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Prognostication des 24 ans à venir
Prognostication auff 24 Jar zukünftig


AuteursDatesTypeLieuThèmes
ecr. ? ill. Paracelsepubl. 1536Littératurepubl. Augsbourg (Allemagne)Divination

► Ce livre de prophéties composé de 32 articles, s’étale sur une période de 24 ans selon les dires de l’auteur. Il se sera inspiré de son travail précédent concernant les commentaires de figures trouvées à Nuremberg.

■ Veuillez noter que hormis la version rapportée ici, on trouve encore une version à la même bibliothèque in Opera, Bücher und Schrifften, 1603. Il existe aussi une version à la Bibliothèque Herzog-August Lien vers l’œuvre. Ces deux dernières éditions sont identiques et de moins bonne qualité, ne ne les avons donc pas rapportées.

Illustrations : én. de La Prognostication, 1536. | bs. Bibliothèque d’État de Bavière (Munich, Allemagne). Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque d’État de Bavière

Traduction : du vieil allemand au français, Jean Chuzeville in Hippocrate (N°3), 1933.

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Avant-Dire

Pour qui songe à décrire les actions des astres qui sont au-dessus de nous, une question ne laisse pas de se poser : nous qui vivons sur terre, si déjà nous ne parvenons pas à bien voir ce qui gît à nos pieds, si nous trébuchons et butons souvent, ne nous est-il pas encore plus difficile de nous diriger dans le ciel ? Nous répondrons brièvement que là où les yeux ne sont d’aucun usage, les pieds nous servent moins encore.

Il faut donc se ralier à cette doctrine : Dieu veut que nous ayons l’expérience de toutes ses œuvres, que nous prénétrions les secrets de la nature et que rien de cela ne nous demeure étranger. Voilà pourquoi ces sciences magnifiques ont été révélées à l’homme d’une façon toute miraculeuse, et qu’il n’aurait pu s’approprier, fût-ce au prix de mille travaux.

C’est ainsi que Dieu nous a faits, et c’est à lui de nous enseigner, puisque l’homme n’y parviendrait pas de lui-même. Par exemple est-il possible de concevoir que les caractères de l’écriture aient été inventés en dehors d’une intuition divine ? Dieu a jugé bon qu’ils le soient, il en a donc donné la faculté à l’homme.

Par conséquent Dieu a créé ses ouvrages merveilleux pour que l’homme en prenne connaissance ; il a de même fondé une école où nous pouvons étudier ce qui n’est pas accessible à la vue et à l’intelligence de quiconque. Le pêcheur capture à cent brasses sous les eaux des poissons qu’il n’a jamais vus ; le mineur ramène au jour de l’or extrait à plusieurs centaines de toises sous terre, où son œil ne peut atteindre. Et c’est Dieu qui nous a enseigné tout cela.

Or, puisqu’il n’est rien de si mystérieux qui ne puisse être découvert, il s’agit de le mettre en évidence, que ce soit au firmament du ciel, dans la mer ou sur la terre. Toutes choses doivent être divulgées ici-bas, mais par l’intermédiaire de l’homme qui découvre toutes choses. Qui donc désignera le premier maître et le montrera du doigt s’il n’est point issu d’Adam ? Mais Dieu se sert de la créature pour agir, c’est à elle qu’il laisse le soin de manifester ce qui est en lui, et il lui enseigne comment.

Tout en décrivant la marche de l’univers telle qu’elle s’accomplira au cours de ces vingt-quatre années, il est assez triste de constater ceci : L’homme est devenu si âpre au gain, il s’est tellement abusé sur lui-même, qu’il est impossible que ses jours ne soient pas abrégés. L’homme à oublié le Seigneur son Dieu, il ne vit même plus selon les principes de celui-ci : tel est le motif qui nous oblige à scruter le mystère attaché aux signes du soleil, de la lune et des étoiles, à considérer aussi la misère des peuples sur la terre, où personne ne tolère plus qu’un autre ait sa place au soleil. Il n’est qu’un seul nombre en lequel nous devrions vivre ici-bas : l’unité ; nous ne devrions pas savoir compter au delà d’un. La divinité renferme le nombre trois, mais pour le ramener à un ; nous les humains, nous devons faire comme Dieu, nous transformer dans l’unité. Nous devons ici-bas nous soumettre de même à l’unité, être dans l’unité. Le repos d’existe que dans l’un et dans aucun autre nombre, tout ce qui est pluralité est inquiétude : la dissension est toujours le fait de l’un qui se dresse contre l’autre. Nous sommes pareils au calculateur, quant il ajoute un chiffre pour savoir combien fait le total. C’est là notre misère et notre ver rongeur.

