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De la puissance des démons & Des opinions des Grecs sur les démons
De daemonibus & Graecorum opiniones de daemonibus


AuteursDatesTypeLieuThèmes
? Psellos Michel? XILittérature (phil.)Turquie (Empire Byzantin)Occultisme
Magie
Démonologie

► Le célèbre ouvrage, inspiré du néo-platonisme de Proclus, est une source importante pour la démonologie et l’occultisme en général ainsi que pour la littérature byzantine. Nous avons ajouté en complément, le De l’opinion des grecs sur les démons {Graecorum opiniones de daemonibus}, lui-même inspiré de l’ouvrage précédent.

■ Concernant le De daemonibus, Nous avons choisi de retranscrire la traduction de Paul Gautier. Alternativement, consultez celle datée de 1573 de Pierre Moreau in Une traduction française du ΠΕΡΙ ΕΝΕΡΓΕΙΑΣ ΔΑΙΜΟΝΩΝ de Michel Psellos (Emile Renauld) in Revue des Études Grecques (33, 51), 1920. Lien vers l’œuvre sur Persée

■ Concernant les notes du De daemonibus, par gain de temps, nous avons récupéré la reconnaissance optique de caractères faire son office pour les passages en grec. Nous avons néanmoins remarqué des erreurs à minima dans les diacritiques. Préférez la source pour consulter ces notes. Quant au reste, nous avons comme d’habitude vérifié l’intégrité du texte et restitué la mise en forme.

De daemonibus : Texte et traduction : du grec byzantin au français classique, Paul Gautier in Le De daemonibus du Pseudo-Psellos in Revue des études byzantines (38), 1980. Lien vers l’œuvre sur Persée. Consultez également ce document pour une savante étude philologique ainsi que le texte d’origine.

Graecorum opiniones : Texte et traduction : du grec byzantin au français classique, Paul Gautier in Pseudo-Psellos : Graecorum opiniones de daemonibus in Revue des études byzantines (46), 1988. Lien vers l’œuvre sur Persée. Consultez également ce document pour une savante étude philologique ainsi que le texte d’origine.

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TIMOTHÉE OU DES DÉMONS(1a)

Timothée II y a longtemps, Thrace, que tu n’es pas venu à Byzance ?

Le Thrace Longtemps, Timothée. Pendant environ plus de deux ans je fus absent de la capitale.

Timothée Où donc au juste étais-tu, et quelles affaires t’ont occupé si longtemps ?

Le Thrace La réponse à ta question excéderait le loisir dont je dispose. Il me faudrait en effet débiter le récit à Alkinos(2a), si je devais raconter tout ce que j’ai affronté, tout ce que j’ai supporté en la compagnie de gens impies. On les appelle communément Euchites et Enthousiastes(3a). D’ailleurs, n’en as-tu pas de ton côté entendu un peu parler ?

Timothée J’apprends que des hommes ennemis de Dieu et naturellement extravagants se sont immiscés dans notre sainte confrérie(4a), pour employer le langage de la comédie. Quant à leurs croyances, leurs mœurs, leurs lois, leurs actes et leurs propos, Λ ne m’est encore jamais arrivé d’en être instruit par quiconque. Aussi, je te prie de m’exposer très clairement ce que tu en sais, si tu veux faire plaisir à un familier, j’ajouterai même, à un ami.

Le Thrace Laisse cela, cher Timothée, car moi je ne manquerais pas d’être pris de vertige en t ’exposant des croyances étranges et des pratiques démoniaques, cependant que toi tu n’en tirerais aucun profit. Si en effet, selon Simonide, la parole est l’image des réalités, si bien que l’entretien portant sur des sujets avantageux est profitable et que celui portant sur des sujets qui ne le sont pas est nuisible, quel avantage présenterait le propos(5a) qui ferait un portrait de ces maudits ?

Timothée Mais un grand avantage, Thrace, puisqu’il n’est pas inutile même à des médecins de connaître parmi les drogues celles qui sont mortelles, pour qu’ils ne risquent pas de tomber sur l’une d’elles(6a). Je me permets en effet de dire que même certaines d’entre elles ne sont pas sans profit pour la santé, si bien que pour nous aussi de deux choses l’une : ou bien nous retirerons quelque profit de l’examen, ou bien nous nous tiendrons sur nos gardes si quelque nuisance s’en dégage.

Le Thrace Soit. Tu vas entendre, comme dit le poète, des choses véridiques(7a), mais pas des plus agréables. S’il est fait mention de quelques indécences, ne te fâche pas contre moi qui ne fais que les rapporter, mais accuse plutôt ceux qui les commettent.

Cette croyance scélérate puise ses origines chez Manès le fou, car c’est de lui qu’ont découlé pour eux, comme d’une source nauséabonde, la plupart de leurs principes(8a). Le maudit Manès a placé à la base de tous les êtres deux principes : il oppose erronément à Dieu un dieu, au créateur des choses bonnes un créateur du mal, au bon maître des réalités célestes le maître du mal répandu sur la terre. Mais les Euchites, ces scélérats, ont encore ajouté un autre principe, un troisième. Pour eux, en effet, un père et deux fils, l’aîné et le cadet, sont les principes. Au père ils n’assignent que ce qui est au-dessus du monde, au plus jeune des fils les cieux, et à l’autre, l’aîné, la puissance sur ce monde, ce qui ne le cède en rien à la fable païenne : Toutes choses ont été partagées en trois.

Une fois posée cette base pourrie, ces gens à l’esprit pourri sont jusque là d’accord entre eux, mais à partir de là leurs opinions divergent sur trois sujets. Les uns, en effet, accordent aux deux fils l’adoration, car même si, disent-ils, ils sont en désaccord pour le moment, il faut néanmoins les adorer tous les deux, parce qu’étant issus du même père ils se réconcilieront dans l’avenir. Les autres rendent un culte au plus jeune des fils, en tant qu’il règne sur la partie meilleure et supérieure, sans pour autant faire fi de l’aîné, tout en se défiant de lui dans la pensée qu’il peut leur nuire. Les pires d’entre eux par l’impiété n’ont pas le moindre égard pour le fils céleste, ils ne chérissent que Satanaël, le fils maître de la terre. Ils l’honorent des noms les plus glorieux et appellent premier-né celui qui est étranger au père, et créateur des plantes, des animaux et de tous les autres êtres composés celui qui sème la destruction et la mort. Et dans leur désir de l’honorer encore davantage, hélas, que d’insultes ils lancent contre le fils céleste : ils disent qu’il est envieux et qu’il jalouse de manière insensée son frère qui administre bien les affaires terrestrès, et que, gonflé de jalousie, il provoque des séismes, des chutes de grêle et des pestes. Aussi lancent-ils contre lui, entre autres injures, l’abominable anathème(9a).

Timothée Par quels raisonnements, Thrace, se sont-ils persuadés de penser et de dire que Satanaël est fils de Dieu, alors que les oracles prophétiques et divins parlent partout d’un fils unique et que celui qui reposa sur la poitrine du Christ(10a) s’est écrié dans les saints évangiles au sujet du Dieu Verbe : « Gloire pareille à celle du Fils unique engendré par le Père », et encore : « Le Fils unique, celui qui est dans le sein du Père » ? D’où leur est donc venu un si grand égarement ?

Le Thrace D’où, Timothée, sinon du prince du mensonge lui-même, qui, en s ’exaltant de la sorte, égare le jugement des insensés ? Celui en effet qui se vante d’avoir établi son trône sur les nuées et de devenir semblable au Très-Haut(11a), et qui pour cette raison est tombé et devenu ténèbre, celui-là, en se manifestant lui-même à ces gens, leur annonce qu’il est le fils premier-né de Dieu(12a) et le créateur de tout ce qui est sur terre, qu’il dirige et régit tout ce qu’il y a dans l’univers. En cultivant ainsi la sottise d’un chacun, il trompe les insensés, eux qui devraient, s’ils avaient compris qu’il est jobard et prince du mensonge, se gausser d’un vantard. Mais telle n’est pas leur attitude : ils le croient sur parole et se laissent mener comme des bœufs par Je museau. Pourtant, il serait aisément possible de le surprendre à mentir. Si, en effet, ils le sommaient de réaliser concrètement ces promesses grandioses, on ne trouverait rien d’autre que l’âne de Kymè revêtu de la peau d’un lion(13a), que son braiment trahit quand il entreprend de rugir. Hélas, devenus pareils à des aveugles et à des sourds et tout à fait dépourvus d’un jugement sain, ils ne voient pas que d’après la parenté des êtres il n’y a qu’un seul créateur ; ils ne prêtent pas l’oreille(14a) quand elle affirme cette réalité même, et ils ne sont pas troublés par ce raisonnement, que s’il existait deux créateurs des êtres rivaux il n’y aurait pas un ordre et une union uniques liant toutes choses. Les ânes et les bœufs, dit le prophète, n’ignorent pas leur crèche ni leur propriétaire, mais eux, ils envoient promener leur maître pour se choisir comme Dieu celui qui est le plus méprisable parmi les créatures, et ils le suivent, ces papillons, comme dit le proverbe, jusqu’à se jeter dans le feu(15a), qui jadis a été préparé pour lui et ses compagnons d’apostasie.

Timothée Quel gain tirent-ils en abjurant le culte divin et ancestral et en se précipitant dans une perdition manifeste ?

Le Thrace J’ignore s’ils en tirent un avantage quelconque, mais je crois que non. En effet, or, richesses et ce qui est gloriole aux yeux des hommes, si les démons promettent bien de les fournir, ils ne sont pas capables de les donner, n’ayant pouvoir sur rien. Mais aux invités ils présentent des apparitions variées et étranges que les maudits de Dieu appellent des visions divines. Pour ceux qui veulent en être les spectateurs, hélas, hélas, au moyen de combien d’infamies, de combien d’horreurs et d’abominations s’opère l’initiation ? Tout ce qui, en effet, est chez nous légitime, croyance à professer, œuvre à accomplir, ils te rejettent avec rage, et ils vont même jusqu’à rejeter les lois naturelles. Quant à mettre par écrit leurs inconvenances, seule l’impudeur d’Archiloque(16a) en serait capable. Je crois que même cet homme, s’il était là, hésiterait à consigner pour la postérité des mystères abominables et criminels, qui ni en Grèce ni en terre barbare jamais n’eurent lieu. Où, en effet, quand et de qui a-t-on jamais appris que, je ne sais où, sur mer ou sur terre, un homme animal de prix et sacré, ait goûté à un excrément ? Ce que mêmes les bêtes sauvages en furie ne supporteraient, à mon avis. Cependant pour ces scélérats voilà le début de l’initiation.

Timothée Quelle en est la raison, Thrace ?

Le Thrace Le secret, mon ami, le connaissent ceux qui participent à ce mystère. A mes nombreuses questions ils n’ont rien répondu d’autre si ce n’est que de ceux qui prenaient les excréments les démons devenaient des amis intimes. Et sur ce point ils ne semblent pas mentir, bien que sur le reste ils ne sachent rien dire de vrai. Rien, en effet, n’est si agréable aux esprits(17a) révoltés que de faire glisser dans de si grands excès l’homme, objet de leur envie, qui a été honoré d’une ressemblance divine.

Voilà à quoi aboutit leur stupidité, et ceci ne s’observe pas seulement chez les dirigeants de la secte, en faveur de qui ils dégradent jusqu’à l’appellation d’apôtres(18a), mais encore chez les Euchites et les Gnostiques(19a). Quant à leur sacrifice mystique, ô Verbe qui préserve du mal, quel discours pourrait le décrire ? Moi, j’ai honte, j’en atteste la pudeur, d’en parler et je m’en abstiendrais volontiers, mais puisque toi, Timothée, tu as prévenu mon intention, je vais en parler avec mesure, tout en omettant les obscénités, pour ne pas donner l’impression de déclamer comme sur une scène de théâtre.

Le soir, en effet, vers l’heure où les lampes s’allument, quand nous célébrons la Passion du Sauveur, ils rassemblent dans un local déterminé les jeunes filles qu’ils initient(20a), ils éteignent les lampes pour n’avoir point la lumière comme témoin de l’horreur qui se perpètre et violent les jeunes filles, chacun au hasard de la rencontre, fût-elle leur sœur ou leur propre fille(21a). Ils pensent, en effet, faire plaisir aux démons en transgressant les préceptes divins, puisque ceux-ci interdisent les mariages entre consanguins. Ce forfait accompli, ils se dispersent et, après avoir attendu le délai de neuf mois, quand est arrivé le moment de la naissance pour les rejetons infâmes d’une semence infâme, ils se léunissent de nouveau au même endroit. Et le troisième jour après l’enfantement ils arrachent les malheureux nourrissons à leurs mères, les incisent avec un rasoir tout autour du crops et recueillent dans des bocaux le sang qui ruisselle(22a). Puis, ils jettent au feu les bébés qui respirent encore, et les brûlent. Après quoi, ils délayent leurs cendres dans le sang des bocaux et confectionnent une abominable mixture dont ils souillent en cachette leur nourriture et leur boisson, à la manière de ceux qui mélangent le poison à l’hydromel, et cela ils le consomment, eux et ceux qui n’ont pas percé à jour leur secret.

Timothée Que signifie pour eux cette abominable souillure ?

Le Thrace Ils sont persuadés, cher ami, que par ce moyen les marques divines(23a) imprimées dans les âmes sont chassées et effacées. Tant qu’elles demeurent en effet dans les âmes, telle une enseigne royale dans une maison, l’espèce démoniaque a peur et reste à l’écart. Pour que les démons puissent donc séjourner à loisir dans leur âme, ils chassent, ces insensés, les marques divines par ces monstruosités, et pour quelle contrepartie ? Et comme ils n’aiment pas se réserver cette abomination, aux fins d’attirer d’autres gens avec eux dans le même gouffre ils font le siège des fidèles les plus abjects et les régalent de ces mets étonnants, tels des Tantales servant Pélops au menu du banquet.

