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Personnalités collectives (XVIII)

Floruit (pays actuels) :

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Grassot Louis  Entrée Data.Bnf
Alchimiste, Médecin 🞄 Royaume de France | XVIII

► Docteur en médecine de l’Université de Montpellier. Influencé par Dom Belin. Auteur de la Lumière tirée du cahos (1784) et de la Philosophie céleste (1803).

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Sehfeld Friedrich
Alchimiste 🞄 Saint-Empire romain germanique (Archiduché d’Autriche) | XVIII

Plus célèbre alchimiste autrichien et l’un des derniers adeptes à avoir fait parler de lui. Son histoire, qui existe avec plusieurs petites variations est même reprise par Sadoul dans son Trésor des alchimistes et dans le 56-57 d’Initiation et Science. Dès 1746, il s’installe à Rodaun, station balnéaire dans la banlieue de Vienne fort appréciée pour les vertus thérapeutiques de son eau minérale sulfureuse. Là, il vend de l’or par l’intermédiaire de son logeur, propriétaire des bains. Il est trahi par ce dernier qui révèle que l’homme règle ses transactions avec des pépites à l’origine suspectes ou bien il est simplement découvert par les négligences du commérage. Quoiqu’il en soit et malgré ses tentatives pour rester discret en se faisant passer pour un teinturier, il est écroué par les autorités pour cause d’escroquerie (voir de sorcellerie) quoique la rumeur ajoutera que pour obtenir le secret de la transmutation il fut torturé.

↪ Par l’intermédiaire d’un ami, il est libéré par l’empereur François-Étienne(1) qui l’autorise à poursuivre ses travaux et à circuler; il est néanmoins accompagné par deux gardes. Cependant, après un déplacement pour la Bohème on perd sa trace ainsi que celle des hommes chargés de le surveiller. On a ensuite raconté qu’il reparu à Halle en 1750 où il produit de nouveau de l’or, ainsi qu’à Amsterdam, avant de perdre définitivement sa trace. Lorsque le minéralogiste Johann Heinrich Gottlobs von Justi mena l’enquête sur ces évènements(2), le logeur de Sehfeld témoigna qu’il effectuait ses transmutations de l’étain vers l’or à l’aide d’une poudre rouge tinctoriale, Von Justi parle également d’une poudre bleu ciel qu’il identifie comme étant de l’azurite(3), base vraisemblable de sa teinture qu’il traitait avec un acide.

◆ L’histoire de Sehfeld inspira Bechstein (Geheimnis eines Wundermannes, 1856) et Meyrink (Der seltsame Gast, 1925).



1. Comme beaucoup à la cour, lui-même intéressé par l’alchimie.

2. Report dans ses Chymische Schriften, 1761, pp. 435-455. Lien vers e-Rara/Manuscripta

3. Qui se forme par oxydation de sulfures de cuivre, dit vitriol bleu.

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Hohman John
Occultiste 🞄 n. Saint-Empire romain germanique, fl. États-Unis | XVIII 1845

► Immigré aux États-Unis en 1802, Hohman est un éditeur, principalement connu pour être l’auteur du Der Lange Verborgene Freund (1820) plus connu sous le titre de Pow-Wows lors de sa troisième édition en anglais. Cet ouvrage est une compilation de charmes, remèdes et recettes occultes dans la lignée des grimoires européens. Lien vers l’œuvre

↳ Le livre, porté par le renouveau du spiritualisme, aura un grand succès dans la communauté des Pennsylvania Dutch. Il sera le point de focalisation de la pratique de la sorcellerie locale dite "braucherei" (ou "powwow", selon l’emprunt fait à l’algonquin), mélange de christianisme et de pratiques folkloriques. Cette caractéristique amènera plus tard cette tradition à s’incorporer dans le Hoodoo.


🙟 1700   

Thomson James  Entrée Data.Bnf
Poète 🞄 Préromantique 🞄 n. Royaume d’Écosse, fl. Royaume-Uni de Grande-Bretagne | 1700 1748

► Fait ses études à l’Université d’Edimbourg où il étudie la philosophie, les lettres et la philosophie naturelle, puis se rend à Londres en 1725. Influencé par Milton et Spenser, nous intéresse pour ses Saisons (1730(1)), hymne à la nature teinte d’hermétisme et écrite en vers blancs : Les saisons dans leur variété, père tout puissant ! ne sont que ta divinité diversement manifestée. L’année entière est pleine de toi. […]



1. Trad. fra. de Deleuze en 1801 : Les Saisons, de Thompson Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre.

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Œtinger Christoph  Entrée Data.Bnf
Théologien, Théosophe 🞄 Christianisme (Protestantisme:Piétiste) 🞄 Saint-Empire romain Germanique (Duché de Wurtemberg) | 1702 1782
Halatophilus Irenaeus, Bibliophilus Irenaeus, Le Mage du Sud

I. Histoire

► Œtinger est un des principaux représentants du piétisme du Wurtemberg et de la théosophie chrétienne souabe, il est à la fois un carrefour des personnes et des idées. Il est le troisième fils d’une fraterie de onze enfants et fait montre rapidement d’un intérêt pour la religion. Dès 1717, il étudie à l’école monastique de l’Abbaye de Blaubeuren, où il rencontre Francke, puis, en 1720 à celle de l’Abbaye de Bebenhausen où il reste jusque 1722. Il poursuit ensuite des études de philosophie puis de théologie luthérienne au séminaire du Tübinger Stift, en 1725. Là, il est est mis en contact avec la pensée de Wolff et Leibniz par l’intermédiaire de ses professeurs, se penche encore sur les écrits des Pères, d’Augustin, du Pseudo-Macaire et des rabins. Il découvre aussi les travaux de Böhme, par l’intermédiaire d’un artisan, et sur lequel il se penchera avec intensité(1). Il se rapproche encore notablement de la pensée théologique de son professeur Bengel qui l’oriente de façon décisive dans sa trajectoire et on sait qu’en 1728, il fréquente l’alchimiste Metz(2). Ayant obtenu son diplôme en 1727, il entreprend, entre 1729 et 1737, de voyager en Allemagne et jusqu’en Hollande, afin de se former, notamment auprès de centres piétistes et spiritualistes comme ceux de Iéna, Francfort, Halle(3), Berlin. En 1730, il est professeur d’hébreu et de grec à Herrnhut, où il fait connaissance avec le travail de Zinzendorf qui l’accompagne un temps dans ses voyages(4). Entre 1731-1733 et 1737-1738, il est répétiteur théologique au Stift.