Quelle joie et quel bonheur de vivre dans l’unité ! Le ciel aussi a son cours harmonieux dans ce nombre, la terre toutes choses. Dès qu’il n’en est plus ainsi, des signes apparaissent dans le soleil, la lune, les étoiles, qui témoignent en sa faveur. Mais la fin n’est pas encore là, bien qu’elle soit annoncée par les signes : la grande pitié ne fait que commencer. Heureux celui qui n’est point assis sur le siège de la pestilence et qui ne vit pas dans le pêché ! Tous seront visités. Chacun doit reconnaître en toute conscience que quiconque s’élève contre Dieu ne peut ni subsister ni se maintenir. Il est dur de lutter contre lui : nul ne peut le vaincre. Aussi est-ce grande folie que l’homme s’élève contre ce qu’il ne lui est pas donné de vaincre.

Or il y a 32 articles qui ne peuvent manquer de se vérifier dans le temps et qui sont rapportés ici en toute humilité, quelque indigne que soit celui qui les rapporte. Comme un serpent ils se replient sur eux-mêmes, jusqu’à ce que la fin arrive. Mais qui donc regrettera de se voir affranchi de toute cette présomption et de toutes ces vanités ? Qui ne se réjouira en constatant que l’unité est rétablie, qu’il n’est plus qu’un seul pasteur, qu’une seule demeure : l’unité. Alors le baume précieux coulera dans la barbe d’Aaron, la bénédiction descendra d’en-haut, et elle émanera de Dieu.

S’il n’y eut point de pleurs au ciel quand Lucifer fut précipité dans les abîmes de l’enfer, pourquoi serions-nous blessés de voir l’orgueil, son semblable, abattu pour que l’unité rêgne seule désormais ? Depuis longtemps déjà l’on prédit un boulversement du monde. Mais les signes aujourd’hui sont là qui l’annoncent ; ils ne sont que le commencement, l’opération va se poursuivre, ils ne s’en tiendront pas là, le temps est venu (Tempora nationum) de leur accomplissement. Car le justice ne peut être détournée de son but, elle demande à être satisfaite, et le sera.

J’ignore quels sont en personne ceux qui mettent en Dieu leur confiance : de ceux-là seuls la prognostication passera innaperçue ; les autres la reconnaîtront mieux que moi et sauront mieux que moi qui elle concerne : ainsi le veut la Cabalistique, origine et mère de l’Astronomie. Mais si mystérieux est le cours des choses que nous ne le voyons point qu’elles ne soient advenues. Et c’est, il faut bien le reconnaître, parce que Dieu souvent ne veut pas qu’on se convertisse et qu’on échappe au châtiment qui nous est réservé. Aussi nos yeux voient-ils les choses sans les voir. Nul, également, ne doit inspirer de soupçons à personne : il faut qu’on laisse tout bonnement les choses s’accomplir. Je ne récuserai pas ce que les autres ont fait, car nombreux sont les symptômes annonçeant que cette monarchie va se dissoudre.

L’intérieur d’une chose, à l’extérieur, se traduit par ses signes. La nature a ses signes et la magie les siens. Tu as donc été marquée pour être la dévoratrice de quiconque lie commerce avec toi. Heureux qui n’a pas été par toi souillé, car tu n’épargnes aucun de ceux qui t’approchent ! La magie t’a pris en considération et elle t’a nanti de tes droits. Mais comme on est plus attentif à la beauté qu’aux signes, tu dévores ce qui tombe sous ta coupe. Aussi est-ce ta beauté, non la piété que l’on cherche en toi.