Timothée Oh, Thrace, c’est cela même que jadis mon grand-père paternel(24a) m’a prédit. Un jour, en effet, que je déplorais la décadence des bonnes mœurs et en particulier des sciences, je lui demandais s’il y aurait de nouveau quelque progrès. Lui, qui était fort âgé et assez perspicace pour apercevoir bien des réalités à venir, me caressa doucement les cheveux et, soupirant profondément, dit : « Mon cher enfant, mon garçon, crois-tu que désormais les études ou je ne sais quelle autre vertu vont progresser ? Voici venu le temps où les hommes vont vivre de façon pire que même des bêtes sauvages. En effet, le pouvoir du prince de ce monde a atteint notre seuil, et il faut que des maux avant-coureurs de son avènement le précèdent, croyances extravagantes et pratiques criminelles, qui ne valent pas mieux que ce qui se passait dans les mystères de Dionysos et que les cas tragiques mis en scène par les Grecs : Kronos ou Thyeste ou Tantale sacrifiant leurs enfants, Oedipe couchant avec sa mère, et Kinyras avec sa fille. Toutes ces abominations s’introduiront aussi dans notre société. Mais ouvre l’œil et prends garde, mon enfant, sache, en effet, et sache-le bien : ce ne sont pas seulement des gens sans instruction et sans culture, mais aussi beaucoup de gens instruits, qui verseront dans ces pratiques. » Voilà ce qu’il a, me semble-t-il, prophétisé, et moi, qui depuis lors et jusqu’à présent me souviens de ses paroles, je suis maintenant impressionné quand je t’entends raconter cela.

Le Thrace Et il faut que tu sois étonné, Timothée. Certes, nombre de récits étranges courent sur le compte des peuples hyperboréens, beaucoup aussi sur celui des régions de la Lybie et de la Syrte, mais d’une telle forme de perversion jamais tu n’entendras parleur à leur sujet, ni non plus au sujet des Celtes, même si quelque peuplade de Bretagne est dévoyée et sauvage.

Timothée C’est vraiment terrible, Thrace, si une telle abomination a pris pied dans notre pays. Mais abandonne ces gens-là à leur perte, et laisse des méchants périr de maie mort par leurs pratiques. Quant à moi, des difficultés au sujet des démons me tracassent depuis longtemps, et en particulier ceci : se manifestent-ils à ces scélérats ?

Le Thrace Bien sûr, mon ami, c’est là pour eux tous l’objet de leurs démarches : réunions, sacrifices, cérémonies, infamies et abominations de toutes sortes, tout est accompli par eux en vue de cette apparition.

Timothée Comment donc, s’ils n’ont pas de corps, sont-ils vus par les yeux corporels ?

Le Thrace Mais, mon brave, elle n’est pas incorporelle cette espèce de démons : c’est bien avec un corps et autour des corps qu’elle évolue. Cela on peut l’apprendre aussi des vénérables Pères de chez nous, pour peu qu’on lise avec application leurs ouvrages, et on peut même en entendre beaucoup décrire les apparitions corporelles qu’ils ont eues. Même le divin Basile(25a), le spectateur des réalités invisibles, pour nous impénétrables, affirme que non seulement des démons, mais aussi les saints anges ont des corps qui sont pareils à des esprits subtils, aériens et purs(26a), et de son propos il prend à témoin David, le plus célèbre des prophètes, qui dit : « Lui qui fait de ses anges des esprits et qui rend ses ministres flamboyants. » Et ceci est de toute nécessité : les ministres, en effet, et les esprits chargés de mission, comme le révèle le divin Paul, avaient besoin d’un corps pour se mouvoir, se tenir droits et se rendre visibles, car il n’est pas possible que cela se fasse autrement que par le moyen d’un corps.

Timothée Comment donc en maints passages de l’Ecriture sont-ils célébrés comme incorporels ?

Le Thrace C’est parce que nos propres écrivains aussi bien que les écrivains païens ont accoutumé d’appeler corporels les corps les plus épais, et que ce qui est subtil, qui échappe à la vue et au toucher, non seulement ceux de chez nous, mais encore beaucoup de païens, jugent bon de l’appeler incorporel.

Timothée Mais, dis-moi, ce corps propre aux anges est-il le même que celui des démons ?

Le Thrace Pas du tout, il s’en faut même de beaucoup. En effet, le corps angélique, qui émet de merveilleuses lumières, est intolérable et insoutenable pour les yeux corporels, tandis que le corps des démons, si jamais il fut tel, je ne saurais le dire. Cependant il semble bien que oui, puisqu’Isaïe appelle celui qui tomba Lucifer, mais maintenant il est pour ainsi dire ténébreux et sombre, affreux aux regards, une fois dépouillé de la lumière qui l’accompagnait. Le corps angélique est complètement immatériel, aussi peut-il glisser et se faufiler à travers n’importe quel corps solide, et il est plus inaltérable que le rayon du soleil. Celui-ci, en effet, quand il traverse des corps transparents, est retenu par les éléments terreux et sombres, jusqu’à subir même une cassure, du fait même qu’il contient de la matière, mais aucun de ces éléments ne contrarie celui-là, parce qu’il n’a rien qui fasse obstacle à rien et qu’il n’a aucun élément commun avec quoi que ce soit. Quant aux corps des démons, même si leur subtilité les rend invisibles, ils sont pourtant quelque peu matériels et passibles, surtout ceux qui gîtent dans les lieux souterrains. Ceux-ci sont, de fait, d’une telle consistance qu’ils tombent sous le toucher, qu’ils souffrent s’ils sont frappés, qu’ils sont brûlés quand ils se sont approchés du feu, au point que certains d’entre eux laissent de la cendre, ce qui, raconte-t-on, est arrivé chez les Tusques en Italie(27a).

Timothée Thrace, je vieillis en apprenant toujours du nouveau, comme dit le proverbe(28a), comme maintenant, à savoir que certains démons sont corporels et passibles.

Le Thrace II n’y a rien d’étrange, mon ami, à ce que les hommes que nous sommes, comme quelqu’un l’a dit, ignorent bien des choses. Il faut, en effet, se féliciter si de l’intelligence nous reste encore quand nous vieillissons. Mais, sache que je n’ai pas débité moi-même ces étrangetés, en galégeant à la manière des Cretois ou des Phéniciens : je me trouve aussi convaincu par les paroles du Sauveur qui dit que les démons seront châtiés par le feu. Commsnt le subiraient-ils s’ils étaient incorporels ? Un être incorporel ne peut, en effet, souffrir dans son corps. Force leur est donc de subir leur châtiment dans des corps capables par nature de souffrir. J’ai encore appris bien des choses de ceux qui se sont eux-mêmes adonnés aux visions des démons, car personnellement je n’ai encore jamais rien vu de tel, et puissé-je ne jamais voir d’apparitions hideuses de démons. J’ai un jour rencontré un moine dans la Chersonese qui est limitrophe de la Grèce(29a). Il s’appelait Marc et disait que sa famille était originaire de Mésopotamie(30a). Bien que initié et spectateur plus que quiconque des apparitions diaboliques, il en vint à les mépriser comme stupidités et mensonges et à les abjurer, et une fois faite sa rétractation, il adhéra aux vraies doctrines, les nôtres, dont il avait été instruit avec zèle par mes soins. Eh bien, ce moine m’a raconté et dévoilé bien des choses extravagantes et démoniaques.

Lui ayant demandé une fois si certains démons étaient sujets aux passions, il me dit : « Assurément, et même quelques-uns d’entre eux produisent du sperme, et de celui-ci naissent des vers(31a)

« Mais, il est incroyable », répliquai-je, « qu’il y ait chez des démons excrétion et organes génitaux produisant du sperme et pareils à ceux des animaux. »

« Ils n’ont pas de tels organes », répondit-il, « ils produisent cependant une certaine excrétion, et crois-moi quand je te le dis. »

« Mais alors », dis-je, « il se pourrait qu’ils s’alimentent comme nous(32a). »

« Ils s’alimentent », dit Marc, « les uns par aspiration(33a), comme l’esprit qui est dans les artères et les nerfs, les autres avec l’humidité, mais pas à l’aide d’une bouche comme nous, mais à la manière des éponges et des coquillages, en attirant à eux l’humidité qui les entoure à l’extérieur, et de nouveau en la rejetant quand elle a reçu une consistance spermatique. Tous n’usent pas de ce moyen, mais seulement les espèces de démons engagés dans la matière, par exemple celle qui a horreur de la lumière(34a), celle qui habite les eaux douces et toutes les espèces qui gîtent sous terre. »

« Y a-t-il beaucoup d’espèces de démons, Marc ? », demandai-je à nouveau.

« Beaucoup », répondit-il, « et de toutes sortes de formes et de corps, au point qu’en sont remplis et l’air qui nous surplombe et l’air qui nous entoure, qu’en sont remplis la terre, la mer et les lieux abyssaux les plus profonds. »

« Si ce n’est pas trop pénible, il faut les décompter par espèces », dis-je. « Il m’est pénible », dit-il, « de me ressouvenir de ce à quoi j’ai renoncé, mais je ne dois pas refuser, puisque c’est toi qui m’y invites. »

Sur ces mots, il fit le décompte de nombreuses espèces de démons, ajoutant leurs noms, leurs formes et les endroits où ils vivent.

Timothée Qu’y a-t-il donc, Thrace, qui empêche que toi aussi tu nous les énumères ?

Le Thrace Ce qu’il a dit à ce moment-là dans le détail, cher ami, je n’ai pas alors cherché à le retenir à la lettre, et maintenant je ne l’ai plus en mémoire. Et quel avantage, en effet, aurais-je tiré à garder dans l’esprit leurs noms, les endroits où séjourne chaque espèce, la façon dont elles se montrent, les différences qui les séparent les unes des autres ? Aussi ai-je laissé cela comme des stupidités s’écouler de ma memoirs. De beaucoup de choses entendues je n’ai retenu qu’un petit nombre, et si tu tiens à en savoir un peu, tu l’apprendras en m’interrogeant.

Timothée Eh bien, voici ce que je veux savoir en premier lieu : combien y a-t-il de catégories de démons ?

Le Thrace II disait qu’il y a en tout six espèces de démons, sans que je sache s’il les répartissait d’après les lieux qu’ils habitent, ou en tenant compte que l’ensemble de la gent démonique prise la forme corporelle et que l’exade est une caractéristique des corps et de l’univers(35a) — celle-ci englobe, en effet, le monde des corps, et l’univers est constitué selon elle — , ou du fait qu’en tête vient ce nombre qu’est un triangle scalène, parce que l’élément divin et céleste relève du triangle equilateral, en tant qu’il est égal à lui-même et verse difficilement dans le mal, que l’élément humain relève du triangle isocèle, parce qu’en dépit de sa volonté faillible il redevient bon par le repentir, et que la geiit démonique relève du triangle scalène en tant qu’inégale et n’approchant pas du tout du bien(36a). Bref, soit qu’à son avis il en fut ainsi ou autrement, notre homme compta six espèces.

La première est celle qu’il appelait d’un terme local en langage barbare Léliourios(37a), le mot signifiant ce qui est incandescent, espèce qui parcourt l’air qui nous surplombe, car des espaces avoisinant la lune les démons de toute espèce sont tenus écartés, tel un objet impur loin d’un endroit sacré. La deuxième est celle qui erre à travers l’air le plus rapproché de nous, et beaucoup l’appellent aussi à juste titre aérienne. La troisième, qui vient après celle-ci, est l’espèce terrestre. La quatrième habite les eaux douces et salées. La cinquième vit sous la terre. En dernier lieu vient celle qui hait la lumière et qui est à peine douée de sensibilité(38a). Toutes ces espèces de démons haïssent Dieu et sont hostiles aux hommes, mais chose mauvaise, comme on dit, trouve aussi pire qu’elle(39a). De fait, l’espèce aquatique et l’espèce souterraine souterraine, mais aussi celle qui déteste la lumière sont au plus haut point pernicieuses ((40a)) et destructrices. Car ce n’est pas par des apparitions ou des raisonnements, disait-il, que celles-ci nuisent aux âmes : elles bondissent sur les hommes comme les plus féroces des fauves dans leur désir de les tuer. L’espèce aquatique noie ceux qui se déplacent sur l’eau. L’espèce souterraine et celle qui hait la lumière, si on leur cède, s’insinuent dans les entrailles, et ceux qu’il leur arrive de saisir, elles les étreignent et les rendent épileptiques et fous. Quant aux démons qui habitent l’air et la terre, ils poursuivent et égarent avec adresse et ruse les esprits des hommes et les entraînent dans des passions étranges et perverses.

« Mais comment », dis-je, « et par quelles opérations réalisent-ils cela ? Auraient-ils puissance sur nous, et nous mèneraient-ils çà et là comme des esclaves où bon leur plaît ?»

