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Ammonios Saccas
Saccas, Inspiré de Dieu

Données générales

PériodeLieu
GénéralII IIIÉgypte
Naissance 180Alexandrie, Égypte
Décès 242 ( 60)
Cause
Inhumation

DomaineCourantOrdre
Philosophie
Mysticisme
Théosophie
Religion
Néo-PlatonismeÉcole néoplatonicienne homonyme 🎓

RelationsNom
Influence
ParAristote
Platon
Pythagore
ÉlèveErennius
Longin (Cassius)
? Origène (Le Chrétien)
Origène (Le Platonicien)
Plotin

Repères biographiques

► On reconstitue difficilement la vie autant que la philosophie d’Ammonios, d’autant qu’il n’a laissé aucun écrit. On utilise pour reconstituer sa vie et sa doctrine, une vingtaine de témoignages provenant d’auteurs païens comme Porphyre ou Hiéroclès d’Alexandrie (via la Bibliothèque de Photios) et d’auteurs chrétiens comme Origène, Eusèbe ou Némésios. En conséquence, les spécialistes sont par exemple en désaccord sur sa confession : de parents chrétiens, certains pensent qu’il a rompu avec le christianisme tandis que d’autres affirment le contraire et en font plutôt un pythagoricien, poursuivant le désaccord entre Porphyre et Eusèbe qui sont ces sources les plus proches ntm. via Némésios in De la Nature de l’homme. Le passage cité par Eusèbe est rapporté plus bas via Les Ennéades de Plotin de Marie-Nicolas Bouillet.

◆ La particularité d’Ammonios est sa tentative de synthèse entre Platon et Aristote ainsi que dans un mysticisme syncrétique. Il est ainsi le premier représentant connu d’une volonté d’éclectisme moniste qui tend à réconcilier les antagonismes des différents systèmes religieux et philosophiques. Ces différences sont pour lui seulement apparentes et s’harmonisent dans ce qu’elles sont d’essentiel. Plotin sera le continuateur de l’école d’Ammonios à Rome, créant alors le courant néo-platonicien romain. Porphyre précise à ce propos dans sa Vie de Plotin, qui constitue une source majeure sur Ammonios, que Plotin aurait convenu avec Origène de ne pas révéler les doctrines d’Ammonios.

■ Son surnom vient du fait qu’il exerça l’emploi de porteur de sacs de blé jusqu’à 22 ans.

separateur

Fragments conservés par Némésius

Le néoplatonicien Némésius, évêque d’Émèse à la fin du IVe siècle, reproduit, dans son traité De la Nature de l’homme, deux démonstrations, l’une sur l’immatérialité de l’âme, qu’il attribue à la fois à Numénius et à Ammonius, l’autre sur l’union de l’âme avec le corps, qu’il rapporte exclusivement à Ammonius. Voici ces deux passages, dont nous empruntons la traduction à l’honorable M. J.-B. Thibault :

Immatérialité de l’âme.

Il suffira d’opposer les raisons d’Ammonius, maître de Plotin, et celles de Numénius le Pythagoricien, à tous ceux qui prétendent que l’âme est matérielle. Or, voici ces raisons : « Les corps, n’ayant en eux rien d’immuable, sont naturellement sujets au changement, à la dissolution, et à des divisions infinies ; il leur faut nécessairement un principe qui les contienne, qui en lie et en affermisse les parties : c’est ce principe d’unité que nous appelons âme. Mais si l’âme aussi est matérielle, quelque subtile que soit la matière qui la compose, qui pourra la contenir elle-même, puisque nous venons de voir que toute matière a besoin d’un principe qui la contienne ? Il en sera de même à l’infini jusqu’à ce qu’enfin nous arrivions à une substance immatérielle. (Némésius, De la Nature de l’homme, chapitre II ; page 29 de la traduction de M. Thibault.)

Union de l’âme et du corps.

Ammonius, maître de Plotin, expliquait ainsi la difficulté qui nous occupe [l’union de l’âme et du corps] : « L’intelligible est de telle nature qu’il s’unit à ce qui peut le recevoir, aussi intimement que s’unissent les choses qui s’altèrent mutuellement en s’unissant, et qu’en même temps, dans cette union, il demeure pur et incorruptible, comme le font les choses qui ne sont que juxtaposées. En effet, pour les corps, l’union altère les parties qui se rapprochent, puisqu’elles forment d’autres corps : c’est ainsi que les éléments se changent en corps composés, la nourriture en sang, le sang en chair et en d’autres parties du corps. Mais, pour l’intelligible, l’union se fait sans qu’il y ait d’altération : car il répugne à la nature de l’intelligible de subir une altération dans son essence. Il disparaît ou il cesse d’être, mais il n’est pas susceptible de changement. Or l’intelligible ne peut être anéanti : autrement il ne serait pas immortel ; et, comme l’âme est la vie, si elle changeait dans son union avec le corps, elle deviendrait autre chose et elle ne serait plus la vie. Que procurerait-elle donc au corps si elle ne lui donnait pas la vie ? L’âme ne subit donc pas d’altération dans son union.