Une fleur croît aussi haut qu’il lui est donné de croître. Celui qui en favorise la poussée et lui permet de verdoyer, l’a destinée aussi à se flétrir. Il en sera de même pour toi. La magie t’a orné de ses dons afin qu’on puisse te connaitre. Ainsi que tu as surgi, tu seras réduit à néant. Car avant toi et avant que tu fusses, la magie te connaissait, et c’est pourquoi elle t’a comparé à une fleur qui, belle aujourd’hui, sera demain desséchée. Par la sagesse et la crainte de Dieu tu te serais maintenu, mais tu n’as pas su le voir, ta propre sagesse a causé ta perte.

Tu jouissais d’un repos délicieux, mais tu n’as pas su le reconnaître et tu t’es laissé gagné par l’agitation. Ta présomption t’a renversé, elle t’a divisé : tu ne peux désormais te vanter de ce qui faisait ta gloire. Aussi tu seras humilié et reprendras le vieil homme. Tu aurais fort bien pu venir en aide au monde, lui être utile, corriger toi-même et les autres, mais tu as été perdu par ce qui a causé la réprobation et l’anéantissement d’Adam et de tes premiers ancêtres. Cependant tu viendras à résipiscence. Mais nul ne t’en saura gré.

Tu as scindé le devoir en droite et en gauche, comme-ci tu ne devais être gêné par aucune des deux parties ; l’une et l’autre vont te presser de leur étreinte et la haine débordera sur toi. Une pute ne fait l’amour qu’en divis : un temps lui est concédé pour cela. Mais malheur à elle : sa honte éclatera au jour et il s’avèrera qu’il n’est point d’amour sans douleur. Si grand que tu t’estimes et si haut que ton chef s’élève, un autre chef te sera imposé : tu seras réduit au rôle de simple membre quand bien même tu n’y es pas accoutumé. Tu seras forcé d’avaler et de manger les choses que tu ne t’es pas assimilées.

Tu n’as pas eu la sagesse que requérait ta couronne, mais tu t’es au contraire insurgé violemment contre la couronne. Tu as fais beaucoup de mal. Une pierre tombera sur toi qui t’écrasera sans merci, car tu as injustement répandu le sang innoncent et tu n’as pas reconnu ce que tu aurais dû reconnaître, à savoir que tu étais l’apanage d’une couronne. Celui que tu as méprisé te poursuivra soir et matin, avant que tu aies compté jusqu’à trois. Tu ne trouveras point d’abri sûr auprès de ceux qui sont tes alliés, car ils devront eux-mêmes succomber.

Ton goût est trop fort, il n’est ni salutaire, ni agréable à tous, et c’est pourquoi tes ennemis, ceux à qui tu es nuisible, t’enveloppent de brume et d’ombre afin que tu deviennes tempéré, et qu’il ne naisse de toi aucun fruit, contrairement à ce que tu espérais. Et tu céderas ensuite à quelqu’un que tu ne connais pas. Au commencement tu étais rempli de vaillance, tu t’es comporté avec la grandeur d’un héros, mais cette attitude t’a séparé de tes compagnons et ce n’est pas à ce qui est séparé que va la meilleure part. Cependant tu remportera une louange et une victoire, puisque tu t’es reconnu toi-même.

Tu n’as cessé d’obéir à ta volonté propre, et c’est ce qui t’a prédestiné à être entouré de nombreux malheurs. Car tu ne t’es pas vu toi-même dans la pierre où la magie t’a préfiguré avec cette maigreur. Tu ne t’y es pas reconnu, c’est pourquoi tu encourras le châtiment qui a brisé tout les superbes. Si tu avais, autant que tu le crois, d’esprit et d’intelligence, tu aurais évité la catastrophe, tu te serais vu au miroir de tel autre plus superbe que toi. Mais non, aussi ta sagesse n’est-elle que sottise dans le temps.