« Ils n’ont pas puissance sur nous », répliqua Marc, « mais ils agissent sur notre souvenir. En s ’approchant, en effet, de notre esprit imaginatif, car ils sont bien entendu eux aussi des esprits, ils font entendre les appels des passions et des plaisirs, pas en émettant des voix qui frappent l’air et résonnent, mais en insinuant sans bruit leurs paroles. »

« C’est impossible », dis-je, « d’émettre des paroles sans employer de voix. »

« Nullement impossible », répliqua-t-il, « si tu fais attention à ceci : quiconque parle, s’il est loin, a besoin de crier fort, mais s’il s’est approché, murmure doucement à l’oreille de qui l’écoute, et s’il pouvait s’approcher de l’esprit même de l’âme(41a), il n’aurait besoin d’aucun son : la parole qu’il voudrait dire atteindrait par un cheminement silencieux le destinataire. C’est aussi ce qui se passe, dit-on, pour les âmes sorties des corps : elles aussi s’entretiennent entre elles sans bruit. C’est de cette manière que les démons également tiennent leurs propos, en cachette, si bien que nous ne nous apercevons pas d’où nous vient l’attaque. Il ne faut pas que tu sois dans l’embarras à ce sujet, si tu as prêté attention à ce qui se passe dans l’air. Celui-ci, quand il y a un rayon de soleil, prend des couleurs et des formes et les transmet aux objets susceptibles par nature de les recevoir, comme on peut le voir dans les miroirs et les glaces. Eh bien, de même les corps des démons, qui reçoivent de leur faculté imaginative des figures, des couleurs et toutes les sortes de formes qu’ils désirent, les insinuent dans l’esprit de notre âme et à partir de là nous causent bien des tracas, nous suggérant des désirs, nous présentant des formes, remuant des souvenirs de volupté, des images passionnelles, nous troublant souvent, aussi bien durant l’état de veille que durant le sommeil ; parfois même, en excitant les parties du bas-ventre par des chatouillements, ils nous incitent à des amours furieuses et illicites, surtout s’ils ont trouvé comme auxiliaires les humeurs chaudes qui sont en nous. C’est ainsi que ces démons, coiffés du casque de l ’Hadès(42a), troublent les âmes avec habileté et grande ruse. Quant aux autres espèces de démons, ils n’ont aucun savoir et ne savent pas finasser; ils sont néanmoins importuns, terriblement hideux et nuisibles à la façon du souffle de Charon(43a). Car, tout comme, dit-on, celui-ci corrompt tout ce qu’il approche : quadrupède, homme, oiseau, ces démons de mauvaise rencontre maltraitent aussi terriblement ceux en qui il leur arrive de s’introduire : ils les secouent corps et âme et mettent sens dessus dessous leurs facultés naturelles; parfois même ils font périr dans le feu, l’eau ou les précipices non seulement des hommes, mais encore des animaux sans raison. »

« Mais quelle importance pour eux », dis-je, « de s’attaquer aussi à des animaux dénués de raison ? Assurément les saintes Ecritures nous apprennent que cela s’est produit pour des porcs à Gergésa(44a). Etant donc ennemis des hommes, rien d’étonnant qu’ils leur fassent du mal, mais quel motif ont-ils de s’attaquer aussi aux animaux sans raison ?»

Marc répondit : « Ce n’est pas par haine ni par désir de nuire qu’ils bondissent sur certains animaux, mais parce qu’ils recherchent une chaleur animale. Séjournant, en effet, dans les lieux les plus profonds, lieux extrêmement froids et secs, ils sont transis par le grand froid qui y règne ; oppressés et accablés par lui, ils sont avides de chaleur humide et animale ; pour en jouir ils se jettent même sur des animaux sans raison et hantent également bains et fosses(45a). En effet, de la chaleur du feu et de celle du soleil ils s’écartent, parce qu’elle brûle et dessèche, tandis que de celle des animaux, parce qu’elle est modérée et accompagnée d’une agréable humidité, ils raffolent, surtout de celle des hommes, parce qu’elle est bien équilibrée. Chez ceux où ils se sont introduits ils causent un trouble sans mesure : sont bouchés les conduits où siège l’esprit de l’âme, et cet esprit est oppressé et comprimé par la masse des corps qui s’y pressent. A la suite de quoi, les corps sont ébranlés, les facultés directrices perturbées, et les mouvements deviennent extravagants et désordonnés. Si l’assaillant est un démon souterrain, il secoue et dénature celui qu’il saisit, et il s’exprime à travers lui, en usant de l’esprit du patient comme d’un organe personnel. Si c’est un des démons appelés ennemis de la lumière qui s’est insinué en catimini, il provoque une paralysie, empêche (1a) ’elocution et rend le possédé tout à fait semblable à un mort. Cette espèce, en eifet, du fait qu’elle est la dernière chez les démons, est plus compacte et extrêmement froide et sèche, et chez tous ceux où elle s’infiltre en cachette, elle émousse et affaiblit toute force de l’âme. Et parce qu’elle est stupide, privée de toute perception intellectuelle et menée par une imagination déraisonnable, comme les bêtes sauvages les plus bornées, elle n’entend pas de raisonnements, ne craint pas de châtiment, et pour cette raison beaucoup l’appellent à bon droit muette et sourde. Qui en est possédé ne saurait en être débarrassé que par la puissance divine obtenue par la prière et le jeûne(46a). »

« Mais Marc », dis-je, « des médecins nous pressent de penser autrement, quand ils disent que ces maux ne viennent pas des démons, mais des humeurs, de la siccité et d’esprits en mauvais état. Et naturellement, c’est par des drogues et des régimes, point par des incantations ou des exorcismes qu’ils s’évertuent à les guérir. »

« Rien d’étonnant », répliqua Marc, «-si des médecins parlent ainsi, puisque leur savoir ne dépasse pas le perceptible, et qu’ils ne se penchent que sur les corps. D’ailleurs, on pourrait bien penser que les maladies suivantes résultent d’humeurs défectueuses : léthargies, comas, mélancolies, démence, puisqu’ils les font cesser par des ablutions ou des purges ou des onguents. Mais les délires, les folies furieuses, les possessions, tous ces cas où le possédé est incapable de faire fonctionner son intellect et sa raison, son imagination et sa sensibilité, où c’est un autre être qui le meut et le mène, qui exprime ce que le possédé ignore et qui, d’aventure, prédit quelque événement futur, comment pourrions-nous y voir des mouvements désordonnés de la matière ? »

Timothée Et quoi, Thrace, es-tu toi aussi d’accord avec ces propos de Marc ?

Le Thrace Tout à fait, Timothée, et comment ne le serais-je pas, puisque je me rappelle ce que les divins évangiles racontent au sujet des démoniaques, ce qui arriva à l’homme de Corinthe sur l’ordre de Paul(47a), et tous les faits nombreux et étranges rapportés à leur sujet dans les écrits des Pères, et en outre ce que j’ai moi-même vu et entendu à Elasôn(48a).

En cette ville, un homme mû par je ne sais quel démon prédisait toutes sortes de choses en faisant le prophète de Phébus, et à mon sujet aussi il annonçait bien des choses. Un jour en effet qu’il avait réuni chez lui une foule d’initiés, il leur dit : « Sachez, vous qui êtes présents, sachez qu’un homme va être envoyé contre nous, qui persécutera notre religion et détruira notre culte. Il s’emparera de moi et de beaucoup d’autres, mais, quand il voudra, après un grand procès, m’emmener enchaîné à Byzance, il ne le pourra point, en dépit de tous ses efforts. » Voilà ce qu’il prédisait, alors que je n’avais pas encore traversé les faubourgs de Byzance; il décrivait encore mon aspect extérieur, mon vêtement et jusqu’à ma manière de vivre. Ce que m’apprenaient beaucoup de gens venus de là-bas. Quand je l’eus plus tard saisi, je lui demandai d’où lui était venu le pouvoir de prédire l’avenir. Il ne voulut pas révéler son secret, mais quand il eut subi la contrainte Spartiate(49a), il dit la vérité. « J’ai été initié», dit-il, « aux œuvres démoniaques par un vagabond lybien, qui me conduisit de nuit sur une montagne et me pria de goûter de je ne sais quelle herbe; il me cracha dans la bouche(50a), m’appliqua des onguents sur les yeux et me fit voir une foule de démons, et je sentis venant de parmi eux comme un corbeau qui vola vers moi et s’enfonça dans ma bouche(51a). A partir d’alors et jusqu’à maintenant il m ’arrive de faire des prédictions sur les sujets et au moment qu’il plaît à l’être qui me meut. Pendant les jours de la Passion, en effet, et aussi pendant votre fête sacrée de la Résurrection il ne veut rien révéler, malgré mes plus vives instances. » Telle fut sa déclaration. Quand l’un de mes compagnons l’eut frappé à la joue, « Toi », dit-il, « avant longtemps, pour un coup tu en recevras plusieurs. Quant à toi », dit-il, en se tournant vers moi, « tu éprouveras dans ton corps beaucoup de malheurs, car les démons sont terriblement furieux contre toi, parce qus tu as supprimé leur culte. Assurément ils vont ourdir contre toi des malheurs pénibles et écrasants, auxquels tu ne pourras échapper, à moins qu’une puissance plus forte que celle des démons ne t’en délivre.»

Voilà ce qu’il me prédit, ce fripon, en me lançant ses oracles comme du haut d’un trépied. Et de fait, tout arriva et se réalisa : peu s’en fallut que je ne périsse, assailli que je fus par un nombre incalculable de dangers dont le Sauveur me tira de façon extraordinaire. Qui donc, après avoir vu cet oracle devenu pareil à une lyre que les démons font résonner, prétendra que toutes les démences sont des mouvements désordonnés de la matière et non des maux dramatiques causés par des démons ?

Timothée II n’y a rien d’étonnant, Thrace, si des médecins ont pareille opinion, eux qui n’ont rien constaté de tel. Moi-même j’ai d’abord partagé leur avis, jusqu’au jour où il m’arriva de voir un spectacle tout simplement effrayant et extraordinaire qu’il n’est pas maintenant hors de propos de te raconter. Je ne vais pas mentir, crois-moi, moi un homme âgé, qui suis revêtu de ce manteau(52a).

J’avais un frère aîné, mariée à une femme parfaitement avisée, mais qui avait des couches difficiles et souffrait de maladies de toutes sortes. Un jour qu’elle accouchait, elle se trouva très mal et fut tourmentée au dernier degré : elle déchirait sa robe(53a) et pérorait avec force cris dans une langue barbare, langue que les gens présents ne pouvaient comprendre. Naturellement, tous se trouvaient dans l’embarras, complètement désemparés devant un malheur si grand. Mais quelques femmes — elles sont en effet inventives et très efficaces devant l’imprévu — introduisent un étranger, chauve, très âgé, à la peau ridée et brûlée jusqu’à être tout à fait noire. Il dégaina une épée(54a), s’approcha du lit, s’emporta contre la malade, et dans la langue de son pays — c’était un arménien — il l’abreuva d’injures. Et elle, elle lui répliquait de son côté dans la même langue. Tout d’abord elle se montrait pleine d’insolence et se soulevait de son lit pour le quereller, mais quand le barbare eut multiplié ses imprécations et, tel un homme en fureur, eut menacé de la battre, la pauvresse subjuguée se mit à trembler, s’exprima avec humilité et s’endormit. Nous étions frappés de stupeur, non parce qu’elle avait déliré, car nous voyons cela arriver partout, mais parce qu’elle parlait comme les Arméniens, elle, une femme qui n’avait jamais de sa vie rencontré ces gens-là et qui ne savait rien d’autre que faire son ménage et filer la quenouille. Quand elle eut repris son bon sens, je lui demandai ce qu’elle avait éprouvé et s’il y avait eu quelque suite à ce qui était arrivé.

Elle répondit qu’elle avait eu la vision d’un démon ténébreux et ressemblant à une femme, aux cheveux ébouriffés, qui se précipitait sur elle, et que apeurée elle se laissa retomber sur son lit. Quant à ce qui s’était passé par la suite, elle n’en savait rien.

Voilà donc ce qu’elle me dit, et elle fut délivrée de son mal. Quant à moi, depuis ce temps-là je suis en proie à une difficulté, me demandant comment le démon qui tourmentait la femme se faisait voir sous les aspects d’une femme — c’est, n’est-ce pas, un problème difficile, si parmi les démons les uns sont mâles, les autres femelles, comme parmi les animaux terrestres et mortels — , et en deuxième lieu comment elle pouvait employer le langage des Arméniens — , là aussi grande difficulté, si parmi les démons les uns parlent grec, les autres chaldéen, et si d’autres usent de la langue des Perses et des Syriens —, et en outre, comment les menaces du sorcier l’avaient réduite et comment l’épée brandie l’avait effrayée. Quel mal, en effet, une épée ferait-elle à un démon, puisqu’il est indivisible et incorruptible ? Ces difficultés me tracassent et me troublent beaucoup. J’ai besoin de quelque apaisement à ce sujet, et je crois que tu es le plus capable de me le donner, car tu as recueilli les opinions des anciens et ramassé beaucoup d’informations.

Le Thrace Je souhaiterais, Timothée, donner une réponse à tes questions, mais j’ai peur que nous paraissions tous les deux indiscrets, toi en t’enquérant de ce que nul n’a tiré au clair, moi en tentant d’exposer ce que je devrais tenir secret, et qui sais par ailleurs que de telles informations sont facilement déformées par le vulgaire. Cependant, puisqu’il sied, au dire d’Antigonos(55a), de confier aux amis non seulement les informations sans conséquence, mais aussi parfois des informations délicates, je vais tâcher moi aussi de résoudre ton problème en reprenant les données fournies par les discours de Marc.

Celui-ci disait qu’il n’y a pas d’espèce démonique mâle ou femelle par nature, car ce sont là des propriétés d’êtres composés, or les corps démoniques sont simples. Mais, étant malléables et souples, ils sont naturellement susceptibles de n’importe quelle forme. De même, en effet, qu’on peut voir les nuages prendre à l’occasion formes d’homme, d’ours, de dragon ou d’autres choses, de même il en va pour les corps démoniques. Mais, tandis que les nuages prennent des formes variées sous l’effet des vents qui les agitent de l’extérieur, les démons par contre adoptent la forme de leur choix pour celui des corps qu’ils prennent : tantôt ils le réduisent à un petit volume, tantôt au contraire ils le dilatent jusqu’à une très grande taille, comme nous voyons cela se produire chez les vers de terre à cause de la souplesse et de la malléabilité de leur être. Ce n’est d’ailleurs pas seulement la taille du corps qu’ils peuvent modifier, mais encore sa forme et sa couleur de diverses façons — le corps démonique est en effet apte aux deux changements — , parce qu’étant malléable, il peut prendre plusieurs apparences, et qu’étant aérien, il peut recevoir toutes sortes de couleurs comme l’air. Mais, alors que l’air reçoit sa couleur d’une source extérieure quelconque, ce corps la reçoit de sa fonction imaginative, qui projette sur lui les genres de couleur. Si la pâleur, en effet, quand nous avons été effrayés, envahit nos joues, et la rougeur, quand nous avons eu honte, notre âme, suivant qu’elle éprouve tel ou tel sentiment, projetant sur le corps ces impressions(56a), eh bien, c’est aussi d’après cela qu’il faut imaginer ce qui se passe chez les démons, car c’est de l’intérieur aussi qu’ils projettent sur leur corps les types de couleurs. Aussi, chacun d’eux, ayant imprimé à son corps la forme qu’il a choisie et ayant empreint la surface de ce corps d’un genre quelconque de couleur, tantôt se présente comme un homme, tantôt prend l’aspect d’une femme, ou bien se montre menaçant comme un lion, ou bien bondit comme une panthère, ou bien se rue comme un sanglier. S’il le juge bon, il adopte même la forme d’une outre, et il s’est même à l’occasion présenté sous l’aspect d’un petit chien jappant. Toutes ces formes, il les change sans cesse, et il n’en a aucune qui soit permanente. En effet, ce corps démonique n’est pas assez consistant pour que perdurent en lui les formes empruntées. Ce qui arrive habituellement pour l’air et aussi pour l’eau, que tu y verses une couleur, que tu y dessines une figure, tout se dissout et s’efface aussitôt, ce résultat aussi on peut l’observer chez des démons : chez eux aussi, en effet, disparaissent couleur, aspect et forme de n’importe quel être.