↪ En 1738, il est ordonné puis devient pasteur à Hirsau et se marie la même année. En 1743, il officie à Schnaitheim puis en 1746, à Walddorf (ajd. Walddorfhäslach) où il étudie l’alchimie. En 1752, il endosse la charge de surintendant spécial (curé) de la ville de Weinsberg puis de celle de Herrenberg en 1759. Durant cette période il mêle à ses prêches, des éléments de qabale chrétienne. Œtinger est également un traducteur et commentateur d’une partie des Merveilles du ciel et de l’enfer de Swedenborg : lui-même d’une sensibilité particulière vis à vis du "monde des esprits", il goute la philosophie du Voyant du nord dont il défend les travaux.

↪ Il invite d’ailleurs ce dernier en Allemagne en 1760 et publie un Swedenborgs und anderer irrdische und himmlische philosophie en 1765. Les idées exposées dans cet ouvrage, notamment une description de la société des esprits décrite par Swedenborg, sont cependant critiquées par ses supérieurs ecclésiastiques. En 1766, le consistoire de Stuttgart fait saisir tous les exemplaires de l’ouvrage jugé hétérodoxe(5) et met ses publications sous surveillance, le forçant à publier anonymement. Néanmoins, il est protégé par le duc de Wurtemberg, intéressé par ses connaissances en chimie, et devient finalement abbé et prélat du monastère de Murrhardt en 1766 ainsi que conseiller ducal. Il devra lui aussi prendre finalement quelque distance avec l’enseignement de Swedenborg, qu’il jugera trop peu sensualiste. En 1772 il dirige une mine d’argent, mais en bute à des résistances, l’entreprise est peu concluante. En 1778, il donne son dernier sermon mais reste en fonction jusque sa mort, assisté par son fils.

II. Pensée

◆ Durant sa carrière, Œtinger publie environ soixante-dix ouvrages dans lesquels on peut découvrir ses théories théosophiques et sa philosophie de la nature au travers de sujets variés qu’il traite de façon savante, insistant sur la nécessité de procéder à une herméneutique, tant biblique que naturelle. C’est aussi un érudit de la littérature ésotérique et la volonté constante d’Œtinger est de soutenir une cohérence au sein de la multiplicité des ses savoirs. Dans son approche, Œtinger souhaite éviter autant les excès de la raison que ceux d’un spiritualisme à l’idéalisme excessif et projette de constituer une philosophia sacra. Il s’est appliqué à utiliser les principes théosophiques dans son exégèse biblique et, reprenant le concept de tinktur du cordonnier de Görlitz, cherchait en même temps les manifestations spirituelles dans la corporeité. Pour ce faire, il use notamment de parrallèles avec les sciences naturelles, principalement touchées par l’alchimie et la physique newtonienne. Il conçoit en effet la nature comme interpénétrée par Dieu, quoique distincte et elle-même simultanément parcourue par un tissu de forces dynamiques et opposées, en perpétuelles intéractions attractives et répulsives; il ménage aussi une combinaison entre monisme et dualisme. Aussi pour lui, la magia, est la plus sublime des sciences, puisqu’elle permet de mettre en valeur les liens entre les différents strates de la nature. Théologien pre-romantique, c’est, avec Divisch et Fricker un des théoriciens des théologies de la lumière et de l’électricité ayant participé à la rédaction de l’ouvrage de proto-naturphilosophie, du Magia Naturalis (1765) Lien vers le catalogue Lien vers le site.

↪ Il tire de ses nombreuses considérations, une interprétation synthétique liant philosophie naturelle, mysticisme ainsi qu’une conception théologique de l’histoire, terrain d’une révélation continue du plan divin, oeuvre téléologique de Dieu(6). Œtinger, suivant en cela Bengel, nourrissait notamment l’idée millénariste qu’une fois les juifs réunis en Terre sainte, le monde unifié, serait gouverné avec justice et vertu depuis Jérusalem(7) réalisant ainsi un âge d’or. Critique radical de l’aufklärung, de la théologie intellectualiste et rationaliste, il préfère confier sa philosophie au terrain concret des empirismes perceptifs(8) plutôt qu’aux abstractions logiques.

➽ Œtinger exerce une importante influence sur le piétisme, celui d’Allemagne du Sud en particulier, comme chez Hahn et Wirz, ainsi que sur la spiritualité romantique(9), en particulier via son traité de théosophie luthérienne, Theologia ex idea vitae deducta (1765). La pensée d’Œtinger devra en outre, percer en maçonnerie (jusqu’en Russie) et dans le rosicrucisme : on sait qu’en 1776, il rend visite à un groupe rosicrucien de tendance chrétienne à Nuremberg. Influence également Ritter.

𝕍 La Théosophie de Friedrich Christoph Oetinger in Les Études philosophiques (147, pp. 147-161), Pierre Deghaye, 1983.



1. Son premier ouvrage, Aufmunternde gründe zur lesung der schriften Jacob Böhmens (1731) expose d’ailleurs les raisons pour lesquelles il faudrait le lire.

