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Le Rosaire des Philosophes
Rosarium philosophorum, Rosaire de Montpellier


AuteursDatesTypeLieuThèmes
attr. Arnaud de Villeneuve
attr. Raymond Lulle
publ. 1550Littératurepubl. AllemagneHermésisme

► Traité d’orientation "scientifique", abondamment commenté par les alchimistes, Jung s’appuiera sur les gravures de ce traité afin d’écrire sa Psychologie du transfert. Le texte reprend les thèmes dominants de l’alchimie au XIV notablement la théorie du mercure seul.

► On ne doit pas le confondre avec le Sommaire du Rosaire d’Arnaud de Villeneuve.

► Certaines éditions placent le même frontispice que dans la Tourbe des Philosophes, il est vrai que les deux traités sont des florilèges de textes alchimiques antérieurs, ce texte citant même la Tourbe elle même.

► On trouve encore beaucoup de manuscrits de ce texte dans les bibliothèques européennes avec des reproductions des gravures, notamment un exemplaire remarquable à la Bibliothèque universitaire de Glasgow sous la collection Ferguson. Nous ne les avons pas ajoutées n’ayant pour le moment soit pas de résolutions satisfaisantes soit pas les séries entières.

◆ Certaines des gravures étaient déjà présentes dans des traités allemands antérieurs, notamment dans le Livre de la Sainte trinité et dans le Livre de l’Art en 1549.

► Inversement, Mylius reprendra à son compte la série du Rosaire pour sa Philosophie Réformée.

■ Notons que la version de la Bnf est normalement en couleur, mais nous n’avons pu trouver qu’une seule gravure avec les couleurs d’origine. De plus, elle ne possède pas la vingtième figure.

■ Ne connaissant pas leur placement exact, nous avons ajouté les trois gravures supplémentaires de la version de Griemiller à la fin de l’ouvrage, par ailleurs on remarquera que deux de ces gravures sont copiées du Lever de l’Aurore. De plus, l’iconographie de cette version permet de faire un pont entre le Rosaire et le Très précieux Don de Dieu.

Texte et traduction : de l’allemand au français, UBI, .

Illustrations : én. du Rosaire des Philosophes in Latin 7171, 1501. | bs. | bs. Bibliothèque Nationale de France (Paris, France). Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France

Illustrations : én. du Rosaire des Philosophes in Opuscule d’Alchimie, 1550. | bs. Université complutense de Madrid (Madrid, Espagne). Lien vers l’œuvre

Illustrations : én. du Rosaire des Philosophes, 1578. | bs. Bibliothèque nationale de la République tchèque (Prague, République tchèque).

Illustrations : én. du Rosaire des Philosophes, 1600. | bs. Institut de Recherche Getty (Los Angeles, États-Unis d’Amerique).

Illustrations : én. du Rosaire des Philosophes in L’Art de faire de l’Or, 1610. | bs. Bibliothèque Nationale de France (Paris, France).

Illustrations : én. du Rosaire des Philosophes, XVI XVIII. | bs. Bibliothèque Nationale de France (Paris, France).

Illustrations : én. du Rosaire des Philosophes, XVII. | bs. Bibliothèque cantonale de Saint-Gall (Saint-Gall, Suisse).

Illustrations : én. de la Tourbe des Philosophes in L’Art de faire de l’Or, 1572. | bs. Bibliothèque publique et universitaire de Bâle-Ville (Bâle, Suisse).

Illustrations : én. de Rosaire des Philosophes, in Méthodique bibliothèque chimique, 1702. | bs. Bibliothèque de l’École polytechnique fédérale de Zurich (Zurich, Suisse). Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque de l’École polytechnique fédérale de Zurich

Illustrations : én. de Rosaire des Philosophes, in Miscellanées Alchimiques XXI, 1746. | bs. Bibliothèque Wellcome (Londres, Royaume-Uni). Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Wellcome

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LE ROSAIRE DES PHILOSOPHES SECONDE PARTIE DE L’ALCHIMIE DE LA VERITABLE
MANIERE DE PREPARER LA PIERRE PHILOSOPHALE.

ICI COMMENCE LE LIVRE LE ROSAIRE DES PHILOSOPHES COMPOSE ET COMPILE AVEC LE PLUS GRAND SOIN

Ceux qui désirent avoir une connaissance très véritable de l’art de la science philosophique majeure doivent examiner avec le plus grand soin ce petit livre, le lire très souvent, et ils obtiendront heureusement ce qu’ils désirent. Ecoutez, fils des anciens philosophes, ces paroles qu’il me plaît de crier le plus fort que je peux. Car je viens vous découvrir l’état supérieur des choses humaines, et je vais publier, non d’une façon feinte et moqueuse, mais en toute certitude et humanité, le trésor le plus secret de tous les secrets du monde entier. C’est pourquoi il convient que vous me témoigniez en m’écoutant un zèle digne du magistère que je vous apporte.

Car je puis aujourd’hui vous présenter d’une façon exacte quelque témoignage de choses que j’ai vues de mes propres yeux et que j’ai touchées de mes mains.

Et cela, certes, d’une manière plus digne de foi que celle d’un grand nombre d’imposteurs qui, après beaucoup de dépenses et de peines, ne trouvent rien qu’un résultat plein de tristesse. Je vous parle donc clairement et ouvertement, dans la mesure où aussi bien ceux qui sont instruits que ceux qui sont inexperts dans ce magistère sont capables de comprendre le secret. Et nul ne pourra m’accuser à bon droit de blasphème. Car les anciens philosophes ont écrit d’une façon aussi obscure que confuse, de manière non seulement à ne pas être compris mais même à ne pas sembler être d’accord entre eux, jusqu’au point de tromper ou de détourner de leur entreprise ceux qui recherchent cet art très précieux. Quant à moi, écartant toute fausseté et toute obscurité, je placerai exactement sous vos yeux toute expérience très véritable, en même temps que des sentences de philosophes, en citant à propos de cette entreprise ceux qui l’accomplissent de la façon la plus excellente, de manière que la chose dont il s’agit devienne par là plus distincte et soit plus clairement comprise.

C’est pourquoi nous déclarons tout d’abord que tous ceux qui opèrent en dehors de la nature sont des trompeurs et travaillent sur une matière non convenable. En effet, de l’homme il ne peut naître qu’un homme, de la brute, une brute, et tout semblable ne produit que son semblable. Aussi celui qui n’a pas de ce qui lui est propre ne peut avoir à sa fantaisie de ce qui lui est étranger. Nous disons cela afin que personne ne perde son argent. Car certains, trompés par la lenteur de leur naturel, et réduits à la pauvreté, tentent de séduire également les autres et de les contraindre à la misère.

Je conseille que nul ne s’introduise dans cet art pour trouver, s’il ne reconnaît pas le principe de la vraie nature et son régime. Une fois que cette nature est connue, elle n’a pas besoin de beaucoup de choses et n’en demande qu’une ; et elle ne requiert pas de grandes dépenses, car il n’y a qu’une seule pierre, une seule médecine, un seul vase, un seul régime et une seule méthode. Et sache que c’est un art très véritable. De plus, les philosophes n’auraient jamais étudié une telle diversité de couleurs et n’en auraient pas exprimé l’ordre, s’ils ne les avaient vues et touchées.

C’est pourquoi nous répétons que tous ceux qui travaillent hors de la nature sont des hommes trompés et trompeurs. Qu’en la nature soit donc notre exercice et vouons-lui une obéissance attentive. Car notre pierre est de nature animale, végétale et minérale.

Aie donc une volonté unique dans l’œuvre de la nature et n’essaie pas d’expérimenter tantôt une chose tantôt une autre. Notre art, en effet, ne s’accomplit pas dans la multitude des choses. Car malgré toute la variété des noms qu’elle peut revêtir, il n’y a toujours qu’une seule chose, et d’une seule chose ; car on n’introduit pas dans la nature ce qui n’est pas de sa nature.

C’est pourquoi il importe nécessairement que l’agent et le patient soient une seule chose par le genre mais des choses diverses et différentes par l’espèce selon le mercure. La femme est en effet distinguée de l’homme : bien qu’ils s’accordent en une seule nature, ils ont cependant entre eux une claire différence, de la même manière que diffèrent la matière et la forme. Car la matière subit l’action, mais la forme agit en s’assimilant la matière. C’est pourquoi la matière désire la forme, et ce qui est laid désire ce qui est beau. Ainsi le corps embrasse volontiers l’esprit pour parvenir à sa perfection. Donc, en connaissant les racines naturelles, tu feras mieux, à partir d’elles, ton œuvre, car je ne puis exprimer autrement notre pierre ni la nommer d’un autre nom. Il découle donc des prémisses que notre pierre provient des quatre éléments. Et les riches la possèdent autant que les pauvres, et elle est assimilée à toute chose, et elle est composée de corps, d’âme et d’esprit, et elle se change de nature en nature, jusqu’au dernier degré de sa perfection.

Ils ont dit encore que notre pierre provient d’une seule chose et cela est vrai. Car tout notre magistère se fait avec notre eau et elle-même est le sperme de tous les métaux et tous les métaux se résolvent en elle comme cela a été montré.

De plus, le sel des métaux est la pierre des philosophes, car notre pierre est de l’eau congelée en or et en argent et elle résiste au feu et se résout en son eau, dont sa nature est composée. Donc la réduction des corps en matière première ou en argent-vif n’est rien d’autre que la dissolution de la matière congelée, grâce à laquelle la serrure s’ouvre par l’entrée d’une forme dans une autre.

C’est pourquoi les philosophes ont dit : « Le soleil n’est rien d’autre que du vif-argent mûr ». Car dans le mercure il y a seulement deux éléments en acte, à savoir l’eau et la terre, qui sont passives. Les éléments actifs, comme sont l’air et le feu, ne sont en lui qu’en puissance. Mais puisque dans le mercure purifié ceux-ci sont amenés de la pure puissance à l’acte, au moyen de la digestion requise et la cuisson proportionnée, on obtient ainsi l’or. C’est pourquoi il y a dans l’or quatre éléments proportionnés en proportion égale. Et le soufre mûr et actif s’y trouve donc.

Notre art charme la nature en lui administrant le mercure : il produit l’or mûr dans lequel, comme il a été dit, se trouve le soufre mûr et parfaitement digéré, à partir de la nature, au moyen de l’œuvre de la nature.

ARNAUD.
— Quiconque veut parvenir à cette science et n’est pas philosophe est un insensé, car cette science n’a d’autre objet que les choses cachées des philosophes.

SENIOR.
— Car cet art est gardé en la puissance de Dieu et il est l’ennemi des profanes. D’où GEBER : cette science ne convient donc pas au pauvre et à l’indigent. Mais elle est plutôt leur ennemie.

Le PHILOSOPHE dit au deuxième Livre de la Politique :
II est impossible au pauvre de pratiquer la philosophie.

Il existe dans cet art une double voie, à savoir, la voie universelle et la voie particulière. La voie universelle est facile et rare. Elle se tire des principes véritables et naturels, qui possèdent une vertu séminale et réformatrice. Sur-le-champ et en un instant celle-ci durcit le mercure et teint n’importe quel métal dûment préparé en or ou en argent véritable, moyennant qu’une telle vertu soit préalablement parvenue à sa fin, par la conjonction des éléments actifs et des éléments passifs. La seconde voie est dite particulière. Elle est difficile et pénible. Note ceci : bien que l’alchimie soit, dans la voie universelle, en partie naturelle et en partie artificielle, elle est cependant plutôt naturelle, car, dans la voie de la véritable alchimie, rien d’étranger ou d’extérieur n’est introduit, puisque la nature possède ce en quoi elle opère : les choses actives sont unies aux passives par l’union ou application convenable. Quant au reste, la nature l’opère d’elle-même.

PLATON.
— Notre Pierre est une chose que le feu n’a pas touchée, et d’où jaillit notre mercure. Il y a trois sortes d’hommes qui s’exercent dans l’art alchimique : l’alchimiste, le lauchimiste et le lachrimiste. Tous ceux qui disent : « Prends, prends » n’entreront pas dans cet art. Car « Prends » est seulement une chose, et « Un corps n’entre pas dans un autre corps » est une autre chose.

GRATIEN.
— Prends ceci et ceci, et fais ainsi et ainsi, et tu auras ceci. Et cela est vrai chez tous les philosophes. D’où le PHILOSOPHE : Le premier mot : « Prends, prends » a causé de nombreuses erreurs. C’est pourquoi la première œuvre est de dissoudre la matière de la Pierre, c’est-à-dire le mercure non vulgaire.

ARNAUD.

— Les insensés, prenant à la lettre les paroles des philosophes, n’y voient goutte et n’ont trouvé que mensonge. Ils disent alors : « La science est fausse, car nous avons essayé et nous n’avons rien trouvé ». Alors ils sont comme désespérés et ils méprisent la science. Et c’est pourquoi la science les méprise, car notre science n’a pas d’autre ennemi que l’ignorant.

Vers.
Cette pierre paraît chétive,
On la trouve à peu de prix.

Elle est méprisée des sots mais les savants l’aiment davantage. Comme le dit aussi ALPHIDIUS : «Sache que cette pierre, dont traite cet Arcane, n’a pas été mise par Dieu pour être achetée à un prix élevé, car on la trouve jetée sur le chemin de telle sorte que le pauvre peut en avoir autant que le riche, et que chacun peut venir à elle au moyen de la raison et de la science ».

L’Argent-vif n’est pas la Pierre.

D’où CONSTANTIN :
Puisqu’il est fusible, il n’est donc pas pierre.

L’Argent-vif est feu, d’où le PHILOSOPHE :
Sachez donc que l’argent-vif est feu, brûlant toute chose plus que le feu.

Le suc de lunaire, l’eau de vie, la quintessence, le vin ardent et le mercure végétal, tout cela est une même chose : le suc de lunaire se fait à partir de notre vin, qui est connu de nos fils en petit nombre. Et avec lui se fait notre solution et l’or potable se fait par son intermédiaire et sans lui il ne se fait en aucune façon.

Car le corps imparfait a été changé en matière première et ces eaux, unies à notre eau, font une seule eau pure, claire, purifiant toutes choses et cependant contenant en elle ce qui est nécessaire. Elle est chère et bon marché. Notre magistère se fait à partir d’elle, avec elle. Car elle dissout les corps, non selon une dissolution vulgaire, comme le rapportent les ignorants qui convertissent le corps en eau de nuées, mais selon une dissolution philosophique véritable dans laquelle le corps est converti en la première eau dont il fut ( fait) dès le commencement et cette même eau transforme les corps en cendres.

La fontaine mercurielle.

Nous sommes de tous les métaux
Principe et première nature.
L’art fait de nous par ses travaux
La plus admirable teinture.
Les eaux et les pures fontaines
Me ressemblent. J’ôte leurs peines
Aux pauvres, aux riches aussi.
Je suis visible et pur esprit.

Sache que l’art d’alchimie est un don du Saint-Esprit. Et sache que nous avons eu de nos jours un maître, Arnaud de Villeneuve, de la Curie romaine, très grand médecin et théologien. Ce fut aussi un grand alchimiste : il faisait même de petits bâtonnets d’or qu’il consentait à soumettre à toute épreuve.

ARNAUD.
— Les artistes en alchimie doivent savoir que les espèces de métaux ne peuvent être transmuées que si elles sont réduites en leur matière première. Alors certes, elles sont transmuées en une espèce différente de celle qui était auparavant la leur. Et cela, parce que la corruption de l’un est la génération de l’autre, tant dans les choses artificielles que dans les choses naturelles. L’art en effet imite la nature et, dans certains cas, il la corrige et la vainc, de même que la nature du malade est aidée par l’industrie du médecin.

LE MIROIR.
Servez-vous donc de la vénérable nature, car la nature n’est pas amendée si ce n’est dans sa nature. N’y introduisez rien d’étranger, ni de la poudre, ni aucune autre chose. Car des natures diverses n’amendent pas notre pierre et il n’entre rien en elle qui n’en soit sorti. Si en effet quelque chose d’étranger lui est appliqué, cela se corrompt aussitôt, et ce que l’on cherche ne se fait pas à partir d’un tel corps.

Le MIROIR.
C’est pourquoi je te déclare que, si tu n’as pas pris au début de la cuisson des choses semblables et si tu ne les as pas rendues subtiles sans les broyer avec les mains, jusqu’à ce que toutes soient devenues eau, tu n’as pas encore trouvé l’œuvre. C’est pourquoi je fais savoir à tous ceux qui étudient le précieux arcane que ce magistère n’est rien d’autre que de cuire l’argent-vif et le soufre, jusqu’à ce qu’il se fasse un seul argent-vif qui défend le soufre de la combustion, si le vase a été bien fermé, de manière que l’argent-vif ne puisse se dissiper, ni le soufre être brûlé ou gâté, car notre argent-vif est notre eau très claire.

Et nous voyons par exemple dans l’eau commune que tout ce qui cuit avec elle n’est jamais brûlé jusqu’à ce que l’eau elle-même soit épuisée, quelle que puisse être la force du feu. Et quand l’eau est épuisée, ce qui est dans le vase est brûlé, et c’est pour cela que les philosophes ont ordonné de fermer l’orifice du vase, pour que notre eau bénie ne s’exhale pas, mais qu’elle défende de la combustion ce qui est dans le vase. L’eau mise avec ces choses a empêché le feu de les brûler, et il est advenu de ces choses que, plus l’attaque de la flamme est forte, et plus l’eau se cache profondément en elles, pour ne pas être endommagée par la chaleur du feu.

Et j’ordonne à tous les explorateurs de cet art de faire d’abord un feu léger, jusqu’à ce que l’eau et le feu aient commencé à se supporter. Et lorsque tu auras vu l’eau (devenue) fixe sans aucun mouvement d’ascension, ne te préoccupe pas de la qualité du feu. Mais il est bon de le gouverner en patience jusqu’à ce que l’esprit et le corps deviennent un, de manière que les choses corporelles deviennent incorporelles et les incorporelles, corporelles.

L’eau est donc cette chose qui blanchit et fait rougir. C’est l’eau qui tue et vivifie, c’est l’eau qui brûle et rend d’un blanc éclatant, c’est l’eau qui dissout et coagule, c’est l’eau qui fait pourrir et ensuite fait germer des choses nouvelles et variées. C’est pourquoi, mon fils, je t’avertis que toute ton entreprise consiste dans la cuisson de l’eau. Et ne te laisse pas vaincre par l’ennui si tu veux obtenir du fruit, et ne te préoccupe pas d’autres choses vaines, mais seulement de l’eau. Cuis-la petit à petit, en putréfiant, jusqu’à ce qu’elle change de couleur et passe en la couleur parfaite.

Et prends garde au début de brûler ses fleurs et sa verdure, et ne recherche pas à parfaire rapidement ton œuvre, et veille à ce que ta porte soit bien et solidement fermée, pour que celui qui est à l’intérieur ne puisse s’envoler, et, avec la permission de Dieu, tu parviendras ainsi au résultat. La nature effectue son opération peu à peu. Et je veux que tu agisses ainsi, et surtout que ton imagination soit selon la nature. Et vois selon la nature, grâce à laquelle les corps sont régénérés dans les entrailles de la terre. Et imagine cela au moyen de l’imagination vraie et non fantastique. Et vois également quelle est la chaleur qui opère leur cuisson, si elle est violente ou douce.

GEBER DE L’EXPLORATION DU VRAI.

Nous avons examiné dans nos volumes à partir des puissances secrètes et naturelles ainsi que des propriétés de la nature, et grâce à notre expérience, à la découverte de l’exploration, une matière tout à fait certaine. Car nous n’avons trouvé absolument rien d’autre que ceci : la matière dont notre médecine est tirée doit, dans la transmutation des corps, avoir en elle les propriétés des qualités que nous allons énumérer.

Premièrement. Il faut qu’elle ait en elle une terre très subtile, incombustible et apte à fixer de toutes manières, une terre fixe avec sa propre humidité radicale. Deuxièmement. Qu’elle possède une humidité aérienne et ignée réunie uniformément, de manière que si quelque chose est volatil le reste le soit aussi. Et cette humidité est au-dessus de toutes les humidité ; elle attend la chaleur du feu jusqu’à ce que la cendre de son épaississement suffisant soit complétée, d’incomplète qu’elle était, avec une permanence inséparable, c’est-à-dire sans évaporation de la terre jointe.

Troisièmement. Que la disposition naturelle de l’humidité soit telle que, grâce au bienfait de son homogénéité, elle ait, dans toutes les différences de ses propriétés, la terre jointe par la conversion de l’une et de l’autre, car dans leur homogénéité à toutes deux se fait une chose équilibrée et unifiée vigoureusement selon une union totale, et au moyen du lien d’une union inséparable et telle qu’elle procure une bonne fusion, après le degré final de la préparation.

Quatrièmement. Que cette homogénéité soit d’une essence si pure et purifiée par l’art de toute chose combustible ou brûlante qu’elle ne brûle pas le moindrement ce à quoi on l’unit, mais préserve toute chose de la combustion.

Cinquièmement. Qu’elle ait en elle-même une teinture claire et resplendissante, de couleur blanche ou rouge, pure, incombustible, stable et fixe, que le feu soif totalement impuissant à transformer, que les soufres brûlants ou pénétrants qui rongent ne puissent corrompre ou endommager.

Sixièmement. Que tout le compost mêlé à ce qui le complète finalement soit d’une matière si subtile et si tenace qu’après l’injection finale du terme de sa cuisson il demeure très subtilement fondu, comme de l’eau, et puisse pénétrer dans la profondeur jusqu’à celle de la dernière chose permutable, quel que soit le degré de fusion de ce qui complète le compost. Il faut que le compost, grâce à sa proximité et à son affinité, adhère naturellement à sa fumée, que celle-ci lui soit jointe d’une façon inséparable, contre l’impression du feu, réduisant spirituellement, à l’heure même, les corps en sa propre nature.

Ayant considéré cela, nous avons trouvé, grâce à notre recherche, sept propriétés naturelles, qui sont nécessaires et opportunes dans notre Pierre. Ce sont : la qualité oléagineuse, la ténuité de la matière, l’affinité, l’humidité radicale, la pureté, la clarté, la terre qui fixe et la teinture.

La première des propriétés qui la distinguent est sa qualité oléagineuse qui, dans la projection, donne une fusion universelle et l’apparition de la médecine. Car la première chose après la projection de la médecine est assurément la fusion complète de celle-ci qui est rendue parfaite et acheminée jusque dans les entrailles grâce à sa qualité oléagineuse naturelle.

La seconde propriété est la ténuité de la médecine ou sa subtilité spirituelle. Elle est ténue ou coule en s’infusant à la manière de l’eau, pénétrant dans la profondeur de la chose altérable. Car en second lieu après la fusion de la médecine il est nécessaire que survienne immédiatement son entrée.

La troisième propriété est l’affinité ou proximité entre l’élixir et la chose à transmuer qui permet à l’élixir d’adhérer en voisinant avec son semblable et en le retenant. Car en troisième lieu après l’entrée de la médecine son adhérence immédiate est convenable et nécessaire.

La quatrième propriété est son humidité radicale et ignée, coagulant et consolidant les parties retenues par l’adhérence de son semblable et l’union de toutes les parties semblables, pour toujours, inséparablement. Car en quatrième lieu après l’adhérence il est opportun et nécessaire que se produise la consolidation des parties au moyen de son humidité radicale et visqueuse.

La cinquième propriété est la pureté, la clarté purifiée qui donne un éclat remarquable dans la combustion. Celle-ci se produit sans ajouter ce qui reste après l’affermissement des parties purifiées, car le feu, agent actuel, doit brûler toutes les superfluités étrangères non consolidées. C’est pourquoi la putréfaction suit immédiatement et est nécessaire.

La sixième propriété est la terre qui fixe. Elle est équilibrée, subtile, fixe, incombustible, donnant la permanence de la fixation, adhérant dans la solution, demeurant avec elle-même et persévérant contre le feu. C’est pourquoi en sixième lieu la fixation suivant la purification est nécessaire et opportune.

La septième propriété est la teinture qui donne une couleur éclatante et parfaite, blanche et d’un jaune intense, conférant la nature de la lune et du soleil aux choses susceptibles d’être transmuées. C’est pourquoi en septième lieu après la fixation il est également nécessaire d’avoir la couleur finale qui teint ou teinture. Elle colore la matière combustible en or ou en argent véritable, avec toutes les propriétés certaines et connues de ces métaux.

Le philosophe CALID dit de notre eau : Elle est feu, car elle brûle et broie toutes choses. L’Argent-vifest le vinaigre. C’est pourquoi SOCRATE dit dans la Tourbe : la première puissance est le vinaigre, c’est-à-dire l’argent-vif. D’où la Tourbe : si vous placez le corps sans vinaigre dans le feu, il sera brûlé, c’est-à-dire sans argent-vif. La Tourbe dit : C’est le vinaigre très aigre qui fait le corps pur sans lequel nulle couleur n’apparaît.

Le roi et la reine à la première phase de la conjonction.

Note bien : Dans cet art de notre magistère, rien n’a été caché par les philosophes excepté le secret de l’art qu’il n’est permis à personne de révéler. Si quelqu’un le faisait, il serait maudit, encourrait l’indignation du Seigneur et mourrait d’apoplexie. C’est pourquoi toute erreur dans l’art provient de ce que l’on ne prend pas la matière requise.

Servez-vous donc de la vénérable nature, car c’est d’elle, par elle et en elle que notre art est engendré, et non en quelque autre chose. Et en conséquence notre magistère est l’œuvre de la nature et non de l’artiste. Et celui qui ne sait pas ce qu’il cherche, ne sait pas non plus ce qu’il trouvera.

Sache donc que l’airain, qui est l’or des philosophes, est leur or, SENIOR dit : Notre or n’est pas l’or du vulgaire. Tu as interrogé sur la couleur verte pensant que l’airain est un corps lépreux, à cause de la couleur verte qu’il a. Car je te dis que tout ce qui est parfait dans l’airain est cette unique couleur verte qui est en lui, car cette couleur verte est bientôt changée par notre magistère en notre or très véritable, et cela, nous l’avons éprouvé. Cependant tu ne pourras en aucune manière préparer la pierre sans notre duenech vert et liquide, que l’on voit naître dans nos minières.

O vert béni qui engendre toutes choses : Sache donc que nul végétal, nul fruit n’apparaît lorsqu’il germe, sans la présence de la couleur verte ; c’est pourquoi les philosophes l’ont appelée germe. Et ils ont de même appelé cette eau, eau de leur purification ou de leur putréfaction, et ils ont dit la vérité, car (le sujet) est putréfié ou purifié de sa noirceur au moyen de son eau ; il est lavé et il se rend blanc et ensuite rouge. Et apprends par-là qu’il ne se fait aucune vraie teinture si ce n’est à partir de notre airain. Cuis-le donc avec son âme, broie-le, cuis-le et recommence jusqu’à ce que l’esprit soit uni avec son corps et qu’ils deviennent une seule chose. Et tu auras ce que tu cherches.

Les sages lui ont imposé beaucoup de noms. Mais toi, considère cette seule chose qui s’attache à l’argent-vif et aux corps, et tu posséderas la véritable science. Mais, pour ne pas te tromper, sache ce qu’est s’attacher aux corps. Certains ont dit que l’argent-vif du vulgaire s’attache aux corps, ce qui est faux. Car ils croient comprendre le chapitre de Geber sur l’argent-vif, où il dit : « Comme nous procédions à nos recherches dans toutes les autres choses, nous n’avons trouvé par notre invention aucune chose qui fût, plus que l’argent-vif, amie des choses corporelles, etc. ». Mais tout ceci doit être entendu de l’argent-vif philosophique. Lui seul en effet s’attache aux corps, et les anciens philosophes n’ont pu trouver aucune autre chose, et les modernes ne trouveront rien qui s’attache aux corps, si ce n’est l’argent-vif philosophique. Car l’argent vulgaire n’adhère pas aux corps ; par contre, les corps adhèrent à l’argent-vif lui-même. Et cela se vérifie par l’expérience. Car si l’argent-vif vulgaire est uni à un autre corps, il demeure dans sa nature propre ou s’en va, mais ne change pas le corps en sa nature.

Il n’adhère donc pas au corps, mais les corps adhèrent à lui. C’est pourquoi beaucoup ont été déçus en travaillant sur cet argent-vif vulgaire. Car notre pierre, c’est-à-dire l’argent-vif occidental qui se proclame supérieur à l’or et le vainc, est ce qui tue et qui fait vivre. Sache donc que l’argent-vif coagulé, mortifié par sa propre nature est le père de toutes les merveilles de ce magistère qui est le nôtre. Il est esprit et corps, c’est-à-dire corps spirituel, car il monte au moyen de la sublimation. Et c’est ce que dit Geber : « La contemplation de la vraie chose qui parfait toutes choses est la contemplation par les élus de la pure substance de l’argent-vif ». Mais on demande d’ordinaire d’où l’on peut extraire de préférence cette substance de l’argent-vif. Et nous répondons en disant qu’on l’extrait des choses dans lesquelles elle se trouve. Médite, mon fils, et vois où est cette substance et prends celle-là et non une autre, si tu désires parvenir à la véritable intelligence, etc. Je te dis, dans l’amour du Christ, que nous n’avons pu trouver en aucune manière et que, de même, les philosophes n’ont pu trouver une chose quelconque qui persévère dans le feu, sauf cette seule humidité onctueuse, parfaite, non combustible. Et quand celle-ci a été préparée comme il convient, elle amène tous les corps qu’elle touche à son véritable degré complet de soleil et au-dessus de tous les corps et surtout de la lune. La racine de l’art est le savon des sages, et c’est la minière de tous les sels, et on le dit sel amer parce qu’il naît de la minière de la mer, et il est plus pénétrant que tous les sels de son genre. Les corps et les esprits sont calcinés par lui, et c’est par lui que se font les solutions et les coagulations de l’élixir.