Voilà, Timothée, ce que Marc, me semble-t-il, m’a expliqué de façon plausible. Désormais qu’aucun problème ne te trouble plus concernant une différenciation des démons en mâles et en femelles(57a). Cela chez eux se réduit à l’apparence. Aucun de ces aspects n’est chez eux durable et stable. Aussi, quant au démon qui tourmentait l’accouchée, s’il apparaissait sous les apparences d’une femme, sache qu’il n’était pas tel par propriété naturelle, mais simplement revêtu de l’aspect d’une femme.

Timothée Mais pourquoi, Thrace, ne prend-il pas tantôt une forme, tantôt une autre, comme les autres démons, mais apparaît-il toujours sous celle-là ? J’ai entendu, en effet, bien des gens dire qu’il apparaît sous un aspect féminin à toutes les femmes en couche.

Le Thrace De cela aussi, Timothée, Marc a donné une explication qui n’est pas invraisemblable. Il disait que tous les démons ne participent pas de la même puissance et de la même volonté, mais que, sur ce point aussi, grande est entre eux la différence, car il y a en eux de la déraison(58a) comme chez les animaux mortels et composés. Parmi ceux-ci, l’homme, qui a en partage un intellect et une raison, a en plus une puissance imaginative complète qui s’étend presque à toutes les réalités sensibles, celles qui concernent le ciel et celles qui touchent à ce qu’il y a autour de la terre et sur elle, mais le cheval et le bœuf et leurs semblables ont une imagination assez partielle et qui s’exerce sur quelques réalités imaginables, capable de leur faire connaître leurs compagnons de pâture, leur étable et leurs maîtres. Cousins, mouches, vers ont une imagination réduite et confuse : aucun d’eux ne connaît même le trou d’où il est sorti, ni l’endroit par où il va ni où il doit se diriger, chacun n’a pour imagination que celle concernant sa nourriture. Ainsi en va-t-il des nombreuses tribus de démons(59a). En effet, ceux qui parmi eux sont faits de feu et qui sont aériens, doués qu’ils sont d’une imagination diversifiée, se muent en la forme imaginée que d’aventure ils choisissent. Au dessous d’eux, il y a l’espèce qui hait la lumière, car sa puissance imaginative est tout à fait restreinte. Aussi n’adopte-t-elle pas des formes nombreuses, faute de disposer de nombreuses sortes d’images et de posséder un corps agile et facilement changeable. Les démons aquatiques et terrestres, qui occupent la place intermédiaire(60a) entre les susmentionnés, peuvent se muer en beaucoup de formes, mais ils restent en général dans celles qui une fois leur ont plu. Ceux qui vivent dans les lieux humides et qui prisent un genre de vie douillet prennent la ressemblance d’oiseaux et de femmes. Aussi, les Grecs leur donnent-ils des noms féminins : Naïades, Néréides, Dryades. Ceux qui habitent des lieux arides et qui ont le corps sec, tels que sont, dit-on, les onoskéleis(61a), prennent l’aspect d’un homme, mais il leur arrive de ressembler à des chiens, des lions et autres animaux doués d’un comportement viril. Aucune difficulté donc que le type de démon qui assaille les femmes en couches soit vu sous une apparence féminine, puisqu’il est lascif et qu’il apprécie les liquides malpropres : il revêt une forme accordée au genre de vie qu’il prise.

Quant au fait qu’il parle arménien, Marc ne l’a pas expliqué, car je ne l’avais pas interrogé à ce sujet. Mais je crois que ce cas s’explique par le fait qu’on ne saurait trouver une langue propre aux démons, même si l’un parle hébreu ou grec ou syriaque ou toute autre langue barbare, car à quoi bon une parole pour ceux qui conversent sans paroles, comme je l’ai dit plus haut ? Mais puisque, tout comme les anges président les uns à certains peuples, les autres à d’autres, des démons aussi habitent chez différents peuples, chacun pratique la langue de son peuple, et c’est pourquoi aussi les uns rendaient chez les Grecs leurs oracles en vers héroïques, les autres chez les Chaldéens faisaient les évocations en langue chaldéenne, et d’autres chez les Egyptiens demandaient à être assistés(62a) avec des mots égyptiens, eh bien, les démons qui vivent chez les Arméniens, quand il leur arrive d’aller ailleurs, se servent eux aussi de la langue de ce peuple comme d’une langue qui leur est propre.

Timothée Soit, Thrace, mais pour quel motif redoutent-ils les menaces et l’épée ? Quels maux s’attendent-ils à en recevoir pour céder et s’éloigner ?

Le Thrace Ce n’est pas à toi seul, Timothée, qu’il est arrivé d’avoir aujourd’hui des embarras à ce sujet. Moi-même je fus auparavant dans la perplexité devant Marc. Il m’en a guéri en disant que toutes les tribus démoniques sont pleines d’effronterie et de lâcheté, et, plus que toutes les autres, celles qui sont engagées dans la matière. Les espèces aériennes, douées qu’elles sont d’un discernement puissant, savent, quand on les menace, jauger celui qui les menace, et elles ne sont expulsées des gens qu’elles tourmentent que si cet homme est pieux à l’égard de Dieu et invoque le nom redoutable du Verbe de Dieu, aidé par une puissance divine. Mais naturellement, les démons engagés dans la matière, qui craignent leur renvoi dans les abysses et dans les lieux souterrains, mais aussi les anges qui les y chassent, quand quelqu’un menace de les reléguer dans ces lieux et fait appel aux anges préposés à cet office, sont saisis de crainte et très troublés(63a). Du fait de leur stupidité ils ne peuvent même pas, en effet, évaluer celui qui les menace. Que ce soit une vieille femme ou un petit vieillard arrogant qui exprime ces menaces, ils prennent peur et décampent souvent, à l’idée que ceux qui lancent les menaces peuvent les faire aboutir. C’est à ce point qu’ils sont minables et stupides. C’est pourquoi aussi la race exécrable des sorciers les manœuvre aisément à l’aide d’excrétions, je veux dire salive, ongles, cheveux, et une fois liés avec du plomb, de la cire et un fil ténu(64a), ils causent sous l’effet des abominables adjurations d’épouvantables méfaits.

« Pourquoi donc », dis-je, « toi et beaucoup d’autres personnes, avez-vous en vénération pareils êtres, alors qu’il faudrait mépriser leur faiblesse ?»

« Ni moi », répondit Marc, « ni, je pense, une autre personne moyennement intelligente ne s’attachait à ces maudits, mais ce sont surtout des sorciers et des scélérats qui flattent ces démons. Ceux d’entre nous qui s’abstenaient des pratiques abominables honoraient surtout les démons aériens, et par les sacrifices que nous leur offrions nous les invitions à détourner quelque démon souterrain(65a). S’il arrivait, en effet, à un tel démon de se glisser furtivement pour nous faire peur, il nous lançait aussi des pierres, car c’est le propre des démons souterrains de lancer des pierres contre ceux qu’ils rencontrent avec des jets sans vigueur(66a). Aussi évitons-nous de les rencontrer. »

« Mais quel profit », dis-je, « avez-vous tiré du culte des démons aériens ? »

« Aucun », dit-il, « aucun, mon brave, parce que leur comportement n’est que jactance(67a), arrogance, tromperie et vaine imagination. Ils font, en effet, tomber sur leurs adorateurs des traits de feu semblables à ceux qui suivent les étoiles filantes, ce que les déments osent appeler théopties, alors qu’elles n’ont rien de vrai, rien de stable, rien de solide — car que peut-il y avoir de lumineux dans des démons ténébreux ? — , et que ce sont des jeux forgés par eux, tels que les hallucinations qui se produisent dans les yeux, ou les mystifications que produisent ceux qu’on appelle illusionnistes pour tromper les spectateurs. Et pauvre de moi, qui avais depuis longtemps percé ces illusions et qui essayais de m’éloigner de ce culte, j’en étais jusqu’à présent empêché, victime de la sorcellerie, et ma perdition eût été certaine, si tu ne m’avais pas remis sur le chemin de la vérité, tel un phare brillant sur une mer ténébreuse. »

Ce disant, Marc inondait ses joues de larmes, et moi pour le réconforter e lui dis : « Tu pourras encore te lamenter par la suite, mais maintenant c’est l’heure pour toi de fêter ta délivrance et de rendre grâces à Dieu qui a arraché ton âme et ton esprit à la perdition. Mais, dis-moi, je tiens à le savoir, si les corps démoniques peuvent recevoir des coups. »

« Ils le peuvent », dit Marc, « au point d’avoir mal quand un objet dur frappe leur corps.»

« Mais comment cela », dis-je, « puisque ce sont des esprits, qu’ils ne sont ni des solides ni des composés ? Or la sensation est bien la propriété des corps composés.»

Et lui de répondre : « Je m’étonne que tu ignores que la partie sensible, ce n’est ni les muscles ni les nerfs, mais l’esprit qui se trouve en eux(68a). Aussi, soit qu’on froisse le nerf, soit qu’on le refroidisse, soit qu’il éprouve n’importe quoi d’autre, la douleur est celle de l’esprit envoyé à l’esprit. Un être composé ne saurait en effet souffrir par lui-même, mais bien un être qui participe de l’esprit, puisque une fois paralysé ou mort il est insensible, en tant que privé de l’esprit. L’esprit démonique, parce qu’il est de nature sensible en toutes ses parties, voit et entend directement par toutes ses parties et éprouve les sensations du toucher, et quand il est blessé, il souffre comme les corps durs(69a). Il diffère de ceux-ci en ce que les autres corps, quand ils ont été blessés, guérissent difficilement ou pas du tout, et que lui, une fois blessé, se raccorde aussitôt, à la manière des parcelles d’air ou d’eau après qu’un solide les a traversées. Mais, même si cet esprit se raccorde plus vite qu’on ne saurait dire, il souffre cependant au moment où se produit la blessure. Aussi craint-ils les pointes d’objet en fer et en est-il effrayé(70a). Ce que sachant, ceux qui pratiquent les conjurations placent debout des broches ou des couteaux dans les endroits dont ils ne veulent pas les voir s’approcher, et ils utilisent bien d’autres moyens soit pour les détourner de ce qui leur plaît, soit pour les allécher par ce qui leur plaît. »

Voilà ce que me raconta Marc à ce sujet, de façon, me semble-t-il, digne de foi.

Timothée T’a-t-il dit aussi, Thrace, si les démons sont doués de prescience ?

Le Thrace II m’a dit qu’ils avaient de la prescience, mais pas celle qui se base sur les causes et qui est d’ordre intellectuel, ni celle basée sur la science, mais seulement celle qui interprète les signes, aussi tombe-t-elle généralement à côté, et que les démons engagés dans la matière surtout ont une faible prescience, si bien qu’ils ne sont pas du tout dans le vrai ou de manière insignifiante(71a).

Timothée Pourrais-tu donc traiter aussi de la prescience qu’ils possèdent ?

Le Thrace Je le ferais, si j’en avais le temps. Hélas, il est l’heure de rentrer. Tu vois que le ciel est nuageux et qu’il va pleuvoir. Nous risquons donc à rester ici, assis en plein air, d’être complètement trempés.

Timothée Quel dommage, mon ami, que tu laisses ton discours en suspens.

Le Thrace N’en sois pas fâché, mon très cher ami. Dieu aidant, si jamais je me retrouve avec toi, je compenserai de grand cœur ce qui peut manquer à mon exposé au-delà de la dîme des Syracusains(72a).

Quelles sont les opinions des Grecs sur les démons

1. Les démons. Notre doctrine, qui concède le libre arbitre même aux anges et qui reconnaît qu’ils ont un penchant pour le bien, mais admet aussi qu’ils ne sont pas incapables de verser dans le mal, enseigne que pour cette raison les démons ont chu de leur rang angélique et ont éprouvé une chute proportionnelle à la dignité et au rang de chacun. La doctrine hellénique, qui récuse pareil penchant chez les natures dépourvues de corps, place les ordres démoniques au-dessous et à la suite du monde angélique(1b), et elle considère que parmi eux certains sont intellectifs, d’autres intellectifs ou rationnels, et d’autres uniquement rationnels ; elle prétend que d’autres ont reçu en partage la substance irrationnelle en plus de la substance rationnelle ; quant aux derniers des démons, elle ne leur concède que la substance irrationnelle(2b), et ces démons elle les appelle matériels et punisseurs(3b). Elle répartit entre eux la création, pour que celle-ci reçoive d’eux chaleur et souffle, et elle prépose les uns au service du feu, les autres à celui de l’air, les autres à celui de l’eau, les autres à celui de la terre(4b) ; de quelques-uns elle fait même des chefs de région(5b), de quelques autres des gardiens des corps(6b) et des protecteurs de la matière. Et ils disent que, quand ces démons s’attaquent à nos âmes, ce n’est pas par haine des humains et par méchanceté, mais pour les punir des fautes qu’elles ont commises, et qu’ils les attirent vers la matière sans avoir l’intention de leur nuire, mais pour que leur turpitude transparaisse à travers leur relation à la matière(7b). Ils leur prêtent une irascibilité et une implacabilité naturelles, pareilles à celles des léopards et des lions, et ils les croient liés à des corps subtils, aériens et peu consistants, pas seulement ronds, mais encore oblongs, lesquels participent peu à la lumière, mais beaucoup à l’obscurité terrestre(8b). Et ils attestent qu’ils sont doués de connaissance et qu’ils prévoient l’avenir à l’aide de beaucoup d’indices, et particulièrement à l’aide des aspects pris par les astres(9b). Voilà ce qu’enseignent les Porphyre et les Jamblique.