2. Son fils porte les mêmes prénoms : Johann Friedrich Metz.

3. A Francfort, il étudie la Kabbala Denudata grâce à Maria Schütz, qui lui remet une copie de l’ouvrage (son père Johann Schütz était un ami de Spener et de Rosenroth). Koppel Hecht devra également lui signifier le rapprochement possible entre la pensée de Böhme et la qabale. A Halle, il découvre la pensée de Louria qui devra avoir une forte influence sur lui et le faire introduire le hassidisme dans le piétisme. Introduit en ce domaine, il devra d’ailleurs écrire un commentaire fameux sur le célèbre tableau de Gruber, L’Enseignement Cabbalistique, en 1763 : Œffentliches Denckmahl der Princessin Antonia, qui combine qabale, philosophie et sciences naturelles.

4. Ils se séparent en 1736-1937 à la suite de désaccords sur le rôle de Jésus.

5. Comme Saint-Martin, Œtinger devra néanmoins critiquer Swedenborg, estimant que ce dernier, trop attaché à l’interprétation allégorique de la Bible, n’aborde pas assez les notions relatives à l’incarnation de l’Esprit et à la geistleiblichkeit {corporeité spirituelle}, qui selon Œtinger, est une fatalité dans l’ordre de la Création.

6. Leiblichkeit ist das Ende der Werke Gottes {La corporalité est la fin des œuvres Dieux} écrit-t-il dans son Biblisches und emblematisches Wörterbuch (1776).

7. Son maître Bengel avait d’ailleurs caculé que cet évènement devait avoir lieu en 1836. Pour Œtinger, comme pour bien des qabalistes chrétiens, les traditions ésotériques juives portent en elles les vérités du Nouveau Testament.

8. Chez lui la perception est naturellement comprise au sens large, englobant les perceptions subtiles qui sont autant de contacts corporels avec le monde spirituel.

9. Herder, Goethe, Schiller, Hegel, Hölderlin, Schelling, Kerner…

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Schmidt Rudolf
Médecin, Alchimiste 🞄 Rosicrucisme 🞄 Saint-Empire romain Germanique (fl. Ville impériale de Hambourg) | ? 1702 1761

► Médecin à Hambourg(1), rosicrucien et conseiller aulique à Darmstadt. Connu pour ses transmutations, la possession d’une "ampoule de vie" contenant le sang de son aimée(2) ainsi que pour l’anecdote voulant que son cercueil fut vide et qu’il fut aperçu, après cette découverte, dans son corps de gloire. Auteur d’un Enchiridion alchymico-physicum (1739). Influencé par la Chaîne d’Or d’Homère, il a écrit en marge d’un exemplaire lui appartenant : Doctor Kirchweger stirus natione pro autore Catenas Areae Homeri se confessus est. Proche du piétiste Johann Christian Edelmann (1698 1767) et, sans doute, du déiste Georg Schade (1712 1795).



1. Qui possède encore des archives lui ayant appartenu.

2. Et lui permettant de connaître son état de santé.

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Falk Hayyim [Baal Shem de Londres]  Entrée Data.Bnf
Qabaliste, alchimiste 🞄 n. ? Saint-Empire romain Germanique, fl. Royaume-Uni de Grande-Bretagne | 1708 1782

► Né en Allemagne, en Ukraine voir en Pologne, on l’estime sabbatéen. Afin d’échapper à des accusations de sorcellerie en Wesphalie, il trouve refuge dès 1736 chez le Comte de Rantzow(1). Il voyage ensuite en Hollande puis s’établit à Londres où il acquière une notoriété de mage. On a pu conserver son journal ajd. bs. United Synagogue, toujours à Londres.

◆ Du fait de sa célébrité et, comme il est alors voisin de Swedenborg, on a spéculé sur leurs éventuelles interactions. Cagliostro a affirmé être son disciple.



1. Son fils relate l’épisode dans ses Mémoires du comte de Rantzow (1) Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur Internet Archive 𝕍 pp. 197-223.

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Theden Johann
Alchimiste 🞄 Rosicrucien 🞄 Saint-Empire romain Germanique (n. Duché de Mecklembourg, fl. Royaume de Prusse) | 1714 1797

► Docteur de Frédéric II de Prusse et chirurgien général de l’armée prussienne. Membre de plusieurs organisations initiatiques comme la maçonnerie à la loge Drei Weltkugeln {Trois globes} (maître en 1784) ou la Stricte observance. Intéressé par l’alchimie, on le retrouve à la Rose-Croix d’Or d’Ancien système. Après une rencontre avec Swedenborg lors d’une de ses visites à Berlin, il travaille à élaborer un réseau maçonnique entre l’Allemagne et la Russie.

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Müller Johann [Elias Artista hermetica]
Violoniste, Mystique, Alchimiste 🞄 Christianisme (Protestantisme:Piétiste) 🞄 Saint-Empire romain Germanique | 1716 1786

Virtuose musical salué par Bach, influencé par le piétisme et la théosophie, ntm. Böhme, Swedenborg et Œtinger avec qui il correspond. Après la mort de son épouse en 1759, il est sujet à des visions et pense être le "messie de la nature" annoncé par Paracelse. Il renonce à sa carrière musicale et fonde l’église millénariste Révélation du Christ ayant pour objet de réunir christianisme, judaïsme, islam et paganisme. Les textes sacrés doivent être reconnus, étudiés et surtout interprétés allégoriquement. Il repousse ainsi autant les "esprits libres" que les luthériens, trop prêts de la lettre.

↪ Müller voyage au nord en Allemagne, en Scandinavie, dans les pays baltes et jusque la Russie pour répandre ses doctrines, puis on perd sa trace. S’intéressant à l’alchimie et à la qabale, il est l’auteur d’un Elias Artista Mit dem Stein der Weisen (1770) et d’un Das Geheimniß von dem Salz la même année. Vénéré comme "Élie Artiste" et l’oracle de la "sainte parole" par les Illuminés d’Avignon de Pernety et Brumore. Il rencontre en effet ce dernier à Hambourg en 1784.

