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Zhuang Zhou
Tchouang Tseu

Données générales

PériodeLieu
Général-IVChine
Naissance-369Près de Shangqiu, Chine
Décès-286 (83 ans)
Cause
Inhumation

DomaineCourantOrdre
PhilosophieTaoïsme

RelationsNom
Entourage
Ami? Hui Shi
Influence
ParHui Shi
Lao Tseu
CritiqueConfucius
TraducteurGuo Xiang
CommentateurGuo Xiang

Repères biographiques

► On sait si peu de choses sur sa vie, que certains historiens le considèrent comme un personnage fictif. Il était fonctionnaire dans une manufacture de laque, métier somme tout humble qu’il garda toute sa vie, refusant un poste de premier ministre qui lui fut proposé : Mille livres d’or sont assurément une belle somme ; la situation d’un ministre est certes très honorable. Mais as-tu jamais regardé le bœuf qu’on mène au sacrifice ? Après l’avoir soigneusement nourri pendant plusieurs années, on le revête de tissus richement brodés pour l’introduire dans le grand temple. À ce moment, il préférerait sans doute n’être qu’un petit cochon oublié de tous, mais n’est-ce pas trop tard ? Va ! Évite de me souiller ! J’aimerais mieux m’ébattre joyeusement dans un bourbier que de me voir mettre le licou par le maître d’un royaume. Je n’accepterais jamais de charge officielle, afin de vivre librement selon mon bon plaisir..

◆ Pour Tchouang-tseu, l’Homme peut acquérir la liberté et l’harmonie en laissant s’exprimer sa nature propre, l’égoïsme est issu d’une inadéquation avec cette nature. Les gouvernements, par leur effet uniformisateur génèrent ainsi de la souffrance en s’opposant à l’individualité de chacun. Il préconise d’une part, la non-intervention, du moins l’absence d’administration, et d’autre part, la non discrimination entre le bien et le mal, catégories reçues chez lui comme illusoires étant donné que les critères permettant de les former ne sont pas universaux. Par ailleurs, Tchouang-tseu s’oppose aux concepts de 仁 (ren) {bienveillance} et de 義 (Yi) {justice} qu’il estime artificiels et sans visée pragmatique.

◆ Considéré comme un taoïste même s’il n’a jamais lui même fait mention d’une telle quelconque appartenance à ce mouvement, il est plus individualiste que son prédécesseur Lao Tseu et d’une pensée qualifiée d’anarchiste par les analystes contemporains quoique d’un autre égard, d’une structuration très logique basée sur la symbolique numérique du yin et du yang et d’une profondeur mystique synthétique vis à vis du taoïsme.

↳ Il est considéré comme le fondateur du taoïsme philosophique mais ses nombreuses évocations de longévités extraordinaires, ses exercices de méditation comme le tso-wang {s’asseoir et oublier} (VI:G) ou le shou-i {préserver l’un} (XI:C) ainsi que leur effets, influencèrent le taoïsme religieux postérieur et annoncent le culte des 仙人 (xiānrén) {immortels} : Il a dit que, dans la lointaine île Kou-chee, habitent des hommes transcendants, blancs comme la neige, frais comme des enfants, lesquels ne prennent aucune sorte d’aliments, mais aspirent le vent et boivent la rosée. Ils se promènent dans l’espace, les nuages leur servant de chars et les dragons de montures. Par l’influx de leur transcendance, ils préservent les hommes des maladies, et procurent la maturation des moissons. (I:B).

■ Les paraboles parfois légèrement humoristiques présentes dans son œuvre, le Vrai Classique du sud fleuri, sont très populaires en Chine en donnent lieu à des proverbes encore utilisés de nos jours.

𝕍 le manuscrit du Zhuangzi, Guo Xiang, -IV. | bs. Bibliothèque Nationale de France. Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France

Œuvres choisies

Citations

En produisant des forêts, la montagne attire ceux qui la dépouilleront. En laissant dégoutter sa graisse, le rôti active le feu qui le grille. Le cannellier est abattu parce que son écorce est un condiment recherché. On incise l’arbre à vernis pour lui ravir sa sève précieuse. La presque totalité des hommes s’imagine que, être jugé apte à quelque chose, est un bien. En réalité, c’est être jugé inapte à tout, qui est un avantage.
Dans le monde actuel, la vogue est aux livres (anthologies de Confucius). Les livres ne sont que des assemblages de mots. Les mots rendent des idées. Or les idées vraies dérivent d’un principe non sensible, et ne peuvent guère mieux être exprimées en paroles que lui. Les formules qui remplissent les livres n’expriment que des idées conventionnelles, lesquelles répondent peu ou pas à la nature des choses, à la vérité. Ceux qui savent la nature n’essaient pas de l’exprimer en paroles ; et ceux qui l’essaient montrent par là qu’ils ne savent pas. Le vulgaire se trompe en cherchant dans les livres des vérités ; ils ne contiennent que des idées truquées.
Cependant la décadence vint. Elle commença par les institutions de Soei-jenn et de Fou-hi (production artificielle du feu, lois du mariage et de la famille), qui parurent un progrès, mais inaugurèrent la ruine de la simplicité et de la promiscuité premières. La décadence s’accentua au temps de Chenn-noung et de Hoang-ti (abandon de la vie nomade, agriculture, formation de l’État), le bien-être augmentant, mais aux dépens de la spontanéité ancienne. Elle s’accentua bien davantage, quand Yao et Chounn, régnant, introduisirent l’amendement systématique (par les lois et les écoles), la pratique obligatoire d’un soi-disant bien conventionnel. C’en fut fait des mœurs primitives. Depuis lors les hommes substituèrent leurs théories à l’instinct inné, et la paix disparut de l’empire. Enfin le progrès des lettres et des sciences, acheva d’éteindre ce qui restait de la simplicité naturelle, et remplit les esprits de distractions. Aussi tout n’est plus que désordre et perversion.
La perfection, c’est être parfait sans savoir qu’on l’est.