2. Les sacrifices(10b). Ils sacrifiaient aux démons de l’éther des animaux blancs ou fauves en raison de leur couleur éthérée et de la pureté de leur nature", égorgeant, en leur redressant la tête, un bélier ou un chevreau, comme le dit aussi Homère : on relève d’abord les mufles, on égorge, on dépèce(12b). Aux démons de l’air ils offraient des victimes variées et bigarrées. Aux démons souterrains ils sacrifiaient des animaux de couleur sombre : ils ployaient vers le sol la tête de la victime et tranchaient les muscles de la nuque(13b). Pour les dieux intermédiaires(14b) ils plaçaient les victimes sur le côté et leur écorchaient la tête ; ensuite, après leur avoir fendu le ventre, ils extrayaient d’abord le cœur : ils en offraient la membrane aux dieux paternels ; de l’intérieur, ils sacrifiaient le ventricule droit au soleil levant, le ventricule gauche au soleil couchant, l’orifice au soleil au zénith. Puis, ayant détaché délicatement la membrane du foie qui est au-dessus des viscères sous le péritoine, ils en offraient la partie principale aux dieux hypercosmiques, ils en réservaient les lobes aux cinq planètes ; quant au cadavre, ils le sacrifiaient à Hadès et à Persephone. En outre, ils observaient la manière de tomber des victimes : tombaient-elles à droite ou à gauche, ils prédisaient pour eux-mêmes des événements favorables dans le premier cas, funestes dans le second. Ils mesuraient aussi le temps de la convulsion après l’immolation : si les victimes expiraient aussitôt, ils prédisaient une réalisation rapide pour les affaires au sujet desquelles on les consultait, et dans le cas contraire une réalisation lente et pénible. Ils ne faisaient pas tout pour tous, mais seulement pour ceux qui avaient apporté la victime. Pour les dieux sobres ils coupaient du bois de chêne et en allumaient des bûchers, mais pour les bacchantes et Dionysos ils allumaient un brasier avec des sarments, et pour eux ce n’était que des libations de vin. De l’encens, de la myrrhe, du safran(15b) et de la résine étaient distribués aux dieux lors de chaque sacrifice.

3. Les mystères(16b). Leurs mystères, tels que par exemple ceux d’Eleusis, simulent l’union du Zeus de la légende avec Dèô, c’est-à-dire Demeter, et la fille de celle-ci Pherséphatta, appelée aussi Korè. Quand des enlacements amoureux allaient survenir lors de l’initiation, Aphrodite émergeait pour ainsi dire des flots à partir d’une sorte de simulacre de bourses. Ensuite, on chante un chant nuptial en l’honneur de Korè, et les initiés entonnent : J’ai mangé sur le tambour, j’ai bu à la cymbale, j’ai porté les vases sacrés, j’ai pénétré dans la chambre nuptiale. Leurs mystères simulent aussi les douleurs de l’enfantement de Dèô : ce sont donc aussitôt les supplications de Dèô, la coupe de fiel et les maux d’estomac. Là-dessus survient encore un acteur aux pieds de bouc, qui se désole pour ses testicules, parce que Zeus, pour tirer vengeance de la violence qu’il avait faite à Demeter, coupa les testicules d’un bouc et les jeta dans le sein de celle-ci comme si c’était les siens. Par-dessus tout, il y avait les honneurs rendus à Dionysos, la corbeille, les galettes pleines de bosses(17b), les initiés à Sabazios, les servants de la Mère(18b), Klôdônes et Mimallones(19b), le chaudron résonnant de Thesprotie et le bronze de Dodone, et voilà un corybante, et voilà un courète, images de démons. Puis, c’était Baubô qui dévoilait ses cuisses(20b), et le peigne féminin, car c’est ainsi que dans leur impudeur ils appellent les parties honteuses. C’est ainsi, dans la turpitude, qu’ils terminent leurs rites.

4. La goétie(21b). La goétie est l’art qui met en œuvre les démons liés à la matière et terriens(22b) : elle fait apparaître leurs images aux époptes(23b), en faisant surgir les uns comme s’ils venaient de l’Hadès, en faisant descendre les autres des hauteurs, et ces démons sont malfaisants(24b), et elle soumet au regard des spectateurs toutes sortes de visions en images de ces démons ; contre les uns elle lance des flots tumultueux, à d’autres elle annonce une délivrance des chaînes, des plaisirs, des faveurs, et elle attire ces puissances à l’aide de liens et d’incantations(25b).

5. La magie. La magie a été considérée par les Grecs comme une chose extrêmement puissante. Ils disent qu’elle est la partie ultime de la science hiératique(26b). Elle explore en effet l’essence, la nature, la puissance et la qualité de tous les êtres sublunaires, je veux dire des éléments et de leurs fruits, des pierres, des herbes, et en un mot l’essence et la puissance de chaque chose, et elle les manipule à son profit(27b). Elle fabrique des statuettes qui peuvent procurer la santé, elle crée des formes de toutes sortes et d’autres artifices qui rendent malades(28b). Les aigles et les serpents ont à leurs yeux une importance primordiale pour la santé ; les chats, les chiens et les corbeaux sont les symboles de la vigilance ; la cire et l’argile sont utilisées pour la confection des parties génitales. Elle fait voir aussi souvent des émissions de feu céleste(29b). Des statues sourient d’elles-mêmes, des lampes s’allument grâce à un feu spontané. Elle englobe aussi toute l’astronomie, et grâce à celle-ci elle peut faire et accomplit beaucoup de choses.

6. L’évocation des démons(30b). La klèdôn est, comme le nom lui-même l’indique, l’évocation des démons mauvais. Elle se fait quand le soleil vient de tourner au sud, faisant diminuer le jour et augmenter la nuit, car c’est une opinion hellénique qu’aucun des démons liés à la matière ne se risque à affronter les rayons du soleil, et c’est pourquoi ils nous tendent des embûches la nuit, ne pouvant le faire de jour. Quand donc l’astre se trouve au septentrion, ils ne peuvent pas se livrer entièrement à leurs activités, mais, quand il a tourné au sud et que l’air qui nous entoure devient en quelque sorte très sombre, alors ils manifestent des bondissements et, pour ainsi dire, le déferlement de leur méchanceté, et, s’ils sont appelés, ils obéissent aux évocateurs. Mais ceux qui aujourd’hui président à la cérémonie ne connaissent pas l’incantation de l’évocation(31b), et puissent-ils ne la jamais connaître. Ils inscrivent une grande quantité de feux dans un cercle et ils bondissent hors de la flamme. Cela aussi faisait partie de l’ancienne pratique bacchique, pour ne pas dire que c’était une partie de sa folie, car les Grecs disent que, lorsque l’air qui nous domine est sombre et que sa substance est épaisse, les forces qui descendent ne conversent pas distinctement avec ceux qui les appellent. Le cercle a une force de détention : le démon évoqué, comme s’il était en quelque sorte circonscrit, paraît en effet coincé, et il est retenu autant que le veut l’évocateur. Ils pensent que durant cette rotation du soleil la mer aussi manifeste quelque chose, alors surtout, de la méchanceté des démons, car elle enlève toujours quelques nageurs, non pas parce que l’eau cause leur perte, mais parce que les démons qui l’habitent exercent leur méchanceté(32b).

7. La lécanomancie(33b). De même qu’il y a une divination par l’air et une divination par la phiale, il y a aussi une divination par le bassin : elle est ainsi appelée par les Assyriens les plus experts en savoir en raison du bassin posé à terre et rempli d’une eau divinatoire, qui provoque par sa forme particulière le penchant des démons pour les cavités. L’eau qu’on y a versée ne diffère en rien quant à sa substance des autres eaux, mais le rite dont elle est l’objet et les incantations la rendent apte à recevoir l’esprit divinateur(34b). Cette espèce démonique est terreuse et particulière. Quand elle tombe dans l’eau, elle émet d’abord, au moment de sa réception, un bruit confus pour les assistants ; ensuite, quand elle se trouve sur l’eau, elle susurre des paroles indistinctes relatives à la prédication de l’avenir. Ce type d’esprit est tout à fait menteur(35b), parce qu’il fait partie de l’ordre matériel (des démons), et cette espèce émet, de propos délibéré, des paroles indistinctes pour échapper par le manque de netteté de la voix au reproche d’avoir menti.

8. Le pacte chaldéen(36b). Quant à l’efficacité de l’opération (magique) du pacte secret des Chaldéens, nous allons t’en entretenir brièvement. D’abord, ils préparaient une victime purifiante : aromates, herbes, pierres, safran, myrte, laurier, qu’on avait purifiés par le feu d’une façon mystique. Un espace était délimité autour de ces objets qu’on avait plantés et enfouis. Puis l’opérateur du pacte, un homme expert en goétie, après avoir désigné par son nom l’affaire à propos de laquelle il faisait le sacrifice, revenait le lendemain sur le lieu de la cérémonie : il déterrait la base des plantes et les objets purifiés, il les saisissait de la main gauche, tous brusquement et en un instant, et il évoquait certaines forces occultes : c’était le maître de la victime saisie, les seigneurs des matières (offertes), le président du jour, le chef du temps, le démon tétrarque(37b).

Voilà qui suffit à une langue purifiée et à une oreille prudente.

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Notes de Paul Gautier (1)

1a. Sur le choix de ce titre bref, voir supra, p. 124-125.

2a. Sur cette expression, qui désignait dans l’antiquité les livres IX-XII de l’Odyssée (cf. Aristote, Poétique 1455a ; Rhétorique 1417a), et qui passa ensuite à l’état de proverbe (cf. Platon, République 614b) pour désigner un long discours, voir D. K. Karathanasis, Sprichwörter, Speyer a. Rhein 1936, p. 31 n° 30.

3a. La version remaniée du De operatione daemonum précise que par Euchites et Enthousiastes il faut entendre les Bogomiles. Cf. Bidez, Psellus, p. 12622-23 : Εύχίτας αυτούς και Ένθουσιαστάς οι πολλοί καλοΰσιν, ό δέ κοινός βχλος Βωγομίλους τούσδε κικλήσκουσι. Cette assimilation, procédé traditionnel à Byzance pour identifier et confondre de nouvelles hérésies, est aussi faite par Cedrenus (Bonn, I, p. 5l419-20) ; ή των Μασαλιανών αίρεσις εϊτ’ ούν Εύχιτων καΐ Ενθουσιαστών καΐ Λαμπετιανών και Βογομίλων, qui ajoute (p. 51612) que maintenant elle a, pour ainsi dire, infesté presque la plus grande partie de l’occident (byzantin). Il en va de même chez Euthyme de la Péribleptos. Cf. G. Ficker, Die Phundagiagiten, Leipzig 1908, p. 34-5, 419-21

4a. Emprunt probable à Aristophane, Ploutos 862 : τοϋ πονηρού κόμματος, ce terme désignant la frappe de la monnaie et la monnaie, et par extension « des gens de même acabit ».

5a. Nous avons adopté, non sans hésitation, la leçon de EH qui nous paraît mieux en accord avec le contexte.

6a. La comparaison figure aussi dans le ch. 27 de la Panoplie dogmatique d’Euthyme Zigabène, où est exposée l’hérésie des Bogomiles. Cf. Ficker, op. cit., p. 8915-19 : χρή μιμεϊσθαι τους διδασκάλους τόν Ιατρόν, ού μόνον περί των ωφελίμων διδάσκοντα βοτάνων, αλλά και περί των βλαβερών τε και θανάσιμων, ίνα ταϊς μέν χρώνται, τας δέ γνωρίζοντες φεύγοιεν.

7a. Emprunt possible à Sophocle, Philoctète 1290 : ει λέγεις έτήτυμα.

8a. La phrase paraît extraite du chapitre susmentionné d’Euthyme Zigabène sur les Bogomiles. Cf. Ficker, op. cit., p. 893-4 : εκείθεν γαρ καθάπερ οχετοί δυσώδεις έρρύ- ησαν άλλαι τε πολλαί και αΰτη (= τών Πογομήλων).

9a. Comme il est patent que les croyances et les mœurs de la secte ici décrite ne s’accordent pas entièrement avec celle des Bogomiles (cf. D. Obolensky, The Bogomils. A Study in Balkan Neo-Manichaeism, Cambridge 1948, p. 183-188 ; contra, M. Loos, Dualist Heresy in the Middle Ages, Prague 1974, p. 72 et n. 41, pour qui l’auteur [Psellos] stigmatise l’hérésie bogomile dénoncée par son contemporain Euthyme d’Akmoneia ; H. Grégoire, Cathares d’Asie mineure, d’Italie et de France, Mémorial Louis Petit, Bucarest 1948, p. 150-151), on est en droit de se demander si cette description et celle qui va suivre correspondent à une réalité contemporaine, à savoir l’existence d’un groupe d’adorateurs de Satan, comme l’admet M. Wellnhofer (Die irakischen Euchiten und ihr Satanskult im Dialoge des Psellos Τιμόθεος ή περί των δαιμόνων, BZ 30, 1929-1930, p. 477-484), ou si elle est le produit de l’imagination savante de l’auteur. Nous pencherions volontiers pour la seconde hypothèse. D’autre part, rien dans le texte n’autorise à penser, comme on le fait, que cette secte des « Euchites » était établie en Thrace, et surtout pas le nom du principal interlocuteur (Le Thrace), personnage fictif naturellement, qui apparaît aussi dans les dialogues suivants.