𝕍 "Elie Artiste" : Johann Daniel Müller de Wissenbach in Actes du Colloque international "Lumières et Illuminisme" (pp. 75-84), Reinhard Breymayer, 1984.

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Théot Catherine  Entrée Data.Bnf
Devineresse 🞄 Christianisme (Catholicisme) 🞄 Royaume de France | 1716 1794

► Fille de paysans et domestique au Couvent des Miramiones elle affirme en 1779 être la Vierge Marie et la nouvelle Ève. Elle demeure à la Pitié-Salpêtrière jusque en 1782 puis ouvre un cabinet où elle rend des oracles. L’entreprise marche bien et elle compte des personnes de la noblesse parmi ses clients. Dès lors, elle se présente comme la mère de Dieu et affirme la venue prochaine du Messie. Elle fait forte impression sur Gerle, qui la soutient.

► Théot est instrumentalisée par Marc Vadier, qui tente de compromette Robespierre et son Culte de l’Être Suprême, cette manœuvre dont le moteur repose sur de faux documents affirmant que Robespierre et Théot sont liés (Robespierre serait le Messie attendu), participe à la chute de L’Incorruptible, l’accusant de fomenter une ambiance propice à une prise de pouvoir total. Arrêtée, Théot est acquittée et meurt un mois après l’exécution de Robespierre.

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Metz Johann
Médecin, alchimiste 🞄 Christianisme (Protestantisme:Piétiste) 🞄 Saint-Empire romain Germanique (n. Duché de Wurtemberg, fl. Ville impériale de Francfort) | 1720 1782

► En rapport avec Œtinger par l’intermédiaire de son père (alchimiste également), influencé par le piétisme, élève de Juncker à Halle-sur-Saale.

◆ Metz est connu pour avoir soigné Goethe d’une hémoptysie en 1768-1769 à l’aide d’un remède spagyrique(1). Cet évènement est relaté dans l’autobiographie du Sage de Weimar Poésie et Vérité (1811–1833). C’est par le truchement de cet acte médical et les recommandations de lecture de Metz, que le poète est poussé à s’intéresser à l’alchimie.



1. ? le sel universel de Glauber.

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Dermott Laurence  Entrée Data.Bnf
Auteur 🞄 Franc-maçonnerie 🞄 n. Royaume d’Irlande, fl. Royaume-Uni de Grande-Bretagne | 1720 1791

► Fils d’un marchand, il exerce lui-même ce métier. Connu pour ses activités, tant d’administrateur que de publiciste, dans les milieux de la maçonnerie anglaise, il est très attaché au Rite de l’Arche royale. D’abord initié en 1741 à la Loge no. 26 de Dublin dans laquelle il devient vénérable en 1746, il se fixe à Londres l’année suivante. Il devient, de 1752 à 1771, le grand secrétaire de la toute jeune Ancienne Grande Loge d’Angleterre fondée en 1751.

► Il écrit ainsi les constitutions de cette obédience : l’Ahiman Rezon {Aide à un Frère} Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur Internet Archive (1756), basé sur les statuts de la Grande Loge d’Irlande(1). L’ouvrage, réédité de nombreuses fois est d’une importance majeure pour la maçonnerie. Il est également satirique et contient particulièrement plusieurs rosseries envers les modernes auxquels s’oppose l’Ancienne Grande Loge d’Angleterre. Cette dernière en effet, attachée aux usages de la maçonnerie irlandaise(2) proclamait sa pureté et l’antériorité de ses pratiques vis à vis de la maçonnerie anglaise. Après une victoire doctrinale des "anciens", les "modernes" fusionneront finalement avec eux en 1813 et, ensemble, constitueront la puissante Grande Loge unie d’Angleterre.



1. I.e. sur les constitutions irlandaises de Spratt qui sont elles-mêmes basées sur celles d’Anderson.

2. Notablement plus rigoureusement religieuse.


🙟 1725   

Fricker Johann
Théosophe 🞄 Christianisme (Protestantisme:Piétiste) 🞄 Saint-Empire romain Germanique (Duché de Wurtemberg) | 1729 1766

► Fricker, théologien(1) et savant(2) souabe, fait parti des préromantiques théologiens de la lumière et de l’électricité, développements spiritualistes du magnétisme qui annoncent la naturphilosophie. Il est ainsi co-auteur avec son maître Œtinger, Divish et Rösler d’un remarquable Theorie von der meteorologischen Electricite oder Magia naturalis Lien vers le catalogue Lien vers le site (1765). Il mena des expériences météorologiques et mis au point le paratonnerre avant Benjamin Franklin, invention qui fut déconsidérée par la superstition de ses paroissiens.

Germanophones, 𝕍 1⬝ Theologie der Elektrizitàt (1989), Ernst Benz. | Sinon, au moins 2⬝ Théologie de la lumière et de l’électricité dans la Naturphilosophie romantique in Cahiers de l’Hermétisme (8 Lumière et cosmos), Antoine Faivre, 1981.



1. Propagateur du piétisme.

2. Mathématiques, théorie musicale, astronomie.

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Wöllner (Von) Johann
Politique 🞄 Christianisme (Protestantisme:Luthérianisme), Franc-maçonnerie, Rosicrucisme 🞄 Saint-Empire romain Germanique (n. Marche de Brandebourg, fl. Royaume de Prusse) | 1732 1800

► Pasteur luthérien, intriguant et arriviste, si on en croit plusieurs témoignages. Il parvient à devenir le ministre du roi Frédéric-Guillaume II de Prusse, fonction lui offrant l’opportunité de faire son possible pour combattre l’influence des Lumières et des libres-penseurs qu’il estime délétère.