GEBER.
Note ceci : on ne peut pas faire d’argent si tout n’est pas dissous au préalable. Deuxièmement. Aucune solution ne doit être faite si ce n’est dans le sang propre ou approprié c’est-à-dire dans l’eau du mercure, qui est dite eau de dragon. Troisièmement. Cette eau de dragon doit être obtenue au moyen de l’alambic sans l’adjonction d’aucune autre chose. En faisant cela, il se produit une très grande puanteur. Quatrièmement. On peut, avec cette eau, dissoudre l’amalgame, le corps et les esprits, le cinabre, et en peu de temps toutes choses et chaque chose qui sont de sa nature. Cinquièmement. Cette eau doit être pure. Et on ne doit donc pas la préparer autrement qu’à partir du dragon purifié. On purge le dragon en l’élevant trois fois et en le vivifiant ensuite. Sixièmement. Il faut que le corps dissous pourrisse dans le chaud et l’humide, c’est-à-dire dans le fumier de cheval. Septièmement. II est coagulé grâce à la sécheresse du soleil dans l’humide, c’est-à-dire dans le bain-marie. Huitièmement. Le temps de la perfection de l’élixir est d’au moins un an. Il faut voir cependant qu’il doit être le temps du fœtus humain dans le sein de sa mère. Neuvièmement. Le mercure n’est tué que par l’odeur du corps rouge parfait pour le rouge, et du blanc pour le blanc, et le corps peut donner un poids tout en gardant son poids. Il y a quatre choses au moyen desquelles notre œuvre s’accomplit, à savoir : le poids, le feu, le corps et l’esprit. Dixièmement. Toutes les recettes doivent être méprisées dans cet art. Onzièmement. Une fois que les choses préparées auront été placées dans le vase, ce sera un jeu d’enfants. Le magistère peut être accompli en un seul vase. En outre, celui qui possède le vrai mercure possède l’élixir ; et l’élixir est le mercure mortifié ou fixé au moyen de l’odeur du corps, car le dragon ne meurt pas si ce n’est à l’aide de son frère et de sa sœur. Note en outre qu’il faut absolument que le corps devienne mercure, c’est-à-dire que le fixe devienne volatil avec le volatil, c’est-à-dire au moyen du pur mercure. Il est nécessaire d’avoir plus de volatil que de fixe dans une proportion allant du double au quintuple ou au sextuple, et jusqu’à dix fois plus, mais non davantage.
Et plus les parties volatiles sont nombreuses, plus la fixation en est lente, et le fixe devient volatil en l’espace d’un mois. Et note qu’il ne peut y avoir d’élixir si le corps et l’esprit ne passent pas par tous les éléments, c’est-à-dire par la nature de tous les éléments, de manière qu’ils deviennent d’abord terre, ensuite air, c’est-à-dire vapeur, en troisième lieu eau et quatrièmement feu, fixant ce qui fuit Ce qu’est le feu. Car on appelle feu tout ce qui ne fuit pas le feu, et ce qui n’est pas flétri et consumé par le feu. Celui qui veut explorer le secret de cet art doit connaître la matière première de nos corps, sans quoi il sera frustré du fruit de son travail.
La matière première des corps n’est pas le mercure vulgaire mais une vapeur onctueuse et humide. Car de l’humide on fait la pierre minérale, et de l’onctueux on fait le corps métallique. Il convient en effet que les corps soient convertis en vapeur onctueuse, et dans cette conversion les corps périssent, et le grain du corps est anéanti dans la mort et il est totalement mortifié. Et ceci se réalise par l’intermédiaire de notre eau blanche et rouge. Et comprends que si le grain de blé, c’est-à-dire le grain du corps n’est pas jeté dans la terre, c’est-à-dire en sa matière première, c’est-à-dire dans la vapeur onctueuse, ou mercure des philosophes et des sages, etc.

Et une telle vapeur est dite pierre connue dans les chapitres des livres, le principe de la matière de notre opération, et le soufre onctueux duquel, pour terminer, on extrait la quintessence, le mercure qui tient tout corps en soleil ou en lune, selon la manière dont la pierre a été finalement préparée.

Et note encore que presque tous les anciens sages de l’alchimie, car ils ont dit beaucoup de choses, concluent sur le sel, qu’ils appellent savon des sages et petite clé qui ouvre et personne ne ferme, et inversement ferme et personne n’ouvre, et ils disent que sans cette clé personne ne peut parvenir dans ce siècle à la perfection de cette science, c’est-à-dire s’il ne sait pas calciner après sa préparation.

Et ils disent qu’il doit être dans un endroit tempéré pendant trois jours pour que la chaleur du feu et les fumées s’évaporent. Et je conclus donc de cela que toute médecine d’alchimie bonne et parfaite, que tout élixir ou poudre doivent être réalisés à la manière d’un sel, être un sel et posséder la vertu du sel, et qu’ils doivent être très lents à fondre et à pénétrer lorsqu’on les projette sur les corps des métaux fondus et enflammés.

Et Geber donne aussi cet avertissement lorsqu’il dit : « II faut que la médecine soit d’une fusion plus rapide que le mercure, de manière qu’elle s’écoule plus vite avant la fusion du mercure. Et on l’appelle alors sel fusible et huile incombustible des sages. Et note en outre que le sel des métaux transmue le mercure en soleil et en lune véritables. Et de même le sel des êtres animés transmue n’importe lequel des êtres animés en véritable équilibre et en complexion parfaite ».

Le feu du fumier est la cause opérante dans l’ouvrage de la digestion de notre pierre et il n’est pas bon qu’il soit remplacé par le feu du bain-marie, si tempéré soit-il. C’est pourquoi Alphidius dit : La cuisson par le feu que je te montrerai consiste à la cacher dans le crottin humide de cheval qui est le feu des sages, humide et obscur. Il est chaud dans son deuxième degré, et humide dans le premier. La propriété de ce feu est de ne pas détruire l’huile, c’est-à-dire la matière ; il l’augmente au contraire à cause de son humidité tempérée. Seule, en effet, cette chaleur est égale et tempérée. Une telle chaleur est absolument nécessaire dans la génération de cette chose.

C’est pourquoi Geber dit : Ce sont des fumées subtiles, et elles ont besoin d’une cuisson tempérée pour être épaissies en elles-mêmes d’une façon égale. Seule, en effet, la chaleur tempérée peut épaissir l’humidité et parfaire le mélange, mais elle ne doit pas dépasser la mesure. Car les générations et les procréations des choses naturelles ne se font qu’au moyen d’une chaleur très tempérée et égale, comme est le fumier de cheval humide et chaud.

Le roi et la reine à la deuxième phase de la conjonction.

HERMES au quatrième livre des Traités.
Celui qui veut s’introduire dans cet art et cette sagesse cachée doit chasser de lui le vice d’arrogance, être pieux et sobre, avoir une intelligence profonde, être humain à l’égard des hommes, avoir un visage serein, être joyeux, poursuivre son salut avec zélé et garder les secrets éternels qui lui sont ouverts. Mon fils, je te conseille avant tout de craindre Dieu qui voit ta disposition et en qui se trouve l’aide de tout reclus.

GEBER au Livre du Parfait Magistère.
L’artisan dans cette science doit posséder un esprit très subtil, savoir et connaître la nature des métaux et leur génération, leur infirmité et leurs imperfections dans leurs minières avant de parvenir à cet art. Il ne faut pas qu’un artisan rempli d’un esprit grossier et rude, cupide ou avare dans le domaine du luxe ou des dépenses s’en approche pour l’explorer. Et pas davantage un homme à l’âme double, sans fiel et sans cervelle, ou d’esprit changeant, ou encore trop pressé et avide. Mais que ce soit une fils de l’enseignement, un homme doté d’un esprit très subtil, suffisamment riche, généreux, en bonne santé, ferme et constant dans son entreprise, patient, doux, longanime et équilibré.

ALPHIDIUS :
Sache, mon fils, que tu ne peux avoir cette science avant d’avoir purifié ton esprit pour Dieu ; qu’il sache que tu possèdes une âme ferme et droite, et il te fera alors dominer le monde.

Et ARISTOTE :
Oh, si Dieu connaissait dans l’homme un esprit fidèle, il lui révélerait, certes, le secret.

Le CORRECTEUR DES INSENSES :
Chaque art doit nécessairement imiter le résidu de cette nature, savoir de quelle chose cette nature est la nature, et ainsi l’art imite sa nature. Sache, ô Insensé, que l’art permet de connaître la nature elle-même, et que celle-ci ne peut être réformée, car celui qui n’imite pas la nature ne saurait conduire les secrets des philosophes à une fin parfaite.

HERMES et GERER.
Celui qui aura une fois mené à bien cet art, s’il devait vivre mille ans, et qu’il eût à nourrir chaque jour quatre mille hommes, ne serait pas dans le besoin. Et SENIOR le confirme en disant : Celui qui possède la pierre dont on fait l’élixir est aussi riche que celui qui possède le feu. Il peut donner du feu à qui il veut et quand il veut, sans danger pour lui et sans en manquer.

Et ARISTOTE au vingtième chapitre du Livre de l’Ame :
L’œuvre très naturelle et très parfaite est d’engendrer un être semblable à ce qu’on est soi-même.

Tout d’abord on a la vraie matière dans le lion vert, de la couleur qui est la sienne. Et on l’appelle Adrop, Azoth ou Duenech vert. Au deuxième degré on a la même chose, et au troisième les corps se dissolvent dans l’argent-vif des philosophes, c’est-à-dire dans l’eau de notre mercure, et il se fait un seul corps nouveau. Au quatrième on a la putréfaction des philosophes qui n’a jamais été vue de nos jours et que l’on appelle soufre. Au cinquième on obtient que la plus grande partie de l’eau devienne la terre noire et féculente dont parlent tous les philosophes. Au sixième degré on a que cette terre noire se tenait au commencement sur l’eau et que peu à peu elle est submergée au fond du vase. Au septième, cette terre est de nouveau dissoute en eau, de la couleur de l’huile, et on l’appelle alors huile des philosophes. Au huitième degré, le dragon est né dans la noirceur, et il se nourrit de son mercure et il se tue lui-même et il est submergé par le mercure, et l’eau blanchit un peu, et c’est l’élixir. Au neuvième, l’eau est totalement purifiée de sa noirceur et demeure de la couleur du lait et de nombreuses couleurs apparaissent dans le noir. Au dixième, les nuées noires qui étaient dans le vase au-dessus de l’eau sont descendues dans leur corps d’où elles étaient sorties. Au onzième, cette cendre est devenue très blanche, comme du marbre brillant, et c’est l’élixir au blanc, et c’est l’enfant de la cendre. Au douzième cette blancheur est transformée en rougeur transparente comme un rubis, et c’est l’élixir au rouge.

Et si tu veux bien comprendre, lis l’ouvrage tout entier, partie après partie, et tu verras des merveilles. J’ai vu tout cela de nos jours jusqu’au lion. Je n’ai pas dit tout ce qui apparaît et qui est nécessaire dans cette œuvre, car il y a des choses dont l’homme n’a pas le droit de parler. J’ai cependant décrit l’œuvre jusqu’à son achèvement, bien que je ne l’aie pas vu. Je sais que l’œuvre parvient nécessairement à une telle nature. Et il est impossible de le savoir si on ne l’apprend de Dieu ou d’un maître qui l’enseigne. Et sache que c’est une voie très longue. La patience et la lenteur sont donc indispensables dans notre magistère.

L’Argent-vif est le sel commun. C’est pourquoi le Rosaire dit : Le sel commun dissout l’or et l’argent et augmente la rougeur dans l’or et la blancheur dans l’argent, et fait passer l’airain de l’état de corps à celui d’esprit et, avec cette chose, calcine les corps. D’où la Lumière des Lumières : Si le Dieu Tout-Puissant n’avait pas créé ce sel, l’élixir ne serait pas achevé et l’étude alchimique serait vaine.

Note qu’il y a quatre mercures, savoir : le mercure cru, le mercure sublimé, le mercure de la magnésie et le mercure onctueux. Mais la magnésie est la pleine lune, le mercure des philosophes, c’est-à-dire la matière dans laquelle le mercure des philosophes est contenu. Et c’est celui que la nature a réalisé dans une faible mesure et auquel elle a donné la forme d’un métal, mais en le laissant imparfait. Telles sont ses paroles. Il faut noter que c’est la chose qui est appelée moyen d’ingrès. Elle n’est ni parfaite ni totalement imparfaite. Comme rien ne peut être fait de rien, et que la nature ne produit pas d’elle-même la perfection, l’artiste peut, en aidant la nature, la faire passer de l’imperfection à la perfection. Et c’est la pierre appelée pierre d’invisibilité, pierre sainte, chose bénie.

GEBER.
L’Argent-vif n’est pas combustible. Le purifier c’est donc enlever par l’habileté de l’esprit ce qu’il a de terrestre et d’aqueux ; s’il est pur, la vertu du soufre blanc non brûlant le coagulera en argent, et c’est une chose excellente pour qu’on en fasse, par le moyen de l’art, l’élixir d’argent. Si c’est le soufre rouge de nature non brûlante, ce sera une chose excellente pour qu’on en fasse, par le moyen de l’art, l’élixir d’or. Un tel soufre est notre soufre rouge et le soufre des sages, et on ne le trouve pas sur la terre si ce n’est celui qu’on extrait de ces corps.

ARNAUD.
Le soufre qui est caché est dans l’argent-vif, donnant la forme dorée à l’argent-vif lui-même par la vertu de la couleur de son soufre minéral extrinsèque.

AVICENNE.
Un tel soufre ne se trouve pas sur la terre, sauf celui qui est dans les corps. C’est pourquoi il faut préparer subtilement ces corps pour que nous ayons le soufre sur la terre. Car le corps parfait par notre magistère charme et perfectionne le corps imparfait, sans mélange d’une chose étrangère quelconque. S’il en est autrement, le soufre de quelque nature qu’il soit empêche la fusion correcte, comme on peut le voir dans le fer. En effet, il ne fond pas, parce qu’on reconnaît qu’il possède en lui un soufre fixe. Mais si le soufre n’est pas fixe, anticipant la fusion correcte, il est entravé par le feu, brûle et s’évapore, comme on le voit dans le plomb et d’autres corps informes. Le soufre vulgaire n’appartient donc pas à la vérité de notre art, ni à sa perfection, car il entrave le soufre parfait dans toutes ses opérations.

C’est pourquoi GEBER dit :
Le soufre ne peut jamais être fixé s’il n’est calciné. Et une fois qu’il a été calciné, il ne donne pas la moindre fusion.

SENIOR.
Le soufre et l’arsenic ne constituent pas la véritable médecine de ce magistère, car ils n’adhèrent pas et ne conduisent pas à la perfection, comme on le sait à propos de tous les minéraux inférieurs.

ALBERT.
La propriété du soufre est de coaguler le mercure et de le mener à la perfection au moyen du mercure. Mais la teinture du soleil naît de deux corps parfaits desquels ces soufres peuvent être extraits.

UN PHILOSOPHE.
Le fondement de l’art, ce sont le soleil et son ombre.

MORIEN dit :
Trois espèces suffisent pour notre magistère : la fumée blanche, c’est-à-dire la cinquième vertu ou l’eau céleste, le lion vert ou airain d’Hermès, et l’eau fétide qui est la mère de tous les métaux de laquelle, par laquelle et avec laquelle les philosophes le préparent, je veux parler de l’élixir, au commencement et à la fin. Ne découvre donc à personne ces trois choses propres à sa confection. Mais l’insensé traite de ce magistère en s’occupant de n’importe quelle autre chose.

Arcane très secret des philosophes. HERMES, père des philosophes dit :
La philosophie a trois parties : le soleil, la lune et le mercure. Notre père Hermès a su réaliser la teinture en réunissant ces trois choses.

JEAN D’AQUIN.
Celui qui ignore la destruction de l’or doit nécessairement, suivant la loi de la nature, ignorer sa construction. C’est pourquoi il est plus facile de construire l’or que de le détruire. Mais celui qui croit réaliser la teinture sans ces choses passe à la pratique en aveugle, comme l’âne à sa pitance. Car un corps n’agit pas sur un corps ni un esprit sur un esprit parce qu’une forme ne reçoit pas impression d’une autre forme, ni une matière celle d’une autre matière, car le semblable n’agit en aucune manière sur son semblable et ne le subit pas, puisque aucun des deux n’est plus noble que l’autre, car un égal ne commande pas à son égal. C’est pourquoi ARISTOTE dit : II n’est aucune génération véritable si ce n’est à partir de choses dont la nature s’accorde. Car les choses ne deviennent que conformément à leur nature. Jamais en effet le sureau ne produit des poires, ni la ronce des grenades. Et un mauvais arbre ne peut produire de bons fruits.

Le PHILOSOPHE dit encore :
Notre mercure se change en toute nature ou dans les natures avec lesquelles il a été uni ou desquelles il a été séparé.

Le PHILOSOPHE.
Celui qui sait détruire l’or de manière que désormais il ne soit plus de l’or, celui-là est parvenu au plus grand arcane. Un autre philosophe dit : II est difficile de détruire l’or, très difficile de le construire, il est plus facile de le détruire dans ses accidents que dans son essence. Notre or est tout mercure, ce qui se voit par son poids et par la facilité avec laquelle le mercure lui-même se combine. En lui se trouvent donc toute l’application et la volonté des philosophes.
Il a en effet acquis ces vertus et cette excellence par l’intermédiaire de la chaleur du soleil et du mouvement des planètes. Il n’est pas possible de créer ces qualités en elles-mêmes mais seulement en ce qui concerne leurs accidents. Si l’artisan commence son œuvre, il arriverait certes à (trouver) tout cela dans le mercure, moyennant la méditation, le concours du feu et le génie naturel qui est la faculté de travailler.

ALBERT.
On voit par là qu’une grande quantité d’argent-vif est cause de perfection dans les corps. Mais une grande quantité de soufre, qui est impure, est cause d’imperfection et de corruption.

EUCLIDE, homme très sage, nous a conseillé de ne rien opérer si ce n’est dans le soleil et le mercure réunis ensemble. C’est en eux que consiste la pierre des philosophes.

A partir de ce qui est parfait on ne fait rien, car il est déjà parfait, selon telle nature ou tel art. Nous en avons un exemple dans le pain. Le pain fermenté est cuit ; il est parfait dans son état, son être, et il est parvenu à sa fin ; et on ne pourra le faire fermenter davantage. II en est de même de l’or. L’or pur a été amené, par l’épreuve du feu, à l’état de corps ferme et fixe, et, selon les philosophes, on ne peut le faire fermenter davantage si l’on ne possède pas la matière première des métaux dans laquelle l’or est dissous en matière première et en élément miscibles. Prenons donc cette matière d’où sortira l’or et, par l’intermédiaire de l’art, elle est amenée à l’état de véritable ferment des philosophes. Et transformons celui-ci avec habileté en matière parfaite ou en esprit des corps parfaits.

C’est pourquoi parmi les travailleurs modernes beaucoup, même des philosophes, ont été déçus parce qu’ils abandonnent l’œuvre là où ils devraient commencer. Je gémis sur vous, fils de l’enseignement, qui espérez cueillir les fruits avant qu’ils soient mûrs et moissonner avant la moisson.

UN AUTRE PHILOSOPHE.
On ne peut rien faire à partir de ce qui est parfait, car une espèce de choses parfaite dans sa nature ne change pas mais se corrompt plutôt, et à partir de ce qui est imparfait on ne peut absolument rien faire selon l’art. La raison en est que l’art ne peut introduire les dispositions premières, mais notre pierre est une chose qui tient le milieu entre les corps parfaits et les corps imparfaits, et ce que la nature elle-même a commencé est conduit à la perfection par l’art. Si tu commences à opérer dans le mercure lui-même, là où la nature l’a laissé imparfait, tu trouveras la perfection en lui et tu te réjouiras. Ce qui est parfait ne s’altère pas mais se corrompt. Mais ce qui est imparfait s’altère bien. Donc la corruption de l’un est la génération de l’autre.

Le MIROIR.
Il est nécessaire que notre pierre soit extraite de la nature de deux corps, avant que l’élixir complet soit réalisé à partir d’elle, car il est nécessaire que l’élixir soit plus épuré et plus digéré que l’or et l’argent, parce qu’il doit faire passer entièrement ces métaux d’une perfection amoindrie en or et en argent des philosophes, chose qu’ils ne peuvent accomplir eux-mêmes en aucune manière. Car s’ils donnaient de leur perfection à un autre, ils demeureraient eux-mêmes imparfaits, puisqu’ils ne peuvent teindre si ce n’est dans la mesure où ils se répandent, car aucune chose ne rend blanc, si ce n’est à l’aide de sa blancheur, et aucune chose ne fait rougir si ce n’est à l’aide de sa rougeur. Et c’est pourquoi les opérations qui s’effectuent dans notre pierre ont pour but d’améliorer sa teinture à un degré plus élevé que sa propre nature ; et aussi que l’élixir soit composé conformément à l’allégorie des sages, qui soit un condiment fait d’espèces limpides, un antidote, une médecine et un purgatif de tous les corps qui doivent être purgés et transformés en un (corps) qui réalise véritablement la lune et le soleil.

Le bain du roi et de la reine 3e phase de la conjonction.

HERMES.
Là s’effectue la conjonction des deux corps, et elle est indispensable dans notre magistère. Et si l’un de ces deux corps seulement manquait à notre pierre, elle ne fournirait de teinture en aucune manière. C’est pourquoi un philosophe dit : Le vent l’a porté dans son ventre. Il est donc clair que le vent est l’air, et l’air est la vie, et la vie est l’âme, c’est-à-dire l’huile et l’eau.

ARNAUD.
L’expérience démontre qu’il existe des degrés entre la quantité moyenne de feu. Car le feu sera toujours léger dans la solution, médiocre dans la sublimation, tempéré dans la coagulation, continu dans le blanchissement, fort dans la rubification. Mais si, par ignorance, tu te trompes à leur propos, tu déploreras bien souvent du dommage et du chagrin. Il convient donc que tu t’appliques à l’œuvre, car l’art est favorisé par l’intelligence comme l’intelligence l’est par l’art. Mais tu dois seulement t’efforcer de compléter et laisser de côté tout le reste.

SAINT THOMAS D’AQUIN.
La matière de la pierre est une eau grossière. Quant à l’agent, c’est la chaleur ou le froid qui congèle cette eau. Tu dois aussi croire que les pierres qui proviennent des animaux sont plus précieuses que les autres.

LA LUMIERE DES LUMIERES.
Tu ne pourras cependant préparer aucune sorte de pierre sans le duenech vert et liquide convenable, qui naît dans nos minières.

RASIS.
Mon fils, contemple les hauteurs les plus élevées du monde, qui sont à droite et à gauche, et monte là où l’on trouve notre pierre, et sur cette montagne qui porte toutes sortes de pigments et d’espèces, de même que des minerais.

MALCHAMECH.
La pierre nécessaire dans cette œuvre provient d’une chose animée. Tu la trouveras partout, sur le sol plat, dans les montagnes et les eaux, et les riches comme les pauvres la possèdent. Elle est très vile et très chère, elle croît à partir de la chair et du sang : comme elle est précieuse à l’homme qui la connaît !

LE TRESOR DE LA PHILOSOPHIE.
Les philosophes ont dit que notre pierre se compose d’un esprit, d’un corps et d’une âme, et ils disent vrai. En effet, ils ont appelé corps le corps imparfait, âme le ferment, et esprit l’eau, et, certes, à bon droit. En effet, le corps imparfait est en lui-même un corps lourd, infirme et mort. L’eau est un esprit, un corps qui purge, qui rend subtil et qui blanchit. Le ferment est l’âme qui confère au corps imparfait la vie qu’il n’avait pas auparavant. Le corps est Vénus et la femme, l’esprit est Mercure et le mâle, l’âme est le soleil et la lune. Le corps doit être liquéfié en sa matière première, qui ^st le mercure, comme le dit Morien : On n’obtient pas notre mercure, si ce n’est à partir des corps liquéfiés au moyen d’une liquéfaction qui n’est pas la liquéfaction vulgaire, mais seulement celle qui dure jusqu’à ce que les époux soient associés et unis en un mariage véritable, c’est-à-dire jusqu’à la blancheur.

MORIEN dit :
Prends le flegmatique et le colérique et broyez le sang avec, jusqu’à ce qu’il devienne un ciel sanglant qui teint.

HERMES :
Comprenez, fils des sages, ce que crie notre Pierre : Protège-moi et je te protégerai, accorde-moi mon droit pour que je t’aide. La lune m’appartient en propre et ma lumière vainc toute lumière, et mes biens sont plus sublimes que tous les biens. J’accorde à ceux qui le désirent la joie et l’allégresse, les richesses et les délices en grand nombre, et lorsqu’ils s’aperçoivent de ce que je cherche, je le leur fais comprendre, et je leur fais posséder une force divine. J’engendre la lumière et les ténèbres appartiennent à ma nature, à moins que mon métal ne soit sec. Tous les corps ont besoin de moi, parce que je les liquéfie, je détruis leur rouille et j’extrais leur substance. C’est pourquoi rien ne peut se faire au monde de meilleur et de plus vénérable que moi et mon fils qui m’est uni.

HERMES.
Le dragon ne meurt pas s’il n’est tué à l’aide de son frère et de sa sœur, et non à l’aide d’un seulement, mais à l’aide des deux, c’est-à-dire le soleil et la lune.

Un PHILOSOPHE.
Le mercure ne meurt jamais s’il n’est tué à l’aide de sa sœur, ce qui veut dire qu’il faut le coaguler à l’aide de la lune ou du soleil. Remarque que le dragon est l’argent-vif extrait des corps, contenant en lui un corps, un esprit et une âme dont il dit : Le dragon ne meurt pas s’il n’est tué à l’aide de son frère et de sa sœur, c’est-à-dire du soleil et de la lune, c’est-à-dire du soufre extrait ayant en lui la nature de l’humidité et du froid, à cause de sa relation avec la lune. Le dragon meurt par eux, c’est-à-dire l’argent-vif extrait des mêmes corps dès le début ; c’est l’eau permanente des philosophes, qui se fait après la putréfaction et après la séparation des éléments, et cette eau est encore appelée eau fétide.

C’est pourquoi un philosophe dit :
Cette eau contient tout ce dont le fœtus a besoin.

ARISTOTE dit au Second Livre de la Physique :
II est risible de vouloir améliorer une chose imparfaite à partir d’une chose parfaite.

Le philosophe RONELLUS :
L’airain que j’ai recommandé n’est ni l’airain, ni l’étain vulgaire, mais c’est notre œuvre véritable. Car il faut le mélanger avec le corps de la magnésie, afin qu’il soit cuit et broyé avec l’eau de vie, jusqu’à ce qu’il soit détruit. Il faut, fils de cet art, que vous ayez une grande quantité d’eau, et cela d’une manière continue, jusqu’à ce que tu ajoutes des parties d’eau et que la plus grande partie de la terre soit dissoute.

AVICENNE.
Ce qui devient spirituel monte au haut du vase, et si tu n’as pas noirci et détruit le corps, jusqu’à ce que l’eau ne veuille pas lui être mélangée ou être reçue par la terre, tu n’obtiendras rien. Car lorsque le corps devient une poudre spirituelle, il reste en bas dans le vase. C’est pourquoi si tu ne transformes pas tout en poudre spirituelle, tu ne l’as pas encore broyé. Et ce que tu fais avec le corps blanc, fais-le aussi avec le rouge, car cette médecine est une dans son essence, et une également dans le mode d’opérer.
N’aie d’autre souci que de parfaire l’airain en eau pure et la teinture de la gomme tirée des choses fixes, en feu. La pierre légitime est dissoute dans le feu ; elle est l’eau fixe coagulée quand elle revient à sa forme première. Comprends ainsi la règle. Alors notre airain sera la pierre active des philosophes.

DU SEL DES PHILOSOPHES.

Il y a trois pierres et il y a trois sels en lesquels consiste tout le magistère : leur nature est minérale, végétale et animale. Et il y a trois eaux, solaire, lunaire et mercurielle. Le mercure est un minéral, la lune est une plante, qui reçoit en elle deux couleurs, la blancheur et la rougeur. Le soleil est animal, car il reçoit trois choses, à savoir la concentration, la blancheur et la rougeur, et il est appelé le grand être vivant (animal). Le sel armoniac se fait à partir de lui. La lune est appelée plante, et le sel alkali se fait à partir d’elle. Quant au mercure, on l’appelle pierre minérale, et l’on fait avec lui le sel commun. En outre, lorsque les philosophes ont vu le sujet de cet art dissous, ils l’ont appelé sel armoniac. Et quand il a été putréfié ils ont dit : Notre pierre est vile et on la trouve dans la fosse à fumier. Et beaucoup ont creusé, et ils ont opéré avec le fumier, et ils n’ont rien trouvé. Et quand il a été converti en eau, les riches en ont autant que les pauvres, et on le trouve en tout lieu, en tout temps et en toutes choses, lorsque la recherche accable le chercheur. Et quand il a été blanchi ils l’ont appelé arsenic, et du nom de toute chose blanche, et lait de vierge. Et quand il a été rouge, ils l’ont appelé soufre hyacinthe et sang, et du nom de toute chose rouge.

GRATIEN.
A partir de toute chose on peut faire de la cendre, et de cette cendre on peut faire du sel, et de ce sel on fait de l’eau. Et avec cette eau on fait du mercure, et avec ce mercure, moyennant diverses opérations, on fait le soleil.

ARNAUD.
Cette cendre manque de fusion : mais pour qu’elle entre afin de teindre, on lui rend assurément la liquéfaction ou sueur suivant le procédé transmis par les philosophes. Quel est donc ce procédé ? Est-ce la solution dans l’eau ? Non, à coup sûr, car les philosophes n’ont que faire des eaux qui adhèrent à ce qui les touche et des humidités de ce genre.

Un PHILOSOPHE.
Quiconque veut altérer les corps et les esprits et changer leur nature doit les réduire d’abord en la nature des sels et des aluns, autrement il ne fera rien, et ensuite il doit les dissoudre.

Un PHILOSOPHE.
Les sels et les aluns sont ceux qui se font par nos travaux.

C’est pourquoi ARNAUD dit :
Celui qui posséderait le sel fusible et l’huile incombustible louerait Dieu.

AVICENNE dit :
Si tu veux t’enrichir, prépare les sels, jusqu’à ce qu’ils soient de l’eau pure, car les sels sont convertis en esprit par le feu. Les sels sont la racine de ton œuvre.

HERMES.
Tous les sels, de quelque nature qu’ils soient, sont contraire à notre art, excepté le sel de notre lunaire.

ARNAUD.
La raison pour laquelle (l’œuvre) ne se fait pas dans les sels ou les aluns est que celui-là est un insensé qui demande à la nature ce qui n’est pas en elle.

Un PHILOSOPHE.
Le sel des métaux donne de dissoudre le mercure en eau pure sous le fumier. Et ce mélange coagulé sera la médecine parfaite.

Note que tout sel bien préparé revient à la nature du sel armoniac, et que tout le secret se trouve dansle sel commun préparé.