Quel est-il donc celui qui sait pour qui le soleil brille ou à qui sera donné ce que l’homme est incapable de prendre lui-même ? Tout est entre les mains de Dieu qui le dispense à bon escient. Il suit de là que l’homme cherche en vain à résister. L’heure est venue qui marquera ton terme, et, chose inouïe, ta force, tes alliance, ton pouvoir, tout ce que tu avais amassé en toi-même sera précipité sur le sol. Et te leurrant sur toi, tu leurreras les autres et seras pour toi-même un objet de pitié.

Quoique Dieu t’ait façonné pour être craint et redouté de chacun, néanmoins un terme t’a été assigné : au jour prescrit tu te casseras les reins et ne pourras même plus te traîner. Et frappés de stupeur, les hommes diront : Qui donc aurait cru qu’il serait si bien dompté ? N’aurais-tu pas mieux fait de garder la mesure et de ne pas t’imaginer d’être ce que nous avons maintenant sour les yeux ? Pense à ta fin : te voici paralysé, dejeté, au point de te faire toi et les tiens hurler de douleur.

Ton vêtement, qui n’a rien de nuptial, découvre ainsi ton cœur et t’a fait connaître. Comme l’or et l’argent, tu dois être purifié de tes souillures et mis à l’épreuve plus de sept fois, avec une sévérité plus stricte que le feu ne purifie l’or et l’argent de leurs scories. Médite sur ce que tu étais au début. Ton prochain ne t’a été que trop favorable, ses mains, plus que tu ne méritais, se sont tendues vers toi. Il t’en sera demandé raison. Ta richesse mal assurée appartient à un autre.

Quoique le soleil ait un jour lui pour toi, que tu te sois barbouillé la face et rempli le ventre du miel que tu savourais, comme tu n’as pas eu la sagesse de considérer la fin et que tu oubliais l’hiver, sa venue te ravira tes plaisirs et te forcera un jour à te sucer les griffes. Parce que tu es du genre des ours et n’as pas plus de raison qu’eux. La magie t’a pris en ses lacs, afin qu’on te reconnaisse pour tel… Si tu avais eu de l’esprit comme un homme, l’hiver ne serait pas tombé sur toi à l’improviste.

Un tel s’installe solidement, bien que tout siège doive un jour s’effondrer, tel autre s’asseoit au-dessus de lui et toi-même par-dessus, mais ce n’est pas ta place et tu devrais être en bas, non en haut. Tu seras donc chassé de là, puisque tu es une gêne, un fardeau intolérable, et c’est aussi pourquoi S.P. tombera. Le trône que tu occupes est ton paiement, la recompense de tes intrigues, et avec lui ces honneurs temporels, ces pompeuses louanges et toutes les richesses accumulées dont tu jouis. Pareil à ces choses périssables, toi aussi tu disparaîtras.

L’excès de bonté cause bien des désagréments. Celui-ci n’a que mépris pour la bonté, et sa sottise l’incite à de grands coups, mais qui portent toujours à faux. Il en sera de lui comme de l’herbe quand le temps et venu : le maître en dispose et elle est fauchée. Si, plus circonspect, tu avais considéré la fin, tu aurais vu ta misère et te serais toi-même reconnu. Mais non, tu l’as voulu ainsi. Et telle est la récompense, la fin que tu as cherchée. Ta sagesse, tu la tourneras en dérision.

Trop de générosité nous met dans l’embarras et nous nuit, car elle est mauvaise conseillère et l’on sera blessé par ses propres armes. L’orgueil t’es venu pour avoir donné sans mesure, mais cet orgueil n’a qu’un temps. Il ira jusque là et pas plus loin, assez pour que tout soit dilapidé et qu’il ne te reste plus rien. Si tu avais dûment considéré que nul ne doit s’élever contre les pauvres, tu aurais laissé de même ta liberté s’affirmer en face du prochain. Mais ton propre cœur t’a égaré. Et ta sagesse passe évidemment pour une sottise.