↪ Franc-maçon à la loge Drei Weltkugeln {Trois globes} (maître en 1796) il rejoint ensuite la philosophie rosicrucienne et fonde avec Bischoffswerde, l’Ordre des Rose-Croix d’or d’ancien système qui se caractérise par un enseignement plus alchimique que mystique. Il devient oberhauptdirektor d’une vingtaine de cercles comportant des personnalités politiques de premier plan. L’ordre, également connu pour avoir engendré les Frères Initiés d’Asie, est mis en sommeil en 1787.

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Schröder Friedrich
Médecin, Alchimiste 🞄 Franc-maçonnerie, Rosicrucisme 🞄 Saint-Empire romain Germanique (n. Comté de Ravensberg, fl. Landgraviat de Hesse-Cassel) | 1733 1778

► Élève de Juncker et professeur de médecine à Marbourg. Alchimiste(1), très actif dans les cercles maçonniques, il est membre de la loge Trois Lions puis des Trois Roses, qu’il fonde en 1767. Il est particulièrement diligent envers l’Ordre des Rose-Croix d’or d’ancien système de Wollner qu’il rejoint en 1766 et pour lequel, charismatique, il se livre à une propagande tenace. Auteur des deux ouvrages de compilation : Neue Alcymistiche Bibliothek Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Wellcome (1771-1774) et Neue Sammlung der Bibliothek für die höhere Naturwissenschaft und Chemie Entrée du catalogue inconnue Lien vers l’œuvre (1775-1780).

npc. ce Friedrich Joseph Wilhelm Schröder avec son homonyme, compatriote, contemporain et frère Friedrich Ludwig Schröder (1744-1816), acteur et dramaturge, inventeur du rite portant son nom.



1. L’un de ses derniers représentants au sein des universités.

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Köppen Carl  Entrée Data.Bnf
Politique 🞄 Franc-maçonnerie 🞄 Royaume de Prusse | 1734 1798

► Officier et conseiller militaire prussien. Dès 1762 il est initié à l’importante loge Zu den Drei Weltkugeln et est en lien avec la Stricte Observance Templière. En 1766, épaulé par Johann Hymmen, il fonde à Berlin l’Ordre des architectes africains {Orden der afrikanischen Bauherren-Loge}, dit simplement Frères Africains (comprenez "égyptiens") ou rite du "Crata repoa"(1). Soutenu par Frédéric II, de nature égyptianisant et égyptosophique, première tentative du genre, il est en outre orienté sur les études alchimiques et délivre sept grades. On retrouve ntm. ce rite en Suisse et dans le Sud-Ouest de la France vers 1770 avec Bailleul qui publiera la traduction de Ragon de l’opuscule Crata repoa, ou initiation aux anciens mystères des Égyptiens (1770) écrit par Köppen et Hymmen en 1821(2). Lassé des conflits internes tiraillant la maçonnerie, Köppen se retire de son ordre en 1775, ce dernier est dissous en 1781 mais le Crata repoa sera destiné à une remarquable influence.



1. Il est indiqué PSI que le titre signifie "Forces souterraines" mais nous ne savons pourquoi, n’est-ce pas simplement κρατα ρεποα {Gardez le repos} ?

2. Malgré sa présence dans plusieurs bibliothèques, nous n’avons pas trouvé de version numérique en ligne, mais le texte est présent in L’Initiation, 8 28 10 pp.25-53, 1895.

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Gerle Christophe  Entrée Data.Bnf
Mystique, Politique 🞄 Christianisme (Catholicisme:Chartreux) 🞄 Royaume de France | 1736 1801

► Mystique aussi bien que révolutionnaire, il est membre du Club des jacobins et est un participant important des salons de la duchesse de Bourbon, Bathilde d’Orléans.

◆ Rival de Pontard, c’est un proche de Labrousse et de Théot.

► Au directoire, il est journaliste puis travaille dans les ministères.

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Qingyun Li
Herboriste 🞄 Taoïsme 🞄 Dynastie Qing | ? 1736 1933

► Herboriste, pratiquant du qigong et du baguazhang, prétendu mort à 197(1) voir 256 ans(2). Il se serait nourri uniquement de plantes reconnues par la pharmacopée traditionnelle chinoise(3) et d’alcool de riz.

◆ Le Time(4) rapporte une formule que le taoïste aurait communiquée à ceux qui lui auraient demandé son secret : Gardez un cœur tranquille / Asseyez-vous comme une tortue / Marchez vivement comme un pigeon / Dormez comme un chien.



1. Selon l’année de naissance qu’il déclarait.

2. Selon un acte de naissance retrouvé indiquant une date de naissance de 1677.

3. Ntm. la centella asiatica.

4. Article Tortoise-Pigeon-Dog du 15/05/1933.

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Etteilla [Alliette Jean-Baptiste]  Entrée Data.Bnf
Cartomancien, Occultiste 🞄 Franc-maçonnerie 🞄 Royaume de France | ? 1738 1791

On sait fort peu de choses de sa vie, il a vraisemblablement exercé d’abord comme marchand grainier, comme sa mère, puis comme marchand d’estampes(1). Eteilla(2) est l’auteur de plusieurs ouvrages concernant la divination : cartomancie, chiromancie, métoposcopie et astromancie. Connu d’abord pour son Etteilla, ou Manière de se recréer avec un jeu de cartes (1770) Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France où, utilisant le Piquet, il expose notamment le tirage et les significations inversées. Sa notoriété provient tout autant, si ce n’est plus, de sa Manière de se récréer avec le jeu de cartes nommées tarots (1780)(3) Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France où, manifestement influencé par le Monde Primitif (1773–1782) de Court de Gebelin, il reprend ses théories et les développe(4), construisant le premier ouvrage de divination par le Tarot(5); il y aborde également les questions initiatiques et tisse avec autour du jeu, un réseau d’analogies ex. avec les lettres hébraïques. Ces ouvrages, largement diffusés et qui sont les premiers en leur genre, font de lui le fondateur des méthodes modernes de cartomancie(6). Etteilla est en outre, le premier cartomancien documenté à vivre de cette pratique et de son enseignement, se donnant le titre de "professeur d’algèbre"(7).