Note que le vitriol romain possède la nature de la pierre des métaux, et qu’il est chaud et sec. De plus : l’alun paraît être le mercure coagulé, mais il manque de son complément, ce qui est chaud et humide, et il est dit l’égal d’un seul, c’est-à-dire du mercure. Par conséquent, celui qui connaît le sel et sa solution, celui-là connaît le secret caché des anciens sages. Arrête donc ton esprit sur le sel et ne pense pas à autre chose. Car en celle-là seule sont cachés la science et l’arcane principal et très secret des antiques philosophes.

LA CONJONCTION OU LE COÏT

La conjonction du roi et de la reine (4e phase).

O lune, mon étreinte et mon suave amour
Te rendent, comme moi, forte et belle à ton tour.
O soleil, lumineux par-dessus tous les êtres.
Je te manque pourtant, comme la poule au coq son maître.

ARISLEE dans la Vision.
Unis donc ton fils Gabricus, qui t’est plus cher que tous tes autres fils, avec sa sœur Beya qui est une enfant radieuse, douce et tendre. Gabricus est mâle et Beya est femme, et elle lui donne tout ce qui vient d’elle.

O nature tu es bénie, et bénie est ton opération, parce que de l’imparfait tu réalises le parfait. Pour cette raison, ne prends pas la nature elle-même si elle n’est pure, crue, agréable, terrestre et droite. Veille à ce que rien de contraire n’entre avec notre pierre, mets-la seule. Unis donc notre esclave à sa sœur parfumée, et ils engendreront tous deux un fils qui ne sera pas comparable à ses parents. Et bien que Gabricus soit plus cher que Beya, la génération ne se fait pas sans Gabricus. Car l’union de Gabricus avec Beya a provoqué la mort sur-le-champ. Beya monta en effet sur Gabricus, l’enferma dans son ventre, si bien que l’on ne put plus rien voir de lui. Et elle étreignit Gabricus avec un amour si grand qu’elle le conçut tout entier dans sa nature et le divisa en parties indivisibles.

C’est pourquoi MERCULINUS dit :
La conception transforme en sang ce qui était semblable au lait. Si la femme blanche est donnée en mariage à l’époux rouge tous deux bientôt s’embrassent et s’accouplent. Ils se dissolvent eux-mêmes et s’accomplissent aussi eux-mêmes afin qu’après avoir été deux, ils deviennent en quelque sorte un seul corps. C’est pourquoi MARIE, sœur de Moïse, dit : « Unis la gomme à la gomme en un vrai mariage, et transforme-les en une sorte d’eau brûlante ».

ASTANUS.
Les esprits ne sont pas unis au corps, jusqu’à ce qu’ils aient été parfaitement purifiés. Et de très grandes merveilles apparaissent à l’heure de la conjonction. Alors en effet le corps imparfait prend une couleur constante par l’intermédiaire du ferment, car le ferment est l’âme du corps imparfait. Et, par l’intermédiaire de l’âme, l’esprit est uni et lié au corps, et en même temps qu’elle, il est converti en la couleur du ferment, et il devient une seule chose avec eux.

BASIUS dit :
Dans le parfait magistère les pierres ne se reçoivent pas mutuellement tant qu’elles n’ont pas été purifiées toutes deux. Le corps en effet ne reçoit pas l’esprit et l’esprit ne reçoit pas le corps en sorte que le spirituel devienne corporel ou le corporel spirituel, s’ils n’ont pas été auparavant purifiés de toute souillure de la façon la plus parfaite.

SENIOR.
O Soleil, tu as besoin de moi comme le coq a besoin de la poule, et moi j’ai besoin de ton action.

ALEXANDRE dans Les secrets de la nature.
Sache que nul ne naît autrement que d’un homme et d’une femme.

HERMES, au second traité.
Sache ceci, mon fils : si quelqu’un ne sait pas marier, féconder et engendrer les espèces, rien ne se fait et ne s’accomplit. Mais s’il agit ainsi, il possédera une très grande dignité.

Le philosophe ROSINUS.
L’arcane de l’art qui produit l’or s’obtient à partir d’un mâle et d’une femelle, car la femelle se réjouit lorsqu’elle reçoit la force du mâle. La femelle en effet est fortifiée par le mâle.

ALPHIDIUS.
Mon fils, par la foi du Dieu glorieux, l’étreinte est celle de deux luminaires, le masculin et le féminin. Ensuite ils s’étreignent et s’unissent, et ils engendrent la lumière moderne à laquelle aucune lumière n’est semblable dans le monde entier.

SENIOR.
De deux eaux faites-en une seule. Si vous avez compris ma petite phrase, vous aurez le régime entier sous vos pieds.

LE JARDINIER.
Tu dois posséder deux eaux ; l’une est blanche et l’autre rouge.

SENIOR.
Cette eau est celle en laquelle les puissances de la blancheur et de la rougeur ont été rassemblées.

HALI, philosophe et roi d’Arabie, dit dans son Secret :
Prends le chien du même âge (15) et la chienne d’Arabie ; unis-les ensemble, et tous deux t’enfanteront un fils, chien de couleur céleste, et ce fils te gardera dans ta maison depuis le commencement dans ce monde et dans l’autre.

SENIOR.
L’esclave rouge a pris une épouse blanche. L’épouse étant demeurée enceinte de leur union a enfanté un fils qui a gardé ses parents en toutes circonstances. Il est plus brillant et plus lumineux.

Le philosophe ROSINUS.
Car cette pierre est la clé ; sans elle rien ne se fait. Notre pierre est en effet un esprit très fort, amer et cuivreux, auquel les corps ne se mélangent pas jusqu’à ce qu’ils aient été dissous. Et si je la nommais de son vrai nom, les insensés ne croiraient pas que c’est elle.

ARNAUD.
Toi qui désires explorer le secret de cet art, il te faut connaître la matière première des métaux, sans quoi tu seras frustré du fruit de ton travail.

ROSINUS.
Nous nous servons de la véritable nature, car la nature n’améliore la nature que dans (le sens de) sa nature. Il y a trois pierres philosophiques principales : minérale, végétale et animale. Pierre triple par le nom, une par l’essence.

L’esprit est double : celui qui teint et celui qui prépare.

ALBERT.
L’esprit qui prépare dissout l’airain et l’extrait du corps de la magnésie, et le ramène de nouveau au corps lui-même.

SENIOR dit :
Et il est lui-même celui qui prépare et qui extrait l’âme de son corps et il la ramène lui-même vers son corps. L’esprit qui teint est appelé quintessence. Celle-ci est une force, et une âme stable, qui creuse et pénètre.

C’est pourquoi le Livre des trois Paroles dit :
II te faut extraire la quintessence, sinon tu travailleras en vain ; et cela ne peut se faire sans eau. Quant au second esprit, il est hors du corps, et il est de nature aqueuse, et il teint le corps en élixir comme le dit la Tourbe. Le mâle est le corps, et la femelle est l’esprit.

ARNAUD.
Un esprit n’est pas altéré par un corps, de telle sorte qu’il perde sa vertu spirituelle, mais tout corps est altéré par les esprits et il est teint.

ARISTOTE.
Notez donc les paroles, scellez les mystères : lorsque l’esprit dissout la terre blanche feuillée, il ne reste d’eux rien de fixe, si tu n’as pas fixé (l’esprit) avec ce corps dont on avait fait la préparation au commencement. L’eau permanente ou éternelle ou vin ardent est dite eau du corps, à savoir lorsque le corps a été réduit en mercure. En outre, rien ne se fait sans l’eau permanente et on l’appelle aussi eau de vie. C’est pourquoi un philosophe dit : Je jure par le Dieu du ciel que l’art n’est rien d’autre que dissoudre et coaguler toujours la pierre. Et encore : Ce n’est qu’avec le vin ardent que tu pourrais achever l’élixir parfait.

L’eau des philosophes est appelée vase d’Hermès. Les philosophes ont écrit à son sujet dans les termes suivants : Dans notre eau s’effectuent toutes les opérations, la sublimation, la distillation, la solution, la calcination, la fixation. Elles s’effectuent dans cette eau comme un vase artificiel, ce qui est un très grand secret. Et l’eau constitue les poids des sages. C’est pourquoi l’eau et le feu suffisent pour l’œuvre entière. Notre eau est plus forte que le feu, car elle fait du corps de l’or un pur esprit, ce que le feu ne peut faire. Et le feu est par rapport à elle ce que l’eau est par rapport au feu vulgaire. C’est pourquoi les philosophes disent : Brûlez notre airain à l’aide d’un feu très fort.

ARISTOTE, dans Le Gouvernement des Princes, dit à Alexandre au sujet des quarte éléments :
Lorsque tu auras obtenu l’eau, c’est-à-dire le mercure à partir de l’air, c’est-à-dire du soleil, et l’air à partir du feu, c’est-à-dire de l’esprit du mercure, et le feu ou mercure à partir de la terre ou lune, alors tu posséderas pleinement l’art.

D’où UN PHILOSOPHE :
Notre pierre passe en terre, la terre en eau, l’eau en air, l’air en feu ; tel est l’ordre, mais la descente se fait en sens inverse. L’œuvre au blanc est complétée au moyen de trois éléments. Elle ne comprend pas le feu, mais trois poids de terre, deux d’eau et un d’air. Mais pour l’élixir du soleil, mets trois poids de terre, trois d’eau, un et demi d’air et de feu, c’est-à-dire de ferment rouge.

RASIS dit dans Le Grand Livre des Préceptes :
Que celui qui ignore les poids ne travaille pas sur nos livres, car les philosophes n’ont rien placé de leur science (dans les livres) et n’ont rien caché d’autre que cela.

La TOURBE dit :
Nous ne broyons pas avec les mains, mais à l’aide d’une très forte cuisson.

CALIDIUS.
Un feu modéré broie toutes choses. Note qu’il y a une différence entre l’élément et l’élémenté, et que la quintessence est l’élément premier des corps susceptibles de composition. C’est pourquoi ni la terre, ni l’eau, ni l’air, ni le feu ne sont des éléments purs et simples à nos yeux, car ils se mélangent mutuellement et en particulier dans la partie où ils s’unissent.

Mais la quintessence est un corps subsistant par soi, qui diffère de tous les éléments et les élémentés tant par la matière que par la forme, tant par la nature que par la vertu. Elle ne contient pas en elle de cause de corruption, et on l’appelle quintessence parce qu’elle est extraite de tous les éléments, et qu’il n’y a pas en elle de mouvement élémentaire, comme dans tous les autres corps élémentaux. La pierre est donc dite « toute chose », parce qu’elle possède en elle-même et d’elle-même toute chose nécessaire en raison de sa perfection. On la trouve partout, à cause de sa participation aux éléments ; on lui donne tous les noms à cause de la variété admirable et digne d’elle offerte par ses couleurs ; on l’appelle très vile à cause de la putréfaction et très chère à cause de sa vertu. Ce magistère est caché et voilé chez les philosophes.

On dit que notre pierre est une seule chose lorsque la substance du corps et l’eau sont préparées d’une façon indivise de telle sorte que l’un d’eux ne puisse être séparé de l’autre. On dit que notre pierre est faite d’une matière combustible, et seul le mercure est un esprit incombustible et aérien : il faut, pour cette raison, qu’il soit présent dans le magistère. En outre, la pierre que recherchent les philosophes et dans laquelle sont les éléments premiers des minéraux, la teinture et la chaux, l’âme et l’esprit avec le corps, le fixe et le volatil, c’est le mercure, non pas n’importe lequel, mais celui autour duquel la nature a établi ses premières opérations en vue de produire la nature métallique, et qu’elle a laissé imparfait. Si tu extrais cette pierre de la chose dans laquelle elle se trouve, et si tu commences à opérer sur elle en vue de sa perfection, en commençant là où la nature l’a laissée, tu trouveras la perfection en elle et tu te réjouiras.

L’Argent-vif ne vaut rien par lui-même, mais quand il est mortifié au moyen de son corps occulte, alors il est puissant et il vit d’une vie incorruptible, et ce corps est de la nature du soleil. C’est pourquoi il est nécessaire que ce corps convertisse tout l’argent-vif en la nature du soleil, de même que le ferment convertit toute la pâte dans la nature du ferment, et non inversement, car ce qui est dominé passe toujours à ce qui le domine.

Chez tous les philosophes notre pierre est appelée Mercure non né, contrairement à ce que beaucoup pensent, mais extrait du corps. La pierre des philosophes est faite de trois choses : le soleil, la lune et le mercure. Cela veut dire : Fais le mercure à partir du soleil et de la lune, dans son être, sans mercure vulgaire, mais par la voie philosophique.

Note : Cette pierre est unique dans le monde entier, et celui qui aura erré en ce seul point au début de l’œuvre travaille en vain. Il n’est dans le monde entier aucune autre chose nécessaire à notre œuvre, à part cette pierre qui nous est donnée, à nous, seuls fils (de l’enseignement).

ARNAUD.
Notre pierre contient le soleil et la lune en vertu et en puissance, et même en nature. S’il n’en était pas ainsi, on n’obtiendrait pas à partir d’elle le soleil et la lune, car le soleil et la lune présents dans notre pierre sont meilleurs que les (astres) vulgaires dans leur nature, parce que dans notre pierre ils sont vivants, tandis que les (astres) vulgaires sont morts par rapport aux astres de notre pierre. C’est pourquoi les philosophes ont appelé cette pierre soleil et lune à la fois, car ces astres sont en elle d’une façon potentielle, et non visiblement, mais en vertu et en essence.

C’est pourquoi HERMES dit :
Notre pierre crie, disant : mon fils, aide-moi et je t’aiderai, etc.

LA CONCEPTION OU PUTREFACTION

La putréfaction ou mort.

Ici reposent morts et le roi et la reine
Leur âme se sépare à grand’douleur et peine.

ARISTOTE roi et philosophe.
Je n’ai jamais vu un vivant quelconque croître sans putréfaction. Si donc on ne réalise pas la pourriture, l’œuvre alchimique sera vaine.

MORIEN.
Cette terre se putréfie et est purifiée au moyen de son eau. Lorsqu’elle aura été purifiée, toute l’œuvre sera dirigée moyennant l’aide de Dieu.

Le philosophe PARMENIDE.
Si le corps n’est pas détruit, brisé, s’il ne pourrit et n’est converti en une substance substantielle, cette vertu cachée ne peut être extraite et se mélanger au corps.

Le philosophe BACCHUS.
Quand les natures se corrompent et pourrissent, alors elles engendrent.

Le philosophe PLATON.
Nous tenons un exemple dans l’œuf : il pourrit d’abord, et alors est engendré un poussin qui, après la corruption totale, est un animal vivant.

PLATON.
Note que sans corruption la génération ne peut se faire. Aussi tu dois t’appliquer à la putréfaction.

Le PHILOSOPHE.
La corruption de l’un est la génération de l’autre.

HERMES.
Le second degré est de putréfier et de broyer. C’est pourquoi sa disposition est d’abord de le noircir et de le putréfier.

PLATON.
Le premier régime, (celui) de Saturne, est de putréfier et d’exposer au soleil. La composition se fait en quatre jours.

DEMOCRITE.
Ne sois ni indolent ni très prompt en putréfiant les petits cailloux, et accorde toute ton attention, dans ton œuvre, aux corps placés ensemble et unis : ainsi tu trouveras du profit.

ROSINUS à EUTHICIA.
Prends l’animal marin, dessèche et fais pourrir.

MORIEN.
Aucun être ne croît et ne naît si ce n’est après putréfaction. S’il n’a été putride, il ne peut être fondu ou dissout, et s’il n’a pas été dissous, il sera réduit à rien.

MORIEN.
Notre pierre est le produit du magistère lui-même et elle est assimilée, dans sa progression, à la création de l’homme. D’abord en effet vient le coït, deuxièmement, la conception, troisièmement la grossesse, quatrièmement la naissance, cinquièmement vient la nutrition. O bien-aimé, comprends ces paroles de Morien et tu n’erreras pas en vérité. Ouvre donc les yeux et vois que le sperme des philosophes est l’eau vive. Quant à la terre, c’est le corps imparfait ; cette terre est dite à bon droit «mère », car elle est la mère de tous les éléments. C’est pourquoi lorsque le sperme est uni à la terre du corps imparfait (cette opération) est alors appelée coït. Alors en effet la terre du corps est dissoute dans l’eau du sperme et devient eau sans aucune division.

D’où ces paroles d’HALI :
La solution du corps et la coagulation sont deux choses, mais elles sont une seule opération. Car l’esprit n’est pas coagulé, si ce n’est au moyen de la solution du corps. Et le corps n’est pas dissous, si ce n’est au moyen de la coagulation de l’esprit ; et quand le corps et l’âme s’unissent, chacun d’eux agit sur son semblable. Exemple : quand l’eau est unie à la terre, l’eau s’efforce de dissoudre la terre grâce à son humidité et à sa vertu. Elle la rend en effet plus subtile qu’elle n’était, et la rend semblable à elle-même, car l’eau est plus subtile que la terre. L’âme agit de même dans le corps. Et de la même manière l’eau est épaissie au moyen de la terre, et elle devient semblable à de la terre rendue dense, car la terre est plus épaisse que l’eau. C’est pourquoi il n’y a pas de différence entre la solution du corps et la coagulation de l’esprit, et ce n’est pas un ouvrage différent en quelque point, de telle sorte que l’un se fasse sans l’autre, de même qu’il n’y a pas de partie différente de temps entre la terre et l’eau lors de leur conjonction, de manière que l’une soit séparée et distinguée de l’autre dans leurs opérations. De même que le sperme de l’homme n’est pas séparé du sperme de la femme à l’heure de leur coït, ainsi ces (deux éléments) ont un seul terme, une seule action, et une seule et même opération les concerne tous deux.

C’est pourquoi MERCULINUS dit :
Il appelle le mélange des matières coït et future génération. Les semences, qui paraissent mélangées, se mêlent comme du lait.

En second lieu vient la conception, lorsque la terre se dissout en poudre noire, et commence à retenir un peu de mercure ; alors en effet le mâle agit sur la femelle, c’est-à-dire l’azoth sur la terre.

C’est pourquoi ARISLEE dit :
Les mâles ensemble n’engendrent pas et les femelles ensemble n’enfantent pas. La génération se fait à partir de mâles et de femelles, et surtout à partir d’un composé. En effet lorsque les mâles épousent les femelles, la nature se réjouit et il se fait une génération véritable, mais quand la nature est unie à une nature étrangère et qui ne vaut rien, elle n’engendre aucune vérité de sperme.

C’est ce que dit MERCULINUS :
La conception change en sang ce qui était comme du lait. Les choses pâles noircissent, les choses rouges se répandent et se liquéfient.

ARNAUD.
Toute couleur qui apparaît après la noire est digne d’éloge, dans la Tourbe des philosophes. Et quand tu verras ta matière noircir, réjouis-toi, car c’est le principe de l’œuvre.

ARNAUD.
Brûle donc notre airain à feu doux, comme celle qui couve les œufs, jusqu’à ce que le corps soit constitué et la teinture extraite. Mais ne l’extrais pas toute à la fois il faut qu’elle sorte petit à petit, tous les jours, jusqu’à ce qu’elle soit achevée, en un long espace de temps. Je suis le noir du blanc et le rouge du blanc, et le jaune du rouge, et assurément je suis véridique et ne mens pas. Et sachez que le principe de l’art est le corbeau qui vole sans ailes dans le noir de la nuit et dans la clarté du jour. Car de l’amertume qui est dans son gosier, on obtient la coloration, et de son corps véritable, la rougeur, et de son dos, une eau pure. Comprenez donc le don de Dieu, recevez-le et cachez-le à tous les insensés.

Dans les cavernes des métaux est cachée une chose dont la pierre est merveilleuse et animale, la couleur splendide ; c’est une montagne très élevée et une mer qui s’étend. Nous proclamons en effet qu’après la vraie purification la plus grande partie de la pierre philosophale est composée d’argent-vif. Et, pour cette raison elle n’est brûlée que superficiellement. Et c’est là une parole très précieuse. Tout cela a été fait par la nature, et l’on ne doit pas croire qu’il soit possible de la faire au moyen de quelque procédé artificiel, comme certains insensés l’ont pensé et le pensent. On trouve en effet la pierre philosophique créée par la nature et, par le Dieu très-haut, la seule chose dont elle a besoin est qu’on lui ôte ce qu’il y a de superflu en elle. Qu’on prépare donc la nature elle-même, afin d’en faire sortir ce qui est pur, et d’enlever ce qui est terrestre et bourbeux.

C’est pourquoi le philosophe TUDIANUS déclare :
Sache que notre pierre est aérienne et volatile, qu’elle est froide et humide à voir, mais chaude et sèche dans sa nature cachée. Et cette froideur et cette humidité apparaissant sous forme de fumée aqueuse qui corrompt, noircit, se détruit et détruit toutes choses et fuit le feu. Et la chaleur et la sécheresse qui sont cachées constituent l’or, l’or chaud et sec ; et c’est une huile très pure, qui pénètre les corps et ne fuit pas, car la chaleur et la sécheresse de l’alchimie teignent, et rien d’autre. Fais donc que la froideur et l’humidité aqueuse qui apparaissent soient égales à la chaleur et à la sécheresse qui sont cachées, de telle manière qu’elles se rencontrent et s’unissent, et qu’elles deviennent ensemble une seule chose pénétrante, qui teint et creuse. Ces humidités doivent être détruites par le feu et les degrés de feu, au moyen d’un doux équilibre et d’une digestion modérée et convenable.

La putréfaction philosophique n’est rien d’autre que la corruption ou destruction des corps. En effet lorsqu’une forme est détruite, la nature introduit aussitôt pour elle-même une autre forme meilleure et plus subtile. La putréfaction c’est briser ce qui est pourri. Par, la putréfaction en effet toute chose est digérée, et il s’opère une scission dans ce qui est pourri : le fétide et le pur. Car le corps pur putréfié croît immédiatement et se multiplie en son semblable, comme on le voit dans le grain : après être demeuré de longs jours sous la chaleur de la terre, il se gonfle, de manière que ce qu’il contient de pur croisse et se multiplie, et que l’impur disparaisse. En conséquence la putréfaction est nécessaire dans notre œuvre pour les raisons que nous avons dites.

La conception et les épousailles ont lieu au fond du vase et la génération des enfants aura lieu dans l’air, c’est-à-dire dans la tête du vase, de l’alambic. Le corps ne fait rien s’il ne se putréfie, et il ne peut se putréfier si ce n’est à l’aide du mercure. Il semble que pour une partie du corps il faille prendre, en vue de la putréfaction, trente-six parties d’eau. La putréfaction doit être opérée à un feu très lent né d’un fumier chaud et humide, et aucun autre, de manière que rien ne monte, car si quelque chose venait à monter, il se ferait une séparation des parties, ce qui ne doit pas se produire jusqu’à ce que le mâle et la femelle soient parfaitement unis, et que l’un reçoive l’autre, ce dont le signe se voit à la surface, grâce à la propriété de la solution parfaite. L’Azoth apparaît blanc dans le premier mélange ou première conjonction, parce que la femme l’emporte par sa couleur. Toutefois tous deux noircissent dans la putréfaction par le bienfait du feu, et le noir se putréfie par le feu qui augmente la chaleur dans l’humide. Ce noir est la teinture, et il faut donc le conserver.

LE GRAND SECRET.
La nature de l’or putréfié dans l’eau-forte surpasse toutes les natures. C’est pourquoi il convient d’observer dans la composition de la pierre qu’aucune pierre ne surpasse la pierre minérale en vertu.

Un PHILOSOPHE :
Fais un cercle rond du mâle et de la femelle, extrais-en un carré, et du carré un triangle ; fais un cercle rond et tu auras la pierre des philosophes.

GEBER prouve dans le Livre des Epreuves que si le soleil et la lune sont incorporés avec art, on ne les sépare pas facilement. Et ainsi une chose désire l’autre, parce que l’une est sèche et l’autre humide. Et après que l’une a acquis l’autre, elles s’embrassent et se tiennent en une étreinte si forte que l’on ne peut les arracher facilement l’une à l’autre. Cette chose sera encore plus forte si l’un des deux principes est spirituel, c’est-à-dire médicinal, et ainsi capable de teindre en raison de son caractère spirituel. L’or est de l’or en acte, et la matière première elle-même. Si cet or est spiritualisé, d’acte il est devenu puissance, de matière il devient forme, d’agi, il devient agent, de femme il devient homme, et au lieu d’être chose née, il devient chose qui fait naître. Donc, puisqu’il n’y a aucune matière de l’or, il n’est d’or qui n’ait été argent auparavant, comme le dit le Philosophe. Si donc une telle forme est unie à sa matière, qui est la lune, elles s’étreindront certainement avec la plus grande avidité, et la plus grande des deux choses parfaites parfait la moins grande, et cela d’une façon naturelle et amicale, car toute nature désire par nature être parfaite et abhorre être détruite.

Il faut savoir que selon AVICENNE dans l’épître à Hasen sur la chose dissimulée, le but de ceux qui opèrent dans cet art, bien plus, le but de cet art lui-même, selon la possibilité de la nature, est que la matière de l’un revête la forme et la nature de l’autre. Ce qui signifie : le cuivre doit revêtir la forme et la nature de l’argent, ou le plomb celle de l’or, et ainsi des autres métaux. Étant donné en effet que la forme est la nature de chaque chose, comme il est écrit au Livre second de la Physique, lorsqu’une chose a été dépouillée de sa forme et qu’une autre forme lui a été substituée, il n’est pas douteux que sa nature a changé d’espèce et a été transmuée. C’est pourquoi nous disons que le nom d’alkimie signifie en grec « transmutation ». Et nous disons en conséquence que l’alkimie est la science de la transmutation des choses à partir de leurs formes et de leurs espèces, suivant la manière dont les espèces sont divisées.

L’EXTRACTION DE L’AME OU IMPREGNATION

L’extraction de l’âme.

Ici se partagent les quatre éléments :
L’âme alors se sépare du corps promptement.

LA NOIRCEUR
(suite)

LE ROI HERMES dans son deuxième traité :
Sache, mon fils, que cette pierre, la nôtre, qui possède mille noms et des couleurs variées, est ordonnée et composée à l’aide de quatre éléments. Il nous faut la diviser et la démembrer, l’enfermer rigoureusement, mortifier ses parties et la changer en la nature qui est en elle. II faut garder l’eau et le feu qui habitent en elle et qui proviennent des quatre éléments et contenir leurs eaux à l’aide de sa propre eau. S’il n’y a pas d’eau, laisser monter dans le vase les formes ignées d’eau véritable qui contiennent l’esprit dans leur corps et deviennent permanents et capables de teindre.

Dans le Procédé de SORIN à la première distinction.
Prends-en peu à peu, divise le tout, broie-la progressivement jusqu’à ce que la mort s’empare d’elle par l’intensité de la noirceur, (la réduisant) en poudre. C’est là un grand arcane dans l’exploration duquel plusieurs ont péri. Ensuite, séparant comme tu veux, broie progressivement.

MORIEN.
Tout corps, lorsqu’il sera privé d’âme, aura un aspect ténébreux et obscur.

HERMES.
Il nous faut mortifier ensemble des deux argents-vifs. Le même. Prenez son cerveau et broyez avec du vinaigre très aigre ou de l’urine d’enfants jusqu’à ce qu’elle s’obscurcisse. Une fois que cela a été accompli, elle vit dans la putréfaction, et les nuages obscurs qui l’avaient surplombée et qui se trouvaient dans son corps avant la mort reviennent. Réitérant l’opération telle que je l’ai décrite, qu’on la fasse mourir à nouveau comme je l’ai exposé. Le même. Il faut la séparer des deux soufres, la cuire d’une façon continue jusqu’à ce que l’eau devienne noire. Le même. Par conséquent celui qui noircit la terre parviendra à son but et s’en trouvera bien.

ARNAUD.
Quand elle noircit, nous disons que c’est la clé de l’œuvre, car celle-ci ne se fait pas sans noirceur. C’est en effet la teinture que nous cherchons, à l’aide de laquelle nous teignons n’importe quel corps. Cette teinture en vérité a été cachée dans notre airain comme l’âme dans le corps humain.

Le MIROIR.
Donc, fils bien-aimé, quand tu seras à l’ouvrage, fais en sorte d’avoir pour commencer la couleur noire, et alors tu seras certain que tu putréfies et que tu es dans la voie juste. O Nature, tu es bénie, et ton opération est bénie, car, à partir de ce qui est imparfait, tu fais ce qui est parfait à l’aide d’une vraie putréfaction noire et obscure. Après quoi, fais des choses nouvelles et variées, lorsqu’à l’aide de ton vert tu fais apparaître des couleurs diverses. Cette noirceur est appelée terre. Elle se fait au moyen d’une douce décoction réitérée jusqu’à ce que la noirceur surnage. Et ainsi tu as les deux éléments, d’abord l’eau en elle-même, puis la terre venant de l’eau.

Car, comme le dit AVICENNE sous le titre Des humeurs :
La chaleur agissant dans le corps humide engendre d’abord la noirceur, comme on peut le voir dans la chaux vulgaire.

C’est pourquoi MENABDES dit :
J’ordonne à ceux qui viendront après nous de rendre le corporel incorporel par la dissolution et l’incorporel corporel par une douce décoction, dans laquelle il faut prendre le plus grand soin d’éviter que l’esprit ne se change en fumée et ne s’évanouisse par excès de feu.

C’est pourquoi MARIE déclare :
Conserve-le et empêche que quelque chose ne s’enfuie en fumée. Et que la mesure du feu soit la chaleur du mois de juillet jusqu’à ce que, par une décoction douce et prolongée, l’eau se soit épaissie et devienne une terre noire. Tu auras donc un autre élément, qui est la terre. Et ainsi nous en avons assez dit sur la noirceur.

Le philosophe STEPHANE.
Ouvre les yeux et le cœur, écoute et comprends, je te montre et je te dirai des paroles intelligibles que tu pourras comprendre si tu fais partie du nombre des intelligents. Sache que de l’homme seul l’homme peut sortir. De même de tout être animé il en naît un autre qui lui est semblable. Nous voyons cependant que certaines choses sont nées différentes de leurs racines, car nous voyons des choses ailées engendrées par d’autres qui n’ont pas d’ailes. En effet nous voyons et connaissons certaines choses que les hommes ignorent, et desquelles sort la nature que nous connaissons et qui nous suffit, et que l’on ignore, car ce sont là des choses profondes. Et si tu interroges à leur sujet, elles sont peut-être sous terre. Et sache que l’art se pratique à partir de cette nature minérale et de rien d’autre.