Il n’est rien de si bon qui ne puisse devenir mauvais quand on occupe un rang élevé. Une haute situation est source d’orgueil, lequel n’amène rien de bon. Une tête s’imposera donc à toi pour que tu lui serves de membre et te laisse dominer tout en la portant, et avec elle d’autres membres. Serait-ce elle plus impérieuse encore, tu n’en aurais que plus de docilité. Elle surviendra au moment où tu ne t’y attendais pas et ruinera tes grands desseins. Mais l’union se fera pour toi, comme en dormant.

L’enfant va à l’école et apprend. Parvenu à l’âge d’homme, il rougit de ses travaux de jeunesse et les tient pour rien. Il en sera de même avec toi : ce que tu écris à cet âge ne sera pas ton œuvre et deviendra pour toi occasion de regretter le temps perdu, car en veillissant on apprend à se connaître et à voir que tout ce qui nous semblait une perle est bien loin d’être une perle. Et c’est pourquoi une main s’abattra sur toi, qui te lacérera comme un brouillon.

Qui bâtit une maison doit prendre garde que l’ennemi ne survienne et la démolisse. Qui la démolit doit veiller à ce que, démolie, elle ne soit pas reconstruite, afin d’éviter le ridicule de l’une et l’autre folies. Rebâtir ce qui a été détruit, c’est ce que font les enfants des hommes quand ils négligent de considérer la fin. Ils élèvent, ils décorent, ils nettoient, et ils oublient tout ce qui est soumis à la destruction et qui, relevé, s’effondrera encore, d’autant plus qu’ils ne l’ont pas assis sur le roc, mais sur le sable.

Il ne sortira pas de toi un aigle : aussi, déchaîne ra-t-il un vent qui te terrassera, toi et ta progéniture. Tout a l’air d’aller bien, de soi-même, et tu te dis : O mon âme, tu as tout ce que tu goûtes et désires, ce qui ne peut manquer d’être à toi. C’est vraiment le paradis, - et tu penses que rien de fâcheux ne pourra survenir. Au comble de tes délibéations et de tes réjouissances, le déluge te submergera, et l’âpre vent de midi te balaiera comme une cendre de la face de la terre. Car nous ne sommes pas nés pour le plaisir et l’opulence, mais pour la vallée des larmes et des peines, et tu l’as oublié.

Tu sautes et cabrioles dans ton jardin et ne laisses pas d’y trouver du plaisir. Mais parce que tu fais fi de la sagesse, que tu ne suis que ton caprice et règles mal tes bons, tu ne peux manquer de t’abattre, et ceux qui devaient assurer ton repos, t’excitent et te forcent à bondir. Mais réfléchis sur toi-même et considère que les biens de l’homme sont choses vaines. Ainsi, tu te corrigeras et ne t’exposeras plus au danger que tu cours à toute heure. Songe que la présomption, le désordre, ont toujours mal tourné.

Les objets restent droits aussi longtemps qu’on les maintient debout. Quant à l’homme qui s’est élevé tout seul, vient un temps où il se retourne de haut en bas. L’homme ramènera donc sa sagesse à la terre où il enfouira ce qui d’elle est sorti, pour le céder à une autre. La sagesse des hommes ne dure pas, elle est pareille à la fleur des champs, elle est aimable et charmante. On dit : le temps porte des roses, mais il les fane aussi, et il en sera de même pour toi qui t’es fait toi-même.

La paix revenue, tes gardes cessent de veiller, tes guides et ton courage se relâchent, et c’est alors que tu seras visité dans ton nid avec ta couvée, et tu devras céder à celui que tu auras voulu faire céder, et par conséquent, tu abandonneras tes œufs et ton nid. Tu seras pris au piège que tu avais tendu à d’autres et ne reviendras plus jamais à ton être ancien, pas plus que tes petits ne redeviendront ce qu’ils furent. Ton ennemi se parera de tes dépouilles, et il se rira de toi.