◆ Notablement encore l’auteur d’un Zodiaque mystérieux (1772) Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France et d’une Philosophie des hautes sciences (1785) Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre ainsi que d’un jeu de cartes : le Grand Etteilla (1788)(8) et ? aussi à l’origine de sa version simplifiée, le Petit Oracle des dames (1807). Dans ses Sept nuances de l’œuvre philosophique-hermétique (1785) Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Wellcome il se penche sur l’alchimie et se présente comme un disciple de Saint-Germain. Fondateur d’une Société littéraire des interprètes du Livre de Thot (1788) et d’une Nouvelle École de Magie (1790) où il donne des cours en sciences occultes(9). Les Philalèthes de Savalette de Langes, poussés par sa réputation de polyvalence dans le domaine occulte, l’invitèrent à intervenir à leur convention de 1787. Du reste, Etteilla fonde un confidentiel et éphémère Rite des parfaits initiés d’Egypte à Lyon en 1785, influences maçonnico-égyptianisantes qui renforcent les allégations d’Etteilla lui-même concernant la source de ses connaissances — notablement "tarotiques" — : l’Italie et plus particulièrement Naples.

➽ Dumas sera inspiré par Etteilla et l’utilisera comme personnage notamment dans ses Mille et un fantômes (1831). Influence Lenormand.



1. Et non comme coiffeur ou perruquier comme une mauvaise piste le suggère.

2. Son pseudonyme est un anagramme de son nom.

3. Puis, afin de compléter l’œuvre originale, des "cahiers" en 4 publiés dans le désordre entre 1783-1785, le dernier s’occupe spécialement d’astrologie.

4. Quoique Etteilla affirma le contraire, arguant qu’il fut initié à la divination par le tarot avant la publication de l’ouvrage, en 1751.

5. Qu’il nomme "Livre de Thot" et, fidèle au climat égyptomaniaque, qu’il fait remonter à un collège de mages de l’Égypte antique dirigés par Hermès Trismégiste, vers -2000.

6. Il crée le néologisme de "cartonomancie française", le terme "cartomancie" étant plus tardif.

7. Titre hermétique faisant naturellement référence à l’arithmologie.

8. Premier jeu explicitement imprimé dans un but divinatoire et intégrant de façon inédite de correspondances avec les éléments et l’astrologie. Dans la mesure où les symboles et la galerie (le programme) des cartes diffère du Tarot de Marseille, Levi ne manquera pas d’afficher son mépris pour le travail d’Etteilla et Papus parlera même de "mutilation" alors même que le but d’Etteilla était de réformer, en l’inclinant vers l’occultisme, et surtout de restituer ce qui constituait selon lui, le sens originel du jeu.

9. 𝕍 son Cours théorique et pratique du livre de Thot (1790) Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre pour d’autres renseignements sur cette école.

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Rösler Gottlieb
Théologien, Naturaliste, Mathématicien 🞄 Christianisme (Protestantisme) 🞄 Saint-Empire romain Germanique (Duché de Wurtemberg) | 1740 1790

► Après avoir étudié à Tübingen, il est diacre à Lauffen-sur-le-Neckar en 1765 puis professeur de physique et de mathématiques à Stuttgart jusqu’en 1783. Théologien développant une métaphysique de la lumière et de l’électricité, il participe à la publication du Theorie von der meteorologischen Electricite oder Magia naturalis Lien vers le catalogue Lien vers le site (1765). Il livre un annonciateur Commentatio exegeticophysica, qua De Luce Primigenia Genes. 1.3 un an auparavant.

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Grabianka Tadeusz
Mystique, Théosophe 🞄 Illuminisme 🞄 n. République des Deux Nations, fl. Royaume de France | 1740 1807

► Gentilhomme spirituel, plutôt exubérant et fastueux, staroste de Liw en 1775, connu sous les pseudonymes de "Ostap" et "Sutkowski" (ou vulgairement "Comte Polonais"). Grabianka est un voyageur européen et un illuministe précurseur du messianisme polonais. Il a d’abord passé sa jeunesse en France à la cour de Stanislas Ier et a étudié à Paris où il entre en contact avec les loges maçonniques. Fortement influencé par Swedenborg, il est attiré par les Illuminés de Bavière et rencontre Pernety et Morveau à Berlin en 1779 puis devient un membre très actif de leur ordre des Illuminés de Berlin. Il établit en outre un laboratoire alchimique à Ostapkivtsi. Il s’installe ensuite à Avignon, rejoignant Pernety et son groupe justement rebaptisé Illuminés d’Avignon(1).

Divergeant des enseignements des Illuminés, il fonde rapidement son propre cercle, la loge Nouvel Israël et part en Angleterre dans les cercles swedenborgiens afin de recruter des adeptes. En 1786 sa loge devient Le Nouvel Israël et Grabianka prend d’ailleurs le titre "Roi de la Nouvelle Israël". Il s’inscrit, conformément à l’enseignement de Pernety, dans une ligne millénariste, estime devoir reconquérir la Palestine et obtenir la couronne de Pologne. Peu confiant dans les intentions de la politique du consulat, il quitte la France en 1799 puis, suivi par ses adeptes, ouvre une loge à Saint-Pétersbourg en 1806 qui jouissait d’une bonne réputation dans la haute société. Cependant, Grabianka, suspecté d’espionnage pour le compte de la France, est arrêté par la police en 1807 et meurt neuf mois après son incarcération.

𝕍 stt. The "King of the New Israel" : Thaddeus Grabianka (Oxford slavonic papers 1), 1968, Maria Danilewicz.