AVICENNE.
Connais donc les racines minérales, faisant ton œuvre à partir d’elles.

ARISTOTE au deuxième livre de L’Ame.
C’est une œuvre très naturelle et très parfaite que d’engendrer un être semblable à ce que l’on est soi-même, comme une plante engendre une plante et une chèvre une autre chèvre. Le même. L’œuvre de l’art alchimique ne serait d’aucun profit si l’on ne connaissait sans erreur les couleurs qui apparaissent.

HERMES.
Eau, forme permanente, créatrice des éléments royaux ! O très grande nature créatrice des natures, qui contient la nature ! La nature vainc avec modération, elle qui vient avec la lumière et qui est engendrée par la lumière.

EXTRAIT DE L’ECLAIRCISSEMENT D’ARNAUD

Certains ont dit que toutes les couleurs du monde possibles apparaissent dans l’œuvre de la Pierre. C’est là une énigme des philosophes, car seules apparaissent quatre principales. Et parce que les autres tirent d’elles leur origine, ils ont dit « toutes les couleurs ». Et si toutes les couleurs n’apparaissent pas, ne t’en soucie pas du moment que tu peux séparer les éléments. Car le jaune signifie la bile brûlée, et le rouge le sang, et l’air le blanc, le flegme l’eau, le noir la mélancolie et la terre.

C’est pourquoi HORTULAIN dit :
II y a quatre éléments ayant les quatre couleurs. Sache cependant que les couleurs citées apparaissent dans notre dissolution.

Je demande en combien de temps peut être faite cette pierre bénie. On répond à cela qu’un certain auteur, le philosophe Lilius, a fait son magistère en huit jours, d’autres en sept jours, d’autres en trois mois, d’autres en quatre, d’autres en une demi-année et d’autres en un an. Et Marie déclare l’avoir faite en trois jours. J’affirme à ce propos que la cause de la différence, à savoir de la brièveté ou de la longueur, a pu résider dans un défaut de la vertu de l’eau mercurielle, ou bien provenir du fait qu’ils opéraient à partir du soleil et de la lune. Certains en mettaient plus et d’autres moins. Le soleil est fixe et ne fuit pas, et c’est seulement avec eux (le soleil et la lune) qu’ils opéraient. C’est pourquoi à cause de l’impuissance de la lune à devenir fixe et à supporter le feu quand elle était mélangée au soleil dans la fusion, ils la faisaient monter dans une grande proportion. Et quand elle montait ainsi ils l’appelaient eau, âme et esprit, disant que leur eau n’était pas l’eau vulgaire, ni celle du mercure, et la terre restait alors au fond. Ils remettaient alors cette eau sur le corps et la faisaient monter de nouveau par la puissance du feu, et de nouveau ils la mélangeaient à la terre jusqu’au moment où ils portaient toute la terre avec eux dans leur ventre. C’est pourquoi quelqu’un dit : Le vent l’a porté dans son ventre. Il était par suite nécessaire qu’ils aient une grande quantité de cette eau. Et alors l’esprit était fixe et corporel. Ils réitéraient dans leur sublimation jusqu’à ce qu’il restât entièrement fixe et incapable de monter. Et alors l’esprit était fixé dans le corps et la lune était incorporée au soleil et intimement mélangée, et ainsi l’opération était achevée. De là vient la diversité dans les opérations : l’œuvre a pu être faite en mettant davantage de corps fixe que de non fixe et inversement. Quand il y avait davantage de non fixe, elle montait plus vite, et quand il y avait davantage de fixe, elle montait plus lentement.

Mais que dites-vous de cette parole des philosophes : Notre or n’est pas l’or vulgaire et notre argent n’est pas l’argent vulgaire ? Je dis qu’ils donnent à l’eau le nom d’or, de ce qui ne monte pas par la vertu du feu. Et en vérité cet or n’est pas l’or du vulgaire, car le vulgaire ne croirait pas que cet or peut monter, à cause de sa fixité. Sache en outre que telle fut, par la grâce de Dieu, la coutume des philosophes, de clocher en faisant le pas le plus assuré et de cacher une chose qu’ils disaient à moitié, tantôt par des paraboles ou figures, tantôt par des métaphores et tantôt par une pratique fausse et étrangère, et là où ils affirmaient avoir dit la vérité, ils avaient parlé par similitude.

C’est pourquoi GEBER dit :
Là où nous avons parlé ouvertement nous n’avons rien dit. Mais là où nous avons mis quelque chose en énigme et en figure, nous avons caché la vérité, etc.

C’est pourquoi un poète déclare :
Les sels et les aluns ne sont pas la pierre, mais des auxiliaires de la pierre. Celui qui n’aura pas goûté la saveur du sel ne parviendra jamais au Ferment des ferments désiré, car il fait fermenter ce qui est fini par excellence.

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. Brûle dans Peau, lave dans le feu. Cuis et recuis, et cuis encore. Humecter très souvent et coaguler toujours. Tue le vif et ressuscite le mort. Et cela sept fois. Et tu auras véritablement ce que tu cherches si tu connais le régime du feu. Le mercure et le feu te suffisent.

VERS.

Si tu connais bien notre airain,
II te suffit : tu n’as besoin de rien.

EXTRAIT DU TRAITE D’HORTULAIN SUR L’EPITRE D’HERMES

Celui-là seul qui sait faire la pierre des philosophes comprend leurs paroles concernant la pierre. Car les philosophes se sont clairement employés à ouvrir cet art à ceux qui en sont dignes et à le cacher aux indignes. Et c’est ainsi qu’ils ont dit la vérité sur la puissance de l’intention, mais non sur la puissance des paroles, et ils ont dit par exemple que la Pierre philosophale se fait à partir de l’œuf parce qu’il y a dans l’œuf trois choses semblables à celles qui composent la Pierre.

HERMES dit :
Le soleil est son père et la lune sa mère.

Et il indique ainsi que deux choses entrent ici dans la composition de la Pierre, et HORTULAIN l’approuve. Parce que l’eau du soleil est volatile et que son corps est fixe, et qu’il en va inversement de la lune. Et alors les paroles que l’on trouve chez GEBER et les autres philosophes deviennent claires :

Rends le fixe volatil, le volatil fixe et (de nouveau) le fixe volatil. Ils suggèrent en effet une solution multiple, car toute l’œuvre réside dans la solution. De même lorsqu’il dit : Ce qui est en haut est aussi en bas. Par «en haut » on entend ici « plus digne », et par « en bas» on entend «moins digne», afin que ces trois se changent en un seul, ou bien que le soleil et la lune donnent une seule chose dont les parties devront être égales, et cette conjonction est appelée sublimation des philosophes. Et on l’appelle sublimation, exaltation ou dignification, parce que la lune et le mercure sont dignifiés. Car lorsque l’union est réalisée, le soleil est aussi vil que le mercure, — la sentence l’exige —, et cela, c’est l’ascension et la descente des philosophes.

De même on dit que la Pierre possède les quatre éléments énumérés par ARNAUD , parce que, lorsque la solution est réalisée, elle est appelée du nom d’un élément, à savoir l’eau. Et comme le corps est impur, il est appelé deuxième élément, à savoir la terre. Et lorsque la terre est dite calcinée, elle est appelée feu, et lorsque la Pierre est dissoute à nouveau, elle est appelée air. On dit en outre que la Pierre possède un corps, un esprit et une âme. Par corps on entend le corps impur, comme ci-dessus, par âme on entend le ferment, et par esprit, ce qui se manifeste dans la projection et que l’on nomme encore quintessence obtenue par cette composition. Elle possède véritablement le pouvoir de transmuer.

De même la Pierre est dite Rebis , c’est-à-dire chose unique faite de deux choses, à savoir le corps et l’esprit, ou le soleil et la lune, ou le corps unifié et fermenté. On dit de même que la Pierre se trouve partout à cause de sa composition véritable, parce que, quand les trois choses, soleil, lune et mercure, sont réunies, la puissance de la Pierre est partout, sur les montagnes et dans les plaines, c’est-à-dire dans les corps et dans le mercure et dans la mer, c’est-à-dire dans la dissolution. Et les êtres volants reçoivent d’elle une aide. Les êtres volants sont le mercure vif et les corps imparfaits qui sont changés en soleil et en lune, et on les appelle Scorpion, c’est-à-dire poison qui se mortifie lui-même et se vivifie lui-même, parce que cette chose triple projetée sur le mercure vif le vivifie en faisant de lui un corps véritable et l’on peut exposer encore ainsi toutes les paroles des philosophes, et cependant les philosophes l’appellent vif-argent minéral. Toutefois la matière de la Pierre des philosophes est l’eau et s’entend de l’eau de ces trois, comme le montre HORTULAIN . Et il ne doit pas y en avoir plus ou moins, et il dit que le soleil est mâle et la lune femelle, et le mercure, sperme. Mais pour qu’il y ait génération et conception, il faut que le mâle soit uni à la femelle, et il faut en outre la semence, et ainsi il faut qu’avant la fermentation il y ait la conception et l’imprégnation, et quand la matière se multiplie, on dit que l’enfant croît dans le ventre de sa mère, et aussi lorsqu’elle fermente.

HORTULAIN et ARNAUD.
Que l’on infuse une âme au corps et il naîtra le roi couronné. On trouve encore cet enseignement dans la TOURBE . Dissolvez les corps imbibez l’esprit. Et ils disent « les corps » au pluriel parce qu’il faut qu’il y en ait au moins deux. Et ils disent « l’esprit » au singulier, parce qu’il faut qu’il n’y en ait qu’un. Et il n’existe pas de sperme sans matière corporelle, à l’exception du mercure. Et quand on dit : «Imbibez l’esprit», l’on entend cette opération qui fixe le mercure, et la Pierre se multiplie : elle se multiplie, cela veut dire qu’elle se réitère.

De même, quand le mercure mortifie le soleil et la lune, la matière demeure comme de la cendre, et les philosophes appellent cette opération leur passage au crible ou leur broiement.

Il est dit de cette cendre au Livre de la TOURBE et dans celui d’ARNAUD :

Ne méprise pas cette cendre. De même la cendre de ces trois est appelée par les philosophes corps impur parce qu’il faut la cuire et la calciner jusqu’à la blancheur.

C’est pourquoi MORIEN dit au Livre de la TOURBE :
Si tu ne purifies pas le corps impur et si tu ne le rends pas blanc et n’y mets pas l’âme, tu n’auras rien gouverné dans ce magistère. Et ainsi l’on a les deux choses, à savoir la calcination de la Pierre et sa fermentation. La calcination ressemble à la cendre blanche ou à la terre blanche, ou encore à la chaux blanche, par les esprits de l’opération. C’est une réduction qui se fait à l’aide de notre feu, c’est-à-dire l’eau de notre mercure. De même quand on dit : Ce qui est teint, teint à son tour, cela signifie que, si cette médecine calcinée, dissoute et coagulée est fermentée jusqu’au blanc, elle devient lune ; avec le soleil, elle devient soleil.

GEBER rend témoignage à la médecine du troisième ordre et dit textuellement :
Car pour le blanc et pour le rouge il y a une seule et unique voie. qui utilise le soleil et la lune. Elle diffère cependant en ce qui concerne la fermentation. Cette médecine du troisième ordre est double, à savoir solaire et lunaire, et cependant elle est une dans son essence, et son mode d’opérer est un. On ajoute cependant la couleur jaune, médecine qui se fait à partir de la substance du soufre fixe, ce qui signifie que l’une et l’autre médecines commencent par le soleil et la lune. Mais pour le rouge on utilise comme ferment le soleil et, pour le blanc, la lune. Le soleil est pris deux fois, une fois comme eau de soleil et une autre fois comme corps du soleil, ainsi qu’il a été dit plus haut.

De même, lorsqu’on dit que toutes les couleurs apparaissent, cela est vrai puisque toutes les couleurs apparaissent avant la fermentation dans les calcinations, les dissolutions et les fixations.

LA LUMIERE DES LUMIERES dit :
Et sachez que ce sont les mêmes substances qui blanchissent et qui rougissent au-dedans et au-dehors, à savoir le soleil, la lune et le mercure. Ce livre appelle argent-vif ces trois substances dissoutes et fermentées, disant que l’argent-vif possède en lui un corps, un esprit et une âme. Et, pour la même raison : Cuisez ensemble le mâle et la femelle jusqu’à ce qu’ils se coagulent et deviennent pierre. Et encore : II faut observer que notre élixir ne se fait qu’à partir de substances minérales. Et encore : Je déclare que le dragon ne meurt pas, s’il n’est tué à l’aide de son frère et de sa sœur, et non à l’aide d’un seul, mais des deux à la fois. Son frère est le soleil et sa sœur la lune.

Enfin ARNAUD.
Les philosophes ont dit, dans toutes leurs paroles, la vérité concernant la pierre. Ils parlaient de la puissance des mots de manière à cacher la vérité aux indignes. Quant à la puissance de l’intention, ils en parlaient à ceux qui en étaient dignes, et toujours de façon vraie, et les philosophes savent qu’une telle matière doit être livrée dans le mystère, comme procède la poésie dans des fables et des paraboles. Et lorsque les philosophes parlent de grandes choses ils ne mêlent pas de paraboles ou de fables, comme le dit Macrobe.

L’ABLUTION DES PHILOSOPHES OU PURIFICATION

L’ablution

Le ciel fait ici pleuvoir sa rosée :
Du corps noir au tombeau l’ordure en est lavée.

PREMIER BLANCHISSEMENT DE LA PREMIERE PIERRE

SENIOR dans L’épître du soleil et de la lune.
L’eau que j’ai mentionnée est une chose qui descend du ciel ; la terre avec son humidité la reçoit et l’eau du ciel est retenue par l’eau de la terre, et l’eau de la terre la retient grâce à sa soumission et à son sable et l’eau retiendra l’eau et albira sera blanchi par astuna.

HERMES.
Les esprits n’entrent pas dans les corps s’ils ne sont purs.

ALPHIDIUS.
Prends la blancheur et fais partir la noirceur.

DEMOCRITE. Purifie l’étain à l’aide d’une forte ablution, extrais-en sa noirceur et son obscurité et sa blancheur brillante apparaîtra.

Dans l’œuvre de SORIN.
Dissous avec un feu blanc jusqu’à ce qu’il ait l’aspect d’une épée nue, et fais, en blanchissant, que le corps devienne d’un éclat brillant.

RASIS.
Lorsque l’eau est mélangée à l’airain, elle le blanchit à l’intérieur. Ce blanchissement est appelé par certains i imprégnation, car la terre est blanchie. En effet lorsque l’eau domine, la terre croît et se multiplie et de là est engendrée l’augmentation que constitue un enfant nouveau.

ALPHIDIUS.
Il te faut alors laver la terre noire et la blanchir à feu vif. C’est pourquoi HALI déclare : Prends ce qui descend au fond du vase et lave-le à l’aide d’un feu vif jusqu’à ce que sa noirceur soit ôtée et que son épaisseur s’en aille, et fais que ses humidités en supplément s’envolent de lui jusqu’à ce qu’il devienne une chaux très blanche dans laquelle il n’y aura pas de tache. Alors en effet la terre est purifiée et capable de recevoir l’âme. C’est pourquoi MERCU-LINUS dit : L’imprégnation, affermissant ce qui avait été changé, promet l’ouverture. Les choses qui sont bien imprégnées sont unies par une paix harmonieuse.

C’est pourquoi MORIEN déclare :
Cette terre est putréfiée et purifiée par son eau, et lorsqu’elle aura été purifiée le magistère sera gouverné tout entier, avec l’aide de Dieu.

HERMES dit de son côté :
L’Azoth et le feu lavent le laton et en ôtent la noirceur. C’est pourquoi le philosophe dit : Blanchissez le laton et déchirez vos livres, afin que vos cœurs ne soient pas déchirés. C’est là en effet la composition de tous les sages et le tiers de l’œuvre tout entière. Joignez donc, comme le dit la TOURBE, le sec à l’humide, c’est-à-dire la terre noire et son eau, et cuisez jusqu’à ce qu’elle soit blanchie. Si tu as l’eau et la terre en elles-mêmes, et la terre blanchie à l’aide de l’eau, cette blancheur est appelée air.

SALOMON au septième chapitre du Livre de la Sagesse.
Il s’est proposé d’avoir cette science pour lumière et de la placer au-dessus de toute beauté et de tout salut. Il ne les a pas mises en comparaison avec cette pierre précieuse, car tout or est comme un peu de sable auprès d’elle, et l’argent sera regardé comme de la boue. Car son acquisition est préférable à l’achat de l’argent et de l’or, même très pur. Son fruit est en effet plus précieux que toutes les richesses de ce monde et tout ce que l’on désire dans ce monde ne peut lui être comparé. La longévité et la santé sont dans sa main droite, et dans sa main gauche la gloire et des richesses infinies. Ses voies sont des opérations belles, dignes de louange et non méprisables, et ses sentiers sont gouvernés par la modération et non la hâte ; ils réclament la persévérance d’un travail prolongé. Elle est un arbre de vie pour ceux qui la saisissent, et une lumière inextinguible. Bienheureux ceux qui l’auront obtenue, car la science de Dieu ne périra jamais, ainsi qu’ ALPHIDIUS l’atteste lorsqu’il dit : Celui qui aura trouvé cette science, elle sera pour lui un aliment légitime et perpétuel.

ARISTOTE.
Oh que cette chose est admirable! Elle contient en effet en elle tout ce que nous cherchons. Nous ne lui ajoutons ni ne lui retranchons rien, mais nous nous contentons d’ôter le superflu dans la préparation.

ARNAUD.
La matière première des métaux est une certaine substance fumeuse, contenant en elle une humidité onctueuse. L’artiste sépare de cette substance l’humidité philosophale qui est propre à servir dans l’œuvre. Elle sera aussi brillante qu’une larme. La quintessence métallique y habite. C’est un métal malléable et il y a en elle un moyen d’unir les teintures, parce qu’elle a la nature du soufre et celle de l’argent-vif.

GEBER.
Oh que cette chose est utile ! car nous nous servons de cette médecine crue. Lorsque cette chose a été cuite et digérée, elle est un philtre supérieur à tous les philtres.

Le philosophe GRATIEN.
Il y a, dans l’alchimie, un certain corps noble qui passe d’un maître à un autre maître. Dans son commencement il y aura la misère et le vinaigre, mais dans sa fin, de la joie et de l’allégresse.

ASTANUS dans la TOURBE.
Prenez l’esprit noir non brûlant et dissolvez et divisez avec lui les corps. Le même. Il est tout entier igné, il dissout par sa propriété ignée, divisant tous les corps à l’aide de ses égaux.

LE JARDINIER.
Quiconque veut entrer dans notre roseraie et, là, voir et posséder des rosés blanches et rouges sans cette chose vile à l’aide de laquelle nos serrures sont ouvertes, est déclaré semblable à un homme qui voudrait marcher sans pieds, car c’est dans cette chose vile qu’est la clé servant à ouvrir les sept portes métalliques. Et sans cette chose vile rien de précieux n’est porté à la perfection. L’ablution est la fin de la noirceur ; c’est encore la purification jusqu’à ce que le blanc devienne parfaitement blanc et le rouge parfaitement rouge. Car l’azoth et le feu chassent l’obscurité du feu.

La mortification est la séparation de t la dureté du corps, car l’âme est alors morte et le corps vivant, en raison de la chaleur et de la sécheresse. Car tout ce qui possède la chaleur possède la vie. Et c’est pourquoi l’on dit que la chaux alchimique possède la vie parce que les philosophes ont appris à tuer la vie imparfaite de ces substances et à leur rendre une vie parfaite.

La revivification se fait selon l’alimentation, à savoir par son humeur parfaite, et la restauration de l’humidité rectifiante par l’évacuation de son humeur imparfaite.

EXTRAIT D’UNE FEUILLE DECHIREE

A présent je vais te manifester par une connaissance naturelle appartenant à mon dessein ce qui concerne la pierre cachée de tous les philosophes. Cette pierre est ornée d’un triple vêtement ; c’est la pierre de richesse, la pierre d’amour, la pierre qui délivre de toute pauvreté, la pierre qui guérit toute maladie. En elle est contenu le secret tout entier ; on l’appelle le mystère divin donné par Dieu et il n’y a pas au monde de chose plus sublime, à l’exception de l’âme raisonnable.

Tu dois noter avec soin ceci : je t’ai dit que notre pierre est ornée d’un triple vêtement, c’est-à-dire qu’elle doit être divisée en trois parties, le corps, l’âme et l’esprit. C’est pourquoi le corps mort, privé d’âme est ténébreux.

Si tu veux, mon fils, que ce corps soit revivifié, rends-lui son âme et il revit aussitôt. — Mon maître, je ne comprends pas.
— Mon fils, je te déclare de façon plus précise : il n’y a qu’une seule pierre ou une seule chose, car le corps est réduit dans sa nature, c’est-à-dire dans son eau, ou encore dans sa matière première. La matière première des corps est en effet une eau onctueuse, et on l’appelle chose unique quand la substance du corps et l’eau de l’union sont étroitement unies dans leurs parties les plus subtiles. C’est aussi la pierre philosophique à partir de laquelle des rameaux se multiplient à l’infini. Et cela est appelé la Pierre connue dans les livres des philosophes. Par conséquent, mon fils, on extrait de cette pierre son eau propre, et cela, en esprit, au moyen de la séparation.

Notre sublimation est l’élévation des parties non fixes par rapport aux parties fixes. Les parties non fixes sont élevées au moyen de la fumée et du vent.

Mais nous voulons que ces deux choses soient fixées ensemble et qu’elles fournissent une fusion aisée. Et comprends de cette manière notre sublimation véritable et certaine. Et c’est la Pierre que nul ne peut toucher avec sa langue.

HERMES déclare :
Sépare le subtil du grossier, etc. La terre est calcinée, l’eau est sublimée, la terre demeure en bas, l’eau monte, la terre est purgée par la calcination, l’eau par la sublimation, l’une et l’autre par la putréfaction. L’eau défend la terre pour qu’elle ne soit pas brûlée, la terre lie l’eau pour qu’elle ne fuie pas. Quand l’une et l’autre sont suffisamment purgées elles deviennent une seule chose et ne sont pas séparables, parce que l’une ne peut être sans l’autre. La première partie qui en est projetée sur de l’argent-vif le teint en argent véritable. Et s’il existe une telle teinture et que l’on en change une partie en or, elle teint autant de parties en or. On ne trouve pas d’or meilleur que celui-là, et cela, en raison d’une nature cachée et acquise par la chaleur du feu, etc.

Note. L’Esprit du Seigneur était porté au-dessus des eaux avant la création du ciel et de la terre (Genèse, I).

On voit donc que toutes choses ont été créées à partir de l’eau. Dieu a divisé cette eau lorsqu’il a parlé. Il a commandé qu’une partie d’eau devienne le sec et il l’a appelé terre, et il a conservé l’eau non convertie en terre pour irriguer et pour humecter, car la terre sèche ne donne pas beaucoup de fruit si elle n’est humectée de façon fréquente par son eau pluviale ; mais sans eau, elle n’en donne guère, ou même jamais.

JUBILATION DE L’AME encore appelée NAISSANCE OU SUBLIMATION

La nouvelle naissance.

L’âme s’élance ici vers le bas, le sépulcre,
Elle vient rafraîchir le corps devenu pur.

Vient ensuite la quatrième parole : Lorsque l’eau aura été épaissie et coagulée à l’aide de la terre, elle devra monter par la sublimation. Tu as ainsi la terre, l’eau et l’air.

Et c’est ce que dit le PHILOSOPHE :
Blanchissez-la et sublimez-la rapidement à l’aide du feu jusqu’à ce que sorte l’esprit que vous trouverez en elle et que l’on appelle l’oiseau ou la cendre d’Hermès.

C’est pourquoi MORIEN dit également :
Ne méprise pas la cendre des choses permanentes.

Et il est dit au Livre de la TOURBE :
Augmentez le régime du feu, car après la blancheur on parvient à l’incinération qui est appelée terre calcinée.

C’est pourquoi MORIEN déclare :
II reste au fond la terre calcinée qui est la nature ignée. Et tu as ainsi dans les proportions mentionnées les quatre éléments, à savoir, l’eau de la dissolution, la terre blanchie, l’air sublimé et le feu calciné.

ARISTOTE dit de ces quatre éléments au Livre du Régime des principes :
Quand tu aura obtenu l’eau de l’air, l’air du feu, et le feu de la terre, alors tu posséderas l’art de la philosophie tout entier.

Et c’est là la fin de la première composition, suivant MORIEN.
La patience et la lenteur sont indispensables dans notre magistère. La hâte par contre vient du diable dans ce magistère.

HERMES.
Ce qui est mort veut être vivifié, ce qui est malade veut être guéri. Le même. Il te faut punir le corps et l’âme en broyant dans le soleil. Le même. Semez votre or dans la terre blanche fouillée.

SENIOR.
Que la fumée d’en haut descende et la fumée conçoit de la fumée. Le même. Cette eau divine est le roi descendant du ciel. Le même. C’est lui qui ramène l’âme vers son corps qu’il vivifie après sa mort. Il fait régner la vie et il n’y aura plus désormais de mort.

ROSINUS.
Car le corps se réjouit lorsque l’âme entre en lui. Le même. Le corps saisit l’âme, et tout corps qui trouve une âme la saisit facilement. Et sache cela lorsque l’âme est punie avec le corps, qu’elle est incarcérée avec lui et qu’elle est transformée en corps par lui.

HERMES.
Le corps est ce qui extrait l’âme, qui la ramène et qui remodèle l’œuvre tout entière, et tout ce que nous cherchons est en lui.

SENIOR.
Rien n’est plus vil d’aspect et rien n’est plus précieux de nature, et Dieu ne l’a pas mise pour être achetée à prix d’argent.

SENIOR,
Notre préparation jaillit de notre nature à travers des serrures qui ouvrent les portes.

HERMES.
Il importe que nous ayons la connaissance des choses tant naturelles qu’artificielles. Car celui qui ignore les principes ne parvient pas à la fin. Le même. Ce secret est la vie de toutes choses, et c’est une eau. Et l’eau produit la nourriture des hommes et des autres êtres et c’est dans l’eau que se trouve le plus grand secret. Mais, pour que tu sois moins dans l’erreur, il faut que tu saches que notre sublimation n’est pas autre chose que l’exaltation des corps, c’est-à-dire leur changement en esprit, ce qui ne peut se faire qu’à feu doux. C’est ainsi que nous disons : « Un tel a été haussé (sublimatus) à l’épiscopat, c’est-à-dire élevé (exaltatus) ». C’est pourquoi la sublimation vulgaire, qui est seulement un signe du résultat obtenu, montrant que le corps à sublimer est également devenu spirituel, qu’on peut le sublimer, ne regarde en rien notre œuvre et n’est plus requise après la préparation de la première pierre, parce qu’une telle sublimation ne spiritualise pas, mais montre seulement le résultat de la spiritualisation.

C’est pourquoi GEBER, ce philosophe royal, dit à bon droit :
nous n’avons besoin dans notre œuvre que d’un seul vase, d’un seul four, d’une seule méthode. Entends cela de ce qui suit la préparation de la première pierre. Il est dit dans la Genèse : Tout a été fait à partir de l’eau, et l’Esprit de Dieu était porté au-dessus des eaux et c’est dans l’eau que se trouve le principe de la pénétration de l’homme.

HERMES.
O nature vigoureuse, qui vaincs les natures, les domines et réjouis les natures en fusion.

GEBER.
Il importe de ne pas ignorer les principes et les racines principales de cet art qui font partie de l’essence de l’œuvre.

BASIUS.
Notre soufre est plus fort que tous les feux.

Le philosophe ALAIN :
II faut choisir entre toutes choses une qui est de couleur pâle, qui a une apparence métallique limpide et liquide. C’est une chose chaude et humide, aqueuse et combustible. C’est une huile vivante, une teinture vivante, une pierre minérale et une eau de vie d’une efficacité admirable.

ARISTOTE.
Aucune teinture n’est engendrée sans le soleil et son ombre, c’est-à-dire sa sœur. La sublimation est double. La première consiste à enlever le superflu afin qu’il reste seulement les parties très pures séparées des fèces élémentaires et qu’elles possèdent ainsi la vertu de la quintessence. Et cette sublimation est la réduction des corps en esprit, qui a lieu lorsque la densité corporelle passe en subtilité spirituelle.

La seconde sublimation est l’extraction de ce qui possède en elle la nature de la quintessence séparée des fèces élémentaires. J’entends par quintessence l’âme qui teint. Pour l’obtenir l’ablution est nécessaire afin que l’on extraie par elle l’onctuosité de l’arsenic ou la nature oléagineuse, d’une onctuosité très pure, qui est tenue captive par ces fèces, lesquelles ne lui permettent pas d’être sublimée.

VINCENT. DE LA PIERRE ELIXIR

VINCENT dans le Miroir Naturel, livre premier.
Les alchimistes, imitant les opérations de la nature dans les corps minéraux, se sont efforcés de faire en peu de temps ce que la nature fait en mille années. Ils ont également enseigné à réaliser une chose qui transmue les corps sur lesquels elle est projetée. Elle est appelée par eux l’élixir ; elle est dite pierre non pierre, pierre parce qu’elle est broyée, non pierre parce qu’elle est fondue. Et elle court sans s’évaporer, comme l’or, et il n’est aucune autre chose à qui convienne une telle propriété.

AVICENNE.
L’élixir est par conséquent une chose qui est projetée sur un corps plus grand, et qui change une nature dans une autre. Il se fait quand on mélange le corps plus petit, l’esprit, les éléments et le ferment, confection unique réalisée à partir de tous. Elixir est un mot grec qui signifie « grand trésor » ou « mieux que des trésors ». Et, en vérité, l’élixir qui se mélange à un corps est comme la tutie qui s’ajoute au cuivre. Mais le cuivre croît grâce à cette tutie, et la raison en est que la tutie est une chose terrestre ; l’élixir, par contre, est une chose spirituelle et, par sa nature, elle revient à une autre nature.

UN ALCHIMISTE.
L’élixir se fait de deux manières. D’abord, à partir d’esprits minéraux et de corps purs préparés. Ensuite, à partir de certaines choses provenant d’êtres animés, comme des cheveux, un œuf, du sang, etc.