Bien que tu n’aies pas mis ton cœur à nu, il n’est rien cependant qui doive rester caché et ne soit avoué en son temps. Il te reconnaîtra donc, celui qui doit te reconnaître. Et si tu as cru pouvoir te placer au-dessus des doux vêtus de soie et des forts bardés de fer, tu diras en toi-même : "Soit, nous ne pouvons pas faire ce que nous voulions. Quels sont donc ceux qui nous empêchent? Il y a d’abord les doux et ensuite les forts." Et tu le paieras de ton sang. Mais si tu songeais à t’humilier plutôt qu’à régner ici-bas, quel bonheur tu goûterais !

Il y a trois personnes en Dieu, qui ne forment qu’un seul nombre. Les hommes doivent également former unité. Dès qu’il n’en est plus ainsi, qu’advient-il? Tout empire divisé en lui-même se décompose. Donc nul empire ne disparaît, si ce n’est par suite de sa propre division. Pour bâtir une maison et nouer une alliance, il faut avant tout faire appel à l’unité, agir en sorte que le nombre un ne soit pas morcelé, car ce qui est susceptible de partage est instable et vain. La discorde s’y glisse. Mais console-toi : tu deviendras un.

Que vous sert de vous allier, si vous ne voyez pas que vous êtes en contradiction et d’esprit et de cœur? Différents à l’extérieur par le vêtement, vous l’êtes aussi à l’intérieur. Parce que vous ne l’êtes point, vous serez gouvernés par celui dont il est écrit : Rendez-lui ce qui lui appartient. Car l’intelligence animale est périssable, seule demeure celle qui s’affirme en Dieu et qui est ordonnée. Elle viendra en son temps. Ainsi vos projets seront confondus.

Une chose doit être tenue pour vraie et comprise de manière à ne laisser subsister aucun doute. Mais ta science, en définitive, était restreinte et pleine de lacunes, c’est pour cela que tu t’es entravé dans ton propre doute. Tu n’as pas cu nécessaire d’apposer le vrai sceau ; tu as poussé la présomption jusqu’à sceller du tien. Mais comme tu avais tort et n’étais pas celui que tu croyais être, tu périras d’une mort misérable, car tu n’as cessé de vivre dans le doute et de construire, toi et les autres, sur le sable. Vous avez pleuré et pleurerez encore davantage.

La sybille songeait à toi quand elle a dit : Tu f… et vis maintenant dans les roses, car tu es temporel, et c’est le temps qui t’a fait naître. Ce que la sybille dit de toi s’accomplira, et elle en dira encore davantage. L’été qui fait éclore les roses est la saisons des revers où toutes choses sont divisées, où l’on voit que l’homme a bâti sur le sable et que son entreprise va être ruinée. Que tu aies bâti sur le roc, ce serait bien surprenant. Lorsque viendra le temps, les choses viendront aussi pour lesquelles il est venu.

Parce qu’on a oublié que le gouvernement du monde est mauvais, oublié qu’il faut une seule tête et non plusieurs, c’est la cause des dissensions et de la discorde, chacun agissant à sa manière. Il ne convient pas que l’on recherche son bien être personnel. On doit songer à l’intérêt général. Puisque la plupart s’y refusent, il est de toute nécessité qu’ils soient abattus. Le commandement qui prescrit l’union sera obéi. Et ils exulteront, les malheureux longtemps opprimés.

Les voix ne peuvent se faire entendre à l’unisson ; il est donc vain que les cinq délibèrent. Prenez garde au nombre quarante-deux, un peu avant ou un peu après viendra celui qui fera ses volontés, qui vous ploiera comme un roseau et vous scindera les reins sans merci. Car tes conseils ne sont pas inspirés par celui que tu crois être avec toi. Si vous aviez pris en considération que l’homme est privé de sagesse, chacun avant de se détourner, se méfierait de soi-même et ne se détournerait point, conscient de la terrible dette qu’il devra payer au jour de la colère.

Il arrivera ainsi que chacun sera conduit à son pâturage, car brouter l’herbe d’autrui, c’est là ce qui provoque les querelles et la misère en ce monde. Mais si chacun rentre au bercail, il y aura unité : la gueule souffre de brouter suivant son bon plaisir et pour le seul agrément du palais, comme c’est le cas dans les pâturages d’autrui. Que l’heure sera belle, et la pauvreté, quand viendra celui qui repartira chacun sur son pré, non loin du nombre XLIII.

