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Jacques de Livron Joachim de la Tour de la Casa Martinez de Pasqually
Joachim Dom Martinès de Pasqually, Jacques Delivon Joacin Latour de La Case

Données générales

PériodeLieu
GénéralXVIIIFrance
Naissance 1710 Grenoble, France
Décès24 Septembre 1774 ( 51 ans) Port-au-Prince, Haïti
? Saint-Domingue, République dominicaine
Cause
Inhumation

DomaineCourantOrdre
Théosophie
Théurgie
CatholicismeFranc-maçonnerie 🎓
Ordre des chevaliers-maçons Coëns de l’Univers 🎓

RelationsNom
Entourage
SecrétaireLouis-Claude de Saint-Martin
Influence
ParJakob Böhme
Emmanuel Swedenborg
DiscipleJean-Baptiste Willermoz
Louis-Claude de Saint-Martin
Pierre Fournié
SurRite écossais rectifié
Franz Xaver von Baader
Papus

Repères biographiques

► Individu mystérieux qui possédait plusieurs pseudonymes, on ne possède que de vagues informations à son sujet, parfois contradictoires. Il serait d’un père ibérique, franc-maçon d’origine marrane, qui s’était converti au christianisme. On ne peut juger de sa formation intellectuelle qu’au travers de ses lettres. Il ne maîtrisait pas parfaitement le français mais possédait en revanche une culture classique dans la mesure où il usait du latin et où il faisait montre d’une grande connaissance biblique et kabbalistique, quoiqu’il ignorait pourtant l’hébreu. Il s’est marié vers 40 ans. Vis à vis de son apparence, le fameux portrait de Taxil qui a été relayé par Waite est imaginaire et quant à la silhouette, les sources restent obscures. Ces deux portraits étant manifestement d’origine artistiques on ne peut que se référer qu’a son certificat de catholicité qui indique : Moyenne taille, cheveux noir, portant perruque.

► Homme d’armes, il fut lieutenant dans l’armée Espagnole entre sa 27 et 37 année. Puis vers 40 ans, en 1750, il fréquente des cercles maçonniques en France, cherchant à instaurer son système mystique. En 1760, il se présente aux loges de Saint-Jean réunies à Toulouse avec une patente de Charles Stuart. Il parvient à intégrer son rite après quelques déconvenues en système de hauts grades, s’installant à Bordeaux en 1761. Il rencontre Willermoz, déjà initié à la Stricte observance Templière de Hund, à Paris en 1766 et qui devient l’un de ses proches et Réau-Croix en 1768.

↪ Il s’occupe dès lors de son ordre (Ordre des chevaliers-maçons Coëns de l’Univers (Anciennement Ordre des Elus Coëns de Josué)) en rédigeant des rituels, entretenant des correspondances et écrivant son Traité de la réintégration des êtres. Il affirma lui-même ne pas être le dirigeant principal de son ordre, ce dernier étant hypothétiquement relié à quelque société secrète hors de l’Europe. L’ordre est organiquement constitué en 1767 et en 1768, il rencontre Saint-Martin qui secondera le maître. En 17691770, le rite essaime ça et là en France. Quoiqu’il en soit, la structure de cet ordre qui sans être maçonnique est largement inspiré de la maçonnerie spéculative d’alors, avec trois grades bleus (Apprenti, compagnon et maître) et quatre hauts grades (Maître élu Coën, Grand maître Coën, Zorobabel et Réau-Croix).

► Partiellement endetté il part chercher un héritage sur l’île d’Hispaniola en 1772 et y décède. Saint-Martin tout comme Fournié l’auront décrit comme entouré d’une aura de miracles et faisant montre d’indubitables capacités parapsychologiques. Son ordre, qui ne comptait qu’une centaine de membres, ne lui survit guère et disparaît en 17801781, d’autant qu’il n’avait pas pris soin de mettre par écrit les rituels supérieurs. Il subsiste néanmoins de nos jours dans certaines loges et quelques milieux ésotériques, essentiellement dans sa forme théosophique plus que théurgique. Aussi bien qu’éphémère, l’ordre de Pasqually a eu une forte influence sur les milieux initiatiques. Il permettait d’aller plus loin que la simple spéculation philosophico-spirituelle alors répandue en maçonnerie en proposant un système opératif et original.

◆ Sa théosophie d’inspiration gnostique, essentielle pour la maçonnerie mystique et qu’il faisait remonter au Seth biblique, est teintée d’un mysticisme chrétien hébraïsant et de pratiques magico-opératives de type théurgiques. Chez Pasqually, qui interprète de façon gnostique la cosmogonie chrétienne, la matière n’est pas émanée de Dieu mais crée par un démiurge, l’Adam-Kadmon, esprit de Dieu et protogonos. Mais ce dernier "prévarique" et crée un monde imparfait, séduit par les anges déchus qui les premiers firent un usage erroné de leur libre-arbitre conféré par Dieu afin de se substituer au démiurge originel. La matière chez Pasqually, prison de Lucifer, est ainsi absolument illusoire et le corps glorieux de l’Homme se fait ténébreux par l’incarnation et se coupe alors de Dieu et de toute mystique, s’enfonçant dans les passions et la sexualité bestiale. Pour favoriser sa réintégration afin de redevenir Dieu et immortel, l’adepte doit alors reconstituer l’androgyne originel (et partant, cesser de procréer). Le Christ enseigne cette voie de la réintégration, mais on peut accélérer le processus en pratiquant la théurgie.