La première manière est la suivante. On mortifie certains esprits et on les sublime jusqu’à ce qu’ils deviennent purs. Après cela, l’un des corps engendrés par la nature est brûlé jusqu’à ce qu’on puisse le réduire en poudre, puis on le calcine jusqu’à ce qu’il devienne pur comme de la chaux. Enfin les esprits et les corps préparés de cette manière sont broyés et imbibés d’eau-forte distillée. Après cela, on les humecte jusqu’à ce qu’ils soient changés en eau claire, puis on les congèle et, pour finir, on les met sur le feu jusqu’à ce qu’ils deviennent fixes.

MANIERE DE PARFAIRE L’ÉLIXIR

AVICENNE
dans son épître à Hasen. Par conséquent l’élixir teint par sa teinture, il est submergé par son huile et fixé par sa chaux. L’élixir blanc est complété par trois choses dans lesquelles le feu n’est pas inclus. L’élixir jaune est complété par quatre en tout. Glose. Il est vrai que l’élixir blanc n’a besoin que de trois choses, à savoir, l’huile, la chaux, la teinture, et de nouveau, la teinture que l’on appelle feu. Et c’est pourquoi Avicenne précise : «dans lesquelles le feu n’est pas inclus ».

DU FEU MULTIPLE

Le feu est multiple ; sa qualité est diverse et comprend plusieurs degrés. L’un est un feu chaud au premier degré et humide au second. Celui-ci est le feu de ventre de cheval. Il a pour propriété de ne pas détruire l’huile, mais de l’augmenter à cause de son humidité. Les autres en effet détruisent à cause de leur sécheresse. C’est pourquoi aucun feu au monde ne lui est comparé si ce n’est le feu matériel du corps d’un homme sain.

Le feu du soleil, quant à lui, est chaud au même degré, mais il est sec. C’est lui qui dompte la chose ; il se fait à partir d’une chose animée et on le nourrit, comme un enfant auquel on donne d’abord du lait. En effet, l’enfant est nourri et augmenté à l’aide de ce qui est chaud et humide. Ainsi le feu de cheval augmente l’huile à l’aide de son humidité et fixe la pierre à l’aide de sa chaleur en la tempérant. Entre ces deux il y en a un autre qui est chaud et sec au second degré, comme le feu d’un four après l’extraction du pain. Il fait fondre doucement et ne brûle pas, car il n’y a pas de flamme en lui, mais simplement la force de la chaleur. En effet la chaleur décline et disparaît peu à peu ; mais si elle demeurait, elle fixerait l’esprit dans le corps ou à l’extérieur du corps. Le feu de cheval, quant à lui, ne fait fondre ni ne brûle, mais il dompte et augmente l’humidité. Il y a encore un quatrième feu de four, qui est un feu de fixation. Il fait fondre et il fixe, mais il ne brûle pas, car il n’a pas de flamme et il ne diffère pas du précédent si ce n’est qu’il est continu, et l’autre, non.

Le cinquième est dit enflammé. Il est chaud et sec au troisième degré ; il calcine seulement et ne fait pas fondre, menant jusqu’à la préparation de l’argent et de l’or et des autres corps au même degré ou plus loin, et c’est le feu du four de calcination.

Le sixième est chaud et sec au quatrième degré. II fait fondre et fixe fortement, amollissant doucement les corps ; il ne les dissipe ni ne les disperse. C’est le feu de four au même degré.

Il y a aussi le feu des soufflets qui dissipe les corps, les disperse et les fait fondre, et c’est le septième. Le huitième est celui qui fait fondre et calcine ; il est enflammé, car en lui c’est seulement la flamme qui opère. La substance du feu est formée des charbons et de la flamme, et en elle il n’y a qu’une flamme venant du bois. Celui-ci est également du même degré que les précédents. De ce degré est également le neuvième, qui est leur maître à tous, en tant que feu d’atelier, c’est-à-dire épreuve. Il fait fondre et brûle ; il dissipe et disperse ce qui est mauvais, il sauve et rectifie ce qui est bon, et il est comme un juge distinguant le bien du mal.

FEU DE GENEVRIER

C’est un feu artificiel, continu, durable, au degré que tu voudras, que tu maintiendras deux ou trois mois, jusqu’à ce que tu découvres les charbons. Il te faut garder toujours ceux-ci couverts, et tu peux augmenter ou diminuer la chaleur à ton gré, en ajoutant une quantité plus ou moins grande de charbons enflammés. Avant tout, tu devras avoir des cendres en quantité suffisante, faites seulement de bois de genévrier. Tu auras alors une grande marmite d’argile, au milieu de laquelle il y en aura une autre, plus petite, qui est le creuset. En plaçant des cendres, tu mettras la grande marmite sur la chaleur du feu jusqu’à ce que la cendre elle-même s’échauffe, et ainsi tu mettras tout autour de la petite marmite, sur les cendres, des charbons qui ne seront faits eux aussi que de bois de genévrier.

Tu auras encore d’autres cendres chaudes du même bois que tu répandras sur les charbons susdits, et tu les recouvriras avec soin de leur cendre chaude. Et dans cette petite marmite ou verre tu mettras ta matière à digérer. Sur la grande marmite tu mettras un couvercle, et tu la mettras sur un banc ou sur une pierre, en évitant toutefois qu’elle ne subisse du dommage. En utilisant cette pratique tu pourras préparer plusieurs feux de cette sorte. Tu pourras encore mettre dans la petite marmite de l’eau chaude ou un ventre humide de cheval et, dans celui-ci, le flacon de matière.

Tu prépareras les charbons mentionnés ci-dessus de la manière suivante : coupe du bois de genévrier en petits morceaux, de la grosseur de deux doigts ou plus, mets-les dans une grande marmite bien fermée de tous côtés, bien lutée et pleine, mets cette marmite un jour entier sur un feu vif de four ou de flammes sortant du bois. Laisse-le ensuite refroidir, ouvre la marmite et tu auras ce que tu désires. Pour ce qui est des cendres, brûle-les de la manière habituelle. Ce feu peut être un feu du premier ou du second degré pour la fixation des esprits.

La pierre au blanc et l’arbre des lunes.

Ici est née la noble et riche reine, les maîtres la déclarent l’égale de leur fille. Féconde, elle donne vie à des enfants sans nombre, qui sont purs, sans tache, libres de toute tare. La reine hait la mort comme la pauvreté, elle surpasse l’or, l’argent, les pierres précieuses, tous les remèdes grands et petits, et nous en rendons grâces à Dieu dans son royaume. Violence m’est faite, à moi, femme dénudée, car malheureux fut mon premier corps. Jamais encore je n’avais été mère jusqu’à ce que je fusse née à l’autre monde. Là j’acquit la force des racines et des plantes et de tout mal devins victorieuse. J’aperçut là mon fils et je m’unis à lui ; je devins enceinte de lui et j’accouchais sur une terre stérile : ainsi je devins mère et reste toujours vierge. Et je reçus dans mon être ce don que mon fils devînt mon père comme Dieu l’a voulu dans son essence même. La mère qui m’a donné le jour par moi fut engendrée sur terre. Contempler l’unité de ce qui est relié par la nature et que les montagnes ont parfaitement dissimulée… De là dérive le quatre en un dans notre pierre excellente. Celui qui contemple six en trois et le fait passer dans l’unité essentielle à celui-là puissance est donnée par Dieu, car il bannit toutes les maladies, aimant les métaux et les hommes. Sans l’aide de Dieu nul ne peut construire. De ma terre jaillit une source et seul peut le faire qui se connaît lui-même, et il s’en écoule deux fleuves : l’un prend son cours vers l’orient et l’autre va vers l’occident. Deux aigles s’en envolent et brûlent leur plumage pour retomber simplement sur la terre. Ils reçoivent là des plumes nouvelles : le soleil et la lune sont alors sous eux. Seigneur Jésus-Christ, toi, le don donné, par ton Saint-Esprit si bon qui possède le don en sa garde, celui à qui il le remet en vérité discerne même les oracles des mystères, afin de voir que la vie future est faite comme d’âme et de corps volant vers le royaume de leur père. Ainsi l’art trouve son riche accomplissement.

HERMES.
Sachez, vous qui explorez les rumeurs, fils de la sagesse, que le vautour perché au sommet de la montagne crie d’une voix forte : Je suis blanc, noir, rouge et jaune ; je dis vrai et ne mens pas.

ALPHIDIUS.
L’argent vif extrait de ce corps noir est une chose humide et purifiée de ses écorces, de peur qu’elle ne périsse.

MORIEN.
Il faut que tu saches que la fumée blanche est l’âme et l’esprit de ces corps dissous. Et assurément, s’il n’y avait pas eu de fumée blanche, l’alchimie n’aurait pas eu l’or du blanc.

LE JARDINIER.
C’est notre très noble mercure, et Dieu n’a jamais créé chose plus noble sous le ciel, si ce n’est l’âme raisonnable.

PLATON.
C’est notre matière et notre secret.

HORTULAIN.
Ainsi tu possèdes le vrai mercure extrait de ces deux corps dont il a été question ; il est bien lavé et digéré, et je jure par Dieu qu’il n’y a aucun autre mercure dans la voie universelle si ce n’est celui que j’ai dit. duquel dépend la philosophie tout entière, et celui qui parle autrement parle faussement.

PARMENIDE dans la TOURBE.
Certains, entendant les philosophes nommer l’eau, pensent que c’est l’eau de nuée. Il n’en est rien. Mais s’ils étaient dotés de raison, ils sauraient évidemment que c’est l’eau permanente, laquelle ne peut exister sans son corps avec lequel elle est dissoute.

ALPHIDIUS.
Cette médecine est dotée par les philosophes de tous les noms, car on a imposé tant de noms au mercure qu’il n’est guère ou nullement possible d’en trouver de nouveaux.

Le philosophe PLATON déclare :
Nous avons tout révélé sauf le secret de l’art que personne ne peut divulguer. Nous attribuons cette faculté au Dieu de gloire qui l’inspire à qui il veut et l’ôte à qui il veut.

Le roi SALOMON déclare :
C’est la fille, la reine du Midi qui vint, dit-on, de l’Orient, tel un lever d’aurore, pour entendre, comprendre et voir la sagesse de Salomon, et dans sa main ont été mis la puissance, l’honneur, la force et le règne. Elle porte sur sa tête la couronne royale, rutilante des rayons de sept étoiles, comme une épouse parée pour son époux. Elle porte sur ses vêtements une inscription en lettres d’or, grecques, barbares et latines : Je suis la fille unique des sages, totalement ignorée des insensés.

HERMES.
Comme le soleil parmi les planètes, ainsi est l’or parmi les métaux. Le soleil donne la lumière aux planètes et il contient tout fruit ; ainsi l’or contient tout fruit. En outre le jour est la naissance de la lumière et le soleil est la lampe du jour. Dieu l’a créé pour notre œuvre, je veux dire pour gouverner le monde. De même la teinture doit être corporelle, extraite des corps métalliques parfaits, par le bienfait et l’intermédiaire des minéraux.

REGLES GENERALES.

PREMIERE REGLE.
Toute chose provient de ce en quoi elle se résout. En effet la glace se change en eau par l’intermédiaire du feu. II est donc nécessaire qu’elle ait été eau avant d’être glace. Ainsi tous les métaux ont d’abord été de l’argent-vif. Cela se voit par le fait que, liquéfiés au moyen du feu, ils sont changés en argent-vif. Observez ici que les philosophes appellent également le métal liquéfié mercure ou argent-vif. Par conséquent la réduction des métaux en argent-vif opérée de la sorte est dite liquéfaction, bien qu’elle se fasse par la violence du feu. Cependant, comme dans cette forte liquéfaction elle garde l’apparence de l’argent-vif, on lui conserve ce dernier nom. Toutefois cette solution n’est pas philosophique mais profane. Elle tend vers un particulier et correspond dans une certaine mesure aux dires des philosophes.

DEUXIEME REGLE.
Toute nature désire être amenée naturellement à la perfection, elle a horreur de la destruction et la fuit. C’est pourquoi elle embrasse avidement ce qui l’améliore et rejette son contraire autant qu’elle le peut. Ainsi l’art doit imiter la nature, sinon il erre toujours.

TROISIEME REGLE.
Tout ce qui opère mal dans un art tend par sa malice naturelle à détruire ce qu’il y a de meilleur. Et tout ce qui opère bien dans un art s’efforce de parfaire ce qui est moins bon. C’est pourquoi il te faut connaître les natures des choses afin que tu saches ce qui est mauvais dans la nature, ce par quoi celle-ci se parfait et ce par quoi elle est entravée. La quantité de mauvais ne doit pas excéder la quantité de bon, sinon tu erreras totalement.

QUATRIEME REGLE.
Tout sec désire naturellement boire son humide afin d’être continu dans ses parties. Note ici ce qu’est l’humide radical de tous les liquides. Nourris ce qui est trop sec au moyen d’un tel humide et il deviendra tempéré, etc. Et ainsi tu auras ce que tu désires.

DE LA DIFFERENCE ENTRE LE SOUFRE VULGAIRE ET LE SOUFRE SIMPLE INCOMBUSTIBLE DES PHILOSOPHES

(Extrait d’un traité approuvé intitulé :LA CORRECTION DES INSENSES)

Bien que d’une façon générale les philosophes disent que le soufre coagule, il faut le nier, car selon les philosophes tout soufre vulgaire est étranger et contraire aux métaux.

AVICENNE.
Il n’entre rien dans le magistère qui ne soit né de lui, car sans cesse il imprègne, noircit et corrompt, quelle que soit la manière dont il est préparé par l’art. Il est en effet l’imprégnation du feu et par suite empêche la fusion. Si toutefois il est calciné il redevient une substance terrestre comme une poussière morte. Comment peut-il dans ces conditions insuffler la vie aux autres ? Il contient en effet une double superfluité : une substance inflammable et une féculence terrestre. Tu dois considérer pour ces raisons que les soufres vulgaires ne sont pas ceux des philosophes, car le soufre des philosophes est un feu vivant et simple. Il vivifie les autres corps morts et les fait mûrir en suppléant au défaut de la nature parce qu’il possède un superflu de maturité en ce qu’il est parfait dans sa nature et que l’art le rend de plus en plus pur.

C’est pourquoi AVICENNE dit :
Un tel soufre ne se trouve pas sur la terre en tant qu’il existe dans ces corps : le soleil et la lune, et c’est dans un autre corps que se trouve en vérité ce qui n’est déclaré à personne si cela ne lui est révélé de la part de Dieu. Il est plus parfait dans le soleil en tant qu’il est plus digéré que ?’ cuit. Les philosophes ont en effet figuré subtilement la manière dont ces soufres peuvent être extraits de ces corps plus parfaits et dont leurs qualités peuvent être purifiées par l’art de manière à posséder ce soufre dans l’art par l’intermédiaire de la nature. En effet elle ne leur était pas apparue jusque-là d’une façon complète et secrète. Ils disent que cela ne peut se faire sans la solution du corps et sa réduction dans la matière première qui est l’argent-vif. C’est en effet à partir de celui-ci que les corps ont été faits au commencement. Et ils accomplissent cette opération sans mélange de choses étrangères, car les natures étrangères n’améliorent pas notre pierre pour la raison que seul convient à une chose ce qui est proche d’elle. Il s’agit en effet ici d’une médecine dont la nature est simple et virtuelle. Elle est produite à partir de l’eau mercurielle dans laquelle l’or et l’argent ont été dissous au préalable. Ainsi par exemple si l’on met de la glace dans l’eau, elle est dissoute en celle-ci par la chaleur et elle est ramenée à la première substance aqueuse, et ainsi l’eau est teinte par la vertu cachée qui était dans la glace. Si par contre la glace ne se résout pas en eau au moyen de la chaleur, elle ne s’unit pas à l’eau. Elle flotte alors dans l’eau et ne teint pas celle-ci par sa vertu qui avait été antérieurement coagulée en elle sous le rapport des apparences. Si de même tu ne résous pas notre corps en mercure à l’aide du mercure, tu ne peux pas en tirer la vertu cachée, à savoir le soufre digéré et cuit au moyen de l’œuvre de nature dans la minière. Ainsi en effet la pierre est unique et la médecine unique. Les philosophes l’appellent Rebis, c’est-à-dire fait à partir d’une chose double, à savoir le corps et l’esprit blanc ou rouge, point sur lequel de très nombreux insensés se sont trompés.

COMMENT LE SOUFRE EST ROUGE DANS LE SOLEIL ET BLANC DANS LA LUNE

II est dit que le soufre rouge des philosophes se trouve dans le soleil en raison d’une digestion plus complète et le soufre blanc dans la lune en raison d’une digestion moindre. C’est pourquoi un Philosophe dit : Le jaunissement n’est autre qu’une digestion complète. La chaleur agissant sur l’humide engendre en effet d’abord la noirceur ; agissant sur le sec, elle cause la blancheur. Si le feu dépasse celle-ci, il change le sec en couleur jaune très pure. Tout cela peut être observé dans la calcination du plomb.

Et un Philosophe dit que, puisque tout corps parfait contient de façon actuelle le soufre avec le mercure, à savoir l’or doré et l’argent argenté, de ce fait le soufre blanc est l’or par l’intermédiaire du jaune. C’est pourquoi le soufre en lui est le soufre rouge, substance du feu, qui digère davantage ce blanc. Ainsi le soufre blanc et le soufre rouge existent tout deux dans le soleil. C’est pourquoi le feu est la perfection du soufre ; celui-ci est engendré et, par suite, il trouve amicalement sa joie dans sa nature ignée.

C’est pourquoi les choses étrangères ne peuvent causer cet effet dans les corps, car l’art, par l’intermédiaire de la nature, n’est autre que la cuisson et la digestion de cette nature par un travail simple. Par exemple, lorsque je me lève le matin et que je vois mon urine blanche, j’estime ne pas avoir assez dormi, et cela à cause de la plus grande digestion de la chaleur naturelle qui est en moi. De même suis la nature et, par le moyen de l’art, cuis, digère, fais mûrir, sublime, car la nature contient déjà de façon actuelle le feu naturel par lequel elle mûrit. Ces choses n’ont pas ce feu et, par suite, elles ne peuvent le donner.

Dans la lune il n’y a que le soufre blanc, simple. Il n’est pas digéré comme le rouge et il n’est pas comme lui purgé de la noirceur par l’action de la chaleur qu’il contient. L’apparence du feu est recouverte et cachée, agissant tant dans l’art que dans la nature et c’est pourquoi il n’est pas impossible que l’art opère par l’intermédiaire de la nature. Elle digère et parfait davantage, car elle tend d’elle-même vers la perfection. Toutefois elle ne peut pas l’obtenir d’elle-même, mais doit être mue par l’art et par l’opération. Cependant je crains que ces travaux ne puissent entrer dans l’homme à la cervelle dure et que l’or véritable ne soit pas réalisé. Il devrait pour cela être digéré et cuit de manière que le meilleur améliore le moins bon.

Le but de tous les philosophes est en effet de parfaire le moins bon à l’aide du meilleur, ce que les insensés comprennent à l’envers, s’efforçant d’améliorer le meilleur à l’aide du moins bon. Et ils cherchent dans une chose ce qui ne s’y est jamais trouvé, à savoir l’or et l’argent dans les corps combustibles, ainsi qu’on l’a expliqué plus haut.

IL N’EST PAS UTILE DE RECHERCHER LE SOUFRE DANS LES CORPS MALADES, CAR IL N’Y EST PAS

On peut se demander à bon droit s’il est possible d’extraire ce soufre blanc et rouge d’autres corps malades, afin de teindre le mercure. Je réponds négativement car, ainsi qu’il a été dit plus haut, il n’existe pas de chose plus équilibrée que celle rencontrée dans ces deux corps qui possèdent des rayons teignants. Il a été dit plus haut que les corps malades contiennent un soufre fétide et combustible, et non doté de vertu comme celui-ci, etc.

Bien qu’il n’y ait pas d’art véritable si l’on ne possède pas d’abord une nature que l’on suit, tu pourras vérifier les métaux avec des minerais de moindre valeur. Toutefois quand tu les auras purifiés, ils ne posséderont pas la nature dorée et argentée, car il n’y a pas en eux, contrairement aux autres, la digestion et la décoction dorée, ni un soufre aussi mûr. C’est pourquoi il faut venir en aide à ces corps ; non mûrs afin qu’ils mûrissent. Par suite ils ne teignent pas, mais ils sont teints, car la teinture d’or et d’argent possède une nature proportionnelle à ces corps non mûrs ou imparfaits, car ils tirent leur origine du mercure. Il résulte clairement de cela que les minéraux moindres ne peuvent pas teindre, car les corps métalliques imparfaits ne peuvent s’accorder à l’or et à l’argent sous le rapport du vif-argent mûr. Ils ne peuvent teindre ni infuser la nature de l’or et de l’argent. Et c’est pourquoi il ne faut teindre qu’avec ceux qui possèdent la vertu teignante. Teins par conséquent avec l’or et l’argent, car l’or communique la couleur et la nature dorée, et l’argent la couleur et la nature argentées. Méprise donc toutes les choses qui ne possèdent pas en puissance ou naturellement la vertu teignante, car elles ne contiennent pas de fruit, mais seulement la perte de la fortune et des grincements de dents.

LA FERMENTATION DES PHILOSOPHES

La fermentation.

Maintenant tu peux voir le soleil enfermé et arrosé du mercure des philosophes.

HERMES dit au septième traité Du soleil :
Mes fils, il y a sept corps des philosophes. Le premier est leur or excellent qui est le roi et le principe. La terre ne le corrompt point, les corps comburants ne le brûlent point, l’eau ne l’altère pas, parce que sa complexion est équilibrée et sa nature droite en chaleur, froideur, humidité et sécheresse. Il n’y a rien en lui de superflu ou de manquant. C’est pourquoi les philosophes l’ont montré et l’ont célébré disant que l’or est parmi les corps comme le soleil parmi les planètes par sa lumière et sa splendeur. C’est en effet par lui que les végétaux germent dans la terre et que tous les fruits sont conduits à la perfection, avec la permission de Dieu.

De même dans le monde corporel l’or contient et vivifie les corps. Il est le ferment de l’élixir sans lequel on opère en vain. Tout comme la pâte ne fermente pas et ne lève pas sans ferment, ainsi, lorsque tu blanchis, sublimes et purifies les corps, que tu en extrais l’ordure et la honte, pour ensuite les joindre, les unir et les mélanger ensemble, mets-y le ferment, observe comme le ferment de la pâte n’est autre que la pâte. Médite par conséquent et observe si le ferment de la chose ne provient pas de la nature de celle-ci.

C’est la clé de tous les philosophes. Il faut observer que le ferment blanchit le produit, empêche la combustion, conserve la teinture pour qu’elle ne s’enfuie pas, adoucit les corps, fait qu’ils pénètrent les uns dans les autres et les unit, ce qui est le but de l’artisan. Par sa science les corps sont purifiés et l’œuvre est menée à la perfection, avec la permission de Dieu.

Raymond LULLE déclare dans son Eclaircissement :
Maintenant dans la seconde partie la pierre se colore, elle se fixe et fermente. Le ferment de la pierre au blanc est l’argent, celui de la pierre au rouge est l’or, comme le montrent les philosophes, car sans ferment ni le soleil ni la lune n’apparaissent, pas plus qu’un corps de leur nature. Unis donc le ferment avec le soufre afin qu’il puisse engendrer sa couleur jusqu’à son poids, sa saveur et sa sonorité, car tout semblable engendre son semblable. En effet le ferment, en tant que soleil, teint et change son soufre en médecine permanente et pénétrante. C’est pourquoi un philosophe dit : Celui qui aura su teindre le soufre et l’argent-vif, celui-là est parvenu au grand arcane. C’est pourquoi il importe que le soleil et la lune soient dans la teinture et qu’ils soient le ferment de l’esprit lui-même et de l’eau permanente, de l’argent-vif. Au moyen de cette eau les natures doivent être fixées et nourries à l’aide de la chaleur naturelle jusqu’à ce qu’elles aient leur fixation et leur fusion parfaites. Après cela devra venir le régime de la conjonction de la pierre avec son ferment, jusqu’à ce que l’œuvre ait été conduite à son achèvement, et non une fois seulement, car cela n’est pas dans l’intention de la nature. Mais c’est par une copulation bien faite peu à peu et aussi par la coagulation que se réalise une médecine uniforme. Et c’est pourquoi cette copulation est causée en prenant des parties subtiles, transmuées et changées en forme et en essence spirituelle. Car il est écrit qu’un corps grossier ne peut s’unir à un corps simple, ni un corps simple à un corps grossier, à cause de leurs natures contraires, à moins que le corps grossier ne se change dans sa subtilité au moyen de son esprit simple. Alors ils deviendront susceptibles d’être mélangés. Et c’est ce que déclarent les philosophes lorsqu’ils disent à un certain fils de la vérité que le mélange parfait est l’union des corps miscibles changés, unis entre eux au moyen de parties indivisibles. Ils l’exigent pour la raison évidente que le mélange ou union ne peut avoir lieu sans altération, celle-ci consistant à rendre le corps subtil et à le réduire en une force spirituelle.

Et les philosophes déclarent à ce sujet que la médecine est achevée, passant d’une forme à une autre forme, qui est cristalline. Alors il apparaîtra que ces lames sont composées de parties naturelles et subtiles jointes uniformément au moyen de l’intelligence naturelle, sans division de ces parties, en procédant très progressivement, car une telle chose ne peut se faire sans que la nature ait été rendue subtile et homogène. Et c’est pourquoi il convient que cette matière devienne si subtile que toutes les parties égales en nature soient mélangées avec de l’eau. Et tu pourras voir cela avec ton intelligence lorsqu’aura été produit un unique corps transparent, présentant un aspect de continuité par la conjonction ou le mélange de parties nombreuses sans division, discontinuité ou terminaison, offrant une épaisseur unique et une figure transparente dans toutes ses parties.

Ainsi, mon fils, tu possèdes là un secret qui n’est pas petit. Illumine donc le corps avant d’y imposer l’âme, car autrement il ne pourra jamais recevoir ou retenir en lui l’esprit. Ainsi parle Raymond LULLE.

Le philosophe CALID.
Nul n’a jamais pu et ne pourra jamais teindre la terre feuillée si ce n’est avec de l’or.

C’est pourquoi HERMES donne cette prescription :
Semez votre or dans la terre feuillée qui, par la calcination, est devenue ignée, subtile et aérienne. Nous semons donc l’or dans cette terre lorsque nous lui appliquons la teinture de l’or. Mais l’or ne peut jamais teindre parfaitement un autre corps que lui-même. En vérité, cela ne peut être si ce n’est parachevé par l’art.

L’or est le ferment de l’œuvre sans lequel on opère en vain. C’est comme le levain dans la pâte, la présure dans le fromage, le musc dans les aromates. C’est avec lui que l’on compose le grand élixir, car il illumine et préserve de la combustion, ce qui est le signe de la perfection. Et sache que sans or l’œuvre n’est ni parachevé ni amélioré, car l’or est la muselière de l’argent-vif, et nul ne congèle l’argent-vif si ce n’est dans le corps de la magnésie où l’un est comburant, l’autre fuyant et l’or lui-même est le troisième. Il reçoit les teintures des deux autres. C’est la teinture de la rougeur et l’argent-vif transforme tout corps en lui. C’est pourquoi quelqu’un a dit : Si tu ne mets pas l’or dans l’or, tu ne fais rien.

ARISLEE.
Sache de façon certaine que si l’on met un peu d’or dans la composition, il en sortira une teinture blanche apparente. Par ferment du soleil on entend le sperme de l’homme et par ferment de la lune, le sperme de la femme. A partir d’eux s’opère d’abord le coït, puis survient une génération véritable et chaste. Le ferment de l’or est l’or comme le ferment du pain est le pain.

Le JARDINIER.
De même que dans la fabrication du pain un peu de ferment fait lever et fermenter une grande quantité de pâte, ainsi une petite quantité de terre contenue dans cette pierre suffit à nourrir la pierre tout entière.

DE LA DOUBLE DIFFERENCE DES MINERAUX

(Extrait de LA CORRECTION DES INSENSES)

Dans les corps minéraux on distingue en particulier deux parties : la partie métallique et la partie minérale, c’est-à-dire les métaux qui proviennent du mercure et les minéraux qui n’en proviennent pas. Exemples de métaux : le soleil, la lune, Jupiter, Mars. Il y a aussi l’électrum. Exemples de minéraux : les sels, les encres, les aluns, le vitriol, l’arsenic, l’orpiment. Tous les métaux qui proviennent du mercure sont ductiles et liquéfiables, car leur matière est une substance aqueuse intimement mélangée à une substance terrestre si bien qu’on ne peut pas les séparer. C’est pourquoi cette substance aqueuse est mieux congelée après sous l’action de la chaleur. Ils seront donc ductiles ou encore maniables. L’eau seule n’est pas congelée si ce n’est à l’aide de la sécheresse de la terre qui altère sa nature aqueuse. En eux il n’y a pas d’humidité onctueuse, car leur congélation provient de la sécheresse terrestre. C’est pourquoi ils ne sont pas dissous facilement si ce n’est sous l’action vigoureuse de la chaleur qui les rend plus fortement mélangés.

Il y a aussi, comme on l’a dit, des minéraux mineurs qui ne tirent pas leur origine du mercure. De leur nombre sont les sels qui se liquéfient facilement à l’humidité, comme le sel commun, le sel armoniac, le salpêtre et toutes sortes de sels. D’autres sont dotés de vertus et ne se liquéfient pas facilement, comme l’orpiment, l’arsenic, le soufre, étant donné que la qualité ignée des corps sulfureux est mélangée fortement à de la terre visqueuse avec dégagement de chaleur, jusqu’à ce qu’ils soient dotés de vertu, puis coagulés sous l’effet du froid. Les encres sont formées de sel, de soufre et de pierre. On pense qu’il y a en elles la vertu minérale de certains corps liquéfiables qui se font à partir d’elles, mais on ne peut faire à partir d’elles des corps métalliques artificiels, car elles sont d’une autre nature et ne proviennent pas de la matière première prochaine des métaux, à savoir de l’argent-vif. Je ne nie pas qu’on puisse, à partir d’elles, purifier ou dissoudre des métaux ou introduire à partir d’elles des formes sophistiques pour tromper les hommes, etc.

Le soufre est double : vif et comburant. Le soufre vif produit les métaux, bien qu’ils diffèrent notablement les uns des autres selon que les uns sont plus imprégnés que les autres de viscosité terrestre. Cependant le soufre vif simple produisant l’or et l’argent n’est autre qu’une vapeur chaude et sèche engendrée à partir d’une sécheresse terrestre très pure où prédomine dans tous les cas le feu. On l’appelle élément des métaux avec le mercure, comme on l’a vu plus haut.