Tu t’es souvent recueilli et souvent rassemblé, mais l’adversaire ne se trouvait pas avec toi, c’est pour cela que tout a été résolu en toi vainement et pour rien. Il faut que tu te retires seul à l’écart et te demandes en toi-même : D’où viens-tu ? De qui tiens-tu ta sagesse ? Que ferais-tu si tu prenais une autre décision et si tu te connaissais toi et les autres ? Tu cesserais aussitôt. Mais comme tu voudrais bien être celui qui ne doit pas être et t’asseoir sur la chaire de S.P. qui doit s’effondrer, tu ne persisteras pas dans tes desseins, car il changera ton cœur, celui qui est ton maître.

Il adviendra une rénovation et une transformation qui nous rendra comme les enfants qui ne savient rien de la ruse et de l’astuce des veillards. Il en sera ainsi vers le temps où l’on comptera X, peut-être un peu moins, mais pas davantage. Période longue, si nous l’envisageons d’après la vie humaine, mais qu’il convient d’estimer brève : toutes les ruines et les catastrophes accumulées par ce lion rugissant, que l’on a vu croître depuis tant d’années, ne saurait se produire en un clin d’œil. Mais il vivra dans le bonheur, celui qui sera paisible comme un enfant, car le savoir humain n’engendre que l’inquiétude et la peine.

Tu as peiné durement pour amener l’âge d’or dans le monde, aussi, est-ce à bon droit que tu te reposes, ton labeur accompli. Heureux qui naîtra dans cette ère de sommeil ! Il n’aura point connu le mal, puisque tu as tout purifié, au prix de grands efforts et de grandes souffrances durant ces jours. Nul n’a pu t’empêcher de le faire et nul ne te réveillera plus, qu’il ne s’écoule autant d’années que tes ennemis en comptent à partir de leur berceau.

La prognostication expliquée par le docteur Paracelse

Ces articles, nous l’avons vu, sont au nombre de trente-deux et se répartissent sur une période de vingt-quatre ans, au cours desquels aura lieu leur accomplissement. Le moindre d’entre eux exigerait un gros livre. Et si tout y était exposé en clair, quel ne serait pas le frisson d’horreur qui secouerait le monde comme un roseau ? Mais il est difficile de révéler tout ce qui se cache là-dessous, tant ce semble incroyable.

Le second article emprunte le symbole du lis. Plutôt qu’un lis, ce devrait être un crapaud, car le crapaud est le premier magicum signum ; mais la transformation s’est opérée du crapaud en une fleur. Cependant, comme le crapaud se gonfle de venin, l’orgueil de même enfle ceux qui en sont imbus. Ce n’est pas un lis cultivé, mais un sauvageon poussant sur des épines qui ne permettent pas de jouir de son parfum.

Il y aura une telle misère, il s’élèvera une telle fumée que l’on devra bien comprendre à la fin. Et, croyez-moi, on ne rira guère, car d’être abandonné de ses meilleurs compagnons vous rend débile et stupide. En outre, la contagion atteindra celui même qui était l’enfant choyé de la maison. Aussi vous pouvez bien penser que si l’on avait assez de loisir, de force et de clairvoyance, en admettant que le temps le permette pour écrire non pas universaliter, mais particulariter, une foule de mots ne laisseraient pas de venir au jour.

Les quatre articles suivants causeront aussi beaucoup de malheurs avant que chacun soit accompli par le menu : on devra recourir à des alliances étrangères, former une chaîne , édifier et renverser, abattre et construire, chercher de toutes parts s’il se trouve un rafraîchissement. Mais le huitième article doit s’avérer triomphant ; car, dans le cas contraire, il serait impossible aussi longtemps qu’ils vivront ici-bas, qu’il y ait le repos et la paix. Chacun n’en fait qu’à sa tête et oublie sa raison d’être ici-bas en disant : je fais ainsi parce que je le veux ainsi.