10a. Epithète traditionnelle de l’apôtre Jean, par allusion à Jean 13, 25.

11a. Cette citation est également placée dans la bouche de Samaël, le rival du Dieu bon, chez Euthyme Zigabène : Ficker, op. cit., p. 921-2.

12a. Chez Euthyme Zigabène, Samaël est également appelé le premier-né. Cf. Ficker, op. cit., p. 9521-22 : λέγουσι τόν Σαμαήλ υίον του πατρός και πρώτον του υίοϋ και λόγου, και Ίσχυρότερον δτε πρωτότοκον. Voir aussi Obolensky, op. cit., p. 185-186; M. Loos, op. cit., p. 84-87.

13a. Sur ce proverbe, voir Karathanasis,op. cit., p. 105 n° 220.

14a. Ε a ajouté ici της γραφής (voir apparat), pour n’avoir point compris que le sujet du participe présent féminin pouvait être συγγενείας.

15a. Sur ce proverbe, voir Karathanasis, op. cit., p. 117 n° 224.

16a. Autre proverbe étudié par Karathanasis, ibidem, p. 40 n° 49.

17a. La correction proposée par Gaulminus (voir apparat), et retenue par Boissonade, s’impose.

18a. Le même renseignement est transmis, à propos des Bogomiles, par Euthyme de la Péribleptos (Ficker, op. cit., p. 4220), et Anne Comnène (Alexiade : Leib, III, p. 21923, 2202, 22529). Voir aussi M. Loos, op. cit., p. 72.

19a. La leçon fournie par tous les manuscrits (voir apparat) est inepte, et la correction de Gaulminus doit être retenue.

20a. Traduction incertaine, mais il ne semble pas que le terme désigne des moniales.

21a. Michel le Syrien (éd. J.-B. Chabot, II, p. 248-249) attribue le même comportement à la secte des Borboriens, dérivée de celle des Manichéens : Etant réunis dans une maison, ils éteignent les lumières, les hommes saisissent les femmes sans rien dire ; chacun prend celle qui se rencontre, et, que ce soit sa mère ou sa sœur, il se souille avec elle jusqu’au matin. Le chroniqueur pourrait bien être tributaire d’Epiphane, Adversus haereses, 27 : PG 41, 336D-337C.

22a. Lieu commun de la polémique anti-hérétique, qui se rencontre déjà chez Épiphane, qui prête des mœurs similaires aux Gnostiques : PG 41, 340BC.

23a. L’expression doit être un emprunt à Proclus, In Timaeum, I, p. 432_33 (Diehl) : ή ψυχή… πληρούται… συμβόλων θείων; ibidem, p. 2111-2 : συμβόλοις άρρήτοις… α των ψυχών ό πατήρ ένέσπειρεν αύταϊς. Voir aussi Oracles Chaldaïques, 108 : Ε. Des Places, Paris 1971, p. 93. C’est sûrement aussi chez Proclus que Nicéphore Grégoras (Scholia in Synesium de insomniis : PG 149, 619B) aura puisé la même expression : οΰτω και Χαλδαϊοι και Αιγύπτιοι τόν πατέρα τοϋ κόσμου καίΐ ποιητήν φάσκουσι σύμβολα τίνα της έαυτοΰ ιδιότητος ταΐς ψυχαΐς εγκατασπεΐραι.

24a. A ma connaissance, Psellos ne fait nulle part mention de son grand-père paternel. En revanche, il évoque à deux reprises son grand-père maternel dans l’Eloge funèbre de sa mère : C. Sathas, MB, 5, p. 443, 5026.

25a. L’interpolation, que nous avons rejetée dans l’apparat, contrairement à Gaulminus et Boissonade, est extraite de l’Enarratio in prophetam Isaiam de saint Basile : PG 30, 532c-533A. Le terme « épopte » ressortit au langage théurgique. Psellos (Commentaire des Oracles chaldaïques : Des Places, p. 174) établit la distinction suivante entre « autopsie » et « époptie » : II y a vision directe (αυτοψία) quand l’initié voit lui-même les lumières divines. Mais quand celui-ci n’aperçoit rien et que celui qui règle l’initiation voit de ses yeux l’apparition, cela s’appelle « époptie » par rapport à l’initié.

26a. L’auteur se réfère au De Spiritu Sancto de saint Basile (PG 32, 137A) : επί των ουρανίων δυνάμεων ή μέν ουσία αυτών άέριον πνεϋμα, ει τύχοι, ή πυρ αϋλον κατά τό γεγραμμένον… δια και εν τόπω είσί και ορατοί γίνονται, έν τω εϊδει των οικείων αυτών σωμάτων τοις άξίοις εμφανιζόμενοι.

27a. Développement emprunté presque littéralement à Proclus, In Timaeum, II, p. 1110-17 (Diehl) : Διό καΐ των δαιμόνων . . . οί δέ και γης μετειληφότες ύποπίπτουσι τη άφη· ήλέγχθησαν δέ, ώς φησι, τοιούτοι βντες οί κατά την Ίταλίαν φαινόμενοι περί τους Τούσκους ού μόνον τφ σπερμαίνειν καΐ τω σκωληκας γεννδν έκ του σπέρματος, άλλα καΐ τφ καίεσθαί καΐ τέφραν άπολείπειν. Dans un traité de météorologie, adressé il est vrai à ses élèves, Psellos adopte une opinion contraire et, pour une fois, traite Proclus de τερατολόγος : voir infra, n. 54.

28a. Proverbe qui viendrait des élégies de Solon. Cf. E. Leutsch-F. Schneidewin, Corpus paroemiographorum graecorum, I, Göttingen 1939, p. 58, avec πολλά au lieu de καινά.

29a. L’expression « Chersonese limitrophe de l’Hellade » ne me paraît pas pouvoir désigner, comme on l’admet généralement (D. Obolensky, op. cit., p. 184 n. 1), la presqu’île de Gallipoli, mais la Chalcidique.

30a. Personnage inconnu d’autre part, et probablement fictif. Le manuscrit Ε donne à son sujet un renseignement inédit dont nous aimerions connaître la source : dans une note marginale (voir apparat), de la même main que celle du scribe, Marc est dit natif de Thèbes.

31a. Emprunt à Proclus ; voir le texte de la n. 27.

32a. Nous avons rejeté dans l’apparat critique une note marginale, figurant dans EH, qui reproduit, comme supra (voir la n. 25), un passage de l’Enarratio in prophetam Isaiam de saint Basile : PG 30, 165C-168A.

33a. Porphyre mentionne ce mode d’alimentation dans le De abstinentia, II, 42 : ζη γαρ; τορτο (= το πνευματικόν) άτμοϊς καΐ άναθυμιάσεσι ποικίλως δια των ποικίλων, και δυναμοϋται ταΐς έκ των αιμάτων και σαρκών κνίσσαις.

34a. Terme néoplatonicien bien attesté : Proclus, In Timaeum, III, p. 32523 (Diehl), ό μισοφαής κόσμος, avec référence aux Oracles Chaldaïques 134, 181 : Des Places, p. 99, 109; Psellos, Exposé sommaire des oracles chaldaïques : ibidem, p. 1893, ων ό έσχατος (κόσμος) χθόνιος ε’ίρηται και μισοφαής.

35a. A cet égard, l’auteur ne dépend pas de Proclus, pour qui l’exade est la propriété de l’âme (In Timaeum, III, p. 9510 [Diehl] : και γαρ ό αριθμός οΰτος, ή εξάς, οικείος έστι τη ψυχή), mais de l’arithmologie pythagoricienne vulgarisée par le Pseudo-Jamblique, Theologumena arithmeticae, p. 441-4, 486-7, 508-10 (de Falco-Klein). Sur l’exade, voir les exemples réunis par M. A. Delatte, Etudes sur la littérature pythagoricienne, Paris 1915, p. 155-157.

36a. L’élément démonique est représenté par le triangle scalène, parce qu’il est formé par les trois premiers nombres : 1 (αιθέριοι.), 2 (αέριοι, χθόνιοι), 3 (υδραίοι, ύποχθόνιοι, μισοφαεΐς), qui sont inégaux entre eux. Il se peut que la triple répartition : divin, humain, démonique, ait été empruntée à Proclus, puisqu’un développement analogue se rencontre dans son Commentaire du premier livre des Eléments d’Euclide (éd. G. Friedlein, Leipzig 1873, p. 16814-25) : τό μεν γάρ ίσόπλευρον κατά πάντα ίσότητι καΐ άπλότητι κρατούμενον συγγενές έστι ταΐς θείαις ψυχαΐς … τό δέ ισοσκελές τοϊς κρείττοσι γέ- νεσι … τό δέ σκαληνόν ταΐς μερισταϊς ζωαΐς, αϊ πανταχόθεν χωλεύουσι καΐ σκάζουσιν είς τήν γένεσιν φερόμεναι καΐ άναπιμπλαμέναι της ΰλης. Ce passage du De daemonibus a été commenté par Svoboda (Démonologie, p. 7-28), qui s’est évertué à découvrir la ou les sources du système démonique de l’auteur.

37a. Hapax legomenon, que Gaulminus a tenté d’expliquer (voir Boissonade, Psellus, p. 228-229 = PG 122, 843 n. 6), d’une manière plus ingénieuse que convaincante, à partir de deux termes hébraïques désignant respectivement la nuit (lel) et le feu (our). Explication acceptée avec quelques corrections par Svoboda, Démonologie, p. 9.

38a. Dans ses scholies au De insomniis de Synésios de Cyrène Nicéphore Grégoras présente une hiérarchie démonique identique à celle-ci, mais moins complète. Cf. PG 149, 599B : Εκείνοι (= οί Χαλδαΐοι) γάρ διαφοράς φασιν είναι δαιμόνων τους μέν γάρ αιθέριους φασί, τους δέ αερίους, τους δέ προσγείους, τους δέ υδραίους, τους δέ ύποχθονίους ; 61 6 Β : Φασίν ούν Ελλήνων τε και Χαλδαίων σοφοί τά μέν αυτών είναι αέρια, τα δέ υδραία και ενάλια, τά δέ χθόνια, τά δέ ύποχθόνια, και τά μέν αυτών χαίρειν κνίσσαις, τα δέ α’ίμασι, τά δέ μολυσμοϊς τισι, τά δέ άλλοις, καΐ άλλα άλλοις. Dans la version remaniée du De operatione daemonum (éd. Bidez, Psellus, p. 12220-1233), chaque mention des quatre dernières espèces démoniques est suivie d’une brève notice résumant sa malignité spécifique, et il suffit de lire celles-ci pour se convaincre que l’auteur ne saurait être Psellos. Svoboda (Démonologie, p. 11-17) est d’avis que cette classification est inspirée en partie d’Olympiodore, In I Alcibiadem, p. 17 (Creuzer), In Phaedonem, p. 189, 230 (Norvin), mais il ne nie pas l’apport des néo-platoniciens antérieurs : Porphyre, Jamblique, Proclus. Son point de vue est contesté, à bon droit, me semble-t-il, par Bidez (Psellus, p. 223-226) et Lewy (Chaldaean Oracles, p. 479), pour qui la source de [Pseudo-] Psellos est essentiellement le Commentaire des Logia de Proclus.

39a. Dans le De omnifaria doctrina (éd. Westerink, n° 85), Psellos déclare que la doctrine chrétienne oblige à croire que tous les démons sont mauvais, mais que pour les Grecs, entendons les « Chaldéens », les dieux « éthériens et aériens » sont bons, ce qui est conforme à l’enseignement des Oracles chaldaïques, comme il le reconnaît d’autre part dans son Commentaire de ces derniers : Des Places, p. 18511-13.

40a. Dans la version remaniée (Bidez, Psellus, p. 1236) on lit εστί χαιρέκακα au lieu de έπιχαιρέκακα.

41a. La même expression revient ailleurs, infra, 1. 325, 358, pour désigner un véhicule ou esprit vital invisible, servant d’organe à l’imagination et à la sensibilité (Bidez, Psellus, p. 97). Elle est utilisée par Synésios (De insomniis : PG 66, 1293^), Psejxos (REB 34, 1976, p. 818) et Grégoras (PG 149, 569^, 575B), qui tous dépendent du Commentaire des Logia de Proclus (Bidez, Psellus, p. 108 et n. 4). Voir aussi Proclus, In Timaeum, I, p. 11212 : τοϋ πνεύματος του φέροντος τήν ψυχήν ; III, ρ. 28222 : έν τφ πνεύματι της ψυχής (Diehl).

42a. Expression homérique (Iliade 5, 845) passée à l’état de proverbe. Cf. Karathanasis, op. cit., p. 24 n° 10.

43a. Allusion aux gouffres d’où émanent des souffles pestilentiels. Cf. Aretaeus, Medicorum graecorum quae exstant, 24 (Kühn, Leipzig 1828), p. 123-5: Έν Χαρών ίο ι- σιν … μιφ εισπνοή θνήσκουσι άνθρωποι πριν τό σώμα κακόν τι παθέειν, et surtout Jamblique, De mysteriis, IV 1 (Des Places, p. 147 et n. 2) : τα γαρ Χαρώνεια λεγόμενα άφίησί τι πνεύμα άφ’ εαυτών παν τό εμπίπτον αδιακρίτως δυνάμενον φθείρειν.

44a. Pour ne pas retourner « dans l’abîme», les démons qui tourmentaient le possédé de Gérasa (Gergésa) demandèrent à être envoyés par Jésus dans les porcs qui paissaient sur une montagne voisine. Cf. Luc 8, 31-33.

