi, d’une manière fidèle et comme elle a été prêchée par le Tathâgata. D’autres, comme les Brahmanes, les maîtres de maison, les habitants des provinces et des villages s’attacheront à la suite de cet interprète de la loi, jusqu’à la fin de leur vie. Les Çrâvakas du Tathâgata eux-mêmes viendront pour le voir, ainsi que les Pratyêkabuddhas et les Buddhas bienheureux. Et dans quelque point de l’espace que se trouve ce fils ou cette fille de famille, dans ce lieu il enseignera la loi en présence du Tathâgata, et il sera le vase capable de recevoir les lois des Buddhas. Tels et aussi agréables seront les accents profonds de la loi qu’il fera entendre. Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

52. L’organe du goût est excellent chez lui, et jamais il ne perçoit une saveur désagréable ; les saveurs n’ont qu’à être mises en contact avec sa langue pour devenir divines et douées d’un goût surnaturel.

53. Il fait entendre une voix douce, belle, agréable, qu’on désire et qu’on veut écouter ; il parle toujours au milieu de l’assemblée avec une voix profonde et ravissante.

54. Et celui qui écoute la loi pendant que ce sage l’expose, au moyen de plusieurs myriades de kôtis d’exemples, en conçoit une joie extrême et lui rend un culte incomparable.

55. Les Dêvas, les Nâgas, les Asuras et les Guhyakas désirent le voir sans cesse ; ils entendent avec respect la loi de sa bouche : ce sont là, en effet, les qualités qui le distinguent.

56. Il peut, s’il le désire, instruire de sa voix la totalité de cet univers ; sa voix a un accent doux, caressant, profond, beau et agréable.

57. Les rois Tchakravartins, maîtres de la terre, désireux de l’honorer, se rendent auprès de lui, accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants ; et tenant les mains réunies en signe de respect, ils entendent sans cesse la loi de sa bouche.

58. Il est toujours suivi par des Yakchas, par des troupes de Nâgas, de Gandharvas, de Piçâtchas mâles et femelles, dont il est respecté, honoré et adoré.

59. Brahmâ lui-même obéit à sa volonté, ainsi que les fils des Dêvas, Mahêç vara et Îçvara, ainsi que Çakra et les autres Dêvas ; de nombreuses filles des Dêvas se rendent auprès de lui.

60. Et les Buddhas qui sont bons et compatissants pour le monde, entendant avec leurs Çrâvakas le son de sa voix, veillent sur lui pour lui montrer leur visage et sont satisfaits de l’entendre exposer la loi.

Encore autre chose, ô Satatasamitâbhiyukta. Le Bôdhisattva Mahâsattva qui possède cette exposition de la loi, qui la récite, qui l’explique, qui l’enseigne, qui l’écrit, obtiendra les huit cents perfections du corps. Son corps deviendra pur et doué de la couleur et de l’éclat parfait du lapis-lazuli. Il sera pour les créatures un objet agréable à voir. Sur ce corps ainsi purifié, il verra tous les êtres que renferme le grand millier de trois mille mondes. Les êtres qui meurent et ceux qui naissent dans le grand millier de trois mille mondes, les êtres inférieurs ou parfaits, ayant une couleur belle ou laide, suivant la bonne ou la mauvaise loi, ceux qui habitent les rois des montagnes, les Tchakravâlas, les Mêrus et les Sumêrus, ceux qui résident au-dessous de la terre, depuis l’Enfer Avîtchi, et au-dessus, jusqu’aux limites où commence l’existence, il les verra sur son propre corps. Les Çrâvakas, les Pratyêkabuddhas, les Bôdhisattvas et les Tathâgatas, quels qu’ils soient, qui habiteront dans ce grand millier de trois mille mondes, ainsi que la loi que ces Tathâgatas enseigneront, et les êtres qui serviront chaque Tathâgata, il les verra tous sur son propre corps, parce qu’il aura reçu [l’image de] la forme de chacun d’eux. Pourquoi cela ? C’est à cause de la pureté que possède son corps.

Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

61. Son corps devient parfaitement pur, pur comme s’il était de lapis-lazuli ; celui qui possède ce noble Sûtra est constamment un objet agréable aux yeux des créatures.

62. Il voit le monde sur son propre corps, comme on voit l’image réfléchie sur la surface d’un miroir, existant par lui-même, il ne voit pas d’autres êtres [hors de lui], car telle est la parfaite pureté de son corps.

63. Les créatures qui existent dans l’univers, hommes, Dêvas, Asuras et Guhyakas, les êtres nés dans les Enfers, parmi les Prêtas et dans des matrices d’animaux, viennent chacun se réfléchir sur son propre corps.

64. Il voit complètement sur son corps les chars divins des Dêvas, jusqu’aux lieux où commence l’existence, les montagnes et les monts Tchakravâlas, l’Himavat, le Sumêru et le grand Sumêru.

65. Il voit également sur sa personne les Buddhas avec leurs Çrâvakas et les autres fils des Buddhas ; il voit les Bôdhisattvas qui vivent solitaires et ceux qui, réunis en troupes, enseignent la loi.

66. La pureté de son corps est telle, qu’il y voit la totalité de cet univers ; et cependant il n’est pas en possession de l’état de Dêva ; c’est son corps naturel qui est ainsi doué.

Encore autre chose, ô Satatasamitâbhiyukta. Le Bôdhisattva Mahâsattva qui, depuis l’entrée du Tathâgata dans le Nirvana complet, possédera cette exposition de la loi, qui l’enseignera, l’expliquera, l’écrira, la récitera, ce Bôdhisattva, dis-je, obtiendra la perfection de l’organe de l’intellect, lequel sera doué des douze cents qualités de la compréhension. Avec cet organe de l’intellect ainsi perfectionné, s’il vient à entendre ne fût-ce qu’une stance unique, il en connaîtra les sens nombreux. Après les avoir complètement pénétrés, il en fera pour un mois l’objet de l’enseignement qu’il donnera de la loi ; il pourra même les expliquer pendant quatre mois, pendant une année. La loi qu’il prêchera ne tombera jamais en oubli dans son esprit. Les maximes du monde relatives aux circonstances de la vie mondaine, soit dictons, soit axiomes, seront par lui conciliées avec les règles de la loi. Tous les êtres qui, étant entrés par les six voies de l’existence dans le grand millier de trois mille mondes, y sont soumis aux lois de la transmigration, il connaîtra l’action et les mouvements de leur intelligence à eux tous ; il connaîtra, il distinguera leurs mouvements, leurs pensées et leurs actions. Quoique n’ayant pas encore atteint à la science des Aryas, l’organe de l’intellect sera doué chez lui d’une perfection aussi accomplie. Quand, après avoir médité sur les diverses expositions de la loi, il l’enseignera, tout ce qu’il enseignera sera conforme à la vérité. Il exposera tout ce qui aura été dit par le Tathâgata ; il prêchera tout ce qui aura été expliqué dans l’exposition des Sûtras par les anciens Djinas. Ensuite Bhagavat prononça, dans cette occasion, les stances suivantes :

67. L’organe de l’intellect est chez lui parfaitement pur, clair, lumineux et exempt de tout ce qui pourrait le troubler ; au moyen de cet organe, il connaît les diverses lois, les inférieures, les supérieures et les intermédiaires.

68. Ce sage, plein de fermeté, entendant une stance unique, sait y voir un grand nombre de sens, et il peut, pendant un mois, quatre mois, ou même une année, en expliquer la valeur véritable et parfaitement liée.

69. Et les êtres qui habitent ici-bas cet univers, soit dans l’intérieur, soit à l’extérieur de son enceinte, Dêvas, hommes, Asuras, Guhyakas, Nâgas et créatures renfermées dans des matrices d’animaux,

70. Les êtres qui habitent ici dans les six voies de l’existence, ce sage connaît dans le même moment toutes les pensées qui s’élèvent dans leurs esprits ; car c’est là l’avantage attaché à la possession de ce Sûtra.

71. Il entend aussi la voix pure du Buddha, décoré des cent signes de vertu, qui explique la loi dans toute l’étendue de l’univers, et il saisit ce que dit le Buddha.

72. Il se livre à de nombreuses réflexions sur la loi excellente, et il parle abondamment et sans relâche ; jamais, cependant, il n’éprouve d’hésitation ; car c’est là l’avantage attaché à la possession de ce Sûtra.

73. Il connaît les concordances et les combinaisons, et ne voit entre toutes les lois aucune différence ; il en sait le sens et les explications, et il les expose comme il les sait.

74. Le Sûtra qui a été pendant longtemps exposé ici-bas par les anciens Maîtres du monde, c’est là la loi qu’il ne cesse d’exposer, sans éprouver jamais de crainte, au milieu de l’assemblée.

75. Tel est l’organe de l’intelligence de celui qui possède ce Sûtra et qui l’expose ; et cependant ce n’est pas la science du détachement qu’il a obtenue ; mais celle qu’il possède est supérieure.

76. En effet, il est placé sur le terrain des Maîtres, il peut exposer la loi à la totalité des créatures et il dispose habilement de myriades d’explications, celui qui possède ce Sûtra du Sugata.

CHAPITRE XIX.
LE RELIGIEUX SADÂPARIBHÛTA.

Ensuite Bhagavat s’adressa ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Mahâsthâmaprâpta : Voici de quelle manière, ô Mahâsthâmaprâpta, il faut savoir que si l’on méprise une exposition de la loi pareille à celle que je fais, si l’on insulte les Religieux ou les fidèles des deux sexes qui possèdent un Sûtra de cette espèce, et si on les interpelle avec des paroles d’injure et de mensonge, le résultat futur de cette action sera malheureux, et à un tel point, que la parole ne peut l’exprimer. Ceux qui posséderont un Sûtra de cette espèce, qui le réciteront, qui l’enseigneront, qui le comprendront et qui l’exposeront à d’autres avec étendue, ceux-là obtiendront un résultat heureux de cette action, tel que celui dont j’ai parlé plus haut, c’est-à-dire qu’ils acquerront les perfections de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, du goût, du corps et de l’intellect, que j’ai décrites tout à l’heure. Jadis, ô Mahâsthâmaprâpta, dans un temps passé, bien avant des Kalpas plus innombrables que ce qui est sans nombre, immenses, incommensurables, inconcevables, sans comparaison comme sans mesure, avant cette époque, dis-je, et bien avant encore, apparut au monde le Tathâgata, vénérable, nommé Bhîchmagardjita-ghôchasvararâdja, doué de science et de conduite, dans le Kalpa Vinirbhôga, dans l’univers Mahâsambhava. Ce Tathâgata, vénérable, ô Mahâsthâmaprâpta, dans cet univers Mahâsambhava, enseigna la loi en présence du monde formé de la réunion de tous les hommes et de tous les Asuras. C’est ainsi que pour faire franchir aux Çrâvakas la naissance, il enseignait la loi dont le but est la science de celui qui sait tout. La durée de la vie de ce bienheureux Tathâgata Bhîchma…râdja, vénérable, fut d’autant de centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas qu’il y a de grains de sable dans quarante Ganges. Après qu’il fut entré dans le Nirvâna complet, sa bonne loi subsista autant de centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas qu’il y a d’atomes dans le Djambudvîpa ; et l’image de cette bonne loi dura autant de centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas, qu’il y a d’atomes dans un monde formé de quatre îles. Quand dans cet univers Mahâsambhava, ô Mahâsthâmaprâpta, l’image de la bonne loi du bienheureux Tathâgata Bhîchma…râdja, vénérable, eut disparu, un autre Tathâgata, nommé aussi Bhîchma…râdja, vénérable, apparut dans le monde, doué de science et de conduite. De cette manière parurent successivement, l’un après l’autre, dans cet univers Mahâsambhava, vingt fois cent mille myriades de kôtis de Tathâgatas, nommés Bhîchma…râdja, vénérables. Dans le temps qui suivit l’entrée du Bienheureux dans le Nirvâna complet, quand commençait à disparaître l’image de la bonne loi de celui de ces Tathâgatas, qui, dans ce nombre, ô Mahâsthâmaprâpta ; fut le premier du nom de Bhîchma…râdja, vénérable, doué de science et de conduite ; dans le temps que cette loi était opprimée par des Religieux remplis d’orgueil, il y eut un Religieux nommé le Bôdhisattva Mahâsattva Sadâparibhûta. Pour quelle raison, ô Mahâsthâmaprâpta, ce Bôdhisattva Mahâsattva était-il ainsi appelé Sadâparibhûta ? C’est, ô Mahâsthâmaprâpta, qu’à chaque Religieux ou fidèle de l’un ou de l’autre sexe, que voyait ce Bôdhisattva Mahâsattva, il lui disait en l’abordant : Je ne vous méprise pas, ô vénérables personnages ! Vous êtes de ceux qu’on ne méprise pas. Pourquoi cela ? C’est que tous vous pratiquez les devoirs imposés aux Bôdhisattvas. Vous serez tous des Tathâgatas, vénérables. C’est de cette manière, ô Mahâsthâmaprâpta, que ce Bôdhisattva Mahâsattva, devenu Religieux, ne se livre pas à l’enseignement, ne fait pas la lecture ; mais chacun de ceux qu’il voit, d’aussi loin qu’il les aperçoit, il leur fait entendre ces paroles, que ce soient des Religieux ou des fidèles de l’un ou de l’autre sexe, il les aborde en leur disant : Je ne vous méprise pas, mes sœurs, vous êtes de celles qu’on ne méprise pas. Pourquoi cela ? C’est que vous avez pratiqué autrefois les devoirs imposés aux Bôdhisattvas. Aussi deviendrez-vous des Tathâgatas, vénérables, etc. Voilà, ô Mahâsthâmaprâpta, ce qu’en ce temps-là ce Bôdhisattva faisait entendre à chacun des Religieux et des fidèles de l’un et de l’autre sexe. Mais tous s’en indignaient excessivement contre lui, tous lui en voulaient du mal, lui témoignaient de la malveillance, et l’injuriaient. "Pourquoi ce Religieux nous dit-il, sans que nous l’interrogions, qu’il n’a pas la pensée de nous mépriser ? Il nous traite avec mépris cependant, puisqu’il nous prédit que nous parviendrons à l’état suprême, de Buddha parfaitement accompli, état auquel nous ne pensons pas et que nous ne désirons pas. Ce Bôdhisattva, ô Mahâsthâmaprâpta, passa ainsi un grand nombre d’années exposé aux injures et aux outrages.

Et cependant il ne s’indignait contre personne, il n’en concevait aucune pensée de malveillance ; et ceux qui, quand il leur parlait ainsi, lui jetaient des mottes de terre, ou le frappaient à coups de bâton, il leur criait de loin en élevant la voix : Je ne vous méprise pas. Ces Religieux et ces fidèles des deux sexes, qui étaient remplis d’orgueil, l’entendant répéter sans cesse, Je ne vous méprise pas, finirent par lui donner le nom de Sadâparibhûta (celui qui est toujours méprisé). Or ce Bôdhisattva Mahâsattva Sadâparibhûta, quand la fin de son temps approcha, quand vint l’instant de sa mort, entendit cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. Cette exposition de la loi était faite par le bienheureux Tathâgata Bhîchma…râdja, vénérable, etc., en vingt fois vingt centaines de mille de myriades de kôtis de stances. Le Bôdhisattva Mahâsattva Sadâparibhûta, quand approcha l’instant de sa mort, en entendit le son sortir du haut du ciel. Ayant entendu cette voix qui partait du ciel, sans qu’il parût personne qui la prononçât, il saisit cette exposition de la loi et acquit chacune des perfections dont j’ai parlé, celles de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, du goût, du corps et de l’intellect. A peine les eut-il acquises, que recevant comme bénédiction la conservation de la vie pendant vingt autres centaines de mille de myriades de kôtis d’années, il se mit à expliquer cette exposition du Lotus de la bonne loi. Et tous ces êtres pleins d’orgueil, Religieux ou fidèles des deux sexes, auxquels il disait autrefois : Je ne vous méprise pas, et qui lui avaient donné le nom de Sadâparibhûta, ces êtres, après avoir vu la grandeur de la force de ses facultés surnaturelles, celle de ses vœux, celle de sa puissance, celle de sa sagesse, se réunirent tous sous sa conduite pour entendre la loi. Tous ces êtres, et beaucoup d’autres centaines de mille de myriades de kôtis de créatures, furent conduits à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Ensuite, ô Mahâsthâmaprâpta, ce Bôdhisattva Mahâsattva, étant sorti de ce monde, combla de joie [dans d’autres existences] vingt centaines de kôtis de Tathâgatas, portant tous le nom de Tchandraprabhâsvararâdja, vénérables, et parvenus à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, et il expliqua sous tous ces Buddhas cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. Par l’effet de cet ancien principe de vertu, il revint encore dans la suite combler de joie un nombre égal de Tathâgatas, portant tous le nom de Dundubhisvararâdja, vénérables, et parvenus à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; et il expliqua sous l’enseignement de tous ces Buddhas, en présence des quatre assemblées, cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. Par l’effet de cet ancien principe de vertu, il revint encore dans la suite combler de joie un nombre égal de Tathâgatas, portant tous le nom de Mêghasvararâdja, vénérables, et parvenus à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; et il expliqua sous l’enseignement de tous ces Buddhas, en présence des quatre assemblées, cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi ; et il fut, sous chacun d’eux, doué des perfections de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, du goût, du corps et de l’intellect, dont j’ai déjà parlé. Ce Bôdhisattva Mahâsattva Sadâparibhûta, après avoir respecté, honoré, vénéré, adoré autant de centaines de mille de myriades de kôtis de Tathâgatas, après leur avoir rendu des hommages et un culte, et après avoir suivi la même conduite à l’égard d’un grand nombre d’autres centaines de mille de myriades de kôtis de Buddhas, après avoir, sous l’enseignement de tous ces Buddhas, expliqué cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, ce Bôdhisattva, dis-je, par l’effet de cet ancien principe de vertu qui était parvenu à ses conséquences complètes, obtint l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Pourrait-il, après cela, ô Mahâsthâmaprâpta, te rester quelque incertitude, quelque perplexité, quelque doute ? Il ne faut pas s’imaginer que dans ce temps-là et à cette époque, ce fût un autre [que moi] qui était le Bôdhisattva Mahâsattva Sadâparibhûta, lequel sous l’enseignement de ce bienheureux Tathâgata Bhîchmagardjita-ghôchasvararâdja, vénérable, complètement et parfaitement Buddha, fut injurié par les quatre assemblées, et par qui fut comblé de joie un aussi grand nombre de Tathâgatas.