La théurgie de Pasqually, mélange de thématiques kabbalistiques et d’écossisme, avait pour but la purification de l’Homme afin de le mettre en relation avec des esprits bénéfiques et les hiérarchie angéliques, l’ange gardien personnel en particulier. Les praticiens attestaient de la présence de l’entité angélique lors des cérémonies grâce à la manifestation des passes, qui sont des signatures ignées subtiles et hiéroglyphiques. Par l’intermédiaire de cet ange, une relation était rétablie avec Dieu ou plutôt la Chose (Dieu en acte), toujours fidèle à sa promesse de réintégration. Il permettait, en réparant l’erreur d’Adam, d’accomplir la mission de l’Homme : mission consistant à rédimer les anges déchus enfermés dans la matière.

↪ Pour ce faire, les élus cohens devaient participer à des rituels collectifs d’évocation et d’exorcisme ayant pour objet de neutraliser ces anges déchus. Il y avait pratique d’une magie talismanique et incantatoire et d’une mystique faite de méditations et de prière. Ainsi les élus traçaient des cercles, allumaient des bougies et prononçaient des formules. Une fois toute la substance divine réintégrée en Dieu, le monde disparaîtra. Papus précise que les cohens étaient soumis à des restrictions alimentaires, des exercices respiratoires et un entraînement musical et psychique afin de purifier et renforcer le corps, l’âme et l’esprit. Ils étaient tenus à l’assiduité pour obtenir des résultats, ne devaient porter aucun objet métallique, faute de repousser les esprits. Pasqually ambitionnait ainsi de favoriser par la pratique rituélique l’état d’illuminé, état qui dans l’illuminisme est normalement compris comme une grâce que Dieu prédestine à l’avance et qui ne saurait faire l’objet d’un quelconque levier.

■ Pasqually est l’une des deux principales figures avec Saint-Martin qui ont influencé Papus lors de la création de l’Ordre Martiniste. De plus, l’influence de Pasqually s’étant faite sentir sur Willermoz (rencontré en 1776), on peut dire que le Rite écossais rectifié (rectifié au regard du catholicisme) dont il est le fondateur est un avatar du système de Pasqually.

■ Le Traité de réintégration, bible du martinésisme, à la réputation d’être un texte difficile d’accès : en effet, outre que le système de Pasqually semble en lui-même complexe, le théurge ne maîtrisait pas parfaitement le français. En outre, il formule ses idées avec des formules sibyllines et contradictoires. En conséquence, Willermoz, dans une lettre à J. de Türkheim en 1822, conseille à son correspondant de lire l’ouvrage trois fois de suite afin de s’en imprégner efficacement. Cet ouvrage demeure néanmoins une pièce maîtresse de la théosophie moderne.

𝕍 ce remarquable dossier sur le site Philosophe-inconnu !

𝕍 Les Enseignements secrets de Martinès de Pasqually,, Franz von Baader, 1900. Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France

𝕍 Un thaumaturge au XVIIIe siècle : Martines de Pasqually, Gérard Van Rijnberk, 1935.

𝕍 La Magie des élus coëns, Robert Amadou, 1988.

Œuvres choisies

  • Traité de la réintégration des êtres, 1899 ⚱️. Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France

Citations

Quand à moi, je suis un homme et je ne crois point avoir vers moi plus qu’un autre homme […] Je ne suis ni dieu ni diable, ni sorcier, ni magicien… Je ne suis qu’un faible instrument dont Dieu veut bien, indigne que je suis, se servir de moi pour rappeler les hommes mes semblables à leur premier état de Maçon, qui veut dire spirituellement hommes ou âmes afin de leur faire voir véritablement qu’ils sont réellement Hommes-Dieu, étant créés à l’image et à la ressemblance de cet Être tout-puissant.
Oui, ce qui part de l’animal raisonnable est toujours au-dessus de l’irraisonnable, et cela parce que la forme corporelle de l’homme peut contenir trois sortes ou genres de vie. L’homme est susceptible de contenir trois sortes de vies différentes, ce que je vais faire concevoir. La première est la vie de la matière, que nous appelons instinct ou vie passive ; Elle est innée dans la forme corporelle de l’animal raisonnable comme dans celle de l’irraisonnable ; La seconde est la vie spirituelle démoniaque, qui peut s’incorporer dans la vie passive, et la troisième est la vie spirituelle éternelle divine, qui préside sur les deux premières vies.
Traité de la réintégration des êtres
C’est donc avec juste raison que le Soleil est le principal agent de toute perfection de végétation, puisque ce n’est que par lui que nous recueillons et jouissons des fruits de notre terre comme étant à l’aspect de l’axe feu central. C’est encore ce même Soleil qui soutient et perfectionne le principe de la vie passive de tous les corps particuliers et sphériques temporels inférieurs à lui. C’est encore par sa supériorité et par son action puissante que nous distinguons tous les corps les plus élevés du firmament, sans lequel tout serait en privation de la lumière élémentaire.
Traité de la réintégration des êtres