IL EST IMPOSSIBLE AUX METAUX MINEURS DE DEVENIR ARTIFICIELLEMENT DES METAUX

On a déclaré au chapitre précédent que les minéraux mineurs ne peuvent devenir des métaux par l’art ; il reste maintenant à le prouver. C’est tout d’abord parce que les métaux mineurs ne sont pas engendrés à partir de la matière première des métaux qui est le mercure. La raison en est que la régénération diffère de la génération des métaux au point de vue de la forme, de la nature et de la composition. Par suite ils ne peuvent pas devenir des métaux parce que, dans une même espèce, la matière première et le sperme à partir desquels ils sont engendrés sont uniques. La première conséquence de ce qui précède est que les métaux mineurs ne sont pas engendrés à partir du mercure qui est la cause, car il demeure toujours dans la matière première des métaux, ce qui n’est pas le cas des soufres étrangers. C’est pourquoi ARISTOTE et AVICENNE déclarent : Si donc l’on devait faire des métaux, il faudrait d’abord qu’ils passent dans la matière première des métaux, car cela ne peut se faire artificiellement, C’est pourquoi les métaux ne peuvent être faits à partir d’eux, comme il résulte clairement de ce qui vient d’être dit.

La seconde raison est que les minéraux mineurs ne peuvent devenir le principe des métaux, qui est le mercure, Par suite ils ne parviennent pas à leur milieu et à leur fin, qui sont le métal et la teinture qu’il renferme, Car l’aliment dans l’homme ne peut devenir un homme par la génération s’il n’est d’abord transformé en sperme, et ainsi ajouté à son semblable il entraîne la génération d’un homme. Mais parce que les métaux mineurs ont des natures étrangères aux métaux, bien qu’ils participent de la vertu minérale, encore qu’ils soient faibles et combustibles, la nature métallique n’y trouve pas sa joie, mais elle rejette leur esprit, gardant ce qui relève de sa nature.

Par exemple : si l’eau est mélangée à la terre, elles se séparent l’une de l’autre, La terre va au fond parce qu’elle est lourde et séché, tandis que l’eau va à la surface, On ne peut les unir par l’art de manière que les natures contraires se joignent en une seule nature, Mais l’eau peut laver et purifier la terre. Toutefois l’on ne peut croire que la sécheresse de la terre soit changée par l’art en humide, bien que la terre soit rendue humide par l’eau.. Ainsi les minéraux mineurs peu vent être unis aux métaux, les purifier et y introduire en quelque manière une nouvelle forme, mais la nature ne leur accorde pas de demeurer avec les métaux et de faire mûrir ces corps non mûrs. C’est pourquoi les insensés offrent des choses diverses et sophistiques pour tromper les hommes, des choses inadéquates qui ne donnent ni ne reçoivent la matière, à savoir les secondines, les veux d’animaux, les coquilles d’œufs, les poils, le sang d’homme roux, les vers, les herbes, les racines, les excréments humains. De nombreux insensés ont en effet travaillé et travaillent encore avec ces choses végétales et sensibles, Toutefois ils n’y ont trouvé aucune vérité, mais certaines humiliations que nous indiquons aux ignorants afin qu’ils évitent les déceptions, Car à partir de ces choses dont il sera question par la suite ils ont extrait après beaucoup de temps ce qu’ils ont appelé de l’argent-vif artificiel, des huiles et des eaux qu’ils ont appelées les quatre éléments, à savoir : l’eau, l’air, la terre et le feu et aussi le sel armoniac, l’arsenic, le soufre et l’orpiment. Ils auraient mieux fait de les acheter au marché et ils les auraient alors plus vite portés à la perfection.

Ils ont également recherché dans les choses végétales et sensibles des corps secs, manquant d’humidité, combustibles et corruptibles, dans lesquelles ils ont recherché la teinture qu’ils n’ont pas. Ils se sont ainsi fait un tort évident. En voici des exemples : les cheveux humains, la cervelle, la salive humaine, le lait de femme, le sang humain, l’urine, l’excrément humain, les embryons, le liquide menstruel, le sperme, les os des cadavres, les œufs de poule, et d’une façon générale tous les animaux, poissons, volatiles, vers, scorpions, crapauds, basilic naturel et artificiel dans lequel réside l’imposture la plus grande, écailles de tortue, sucs d’herbes, fleurs des arbres et en particulier l’herbe lunaire et l’herbe solaire que l’on dit toxique, et toutes choses auxquelles ils ont attribué à leur fantaisie des noms correspondant aux métaux, se trompant eux-mêmes et trompant les autres, voulant faire ce qu’il y a de meilleur avec ce qu’il y a de pire et combler avec de telles choses les manques de la nature. Mais ils n’imaginaient véritablement ni ne scrutaient là aucune vertu, voulant semer des excréments et récolter du froment, ce dont l’expérience démontre l’impossibilité. C’est pourquoi l’on dit que l’homme récoltera ce qu’il a semé, Si tu sèmes de l’excrément tu récolteras de la merde.

C’est pourquoi il n’est pas étonnant qu’il y ait à peine un sur mille, ou aucun, à mener à bien de telles choses, Sème l’or et l’argent et il t’apportera du fruit dans la proportion de mille pour un, moyennant ton labeur, par l’intermédiaire de la nature, car ce sont seulement ces métaux qui possèdent ce que tu cherches, et aucune autre chose au monde, car toutes les autres choses sont fétides et leur nature cédé par l’application et l’épreuve du feu.

Il va aussi d’autres alchimistes travaillant sur les métaux mineurs, à savoir les quatre esprits, comme le soufre vulgaire, l’arsenic, l’orpiment et le sel armoniac, mais ils ne peuvent pas le faire, ; comme le montre la définition de la teinture, car teindre n’est autre que transformer en teignant ce qui est teint dans la nature de ce qui teint et demeurer avec le corps teint sans transformation. C’est aussi la nature apprenant à la nature à combattre le feu, car la nature de ce qui teint et la nature de ce qui est teint concordent. Par exemple, si tu teins du plomb, de l’étain ou quelque corps semblable avec de l’or ou de l’argent, les natures concordent, car les uns et les autres tirent leur origine du mercure, le mûr est uni a ce qui n’est pas mûr, afin que par là ce qui n’est pas mûr soit porté à la perfection.

Mais comme ces quatre esprits sont d’une nature autre que celle des métaux, ainsi qu’on l’a suffisamment dit, je demande s’ils doivent convertir ou être convertis. S’ils doivent être convertis, ce n’est pas là de la teinture, ainsi qu’il résulte de la définition de celle-ci. S’ils doivent convertir, ils convertissent en teignant en leur propre nature qui est terrestre, étrangère à la nature métallique, Le fait qu’en teignant ils convertissent en leur propre nature est prouvé en ce que tout être qui engendre son semblable, Mais puisque cette nature des quatre esprits qui engendre est terrestre, elle engendrera donc son semblable qui est également terrestre, Ainsi méprise cette teinture et toute autre teinture qui ne se trouve pas dans la propriété de la nature, car il n’y a rien d’autre en elles que la dissipation de la fortune, la perte du temps et du travail, car toutes les autres choses sont des métaux apparents, mais non réels, que l’on travaille au moyen des minéraux mineurs et autres corps semblables.

L’ILLUMINATION

Raymond LULLE,
Bien que notre pierre contienne déjà en elle la teinture d’une manière naturelle, puisque la pierre a été créée de façon parfaite dans le corps de la magnésie, elle ne possédé pas le mouvement par elle-même, à moins d’être parachevée par l’art et par l’opération.

GEBER dit dans L’opération des racines :
L’opération se fait pour rendre la teinture de l’or dans l’or meilleure qu’elle n’est dans sa nature, et aussi pour que soit produit l’élixir composé selon l’allégorie des sages, etc.

Le bain du soleil.

Le soleil de nouveau ici s’est enfoncé, il s’est noyé dans le mercure des philosophes

Mais n’avons nous pas seulement besoin d’or et non d’un autre corps ? Ecoute HERMES disant : Son père (c’est-à-dire celui de la composition) est le soleil. Sa mère est la lune. Le père est chaud et sec, il produit la teinture. La mère est froide et humide, elle nourrit l’enfant. Par conséquent si dans notre pierre on avait seulement l’un des deux, la médecine ne s’écoulerait jamais facilement et ne donnerait pas de teinture, et si elle en donnait elle ne teindrait que dans la mesure où il y en aurait de reste, et le mercure s’envolerait en fumée parce qu’il n’y aurait pas en lui de réceptacle pour la teinture. Mais notre ultime secret est d’avoir la médecine qui s’écoule avant la fuite du mercure. La conjonction des deux choses est donc nécessaire dans notre œuvre.

GEBER dit en effet dans Le parfait magistère :
Le plus précieux des métaux est l’or. C’est lui en effet qui est l’âme unissant l’esprit et le corps, à savoir le corps imparfait, car de même que le corps humain sans l’âme est mort et immobile, le corps impur sans le ferment qui est son âme est terrestre et végétal. C’est l’or en effet qui est la teinture au rouge transformant tous les corps ; c’est lui qui est le ferment transformant la masse tout entière dans sa nature, car de même que le soleil et la lune dominent les autres planètes, de même ces deux corps dominent les autres corps des métaux qui sont changés dans la nature des deux corps susdits. C’est pourquoi l’or est appelé ferment, parce que sans lui les germes ne sont pas améliorés, et tout comme un peu de ferment corrompt la masse tout entière, c’est-à-dire la transmue et l’exalte, il va de même de notre Pierre.

C’est pourquoi HERMES dit :
Mon fils, extrais du rayon son ombre, c’est-à-dire : prends une partie de ferment et trois parties du corps imparfait. Dissous le ferment dans une quantité égale d’eau mercurielle, mets à cuire dans un feu très lent et coagule ce ferment afin qu’il devienne comme le corps imparfait et, l’orifice du vase étant bouché , qu’il soit préparé de la manière et selon l’ordre indiqués.

ARISTOTE.
Choisis-toi pour pierre celle par laquelle les rois sont couronnés dans leurs diadèmes et par laquelle les médecins peuvent guérir les malades, car elle est proche du feu.

Mon fils, prends du corps très simple et rond. Ne prends pas du triangle ou du carré, mais du rond, parce que le rond est plus proche du simple que le triangle. Il faut donc observer que c’est un corps simple n’ayant aucun angle parce qu’il est le premier et le dernier dans les planètes, comme le soleil dans les étoiles. Nous voyons en effet dans l’astronomie du firmament que le soleil est le maître des planètes et que toutes les planètes ont besoin de sa lumière, parce qu’il répand sa lumière vers le haut jusqu’à Saturne et vers le bas jusqu’à la lune. Alors il contemple toutes choses, aussi bien celles d’en haut que celles d’en bas.

Et ARISTOTE :
Mon fils, tu dois prendre de la chair la plus grasse ; mon fils, tu dois savoir que chaque semence correspond à son germe, parce que tu récolteras ce que tu sèmes.

CE QUE SONT LES PARTICULIERS REALISES DANS CET ART

D’une façon générale, je déclare à tous les observateurs sous les yeux desquels tomberont ces paroles que, dans toute la succession de cet art, il y a seulement deux particuliers réalisés selon les philosophes et la nature. Le premier particulier, tant dans le blanc que dans le rouge, existe dans le mercure sans administration de la médecine parfaite, bien que le corps avec lequel on le réalise contienne en lui secrètement la teinture, ainsi que la nature l’exige, et cela avant tout parce que cette chose est en lui à partir de l’une et l’autre de ces choses. En effet le mercure est composé de la matière première de tous les corps, de terre blanche sulfureuse et d’eau claire. Et c’est pourquoi la blancheur de la terre transparaît à travers la limpidité de l’eau. La terre possède en effet une couleur très blanche et contient en elle un soufre excellent mûr et pur, et l’on peut en tirer de façon particulière le soleil et la lune.

Le PHILOSOPHE.
Qu’on le mélange par l’art aux autres corps métalliques parce qu’il est de leur nature, et ils ont été engendrés à partir de lui et l’on peut donc le faire par l’art. Qu’il imite en cela la nature digérée afin d’être porté par eux à la perfection. Ainsi lorsque d’autres métaux le saisissent, il leur devient semblable sans aucun mélange étranger, parce que la nature se réjouit simplement de sa nature et non de quelque chose d’étranger. Mais avec le soleil on fait le soleil, avec la lune on fait la lune, avec Vénus, Vénus, etc., lorsque chaque chose y introduit sa vertu et aussi parce qu’elle contient son soufre bon mais non mûr qui est porté à la maturité par l’art. C’est pourquoi les autres métaux coagulés et imprégnés de soufre combustible en particulier et rendus semblables à lui ne peuvent pas devenir le soleil et la lune.

Première raison.
Si en effet ils étaient transformés en mercure et mélangés au soleil et à la lune, leur mercure contiendrait ce soufre mauvais initial. Et si on le purifiait, on ne pourrait le purifier en tant qu’on le réduirait en mercure comme avant cette simplicité. Et le corps ne pourrait être dissous en lui par le mercure et comme il ne pourrait être dissous, on ne pourrait même alors mettre en lui la vertu cachée.

Mais dans les natures fermées de part et d’autre chaque partie se séparerait au moment où on les éprouve, étant donné qu’elle n’aurait pas en elle la nature secrètement parfaite, mais que ces natures auraient besoin que, par l’intermédiaire de l’art, d’autres corps parfaits leur viennent en aide avec leur nature parfaite.

Deuxième raison.
Si des parties non dissoutes étaient ajoutées aux corps parfaits, ils ne pourraient pas aussi bien devenir de l’or et de l’argent, étant donné que par la congélation leurs natures sont fermées de part et d’autre. Et comme il n’y a pas de moyen pour ouvrir ces natures afin de faire passer une vertu dans une autre, elles ne peuvent être unies en une conjonction naturelle de manière à redevenir le mercure duquel elles tiennent leur origine des deux côtés. Par suite ils seraient séparés par la véhémence du feu, par la combustion de la nature imparfaite, comme on le voit clairement. Mais si tu veux les unir, fais le mercure par le mercure qui dissout et ouvre les natures fermées afin qu’on puisse passer facilement dans une autre et introduire une vertu parfaite dans un corps imparfait, afin qu’il soit parfait avec elle. Tels sont les travaux de la voie particulière, et ainsi l’or et l’argent peuvent être faits en particulier. Note que le mercure cru dissout les corps et les ramène dans leur première matière ou nature. Toutefois le mercure des corps ne peut faire cela à cause de la crudité de son soufre obtenu par lui dans la première pierre blanche. Il avait été fait d’elle au commencement à partir de l’eau claire, car ce corps cru désire toujours corroder ce qui est proche de sa nature, d’abord l’or, ensuite l’argent etc. Mais l’autre mercure congelé à partir des corps ne peut pas faire cela, car au moment de la congélation ce soufre cru qui était auparavant en lui est altéré dans sa nature. C’est pourquoi il ne corrode pas comme le premier et il n’ouvre pas ce qui est fermé. C’est pourquoi une vertu n’est pas introduite dans l’autre, mais chaque chose demeure en elle-même là où les corps sont unis, certes, d’une manière fluide, mais également fermés de façon naturelle de part et d’autre. C’est pourquoi par l’épreuve et l’âpreté du feu le corps imparfait est brûlé tandis que le parfait demeure. En effet les natures ne peuvent se venir en aide réciproquement. Toutefois on peut, avec l’argent-vif cru, ouvrir et fermer les natures de manière que chaque chose vienne en aide à celle qui est proche d’elle. Par suite si l’on dissout l’argent on trouvera une nature argentée, si l’on dissout l’or, une nature dorée, si l’on dissout le plomb, une nature de plomb, etc.

La congélation se fait par leur soufre, d’où un PHILOSOPHE : si tu prends ces corps qui participent de leur nature, comme tu les recherches dans de nombreuses choses fétides et immondes, il est possible d’en faire de l’or et de l’argent de façon particulière, et non dans les autres corps, contrairement à ce que tu as entendu dire.

Note que la dissolution des corps en mercure est double : au moyen du mercure et en eau mercurielle. La première solution est exigée pour les particuliers, la seconde pour les universels. La première, qui est la dissolution des corps en mercure, n’est autre que la résolution :

par cette résolution ce qui était fermé est ouvert à cause de l’entrée d’une nature dans l’autre. Cette résolution concerne les particuliers. La seconde, qui est la solution en eau mercurielle, se fait d’une façon universelle. Elle s’opère non par la seule dissolution du soufre non mûr en mercure, mais par la putréfaction du corps et de l’esprit dans l’humide. En effet la putréfaction de toutes les natures liées entre elles est une solution et une séparation. Aussi les parties liées se séparent les unes des autres, chaque partie se sépare de l’autre, et cela se fait par la séparation et la solution des éléments qui sont reliés dans la génération du mercure, à savoir l’eau et la terre. Quand ces parties sont purifiées elles sont reliées dans la nature par la conversion, et elles s’aiment plus qu’avant dans la nature à cause de leur purification, et cette opération ne peut se faire dans les corps que par l’esprit.

Ainsi l’art surpasse la nature d’une certaine manière, bien que les choses artificielles deviennent soudain ce vers quoi elles tendaient auparavant en vertu de leur nature.

Ne crois pas que ce soient là des éléments vulgaires, tels que l’eau de nuée ou autres corps semblables, mais la terre est ce qui est froid et sec, l’eau, ce qui est froid et humide, l’air, ce qui est humide et chaud, le feu, ce qui est chaud et sec. Et ainsi ils se trouvent dans la nature des éléments. Toutefois l’art ne peut absolument pas séparer les parties connexes dans la génération de sorte qu’elles soient transmuées simplement dans les éléments qu’elles étaient. Lorsque la première nature a changé une qualité dans une autre l’art peut les séparer de la même manière : l’humide du sec, le froid du chaud. Toutefois de par le mélange naturel une qualité possède encore dans une certaine mesure la qualité de l’autre. Par suite les corps peuvent à l’inverse être unis par l’art comme ils avaient été divisés. Si une qualité ne participait pas de la nature de l’autre, par exemple l’eau de la nature de la terre en ce qu’elle est froide, l’air de la nature de l’eau en ce qu’elle est humide, il s’ensuivrait que l’œuvre naturelle serait totalement détruite puisque les éléments seraient très simples comme ils l’étaient auparavant avant la génération du mercure. L’art détruirait la nature de fond en comble, c’est-à-dire depuis l’or et l’argent jusqu’au principe qui est l’argent-vif, et en outre les principes des éléments simples comme ils l’étaient avant la génération du mercure.

Cela est impossible dans l’art. Si c’était possible, il s’ensuivrait que l’art recomposerait les éléments hors de la matière première des métaux, et inversement l’art engendrerait le mercure comme il l’a détruit, ce qu’il est impossible de faire artificiellement. L’art est en effet bien détruit de fond en comble, édifiant Mercure des pieds à la tête dans une forme subtile lorsque l’art accorde la substance de la nature antérieure. Ainsi les apparences des choses sont divisées lorsqu’elles sont transmuées en ce qu’elles étaient auparavant. Car ARISTOTE dit : Que les artistes en alchimie sachent que les apparences des choses ne peuvent être transmuées. Cela est vrai à moins qu’elles ne soient réduites en matière première, c’est-à-dire en argent-vif, et il ne conseille pas autre chose. Sinon cela est impossible, etc.

LA NUTRITION

La nutrition ou imbibition

Le soleil à présent contracte la noirceur. Avec le mercure des philosophes comme cœur.

Bien qu’il ait été dit plus haut que la lune contient en elle le soufre blanc, de même que l’or contient le soufre rouge, cependant l’apparence du feu est cachée dans ce soufre sous la blancheur. Par suite tout argent peut devenir or.

C’est pourquoi un PHILOSOPHE dit :
II n’y a pas d’or qui n’ait été argent auparavant. Ainsi l’argent contient en lui certaines qualités indigestes qui ne peuvent en être purgées par l’art, de sorte qu’il passe d’une façon particulière en mercure fixe et dans une nature très proche de l’or, car il contient alors tout en lui, y compris l’or, par l’application du soufre rouge des philosophes. Par lui il est digéré davantage et le jaune est provoqué en lui par l’adjonction du corps parfait, car ils sont simplement d’une seule nature. Mais il est impossible que cela se fasse dans les autres corps parce qu’ils n’ont pas la même proximité par rapport à la nature parfaite. Ce qui entrave leur génération c’est le soufre combustible et fétide.

Ils ne proviennent pas du mercure dont LE PHILOSOPHE dit :
II n’y a pas de passage d’un extrême à l’autre si ce n’est par un milieu intermédiaire, ce qui veut dire que l’or n’est pas engendré à partir de l’argent s’il n’a pas été d’abord argent, et il ne contient pas un soufre de feu simple non brûlant, mais un soufre brûlant, et par suite il ne peut être transformé de façon particulière en mercure fixe comme il a été dit plus haut

par ARISTOTE :
Que les artistes sachent, etc. Mais ils peuvent faire des choses semblables à celles-là et teindre par le rouge-jaune de manière qu’on voie l’or, et teindre le blanc avec le blanc jusqu’à ce qu’il soit tout à fait semblable à de l’argent. Ils peuvent aussi nettoyer l’impureté du plomb ou des autres corps malades de manière qu’ils paraissent être de l’or ou de l’argent, parce qu’ils ne contiennent pas les qualités digestes de l’or et de l’argent comme on l’a dit plus haut. Il en va ainsi de ceux qui prennent le sel armoniac ou d’autres minéraux mineurs pour tromper les hommes, qui unissent le cuivre ou l’étain au mercure afin qu’il apparaisse aux hommes comme de l’argent et dans une certaine mesure maniable et à l’épreuve du feu selon l’avis des experts. Pourtant ceux-ci sont induits en erreur sur ce point, car ce corps n’a pas en lui la vraie nature argentée, comme le montrent sa couleur et l’épreuve à laquelle on le soumet...

LA FIXATION.

La fixation.

La vie de la lune ici touche à sa fin. et son esprit s’envole vers le ciel.

Raymond LULLE.
Je parlerai maintenant de la fixation de la teinture ou de l’airain qui porte en lui la teinture, etc. Elle se fait par une calcination dont je passerai sous silence le mode. Le philosophe LILIUS. A la fin tu verras sortir le roi couronné de son diadème, brillant comme le soleil, éclatant comme l’escarboucle, s’écoulant au-dehors comme la cire, se maintenant dans le feu, pénétrant et retenant l’argent-vif.

ARNAUD.
En effet la couleur rouge est obtenue en complétant la digestion, car le sang n’est créé dans l’homme qu’après avoir été bien cuit dans le foie. Ainsi quand le matin nous voyons notre urine blanche, nous savons que nous avons trop peu dormi. Nous revenons au lit et, après que nous avons fait un somme, la digestion est complétée et notre urine jaunit. Ainsi par la seule cuisson la blancheur peut passer à la rougeur en continuant ainsi le feu. Si notre airain est cuit avec soin, il rougit admirablement. On le cuira donc à l’aide d’un feu sec et d’une calcination sèche jusqu’à ce qu’il rougisse comme le cinabre. Tu ne lui ajouteras ni de l’eau ni rien d’autre jusqu’à ce que par la cuisson il atteigne le rouge parfait.

COMMENT OBTENIR LA FUSION ET L’INGRES AINSI QUE LA FIXATION.

GEBER dit au Livre II, chapitre V :
Nous affirmons que la perfection de toute solution est réalisée à l’aide d’eaux subtiles très acides et mordantes, à l’aide d’eaux pontiques n’ayant en elles aucune fèces, telles que le vinaigre distillé, le raisin vert, la poire très aigre, la grenade également distillée et ce qui leur est semblable. La solution a été inventée pour rendre subtils les corps qui n’ont pas la capacité de fixation ni celle d’ingrès, ce qui faisait perdre la grande utilité des esprits fixes et de ceux qui possèdent leur nature, car tout ce qui est dissous doit avoir la nature du sel de l’alun ou de corps analogues. Leur nature est de donner la fusion avant la vitrification. Par conséquent les esprits dissous fourniront une fusion semblable. Et comme en raison de leur nature ils conviennent fortement aux corps et se conviennent entre eux, il faut qu’après la fusion et grâce à elle ils pénètrent dans les corps et, en pénétrant, opèrent la transmutation. Mais on n’y parvient pas sans le magistère. Il consiste à administrer au corps, après sa solution et sa coagulation, un des esprits qui sera purifié et non fixe. On sublimera le corps à l’aide de cet esprit jusqu’à ce que l’esprit demeure avec lui et lui fournisse une fusion plus rapide et le conserve dans la fusion en le protégeant de la vitrification. Car il appartient aux corps et aux esprits de ne pas se vitrifier et de protéger ce qui leur est mélangé de la vitrification jusqu’à ce que dans ce corps mélangé réside l’esprit. L’esprit conserve mieux la nature, il la défend mieux de la vitrification. L’esprit simplement purifié garde mieux que l’esprit purifié, fixé, calciné et dissous. C’est pourquoi il est nécessaire de l’introduire dans le mélange.

Il en résulte dans les corps une bonne fusion, un ingrés et une fixation stables. Nous pouvons par conséquent prouver à partir des œuvres de la nature que seuls les corps conservant la nature des sels, des aluns et autres semblables sont solubles. Car en contemplant toutes ses opérations nous n’avons trouvé d’autres corps solubles que ceux-là. C’est pourquoi tout ce qui est dissous doit se dissoudre par la réitération de la calcination et de la solution. Nous prouvons par là que tout ce qui est calciné se rapproche de la nature des sels ou des aluns. Ils doivent donc partager également leurs propriétés.

La solution se fait de deux manières : par le fumier chaud et par l’eau bouillante. Le but et le résultat sont uniques. Pour dissoudre par le fumier on mettra la chose calcinée dans une ampoule de verre. On répandra dessus une certaine quantité de vinaigre distillé ou le double d’une substance semblable ; on le placera trois jours sous du fumier tiède. Après quoi on retirera la solution en distillant et en filtrant. Ce qui n’est pas dissous sera calciné en réitérant l’opération, après quoi on recommencera la solution jusqu’à ce que tout soit dissous par la réitération.

Le procédé par l’eau bouillante est plus rapide. On place de même le corps calciné dans une ampoule avec du vinaigre, après avoir bouché l’ouverture pour l’empêcher de respirer. On ensevelit l’ampoule dans un chaudron rempli d’eau sur un fond de paille, de la manière que nous avons décrite à propos de la distillation par l’eau. Après quoi on allumera le feu dessous pour qu’il brûle pendant une heure, puis on distille la solution et on la garde à part, etc.

La fusion intermédiaire grâce à laquelle s’opère l’ingrès est la perfection ultime comme le dit GEBER au livre VII, chapitre XVII. Tout ce qui est dissous est coagulé uniquement à l’aide du feu, et cela dans des vases bien fermés. Reçois de moi le secret : c’est que la chose est parfaitement coagulée lorsqu’elle coule à l’aide du feu convenable et attend l’épreuve du feu. Sinon réitère l’œuvre et, par la réitération, tu parviendras à ton but avec l’aide de Dieu.

Raymond LULLE.
Notre enfant a deux pères et deux mères, et parce que toute sa substance est nourrie avec soin dans le feu il ne meurt jamais.

L’incération consiste à ramener l’humidité sur la terre au moyen du feu de manière que privée d’humidité et desséchée elle s’amollisse, soit amenée à la fluidité et acquière par suite le pouvoir d’in-grès. Cela ne doit pas se faire par la liquéfaction commune obtenue à l’aide du feu, mais par la liquéfaction philosophique obtenue à l’aide de l’eau. La fixation consiste en ce que le corps reçoit l’esprit teignant et lui ôte sa nature volatile. Cela se fait par une réitération fréquente jusqu’à ce que naisse une cendre durant perpétuellement et que le corps se maintienne entier dans le feu.

COMMENT LES METAUX SONT ENGENDRES A PARTIR DU MERCURE.

La nature de tous les corps liquéfiables provient du mercure vif et de sa substance, car c’est proprement l’argent-vif qui est coagulé grâce à la vapeur ou à la chaleur du soufre blanc ou rouge non brûlant.

C’est pourquoi ARISTOTE déclare au quatrième Livre des Météores :
Si le soufre blanc n’est pas brûlant, il congèle le mercure en bon argent, mais si le soufre est pur avec une rougeur claire et s’il possède la force ignée simple non brûlante, il le congèle en or très pur, meilleur que celui produit par les mines, car tout sec boit naturellement son humide afin de devenir continu dans ses parties. Par conséquent la vapeur du soufre d’argent-vif doit être coagulée à partir d’une substance terrestre subtile, aérienne, cuite et indigeste provenant du premier mélange, substance qui lui a été unie sous l’action de la chaleur, puis élevée, cuite et digérée jusqu’à ce qu’elle ait la vertu sulfureuse de coaguler l’argent-vif en corps métalliques. L’or possède beaucoup de la vertu du soufre et peu de sa substance ; il possède beaucoup de la substance du mercure et peu de sa vertu. C’est pourquoi il est très lourd en mercure et très rouge par sa puissance sulfureuse. Pour l’argent, c’est tout le contraire : il possède beaucoup de la substance du soufre et peu de sa vertu, peu de la substance du mercure, et beaucoup de sa vertu. C’est pourquoi il est blanc, car la couleur découle de l’abondance de la vertu. Sa vertu réside dans la vapeur. Sa matière est plus proche de la matière de l’or que de celle de tout autre métal. C’est pourquoi il est facilement converti en or. Il ne requiert d’autre travail que la transmutation de la couleur et l’adjonction de poids.

DIFFERENCE ENTRE L’HUILE ET L’EAU SOUS LE RAPPORT DE LA TEINTURE.

ARNAUD.
La différence entre la teinture de l’eau et celle de l’huile est que l’eau ne fait que laver et purifier, tandis que l’huile teint et colore. En voici un exemple : si l’on plonge un linge dans l’eau, il est purifié par elle et quand on le sèche l’eau s’en va et le linge demeure dans son état et dans sa couleur antérieurs, sauf qu’il est plus propre. Il en va inversement de l’huile : si l’on y teint un linge, elle ne se sépare pas de lui par la chaleur du feu ou de l’air, sauf destruction complète, et l’on ne pourra séparer l’huile du linge si ce n’est par le lavage du feu et son dessèchement. L’eau est l’esprit et elle extrait l’âme des corps. Quand l’âme est extraite des corps, elle reste portée dans l’esprit, comme la teinture est portée par l’eau dans les linges. Puis l’eau s’en va par le dessèchement et la teinture demeure fixée dans le linge à cause de sa qualité oléagineuse. Ainsi donc l’eau est l’esprit dans lequel est portée la teinture de l’air. Lorsqu’elle revient sur la terre blanche feuillée, l’eau spirituelle est aussitôt desséchée et l’âme demeure dans le corps jusqu’à ce que la terre ait bu la cinquantième partie de son volume d’eau, sachant qu’il faut d’abord nourrir la terre avec un peu d’eau et ensuite avec davantage, comme on le voit dans l’éducation du petit enfant.