Pourquoi cela ? C’est que, ô Mahâsthâmaprâpta, c’est moi qui dans ce temps-là, et à cette époque, étais le Bôdhisattva Mahâsattva Sadâparibhûta. Si je n’eusse pas anciennement saisi cette exposition de la loi, si je ne l’eusse pas comprise, je n’aurais pas atteint si rapidement à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. C’est, ô Mahâsthâmaprâpta, parce que j’ai, grâce à l’enseignement des anciens Tathâgatas, vénérables, possédé, récité, enseigné cette exposition de la loi, que j’ai atteint si rapidement à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Et les centaines de Religieux et de fidèles des deux sexes auxquels, sous l’empire du bienheureux Buddha, le Bôdhisattva Mahâsattva Sadâparibhûta fit entendre l’exposition de la loi en leur disant : Je ne vous méprise pas, vous tous vous accomplissez les devoirs imposés aux Bôdhisattvas, vous deviendrez tous des Tathâgatas vénérables, ces Religieux, dis-je, qui avaient conçu contre le Bôdhisattva des pensées de malveillance, ne virent jamais de Tathâgata, pendant vingt fois cent mille myriades de kôtis de Kalpas ; et ils n’entendirent prononcer ni le nom de Loi ni celui d’Assemblée ; et, pendant dix mille Kalpas, ils souffrirent des douleurs terribles dans le grand Enfer Avîtchi. Délivrés ensuite des ténèbres dont les avait enveloppés cette action [coupable], ils furent tous mûris par le Bôdhisattva Mahâsattva Sadâparibhûta pour l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Pourrait-il après cela, ô Mahâsthâmaprâpta, te rester, à l’égard de ces Religieux, quelque incertitude, quelque perplexité ou quelque doute ? Quels étaient, en ce temps-là et à cette époque, les êtres qui insultaient ce Bôdhisattva ? C’étaient, ô Mahâsthâmaprâpta, les cinq cents Bôdhisattvas de cette assemblée même qui ont pour chef Bhadrapâla, les cinq cents Religieuses qui suivent Simhatchandrâ, les cinq cents femmes que préside Sugatatchêtanâ : tous ont été rendus incapables de se détourner de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Telle est, ô Mahâsthâmaprâpta, la grande importance de l’accumulation des mérites qui résultent de l’action de posséder et de celle d’enseigner cette exposition de la loi, que, pour les Bôdhisattvas Mahâsattvas, elle aboutit à leur faire obtenir l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. C’est pourquoi, ô Mahâsthâmaprâpta, quand une fois le Tathâgata est entré dans le Nirvâna complet, cette exposition de la loi doit être constamment possédée et enseignée par les Bôdhisattvas Mahâsattvas. Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

1. Je me rappelle le temps passé, alors que Bhîchmasvararâdja était Djina, et que, doué d’une grande puissance, adoré par les hommes et par les Dêvas, il était le Guide des hommes, des Maruts et des Râkchasas. 2. Vers la fin du temps où la bonne loi de ce Djina qui était entré dans le Nirvâna complet, avait commencé à dépérir, il y eut un Bôdhisattva nommé Sadâparibhûta, qui était Religieux.

3. Quand il s’approchait d’autres Religieux, de l’un ou de l’autre sexe, qui ne voyaient que les objets extérieurs : Vous n’êtes jamais méprisés par moi, [leur disait-il,] car vous pratiquez les devoirs qui conduisent à l’état suprême de Bôdhi.

4. Telles sont les paroles qu’il leur faisait entendre sans cesse ; mais on lui répondait par des reproches et par des injures. Et quand s’approcha le moment de sa fin, il lui arriva d’entendre ce Sûtra.

5. Ce sage, alors, au lieu de faire son temps, ayant reçu comme bénédiction une longue existence, expliqua pendant ce temps ce Sûtra, sous l’enseignement de ce Guide [des hommes].

6. Et tous ces Religieux, en grand nombre, qui ne voyaient que les objets extérieurs, furent mûris par ce Bôdhisattva pour l’état de Buddha, puis quand il fut sorti de ce monde, il combla de joie des milliers de kôtis de Buddhas.

7. Grâce aux bonnes œuvres qu’il avait ainsi successivement accomplies, après avoir constamment expliqué ce Sûtra, ce fils de Djina parvint à l’état de Bôdhi ; or ce Bôdhisattva, c’est moi, c’est Çâkyamuni lui-même.

8. Et ces Religieux qui ne voyaient que les objets extérieurs, ces Religieux, ainsi que tout ce qui se trouvait de fidèles de l’un et de l’autre sexe, qui avaient appris de ce sage ce qu’était l’état de Bôdhi,

9. Et qui ont vu depuis de nombreux kôtis de Buddhas, ce sont les Religieux, au nombre de cinq cents au moins, ce sont les Religieux, ainsi que les fidèles de l’un et de l’autre sexe, qui se trouvent ici en ma présence.

10. Tous ont appris de ma bouche la loi excellente ; tous ont été complètement mûris par moi ; et quand je serai entré dans le Nirvâna complet, tous ces sages posséderont cet éminent Sûtra.

11. Il s’est écoulé de nombreux kôtis de kalpas, de Kalpas que la pensée ne peut concevoir, sans que jamais une pareille loi ait été entendue ; des centaines de kôtis de Buddhas ont existé, et ils n’ont cependant pas expliqué ce Sûtra.

12. C’est pourquoi, après avoir entendu cette loi exposée par celui qui existe par lui-même, et après l’avoir possédée à plusieurs reprises, expose ce Sûtra quand je serai entré dans le Nirvâna complet.

CHAPITRE XX.
EFFET DE LA PUISSANCE SURNATURELLE DU TATHÂGATA.

Ensuite les centaines de mille de myriades de kôtis de Bôdhisattvas, en nombre égal à celui des atomes contenus dans mille univers, qui étaient sortis des ouvertures de la terre, réunissant tous leurs mains en signe de respect devant Bhagavat, lui parlèrent ainsi ; Nous expliquerons, ô Bhagavat, cette exposition de la loi, lorsque le Tathâgata sera entré dans le Nirvâna complet, nous l’expliquerons dans toutes les terres de Buddha habitées par Bhagavat, autant qu’il en existe, et autant de fois que Bhagavat entrera dans le Nirvana complet. Nous désirons posséder, réciter, enseigner, expliquer, écrire une exposition de la loi comme celle-là. Ensuite les nombreuses centaines de mille de myriades de kôtis de Bôdhisattvas ayant Mañdjuçrî pour chef, qui habitent dans cet univers Saha, les Religieux et les fidèles des deux sexes, les Dêvas, les Nâgas, les Yakchas, les Gandharvas, les Asuras, les Garudas, les Kinnaras, les Mahôragas, les hommes et les êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine, ainsi qu’une multitude de Bôdhisattvas aussi nombreux que les sables du Gange, parlèrent ainsi à Bhagavat : Et nous aussi, ô Bhagavat, nous expliquerons cette exposition de la loi, quand le Tathâgata sera entré dans le Nirvana complet. Du haut des airs où nous serons suspendus avec un corps invisible, nous ferons entendre notre voix, et nous ferons croître les racines de la vertu dans les êtres chez qui elles ne seront pas encore développées. Alors Bhagavat s’adressa ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Viçichtatchâritra, suivi d’une troupe, d’une grande troupe, précepteur d’une troupe, lequel se trouvait à la tête de ces premiers Bôdhisattvas Mahâsattvas suivis chacun d’une troupe : Bien, bien, ô Viçichtatchâritra, c’est comme cela que vous devez agir ; vous avez été mûris par le Tathâgata pour l’intelligence de cette exposition. Ensuite le bienheureux Çâkyamuni et le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna qui était entré dans le Nirvana complet, tous deux assis sur un trône au milieu du Stûpa, se mirent à sourire ensemble. Leur langue sortit de l’ouverture de leur bouche et atteignit jusqu’au monde de Brahmâ. Il s’en échappa en même temps plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de rayons. De chacun de ces rayons s’élancèrent plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Bôdhisattvas, dont le corps était de couleur d’or, qui étaient doués des trente-deux signes caractéristiques d’un grand homme, et qui se trouvaient assis sur un trône formé du centre d’un lotus. Et tous ces Bôdhisattvas, qui s’étaient rendus dans ces centaines de mille de myriades d’univers, situés aux points principaux et intermédiaires de l’espace, restèrent suspendus au milieu des airs dans les divers points de l’horizon et enseignèrent la loi. Tout de même que le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, opéra ce prodige, effet de sa puissance surnaturelle, au moyen de sa langue, de même aussi le Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, de même tous les Tathâgatas, vénérables, qui, venus de cent mille myriades de kôtis d’autres univers, étaient assis, chacun sur un trône au pied d’arbres de diamant, opérèrent ce même prodige, effet de leur puissance surnaturelle. Alors le bienheureux Çâkyamuni, le Tathâgata Prabhûtaratna et tous ces Tathâgatas, vénérables, opérèrent cet effet de leur puissance surnaturelle pendant cent mille années complètes. Ensuite, à la fin de ces cent mille années, ces Tathâgatas, vénérables, ayant ramené à eux leur langue, firent entendre dans le même temps, au même instant, dans le même moment, le bruit qu’on produit en chassant avec force la voix de la gorge, et celui qui s’entend quand on fait craquer ses doigts. Par ce grand bruit, les centaines de mille de myriades de terres de Buddha qui se trouvaient dans les dix points de l’espace, furent toutes ébranlées, remuées, agitées, secouées ; toutes tremblèrent et s’émurent ; et tous les êtres, quels qu’ils fussent, qui existaient dans ces terres de Buddha, Dêvas, Nâgas, Yakchas, Gandharvas, Asuras, Garudas, Kinnaras, Mahôragas, hommes et créatures n’appartenant pas à l’espèce humaine, tous du lieu où ils se trouvaient, virent, grâce à la puissance du Buddha, cet univers Saha.

Ils virent les centaines de mille de myriades de kôtis de Tathâgatas, assis chacun sur un trône auprès d’arbres de diamant, le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, assis sur un trône, et le Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, qui était entré dans le Nirvana complet, assis sur un trône, au milieu du grand Stûpa fait de substances précieuses, avec le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni ; enfin ils virent les quatre assemblées réunies. A cette vue, ils furent frappés de surprise, d’étonnement et de satisfaction. Et ils entendirent une voix venant du ciel qui disait : "Par delà des centaines de mille de myriades de kôtis d’univers, en nombre immense et infini, est un monde nommé Saha : là le Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, explique aux Bôdhisattvas Mahâsattvas le Sûtra nommé le Lotus de la bonne loi, ce Sûtra où est expliquée la loi. Témoignez avec un zèle ardent votre satisfaction de ce Sûtra, et rendez hommage au bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, et au bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable. Alors tous ces êtres, après avoir entendu cette voix qui venait du ciel, prononcèrent, de l’endroit où ils se trouvaient et tenant les mains jointes en signe de respect, les paroles suivantes : Adoration au bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, complètement et parfaitement Buddha ! Ensuite ils couvrirent la partie de l’espace qu’occupe l’univers Saha, de fleurs, d’encens, de parfums, de guirlandes, de substances onctueuses, de poudres odorantes, de vêtements, de parasols, de drapeaux, d’étendards, de bannières, ainsi que d’ornements, de parures, de vêtements, de colliers, de chapelets, de joyaux et de pierres précieuses de toute espèce, dans le but de rendre hommage au bienheureux Çâkyamuni et au Tathâgata Prabhûtaratna, ainsi qu’à cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. Ces fleurs, ces encens, ne furent pas plutôt répandues, qu’elles se dirigèrent du côté de l’univers Saha. Là ces masses de fleurs, formèrent un grand dais de fleurs suspendu au milieu des airs au-dessus des Tathâgatas qui étaient assis, tant dans l’univers Saha, que dans les cent mille myriades de kôtis d’autres univers réunis tous sous son ombre. Ensuite Bhagavat s’adressa ainsi aux Bôdhisattvas Mahâsattvas qui avaient pour chef Viçichtatchârin : Ils ont un pouvoir qui dépasse l’imagination, ô fils de famille, les Tathâgatas, vénérables, parfaitement et complètement Buddhas. Quand, dans le dessein de communiquer cette exposition de la loi, je passerais, ô fils de famille, plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas à exposer les nombreuses énumérations des avantages qu’elle possède, en me servant des diverses introductions à la loi, je ne pourrais atteindre le terme des mérites de cette exposition de la loi. Toutes les lois des Buddhas, leur supériorité, leurs mystères, leur état si profond, tout cela se trouve enseigné par moi en abrégé dans cette exposition de la loi. C’est pourquoi, ô fils de famille, quand le Tathâgata sera entré dans le Nirvana complet, il faudra, après l’avoir vénérée, la posséder, l’enseigner, la réciter, l’expliquer, l’honorer. Et dans quelque lieu de la terre, ô fils de famille, que cette exposition de la loi vienne à être récitée, expliquée, enseignée, écrite, méditée, prêchée, lue, réduite en un volume, que ce soit dans un ermitage, ou dans un Vihâra, ou dans une maison, ou dans un bois, ou auprès d’un arbre, ou dans une ville, ou dans un palais, ou dans un édifice, ou dans une caverne, il faudra, dans cet endroit même, dresser un monument à l’intention du Tathâgata. Pourquoi cela ? C’est que cet endroit doit être regardé comme [le lieu où] tous les Tathâgatas [ont acquis] l’essence même de l’état de Bôdhi ; c’est qu’il faut reconnaître qu’en cet endroit, tous les Tathâgatas, vénérables, sont parvenus à l’étai suprême de Buddha parfaitement accompli ; qu’en cet endroit, tous les Tathâgatas ont fait tourner la roue de la loi ; qu’en cet endroit, tous les Tathâgatas sont entrés dans le Nirvana complet. Ensuite Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

1. C’est une condition qui échappe à l’intelligence, une condition utile au monde, que celle des êtres établis dans la science des connaissances surnaturelles, qui, doués d’une vue infinie, manifestent ici-bas leur puissance magique pour réjouir toutes les créatures.

2. L’organe de la langue [de ces Buddhas] qui atteignit jusqu’au monde de Brahmâ, en lançant des milliers de rayons, fit voir un prodige, effet d’une puissance surnaturelle, lequel apparut pour ceux qui sont arrivés à l’état suprême de Bôdhi.

3. Les Buddhas chassèrent avec force la voix de leur gosier et firent entendre une fois le bruit que produit le craquement des doigts ; ils attirèrent l’attention de ce monde tout entier, de ces univers situés dans les dix points de l’espace.

4. Pleins de bonté et de compassion, ils manifestent leurs qualités, ainsi que ces miracles et d’autres semblables, pour que ces êtres, remplis de joie, possèdent ce Sûtra, lorsque le Sugata sera entré dans le Nirvâna complet.

5. Quand même je passerais plusieurs milliers de kôtis de Kalpas à chanter les louanges des fils de Sugata qui posséderont cet éminent Sûtra, lorsque le Guide du monde sera entré dans le Nirvana complet,

6. Je ne pourrais atteindre le terme de leurs qualités, qui sont infinies comme celles de l’éther dans les dix points de l’espace ; car elles échappent à l’intelligence les qualités de ceux qui possèdent toujours ce beau Sûtra.

7. Ils me voient, ainsi que tous ces Guides [des hommes] et ce Guide du monde qui est entré dans le Nirvâna complet ; ils voient tous ces Bôdhisattvas si nombreux, ainsi que les quatre assemblées.

8. Un tel fils de Sugata me comble maintenant ici de satisfaction ; il réjouit et tous ces Guides [du monde], et cet Indra des Djinas qui est entré dans le Nirvâna, ainsi que les autres Buddhas établis dans les dix points de l’espace.

9. Les Buddhas des dix points de l’espace, tant passés que futurs, ont été et seront vus et adorés par celui qui possède ce Sûtra.

10. Il connaît le mystère des Meilleurs des hommes, il arrive bien vite à méditer comme eux sur ce qui a fait l’objet de leurs méditations dans l’intime essence de l’état de Bôdhi, celui qui possède ce Sûtra, qui est la loi véritable.

11. Sa puissance est sans limites ; semblable à celle du vent, elle ne rencontre d’obstacles nulle part ; il connaît la loi, il en connaît le sens et les explications, celui qui possède cet éminent Sûtra.

12. Il connaît toujours la liaison des Sûtras qu’ont exposés les Guides [du monde] après y avoir réfléchi ; lorsque le Guide [des hommes] est entré dans le Nirvâna complet, ce sage connaît le vrai sens des Sûtras.

13. Il brille semblable à la lune et au soleil ; il resplendit de la lumière et de l’éclat qu’il répand autour de lui ; parcourant la terre dans tous les sens, il forme un grand nombre de Bôdhisattvas.

14. Aussi les sages Bôdhisattvas qui, après avoir entendu une énumération des avantages de ce Sûtra, semblable à celle que je viens de faire, le posséderont au temps où je serai entré dans le Nirvâna, parviendront-ils, sans aucun doute, à l’état de Buddha.

CHAPITRE XXI.
LES FORMULES MAGIQUES.

Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Bhâichadjyarâdja s’étant levé de son siège, après avoir rejeté sur son épaule son vêtement supérieur, posé à terre le genou droit, et réuni ses mains en signe de respect en se tournant vers Bhagavat, lui parla ainsi : Combien donc est grand, ô Bhagavat, le mérite que doit recueillir le fils ou la fille de famille qui possédera cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, soit qu’il l’ait confiée à sa mémoire, soit qu’il la tienne renfermée dans un volume ! Cela dit, Bhagavat répondit ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Bhâichadjyarâdja : Le fils ou la fille de famille, ô Bhâichadjyarâdja, qui respecterait, honorerait, adorerait des centaines de mille de myriades de kôtis de Tathâgatas, aussi nombreuses que les sables de quatre-vingts Ganges, quel mérite, ô Bhâichadjyarâdja, penses-tu qu’il recueillerait comme conséquence de cette action ? Le Bôdhisattva Mahâsattva répondit : Un immense mérite, ô Bhagavat, un immense, ô Sugata. Bhagavat reprit : Je vais te parler, ô Bhâichadjyarâdja, je vais t’instruire. Oui, le fils ou la fille de famille, quel qu’il soit, qui possédera, qui récitera, qui comprendra ou qui acquerra par la force de son application, ne fût-ce qu’une seule stance à quatre vers de cette exposition de la loi, recueillera, comme conséquence de cette action, un mérite beaucoup plus considérable que celui dont je viens de parler. Alors le Bôdhisattva Bhâichadjyarâdja parla ainsi, dans cette occasion, à Bhagavat : Nous donnerons, ô Bhagavat, à ces fils ou à ces filles de famille par qui cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi aura été retenue de mémoire, ou renfermée dans un livre, les paroles des Mantras et des formules magiques, afin de les garder, de les protéger et de les défendre ; ce seront :

(Phrase en sanscrit, la formule est gardée secrète)

Ces paroles des Mantras et des formules magiques, ô Bhagavat, ont été prononcées par des Buddhas bienheureux, en nombre égal à celui des sables de soixante-deux Ganges. Tous ces bienheureux Buddhas seraient blessés par celui qui attaquerait de tels interprètes de la loi, des hommes qui possèdent ainsi ce Sûtra. Alors Bhagavat exprima ainsi son assentiment au Bôdhisattva Bhâichadjyarâdja : Bien, bien, ô Bhâichadjyarâdja ; c’est dans l’intérêt des créatures que les paroles des formules magiques ont été prononcées ; c’est par compassion pour les créatures, afin de les garder, de les protéger et de les défendre.

Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Pradânaçûra parla ainsi à Bhagavat : Et moi aussi, ô Bhagavat, dans l’intérêt de tels prédicateurs de la loi, je leur donnerai les paroles des formules magiques, afin qu’aucun des êtres qui chercheraient l’occasion de surprendre de tels interprètes de la loi ne la puisse saisir, que ce soit un Yakcha, un Râkchasa, un Putana, un Krïtya, un Kumbhânda, un Prêta ; si un de ces êtres cherche ou épie l’occasion de les surprendre, il ne pourra la saisir. Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Pradânaçûra prononça, dans cette occasion, les paroles suivantes des formules magiques :

(Phrase en sanscrit, la formule est gardée secrète)

Ces paroles des formules magiques, ô Bhagavat, ont été prononcées et approuvées par des Tathâgatas, vénérables, en nombre égal à celui des sables du Gange. Tous ces Tathâgatas seraient blessés par celui qui attaquerait de tels interprètes de la loi.

Ensuite le grand roi Vâiçravana parla ainsi à Bhagavat : Et moi aussi, ô Bhagavat, je dirai les paroles suivantes des formules magiques, dans l’intérêt de ces interprètes de la loi, par compassion pour eux, pour les garder, les protéger et les défendre ; ce seront :

(Phrase en sanscrit, la formule est gardée secrète)

C’est avec ces paroles des formules magiques, ô Bhagavat, que je protège ces interprètes de la loi dans une étendue de cent Yôdjanas ; c’est de cette manière que les fils ou les filles de famille qui posséderont ainsi ce Sûtra, seront protégés et en sûreté. Alors le grand roi Virûdhaka se trouvait aussi dans cette grande assemblée, entouré et suivi par cent mille myriades de kôtis de Kumbhândas. Après s’être levé de son siége Virûdhaka, tenant ses mains réunies en signe de respect, et les dirigeant du côté de Bhagavat, lui parla ainsi : Et moi aussi, ô Bhagavat, je dirai les paroles des Mantras et des formules magiques, dans l’intérêt de tels interprètes de la loi qui retiennent ainsi ce Sûtra, afin de les garder, de les protéger et de les défendre ; ce seront :

(Phrase en sanscrit, la formule est gardée secrète)

Ces paroles des formules magiques, ô Bhagavat, ont été prononcées par quarante-deux fois cent mille myriades de kôtis de Buddhas. Tous ces Buddhas seraient blessés par celui qui attaquerait de tels interprètes de la loi. Ensuite les Râkchasîs nommées Lambâ, Pralambâ, Mâlâkutadantî, Puchpadantî, Matutatcbandî, Kêçinî, Atchalâ, Mâlâdharî, Kuntî, Sarvasattvâudjôhârî, Hârîti, toutes avec leurs enfants et avec leur suite, s’étant rendues à l’endroit où se trouvait Bhagavat, lui parlèrent ainsi d’une voix unanime : Et nous aussi, ô Bhagavat, nous garderons, nous protégerons, nous défendrons ceux qui posséderont ainsi ce Sûtra ; nous garantirons leur sécurité, de telle sorte qu’aucun de ceux qui chercheront, qui épieront l’occasion de surprendre de tels interprètes de la loi, ne puisse y parvenir. Alors les Râkchasîs, d’une seule voix et d’un chant unanime, donnèrent à Bhagavat les paroles suivantes des formules magiques :

(Phrase en sanscrit, la formule est gardée secrète)

Qu’aucune créature, se plaçant sur leur tête, ne puisse blesser de tels interprètes de la loi, que ce soit un Yakcha, un Râkchasa, un Prêta, un Piçâtcha, un Bhûta, un Krïtya, un Vêtâla, un Kumbhânda, un Stabdha, un Utsâraka, un Autsâraka, un Apasmâraka, un Yakchakrïtya, un Krïtya n’appartenant pas à l’espèce humaine, un Asurakrïtya, un Dvâitîya, un Tritîya, un Tchaturthakrïtya, un Nityadjvara ; enfin, si même des formes de femmes, d’hommes ou de filles lui apparaissant pendant son sommeil, veulent lui nuire, que cela ne puisse avoir lieu. Ensuite les Râkchasîs, d’une seule voix et d’un chant unanime, adressèrent à Bhagavat les stances suivantes :

1. Il sera brisé en sept morceaux comme la tige du Mardjaka, le crâne de celui qui, après avoir entendu les paroles de ces formules magiques, attaquera un interprète de la loi.

2. La voie des matricides, celle des parricides, c’est là la voie dans laquelle marche celui qui attaque un interprète de la loi.

3. La voie de ceux qui expriment par la pression l’huile de la graine de sésame, celle de ceux qui battent cette espèce de graine, c’est là la voie dans laquelle marche celui qui attaque un interprète de la loi.

4. La voie de ceux qui trompent sur les balances, celle de ceux qui trompent sur les mesures, c’est là la voie dans laquelle marche celui qui attaque un interprète de la loi.

Cela dit, les Râkchasîs à la tête desquelles était Kuntî, parlèrent ainsi à Bhagavat : Et nous aussi, ô Bhagavat, nous protégerons de tels interprètes de la loi ; nous garantirons leur sécurité ; nous repousserons pour eux les atteintes du bâton et nous détruirons le poison. Cela dit, Bhagavat parla ainsi à ces Râkchasîs : Bien, bien, mes sœurs ; vous faites bien de protéger, de défendre ces interprètes de la loi, dussent-ils ne posséder que le nom de cette exposition de la loi ; à bien plus forte raison devez-vous défendre ceux qui posséderont complètement et dans son entier cette exposition de la loi, ou qui l’honoreront, quand elle sera renfermée dans un volume, en lui offrant des fleurs, de l’encens, des parfums, des guirlandes, des substances onctueuses, des poudres odorantes, des vêtements, des parasols, des drapeaux, des étendards, des bannières, des lampes alimentées par de l’huile de sésame, par du beurre clarifié, par des huiles odorantes, par des huiles de Tchampaka, de Vârchika, de lotus, de jasmin, qui, enfin, par cent mille espèces d’offrandes de ce genre, l’honoreront et la vénéreront ; ceux-là, ô Kuntî, doivent être protégés par toi et par ta troupe.

Or, pendant que ce chapitre des formules magiques était exposé, huit mille êtres vivants acquirent la patience surnaturelle de la loi.

CHAPITRE XXII.
ANCIENNE MÉDITATION DE BHÂICHADJYARÂDJA.

Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Nakchatrarâdja-samkusumitâbhidjna parla ainsi à Bhagavat : Pourquoi, ô Bhagavat, le Bôdhisattva Mahâsattva Bhâichadjyarâdja se trouve-t-il dans cet univers Saha ? Il doit avoir eu à surmonter pour cela plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de difficultés. Que Bhagavat, vénérable, parfaitement et complètement Buddha, veuille bien m’enseigner une partie quelconque des règles de conduite suivies par le Bôdhisattva Mahâsattva Bhâichadjyarâdja, pour qu’après avoir entendu cette exposition, les Dêvas, les Nâgas, les Yakchas, les Gandharvas, les Asuras, les Garudas, les Kinnaras, les Mahôragas, les hommes, les êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine et les Bôdhisattvas Mahâsattvas venus d’autres univers que celui-ci, ainsi que ces grands Çrâvakas, soient tous contents, satisfaits, ravis. Alors Bhagavat, connaissant en ce moment l’intention du Bôdhisattva Mahâsattva Nakchatra…abhidjna, lui parla ainsi : Jadis, ô fils de famille, dans le temps passé, à une époque depuis laquelle se sont écoulés des Kalpas aussi nombreux que les sables du Gange, parut dans le monde le Tathâgata nommé Tchandravimalasûryaprabhâsaçrî, vénérable, doué de science et de conduite. Or ce Tathâgata, vénérable, avait pour auditeurs une grande assemblée formée de quatre-vingts fois cent mille myriades de kôtis de Bôdhisattvas Mahâsattvas et de Çrâvakas en nombre égal à celui des sables de soixante et douze Ganges. Son enseignement était débarrassé de la présence des femmes. La terre de Buddha où il résidait, n’avait ni Enfers, ni créatures nées dans des matrices d’animaux, ni corps de Prêtas, ou d’Asuras. Elle était agréable, unie comme la paume de la main ; une partie du sol était faite de lapis-lazulis d’une nature divine. Elle était ornée d’arbres de santal et de diamant, recouverte de réseaux faits de pierreries ; des guirlandes d’étoffes de soie y étaient suspendues ; elle était embaumée de vases à parfums faits de pierres précieuses. Sous ces arbres de diamant, à la distance d’un jet de flèche, étaient placés des chars faits de pierreries, et sur le front de ces chars se tenaient cent dix millions de fils des Dêvas, faisant résonner les cimbales et les plaques d’airain, pour honorer le bienheureux Tathâgata Tchandra…çrî, vénérable.

Alors le bienheureux Tathâgata expliqua avec étendue cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi à ces grands Çrâvakas et à ces Bôdhisattvas, en commençant par le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana. La durée de la vie de ce bienheureux Tathâgata Tchandra…çrî, vénérable, fut de quarante mille Kalpas, ainsi que celle de ces Bôdhisattvas Mahâsattvas et de ces grands Çrâvakas. Et le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana, s’appliqua, sous l’enseignement du Bienheureux, à la pratique des devoirs difficiles. Il passa douze mille années à se promener, se livrant exclusivement à la méditation par le développement d’une application intense. Au bout de ces douze mille années, il acquit la méditation des Bôdhisattvas nommée l’Enseignement complet de toutes les formes. Et à peine eut-il acquis cette méditation, que, content, charmé, ravi, plein de joie, de satisfaction et de plaisir, il fit en ce moment la réflexion suivante : Pour avoir possédé cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, la méditation de l’Enseignement de toutes les formes a été acquise par moi. Puis le Bôdhisattva fit encore la réflexion suivante : Si je rendais un culte à ce bienheureux Tathâgata Tchandra…çrî et à cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi ? En ce moment il acquit la méditation des formes, de telle manière qu’aussitôt, du haut du ciel, il tomba une grande pluie de fleurs de Mandârava et de Mahâmandârava. Il se forma un nuage de santal de l’espèce dite Kalânusârin, et il tomba une pluie de santal de l’espèce dite Uragasâra. Et la nature de ces essences était telle, qu’un seul Karcha de ces parfums valait l’univers Saha tout entier. Ensuite, ô Nakchatra…abhidjña, le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana, doué de mémoire et de sagesse, sortit de cette méditation ; et, en étant sorti, il fit la réflexion suivante : Le spectacle de cet effet de [ma] puissance surnaturelle ne sert pas à honorer le bienheureux Tathâgata autant que le ferait l’abandon de mon propre corps. Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana se mit à manger dans ce moment de l’Aguru, de l’encens, de l’oliban, et à boire de l’huile de Tchampaka. Le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana passa ainsi douze années à manger sans cesse et sans relâche des parfums qui viennent d’être nommés, et à boire de l’huile de Tchampaka. Au bout de ces douze années, le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana, après avoir revêtu son corps de vêtements divins et l’avoir arrosé d’huiles odorantes, se donna à lui-même sa bénédiction, et ensuite consuma son corps par le feu, afin d’honorer le Tathâgata et cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. Alors, ô Nakchatra…abhidjna, des univers aussi nombreux que les sables de quatre-vingts Ganges furent éclairés par la splendeur des feux que lançait en brûlant le corps du Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana ; et les bienheureux Buddhas, égaux en nombre aux sables de quatre-vingts Ganges, qui se trouvaient dans ces univers, exprimèrent tous ainsi leur approbation : Bien, bien, ô fils de famille ; c’est bien à toi, ô fils de famille ; c’est là le véritable développement de l’énergie des Bôdhisattvas Mahâsattvas. C’est là le véritable culte dû au Tathâgata, c’est le culte dû à la loi ; on ne lui rend pas un pareil culte en lui offrant des fleurs, de l’encens, des parfums, des guirlandes, des substances onctueuses, des poudres odorantes, des vêtements, des parasols, des drapeaux, des étendards, des bannières, ni en lui offrant toute espèce d’objets de jouissance, ou du santal de l’espèce dite Uragasâra. C’est là, ô fils de famille, la première des aumônes ; celle qui consiste dans l’abandon de la royauté, dans l’abandon d’une femme et d’enfants chéris ne l’égale pas. C’est le plus distingué, le premier, le meilleur, le plus éminent, le plus parfait des cultes rendus à la loi, que l’hommage qu’on lui adresse en faisant l’abandon de son propre corps. Ensuite, ô Nakchatra…abhidjna, ces bienheureux Buddhas, après avoir prononcé ces paroles, gardèrent le silence. Douze cents, années s’écoulèrent ainsi : pendant que le corps de Sarvasattvapriyadarçana brûlait, et cependant il ne cessait de brûler. Enfin, au bout de ces douze cents années, le feu s’arrêta, alors le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana, après avoir ainsi honoré le Tathâgata, quitta cette existence. Ensuite il naquit, sous l’enseignement du bienheureux Tathâgata Tchandra…çrî, vénérable, dans la maison du roi Vimaladatta, d’une manière surnaturelle, et assis les jambes croisées. A peine le Bôdhisattva Mahâsattva ; fut-il né, qu’il prononça au moment même, en présence de son père et de sa mère, la stance suivante :

Voilà, ô le meilleur des rois, le lieu de promenade sur lequel j’ai obtenu, en y restant, la méditation ; j’ai développé la force énergique d’un grand sacrifice, après avoir abandonné ce corps qui nous est si cher.

Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana, après avoir prononcé cette stance, parla ainsi à son père et à sa mère : Aujourd’hui même, ô mon père et ma mère, le bienheureux Tathâgata Tchandra…çrî, vénérable, se trouve en ce monde, il y vit, il y existe, il y enseigne la loi aux créatures. C’est de ce bienheureux Tathâgata que j’ai reçu, après l’avoir honoré, la formule magique de l’habileté dans tous les sons, et que j’ai entendu cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, formée de quatre-vingts fois cent mille myriades de Kôtis de stances, de mille billions, de cent mille billions, d’un nombre de stances dit Akchôbhya. C’est pourquoi, ô mon père, il est bon que je me rende. en la présence de ce Bienheureux, et que, l’ayant vu, je lui offre de nouveau un culte. Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana s’étant élevé à l’instant même dans l’air, à la hauteur de sept empans, se plaça, les jambes croisées, au sommet d’une maison à étages élevés, faite des sept substances précieuses ; puis, s’étant rendu en la présence du Bienheureux, après avoir salué ses pieds en les touchant de la tête, après avoir tourné sept fois autour de lui en le laissant à sa droite, il dirigea ses mains, réunies en signe de respect, du côté où se tenait le Bienheureux, et, l’ayant adoré, il le célébra dans la stance suivante :

O toi dont la face est si pure, ô sage, ô Indra des hommes, l’éclat dont tu brilles resplendit dans les dix points de l’espace ; après t’avoir rendu, ô Sugata, un culte excellent, je suis venu ici, ô Maître, dans l’intention de te voir.