1. Ou Illuminés du Mont-Thabor qui, fort de son rite hermétique, devra attirer de nombreux aristocrates.

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Lavater Johann  Entrée Data.Bnf
Théologien, Écrivain, Philosophe 🞄 Christianisme (Zwinglianisme), Illuminisme 🞄 Confédération des XIII cantons | 1741 1801

I. Histoire

► Fils de médecin et éduqué dans la foi zwinglienne, Lavater, vulgarisateur de l’illuminisme, est doué d’une profonde sentimentalité, d’une imagination ardente et d’un esprit éclectique ne reculant pas devant les oppositions et les paradoxes. Il s’initie rapidement à la théologie, dès 1754, et, au Collegium Carolinum de Zurich de 1756 à 1762, où il devient l’élève des critiques littéraires Johann Bodmer et de Johann Breitinger. Il est ordonné en 1762. Dès 1763, il voyage dans le nord de l’Allemagne avec son ami Füssli où il vont à la rencontre du pasteur Johann Spalding qui, dans ses conférences, entend défendre la conscience morale et religieuse et rapprocher raison et sentiment. Lavater rencontre également de nombreuses personnalités de l’époque, dont les philosophes Johann Sulzer et Moses Mendelssohn ainsi que le dramaturge Friedrich Klopstock dont il appréciera l’œuvre. De retour dans sa ville natale en 1764, il fonde plusieurs sociétés savantes, publie ses premiers textes importants et se marie en 1766. Il s’investit ensuite dans les organisations religieuses locales, devient diacre en 1769, puis pasteur d’un orphelinat en 1775 et devient finalement pasteur de l’Église Saint-Pierre de Zurich en 1786 où il acquière une excellente réputation d’orateur.

↪ Lavater poursuivra ses voyages en Allemagne et sera une personnalité célèbre et en vue des milieux intellectuels, connu pour sa volumineuse correspondance(1), notamment avec Goethe dès 1774, Hamann, Kirchberger, ou encore Von Thun. En effet, Lavater est un temps l’ami de Goethe et de Von Herder, avec lesquels il collabore sur les travaux physiognomoniques, mais ces derniers prirent leur distance face au mysticisme religieux de Lavater et ses accointances avec l’occultisme qu’ils estiment par trop crédule, prosélyte et certainement, optimiste. En effet, intéressé par la théurgie et persuadé de l’efficience magique transmise par la prière et véhiculée par la grâce, de tendance messianiste, il était également, comme beaucoup de ses contemporains, captivé par le sujet des miracles et des prophéties dont il tente de trouver les manifestations. Il s’était en conséquence, rapproché des doctrines du mesmérisme(2) et des merveilles des opérations thaumaturgiques, fréquentant Gassner, Charles de Hesse-Cassel et même Cagliostro. Ces deux dernières fréquentations l’ont mené, respectivement, à se faire inviter à l’École du nord en 1793(3) et à se rapprocher de la Franc-maçonnerie(4).

↪ Vers la fin de sa vie, Lavater s’oppose à l’aristocratie zurichoise vis à vis du comportement à adopter face à la France et se voit soupçonné de connivence avec la Russie et l’Autriche. Il est contraint de quitter momentanément sa ville pour Bâle en 1796. Il y revient néanmoins très rapidement et entend la défendre encore une fois contre la politique de l’envahisseur français : lui qui était d’abord charmé par la démarche révolutionnaire souhaite maintenant en réfréner les violences et les excès. Cependant, blessé par balle par un soldat lors de la bataille de Zurich (1799) alors qu’il est brancardier et tenter d’apaiser les soldats ennemis, il succombe finalement à ses blessures plus d’un an plus tard.

II. Œuvres

◆ De ses propres aveux, Lavater se voue à concilier piétisme, humaniste platonico-chrétien et activisme éthique dans le but de combattre les excès du zeitgeist de son époque : l’aufklärung, dont il estime les portions athées et rationalistes inacceptables. Il adhère en effet à l’irrationalisme de l’empfindsamkeit et du sturm und drang dès 1763, et est en sus, influencé par Leibniz, Rousseau et Charles Bonnet. Sa pensée religieuse, fortement marquée par la théosophie et qui est développée dès son Aussichten in die Ewigkeit (4, 1768–1778) est non dogmatique, christocentrique et trouve son pivot dans l’idée de la lumière intérieure que l’on doit cultiver par l’intermédiaire du subjectivisme sentimental. Au travers de l’action du Christ et le levier de la rédemption, il vise à la restauration des rapports unitaires entre l’humanité, la création dans son ensemble et Dieu. Convaincu de l’universalité des symboles, il est d’ailleurs largement tolérant, curieux, œcuméniste même, à l’égard de toutes les formes de christianisme, notamment le catholicisme, comme le montre son amitié avec Sailer et ses accointances avec les doctrines de l’Église, ce qui lui aura même valu d’être suspecté de crypto-catholicisme. En outre, de sensibilité littéraire, Lavater publie environ 130 ouvrages, la plupart dédiés à la dévotion chrétienne, mais aussi des poésies, notablement un Schweizerlieder (1767) qui lui offre déjà une certaine notoriété, un ouvrage de poésie religieuse Christlicher Lieder (1771) et deux poèmes épiques inspirés des œuvres de Klopstock.

◆ Lavater est célèbre pour ses recherches psychologico-physiognomiques publiées dans ses Art d’étudier la physionomie (1772), Fragments physiognomoniques (1775-1778) puis finalement Essai sur la physiognomonie (1781–1783, trad. fra. Essai sur la physiognomonie, destiné à faire connoître l’homme et à le faire aimer Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France), œuvres religieuses, intuitives, lyriques et accessibles plus que systématiques et méthodiques(5) qui se destinent à mettre en valeur l’empreinte divine contenue dans l’Homme et sa relation à Dieu. Pour ce faire, elles proposent par l’observation psychologique, celle des traits somatiques et une interprétation intuitive de la structure corporelle et de la mobilité du visage, d’établir un lien entre le caractère et la forme corporelle et de pouvoir alors saisir les caractéristiques psychiques d’un individu ainsi que, plus spécialement, ses impulsions animiques, ses qualités, sa noblesse et sa dignité et pour finir, son expérience spirituelle.