Donc broie fortement la terre en l’imbibant d’eau tous les huit jours. Cuis dans le fumier, car la combustion est contre-balancée par l’inhumation et la chose est réduite en sa matière première. Cuis ensuite à feu médiocre et ne crains pas de renouveler l’opération souvent, car la terre ne porte pas de fruit sans irrigation fréquente. Et si la trituration n’est pas bonne jusqu’à ce que l’eau devienne une seule chose avec la terre, cela ne sert à rien. N’arrête donc pas d’opérer le hersage de la trituration, ou encore la trituration de l’assation, car elles réalisent la terre blanche. Veille cependant à n’imbiber la terre que peu à peu moyennant une longue trituration. Opère ensuite le dessèchement de la terre. Il faut alors noter soigneusement le poids, de peur qu’une sécheresse ou une humidité superflue ne provoque la corruption. Par exemple n’opère l’assation que dans la mesure où la dissolution a été en excès et ne dissous en imbibant que dans la mesure où Passation fait défaut. Donc, après chaque calcination, répands de l’eau sur la terre avec mesure, ni trop ni trop peu, car s’il y en a trop, elle deviendra un océan de troubles, s’il y en a trop peu, elle se consumera en cendres. C’est pourquoi tu irrigueras la terre tous les huit jours doucement, sans hâte ; tu la cuiras dans le fumier et tu la calcineras jusqu’à ce qu’elle boive la cinquantième partie de son volume d’eau. Et note qu’après l’imbibition elle doit être inhumée pendant sept jours.

Réitère donc l’œuvre de nombreuses fois bien que ce soit long, car tu ne verras pas la teinture ni un profit avantageux avant l’achèvement. Etudie donc pendant que tu te livres à toutes sortes d’ouvrages, note tous les signes qui apparaissent dans toute décoction, remémore-les dans ton esprit et recherches-en les causes.

Il y a trois couleurs : le noir, le blanc, le jaune. Quand la terre dort, la noirceur est imparfaite et la noirceur est complète. Intensifie donc chaque fois le feu dans la calcination jusqu’à ce que la terre sorte blanche par la force du feu. Car de même que la chaleur agissant sur l’humide opère Calcination la noirceur, quand elle agit sur le sec elle opère la blancheur. Par suite, si la terre n’est pas blanche, broie-la avec de l’eau et ensuite calcine à nouveau, car l’azoth et le feu lavent le laton et lui ôtent son obscurité. Sa préparation se fait toujours en effet à l’aide de l’eau. Par suite, tant l’eau est limpide et tant l’est la terre. Et plus la terre aura été lavée et plus elle sera blanche. Par suite la réitération multipliée de l’imbibition en broyant fortement et en opérant une fréquente assation fait que la plus grande partie de la nature aqueuse du mercure est détruite. Et ce qu’il en reste est également chassé par la réitération de la sublimation. Ainsi parle ARNAUD dans Le Rosaire.

COMMENT SUBLIMER ET BLANCHIR (Récapitulation du magistère tout entier)

Dés que la terre aura bu la cinquantième partie de son volume d’eau, sublime-la à l’aide du feu le plus fort que tu pourras jusqu’à ce qu’elle s’élève à nouveau sous la forme d’une poudre très blanche. Lorsque tu verras la terre, comme une neige très blanche et comme une poudre morte, adhérer aux vertèbres et aux flancs de l’aludel, réitères-y la sublimation sans que des fèces demeurent en bas. En effet, sa partie fixe adhère et adhérerait aux fèces et l’on ne pourrait la séparer d’elles par aucun procédé. Mais la poudre qui monte des fèces est la cendre extraite de la cendre et de la terre, cendre sublimée, honorée. Par contre ce qui demeure en bas est la cendre des cendres, la cendre inférieure maudite, damnée, fèces et scories. Fais donc la différence d’avec ce qu’il y a en elle de clair et de limpide, car quand elle sera montée, blanche comme de la neige, elle sera achevée. Recueille-la donc avec soin de peur qu’elle ne s’envole en fumée, car c’est le bien recherché, la terre blanche feuillée, le congelant à congeler, l’arsenic purifiant et le soufre blanc dont ARIS-TOTE dit : C’est le don excellent que les alchimistes peuvent recueillir pour en faire de l’argent.

Nul ne doit sublimer la terre pour des ouvrages sophistiques, mais on doit la sublimer jusqu’à notre élixir parfait. Les choses sublimées le sont de deux manières : ou bien par elles-mêmes, parce que ce sont des esprits, ou bien avec d’autres, parce qu’elles s’incorporent à des esprits. Le mercure étant un esprit se sublime par lui-même, mais notre terre étant de la chaux, elle n’est sublimée que si elle s’incorpore au mercure. Convertis donc la chaux et imbibe-la de mercure, et cuis jusqu’à ce qu’ils deviennent un seul corps. Ne crains pas de réitérer souvent l’opération, car si le corps n’est pas incorporé au mercure il ne montera pas. C’est pourquoi il est nécessaire que tu rendes sa nature subtile autant que tu le pourras et que tu le piles fortement avec du mercure jusqu’à ce qu’ils deviennent une seule chose. Car nous n’opérons la sublimation que pour ramener les corps à une matière subtile, pour qu’ils soient des esprits et que le corps soit léger à gouverner en toutes choses, soit vers le soleil, soit vers la lune.

Nous opérons donc la sublimation pour ramener les corps dans leur matière première, c’est-à-dire en mercure et en soufre. Nous opérons cette sublimation pour trois raisons : la première, c’est pour que le corps devienne un esprit de matière et de nature subtiles ; la deuxième, c’est pour que le mercure s’incorpore bien avec la chaux ; la troisième, c’est pour que le corps tout entier revête la couleur blanche ou rouge.

C’est pourquoi lorsque la chaux est sublimée jusqu’à la lune, elle doit être blanche et le mercure de son côté doit être blanc, et quand la chaux est sublimée jusqu’au soleil, elle doit être rouge et de même le mercure doit être rouge, chauffé au feu, et il doit être une poudre incérée. Ne mets pas de mercure rouge pour le blanc, ni de mercure blanc pour le rouge, mais chacun avec son espèce. Mets sur un feu allumé et sublime le tout. Ne mélange pas ce qui reste dessous avec ce qui monte. Car tu devras faire une réitération avec ce qui reste au fond en y incorporant du mercure jusqu’à ce que tout monte, sinon tu ne l’introduiras pas dans le magistère. L’alambic dans lequel tu sublimes le mercure sera un vase de verre et une cucurbite de terre. Celle-ci sera vitrée et le fond en sera large de manière que le mercure puisse monter plus librement. L’alambic et la cucurbite seront joints de manière que le mercure ne puisse pas sortir ou s’évaporer, de crainte que le magistère ne périsse, etc.

LA MULTIPLICATION

La rosée philosophique.

Tu vois ici du ciel l’eau tomber goutte à goutte ; La terre boit son eau et s’en imprègne toute.

GEBER au Livre III. chapitre LXXIX :
Pour la préparation de la médecine solaire on ajoute du soufre non brûlant par un procédé qui fixe et calcine, avec une grande habileté. On administre ce soufre d’une façon parfaite et l’on dissout en réitérant souvent jusqu’à ce que le corps demeure pur. Cette administration parfaite s’opère par la sublimation et cette adjonction se réalise en réitérant la sublimation de la partie non fixe de la pierre que l’on doit unir jusqu’à ce qu’elle s’élève avec elle. On la fixera ensuite avec elle afin qu’elle se tienne immobile. Quand on aura réalisé plusieurs fois l’ordre de cet achèvement générateur d’abondance, l’abondance de cette médecine se multipliera davantage, et son excellence augmente, et son augmentation se multiplie à l’extrême.

Et pour échapper aux morsures des impies, nous exposons l’achèvement de ce magistère en un discours bref, complet et entendu. Le but de ce magistère est de purifier parfaitement par le moyen de la sublimation la pierre et ce qui s’y ajoute. Et à partir de là le volatil sera fixé suivant un procédé ingénieux fixe. De cette manière est achevé l’arcane très précieux, supérieur à tout arcane des sciences de ce monde. C’est un trésor incomparable. Tu t’y exerceras avec une application très grande au travail, avec une méditation immense et prolongée. Par elle tu trouveras, et sans elle, non. Et l’administration de l’excellence de cette médecine peut s’effectuer moyennant beaucoup de soin et de prudence dans la préparation de la pierre jusqu’à la transmutation de argent-vif en infini solifique et en vrai lunifique, et cela ne dépend que de sa multiplication.

On louera donc le Dieu des natures, Dieu béni et glorieux, qui nous a révélé la série de tous les remèdes avec leur expérience. Nous l’avons recherché par l’excellence de cette exploration et par l’application de notre travail. Nous avons vu de nos yeux et touché de nos mains l’achèvement de notre magistère. Et, si nous l’avons voilé, le fils de l’enseignement ne s’en étonnera pas, car ce n’est pas à lui que nous l’avons voilé, mais aux méchants et aux pervers. Nous l’avons transmis par un discours de cette sorte qui échappera forcément aux insensés, tandis que grâce à lui les sages pourront être attirés par cette recherche.

Recherchez donc, fils de l’enseignement, ce très excellent don de Dieu réservé à vous seuls. Fils insensés de la malice, à la méchanceté immense, fuyez loin de cette science, car elle vous est ennemie et contraire. Elle vous mettra dans la misère de la pauvreté, car ce don de Dieu vous est totalement caché par la providence divine et le jugement divin, et il vous est entièrement refusé. Ainsi parle GEBER.

Il dit encore au Livre I, chapitre XXVI :
Nous t’avons donné à entendre, selon l’opinion des Anciens qui furent de notre secte, celle des imitateurs de la nature, que les principes naturels dans l’œuvre de la nature sont l’esprit fétide, c’est-à-dire le soufre, ainsi que l’eau vive dont nous concédons qu’elle est appelée eau sèche. Nous avons divisé l’esprit fétide. Il est en effet blanc dans la partie cachée et ses deux formes sont une rouge et une noire dans le magistère de cette œuvre, mais selon l’apparence toutes deux tendent au rouge.

Il dit de même au Livre II, chapitre XXXIX :
La considération des choses qui favorisent la perfection est la considération de la nature de ces choses que nous voyons adhérer aux corps sans intervention de l’art et réaliser une transformation. Ainsi, les marcassites, la magnésie, la tutie, l’antimoine, le lapis lazuli. C’est également la considération des corps qui purifient sans adhérer. Ainsi le sel et les aluns, le nitre et le borax, et ceux qui sont de leur nature. C’est également la considération de transformation en verre qui purifie au moyen de la nature semblable.

LA PURIFICATION DU VINAIGRE TRES AIGRE.

D’après GEBER au Livre de l’Exploration, de l’art.

C’est n’importe quel vinaigre ou acide. On les rend subtils et on les épure, et leur vertu ou effet est améliorée par la distillation. Nous avons suffisamment parlé de leur purification et de leur épuration. Avec eux on peut préparer des corps imparfaits, les améliorer et les subtiliser, toujours au moyen du feu requis. Avec eux, en effet, on les prépare et on les épure en vue du feu de cette manière. Ces corps imparfaits ont, en effet, des humidités superflues et une nature sulfureuse combustible engendrant la noirceur dans les corps qu’on mélange avec eux, corrompant donc ces corps. C’est qu’ils ont une nature terrestre impure, fétide et combustible, trop grossière, empêchant l’ingrès et la fusion. Ces qualités et leurs semblables sont superflues dans ces corps. Nous les avons trouvées en eux par notre expérience et notre recherche certaine et ingénieuse. Comme ces qualités superflues viennent au corps par accident et non de façon radicale, le dépouillement des qualités accidentelles est possible. Il nous faut donc pour purifier ces corps en ôter tous les accidents et toutes les superfluités avec le feu artificiel, de manière que seule reste la substance du mercure et du soufre radical. Telle est la préparation entière de ces corps parfaits et leur épuration parfaite. Leur amélioration, leur épuration, leur subtilisation et celle de la substance pure qui demeure se font de multiples manières selon que l’élixir a besoin d’une préparation. Le mode général d’épuration est le suivant : d’abord toute l’humidité superflue et corrompue doit être élevée dans leurs essences à l’aide du feu proportionné, ainsi que leur superfluité subtile et brûlante. Par la calcination toute la substance demeurant corrompue dans la chaux de leur humidité superflue et brûlante ainsi que la noirceur doivent être corrodées à l’aide des corrosifs dont il a été question, acides ou aigres, jusqu’à ce que la chaux devienne blanche ou rouge ou colorée et pure suivant le corps, la nature et la propriété. Elle sera alors purifiée de toute la superfluité et de toute la corruption susdites. Ces corps sont purifiés à l’aide de ces corrosifs en broyant, en imbibant et en lavant. Après quoi il faut détruire ou dépouiller toute la nature terrestre immonde ainsi que la puanteur combustible et grossière à l’aide des éléments susdits, purifiés, n’ayant pas de fusion métallique, à l’aide de la chaux susmentionnée, purifiée comme on l’a dit. Ces corps mélangés et bien broyés retiendront avec eux, dans la fusion ou la réduction de la chaux, la nature terrestre grossière et immonde. Le corps demeurera pur, ayant été purgé de toute superfluité corruptrice. Si l’on descend de là, on a le mode général d’amélioration et de subtilisation de la substance pure. Ce corps purgé et réduit doit être calciné une nouvelle fois à l’aide du feu et des corps purifiants dont il a été question.

Il faut ensuite les dissoudre avec les solvants. Car cette eau est notre Pierre, c’est aussi l’argent-vif sortant de l’argent-vif et le soufre sortant du soufre extraits, subtilisés et atténués à partir du corps spirituel. On peut l’améliorer en renforçant en lui les vertus élémentales et en augmentant la couleur, la fixité, le poids, la pureté, la fusibilité et les autres qualités qui, toutes, conviennent à l’élixir parfait. Tel est le procédé exploré par nous seuls. C’est le procédé de la préparation, de la subtilisation et de l’amélioration des corps minéraux en général.

La multiplication de l’élixir se fait de deux manières : l’une est la solution réitérée et la coagulation de la pierre, l’autre, la projection de la première pierre élixir sur le corps. La pierre sera soit blanche, soit rouge, en même quantité que le corps, et il sera converti en médecine. Alors les corps seront mis dans leur eau et leur menstrue en vue de la dissolution, Ainsi le premier élixir est le ferment d’une telle teinture. C’est ainsi que font les boulangères.

DE L’INCÉRATION DE L’ELIXIR BLANC.

Extrais donc une partie de la lame cristalline brillante que tu trouveras au fond. Broie d’abord et pratique la plus complète incération, en reversant dessus goutte à goutte de son airain blanc dans le creuset sur un feu léger jusqu’à ce qu’il fonde comme de la cire. Eprouve ensuite sur une lame rougie au feu. S’il se résout très vite comme de la cire, l’incération est faite. Sinon ramène le corps pour qu’il incère goutte à goutte en prenant de son huile, jusqu’à ce qu’il fonde comme de la cire sans fumée. Tel est le commandement de tous les philosophes : Quand tu auras fixé les parties sublimées, tu reprendras la partie pure de la terre et tu opéreras la sublimation de la partie restante non fixe sur celle qui est fixe. Essaie-la sur le feu. Si elle donne une bonne fusion, tu as suffisamment réitéré la sublimation. Sinon recommence à plusieurs reprises la sublimation de la partie fixe jusqu’à ce qu’elle fonde tout de suite comme de la cire sans fumée. Alors tu extrairas et tu laisseras refroidir.

Dans ce chapitre tu observeras attentivement l’intention pleine de zèle de l’auteur lorsqu’il réitère si souvent l’exposé du mode d’incération. Peut-être aurait-il suffi qu’il le répète une seule fois, mais pour que la nécessité d’une multiplication infatigable de l’incération s’imprime plus fortement et d’une façon plus tenace dans l’esprit du lecteur, il le répète souvent, car toute la vertu de l’élixir en dépend. Considère aussi l’incération, la fixation et la sublimation comme étant un seul et même acte. Par l’incération l’esprit est fixé et le corps sublimé.

ARNAUD dit dans un chapitre précédent :
Garde une partie de l’eau distillée sept fois, car c’est le mercure soluble des philosophes, celui qui opère le mariage. C’est l’eau de vie qui lave le laton. Ainsi tu as fait l’eau blanche et ainsi tu feras la rouge, car il n’y a pour elles qu’un seul et même mode d’ablution et un effet semblable, sauf que l’eau blanche sert à blanchir et la rouge, à rougir. Ne mélange donc pas l’une avec l’autre, car si tu agis autrement, tu erreras.

ARNAUD dit dans un autre chapitre :
Si le corps fond avec difficulté parce qu’il manque d’incération, viens-lui en aide avec de l’huile, c’est-à-dire de l’air, en versant goutte à goutte sur un feu léger jusqu’à ce que le corps fonde comme de la cire. Car lorsque tu incères tu mets davantage de la chose chaude et humide que de la chose froide et sèche. Par contre, quand tu fixes, tu mélanges davantage de la chose sèche et froide que de la chose humide et chaude. Comprends mes paroles, car la perfection de cette œuvre est la transmutation de la nature.

A partir de ce qui vient d’être dit observe que l’eau, l’air et l’huile sont une seule et même chose, à savoir l’esprit du mercure minéral, etc.

Le même dans un autre chapitre. Il y a quatre régimes principaux se changeant les uns dans les autres : dissoudre, laver, réduire et fixer. Dissoudre le grossier en simple et le subtiliser, laver l’obscur pour l’éclaircir, réduire l’humide en sec, fixer le volatil sur le fixe. Dissoudre, c’est diviser le corps ou encore faire la première matière ou nature ; laver, c’est humecter, distiller et calciner. Réduire, c’est engraisser, incérer ou imprégner, c’est aussi subtiliser. Fixer, c’est marier, résoudre et coaguler. Par la première opération la nature est changée à l’intérieur, par la deuxième, à l’extérieur, par la troisième, en haut, par la quatrième, en bas.

LA REVIVIFICATION.

Le retour de l’âme.

L’âme descend ici du ciel, belle et heureuse, Faisant sortir en vérité la fille des sages.

GEBER, Livre III, chapitre XC. Epilogue général.
Maintenant que nous avons exposé de claires expériences montrant les causes suffisantes de ce magistère, ainsi que l’exigeait notre dessein, il nous reste à achever cette œuvre divine en un seul chapitre et à résumer en un bref discours le magistère dispersé dans les divers chapitres.

Nous disons donc que le but de l’œuvre tout entière est simplement de prendre la pierre connue dans les chapitres, puis d’opérer sur elle, avec une grande application à l’ouvrage, la sublimation du premier degré, et par là elle est purifiée de son impureté corruptrice. Et c’est la perfection de la sublimation. Par elle, la pierre sera sublimée jusqu’à ce qu’elle parvienne à la dernière pureté de la subtilité, et finalement elle deviendra volatile. Puis il faudra la fixer par des procédés de fixation jusqu’à ce qu’elle repose dans l’âpreté du feu, et c’est là la marque du deuxième degré de préparation.

Toutefois, la pierre est conduite de la même manière au troisième degré qui est l’achèvement ultime de la préparation. Il consiste à rendre la pierre volatile par des procédés de sublimation, à rendre le volatil fixe et le fixe dissous, et de nouveau à rendre volatil ce qui était dissous, et de nouveau le volatil fixe jusqu’à ce qu’il coule et se change en perfection solifique et lunifique certaine. La réitération de la préparation de ce troisième degré produit dans la médecine la multiplication de l’excellence du pouvoir d’altération. La diversité des degrés de réitération de l’œuvre sur la pierre produit la diversité de la multiplication de son excellence et de son pouvoir d’altération. Certaines médecines transmuent les corps en multipliant au septuple, d’autres au décuple, d’autres au centuple, d’autres par mille, d’autres transmuent à l’infini solifique et au vrai degré lunifique de perfection. On examinera enfin si le magistère consiste en la perfection.

Que le lecteur prête donc attention aux propriétés de l’action et aux modes de composition du grand élixir. Nous cherchons en effet à réaliser une seule substance, agglomérée pourtant à partir de plusieurs, unifiée, fixe, telle que, si on la place sur le feu, celui-ci ne la désintègre pas, et si on la mélange aux liquides, elle se liquéfie avec eux, grâce à ce qu’il y a en elle de substance pénétrante. En outre elle devra se mélanger à l’aide de ce qu’elle possède de substance mélangeable, se consolider à l’aide de ce qu’elle a de consolidable, se fixer à l’aide de ce qu’elle a de fixable. Elle n’est pas brûlée par ce qui brûle l’or et l’argent et elle présente des consolidations à l’aide de l’ignition requise et totale.

Ce n’est pourtant pas en peu de temps, comme tu peux le comprendre, ce n’est pas en quelques jours ou en quelques heures que l’on peut la réaliser pour la première fois. Mais en comparaison des autres médecines modernes, en comparaison aussi de l’opération naturelle de vérité, cette œuvre est menée à bien assez rapidement.

C’est pourquoi un PHILOSOPHE dit :
La médecine appartient à celui qui s’y est pris longtemps à l’avance. Pour cette raison, je vous demande d’attendre avec patience, car elle risque de tarder. La hâte vient du diable. C’est pourquoi celui qui n’a pas de patience doit renoncer à l’œuvre, car la crédulité provoque la hâte et entrave l’œuvre.

En effet toute action naturelle a son mode et son temps déterminé dans lequel elle s’achève, soit au bout d’un espace de temps plus ou moins long. Pour cela trois choses sont nécessaires : la patience, la lenteur et l’aptitude des instruments. Nous en avons parlé à l’artisan au long des divers chapitres de notre Somme du parfait magistère. Il peut y vérifier s’il a suffisamment exploré nos déclarations. Nous y avons conclu en prouvant de façon ouverte et manifeste que notre pierre n’est autre que l’esprit fétide et l’eau vive appelée par nous eau sèche. Elle est purifiée par une proportion naturelle et unie par une union telle qu’elle ne peut plus s’éloigner d’elle-même. L’artisan doit y ajouter un troisième corps pour abréger l’œuvre : c’est le corps parfait atténué.

Ces prémisses font apparaître les choses dont la vérité est proche et qui achèvent l’œuvre.

DE LA COAGULATION ET DE LA PREPARATION DE LA PREMIERE PIERRE AINSI QUE DE SA SUBLIMATION.

Ce qui suit est extrait du livre d’ADHEMAR sur GERER, roi des Perses.

Il dit au chapitre IV :
De quelque manière que la pierre ait été purifiée par la sublimation, détruite par la combustion et par l’extraction de son huile, débarrassée de sa tendance à fuir par la fixation, elle ne fond pas et ne pénètre pas, elle ne se mélange pas, mais se vitrine comme le dit GERER. C’est pourquoi il faut la dissoudre dans l’acidité des eaux et la calciner de nombreuses fois.

Il dit également au chapitre VI :
En réitérant souvent l’imbibition et, en même temps, en broyant et en cuisant légèrement, on détruit la majeure partie de sa qualité aqueuse. C’est le premier degré de la sublimation par laquelle on détruit la qualité aqueuse du mercure. Puis on plongera toute cette substance au fond de l’aludel et on augmentera le feu jusqu’à ce que la partie plus blanche que la neige très blanche, quasi morte dans sa blancheur, adhère aux vertèbres de l’aludel. C’est notre sublimation par laquelle Fa fétidité terrestre et les parties de soufre accompagnées de fèces restent au fond. Elle est purifiée dans cette nature qui est la sienne. Puis on la fixera, c’est-à-dire qu’on la fera fermenter, car le ferment fixe. On la mettra ensuite dans le fumier, et on continuera jusqu’à ce qu’elle repose dans l’âpreté du feu. C’est ce qu’on appelle le deuxième degré de la préparation, c’est-à-dire de la sublimation. Si l’on demande comment l’on peut subtiliser le mercure alors qu’il possède d’une façon actuelle une substance très subtile, il faut rappeler ce que j’ai dit ailleurs, à savoir que par la sublimation et la subtilisation, c’est-à-dire la sublimation du premier degré, il doit être purifié et subtilisé. Par conséquent on le rendra finalement subtil, c’est-à-dire qu’on le sublimera à l’aide du feu, de manière qu’il monte plus pur que le cristal depuis les fèces jusqu’aux vertèbres du vase.

GEBER.
Blanchissez le laton c’est-à-dire la terre, et lâchez vos livres, de peur que vos cœurs ne soient brisés. Il dit ailleurs : Le feu et l’eau lavent le laton, ils nettoient sa noirceur. Prends donc ce qui est sublimé dans l’aludel et recommence une fois la sublimation. Fixe avec précaution dans l’administration du feu afin que son humidité soit détruite jusqu’à permettre la fusion complète, car le feu lent ‘ conserve l’humide et parfait la fusion. Il dit encore que l’argent-vif doit être sublimé, puis fixé. GEBER dit encore au chapitre XXVIII que le mercure est fixé par sa sublimation successive et réitérée de manière à donner la fusion métallique. Tu trouveras souvent cette prescription dans ses écrits. Tout cela doit être entendu de la préparation de la première pierre et de son blanchissement avant qu’on la place dans le fumier. Elle doit être incérée à l’aide d’eaux acides, dissoute, puis coagulée sur les cendres jusqu’à ce qu’elle mollisse considérablement et coule finalement éclatante comme la lune, etc. C’est là sa sublimation, son passage à une dignité et une vertu plus grandes, sa véritable purification, etc.

GEBER au chapitre VII.

Je conseille d’entreprendre l’œuvre avec des pierres imparfaites. Cela fait partie de l’énigme principale de GEBER. Il dit au chapitre XVII que la nature du mercure est dans les corps comme elle l’est dans le mercure, mais qu’elle atteint sa perfection dans les pierres connues. Et on lit au chapitre III que la marcassite contient la nature du mercure mortifié et moyennement préparé qui a une valeur plus grande. Ce philosophe ne veut dans ses œuvres que la nature du mercure, mais toute la nature du soleil vient du mercure, comme il est dit au chapitre VIII.

Ce philosophe veut également que cette substance mercurielle soit mortifiée, mais son mercure se trouve dans cette vénérable pierre, comme chacun peut le voir, donc, etc. Ce philosophe veut également de façon évidente que cette substance du mercure soit fixe, car il enseigne la manière de fixer avec de grandes précautions et une grande habileté. Mais qui doutera que la substance de cette précieuse pierre soit très fixe ? Nul, en vérité, de ceux qui la connaissent.

Ce philosophe veut encore que sa pierre soit fixée en faisant attention au feu, de manière que son humidité soit conservée, mais où la chaleur est-elle plus tempérée que dans les entrailles de la terre ? Ce philosophe veut encore que sa pierre soit fondue. Il apparaît donc que la pierre est la maîtresse du philosophe, car c’est comme s’il disait qu’elle fait d’elle-même naturellement ce qu’on dit qu’elle fait. Ainsi le philosophe n’est pas le maître de la pierre, mais bien plutôt son serviteur.

Par conséquent quiconque cherche par un art étranger à la nature introduire dans cette chose ce qui n’y est pas naturellement, celui-là erre et il aura à pleurer son erreur.

Le soleil est le principe de l’œuvre au rouge, la lune purgée de son soufre brûlant et combustible est le principe de l’œuvre au blanc.

Prends donc cette pierre précieuse qui possède un esprit, un corps et une âme et calcine-la à l’aide de son humide ou de son mercure jusqu’à ce qu’on ne puisse plus la toucher.

La pierre est également préparée au troisième degré qui est son achèvement. Ce degré consiste en ce que tu rendes la pierre fixe volatile par les procédés de sublimation. Sublime donc à l’aide des esprits non fixes. Sublimer le fixe n’est autre que convertir le corps en esprit. On extrait ainsi les secrets des paroles du philosophe.

(Suivent d’autres analyses de l’œuvre de GEBER reproduisant des prescriptions déjà rencontrées sur la solution et la sublimation.)

Cette œuvre est-elle l’œuvre au blanc ou l’œuvre au rouge ?

ADHEMAR répond :
L’une et l’autre, car il est écrit au chapitre LXVI de GEBER que la pierre lunaire et la pierre solaire sont identiques en essence, car on achève l’une et l’autre à l’aide du seul mercure. Il n’y a qu’une manière de procéder, car on opère à l’aide des mêmes opérations et dans le même ordre. Il n’y a donc, selon tous les philosophes, qu’une seule médecine. Elles diffèrent cependant par la fermentation.

TABLEAU DE LA PERFECTION ENIGME DU ROI.

La pierre au rouge ou pierre solaire.
Ici est né le roi digne de tout honneur, rien dans ce monde n’excède sa grandeur, de ce qui naît de l’art ou bien de la nature parmi toutes les vivantes créatures. Les philosophes l’ont nommé leur fils :
tout ce qu’ils font, c’est lui qui l’accomplit. Il donne à l’homme tout ce qu’il désire : la santé, la vigueur de la vie, l’or, l’argent, les pierres précieuses, une jeunesse forte, belle et joyeuse. Il dissipe colère, pauvreté, maladie : bienheureux celui à qui Dieu l’accorde.

REPONSE DE LA REINE LUNE.
Ici est née la belle et riche reine : les philosophes l’égalent à leur fille. Elle s’augmente, enfante des fils sans nombre qui sont immortels et purs. Elle détruit la mort, hait la misère, donne richesse, honneurs, biens et santé, surpassant l’or, l’argent, les pierres précieuses et toute médecine grande et petite. Nul n’approche de sa richesse et nous en rendons grâces à Dieu dans son royaume.