Le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana ayant prononcé cette stance, parla ainsi au bienheureux Tathâgata Tchandra…çrî, vénérable : Tu existes donc encore, ô Bienheureux, même aujourd’hui ? Alors le bienheureux Tathâgata Tchandra…çrî, vénérable, parla ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana : Le temps où je dois entrer dans le Nirvana complet est arrivé, ô fils de famille ; le temps de la fin de ma vie est arrivé. Va donc, ô fils de famille, prépare ma couche ; je vais entrer dans le Nirvana complet. Ensuite le bienheureux Tathâgata Tchandra…çrî, vénérable, dit encore au Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana les paroles suivantes : Je te confie, ô fils de famille, ces commandements ; je te confie ces Bôdhisattvas Mahâsattvas, et ces grands Çrâvakas, et cet état de Bôdhi réservé aux Buddhas, et cet univers, et ces chars divins faits de joyaux, et ces arbres de corail, et ces fils des Dêvas, mes serviteurs. Et les os qui resteront de moi, quand je serai entré dans le Nirvana complet, je te les confie, ô fils de famille ; et quand je serai entré dans le Nirvana complet, ô fils de famille, tu devras rendre de grands honneurs aux Stupas qui renfermeront mes os ; et mes reliques devront être distribuées ; et il faudra élever plusieurs milliers de Stupas. Alors, ô Nakchatra…abhidjna, le bienheureux Tathâgata Tchandra…çrî, vénérable, après avoir donné ces instructions au Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana, entra complètement, cette nuit-là même, à la dernière veille, dans l’élément du Nirvana, où il ne reste aucune trace de l’agrégation [des éléments matériels]. Alors, ô Nakchatra…abhidjña, le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana voyant que le bienheureux Tathâgata Tchandra…çrî était entré dans le Nirvâna complet, éleva un bûcher formé de santal, de l’espèce dite Uragasâra, et y consuma le corps du Tathâgata. Quand il vit que le corps était brûlé et éteint, il retira un os du bûcher et se mit à pleurer, à se lamenter et à gémir. Après avoir ainsi pleuré et s’être livré à la douleur, le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana ayant fait faire quatre-vingt-quatre mille vases formés des sept substances précieuses, y déposa l’os du Tathâgata [qu’il avait divisé], et dressa quatre-vingt-quatre mille Stupas formés des sept substances précieuses, ornés de lignes de parasols qui s’élevaient jusqu’au monde de Brahmâ et qui étaient recouverts d’étoffes de soie et de clochettes. Après avoir dressé ces Stupas, il réfléchit ainsi : Je viens de rendre un culte aux Stupas qui contiennent les reliques du bienheureux Tathâgata Tchandra…çrî. Mais je rendrai encore à ces reliques un culte plus élevé, plus supérieur. Alors, ô Nakchatra…abhidjna, le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana s’adressa ainsi à la troupe tout entière des Bôdhisattvas, aux grands Çrâvakas, aux Dêvas, aux Nâgas, aux Yakchas, aux Gandharvas, aux Asuras, aux Garudas, aux Kinnaras, aux Mahôragas, aux hommes, et aux créatures n’appartenant pas à l’espèce humaine : vous tous, fils de famille, concevez tous ensemble cette pensée : " Nous rendrons un culte aux reliques de ce Bienheureux." Alors, ô Nakchatra…abhidjna, le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana alluma en cet instant son bras qui était orné des cent signes de pureté, en présence de ces quatre-vingt-quatre mille Stupas qui renfermaient les reliques du Tathâgata ; et, après l’avoir allumé, il rendit un culte pendant soixante et douze mille ans aux Stupas qui renfermaient les reliques du Tathâgata. Et pendant qu’il leur rendait ainsi un culte, il disciplina d’incalculables centaines de mille de myriades de kôtis de Çrâvakas faisant partie de l’assemblée ; et tous les Bôdhisattvas acquirent la méditation nommée l’Enseignement complet de toutes les formes. Alors, ô Nakchatra…abhidjna, la troupe tout entière des Bôdhisattvas et tous les grands Çrâvakas, en voyant le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana privé de son bras, suffoqués par les larmes pleurant, gémissant, se lamentant, se dirent les uns aux autres : Le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana, notre maître et notre directeur, est maintenant privé d’un membre, privé d’un bras. Mais le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana s’adressa ainsi aux Bôdhisattvas, aux grands Çrâvakas et aux fils des Dêvas : Ne pleurez pas, ô fils de famille, en me voyant privé d’un bras ; ne vous lamentez pas. Tous les bienheureux Buddhas qui sont, qui existent, qui se trouvent dans les univers, infinis et sans limites, situés aux dix points de l’espace, sont tous pris par moi à témoin ; je prononce en leur présence une bénédiction de vérité, et, au nom de cette vérité et par la déclaration de cette vérité, après avoir abandonné mon propre bras pour honorer le Tathâgata, j’aurai un corps qui sera en entier de couleur d’or.

Au nom de cette vérité, par la déclaration de cette vérité, que mon bras redevienne tel qu’il était auparavant, et que cette grande terre tremble de six manières différentes, et que les enfants des Dêvas, répandus dans le ciel, fassent tomber une grande pluie de fleurs. A peine cette bénédiction de vérité eut-elle été prononcée par le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana, que cet univers tout entier, formé d’un grand millier de trois mille mondes, trembla de six manières différentes, et que, du haut des airs, il tomba une grande pluie de fleurs. Le bras du Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana redevint tel qu’il était auparavant, et cela par l’effet de la force de la science, de la force de la vertu qui appartenaient à ce Bôdhisattva Mahâsattva. Pourrait-il, après cela, ô Nakchatra…abhidjna, te rester quelque incertitude, quelque perplexité ou quelque doute à ce sujet ? Il ne faut pas s’imaginer que, dans ce temps-là et à cette époque, ce fût un autre [que Bhâichadjyarâdja] qui était le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana. Pourquoi cela ? C’est que le Bôdhisattva Mahâsattva Bhâichadjyarâdja était dans ce temps-là et à cette époque, le Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana. Ce Bôdhisattva Mahâsattva Bhâichadjyarâdja accomplit cent mille myriades de kôtis de choses difficiles ; il consomma l’abandon complet de son propre corps. Le fils ou la fille de famille, ô Nakchatra…abhidjna, qui étant entré dans le véhicule des Bôdhisattvas, viendrait, dans le dessein d’obtenir l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, brûler auprès des monuments du Tathâgata un pouce de ses pieds, ou un doigt de ses pieds ou de ses mains, ou l’un de ses membres, ou l’un de ses bras ; ce fils ou cette fille de famille, étant entré dans le véhicule des Bôdhisattvas, recueillerait de cette action un bien plus grand mérite, qu’il ne ferait de l’abandon de la royauté, de celui de ses fils, de ses filles, de son épouse chérie, et de la totalité de cet univers formé d’un grand millier de trois mille mondes, avec ses forêts, ses mers, ses montagnes, ses fleuves, ses lacs, ses étangs, ses puits et ses jardins. Et le fils ou la fille de famille, ô Nakchatra…abhidjna, entré dans le véhicule des Bôdhisattvas, qui ayant rempli des sept substances précieuses la totalité de cet univers formé d’un grand millier de trois mille mondes, en ferait don à tous les Buddhas, à tous les Bôdhisattvas, à tous les Çrâvakas, à tous les Pratyêkabuddhas, ce fils ou cette fille de famille, ô Nakchatra…abhidjna, ne recueillerait pas de cette action autant de mérite que le fils ou la fille de famille qui posséderait ne fût-ce qu’une seule stance, formée de quatre vers, de cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. Je déclare que la masse des mérites de ce dernier est plus considérable que celle de celui qui, ayant rempli des sept substances précieuses la totalité de cet univers formé d’un grand millier de trois mille mondes, en ferait don à tous les Buddhas, à tous les Bôdhisattvas, à tous les Çrâvakas, à tous les Pratyêkabuddhas.

De même, ô Nakchatra…abhidjna, que le grand océan est le premier de tous les fleuves, de tous les lacs et de tous les étangs ; de même cette exposition du Lotus de la bonne loi est le premier de tous les Sûtras prêchés par les Tathâgatas. De même, ô Nakchatra…abhidjna, que de toutes les montagnes, telles que les Kâlaparvatas, les Tchakravâlas, de toutes les grandes montagnes enfin, la première est le Sumêru, roi des montagnes, de même cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, est le roi de tous les Sûtras prêchés par les Tathâgatas. De même, ô Nakchatra…abhidjna, qu’entre toutes les constellations, la lune est considérée comme le premier luminaire, de même entre tous les Sûtras prêchés par les Tathâgatas, cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi est la première des lumières, une lumière dont l’éclat l’emporte sur celui de cent mille myriades de kôtis de lunes. De même, ô Nakchatra…abhidjna, que le disque du soleil dissipe l’obscurité de toutes les ténèbres, de même cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi dissipe l’obscurité de toutes les ténèbres des mauvaises œuvres. De même, ô Nakchatra…abhidjna, que Çakra, l’Indra des Dêvas, est le chef des Dêvas Trayastrimças, de même cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi est l’Indra de tous les Sûtras prêchés par les Tathâgatas. De même, ô Nakchatra…abhidjna, que Brahmâ, le maître de l’univers Saha, est le roi de tous les Brahmakâyikas et qu’il remplit, dans le monde de Brahmâ l’office d’un père, de même cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi remplit l’office de père à l’égard de tous les êtres, qu’ils soient Maîtres ou qu’ils ne le soient pas, à l’égard de tous les Çrâvakas, des Pratyêkabuddhas et de ceux qui sont entrés dans le véhicule des Bôdhisattvas. De même, ô Nakchatra…abhidjna, que le Çrôtaâpanna l’emporte sur tous les hommes ordinaires, qui sont ignorants, et qu’il en faut dire autant du Sakrïdâgâmin, de l’Anâgâmin, de l’Arhat et du Pratyêkabuddha, de même cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, l’emportant sur les Sûtras prêchés par tous les Tathâgatas, doit en être reconnue comme le chef. Ces êtres aussi, ô Nakchatra…abhidjna, doivent être reconnus comme les premiers de tous, qui posséderont ce roi des Sûtras. De même, ô Nakchatra…abhidjna, que le Bôdhisattva est appelé le chef des Çrâvakas et des Pratyêkabuddhas réunis, de même cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi est appelée le chef de tous les Sûtras prêchés par les Tathâgatas. De même, ô Nakchatra…abhidjna, que parmi les Çrâvakas, les Pratyêkabuddhas et les Bôdhisattvas réunis, c’est le Tathâgata qui sollicite l’habileté nécessaire pour devenir Roi de la loi, de même cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi est comme le Tathâgata lui-même, parmi ceux, qui sont entrés dans le véhicule des Bôdhisattvas. Oui, Nakchatra…abhidjña, cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi protège tous les êtres contre tous les dangers, les délivre de toutes leurs douleurs ; c’est comme un étang pour ceux qui ont soif, comme ]e feu pour ceux qui souffrent du froid, comme un vêtement pour ceux qui sont nus, comme une caravane pour les marchands, comme une mère pour des enfants, comme une vache pour ceux qui veulent atteindre à l’autre rive d’un fleuve, comme un médecin pour des malades, comme une lampe pour ceux qui sont environnés de ténèbres, comme un joyau pour ceux qui désirent des richesses, comme un Tchakravartin pour les Râdjas commandant un fort, comme l’océan pour les fleuves, comme une torche enfin parce qu’il dissipe toutes les ténèbres. De même, ô Nakchatra…abhidjna, cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi affranchit de tous les maux, tranche toutes les douleurs, délivre de tous les passages difficiles et de tous les liens de la transmigration. Et celui par lequel cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi sera entendue, celui qui l’écrira, celui qui la fera écrire, recueillera de cette action une masse de mérites dont la science même d’un Buddha ne pourrait atteindre le terme, tant est grande la masse de mérites que recueilleront ces fils ou ces filles de famille, lorsque possédant cette exposition de la loi, lorsque l’enseignant, l’écoutant, l’écrivant, la renfermant dans un volume, ils l’honoreront, la vénéreront, la respecteront, l’adoreront, en lui offrant des fleurs, de l’encens, des guirlandes de fleurs, des substances onctueuses, des poudres odorantes, des parasols, des drapeaux, des étendards, des bannières, des vêtements, en faisant retentir les instruments de musique, en réunissant leurs mains en signe de respect, en faisant brûler des lampes alimentées par du beurre clarifié, par des huiles odorantes, par de l’huile de Tchampaka, de jasmin, de Patala, de Pâtalâ, de Vârchika, de Navamâlikâ ; lorsqu’enfin ils l’honoreront et la vénéreront de beaucoup de manières différentes. Elle est très-considérable, ô Nakchatra…abhidjna, la masse de mérites que recueillera le fils ou la fille de famille, porté dans le véhicule des Bôdhisattvas, qui possédera ce chapitre de l’ancienne méditation de Bhâichadjyarâdja, qui le prêchera, qui l’entendra. Et si, ô Nakchatra…abhidjna, une femme, après avoir entendu cette exposition de la loi, la saisit et la possède, cette existence sera pour elle sa dernière existence de femme. L’être quel qu’il soit du sexe féminin, ô Nakchatra…abhidjna, qui après avoir entendu, dans les cinq cents dernières années [du Kalpa], ce chapitre de l’ancienne méditation de Bhâichadjyarâdja, s’en rendra parfaitement maître, après être sorti de ce monde, renaîtra dans l’univers Sukhavatî, où le bienheureux Tathâgata Amitâbha, vénérable, se trouve, réside, vit, existe entouré d’une troupe de Bôdhisattvas ; et il reparaîtra dans cet univers assis sur un trône formé du centre d’un lotus.

La passion, la haine, l’erreur, l’orgueil, l’envie, la colère, le désir de nuire n’auront pas de prise sur lui. A peine né, il obtiendra les cinq connaissances surnaturelles ; il obtiendra la patience surnaturelle de la loi, et après qu’il l’aura obtenue, devenant Bôdhisattva Mahâsattva, il verra des Tathâgatas en nombre égal à celui des sables de soixante et dix Ganges. L’organe de la vue acquerra chez lui une telle perfection, qu’avec cet organe perfectionné, il verra ces Buddhas bienheureux ; et ces bienheureux Buddhas lui témoigneront ainsi leur approbation : Bien, bien, ô fils de famille ; il est bien qu’après avoir entendu cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, qui a été faite sous l’enseignement du bienheureux Çâkyamuni, dans la prédication du Tathâgata, vénérable, tu l’aies lue, méditée, examinée, saisie avec ton esprit et expliquée à d’autres créatures. La masse de mérites qui en résulte pour toi, ô fils de famille, ne peut être consumée par le feu, ni enlevée par l’eau ; cette masse de mérites ne peut être indiquée même par cent mille Buddhas. Tu as renversé l’opposition que te faisait Mâra, ô fils de famille. Tu as franchi les défilés de l’existence ; tu as brisé les obstacles qu’avait élevés ton ennemi ; tu as été béni par cent mille Buddhas ; et il n’y a pas, ô fils de famille, ton pareil dans le monde formé de la réunion des Dêvas, des Mâras, ni dans l’ensemble des créatures, en y comprenant les Brahmanes et les Çramanas ; il n’est personne, à l’exception du Tathâgata seul, ni parmi les Çrâvakas, ni parmi les Pratyêkabuddhas, ni parmi les Bôdhisattvas, qui soit capable de l’emporter sur toi, soit en vertu, soit en science, soit en méditation. Telle est, ô Nakchatra…abhidjna, la production de l’énergie de la science à laquelle sera parvenu ce Bôdhisattva. Celui qui, après avoir entendu réciter, ô Nakchatra…abhidjna, ce chapitre de l’ancienne méditation de Bhâichadjyarâdja, y donnera son assentiment, exhalera de sa bouche le parfum du lotus, et de ses membres, celui du santal. Celui qui donnera son assentiment à cette exposition de la loi, jouira des avantages que produisent les qualités extérieures que je viens d’indiquer. C’est pourquoi ; ô Nakchatra…abhidjña, je te confie ce chapitre de l’ancienne méditation du Bôdhisattva Mahâsattva Sarvasattvapriyadarçana, pour qu’à la fin des temps, dans la dernière époque, pendant les cinq cents dernières années, il se répande dans ce Djambudvîpa, pour qu’il ne disparaisse pas, pour que Mâra le pécheur ne puisse trouver l’occasion de le surprendre, non plus que les Dêvatâs, nommés Mârakâyikas, ni les Nâgas, ni les Yakchas, ni les Kumbhândas. C’est pourquoi, ô Nakchatra…abhidjna, je bénis ici cette exposition de la loi ; elle sera, dans le Djambudvîpa, comme un médicament salutaire pour les créatures malades et souffrantes. Quand on aura entendu cette exposition de la loi, la maladie n’envahira pas le corps, non plus que la vieillesse, ni la mort prématurée. Si un homme quelconque, ô Nakchatra…abhidjna, étant entré dans le véhicule des Bôdhisattvas, vient à voir un Religieux possédant ainsi ce Sûtra, il doit, après l’avoir couvert de santal et de lotus bleus, concevoir cette pensée : Ce fils de famille parviendra à l’intime essence de l’état de Bôdhi ; arrivé à l’essence de la Bôdhi, il prendra le lit de gazon ; il mettra en déroute le parti de Mâra ; il fera résonner la conque de la loi ; il fera retentir le tambour de la loi ; il traversera l’océan de l’existence. Telle est, ô Nakchatra…abhidjna, la pensée que doit concevoir le fils ou la fille de famille, entré dans le véhicule des Bôdhisattvas, qui aura vu un Religieux possédant ainsi ce Sûtra. Les avantages qu’un tel homme retirera de ses qualités seront tels que ceux qui ont été énumérés par le Tathâgata. Pendant que ce chapitre de l’ancienne méditation de Bhâichadjyarâdja était exposé, quatre-vingt-quatre mille Bôdhisattvas devinrent possesseurs de la formule magique qui est accompagnée de l’habileté dans tous les sons. Et le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, y donna ainsi son assentiment : Bien, bien, ô Nakchatra…abhidjña, il est bon que tu interroges ainsi sur la loi le Tathâgata, qui est doué de conditions et de qualités qui échappent à l’intelligence.

CHAPITRE XXIII.
LE BÔDHISATTVA GADGADASVARA.