45a. Cette croyance populaire, largement répandue aussi en dehors du christianisme, pourrait être illustrée à foison par les Vies de saints ; voir par exemple, pour les fosses et les égoûts, la Vie de Théodore de Sykéôn, ch. 43, 44, 114, 116, 161 (Festugière).

46a. Allusion à la paiole du Christ à ses apôtres (Marc 9, 29) : cette espèce ne peut être expulsée que par la prière et le jeûne. De cette espèce insidieuse le Corpus Hermeticum (Nock-Festugière, II, p. 236 n° 15) dit aussi qu’elle s’installe dans nos muscles et nos moelles, dans nos veines et nos artères, dans le cerveau lui-même, et pénètre jusqu’à nos propres entrailles.

47a. Allusion probable à 1 Corinthiens 5, 5, où saint Paul livre un pécheur à Satan « pour la perte de son corps ».

48a. Des quatre leçons des manuscrits (voir apparat), c’est la seule à retenir. H (et AK) a corrigé Elasôn en Chersôn. Bidez (Psellus, p. 117), suivant une remarque du P. Peeters, n’écartait pas la leçon Echasani ( = el-Hasan), car une localité de ce nom, située près de Kaskar en Babylonie, a été l’un des foyers du manichéisme. En fait, Elasôn est la ville bien connue de Thessalie. Cf. Anna P. Abramea, Ή Βυζαντινή Θεσσαλία μέχρι του 1204. Συμβολή εις την Ιστορικήν γεωγραφίαν, Athènes 1974, ρ. 86-88 ; J. Koder-F. Hild, Hellas und Thessalia (Tabula imperii byzantini 1), Vienne 1976, p. 153.

49a. C’est-à-dire la torture.

50a. Sur la pratique de l’insputatio, voir J. Gouillard, Quatre procès de mystiques à Byzance (vers 960-1143). Inspiration et autorité, REB 36, 1978, p. 15. A propos de ce vagabond « lybien», on peut se demander si le qualificatif ne serait pas une allusion discrète au « magicien lybien » Apulée, mentionné deux fois comme tel par Psellos par exemple : Kurtz-Drexl, I, p. 44627; II, p. 13012 (lettre 102). Cf. Lewy, Chaldaean Oracles, p. 287 n. 109.

51a. Dans les Vies de saints le démon expulsé quitte souvent le possédé par la bouche sous la forme d’un animal, généralement repoussant : serpent, lézard, marmotte, souris, dans la Vie de Théodore de Sykéôn, ch. 161 (Festugière). Il y entre par le même orifice, v.g. sous la forme d’une mouche dans la Vie de saint Cyrille le Philéote, ch. 56 (Sargologos). Voir aussi Svoboda, Démonologie, p. 47 : le corbeau, oiseau démoniaque.

52a. Le tribônion, manteau court du philosophe, désignant souvent par métaphore l’habit monacal, il se pourrait que Timothée fût moine.

53a. Comme le font souvent les possédés, déjà dans l’évangile, et v.g. dans la Vie de Théodore de Sykéôn, ch. 161 (Festugière).

54a. Sur l’emploi de l’épée et du feu apotropaïques, voir Bidez, Psellus, p. 103 et n. 2; Svoboda, Démonologie, p. 41. Dans un traité de météorologie adressé à ses élèves, Psellos dénie toute efficacité à ces talismans, Bidez, ibidem, p. 6123-6212 : Δαίμονες δέ ήκιστα ύπό πυρός καίονται ού γάρ πειστέον ταϊς Χαλδαΐκαΐς ληρωδίαις ώς έΌτι τι δαιμόνων γένος τόν τε άδαμάντινον λίθον φοβούμενον … και τό άνδροφόνον ξίφος… Εί γάρ δή τό ξίφος οί δαίμονες πεφόβηνται και τό πυρ, εμπρησμούς καΐ τομας ύποπτεύουσιν ει δέ ταύτα, και σώματα περιβέβληνται. Άλλ’ ουδείς ουδέ των πάνυ ληρούντων σωματικόν δαιμόνων γένος ύπέστησεν, άλλ’ δ τερατολόγος Πρόκλος τας Χαλδαϊκας ύποτυπώσεις έπεξηγούμενος Ιφη τινά των δαιμονίων καΐ κολακεύεσθαι. Grégoras paraît y prêter foi, PG 149, 617B-618A : Ξίφος δέ, διότι έΌος εστί τοις χρωμένοις δαιμονικαΐς μαγγανείαις ξίφη κρατεΐν όποΐά τίνα, μήπως βιαζόμενοι τοις άφορκισμοΐς καΐ ταις έπικλήσεσιν οί δαίμονες κακόν τι δράσωσιν εξαίφνης είσπηδή- σαντες επί τ6ν άφορκίζοντα καΐ έπικαλούμενον.

55a. Citation non repérée.

56a. L’auteur a peut-être emprunté cette comparaison à Proclus, In Timaeum, I, p. 39522-29 (Diehl). Cf. Bidez, Psellus, p. 102.

57a. Résumant la doctrine des anciens Chaldéans dans une hypotypôsis, Psellos (Des Places, Oracles chaldaïques, p. 20029) écrit que le genre (démonique) bestial et impudent… se meut dans le gouffre, divisé en mâle et femelle.

58a. C’est ce que dit aussi Proclus, In Timaeum, III, p. 15727 (Diehl) : εϊπερ γάρ είσιν δλογοι δαίμονες, ώς ol θεουργοί λέγουσι. Assertion reprise par Michel Glykas, Bonn, p. 20411-13 : oi δέ των Ελλήνων σοφοί, Πορφύριος καΐ "Ιαμβλιχος, διαφέρειν τους δαίμονας κατά τήν ούσίαν λέγουσι και άλογους τινάς αυτών καΐ ύλαίους είναι. Cf. aussi Lewy, Chaldaean Oracles, p. 259-279 (The evil demons).

59a. L’expression passe pour être un emprunt aux Logia. Cf. Oracles chaldaïques, 93 : Des Places, p. 89.

60a. Grégoras (PG 149, 543A) attribue les opérations magiques aux dieux intermédiaires : μαγεία δέ έ*στ’ ή διά των μέσων δαιμόνων άΰλων τε καΐ ένύλων ενεργούσα.

61a. Soit : « démons aux pieds d’âne ». Terme assez rare, dont Eustathe de Thessalonique donne l’explication suivante : Έμπουσα, φάσμα δαιμονιώδες ύπό ’Εκάτης πεμπόμενον, δ τίνες μέν όνόκωλιν λέγουσιν,οί δέ όνόσκελιν. Cf. R. Estienne, Thesaurus linguae graecae, s.v. Empouse était une sorte de vampire sanguinaire envoyé par Hécate pour terroriser les humains. Cf. Souda : Adler, II, p. 263. Voir aussi le Testament de Salomon : PG 122, 859 n. 6. Autres exemples donnés par Svoboda, Démonologie, p. 24 et n. 1. On consultera surtout à ce sujet R. Goossens, Les femmes de la mer, Hommage à S.P. Kyriakidès, Thessaloniques 1953, p. 215-231.

62a. Le terme παρεδρεία ressortit au langage de la théurgie : par ses incantations le théurge invoquait l’assistance de démons qui lui accorderaient les pouvoirs surhumains requis pour l’accomplissement de l’acte magique. Cf. Lewy, Chaldaean Oracles, p. 229, 236. Le terme est aussi employé par Psellos, Hypotypôsis, 22 : Des Places, p. 20019. Quant aux démons protecteurs des nations ; il en est souvent question chez Jamblique, De mysteriis, V 25 (Des Places, p. 180 [236-8]) : Pour chacune des nations de la terre (Dieu) a tiré au sort un protecteur commun, et chaque sanctuaire a eu le sien.

63a. Un exposé identique se rencontre chez Jamblique, De mysteriis, VI 5 (Des Places, p. 186 [2467-15]) : De violentes menaces… sont proférées contre un genre de puissances cosmisques particulier, sans jugement, sans raison, qui reçoit d’autrui son mot d’ordre et y obéit sans avoir d’intelligence propre ni discerner le vrai et le faux, le possible et l’impossible. Ce genre-là, quand les menaces se dressent en foule, est remué, terrorisé, vu que, j’imagine, il a pour nature d’être lui-même conduit par les apparences et d’entraîner le reste par son imagination terrifiée et instable.

64a. Dans un exposé à ses élèves sur les diverses sortes de systèmes philosophiques, Psellos (Kurtz-Drexl, I, p. 4478-10) évoque aussi ces statuettes magiques confectionnées par les spécialistes de l’art hiératique : ;μιγνύντες δέ τά μεμερισμένα καΐ διαφόροις ΰλοας ανδρείκελα πλάττοντες αποτρόπαια νοσημάτων εργάζονται. Voir à ce sujet Svoboda, Démonologie, p. 42-43 ; Lewy, Chaldaean Oracles, p. 292-293, 495-496.

65a. Voir la note 39.

66a. De ce comportement font état beaucoup de Vies de saints, v.g. la Vie de saint Théodore de Sykéôn, ch. 131 (Festugière), et aussi Anne Comnène, Alexiade, xv, 8, 7 : Leib, III, p. 222.

67a. Sur la forfanterie des démons, voir Jamblique, De mysteriis, II 10 : Des Places, p. 92-93.

68a. Voir la note 41.

69a. Opinion également développée par Grégoras (PG 149, 618A) : ΈπεΙ γαρ ζωτικά μέν είσι πνεύματα, ^χουσι δέ και πάχος, ώς έφημεν, δεδίασι και αυτά τομήν καΐ διαίρεσιν καΐ άλγοϋσι πληττόμενα και τυπτόμενα* και γαρ έν τοις τυπτομένοις καΐ άλγοΰσιν άνθρώποις ούχ ή σαρξ έστιν ή τόν πόνον υπομένουσα, άλλα τό ζωτικόν πνεύμα.

70a. Gkégoras (PG 149, 618A) semble partager aussi cette opinion : Δια τούτο τοίνυν ξίφη βαστάζειν αναγκάζονται (ol γόητες), ϊνα δι’ αυτών έκφοβώσιν εκείνους καΐ ούκ έώσιν εγγύς αυτών προσελθείν, αλλά πόρρωθεν ερωτώμενοι άποκρίνωνται. Sur l’opinion contraire de Psellos, voir la note 54.

71a. Tel est aussi l’avis de Psellos dans son Commentaire des Oracles chaldaïques (Des Places, p. 1776-7) : Oύtoi (ol Ινυλοι δαίμονες ) γουν, φησί, πόρρω τη" ς θείας τεταγμένοι ζωής και της νοερός θεωρίας άπολιμπανόμενοι, προσημαίνειν το μέλλον ού δύνανται. "Οθεν παν Ô λέγουσι καΐ δεικνύουσι ψευδές έστικαΐάνυπόστατον… {ibidem, p. 18416-18) : ψευδείς μεν την φύσιν οί πρόσγειοι δαίμονες, άτε πόρρω της θείας γνώσεως δντες καΐ της άφεγ- γοΰς ολης άναπβπληβμένοι, et de Grégoras (PG 149, 599B), qui a puisé naturellement à la même source que Psellos : Τους γουν περί γη*ν καΐ ύδωρ καλινδουμένους ψευδείς την φύσιν φασίν, &τε πόρρω τη*ς θείας γνώσεως όντας καΐ της άφεγγοϋς Ολης άναπεπληαμένους* τους δέ αίθερίους αληθείς, άτε πόρρω μέν της γης βντας, εγγύς δέ της θείας γνώσεως.

72a. Par allusion a la richesse proverbiale des Syracusains, attestée par Strabon, Géographie VI, 2, 4 (Lasserre) : On dit, en effet, de gens qui se livrent à un luxe excessif : la dîme des Syracusains ne leur suffirait pas.

Notes de Paul Gautier (2)

1b. Cette hiérarchie est aussi souvent mentionnée par Psellos, qui, comme on sait, a puisé presque toute sa connaissance de la doctrine « chaldéenne » dans le Commentaire (perdu) des Logia ou Oracles chaldaïques de Proclus. Cf. Oracles chaldaïques : Des Places, p. 1947, 20014-17. Voir aussi Jamblique, De mysteriis, III, 18 : Des Places, p. 145-8. On trouvera un bon exposé de la démonologie chaldéenne dans Lewy, Chaldaean Oracles, p. 259-279, 304-309.

2b. Jamblique (De mysteriis, IV, 1 ; VI, 5 : Des Places, p. 1821, 2467-15) connaît un genre de puissances cosmiques particulier, sans jugement, sans raison. Dans son Commentaire sur le Timée (Diehl, p. 15727), Proclus s’interroge sur l’origine de ces démons irrationnels (άλογοι δαίμονες) ; cf. aussi In Alcibiadem : Westerink, p. 30 (688-9). Michel Glykas, qui, à mon sentiment, n’est pas tributaire de Psellos, résume ainsi la question (Bonn, p. 20411-13) : oi δέ των Ελλήνων σοφοί, Πορφύριος και Ίάμβλιχος, διαφέρειν τους δαίμονας κατά την ούσίαν λέγουσι και άλογους τινας αυτών και ύλαίους είναι. Ces démons irrationnels ne sont autres que « les chiens terrestres et pénibles » des Oracles chaldaïques 90 et 135 : Des Places, p. 88, 99. Cf. Lewy, Chaldaean Oracles, p. 271 et n. 41. Cette classification fondée sur le degré de spiritualité de chaque classe démonique est très différente de celle, fondée sur leur localisation cosmique, qui se rencontre dans le De operatione daemonum du Pseudo-Psellos. Proclus (In Cratylum : Pasquali, p. 7523) écrit aussi que les démons matériels viennent en dernier : τους ύλαίους και καταγωγούς τον ψυχών δαίμονας έσχατους.