GERER.
Par notre recherche, qui nous a procuré la certitude, et par notre claire expérience nous avons vu que ces paroles sont vraies. Nous les avons écrites dans nos livres pour nous seuls selon ce que nous avons vu par l’expérience et la raison. Ce que nous avons, dans notre expérience, extrait avec nos doigts, vu de nos yeux et touché de nos mains, nous l’avons écrit dans notre Somme de notre Magistère de la perfection. Par conséquent, que le sage artisan étudie nos volumes en rassemblant notre dessein dispersé, réparti dans des endroits divers pour éviter qu’il ne soit divulgué aux méchants et aux ignorants. Une fois qu’il aura été réuni, qu’il l’essaie jusqu’à ce qu’il parvienne à la connaissance totale par l’étude et l’expérimentation moyennant la persévérance d’un travail habile et intelligent. Que l’artiste s’exerce et il trouvera.

Mais afin de ne pas être mordu par les impies, nous affirmons que nous n’avons pas livré notre science en un discours continu. Nous l’avons répartie dans les chapitres. Car si nous avions agi autrement, l’homme malhonnête s’en serait emparé au même titre que l’homme honnête. Et nous l’avons également cachée là où nous avons parlé plus ouvertement. Ce n’est pas en énigme mais par un discours simple que nous nous sommes adressés à l’artisan. Nous l’avons mise dans un langage qui ne peut être compris que du seul Dieu très haut, très glorieux et béni, et de notre esprit, ou encore de quiconque a reçu la grâce de la bonté divine que Dieu accorde et retire comme il veut. Donc, que le fils de l’enseignement ne désespère pas, car s’il la cherche il la trouvera, en explorant non l’enseignement, mais le mouvement propre de la nature. Celui qui la recherche en explorant les livres parviendra très tard à la connaissance de cet art très précieux. Car c’est pour nous seuls et non pour d’autres que nous avons publié cet art exploré par nous seuls. Il est cependant très vrai et très certain. Donc que l’artisan à l’intelligence bonne s’exerce au moyen de ce que nous avons livré et il se réjouira d’avoir découvert le don du Dieu très haut. Ces paroles doivent suffire pour l’exploration de l’art sublime.

GEBER dit encore dans sa Somme, au chapitre XVI, Des principes naturels :
II faut observer que lorsque la pierre a été purifiée et parfaitement nettoyée de toute chose corruptrice et qu’ensuite elle a été fermentée, tu n’as plus besoin de changer de vase ni d’ouvrir celui-ci. Mais il faut seulement que Dieu le garde de peur qu’il ne se brise. Et pour cette raison les philosophes ont dit que le magistère tout entier s’accomplit dans un seul vase. Il faut savoir que l’œuvre au blanc se parfait en l’espace de quarante jours et quarante nuits après la purification de la pierre, car il ne peut y avoir de temps fixé pour la purification, la seule condition étant que l’artisan travaille bien. L’œuvre au rouge se parfait en 90 jours et autant de nuits, et ce sont là les termes véritables conduisant à la perfection totale. Comprends donc ces paroles comme traitant de la coagulation qui suit la purification. Cette purification ne peut avoir lieu que dans la putréfaction et la conversion du corps en pur esprit. Lorsque tu l’auras obtenue, donne louange à Dieu.

SENIOR.
Je suis la lune, croissant humide et froide, et toi, soleil, tu es chaud et humide (ou encore : sec). Quand nous nous épousons dans la justice de notre état dans une maison qui n’est faite que d’un feu léger portant en lui ce qui est lourd, nous sommes là de loisir, comme sont de loisir une femme et un homme de noble naissance. Cette image est vraie. Et quand le soleil et moi aurons été unis pour demeurer en loisir dans le ventre de la maison fermée, je recevrai de toi l’âme avec tes caresses. Si tu ôtes ma beauté et mon aspect charmant en t’approchant de moi, nous nous réjouirons et l’esprit en nous s’exaltera quand nous serons montés dans l’ordre des vieillards. Alors la lampe de ta lumière versera ses rayons dans ma lampe. Il se fera de toi et de moi un mélange de vin et d’eau douée après que j’aurai recouvert ma couleur de la noirceur semblable à de l’encre après ma ir solution et ma coagulation.

Quand nous serons entrés dans la maison d’amour, mon corps se coagulera et je serai dans ma vacuité. Le soleil répond à la lune : Si tu fais cela, si tu ne me causes pas de dommage, ô lune, mon corps reviendra et ensuite je te donnerai une nouvelle force de pénétration par laquelle tu seras puissante dans le combat du feu de liquéfaction et de purgation. Tu sortiras de ces épreuves sans diminution, et sans ténèbres, comme l’airain et le plomb, et tu ne lutteras pas, car tu ne seras pas rebelle.

EXTRAIT DE LA LETTRE DE RAYMOND LULLE A ROBERT, ROI DE FRANCE.

Tu dois savoir que du plomb des philosophes on tire une certaine huile de couleur dorée ou presque. Si tu sublimes avec elle trois ou quatre fois la pierre minérale, végétale et animale ou le mélange suivant la fusion, elle te débarrassera de tout travail de solution et de coagulation. La raison en est que c’est une huile cachée qui rend la médecine pénétrante, amicale et susceptible d’être unie à tous les corps et elle augmentera son efficacité au-delà de toute mesure et il n’est rien au monde de plus secret.

C’est pourquoi j’annonce des merveilles qui eussent paru incroyables à tous les anciens philosophes, à savoir que si tu sais bien séparer cette huile de la qualité aqueuse et si tu travailles en mélangeant comme il a été dit, tu pourras réaliser la pierre en trente jours. Cela n’est pas absolument nécessaire, car ses solutions et ses coagulations se font rapidement.

Si pourtant sa sublimation avait lieu, je crois que la teinture de la pierre serait considérablement augmentée. Détermine donc ton intention d’après cela. GALIEN, parlant de l’yccir ou élixir, dit que les remèdes varient suivant les médecins. Certains disent que l’élixir vient des minières des montagnes, d’autres des herbes, d’autres des bêtes et de l’urine, etc. Pourtant il se fait à partir d’une seule de ces choses. On la place dans l’ymbic ou alambic et tout d’abord l’eau sort en fumée, c’est-à-dire en esprit ; puis l’huile sort en liqueur, c’est-à-dire en âme ; enfin ce qui demeure dans le vase est de terre, et ils l’appellent corps. C’est à partir de ces trois : l’esprit, l’âme et le corps, cuits de manière à pouvoir être mélangés et fondus, qu’on fait l’élixir. D’autres disent que l’yccir est fait de soufre et d’argent-vif rendus subtils.

Note qu’il n’est pas d’eau, d’huile ou de feu qui aient leur efficacité en vue de teindre si on ne les rectifie d’abord en réitérant la réduction en fèces et la distillation jusqu’à huit ou dix fois. Pourtant dans toutes les solutions et les fixations, les teintures et les achèvements, il faut conserver une méthode telle que l’intention orne et complète la chose, à savoir que les corps imparfaits soient calcinés comme il faut, lavés subtilement, etc. selon le sain jugement de l’opérateur.

DE NOTRE MERCURE QUI EST LE LION VERT DEVORANT LE SOLEIL.

Le lion vert dévorant le soleil.

Je suis celui qui fut le lion vert et doré : En moi est enfermé tout le secret de l’art.

C’est le mercure. Sache qu’il est froid et humide et que Dieu a créé tous les minerais à partir de lui et par lui. Car c’est un élément aérien, fuyant le feu. Quand une partie de lui est fixée, il accomplit une œuvre sublime et c’est un esprit volatil. Et il n’y a rien d’autre au monde que lui, et il n’y a rien qui puisse prendre sa place. Quand on le mélange à un corps, il le vivifie, l’illumine et le change d’une disposition en une autre et d’une couleur dans une autre. Il constitue donc tout l’élixir de la blancheur et de la rougeur. C’est l’eau permanente, l’eau de vie et de mort, le lait de vierge, l’herbe d’ablution, la fontaine animée qui fait que celui qui en boit ne meurt pas. Il reçoit la couleur, il est la médecine et fait acquérir les couleurs. C’est ce qui mortifie, dessèche et humecte, ce qui réchauffe et refroidit. Il opère des effets contraires suivant la mesure de son régime. Quand il est vivant il produit certaines opérations et quand il est mort il en produit d’autres. C’est lui, le dragon qui s’épouse lui-même, se féconde lui-même et engendre en son jour, et il tue à l’aide de son venin tous les animaux. Le feu le perd en peu de temps à cause de l’argent-vif, car il n’a aucun pouvoir sur lui, et il ne le dévore pas, mais fuit loin de lui.

Les premiers sages philosophes ont donc imaginé des procédés ingénieux afin de le rendre capable d’attendre le feu. Il ne cesse donc pas de résister à l’attaque du feu, mais se nourrit de lui si bien que lorsqu’une certaine fixation se réalise, il se produit des merveilles et des mutations, car étant transmué, il transmue et l’on voit apparaître sa noirceur, sa sonorité et sa splendeur. Quand on le teint, il est teint et il teint, quand on le coagule, il est coagulé et il coagule, quand on le dissout, il est dissous et il dissout. Il blanchit à vue d’œil et rougit ensuite. C’est l’eau qui rassemble, le lait, l’urine forte, l’huile qui adoucit, le père de toutes les merveilles. C’est une nuée ténébreuse, un nuage, le serviteur fugitif, le mercure occidental qui se place au-dessus de l’or et le vainc. L’or lui dit : « Te préfères-tu à moi ? Je suis le seigneur des pierres qui attend le feu ». Notre mercure lui répond : « Oui, mais je t’ai engendré, c’est de moi que tu es né et une partie de moi vivifie un grand nombre de parties de toi. Mais tu es avare et ne me donnes rien en échange. Celui qui m’aura lié avec mon frère et ma sœur vit et se réjouit. Cela lui suffit pour la vie et s’il vivait mille ans et avait à nourrir tous les jours sept mille hommes, il ne serait pas dans le besoin. Je suis le secret tout entier et en moi est cachée toute la science, car je change les corps en soleil et en lune. Ma nature est telle que j’amollis ce qui est dur et durcis ce qui est mou. Note que la pierre philosophale à l’aide de laquelle on fait naître véritablement l’alchimie est unique dans le monde entier. Les philosophes disent que celui qui s’écarte de ce seul point est tombé dans un précipice. Pourtant elle n’est pas parfaite dans sa nature à laquelle la minière la conduit, mais elle l’est dans celle où la conduit l’art lui-même. Car sans le magistère elle ne vaut rien pour nous, elle n’est d’aucune utilité, elle ne fournit rien. Bien au contraire elle corromprait plutôt : mais elle a de la valeur dans la mesure où tu l’utilises à l’aide du magistère. Car c’est un phlegme pur. Les philosophes l’appellent parfois soufre et jaune mélancolique à cause de l’efficacité de sa force merveilleuse. Certains veulent que Dieu ait à partir d’elle créé toutes les nations et fixé leur origine. Certains ont appelé cette pierre airain blanc.

D’où ces paroles de LUC et d’EXIMIUS :
Sachez, vous tous qui recherchez la science, qu’il ne se fait pas de teinture si ce n’est à partir de notre airain blanc. Car notre airain n’est pas l’airain vulgaire. L’airain vulgaire se corrompt et attaque tout ce qui lui est appliqué, mais l’airain des philosophes parachève et blanchit tout ce à quoi il est associé.

C’est pourquoi PLATON dit :
Tout or est airain, mais tout airain n’est pas or. C’est pourquoi notre airain a un corps, une âme et un esprit et ces trois sont un. Car tous viennent d’un seul, sont d’un seul et avec un seul qui est la racine de lui-même. Par suite l’airain des philosophes est leur élixir complété et parfait à partir de l’esprit, du corps et de l’âme. Ainsi les philosophes ont appelé la pierre de divers noms afin qu’elle soit manifestée aux sages et cachée aux insensés. Mais quel que soit le nom dont ils l’appellent, elle est cependant unique, identique et faite du même.

C’est pourquoi MERCULINUS dit :
C’est la pierre cachée, ensevelie au fond de la fontaine, rejetée sur les chemins, dans le fumier, recouverte d’excréments. L’unique pierre divine, pierre d’un seul, possède tous les noms.

Aussi le sage Morien, rempli de Dieu, s’écrie :
Cette pierre non-pierre est un être vivant qu’il fait bon engendrer. Cette pierre-oiseau n’est ni oiseau, ni pierre. Cette pierre est une masse, une racine, l’enfant de Saturne. Elle est soleil et Jupiter, elle est Mars et Vénus, elle est argent, or, élément ; elle est eau, vin, sang ou bien chrysolite, elle est eau de vierge, écume de la mer ou bien vinaigre. C’est l’urine coulant dans une rigole fétide, elle est germe de sel, Almisadir, sel général, c’est l’orpiment, le premier des éléments, la mer purgée à l’aide du soufre. C’est ainsi qu’ils traduisent ce qu’ils ne veulent pas exposer aux insensés. C’est ainsi qu’elle est figurée pour que le sage ne s’y trompe pas Et que ce que nous manions ne soit pas distribué aux sots. Cette unique lune est appelée de tous les noms.

Voici les manières de réaliser cette pierre et d’engendrer ce que nous cherchons. Le premier mode est la sublimation, le deuxième est la descension, le troisième, la distillation, le quatrième, la calcination, le cinquième, la solution, le sixième, la congélation, le septième, la fixation, le huitième, l’itération, le neuvième, l’incération. Et ils emploient encore une infinité de noms semblables, mais ces modes, bien qu’ils diffèrent les uns des autres suivant la raison, sont identiques en réalité. Tantôt en effet les philosophes ont considéré leur matière dans le vase, sentant le soleil ou y exhalant de la chaleur, ou bien s’évaporant sous forme de fumée très subtile et montant à la tête du vase, et ils ont appelé cette ascension sublimation. Voyant ensuite la même matière qui était montée descendre au fond du vase, ils ont appelé cela distillation ou descension. La voyant en outre s’épaissir, noircir et rendre une mauvaise odeur, ils ont appelé cela putréfaction. Voyant la couleur noire ou brune quitter ensuite au bout d’un long temps la mauvaise odeur et acquérir une certaine blancheur ressemblant à de la cendre, ils ont appelé cela incinération ou blanchissement.

C’est pourquoi MORIEN dit :

Le magistère tout entier ne consiste à rien d’autre qu’à extraire l’eau de la terre et à la laisser se répandre sur la terre jusqu’à ce qu’elle pourrisse. Et quand cette terre pourrit à l’aide de l’eau et qu’elle a été purifiée avec l’aide de celui qui gouverne toutes choses, le magistère tout entier est accompli.

Voyant encore la terre se mélanger à l’eau et l’eau diminuer peu à peu par la décoction tempérée et la terre augmenter, tous ont dit que c’était l’incération parfaite. C’est pourquoi le philosophe dit que la terre est incérée et imbibée d’eau, puis tempérée par la cuisson du soleil, c’est-à-dire de la chaleur, et toute la matière se change en terre. D’où cet adage : Sa force est entière quand elle est transformée en terre.

Voyant enfin que toute la matière parvenait à une certaine dissipation, que bientôt elle se réduisait en une substance solide et qu’elle ne s’écoulait pas du tout vers le bas, ils ont dit que c’était là la parfaite congélation.

C’est pourquoi PLATON dit :
Dissolvez notre pierre et congelez-la ensuite avec de grandes précautions comme on vous l’a montré, et vous aurez pour ainsi dire le magistère tout entier. Et ailleurs : Prends notre pierre, mets-la dans le vase et chauffe à feu doux jusqu’à ce qu’elle se brise. Cuisez ensuite à la chaleur du soleil jusqu’à ce qu’elle se congèle et sachez que le magistère tout entier n’est autre que la vraie solution et la congélation parfaite et naturelle.

PLATON dit encore :
Dissolvez et congelez et vous connaîtrez ainsi le magistère entier.

Voyant encore la matière parfaitement congelée et épaissie de telle sorte qu’elle ne se résolvait plus en aucune manière ni en eau, ni en fumée, ils ont dit qu’elle était vraiment fixée parce qu’ils ont vu cette congélation venir par la cuisson au dessèchement et au blanchissement parfaits. Comme cette blancheur surpassait toutes les blancheur, ils ont dit que c’était la coagulation parfaite. Voyant cette matière garder la même couleur et se changer en des couleurs infinies, comme cela ne peut se faire que par la dissolution de la matière, ils ont appelé cela solution. Par elle en effet les éléments se séparent, agissent et subissent. C’est pourquoi les philosophes donnent à ces éléments le nom d’époux. Aussi les insensés errent honteusement quand ils croient que la médecine philosophique est créée à partir d’une autre chose.

Les philosophes disent en effet :
Mon fils, les alchimistes et ceux qui croient à toutes leurs dissolutions, sublimations, conjonctions, etc. Qu’ils se taisent, ceux qui annoncent un autre or que le nôtre, une autre eau que la nôtre, eau qu’on appelle encore vinaigre très aigre, une autre dissolution et une autre congélation que les nôtres qui se font à feu doux, une autre putréfaction que la nôtre, etc.

PLATON dit dans la Somme :
Aucun poison capable de teindre n’est engendré sans le soleil et son ombre, c’est-à-dire son épouse.

HERMES dit dans le Secret :
Son père est le soleil et sa mère est la lune.

LE JARDINIER :
Quiconque s’efforce de rechercher une autre teinture sans le soleil et la lune est comparé à un homme voulant gravir un escalier sans marches. II faut donc que nous ayons notre réceptacle convenable pour la teinture, qui offre une certaine ressemblance avec le père. Et ce réceptacle doit être la lune parce que le soleil en lui-même fond et se liquéfie difficilement, de même que la lune en elle-même. Quand ils sont unis, ils coulent et se liquéfient très facilement et c’est ainsi que les orfèvres font leurs soudures.

LE PHILOSOPHE.
La femme est le réceptacle de la semence du mâle. Elle conserve la semence dans ses cellules et dans la matrice, et la semence y est nourrie et elle croît jusqu’au temps de la maturité. Choisissons-lui donc une femme afin qu’il ait le réceptacle requis pour sa semence. Elle est proche de lui en simplicité et en pureté, car rien n’est plus proche de l’homme que son épouse, car ils sont homogènes.

HERMES dans ses Allégories.
La lune est la lampe de la nuit ; la nuit est la naissance des ténèbres ; Dieu a créé la lune pour qu’elle gouverne le monde. Elle reçoit la lumière du soleil, elle est chérie de lui, car la nature du soleil surpasse celle de la lune. Notre mercure se fait à partir du minéral et du végétal mis ensemble, car les corps unis ont plus de profit que s’ils étaient séparés essentiellement. Considère à partir de cela la nécessité des deux mercures.

La perfection de la Pierre ou le couronnement de la matière sous l’image du couronnement de la Vierge.

Extrait du philosophe DEMOCRITE.
Dans la première opération tu dissoudras les corps sur la cendre chaude et tu ne feras pas de trituration avec l’eau.

AVICENNE.
La première opération de l’œuvre, c’est de dissoudre la Pierre dans sa matière première.

SENIOR et HER-MES.
Dissolvez les corps en eau.

PLATON dans la Somme.
Tu piétines parce que tu as des difficultés à dissoudre le corps. Il te faut donc continuer à appliquer le feu lent jusqu’à ce qu’il se dissolve tout entier, et par ce feu l’œuvre se parfait. Observe que la révolution des choses circulaires ne s’accomplit pas tant que la résolution en matière première ne s’est pas faite. RHASIS. Si vous ne dissolvez pas les corps vous travaillez en vain.

ALBERT LE GRAND.
Sache de science certaine qu’aucun esprit des corps ne peut être teint avant d’avoir été dissous.

MORIEN.
Si toutes les choses naturelles ne passent pas en vapeur par leur nature, l’opération dans cet art est vaine. Si la solution se fait, l’œuvre alchimique est préparée, elle se multipliera, elle goûtera une joie partagée. Ici les sciences naturelles interfèrent entre elles, car elles consistent dans la solution.

SORIN, II° distinction.
Le commencement du régime est la solution parfaite de façon que le corps se raréfie et devienne extrêmement ténu. Il faut donc le dissoudre.

ALPHIDIUS.
L’Argent-vif extrait de ce corps noir est blanc, humide et pur de toute écorce, de peur que l’œuvre ne périsse. MORIEN. Il te faut savoir que la fumée blanche est l’âme et l’esprit de ces corps dissous, et si la fumée blanche n’était pas l’or, il n’y aurait pas d’alchimie.

LE JARDINIER.
Voici notre noble mercure et Dieu n’a jamais créé de chose plus noble sous le ciel, à l’exception de l’âme raisonnable.

HERMES, roi des Grecs.
Le corps dissous est l’eau éternelle, congelant le mercure d’une coagulation perpétuelle.

HIPPOCRATE.
Si quelqu’un veut purger les corps, il doit les rendre fluides. La noirceur de la putréfaction dure selon certains quatre ou cinq jours. SENIOR. La première clé est l’extraction des humeurs et de la graisse. Le signe en est une noirceur surabondante par laquelle l’âme est consumée en eau. ALBERT. Si l’âme ne sort pas de son corps et ne remonte pas au ciel, tu ne feras rien.

PARABOLE DE SENIOR SUR LA TEINTURE BLANCHE.

Si les parents de mon bien-aimé goûtent à la vie et sont nourris de mon lait, s’ils s’enivrent de vin blanc et s’unissent dans mon lit, ils engendreront un fils de lune qui surpassera toute sa parenté. Et si mon bien-aimé boit au tombeau rouge de pierre et goûte à la source de sa mère, s’il connaît l’union nuptiale, boit de mon vin rouge et s’enivre avec moi, s’il partage amicalement ma couche et si, dans mon amour, sa semence entre dans ma cellule, je concevrai, je serai enceinte, et à mon heure j’engendrerai un fils tout tout-puissant, dominant tous les rois et les princes de la terre et régnant sur eux, couronné pour toutes choses de la couronne d’or de la victoire par le Dieu très haut qui vit et règne dans les siècles des siècles.

LA TOURBE.
Explorateurs de cet art, si vous voyez cette blancheur apparaître et surnager dans le vase, soyez persuadés que le rouge est caché dans le blanc. Il ne faut donc pas l’extraire, mais l’on doit cuire jusqu’à ce que l’ensemble devienne totalement rouge.

SENIOR.
Blanchissez le noir, rougissez le blanc, car l’eau blanchit et le feu illumine. Car il brille dans sa couleur comme un rubis par son âme teignante acquise par la vertu du feu.

HERMES.
Le septième régime est celui de la lune : il consiste à cuire, à rougir, à chauffer, à rôtir pendant vingt-cinq jours. Et tu as ainsi l’achèvement de l’œuvre.

LE MEME.
La couleur de l’âme est rouge. Et encore. Le blanc veut être rougi.

LE MEME.
La blancheur est notre rougeur. Encore. Notre pierre est un feu créé à partir du feu ; elle se change en feu et son âme demeure dans le feu.

ENIGME D’HERMES SUR LA TEINTURE ROUGE.

Je suis couronnée, ornée du diadème, revêtue de vêtements royaux, car je fais entrer la joie dans les corps.

HERMES au troisième Traité.
Venez, fils des sages, réjouissons-nous désormais, et jouissons ensemble, car la mort a été consumée. Notre fils règne ; il est revêtu d’une chair et d’une armure rouges. Notre fils engendré prend la teinture du feu ; la mort, la mer et les ténèbres le fuient et le dragon qui regardait à travers les trous fuit les rayons du soleil. Notre fils qui était mort vit et sort, roi, du feu. Il se réjouira des noces. Les choses cachées apparaîtront et notre fils vivifié devient un guerrier par le feu et il surpasse les teintures.

PARABOLE DU SOLEIL PAR LE PHILOSOPHE BELIN.

Sachez que mon père le soleil m’a donné pouvoir sur toutes les puissances et il m’a revêtu du vêtement de gloire. Le monde entier me recherche et court après moi. Je suis en effet le très grand. Ils ont connu ma force et mon élévation. Je suis en effet unique et suis comparé à mon père, qui est unique. Il m’a donné sa force par sa grâce, et les hommes réclament de mes serviteurs à coups de bâton ce que l’on recherche de moi, et ils n’y parviennent pas, si ce n’est par mon aide. La terre avec toutes ses puissances ne peut m’humilier. Je suis au-dessus d’elle et au-dessus de mes serviteurs jusqu’à ce que je les humilie et que je leur ôte leur puissance et leur nature. Je les revêts alors dans toutes mes œuvres de ma splendeur et de ma belle lumière qui m’a été donnée par mon père. Je suis en effet l’excellent, celui qui exalte toutes choses et qui les abaisse, et aucun de mes serviteurs n’a de pouvoir sur moi sauf un à qui cela a été donné et qui m’est contraire. Il me détruit, mais ne détruit pas ma nature. C’est Saturne : il disloque tous mes membres. Puis je retourne vers ma mère qui rassemble mes membres divisés et dispersés. Je suis celui qui illumine tout ce qui est à moi et je fais apparaître en chemin la lumière de mon père Saturne et aussi celle de ma mère, qui m’est hostile. Mais cela ne se ferait pas si je ne pouvais boire aux âmes des animaux et des plantes. Mais je viens avec la chaleur du feu pour chasser leur pouvoir et leur malice loin de moi. J’habite à la surface de la minière et je donne à mes serviteurs de mes extrémités et ils me donnent de grands noms.

Celui qui fait de moi son étude n’a souci de rien, mais il ne se rassasie pas de moi. Je conduis les navires sur la mer et je crée des villes populeuses. Ne cherchez pas ma grandeur en elles. Je vous déclare, à vous tous, les sages, que si vous ne me tuez pas votre intelligence ne sera pas parfaite et le degré de votre sagesse croît dans ma sœur la lune et non par un autre de mes serviteurs. Et si vous connaissiez mon secret vous sauriez que je suis le grain semé dans la terre pure, qui, en naissant, croît et se multiplie et apporte du fruit au semeur, car tout ce qui est engendré est engendré dans son espèce, et tout individu multiplie la forme de son espèce et non d’une autre. Je vous ai ainsi exposé toutes les figures.

Donc, quand je vais vers mon épouse blanche j’ajoute à la beauté de son visage, à sa bonté et à sa force, car elle m’obéit. Quand je me serai donc uni à elle il n’y aura rien au monde de meilleur ou d’équivalent. Elle sera fécondée et germera et elle sera comme je suis en substance et en couleur. Par ce magistère en effet la semence se multipliera, car de moi naît mon semblable, de même que quand on sème un seul grain de blé il naît, se multiplie, est broyé, passé au crible et on en fait le pain dont vit le monde entier. A partir de moi est fabriquée la minière de la terre et elle ne fait jamais défaut, car c’est un don de Dieu.

J’illumine l’air de ma lumière, j’engendre et je nourris les choses naturelles, les plantes et les pierres, je chasse les ténèbres de la nuit par ma puissance, j’assure la permanence des jours du siècle et j’illumine de ma lumière tous les luminaires et même ceux dans lesquels il n’y a ni éclat ni grandeur, et qui pourtant sont mon œuvre lorsque je suis revêtu de mes vêtements, et ils me cherchent pour faire la paix entre ma femme et moi. C’est pourquoi cela ne se fera s’ils ne se séparent pas de moi et ne sont pas mélangés indissolublement quand tu auras extrait ma femme de ma nature. Puis vous tuerez les natures et nous ressusciterons d’une résurrection nouvelle et incorporelle, car nous ne pouvons plus ensuite mourir. Car après la résurrection nous aurons la force et la gloire éternelles. Tous ceux qui connaissent notre progrès se réjouiront dans une grande prospérité.

Ainsi est achevé le précieux don de Dieu, supérieur à tout secret des sciences du monde, l’incomparable trésor des trésors.

Comme le dit PLATON :
Celui qui a ce don de Dieu possède la domination du monde, car il est parvenu au comble des richesses et a rompu le lien de la nature, non pourtant qu’il possède le pouvoir de convertir tous les corps imparfaits en soleil et en lune très purs, mais plutôt qu’il conserve tout homme et tout être vivant en bonne santé.

Si l’on donne à un fiévreux une lame cristalline, c’est-à-dire de l’élixir blanc dans la proportion d’un grain de moutarde, il est guéri. Même un lépreux sera purifié, s’il prend de cette lame pendant quatre ans, par la poudre rouge d’où l’on fait le soleil deux fois par an, en mars et en septembre. La poudre blanche et la poudre rouge guérissent les sciatiques en danger de mort et même la paralysie. Voilà ce que dit HERMES.

GEBER dit de son côté que l’élixir rouge guérit toutes les infirmités chroniques dont les médecins avaient désespéré. Il ajoute que cet élixir rajeunit l’homme comme l’aigle et le fait vivre cinq cents ans et plus. Ainsi ont fait certains philosophes qui en ont pris trois fois par semaine gros comme un grain de moutarde. C’est l’herbe appelée saturnienne des canaux dont on fait un remède. C’est pourquoi tu dois noter que toutes les maladies, depuis la tête jusqu’aux pieds, sont guéries, en un jour si elles remontent à un mois, en douze jours si elles remontent à un an, en un mois, si elles durent depuis longtemps, car il guérit le corps humain de toute infirmité comme il guérit tous les métaux attaqués.

C’est pourquoi notre Pierre bénie est dite non sans raison grande tyriaque tant du corps humain que des métaux.

HERMES roi des Grecs dit à ce sujet :
Si tu prends tous les jours pendant sept jours un poids de notre élixir égal à celui d’un grain de carouge, les cheveux blancs tomberont de ta tête et ils renaîtront noirs si bien que de vieillard que tu étais tu redeviendras jeune et fort.

ARNAUD dit :
Cette Pierre qui est nôtre possède la vertu de guérir la maladie mieux que tous les remèdes des médecins. Car elle réjouit l’âme, augmente la force, conserve la jeunesse et chasse la vieillesse. Elle empêche le sang de se putréfier, le phlegme de prédominer, la colère de se consumer, la mélancolie de monter, multiplie et purifie le sang à l’extrême, purge le contenu des esprits, restaure efficacement les membres du corps et les protège des lésions et, d’une façon générale, guérit totalement les maladies chaudes ou froides, sèches ou humides.

Elle chasse rapidement toutes les humeurs mauvaises et en amène de bonnes, procure l’amour et l’honneur, donne l’assurance et l’audace à ceux qui la portent, ainsi que la victoire dans le combat. Ainsi est achevé le suprême secret de la nature, secret sans prix, trésor incomparable. Que Dieu le garde en réserve dans son esprit pour ceux qui le possèdent afin qu’il ne soit pas divulgué aux insensés. Que tout vivant dise Amen.

Francfort, atelier de Jacobus Cyriacus, Juin 1550

La victoire de la Pierre représentée par la résurrection du Christ.

Après bien des souffrances et un cruel martyre, je suis ressuscité, glorifié et pur de toute tache.

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