Ensuite le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, lança en cet instant un rayon de lumière du cercle de poils placé entre ses deux sourcils, l’un des signes caractéristiques des grands hommes. Cette lumière illumina de sa splendeur des centaines de mille de myriades de kôtis de terres de Buddha situées à l’orient, en nombre égal à celui des sables de dix-huit Ganges. Par delà ces centaines de mille de myriades de terres de Buddha, en nombre égal à celui des sables de dix-huit Ganges, est situé l’univers nommé Vairôtchanaraçmi-pratimandita. Là se trouvait vivant, existant, le Tathâgata nommé Kamaladalavimala-nakchatrarâja-samkusumitâbhidjna, vénérable, qui, avec une vaste et immense assemblée de Bôdhisattvas, dont il était environné et suivi, enseignait la loi. Alors le rayon de lumière lancé du cercle placé entre ses sourcils par le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, illumina en cet instant d’une grande lumière l’univers Vairôtchanaraçmi-pratimandita. Or dans cet univers habitait le Bôdhisattva Mahâsattva nommé Gadgadasvara, qui avait fait croître les racines de vertu qui étaient en lui, qui avait vu jadis la lumière de semblables rayons lancés par beaucoup de Tathâgatas, vénérables, et qui était en possession de nombreuses méditations. C’est ainsi qu’il avait acquis les méditations de Dhvadjâgrakéyâra (l’anneau de l’extrémité de l’étendard), de Saddharmapundarîka (le lotus blanc de la bonne loi), de Vimaladatta (celui qui est donné pur), de Nakchatrarâdjavikrîdita (les plaisirs du roi des constellations), d’Anilambha (celui qui ressemble au vent), de Djnânamudra (le sceau de la science), de Tchandraprabka (celui qui a l’éclat de la lune), de Sarvarufakâaçalya (l’habileté dans tous les sons), de Sairvapunyasamulchtchaya (le trésor extrait de toutes les vertus), de Prasâdavati (celle qui est favorable), de Rïddhivikrîdita (les plaisirs de la puissance magique), de Djnânôlkâ (la torche de la science), de Vyûharâdja (le roi de la construction), de Vimalaprabhâ (la splendeur sans tache), de Vimalagarbha (l’essence sans tache), d’Apkrïtsna (qui enlève toute l’eau), de Sâryâvarta (la révolution du soleil) ; en un mot, il avait acquis des centaines de mille de myriades de kôtis de méditations, en nombre égal à celui des sables du Gange. Or cette lumière tomba sur le corps du Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara. Alors le Bôdhisattva Mahâsattva s’étant levé de son siège, rejetant sur son épaule son vêtement supérieur, posant à terre le genou droit, et dirigeant ses mains réunies en signe de respect, du côté où se trouvait le bienheureux Buddha, parla ainsi au Tathâgata Kamala…abhidjna, vénérable : J’irai, ô Bienheureux, dans l’univers Saha pour voir, pour honorer, pour servir le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, pour voir Mañdjuçrî Kumâra et les Bôdhisattvas Bhâichadjyarâdja, Pradânaçûra, Nakchatrarâdjasamkusumitâbhidjna, Viçichtatchâritra, Vyûharâdja, Bhâlchadjyarâdjasamudgata. Alors le bienheureux Tathâgata Kamala…abhidjna, vénérable, parla ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva : Ne va pas, ô fils de famille, après t’être rendu dans l’univers Saha, en concevoir des idées misérables. Car ce monde-là, ô fils de famille, est couvert de hauteurs et de lieux bas ; il est fait d’argile, hérissé de Kâlaparvatas, rempli d’ordures. Le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, est d’une courte stature, ainsi que ses Bôdhisattvas Mahâsattvas, tandis que ta taille, ô fils de famille, s’élève à quarante-deux mille Yôdjanas, et la mienne à soixante-six fois cent mille Yôdjanas. Et toi, ô fils de famille, tu es aimable, beau, agréable à voir ; tu es doué de la perfection suprême de l’éclat et de la beauté. Tu es particulièrement distingué par plus de cent mille mérites.

C’est pourquoi, ô fils de famille, après t’être rendu dans cet univers Saha, ne conçois pas des idées méprisables, ni des Tathâgatas, ni des Bôdhisattvas [qui s’y trouvent], ni de cette terre de Buddha. Cela dit, le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara parla ainsi au bienheureux Tathâgata Kamala…abhidjna, vénérable, : J’agirai, ô Bienheureux, selon que l’ordonne le Tathâgata ; j’irai, ô Bienheureux, dans cet univers Saha en vertu de la bénédiction du Tathâgata, de la production de son énergie, de ses plaisirs, de sa construction, de la science émanée du Tathâgata. Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara, sans sortir de la terre de Buddha où il se trouvait, et sans quitter son siège, se plongea en ce moment dans une méditation telle, qu’immédiatement après qu’il s’y fut plongé, tout d’un coup, dans l’univers Saha, sur la montagne de Gridhrakûta, devant le trône de la loi du Tathâgata, apparurent quatre-vingt-quatre fois cent mille myriades de kôtis de lotus, portés sur des tiges d’or, ayant des feuilles d’argent et parés des couleurs du lotus et du Kimçuka. En ce moment le Bôdhisattva Mahâsattva Mañdjuçrî Kumâra voyant l’apparition de cette masse de lotus, s’adressa en ces termes au bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable : De quelle cause, ô Bhagavat, ce que nous voyons est-il l’effet, et par qui sont produits ces lotus au nombre de quatre-vingt-quatre fois cent mille myriades de kôtis, portés sur des tiges d’or, ayant des feuilles d’argent et parés des couleurs du lotus et du Kimçuka ? Cela dit, Bhagavat répondit ainsi à Mañdjuçrî Kumâra : C’est, ô Mañdjuçrî, le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara qui, entouré et suivi par quatre-vingt-quatre fois cent mille myriades de kôtis de Bôdhisattvas, et sortant de la région orientale, de l’univers Vâirôtchanaraçmi-pratimandita, de la terre de Buddha du bienheureux Tathâgata Kamala…abhidjna, vient dans cet univers Saha avec l’intention de me voir, de m’honorer, de me servir, et pour écouter cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. Alors Mañdjuçrî Kumâra parla ainsi à Bhagavat : Quelle masse de racines de vertu a donc accumulée ce fils de famille, pour que par l’accumulation de cette masse de vertus, il ait acquis la supériorité qui le distingue ? Dans quelle méditation, ô Bhagavat, ce Bôdhisattva est-il plongé ? C’est là ce que nous désirons entendre, ô Bhagavat. Puissions-nous aussi, ô Bhagavat, nous plonger dans cette méditation ! Puissions-nous voir ce Bôdhisattva Mahâsattva, voir quelle est sa couleur, quelle est sa forme, quel attribut le distingue, quel est son état, quelle est sa conduite ! Que le Tathâgata consente à nous expliquer par quel prodige ce Bôdhisattva Mahâsattva a été tout d’un coup excité à venir dans l’univers Saha. Ensuite le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, s’adressa en ces termes au bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, qui était entré dans le Nirvâna complet : Opère, ô Bienheureux, un prodige tel que le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara soit excité à venir dans l’univers Saha. Alors le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, qui était entré dans le Nirvâna complet, opéra en ce moment un prodige à l’effet d’exciter le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara, Va, ô fils de famille, lui dit-il, dans l’univers Saha ; Mañdjuçrî Kumâra souhaite le plaisir de te voir. Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara, après avoir salué, en les touchant de la tête, les pieds du bienheureux Tathâgata Kamala…abhidjña, vénérable, après avoir tourné trois fois autour de lui en signe de respect, étant environné et suivi des quatre-vingt-quatre mille centaines de mille de myriades de kôtis de Bôdhisattvas, disparut tout d’un coup de l’univers Vâirôtchanaraçmi-pratimandita, et vint dans l’univers Saha, au milieu du tremblement des terres de Buddha, d’une pluie de fleurs de lotus, du bruit de cent mille myriades de kôtis d’instruments ; il vint avec un visage dont les yeux ressemblaient à la feuille du lotus bleu, avec un corps de la couleur de l’or, orné de cent mille marques de pureté, resplendissant de beauté, brillant d’éclat, ayant les membres marqués des signes de la beauté, et un corps dont la charpente solide était l’œuvre de Nârâyana.

Placé au sommet d’un édifice à étages élevés et fait des sept substances précieuses, il s’avançait suspendu dans l’air à la hauteur de sept empans, entouré, suivi par la troupe des Bôdhisattvas. S’étant rendu dans l’univers Saha, et, dans cet univers, au lieu où était situé Gridhrakûta, le roi des montagnes, il descendit du haut de sa demeure élevée, et ayant pris un collier de perles du prix de cent mille [pièces d’or], il se dirigea vers le lieu où se trouvait Bhagavat. Quand il y fut arrivé, ayant salué, en les touchant de la tête, les pieds de Bhagavat, et ayant tourné sept fois autour de lui en le laissant à sa droite, il lui présenta ce collier pour l’honorer, et l’ayant présenté, il parla ainsi à Bhagavat : Le bienheureux Tathâgata Kamala…abhidjña, vénérable, souhaite à Bhagavat peu de douleurs, peu de craintes, une position facile ; il lui souhaite l’énergie, l’habitude des contacts agréables ; car le Bienheureux a parlé ainsi : "Est-il, ô Bhagavat, une chose pour laquelle tu aies besoin de patience et de persistance ? Les éléments [dont se compose ton être] sont-ils en parfaite harmonie ? Les créatures qui t’appartiennent sont-elles douées d’intelligence, faciles à discipliner, faciles à guérir ? Ont-elles le corps pur ? Leur conduite est-elle exempte des excès de l’affection, de la haine, de l’erreur ? Ces êtres, ô Bhagavat, sont-ils affranchis de l’envie, de l’égoïsme, de l’ingratitude à l’égard de leurs pères et mères, de la haine contre les Brahmanes, des fausses doctrines, de la révolte des pensées, du désordre des sens ? Ces êtres ont-ils, grâce à toi, détruit les obstacles que leur opposait Mâra ? Le Tathâgata Prabhûtaratna, qui est entré dans le Nirvâna complet, s’est-il rendu dans l’univers Saha pour entendre la loi, assis au milieu d’un Stûpa fait des sept substances précieuses ? " Voici les vœux que le Bienheureux [qui m’envoie] adresse au bienheureux Prabhûtaratna : "Est-il, ô Bienheureux, une chose pour laquelle le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna ait besoin de patience et de persistance ? Le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna restera-t-il longtemps ici ? " Et nous aussi, ô Bhagavat, puissions-nous voir la forme des reliques du bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable ! Que Bhagavat consente à nous montrer la forme des reliques du bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable. Alors le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, parla ainsi au bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, qui était entré dans le Nirvâna complet : Le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara, ô Bienheureux, désire voir le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, qui est entré dans le Nirvâna complet. Alors le bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, parla ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara : Bien, bien, ô fils de famille, il est bon que tu sois venu dans le désir de me voir, ainsi que le Tathâgata Bhagavat Çâkyamuni, vénérable, et pour entendre cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, et pour voir Mañdjuçrî Kumâra. Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Padmaçrî parla ainsi à Bhagavat : Quelle racine de vertu, ô Bhagavat, le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara a-t-il fait croître autrefois, et en présence de quel Tathâgata ? Alors le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, parla ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Padmaçrî : Jadis, ô fils de famille, dans le temps passé, à une époque depuis laquelle se sont écoulés des Kalpas plus innombrables que ce qui est sans nombre, immenses, sans mesure et sans limite, dans ce temps et à cette époque, parut au monde le Tathâgata nommé Mêghadundubhisvararâdja, vénérable, doué de science et de conduite, dans l’univers nommé Sarvabuddhasamdarçana, dans le Kalpa Priyadarçana. Le Bôdhisattva Mahâsattva, vénérable, honora le bienheureux Tathâgata Mêgha…râdja, en faisant résonner pour lui cent mille instruments de musique, pendant la durée de douze cent mille années. Il lui offrit quatre-vingt-quatre mille vases faits de substances précieuses. C’est alors qu’en vertu de la prédication du Tathâgata Mêgha…râdja, le Bôdhisattva Gadgadasvara acquit une beauté telle [que celle qu’il possède aujourd’hui]. Pourrait-il, après cela, ô fils de famille, te rester quelque incertitude, quelque perplexité, ou quelque doute ? Il ne faut pas s’imaginer que dans ce temps et à cette époque il y eût un autre Bôdhisattva Mahâsattva, nommé Gadgadasvara, qui rendit ce culte au bienheureux Tathâgata Mêgha…râdja, qui lui offrit ces quatre-vingt-quatre mille vases. Pourquoi cela ? C’est que, ô fils de famille, c’était le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara lui-même qui rendit ce culte au bienheureux Tathâgata Mêgha…râdja, qui lui offrit ces quatre-vingt-quatre mille vases. C’est ainsi, ô fils de famille, que le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara a servi un grand nombre de Buddhas, qu’il a fait croître les racines de vertu qui étaient en lui sous un grand nombre de Buddhas, que, sous ces Buddhas, il s’est parfaitement purifié ; c’est ainsi que le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara a vu autrefois des Buddhas bienheureux en nombre égal à celui des sables du Gange. Vois-tu, ô Padmaçrî, sous sa propre forme, le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara ? Padmaçrî répondit : Je le vois, ô Bhagavat ; je le vois, ô Sugata.

Bhagavat dit : Eh bien, ô Padmaçrî, le Bôdhisattva Gadgadasvara enseigne, en prenant beaucoup de formes différentes, l’exposition de la loi du Lotus de la bonne loi ; par exemple, il enseigne cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, tantôt sous la forme de Brahmâ, tantôt sous celle de Rudra, tantôt sous celle de Çakra, tantôt sous celle d’Içvara, tantôt sous celle de Sênâpati, tantôt sous celle de Çiva, tantôt sous celle de Vâiçravana, tantôt sous celle d’un Tchakravartin, tantôt sous celle d’un Râdja commandant un fort, tantôt sous celle d’un chef de marchands, tantôt sous celle d’un maître de maison, tantôt sous celle d’un villageois, tantôt sous celle d’un Brahmane. Quelquefois c’est sous la forme d’un Religieux, d’autres fois sous celle d’une Religieuse, ou sous celle d’un fidèle de l’un ou de l’autre sexe, ou sous celle de la femme d’un chef de marchands, ou d’un maître de maison, où sous celle d’un enfant, ou sous celle d’une fille, que le Bôdhisattva Gadgadasvara a enseigné cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. C’est sous l’apparence d’autant de formes différentes que le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara a enseigné aux créatures l’exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. Sous l’apparence de ces différentes formes, ô fils de famille, le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara enseigne l’exposition de la loi du Lotus de la bonne loi aux créatures, et même à celles qui ont, les unes la forme de Yakchas, les autres celle d’Asuras, les autres celle de Garudas, les autres celle de Mahôragas. Le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara est le protecteur des êtres, même de ceux qui sont nés misérablement dans les Enfers, dans des matrices d’animaux, dans le monde de Yama. Revêtant la forme d’une femme, le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara enseigne l’exposition de la loi du Lotus de la bonne loi aux créatures même qui sont renfermées dans l’intérieur des gynécées. Dans cet univers Saha, il a enseigné la loi aux créatures. Oui, il est le protecteur, ô Padmaçrî, des créatures qui sont nées dans l’univers Saha et dans l’univers Vâirôtchanaraçmi-pratimandita, ce Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara. C’est sous ces formes qu’il revêt miraculeusement, que le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara enseigne aux créatures l’exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. Et il n’y a, ô vertueux personnage, ni diminution de la puissance surnaturelle du Bôdhisattva, ni anéantissement de sa sagesse. Telles sont, ô fils de famille, les manifestations de science par lesquelles le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara se fait connaître dans l’univers Saha. De même, dans d’autres univers égaux en nombre aux sables du Gange, il prend la figure d’un Bôdhisattva pour enseigner la loi aux créatures qui doivent être converties par un Bôdhisattva, celle d’un Çrâvaka pour l’enseigner aux créatures qui doivent être converties par un Çrâvaka, celle d’un Pratyêkabuddha pour l’enseigner aux créatures qui doivent être converties par un Pratyêkabuddha, celle d’un Tathâgata pour celles qui doivent être converties par un Tathâgata. A ceux qui ne peuvent être convertis que par les reliques du Tathâgata, il fait voir les reliques du Tathâgata. A ceux qui ne peuvent être convertis que par le Nirvâna complet, il se fait voir entrant lui-même dans le Nirvâna complet. Telle est, ô Padmaçrî, la force de la science dont le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara a obtenu la production. Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Padmaçrî parla ainsi à Bhagavat : Le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara a fait croître, ô Bhagavat, les racines de vertu qui étaient en lui. Quelle est, ô Bhagavat, la méditation par laquelle le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara, une fois qu’il y a été établi, a converti un aussi grand nombre d’êtres. Cela dit, le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, parla ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Padmaçrî : C’est, ô fils de famille, la méditation nommée la Manifestation de toutes les formes. C’est en étant ferme dans cette méditation que le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara a fait le bien d’un nombre immense d’êtres. Pendant que cette histoire de Gadgadasvara était exposée, les quatre-vingt-quatre centaines de mille de myriades de kôtis de Bôdhisattvas qui étaient venues dans l’univers Saha avec le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara, devinrent possesseurs de la méditation de la Manifestation de toutes les formes ; et dans l’univers Saha, il y eut une foule de Bôdhisattvas dont le nombre dépasse tout calcul, qui devinrent également possesseurs de cette méditation. Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara, après avoir rendu un culte étendu et complet au bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, et au Stupa qui contenait les reliques du bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, remontant de nouveau au sommet de son édifice élevé, fait des sept substances précieuses, au milieu du tremblement des terres de Buddha, des pluies de fleurs de lotus, du bruit de cent mille myriades de kôtis d’instruments, entouré et suivi de ses quatre-vingt-quatre centaines de mille de myriades de kôtis de Bôdhisattvas, regagna de nouveau la terre de Buddha qu’il habitait, et y étant arrivé, il parla ainsi au bienheureux Tathâgata Kamala…abhidjna, vénérable : J’ai fait, ô Bienheureux, dans l’univers Saha, le bien des créatures. J’ai vu et j’ai honoré le Stûpa contenant les reliques du bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable ; j’ai vu et j’ai honoré le bienheureux Çâkyamuni ; Mañdjuçrî Kumâra, ainsi que le Bôdhisattva Mahâsattva Bhâichadjyarâdja qui a acquis l’impétuosité de la force de la science, et le Bôdhisattva Mahâsattva Pradânaçûra ont été vus par moi ; et ces quatre-vingt-quatre centaines de mille de myriades de kôtis de Bôdhisattvas ont tous obtenu la méditation nommée l’Exposition de toutes les formes.

Or pendant qu’était exposé ce récit de l’arrivée et du départ du Bôdhisattva Mahâsattva Gadgadasvara, quarante-deux mille Bôdhisattvas acquirent la patience dans les lois surnaturelles ; et le Bôdhisattva Mahâsattva Padmaçrî obtint la possession de la méditation du Lotus de la bonne loi.

CHAPITRE XXIV.
RÉCIT PARFAITEMENT HEUREUX.

Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Akchayamati s’étant levé de son siège, après avoir rejeté sur son épaule son vêtement supérieur, et posé à terre le genou droit, dirigeant ses mains réunies en signe de respect du côté où se trouvait Bhagavat, lui adressa ces paroles : Pourquoi, ô Bhagavat, le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara porte-t-il ce nom ? Cela dit, Bhagavat parla ainsi au Bôdhisattva Akchayamati : fils de famille, tout ce qui existe en ce monde de centaines de mille de myriades de créatures qui souffrent des douleurs, toutes ces créatures n’ont qu’à entendre le nom du Bôdhisattva Avalôkitêçvara pour être délivrées de cette masse de douleurs. Ceux qui se rappellent le nom de ce Bôdhisattva Mahâsattva, s’ils viennent tomber dans une grande masse de feu, tous par la splendeur du Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara, seront délivrés de cette grande masse de feu. Si ces êtres, ô fils de famille, emportés par le courant des rivières, venaient à invoquer le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara, toutes ces rivières offriraient aussitôt un gué sûr à ces êtres. Si des centaines de mille de myriades de kôtis de créatures, montées sur un vaisseau au milieu de l’océan, voyaient l’or, les Suvarnas, les diamants, les perles, le lapis-lazuli, les conques, le cristal, le corail, le diamant, les émeraudes, les perles rouges et les autres marchandises dont leur navire est chargé, précipitées à la mer, et leur vaisseau jeté par une noire tempête sur l’île des Râkchasîs, et que dans ce vaisseau il y ait un être, ne fût-ce qu’un seul, qui vienne à invoquer le Bôdhisattva Avalôkitêçvara, tous seront délivrés de cette île des Râkchasîs. C’est pour cela, ô fils de famille, que le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara est appelé de ce nom. Si quelqu’un, ô fils de famille, échappant aux attaques des assassins, invoquait le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara, aussitôt s’emparant du glaive des meurtriers, l’homme attaqué les disperserait et les détruirait. Si cet univers formé d’un grand millier de trois mille mondes, était, ô fils de famille, rempli tout entier de Yakchas et de Râkchasas, le seul acte de prononcer le nom du Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara enlèverait la faculté de voir à tous ces êtres pleins de mauvaises pensées. Si un homme était lié par des chaîne s et par des anneaux de fer ou de bois, qu’il fût coupable ou innocent, il n’aurait qu’à prononcer le nom du Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara pour que ces chaîne s et ces anneaux s’ouvrissent immédiatement devant lui. Car telle est, ô fils de famille, la puissance du Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara. Si cet univers formé d’un grand millier de trois mille mondes, ô fils de famille, était plein de méchants, d’ennemis et de voleurs armés de glaives, et qu’un chef de marchands partît, ayant avec lui une grande caravane, riche en joyaux, chargée de biens précieux, et qu’au milieu de son voyage il vît ces voleurs, ces méchants armés de glaives, et que les ayant vus, effrayé, épouvanté, il se reconnût sans ressource ; et que le marchand parlât ainsi à la caravane : Ne craignez rien, ô fils de famille, ne craignez rien ; invoquez tous d’une seule voix le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara, qui donne la sécurité ; par là vous serez délivrés du danger dont vous menacent les voleurs et les ennemis. Qu’alors tous les marchands invoquent d’une seule voix Avalôkitêçvara : Adoration ! adoration au Bôdhisattva Avalôkitêçvara qui donne la sécurité ! Eh bien, par le seul acte de prononcer ce nom, la caravane serait délivrée de tous les dangers. Car telle est, ô fils de famille, la puissance du Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara.

Les êtres, ô fils de famille, qui agissent sous l’empire de la passion, après avoir adoré le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara, sont affranchis du joug de la passion ; et il en est de même de ceux qui agissent sous l’empire de la haine et de l’erreur. Car telle est, ô fils de famille, la grande puissance surnaturelle du Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara. La femme désirant un fils, qui adore le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara, obtient un fils, beau, aimable, agréable à voir, doué des signes caractéristiques de la virilité, aimé de beaucoup de gens, enlevant les cœurs, ayant fait croître les racines de vertu qui étaient en lui. Celle qui désire une fille, obtient une fille, belle, aimable, agréable à voir, douée de la perfection suprême d’une belle forme et des signes caractéristiques du sexe féminin, aimée de beaucoup de gens, enlevant les cœurs, ayant fait croître les racines de vertu qui étaient en elle. Car telle est, ô fils de famille, la puissance du Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara. Ceux qui adoreront, ô fils de famille, le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara et qui retiendront son nom, en retireront un avantage certain. Supposons, ô fils de famille, un homme qui adorerait le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara et qui retiendrait son nom, et un autre homme qui adorerait des Buddhas bienheureux en nombre égal à celui des sables de soixante-deux Ganges, qui retiendrait leurs noms, qui honorerait tous ces Buddhas bienheureux, pendant leur vie, pendant leur existence, pendant qu’ils seraient dans le monde, en leur offrant des vêtements, des vases pour recueillir les aumônes, des lits, des sièges, des médicaments destinés aux malades ; que penses-tu de cela, ô fils de famille ? quelle masse de mérites doit recueillir, de cette dernière action, le fils ou la fille de famille ? Cela dit, le Bôdhisattva Mahâsattva Akchayamati parla ainsi à Bhagavat : Elle est grande, ô Bhagavat, elle est grande, ô Sugata, la masse de mérites que ce fils ou cette fille de famille recueillerait comme conséquence de cette dernière action. Bhagavat reprit : Eh bien la masse de mérites que recueillerait le fils de famille qui aurait honoré un aussi grand nombre de Buddhas bienheureux, et la masse de mérites qui est recueillie par celui qui ne ferait qu’adresser, ne fut-ce qu’une seule fois, adoration au Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara, et qui retiendrait son nom, sont égales entre elles ; l’une n’est pas supérieure à l’autre. Ces deux masses de mérites ne sont pas plus considérables l’une que l’autre, pas plus celle de celui qui honorerait des bienheureux Buddhas en nombre égal à celui des sables de soixante-deux Ganges et qui retiendrait leurs noms, que celle de celui qui adorerait le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara et qui retiendrait son nom. Ces deux masses de mérites ne peuvent pas aisément se dissiper même pendant des centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas, tant est immense, ô fils de famille, le mérite qui résulte de l’action de retenir le nom du Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara. Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Akchayamati parla ainsi à Bhagavat : Comment, ô Bhagavat, le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara se trouve-t-il dans ce monde ? Comment enseigne-t-il la loi aux créatures ? Quel est le but que le Bôdhisattva Mahâsattva donne à son habileté dans l’emploi des moyens qu’il possède ? Cela dit, Bhagavat parla ainsi au Bôdhisattva Akchayamati : Il y a, ô fils de famille, des univers dans lesquels le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara enseigne la loi aux créatures sous la figure d’un Buddha, Il y a des univers où le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara enseigne la loi aux créatures sous la figure d’un Bôdhisattva. A quelques-uns, c’est sous la figure d’un Pratyêkabuddha que le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara enseigne la loi ; à d’autres, c’est sous celle d’un Çrâvaka, ou sous celle de Brahmâ, ou de Çakra, ou d’un Gandharva. Aux êtres faits pour être convertis par un Yakcha, c’est sous la figure d’un Yakcha qu’il enseigne la loi, et c’est ainsi qu’il prend les figures d’Içvara, de Mahêçvara, d’un Râdja Tchakravartin, d’un Piçâtcha, de Vâiçravana, de Sênâpati, d’un Brahmane, de Vadjrapâni, pour enseigner la loi aux créatures faites pour être converties par ces divers personnages. Telles sont, ô fils de famille, les qualités inconcevables à cause desquelles le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara est appelé de ce nom. C’est pourquoi, ô fils de famille, vous devez ici rendre un culte au Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara. Car le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara donne la sécurité aux créatures effrayées. Aussi est-il, dans cet univers Saha, désigné par le nom de Abhayamdada (celui qui donne la sécurité). Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Akchayamati parla ainsi à Bhagavat : Nous donnerons, ô Bhagavat, au Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara, la parure de la loi, le vêtement de la loi. Bhagavat reprit : Soit, puisque tu en trouves en ce moment l’occasion. Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Akchayamati ayant détaché de son cou un collier de perles du prix de cent mille [pièces d’or], l’offrit au Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara comme vêtement de la loi, en lui disant : Reçois de moi, ô homme vertueux, ce vêtement de la loi. Mais Avalôkitêçvara ne le reçut pas. Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Akchayamati parla ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara : Prends, ô fils de famille, ce collier de perles, pour nous témoigner ta miséricorde. Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara reçut des mains du Bôdhisattva Mahâsattva Akchayamati le collier de perles, par un sentiment de miséricorde pour le Bôdhisattva et pour les quatre assemblées, ainsi que pour les Dêvas, les Nâgas, les Yakchas, les Gandharvas, les Asuras, les Garudas, les Kinnaras, les Mahôragas, les hommes et les créatures n’appartenant pas à l’espèce humaine. Après l’avoir accepté, il fit deux saluts ; et après les avoir faits, il en adressa un au bienheureux Çâkyamuni ; et comme second salut, il inclina la tête devant le Stûpa de pierreries du bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna qui était entré dans le Nirvana complet. C’est, ô fils de famille, en développant de tels jeux de sa puissance que le Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara existe dans l’univers Saha.

Alors Bhagavat prononça dans cette occasion les stances suivantes :

1. Tchitradhvadja désira connaître, de la bouche d’Akchayamati, le sujet suivant : Pour quelle raison, ô fils de Djina, d’Avalôkitêçvara porte-t-il le nom qu’il a ?

2. Alors Akchayamati, qui est comme un océan de prières, après avoir porté ses regards sur tous les points de l’espace, s’adressa en ces termes à Tchitradhvadja : Ecoute quelle est la conduite d’Avalôkitêçvara.

3. Apprends de moi, qui vais te l’exposer complètement, comment, pendant un nombre de centaines de Kalpas que l’intelligence ne peut concevoir, il s’est perfectionné dans la prière qu’il adressait à de nombreux milliers de kôtis de Buddhas.

4. L’audition et la vue de [l’enseignement] et le souvenir régulier [de ce qu’on a entendu] ont pour résultat certain, ici-bas, d’anéantir toutes les douleurs et les chagrins de l’existence.

5. Si un homme venait à être précipité dans une fosse pleine de feu par un être méchant qui voudrait le détruire, il n’a qu’à se souvenir d’Avalôkitêçvara, et le feu s’éteindra comme s’il était arrosé d’eau.

6. Si un homme venait à tomber dans l’océan redoutable, qui est la demeure des Nâgas, des monstres marins et des Asuras, qu’il se souvienne d’Avalôkitêçvara qui est le roi des habitants des mers, et il n’enfoncera jamais dans l’eau.

7. Si un homme venait à être précipité du haut du Mêru par un être méchant qui voudrait le détruire, il n’a qu’à se souvenir d’Avalôkitêçvara qui est semblable au soleil, et il se soutiendra, sans tomber, au milieu du ciel.

8. Si des montagnes de diamant venaient à se précipiter sur la tête d’un homme pour le détruire, qu’il se souvienne d’Avalôkitêçvara, et ces montagnes ne pourront lui enlever un poil du corps.

9. Si un homme est entouré par une troupe d’ennemis, armés de leurs épées et ne songeant qu’à le détruire, il n’a qu’à se souvenir d’Avalôkitêçvara, pour qu’en un instant ses ennemis conçoivent en sa faveur des pensées de bienveillance.

10. Si quelqu’un, s’étant approché d’un lieu d’exécution, venait à tomber entre les mains du bourreau, il n’a qu’à se souvenir d’Avalôkitêçvara, pour que le glaive de l’exécuteur se brise en mille pièces.

11. Si un homme est enchaîné par des anneaux de fer ou de bois, il n’a qu’à se souvenir d’Avalôkitêçvara, pour que ses chaîne s tombent aussitôt.

12. La force des Mantras, les formules magiques, les herbes médicinales, les Bhûtas, les Vêtâlas, la destruction du corps, tous ces dangers sont renvoyés à leur auteur par celui qui se souvient d’Avalôkitêçvara.

13. Si un homme venait à être entouré de Yakchas, de Nâgas, d’Asuras, de Bhûtas et de Râkchasas qui ravissent aux hommes leur vigueur, qu’il se souvienne d’Avalôkitêçvara, et ces êtres ne pourront lui enlever un poil du corps.

14. Si un homme est environné de bêtes féroces et d’animaux sauvages, terribles, armés de défenses et d’ongles aigus, qu’il se souvienne d’Avalôkitêçvara, et ces animaux se disperseront aussitôt dans les dix points de l’espace.

15. Si un homme se trouve entouré de reptiles d’un aspect terrible, lançant le poison par les yeux, et répandant autour d’eux un éclat semblable à la flamme, il n’aura qu’à se souvenir d’Avalôkitêçvara, et ces animaux seront dépouillés de leur poison.

16. Si une pluie épaisse vient à tomber du milieu des nuages sillonnés par les éclairs et par la foudre, on n’a qu’à se souvenir d’Avalôkitêçvara, et la tempête se calmera au même instant.

17. Voyant les êtres accablés par de nombreuses centaines de misères et souffrant de maux nombreux, Avalôkitêçvara sauve, par l’énergie de sa science fortunée, les créatures réunies aux Dêvas.

18. Ayant atteint la perfection de l’énergie des facultés surnaturelles, exercé à l’emploi des moyens et à une science immense, il voit d’une manière complète les êtres renfermés dans tous tes univers situés vers les dix points de l’espace.

19. Alors les dangers des mauvaises voies de l’existence, les douleurs que souffrent les êtres dans les Enfers, dans des matrices d’animaux, sous l’empire de Yama, celles de la naissance, de la vieillesse, de la maladie disparaissent successivement.

Ensuite Akchayamati, plein de joie, prononça les stances suivantes :

20. O toi dont les yeux sont beaux, pleins de bienveillance, distingués par la sagesse et par la science, remplis de compassion, de charité et de pureté, toi dont les beaux yeux et le beau visage sont si aimables ;

21. O toi qui es sans tache, toi dont l’éclat est pur de toute souillure, toi qui répands la splendeur d’un soleil de science dégagé de toute obscurité, toi dont la lumière n’est interceptée par aucun nuage, tu brilles plein de majesté au-dessus des mondes.

22. Célébré pour la moralité de ta conduite laquelle naît de ta charité, semblable à un grand nuage de miséricorde et de bonnes qualités, tu éteins le feu du malheur qui consume les êtres, en faisant tomber sur eux la pluie de l’ambroisie de la loi.

23. L’homme qui tombe au milieu d’une fournaise, d’une dispute, d’un combat, d’un champ de bataille, d’un danger redoutable, n’a qu’à se souvenir d’Avalôkitêçvara, pour voir se calmer aussitôt la fureur de ses ennemis.

24. Il faut se souvenir d’Avalôkitêçvara dont la voix est comme le bruit du nuage ou du tambour, comme le mugissement de l’océan, comme la voix de Brahmâ, dont la voix enfin franchit la limite de l’espace où règne le son.

25. Souvenez-vous, souvenez-vous d’Avalôkitêçvara, de cet être pur ; ne concevez à ce sujet aucune incertitude ; au temps de la mort, au temps où la misère accable l’homme, il est son protecteur, son refuge, son asile.

26. Parvenu à la perfection de toutes les vertus, exprimant par ses regards la charité et la compassion pour tous les êtres, possédant les qualités véritables, Avalôkitêçvara, qui est comme un grand océan de vertus, est digne de tous les hommages.

27. Ce sage, si compatissant pour les créatures, sera dans un temps à venir un Buddha qui anéantira toutes les douleurs et les peines de l’existence ; aussi m’incliné-je devant Avalôkitêçvara.

28. Ce Guide des rois des chefs du monde, cette mine des devoirs du Religieux, ce sage honoré par l’univers, après avoir rempli les devoirs de la conduite religieuse, s’est mis en possession de l’état suprême et pur de Bôdhi.

29. Debout à la droite ou à la gauche du Guide [des hommes] Amitabha, qu’il rafraîchit de son éventail, s’étant rendu, à l’aide de la méditation qui est semblable à une apparence magique, dans toutes les terres de Buddha, il adore les Djinas.

30. A l’occident, là où se trouve Sukhavatî, cet univers pur qui est une mine de bonheur, est établi le Guide [des hommes] Amitabha, qui dirige les créatures comme un cocher.

31. Là il ne naît pas de femmes ; là les lois de l’union des sexes sont absolument inconnues ; là les fils du Djina, mis au monde par des transformations surnaturelles, paraissent assis au centre de purs lotus.

32. Et Amitabha, le Guide [des hommes], assis sur un trône formé du centre d’un pur et gracieux lotus, resplendit semblable au roi des Çâlas.

33. Ce Guide du monde dont je viens de célébrer les vertus accumulées, n’a pas son semblable dans les trois régions de l’existence ; et nous aussi, ô le meilleur de tous les hommes, puissions-nous bientôt devenir tels que tu es !

Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Dharammdhara, après s’être levé de son siège, après avoir rejeté sur son épaule son vêtement supérieur, et posé à terre le genou droit, dirigeant ses mains réunies en signe de respect du côté où se trouvait Bhagavat, lui parla ainsi : Ils ne posséderont pas peu de racines de vertu, ô Bhagavat, ceux qui entendront cette histoire du Bôdhisattva Mahâsattva Avalôkitêçvara, laquelle expose les jeux du Bôdhisattva et manifeste les prodiges de ses jeux sous le nom de Récit parfaitement heureux.

Or, pendant que ce récit parfaitement heureux était exposé par Bhagavat, quatre-vingt-quatre mille êtres vivants de cette assemblée conçurent l’idée de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, qui est et n’est pas uniforme.

CHAPITRE XXV.
ANCIENNE MEDITATION DU ROI ÇUBHAVYÛHA.