Une baguette a beau être courbée, au besoin ; elle n’en retrouve pas moins son sens naturel. Dites-vous bien que l’on ne peut rien garder courbé indéfiniment, que tout reprend sa position normale. Si cela ne se fait pas d’un seul coup, ta détente sera trop lente pour que tu retrouves jamais la dimension dans laquelle tu pourrais te complaire. Et l’article suivant a sa raison d’être, qui invite à faire pénitence, à se couvrir de cendres et se vêtir d’un sac. Aurait-il en effet un autre sort que Ninive, si Dieu voulait qu’à force de prières les prophéties de Jonas ne s’accomplissent point ? Et c’est une maigre pitance que de sucer ses ongles, une opération presque douloureuse, quand revient le temps froid. Mais on ne récolte que ce que l’on a semé.

Ce sont des paroles grandioses que la Vierge Marie a prononcées en disant : Il a déposé les puissants de leur trône. Aussi nul ne doit s’étonner qu’il arrive des choses impossibles, puisque tout est entre les mains de Dieu. Que les superbes d’humilient ; ceux qui ont faim seront rassasiés, et ce qui ne doit pas subsister sera renversé. Bienheureux les pauvres, ils ne seront point délaissés et pas davantage quiconque est sans soutien. Car, ce que peut la lettre accolée à la lettre, comment le pourrait-il celui qui n’a pas de creux où se fixer ?

Si l’on pouvait imaginer la suite des temps comme une tour échafaudée, elle atteindrait sans doute la hauteur de celle de Babel ; mais de même que la tour de Babel fut miraculeusement abandonnée, un temps viendra où l’on ne pourra plus bâtir. Alors tous les écrits accumulés demeureront impuissants. Tu devras de ton plein gré reporter la pierre à l’endroit où tu l’as prises ; tu seras le jouet du vent, puisque tu n’as point construit de murailles pour t’en préserver, et cette culbute sera beaucoup plus désagréable pour toi que pour le prochain.

Quel autre que le sage connaîtrait les fins et saurait que l’homme ne peut rien par lui-même ? Si tout est entre les mains de Dieu, à quoi servent les forces de l’homme, qui n’est rien qu’un roseau ? Par conséquent, elles succomberont lorsque sera subjugué celui qui s’est livré à tant de ruses secrètes. Mais il faut tout d’abord que l’article suivant s’accomplisse. En effet, si vous ne balayez pas votre maison, comment balaieriez-vous celle des autres ? Celui qui ne sait pas se guider, saura encore bien moins guider le prochain. Tous ceux qui tentaient de résister y renonceront, car tout sera restauré dans la paix et remis à sa place. Les alliances disparaîtront également, qui ne sont faites que pour entretenir la discorde, à laquelle vous aspirez de tout cœur.

Longtemps Dieu a patienté pour voir ce que l’homme entendait faire et comment il comptait employer sa sagesse. Pourtant rien de durable, rien de certain n’existe encore ; mais l’homme se persuade qu’il ne doit point douter, car le doute est l’ennemi de la foi, qu’il doit y avoir une certitude, sinon tout est remis en question, et c’est pour lui une torture. Alors le soleil éclairera celui qui sera son propre juge ; il n’y aura point d’alliances ni de chaîne s assez fortes pour empêcher la venue de cette ère où chacun fauchera l’herbe de son sillon et vivra comme l’enfant innocent et candide.

Longtemps Dieu a dormi parce qu’il voulait bien s’accorder à lui-même ce repos ; souvent aussi on l’a réveillé ; mais quand il se lève, toutes les créatures sont prises d’un tremblement. Il est celui qui abat et redresse à son gré. Il s’est proposé d’agir encore pendant vingt-quatre années avant de rentrer en repos. Mais ce n’est là pour lui qu’un moment. Il nous fait languir, non pas en écartant un article chaque année, mais en les mélangeant l’un à l’autre et les additionnant jusqu’à ce que tous soient accomplis. C’est pourquoi personne ne doit être nommé ou tenu en suspiscion avant l’heure.