3b. Les démons punisseurs manifestent les espèces de châtiments, et les autres qui sont méchants de quelque manière s’entourent de bêtes malfaisantes, sanguinaires et sauvages, écrit Jamblique (De mysteriis, II, 7 : Des Places, p. 841-4). Voir aussi Corpus Hermeticum : Nock-Festugière, II, p. 235 nos 10-11, p. 237 n° 18. Comme on le verra plus loin, il ne semble pas que ces « démons matériels et punisseurs » soient les « mauvais démons » que redoutaient tant les Chaldéens (cf. Lewy, Chaldaean Oracles, p. 259-279) et auxquels l’auteur anonyme du De operatione daemonum prête une malfaisance de tous les instants. Les « démons punisseurs » sont en effet des exécutants dociles, chargés de châtier les humains de par la volonté des dieux. Cf. Porphyre, De abstinentia, II, 40 ; Jamblique, De mysteriis, IV, 4 : Des Places, p. 186’4-1872 ; Proclus, In Timaeum, I : Diehl, p. 11324; In rempublicam, II : Kroll, p. 16814, 1808 ; Psellos : Des Places, Oracles chaldaïques, p. 178 (1141a).

4b. Les démons sont donc placés au service et à la garde des quatre éléments. C’est effectivement l’enseignement de Jamblique, De mysteriis, III, 15 ; V, 14 : Des Places, p. 13516-1362 (les démons générateurs président aux éléments du tout… et à tout ce qui est dans le monde), p. 2173-21817.

5b. L’épithète est sans doute empruntée à Proclus, qui, dans l’In Cratylum (Pasquali, p. 2515) et dans l’In Timaeum (I : Diehl, p. 10611), l’applique aux dieux : δια τήν των εφόρων δύναμιν και τήν των κλιματαρχών θεών ; c’est aussi le cas d’Olympiodore (In I Alcibiadem : Westerink, p. 201). Mais la doctrine qu’elle exprime, à savoir que les démons sont les protecteurs des êtres vivants, se retrouve chez tous les néo-platoniciens : Jamblique, De mysteriis, III, 16 ; V, 24-25 ; VI, 6 : Des Places, p. 120 (1371-2 : ό των ζφων έφορος δαίμων), 179-180 (2351-23612), 187 (2477-11) ; Corpus Hermeticum : Nock-Festugière, II, p. 235-238, 239. La même doctrine sera enseignée par les Pères sous la forme des anges des nations, surtout par Origène, De principiis, III, 3, 3 ; Contra Celsum, V, 30.

6b. Cette conception d’un démon personnel, gardien des individus, revient fréquemment chez Jamblique, De mysteriis, V, 16 ; IX, 6-9 : Des Places, p. 171 (2213-4), 206-208 (surtout 2837-12 : τήν τοϋ σώματος προστασίαν). Cf. aussi, au sujet du démon qui prend en charge chaque homme à sa naissance, le Corpus Hermeticum : Nock-Festugière, II, p. 136 n° 15.

7b. Cf. la note 3. Dans la doctrine hermétique les démons n’ont pas accès à la partie raisonnable de l’âme, mais seulement à la partie irascible et à la partie concupiscible. Cf. Corpus Hermeticum : Nock-Festugière, II, p. 236 n° 15.

8b. Les démons sont, dans la théologie « chaldéenne », pourvus d’un corps plus ou moins subtil suivant leur rang dans la hiérarchie démonique. Sur les six classes de démons, voir surtout le De operatione daemonum du Pseudo-Psellos et aussi Psellos : Kurtz-Drexl, I, p. 44612-14 = Des Places, Oracles chaldaïques, p. 221, avec le commentaire de Svoboda, Démonologie, p. 7-28, qui a interrogé les sources néo-platoniciennes sur la matérialité du corps démonique, sa subtilité, son obscurité et sa sensibilité. Cf. aussi Lewy, Chaldaean Oracles, p. 268 n. 34. Dans une leçon à ses élèves, Psellos (Bidez, Psellos, p. 61-62) se refuse à croire que les démons aient un corps. L’expression δλαττον άντιτύποις se rencontre chez Proclus, In Timaeum, II (Diehl, p. 1112), dans le même contexte : ουδέν έχουσιν άντιτύπως.

9b. La prescience des démons est défendue par Jamblique [De mysteriis, III, 17 et 30 : Des Places, p. 121 (1398-9), 143 (17510-12)] et illustrée par l’auteur anonyme du De operatione daemonum. La divination démoniaque par les étoiles était soutenue par Porphyre, chez Eusèbe, Préparation évangélique, VI, 1 : ά δοκοοσι και λέγουσιν oi θεοί… άπό tfjç των άστρων φοράς δηλοΟσιν.

10b. Comme on l’a indiqué plus haut, cette section est empruntée littéralement à la lettre de Psellos, Sur la pratique sacrificielle (Bidez, Psellos, p. 157-158), qui en donne cette définition dans son Commentaire sur les Oracles chaldaïques (Des Places, p. 167 [1 129a 15]) : La science appelée sacrificielle (ή θυτική καλούμενη επιστήμη) est celle qui par les sacrifices cherche la prescience de l’avenir, comme celle qui dépèce les entrailles des victimes égorgées.

11b. Porphyre donnait dans sa Philosophie des Oracles (chez Eusèbe, Préparation évangélique, IV, 9) des indications sur le genre et la couleur requise des victimes offertes aux démons. Sur ce passage, voir le commentaire de Svoboda, Démonologie, p. 44-45.

12b. Cf. Iliade 1, 459.

13b. Psellos (Bidez, Psellos, p. 2181-3) évoque, à la fin d’un traité mutilé, ces trois manières d’égorger les victimes : και ταϋτα μέν αΰ τους αυχένας έρύοντες, ταϋτα δέ έπικάμπτοντες, ταϋτα δέ πλαγιάζοντες. Dans une leçon à ses élèves (Kurtz-Drexl, I, p. 44623), il déclare aussi que les Chaldéens adoraient les dieux souterrains et donnaient des instructions quant aux diverses manières de leur offrir des sacrifices. Voir aussi, à ce propos, Svoboda, Démonologie, p. 44-45 ; Lewy, Chaldaean Oracles, p. 288 etn. 111.

14b. Les dieux « intermédiaires » sont les dieux aériens et terriens.

15b. La même enumeration se lit aussi chez Porphyre (De abstinentia, II, 20), qui d’autre part (ibidem, II, 5) distingue les diverses sortes de libation : eau, vin, miel. Voir aussi Svoboda, Démonologie, p. 45.

16b. La section 3 est empruntée, pour l’essentiel, au ch. 2 du Protreptique de Clément d’Alexandrie (texte en italique pour les emprunts littéraux), mais l’auteur a dû aussi s’inspirer de Proclus, qui a souvent traité des mystères d’Eleusis. Cf. Lewy, Chaldaean Oracles, p. 238 ; Th. Taylor, The Eleusinian and Bacchic mysteries, New York 1875, p. 159-165.

17b. Le terme πόπανα revient aussi plusieurs fois chez Porphyre, De abstinentia, II, 16, 17, 19, etc.

18b. Même expression chez Jamblique, De mysteriis, III, 9 [Des Places, p. 108 (11716)] : οι τω Σαβαζίω κάτοχοι και οι μητρίζοντες.

19b. Femmes macédoniennes qui participaient aux mystères orphiques et au culte orgiastique de Dionysos, selon Plutarque, Alexandre, 2.

20b. Je ne crois pas qu’il y ait lieu de corriger μηρούς en πέπλους pour accorder le texte avec celui du Protreptique, II, 21 : (ή Βαυβώ) πέπλους άνεσύρατο (Mondésert, p. 76 = Orphica fragmenta : Kern, 52).

21b. Sur la source de la section 4, voir supra. Le texte a été réédité par Th. Taylor, op. cit., p. 159-160 ; lamblichus on the Mysteries of the Egyptians, Chaldaeans and Assyrians , Londres 1895, p. 220. Il a été commenté par Svoboda, Démonologie, p. 50-51.

22b. Sur cette catégorie de démons, voir le De operatione daemonum : Boissonade, Psellos, p. 13-14, 20-22.

23b. Psellos a donné une définition de l’époptie dans son Commentaire des Oracles chaldaïques (Des Places, p. 174 [1136d3]) : Dans l’autopsie l’initié voit lui-même les lumières divines, tandis que dans l’époptie ce n’est pas l’initié, mais le théurge qui voit de ses yeux l’apparition.

24b. Cette incise résume la partie du texte omise par le compilateur (Bidez, Psellos, p. 12811-14) : Notre doctrine en effet affirme que n’importe quel démon est mauvais, puisqu’il a chu de son rang angélique en raison de son excessif orgueil, tandis que la doctrine hellénique déclare qu’une petite partie du monde démonique est malfaisante, non pas parce que celle-ci a hérité cette puissance de son propre vouloir, mais parce qu’elle a été affectée à cela depuis la division originelle, ayant reçu le rang de bourreau contre les âmes fautives. II ne s’agit donc pas ici des « mauvais démons » de la doctrine « chaldéenne », mais des « démons matériels et punisseurs » déjà mentionnés : cf. n. 3.

25b. C’est-à-dire en fabriquant des statuettes envoûtantes à l’aide de plusieurs sortes de matériaux. Cf. par exemple De operatione daemonum : Boissonade, Psellos, p. 35 ; Psellos : Bidez, Psellos, p. 15820 ; Idem : Kurtz-Drexl, I, p. 44625-4474. Voir aussi le commentaire de Svoboda, Démonologie, p. 42-43.

26b. Les fragments d’une lettre de Proclus sur celle-ci ont été édités par Bidez, Psellos, p. 148-151, et traduits par A. J. Festugière, La Révélation d’Hermès Trismégiste, I, Paris 1944, p. 134-136. Psellos donne une définition de l’art « télestique » dans son Commentaire des Oracles chaldaïques [Des Places, p. 168-169 (1 132a)] : La science télestique est celle qui initie, dirait-on, l’âme par la puissance des matières d’ici-bas.

27b. Dans une lettre anépigraphe (Sathas, MB, V, n° 187), Psellos écrit à propos de la science télestique (p. 474 ) qu’elle remplit les cavités des statuettes de substances appartenant aux puissances qui président à celles-ci : animaux, plantes, pierres, herbes, racines, sceaux, inscriptions, parfois même aromates sympathiques…, et que par ce moyen elle rend les images vivantes et les met en mouvement avec une force secrète. Voir aussi sa lettre anépigraphe 188 (ibidem, p. 4788-14), son Commentaire des Oracles chaldaïques (Des Places, p. 168-169 [1132a]) ; Jamblique, De mysteriis, V, 23 : Des Places, p. 178 (233 1M6) ; Lewy, Chaldaean Oracles, p. 289-290 (pour les pierres), 495-496.

28b. Dans une leçon à ses élèves sur les diverses sortes de systèmes philosophiques, Psellos (Kurtz-Drexl, I, p. 4478-10) évoque la fabrication par les Chaldéens de statuettes guérisseuses. Voir aussi Proclus, Sur l’art hiératique : Bidez, Psellos, p. 15030-1519 ; le commentaire de Lewy, Chaldaean Oracles, p. 291-293.

29b. Pour toute cette section, on consultera Svoboda, Démonologie, p. 52-53 ; Bidez, Psellos, p. 142-146 ; Des Places, Oracles chaldaîques, p. 48-49 ; Lewy, Chaldaean Oracles, p. 291-293.

30b. Cette section a été brièvement commentée par Svoboda, Démonologie, p. 28-29.

31b. On consultera au sujet de l’évocation et de l’évocateur l’excursus V de Lewy, Chaldaean Oracles, p. 468-471 (The Caller and the Call).

32b. C’est ce qu’affirme aussi le remanieur anonyme du De operatione daemonum (Bidez, Psellos, p. 12223-27) à propos de la quatrième gent démonique, la marine et l’aquatique : elle fréquente les lieux humides et affectionne les ports et les rivières, elle tue nombre de gens par les flots, elle provoque bouillonnements et tempêtes en mer et livre à l’abîme des bateaux avec leurs passagers, elle recouvre beaucoup de personnes sous les vagues et les ensevelit dans une tombe abyssale.

33b. La section 7 a été commentée par Svoboda (Démonologie, p. 49-50), qui défend la leçon φιαλομαντεία de la ligne suivante contre une autre possible (φυλλομαντεία), sous prétexte que la divination par les feuilles n’était pas attestée ; mais il ignorait que ce terme figurait dans le texte remanié du De operatione daemonum (Bidez, Psellos, p. 12925).

34b. L’expression επιτήδειος προς ύποδοχήν est caractéristique de la théurgie néoplatonicienne. Cf. Jamblique, De mysteriis, III, 2 ; V, 23 : Des Places, p. 100 (10512), 178 (2331-2) ; Corpus Hermeticum : Nock-Festugière, II, p. 236 n° 15.

35b. Les démons matériels, appelés les « chiens terrestres » par les Logia, avaient la réputation de toujours se tromper. Cf. Oracles chaldaïques, 90 : Des Places, p. 88 ; Porphyre, De abstinentia, II, 42 ; Psellos, Commentaire des oracles : Des Places, p. 177-178 (1140c), 184-185 (1148c); Pseudo-Psellos, De operatione daemonum : Boissonade, Psellos, p. 35. Voir aussi Svoboda, Démonologie, p. 33-35.

36b. La section 8 a été reproduite, traduite (en anglais) et commentée par Lewy (Chaldaean Oracles, p. 230-238), qui précise et illustre le sens technique de tous les termes utilisés.

37b. Lewy (ibidem, p. 233-234) est d’avis que la liste des noms des puissances évoquées provient, sans doute par l’intermédiaire de Proclus, d’un hymne chaldéen. Le premier, avec le sens de « professeur, enseignant », désigne sans doute Apollon ; le troisième n’est autre que Aiôn, le dieu suprême des Chaldéens (ibidem, p. 104-105) ; l’un et l’autre sont connus par des textes magiques. Le dernier pourrait désigner l’année, qui gouverne les quatre saisons, et être analogue à Γένιαυκράτωρ de Proclus (ibidem, p. 234-235 et n. 28).

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