Ensuite Bhagavat s’adressa ainsi à l’assemblée tout entière des Bôdhisattvas : Jadis, ô fils de famille, dans le temps passé, à une époque depuis laquelle se sont écoulés des Kalpas plus innombrables que ce qui est sans nombre, dans ce temps et à cette époque, parut dans le monde le bienheureux Tathâgata Djaladhara-gardjitaglîôchasusvara-nakchatrarâdja-samkusumitâbhidjna, vénérable, doué de science et de conduite, dans le Kalpa Priyadarçana, dans l’univers Vâirôtchanaraçmi-pratimandita. Pendant que ce bienheureux Tathâgata enseignait, il existait un roi nommé Çubhavyûha ; ce roi, ô fils de famille, avait une femme nommée Vimaladattâ, et deux fils, l’un nommé Vimalagarbha, l’autre Vimalanêtra. Ces deux fils étaient doués d’une puissance surnaturelle, de sagesse, de vertu, de science ; ils étaient appliqués à l’accomplissement des devoirs imposés aux Bôdhisattvas ; par exemple, à la perfection de l’aumône, à celle de la morale, à celle de la patience, à celle de l’énergie, à celle de la contemplation, à celle de la sagesse, à celle de l’habileté dans l’emploi des moyens ; ils étaient pleins de charité, de miséricorde, de contentement, d’indifférence ; ils avaient accompli d’une manière parfaite jusqu’aux trente-sept conditions qui constituent l’état de Bôdhi. Ils étaient arrivés au terme de la méditation Vimala (pure), de la méditation Nakchatratârârâdjâditya (le soleil roi des étoiles et des constellations), de la méditation Vimaianirbhâsa (la splendeur sans tache), de la méditation Vimalabhâsa (l’éclat sans tache), de la méditation Alamkârasûra (le soleil des ornements), de la méditation Mahâtêdjôgarbha (l’essence de la grande splendeur). Or, en ce temps-là et à cette époque, le bienheureux Tathâgata enseignait l’exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, par compassion pour les créatures et pour le roi Çubhavyûha. Alors les deux jeunes princes Vimalagarbha et Vimalanêtra, s’étant rendus au lieu où se trouvait leur mère, lui dirent, les mains réunies en signe de respect : Nous irons, chère mère, en la présence du bienheureux Tathâgata Djaladhara…abhidjna, vénérable, pour le voir, pour l’honorer, pour le servir. Pourquoi cela ? C’est que le bienheureux Tathâgata Djaladhara…abhidjna, vénérable, explique d’une manière développée l’exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, en présence du monde formé de la réunion des hommes et des Dêvas ; nous irons entendre son enseignement. Cela dit, Vimaladattâ, la femme du roi, répondit ainsi à Vimalagarbha et à Vimalanêtra : Votre père, ô fils de famille, le roi Çubhavyûha, est favorable aux Brahmanes ; c’est pourquoi vous n’obtiendrez pas la permission d’aller voir le Tathâgata. Alors les deux jeunes princes Vimalagarbha et Vimalanêtra, réunissant leurs mains en signe de respect, parlèrent ainsi à leur mère : Nés dans une famille qui suit la fausse doctrine, nous sommes devenus les fils du Roi de la loi.

Alors Vimaladattâ, la femme du roi, dit à ses deux enfants : Bien, bien, ô fils de famille ; par compassion pour le roi Çubhavyûha votre père, faites paraître quelque prodige, pour qu’il vous témoigne de la bienveillance, et que, par suite de ce sentiment, il vous accorde la permission d’aller voir le bienheureux Tathâgata Djaladhara…abhidjna, vénérable. Alors, ô fils de famille, les deux jeunes princes Vimalagarbha et Vimalanê tra, s’étant élevés en l’air à la hauteur de sept empans, par compassion pour le roi Çubhavyûha leur père, accomplirent les prodiges que le Buddha leur permit de faire. Tous deux suspendus en l’air, ils s’y assirent, ils y marchèrent, ils y soulevèrent de la poussière. Tantôt de la partie inférieure de leur corps s’échappait un courant d’eau, et de la partie supérieure s’élançait une masse de feu ; tantôt c’était de la partie supérieure que jaillissait l’eau et de la partie inférieure que sortait le feu. Tantôt ils grandissaient au milieu des airs, et devenaient ensuite comme des nains ; tantôt, après être devenus comme des nains, ils grandissaient tout à coup. Ils disparaissaient du milieu des airs, et s’étant plongés sous terre, ils s’élançaient de nouveau dans le ciel. Tels furent, ô fils de famille, les prodigieux effets de leur puissance surnaturelle, lesquels convertirent le roi Çubhavyûha leur père. Le roi, en effet, ayant vu les miracles opérés par ses deux fils, content, satisfait, ravi, l’esprit transporté, plein de joie, de satisfaction et de plaisir, tenant ses mains jointes, parla ainsi à ses enfants : Quel est, ô fils de famille, votre maître, et de qui êtes-vous les disciples ? Alors les deux jeunes princes parlèrent ainsi au roi Çubhavyûha : Il y a, ô grand roi, il existe un bienheureux Tathâgata Djaladhara…abhidjna, vénérable ; assis sur le trône de la loi, auprès d’un arbre Bôdhi fait de substances précieuses, il explique d’une manière développée l’exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, en présence du monde réuni aux Dêvas. Ce bienheureux est notre maître, et nous sommes, ô grand roi, ses disciples. Alors le roi Çubhavyûha dit aux deux jeunes princes : Nous verrons nous-mêmes, ô fils de famille, votre maître ; nous irons nous-mêmes en la présence du Bienheureux. Ensuite, ô fils de famille, les deux jeunes princes étant descendus du haut des airs, se rendirent au lieu où se trouvait leur mère, et après avoir réuni leurs mains en signe de respect, ils lui parlèrent ainsi : Notre père vient d’être converti à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, nous avons rempli à son égard l’office de maîtres ; c’est pourquoi tu peux maintenant nous laisser aller ; nous irons, en présence du bienheureux Tathâgata, embrasser la vie religieuse. Ensuite les deux princes adressèrent à leur mère les deux stances suivantes :

1. Daigne consentir, chère mère, à ce que nous entrions dans la vie religieuse en quittant la maison ; nous allons devenir religieux, car un Tathâgata est aussi difficile à rencontrer

2. Que le fruit de l’Udumbara ; le Djina est même plus difficile à obtenir. Après avoir abandonné la maison, nous allons entrer dans la vie religieuse ; car le bonheur d’un moment n’est pas facile à rencontrer.

Aussitôt Vimaladattâ, femme du roi, reprit en ces termes :

3. Je vous laisse aller aujourd’hui, partez, mes enfants, c’est bien ; et nous aussi nous entrerons dans la vie religieuse ; car c’est un être difficile à rencontrer qu’un Tathâgata.

Ensuite les deux jeunes gens, après avoir prononcé les deux stances précédentes, s’adressèrent ainsi à leurs père et mère : Bien, chers père et mère, réunis avec vous, nous irons tous ensemble auprès du bienheureux Tathâgata Djaladhara…abhidjna, vénérable, pour voir ce Bienheureux, pour l’honorer, pour le servir et pour entendre la loi. Pourquoi cela ? C’est que c’est une chose difficile à rencontrer que la naissance d’un Buddha, aussi difficile à rencontrer que la fleur de l’Udumbara, que l’introduction du col d’une tortue dans l’ouverture d’un joug formé par le grand océan. Elle est difficile à rencontrer, ô chers père et mère, l’apparition des bienheureux Buddhas. Aussi est-ce pour nous un mérite suprême d’être nés en ce monde au temps de la prédication d’un Buddha. Laissez-nous donc partir, chers père et mère ; nous irons embrasser la vie religieuse sous l’enseignement du bienheureux Tathâgata Djaladhara……abhidjña, vénérable. Pourquoi cela ? C’est que c’est une chose difficile à obtenir que la vue d’un Tathâgata. C’est une chose difficile à rencontrer, au temps d’aujourd’hui, qu’un tel Roi de la loi, une chose extrêmement difficile à rencontrer qu’un être décoré de telles marques de perfection. Or en ce temps-là, ô fils de famille, les femmes au nombre de quatre vingt-quatre mille, dont se composait le gynécée du roi Çubhavyûha, devinrent capables de recevoir l’exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. Le jeune Vimalanêtra s’exerça sur cette exposition de la loi, et le jeune Vimalagarbha pratiqua, pendant plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas, la méditation Sarvasattvapâpadjahana (l’abandon du péché par la totalité des créatures), en disant : Comment faire pour que toutes les créatures renoncent à toute espèce de péchés ! La mère de ces deux jeunes princes, Vimaladattâ, femme du roi, acquit la connaissance de l’accord des discours de tous les Buddhas et l’intelligence des passages mystérieux de toutes leurs lois. Ensuite, ô fils de famille, le roi Çubhavyûha fut converti par ses deux fils à la loi du Tathâgata ; il y fut introduit, mûri complètement avec la foule de tous ses serviteurs ; et la femme du roi, Vimaladattâ, avec la suite de tous ses gens, et les deux jeunes princes, fils du roi Çubhavyûha, avec quarante-deux mille êtres vivants, avec leurs gynécées et leurs ministres, réunis tous ensemble, s’étant rendus au lieu où se trouvait le bienheureux Tathâgata Djaladhara…abhidjna, vénérable, après avoir adoré ses pieds en les touchant de leur tête, et avoir tourné sept fois autour de lui en le laissant à leur droite, se tinrent debout à l’écart. Alors le bienheureux Tathâgata Djaladhara…abhidjna, vénérable, voyant que le roi Çubhavyûha était arrivé avec sa suite, l’instruisit complètement, l’éclaira, l’excita et le remplit de joie par un entretien relatif à la loi. Alors, ô fils de famille, le roi Çubhavyûha fut bien et complètement instruit, éclairé, excité et rempli de joie par l’entretien relatif à la loi qu’avait eu avec lui le bienheureux Tathâgata. En ce moment, content, ravi, l’âme transportée, plein de joie, de satisfaction et de plaisir, après avoir attaché sur la tête de son jeune frère la bandelette royale, et l’ayant établi roi, Çubhavyûha, suivi de ses fils et de ses gens, puis Vimaladattâ, la reine, également suivie de la troupe de toutes ses femmes, et ses deux fils avec quatre-vingt-quatre mille êtres vivants, réunis tous ensemble, pleins de foi dans l’enseignement du bienheureux Tathâgata Djaladhara…abhidjña, vénérable, quittèrent leur maison pour entrer dans la vie religieuse ; et après qu’ils y furent entrés, le roi Çubhavyûha, avec la suite de ses gens, passa quatre-vingt-quatre mille années dans l’application, occupé à contempler, à méditer, à approfondir cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. Ensuite le roi Çubhavyûha, parvenu au terme de ces quatre-vingt-quatre mille ans, acquit la méditation nommée la Série des ornements de toutes les qualités, et aussitôt qu’il eut acquis cette méditation, il s’éleva dans les airs à la hauteur de sept empans. Alors, ô fils de famille, le roi Çubhavyûha, se tenant suspendu en l’air, parla ainsi au bienheureux Tathâgata Djaladhara…abhidjna, vénérable.

Mes deux fils que voilà, ô Bhagavat, sont mes maîtres ; car c’est par les miracles, effets de leur puissance surnaturelle, que j’ai été détaché de cette grande foule de fausses doctrines, que j’ai été établi dans l’enseignement du Tathâgata, que j’ai été mûri et introduit dans cette loi et excité à voir et à honorer le Tathâgata. Ce sont de vertueux amis, ô Bhagavat, que ces deux jeunes gens qui sont nés dans ma maison comme mes fils, c’est à-dire pour rappeler à mon souvenir l’ancienne racine de vertu qui était en moi. Cela dit, le bienheureux Tathâgata Djaladhara…abhidjna, vénérable, parla ainsi au roi Çubhavyûha : C’est, ô grand roi, comme tu le dis toi-même ; car pour les fils ou pour les filles de famille, ô grand roi, en qui se sont développées des racines de vertu, et qui sont nés dans les lieux où se sont accomplies la naissance et la mort d’un Bienheureux, il est facile d’obtenir des amis vertueux, qui remplissent à leur égard l’office de maîtres. Des amis vertueux sont des précepteurs, des introducteurs, des conducteurs qui mènent à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. C’est une noble position, ô grand roi, que l’acquisition d’amis vertueux, laquelle procure la vue d’un Tathâgata. Vois-tu, ô grand roi, ces deux jeunes gens ? Le roi répondit : Je les vois, ô Bhagavat ; je les vois, ô Sugata. Le Bienheureux reprit : Eh bien, ces deux fils de famille, ô grand roi, rendront un culte à des Tathâgatas bienheureux, vénérables, en nombre égal à celui des sables de soixante-cinq Ganges ; ils posséderont cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, par compassion pour les créatures livrées à de fausses doctrines, et pour faire naître, dans les créatures livrées à l’erreur, un effort vers la bonne doctrine. Alors, ô fils de famille, le roi Çubhavyûha, étant descendu de l’atmosphère, réunissant ses mains en signe de respect, parla ainsi au bienheureux Tathâgata Djaladhara…abhidjna, vénérable : Bien, bien, que le Tathâgata consente à m’enseigner de quelle science il faut que le Tathâgata soit doué, pour qu’on voie briller sur sa tête l’éminence qui la distingue, pour que le Bienheureux ait les yeux purs, pour que brille entre ses deux sourcils un cercle de poils dont l’éclat ressemble à la blancheur du disque de la lune, pour qu’une rangée de dents unies et serrées brille dans sa bouche, pour qu’il ait les lèvres comme le fruit de la plante Bimbâ et qu’il ait de beaux yeux. Ensuite, ô fils de famille, le roi Çubhavyûha ayant loué par cette énumération de ses qualités le bienheureux Tathâgata Djaladhara…abhidjña, vénérable, et l’ayant célébré en chantant cent mille myriades de kôtis d’autres mérites qui le distinguaient, parla ainsi dans cette occasion au bienheureux Tathâgata : C’est une chose merveilleuse, ô Bienheureux, combien l’enseignement du Tathâgata produit de grands avantages ; de combien de qualités qui échappent à l’imagination, est douée la discipline de la loi, exposée par le Tathâgata ; combien l’instruction donnée par le Tathâgata arrive heureusement à son but. A partir de ce jour, ô Bienheureux, nous n’obéirons plus en esclaves à notre esprit, nous n’obéirons plus en esclaves aux fausses doctrines, nous n’obéirons plus en esclaves à la production des pensées de péché. En possession ô Bienheureux, de telles conditions vertueuses, je ne désire plus quitter la présence du Bienheureux.

Après avoir salué, en les touchant de la tête, les pieds du bienheureux Tathâgata Djaladhara…abhidjna, vénérable, le roi, s’élançant dans le ciel, se tint debout. Ensuite le roi Çubhavyûha et sa femme Vimaladattâ jetèrent du haut des airs, sur le Bienheureux, un collier de perles de la valeur de cent mille [pièces d’or] ; et ce collier ne fut pas plutôt jeté, qu’un édifice élevé, fait de colliers de perles, s’arrêta au-dessus de la tête du Bienheureux, supporté sur quatre bases, ayant quatre colonnes, régulier, bien construit, beau à voir. Et au sommet de cet édifice parut un lit recouvert de plusieurs centaines de mille de pièces d’étoffes précieuses ; et sur ce lit se montra une forme de Tathâgata, ayant les jambes croisées et ramenées sous son corps. Alors cette réflexion vint à l’esprit du roi Çubhavyûha : Il faut que la science du Buddha ait une grande puissance, et que le Tathâgata soit doué de qualités qui échappent à la pensée, pour qu’au sommet de cet édifice ait apparu cette forme de Tathâgata aimable, agréable à voir, douée de la perfection d’une beauté supérieure. Alors le bienheureux Tathâgata Djaladhara…abhidjna, vénérable, s’adressa ainsi aux quatre assemblées : Voyez-vous, ô Religieux, le roi Çubhavyûha se tenant suspendu en l’air et faisant entendre le rugissement du lion ? Les Religieux répondirent : Nous le voyons. Eh bien, reprit Bhagavat, le roi Çubhavyûha, ô Religieux, après être devenu Religieux sous mon enseignement, sera dans le monde le bienheureux Tathâgata Çâlêndrarâdja, vénérable, doué de science et de conduite. Il naîtra dans l’univers Vistîrnavatî, et le Kalpa dans lequel il paraîtra portera le nom d’Abhyudgatarâdja. Ce bienheureux Tathâgata, vénérable, ô Religieux, aura une assemblée immense de Bôdhisattvas, une assemblée immense de Çrâvakas. L’univers Vistîrnavatî qu’il habitera, sera uni comme la paume de la main, et reposera sur un fonds de lapis-lazuli. C’est ainsi qu’il deviendra un Tathâgata, vénérable, tel que l’esprit ne peut l’imaginer. Pourrait-il, après cela, ô fils de famille rester encore en vous quelque incertitude, quelque perplexité, quelque doute ? Il ne faut pas vous imaginer que ce fut un autre [que Padmaçrî] qui en ce temps-là et à cette époque était le roi nommé Çubhavyûha. Pourquoi cela ? C’est que c’est le Bôdhisattva Padmaçrî qui dans ce temps-là et à cette époque était le roi Çubhavyûha. Pourrait-il après cela, ô fils de famille, rester encore en vous quelque incertitude, quelque perplexité ou quelque doute ? Il ne faut pas vous imaginer que ce fût un autre [que Vâirôtchana…dhvadja] qui en ce temps-là et à cette époque était Vimaladattâ, femme du roi Çubhavyûha. Pourquoi cela ? C’est que c’est le Bôdhisattva Mahâsattva nommé Vâirôtchana…dhvadja, qui dans ce temps-là et à cette époque était Vimaladattâ la femme du roi. C’est par compassion pour le roi Çubhavyûha et pour les créatures, qu’il avait pris le rôle de femme du roi Çubhavyûha. Pourrait-il, après cela, ô fils de famille, rester en vous quelque incertitude, quelque perplexité ou quelque doute ? Il ne faut pas vous imaginer que ce fussent deux autres hommes [que Bhâichadjyarâdja et Bhâichadjyasamudgata] qui dans ce temps-là et à cette époque étaient ces deux jeunes princes. Pourquoi cela ? C’est que c’étaient Bhâichadjyarâdja et Bhâichadjyasamudgata qui dans ce temps-là et à cette époque étaient les deux fils de Çubhavyûha. C’est ainsi que les deux Bôdhisattvas Bhâichadjyarâdja et Bhâichadjyasamudgata, doués, ô fils de famille, de qualités qui échappent à l’imagination, et qui ont fait croître les racines de vertu qui étaient en eux, sous plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Buddhas ; c’est ainsi que ces deux hommes vertueux sont doués de mérites inconcevables. Ceux qui se rappelleront le nom de ces deux hommes vertueux, deviendront tous dignes de respect dans le monde réuni aux Dêvas. Or, pendant que ce récit de l’ancienne méditation [du roi Çubhavyûha] était exposé, quatre-vingt-quatre fois cent mille êtres vivants acquirent, dans toutes les lois, la perfection de la vue de la loi pure et sans tache.

CHAPITRE XXVI.
SATISFACTION DE SAMANTABHADRA.

Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Samantabhadra, qui se trouvait à l’orient, entouré, suivi par des Bôdhisattvas Mahâsattvas qui dépassaient tout calcul, au milieu du tremblement des terres de Buddha, à travers une pluie de fleurs de lotus accompagnée du bruit de cent mille myriades de kôtis d’instruments, s’avançant avec la grande puissance des Bôdhisattvas, avec leur grande facilité à se transformer, avec leur grand pouvoir surnaturel, avec leur grande magnanimité, avec leurs grandes facultés, avec le grand éclat de leur visage resplendissant, avec leur grand véhicule, avec leur grande force à produire des miracles, Samantabhadra, dis-je, entouré, suivi par de grandes troupes de Dêvas, de Nâgas, de Yakchas, de Gandharvas, d’Asuras, de Kinnaras, de Mahôragas, d’hommes et d’êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine, au milieu d’une foule de miracles, produits par sa puissance surnaturelle et que la pensée ne pourrait concevoir, se rendit dans l’univers Saha ; et après s’être dirigé vers le lieu où est situé Gridhrakûta le roi des montagnes, et où se trouvait Bhagavat, après avoir salué, en les touchant de la tête, les pieds de Bhagavat, et avoir tourné sept fois autour de lui en le laissant sur sa droite, il lui parla ainsi : J’arrive ici, ô Bhagavat, de la terre de Buddha du bienheureux Tathâgata Ratnatédjôbhyudgatarâdja, sachant qu’ici, ô Bhagavat, dans cet univers Saha, a lieu l’exposition de la loi du Lotus de la bonne loi ; je suis venu ici pour l’entendre, en présence du bienheureux Tathâgata Çâkyamuni. Et toutes ces centaines de mille de Bôdhisattvas, ô Bhagavat, sont venues également pour entendre cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. Que Bhagavat consente donc à l’enseigner ; que le Tathâgata, vénérable, etc., explique en détail cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi aux Bôdhisattvas Mahâsattvas. Cela dit, Bhagavat parla ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Samantabhadra : Ces Bôdhisattvas, ô fils de famille, sont intelligents, mais cependant cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi est comme la vérité indivisible. Les Bôdhisattvas répondirent : C’est cela, ô Bhagavat, c’est cela, ô Sugata. Alors, pour établir dans cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi les Religieux et les fidèles des deux sexes qui se trouvaient réunis dans cette assemblée, Bhagavat parla de nouveau ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Samantabhadra : Cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, ô fils de famille, ne tombera dans les mains d’une femme que si celle-ci est douée de quatre conditions. Et quelles sont ces quatre conditions ? C’est qu’elle recevra la bénédiction des bienheureux Buddhas ; qu’elle fera croître les racines de vertu qui seront en elle ; qu’elle sera établie sur l’amas de la certitude ; qu’elle concevra l’idée de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, dans le dessein de sauver tous les êtres.

Ce sont là, ô fils de famille, les quatre conditions dont devra être douée la femme à laquelle sera confiée cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi. Ensuite le Bôdhisattva Mahâsattva Samantabhadra parla ainsi à Bhagavat : Je veillerai, ô Bhagavat, à la fin des temps, dans la dernière période, dans les cinq cents dernières années [du Kalpa], sur les Religieux qui posséderont ce Sûtra ; j’assurerai leur sécurité ; je les protégerai contre le bâton et contre le poison, de sorte qu’aucun de ceux qui chercheront l’occasion de surprendre ces interprètes de la loi, ne puisse y parvenir, et que Mâra le pêcheur, voulant les surprendre, ne puisse y réussir, non plus que les fils de Mâra, ni les Mârakâyikas, fils des Dêvas, ni les serviteurs de Mâra ; de sorte qu’ils ne soient plus entourés de Mâras ; de sorte que ni les fils des Dêvas, ni les Yakchas, ni les Prêtas, ni les Putanâs, ni les Krityas, ni les Vêtâlas désirant, cherchant l’occasion de surprendre ces interprètes de la loi, ne puissent y parvenir. Je garderai, ô Bhagavat, toujours, sans cesse, dans tous les temps, un tel interprète de la loi. Et quand cet interprète de la loi, après avoir dirigé l’application de son esprit sur cette exposition de la loi, sera occupé à se promener, alors, ô Bhagavat, je m’avancerai à sa rencontre, porté sur un éléphant de couleur blanche et armé de six dents ; je me dirigerai, entouré d’une troupe de Bôdhisattvas, vers l’endroit où se promènera cet interprète de la loi, afin de garder cette exposition de la loi. De plus, si pendant que cet interprète de la loi dirigera l’application de son esprit sur cette exposition de la loi, il venait à en laisser échapper ne fût-ce qu’un seul mot ou qu’une seule lettre, alors monté sur ce roi des éléphants, de couleur blanche et armé de six dents, me montrant face à face à cet interprète de la loi, je prononcerai de nouveau cette exposition de la loi dans son entier. Et cet interprète de la loi m’ayant vu, et ayant entendu de ma bouche cette exposition de la loi dans son entier, satisfait, ravi, l’âme transportée, plein de joie, de satisfaction et de plaisir, acquerra une grande force dans cette exposition de la loi ; et aussitôt qu’il me verra, il obtiendra la méditation. Et il sera en possession des formules magiques nommées l’Accumulation des formules magiques, l’Accumulation de cent mille kôtis, et l’Habileté dans tous les sons. Si à la fin des temps dans la dernière période, pendant les cinq cents dernières années [du Kalpa], ô Bhagavat, des Religieux ou des fidèles de l’un ou de l’autre sexe, possédant, écrivant, recherchant, récitant ainsi cette exposition de la loi, s’appliquaient, en se promenant trois fois sept, ou vingt et un jours, à cette exposition de la loi, je leur montrerai mon propre corps dont la vue est agréable à tous les êtres. Monté sur un éléphant de couleur blanche et armé de six dents, environné d’une foule de Bôdhisattvas, je me rendrai, le vingt et unième jour, au lieu où se promènent les interprètes de la loi, et y étant arrivé, j’instruirai ces interprètes de la loi je leur ferai accepter l’enseignement, je les exciterai, je les remplirai de joie, et je leur donnerai des formules magiques, de sorte que ces interprètes de la loi ne pourront être opprimés par personne ; de sorte qu’aucun être, soit parmi les hommes, soit parmi ceux qui n’appartiennent pas à l’espèce humaine, ne trouvera l’occasion de les surprendre, et que les femmes ne pourront les entraîner. Je veillerai sur eux ; j’assurerai leur sécurité, je les protégerai contre le bâton et contre le poison. Et je donnerai à ces prédicateurs de la loi les paroles des formules magiques ; écoute quelles sont les paroles de ces formules :

(Phrase en sanscrit, la formule est gardée secrète)

Ce sont là, ô Bhagavat, les mots des formules magiques. Le Bôdhisattva, ô Bhagavat, dont l’ouïe sera frappée de ces formules magiques, devra reconnaître que c’est la bénédiction du Bôdhisattva Mahâsattva Samantabhadra [qu’il vient d’entendre]. Et les Bôdhisattvas Mahâsattvas dans les mains desquels tombera cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, ô Bhagavat, pendant qu’elle se trouvera dans le Djambudvîpa, ces Bôdhisattvas, dis-je, interprètes de la loi, devront reconnaître ce qui suit : Oui, c’est grâce à la puissance et à la splendeur du Bôdhisattva Mahâsattva Samantabhadra que cette exposition de la loi est tombée dans nos mains. Les êtres, ô Bhagavat, qui écriront et qui posséderont ce Sûtra, acquerront la conduite du Bôdhisattva Mahâsattva Samantabhadra ; ils deviendront de ceux qui auront fait croître, sous beaucoup de Buddhas, les racines de vertu qui étaient en eux, de ceux dont le Tathâgata essuie le front avec sa main. Ces êtres, ô Bhagavat, feront une chose qui m’est agréable. Ceux qui écriront ce Sûtra et qui en comprendront le sens, s’ils viennent, ô Bhagavat, à quitter ce monde, après l’avoir écrit, renaîtront pour aller partager la condition des Dêvas Trayastrimças. A peine seront-ils nés parmi eux, que quatre-vingt-quatre mille Apsaras s’avanceront à leur rencontre. Ornés d’un diadème large comme un grand tambour, ces fils des Dêvas demeureront au milieu de ces Apsaras. Voilà, ô Bhagavat, la masse de mérites que l’on recueille, lorsqu’on a écrit cette exposition de la loi ; que dire de celle que l’on recueille quand on l’enseigne, quand on en fait sa propre lecture, quand on la médite, quand on la grave dans son esprit ? C’est pourquoi, ô Bhagavat, il faut honorer en ce monde cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, il faut l’écrire, il faut la saisir de toute sa pensée. Celui qui l’écrira en y apportant une attention que rien ne soit capable de détourner, verra des milliers de Buddhas lui tendre la main, et, au moment de sa mort, des milliers de Buddhas lui montreront leur visage. Il n’ira pas tomber dans les misères des mauvaises voies. Et quand il aura quitté ce monde, il renaîtra pour aller partager le sort des Dêvas Tuchitas, au milieu desquels réside le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya, et où, portant les trente-deux signes de la beauté, entouré d’une troupe de Bôdhisattvas, servi par cent mille myriades de kôtis d’Apsaras, il enseigne la loi. C’est pourquoi le fils ou la fille de famille qui est sage, doit en ce monde, après avoir honoré cette exposition de la loi, l’enseigner, la lire, la méditer, la graver dans son esprit. Après avoir écrit, ô Bhagavat, cette exposition de la loi, après l’avoir enseignée, après l’avoir lue, après l’avoir méditée, après l’avoir gravée dans son esprit, il entrera en possession de ces innombrables qualité s. C’est pourquoi, ô Bhagavat, je bénirai moi-même en ce monde cette exposition de la loi, afin que, grâce à ma bénédiction, elle subsiste dans le Djambudvîpa.

En ce moment, le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, donna son assentiment au Bôdhisattva Mahâsattva Samantabhadra : Bien, bien, ô Samantabhadra ; oui, c’est pour l’avantage et pour le bonheur de beaucoup d’êtres, par compassion pour le monde, pour l’utilité, l’avantage et le bonheur du grand corps des créatures, que tu es accompli, toi qui es doué de mérites inconcevables, toi qui, avec une attention extrême, portée à son comble par une grande miséricorde, avec une conception perfectionnée d’une manière inconcevable, donnes ta bénédiction à ces interprètes de la loi. Les fils ou les filles de famille qui retiendront le nom du Bôdhisattva Mahâsattva Samantabhadra, auront vu, il faut le reconnaître, le Tathâgata Çâkyamuni ; ils auront entendu cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi de la bouche du bienheureux Çâkyamuni ; ils auront adoré ce Bienheureux ; ils auront donné leur assentiment à l’enseignement de la loi fait par le Tathâgata Çâkyamuni ; ils auront accepté en la louant cette exposition de la loi. Le Tathâgata Çâkyamuni aura posé ses mains sur leur tête ; le bienheureux Çâkyamuni aura été recouvert de leur vêtement. Il faut regarder, ô Samantabhadra, ces fils ou ces filles de famille comme, possédant l’enseignement du Tathâgata ; ils n’éprouveront pas de plaisir dans la doctrine des Lôkâyatas ; les hommes livrés à la poésie ne leur plairont pas ; les danseurs, les musiciens, les lutteurs, les vendeurs de viande, les bouchers, ceux qui font le commerce des coqs ou des porcs, ceux qui entretiennent des femmes [pour les autres], ne leur plairont pas davantage. Après qu’ils auront entendu. ce Sûtra, qu’ils l’auront écrit, possédé, prêché, rien autre chose ne pourra leur plaire. De tels êtres doivent être regardés comme doués de la nature propre de la loi ; ils posséderont chacun la compréhension personnelle la plus profonde. Ils seront capables de produire la force de leur propre vertu et agréables à voir pour les créatures, les Religieux qui posséderont ainsi ce Sûtra. Ils ne seront esclaves ni de l’affection, ni de la haine, ni de l’erreur, ni de l’envie, ni de l’égoïsme, ni de l’hypocrisie, ni de l’orgueil, ni de l’arrogance, ni du mensonge. Ces interprètes de la loi, ô Samantabhadra, se contenteront de ce qu’ils posséderont. Ceux, ô Samantabhadra, qui à la fin des temps, dans la dernière période, dans les cinq cents dernières années [du Kalpa], verront un Religieux possédant cette exposition de la loi du Lotus de la bonne loi, devront, après l’avoir vu, concevoir cette pensée : Ce fils de famille parviendra au trône de la Bôdhi ; ce fils de famille vaincra la foule des soldats de Mâra ; il fera tourner la roue de la loi ; il fera résonner les timbales de la loi ; il fera retentir la conque de la loi ; il fera tomber la pluie de la loi ; il montera sur le trône de la loi. Ceux qui à la fin des temps, dans la dernière période, dans les cinq cents dernières années [du Kalpa], posséderont cette exposition de la loi, ne seront pas des Religieux avides, désirant avec passion des vêtements et des boissons. Ces interprètes de la loi seront justes ; ils posséderont les trois moyens de délivrance ; ils seront exempts de la nécessité de reparaître à l’avenir dans les conditions de ce monde. Mais ceux qui jetteront dans le trouble de tels interprètes de la loi, deviendront aveugles. Ceux qui feront entendre des injures à de tels Religieux possesseurs de la loi, verront, dans ce monde même, leur corps marqué de taches de lèpre. Ceux qui parleront avec un ton de hauteur et de mépris aux Religieux qui écriront ce Sûtra, auront les dents brisées ; ils les auront séparées par de grands intervalles les unes des autres ; ils auront des lèvres dégoûtantes, le nez plat, les pieds et les mains de travers, les yeux louches ; leur corps exhalera une mauvaise odeur ; il sera couvert de pustules, de boutons, d’enflures, de lèpre et de gale. Ceux qui feront entendre des paroles désagréables, fondées ou non, à ceux qui possèdent, qui écrivent ou qui enseignent ce Sûtra, doivent être regardés comme se rendant coupables du plus grand crime. C’est pourquoi, ô Samantabhadra, il faut en ce monde se lever du plus loin qu’on peut pour aller à la rencontre de tels Religieux possesseurs de cette exposition de la loi. De même qu’en présence du Tathâgata on témoigne du respect, de même il faut en témoigner aux Religieux qui possèdent ce Sûtra. Or, pendant que ce récit de la satisfaction de Samantabhadra était exposé, des centaines de mille de kôtis de Bôdhisattvas Mahâsattvas, en nombre égal â celui des sables du Gange, devinrent possesseurs de la formule magique qui se nomme l’Accumulée.

CHAPITRE XXVII.
LE DÉPÔT.

Alors le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, après s’être levé de dessus le siège de la loi, ayant réuni sur un seul point tous les Bôdhisattvas, et ayant pris leur main droite de sa dextre habile à faire des miracles, prononça en ce moment les paroles suivantes : Je remets en vos mains, ô fils de famille, je vous confie, je vous livre, je vous transmets cet état suprême de Buddha parfaitement accompli, que je n’ai acquis qu’au bout d’innombrables centaines de mille de myriades de kôtis de Kalpas ; vous devez, ô fils de famille, faire en sorte qu’il s’étende et se répande au loin. Une seconde et une troisième fois Bhagavat étendant sa main droite sur l’assemblée tout entière des Bôdhisattvas, leur dit ces paroles : Je remets entre vos mains, ô fils de famille, je vous confie, je vous livre, je vous transmets cet état suprême de Buddha parfaitement accompli, qui est arrivé jusqu’à moi après d’innombrables centaines de mille de kôtis de Kalpas, Vous devez, ô fils de famille, le recevoir, le garder, le réciter, le comprendre ; l’enseigner, l’expliquer et le prêcher à tous les êtres. Je suis sans avarice, ô fils de famille, je ne renferme pas en moi mes pensées ; je suis intrépide ; je donne la science de la Bôdhi ; je donne la science du Tathâgata, celle de l’Être existant par lui-même. Je suis le maître de la grande aumône, ô fils de famille ; aussi devez-vous, ô fils de famille, apprendre de moi cette science ; vous devez, exempts d’avarice, prêcher aux fils et aux filles de famille qui viendront se réunir [autour de vous] cette exposition de la loi, qui est et la vue de la science du Tathâgata, et la grande habileté dans l’emploi des moyens. Et les êtres qui ont de la foi, comme ceux qui n’en ont pas, doivent être également amenés à recevoir cette exposition de la loi. C’est ainsi, fils de famille, que vous acquitterez votre dette envers les Tathâgatas. Cela dit, les Bôdhisattvas furent remplis d’une grande joie et d’une grande satisfaction par le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, et après avoir conçu pour lui un grand respect, inclinant, courbant, penchant leur corps en avant, baissant la tête et dirigeant leurs mains réunies en signe de respect du côté où se trouvait Bhagavat, ils lui dirent d’une seule voix : Nous ferons, ô Bhagavat, selon que le bienheureux Tathâgata l’ordonne ; nous exécuterons, nous remplirons les ordres de tous les Tathâgatas. Que Bhagavat modère son ardeur qu’il se repose tranquille. Une seconde et une troisième fois la foule tout entière des Bôdhisattvas s’écria d’une seule voix : Que Bhagavat modère son ardeur, qu’il se repose tranquille. Nous ferons, ô Bhagavat, selon que le bienheureux Tathâgata l’ordonne, et nous remplirons les ordres de tous les Tathâgatas. Ensuite le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni, vénérable, congédia tous les Tathâgatas, vénérables, venus chacun de différents univers, et il leur annonça une existence heureuse [en disant] : Les Tathâgatas vénérables, vivent heureusement. Puis il fixa sur la terre le Stûpa du bienheureux Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, et lui annonça aussi une heureuse existence.

Voilà ce que dit Bhagavat. Transportés de joie, les innombrables Tathâgatas, vénérables, venus des autres univers, assis sur des trônes auprès d’arbres de diamant, le Tathâgata Prabhûtaratna, vénérable, l’assemblée tout entière des innombrables Bôdhisattvas Mahâsattvas, ayant à leur tête Viçichtatchâritra, qui étaient sortis des fentes de la terre, tous les grands Çrâvakas, la réunion tout entière des quatre assemblées et l’univers avec les Dêvas, les hommes, les Asuras et les Gandharvas, louèrent ce que Bhagavat avait dit.