Puisqu’il est démontré que l’intelligible est immuable dans son essence, il en résulte nécessairement qu’il ne s’altère pas en même temps que les choses auxquelles il est uni. L’âme est donc unie au corps, mais elle ne forme pas un mixte avec lui. La sympathie qui existe entre eux montre qu’ils sont unis : car l’être animé tout entier est un tout sympathique à lui-même et par conséquent véritablement un.

Ce qui montre que l’âme ne forme pas un mixte avec le corps, c’est qu’elle a le pouvoir de se séparer de lui pendant le sommeil ; qu’elle le laisse comme inanimé, en lui conservant seulement un souffle de vie, afin qu’il ne meure pas tout à fait ; et qu’elle ne se sert que de son activité propre dans les songes, pour prévoir l’avenir et pour vivre dans le monde intelligible.

Cela paraît encore quand elle se recueille pour se livrer à ses pensées : car, alors, elle se sépare du corps autant qu’elle le peut, et elle se retire en elle-même afin de pouvoir mieux s’appliquer à la considération des choses intelligibles. En effet, étant incorporelle, elle s’unit au corps aussi étroitement que sont unies les choses qui en se combinant ensemble périssent l’une par l’autre [et donnent ainsi naissance à un mixte] ; en même temps, elle demeure sans altération, comme demeurent deux choses qui ne sont que juxtaposées, et elle conserve son unité ; enfin, elle modifie selon sa vie propre ce à quoi elle est unie, et elle n’en est pas modifiée. De même que le soleil, par sa présence, rend tout l’air lumineux sans changer lui-même en rien, et de la sorte s’y mêle pour ainsi dire sans s’y mêler ; de même l’âme, tout en étant unie au corps, en demeure tout à fait distincte. Mais il y a cette différence que le soleil, étant un corps, et par conséquent circonscrit dans un certain espace, n’est pas partout où est sa lumière, de même que le feu demeure dans le bois ou dans la mèche de la lampe, comme renfermé dans un lieu ; mais l’âme, étant incorporelle et ne souffrant pas de circonscription locale, est tout entière partout où est sa lumière, et il n’est pas de partie du corps illuminé par elle dans laquelle elle ne soit présente tout entière. Ce n’est pas le corps qui commande à l’âme ; c’est l’âme, au contraire, qui commande au corps. Elle n’est pas dans le corps comme dans un vase ou dans une outre ; c’est plutôt le corps qui est en elle.

L’intelligible n’est donc pas emprisonné par le corps ; il se répand dans toutes ses parties, il les pénètre, il les parcourt et ne saurait être renfermé dans un lieu : car en vertu de sa nature, il réside dans le monde intelligible ; il n’a point de lieu que lui-même ou qu’un intelligible placé encore plus haut. C’est ainsi que l’âme est en elle-même quand elle raisonne, et dans l’intelligence lorsqu’elle se livre à la contemplation. Lors donc qu’on affirme que l’âme est dans le corps, on ne veut pas dire qu’elle y soit comme dans un lieu ; on entend seulement qu’elle est en rapport habituel avec lui, et qu’elle s’y trouve présente, comme nous disons que Dieu est en nous. Car nous pensons que l’âme est unie au corps, non pas d’une manière corporelle et locale, mais par son rapport habituel, son inclination et sa disposition, comme un amant est attaché à celle qu’il aime. D’ailleurs, l’affection de l’âme n’ayant ni étendue, ni pesanteur, ni parties, ne saurait être circonscrite par des limites locales. Dans quel lieu ce qui n’a point de parties peut-il être renfermé ? Car le lieu et l’étendue corporelle sont inséparables : le lieu est l’espace limité dans lequel le contenant renferme le contenu. Mais si l’on disait : Mon âme est donc à Alexandrie, à Rome, et partout ailleurs ; on parlerait encore de lieu sans y prendre garde, puisque être à Alexandrie, ou, en général, être quelque part, c’est être dans un lieu : or, l’âme n’est absolument en aucun lieu, elle peut seulement être en rapport avec quelque lieu, puisqu’il a été démontré qu’elle ne saurait être renfermée dans un lieu. Lors donc qu’un intelligible est en rapport avec un lieu, ou avec une chose qui se trouve dans un lieu, nous disons, d’une manière figurée, que cet intelligible est dans ce lieu, parce qu’il y tend par son activité ; et nous prenons le lieu pour l’inclination ou pour l’activité qui l’y porte. Quand il faudrait dire : C’est là que l’âme agit ; nous disons : Elle est là. » (Némésius, De la Nature de l’homme, chap. III ; p. 67-71 de la trad. M. Thibault.)