↪ Ces ouvrages, richement illustrés et contenant des analyses élogieuses de ses contemporains auront un large succès dans toute l’Europe et, vu comme un génie ou comme un charlatan, feront des émules et seront très discutés(6). Ils permettront à la physiognomonie, alors en phase de déclin depuis le début du siècle, de connaître un nouvel essor en lui offrant l’opportunité de sortir des cercles confidentiels et, à l’instar de la phrénologie, de trouver un écho jusque les artistes du XIX, comme Balzac, qui y découvrent un ensemble de modèles caractérologiques. Dès lors, il instaure une physiognomonie moderne qui deviendra la nouvelle norme tout en contribuant de façon très significative à la popularité des profil en silhouette, dans la mesure où il estimait que l’utilisation d’un profil en ombre chinoise pouvait fournir des indices substantiels sur la personnalité d’un individu.

𝕍 Les Sources occultes du romantisme (5, 1 pp. 153-180), Auguste Viatte, 1928.



1. Dont on pourra trouver la plus grande partie à la Bibliothèque centrale de Zurich.

2. À ce sujet, 𝕍 ex. À propos d’une lettre inédite de Lavater à B.F. de Turckheim à Strasbourg in Recherches Germaniques (2 pp. 134-144), Jules Keller, 1972. Lien vers le document sur Persée.

3. Dans une lettre Nachtrag zu dem Resultat meiner Reise notamment adressée à Kirchberger, il communiquer un compte-rendu de son expérience. Sur cet épisode 𝕍 J. С Lavater, Charles de Hesse, et l’École du Nord in Mystiques, théosophes et illuminés au siècle des Lumières, Antoine Faivre, 1976.

4. Sans pour autant être initié à une loge, la chose lui paraissant incompatible avec son idéal.

5. D’autant que Lavater, qui revendique son originalité et quoiqu’il ne les ignore pas, paraît écarter largement les principes des nombreux travaux de ses prédécesseurs et se contente de reprendre les grand axes en se basant sur la Physiognomonie Humaine de Della Porta et la Religio Medici de Browne.

6. Georg Lichtenberg critiquera notablement l’œuvre.

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Von Starck Johann  Entrée Data.Bnf
Théologien, Historien, Orientaliste 🞄 Christianisme (Protestantisme:Luthérien), Franc-maçonnerie 🞄 Saint-Empire romain Germanique (n. Duché de Mecklembourg-Schwerin, fl. Landgraviat de Hesse-Darmstadt) | 1741 1816

► Théologien luthérien ambitieux et mystique, historien, orientaliste et érudit littéraire, Von Starck étudie à Göttingen, devient professeur de langues orientales à Saint-Petersbourg (1963), Königsberg (1769), travaille dans le département des langues orientales de la Bibliothèque du Roi à Paris en 1765, puis devient prédicateur de la cour à Darmstadt (1781). Il est controversé à Königsberg pour ses positions déistes et historiques, cherchant à démontrer dans son Hephästion (1775) que le christianisme plonge ses racines dans le paganisme; il estime en effet que christianisme, mystérisophie éleusinienne et maçonnerie se rejoignent. Initié en effet en maçonnerie à Göttingen en 1761, il est influencé par le templarisme et est d’ailleurs cofondateur d’une loge Zu den drei Löwen(1), inspiré du rosicrucianisme et fortement teintée de catholicisme(2). Elle sera en lien (de façon avant tout formelle) avec la Stricte observance templière de Hund.

↪ Von Starck est en sus, l’auteur d’un Ordens der Freimaurer (1778) et d’un apologétique Geschichte der christlichen Kirche des ersten Jahrhunderts (1779-80). Bien qu’il ne renia jamais son statut de maçon, il prend finalement ses distances et se fait fort critique de la maçonnerie, estimant ses frères soit trop mondains, soit trop motivés par des intérêts politiques. Il écrit à ce propos dans son très lu Triumph der Philosophie im achtzehnten Jahrhunderte (1803) Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur Internet Archive Lien vers l’œuvre sur Internet Archive que l’affaiblissement du sentiment religieux et les évènements de la révolution française furent fomentés par francs-maçons et illuminati, influencés par les lumières. Correspondant de Lavater. Anobli freiherr {Baron} en 1811. Prétendument converti au catholicisme en 1766, mais l’information est douteuse et, au demeurant, Starck affirma lui-même le contraire.



1. Fille de Zu den drei Sternen.

2. Orientée sur le cléricalisme plutôt que la chevalerie templière.

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Frédéric-Guillaume II  Entrée Data.Bnf
Politique (Roi) 🞄 Rosicrucisme 🞄 Royaume de Prusse | 1744 1797

Roi de Prusse et mécène des arts. Intéressé par l’ésotérisme, il se rapproche de Bischoffswerder et Wollner dont il fini par faire son ministre, permettant ainsi au rosicrucisme d’atteinte les plus hautes sphères du pouvoir. Il rejoint en effet, en 1781, l’Ordre des Rose-Croix d’or d’ancien système sous le nom de "Ormesus" par l’intermédiaire de Frédéric-Auguste de Brunswick-Wolfenbüttel-Œls. A fréquenté un nécromancien, Steinert, disciple de Schrepfer, avec qui il a tenté d’évoquer les ombres de dirigeants du passé.

↪ Dans son Histoire de la magie (6, 6 Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France), Levi note à ce propos : Un grand seigneur avait fait bâtir à Berlin une maison destinée aux évocations : le roi Frédéric-Guillaume était fort curieux de tous ces mystères et s’enfermait souvent dans cette maison avec un adepte nommé Steinert ; les impressions qu’il y recevait produisaient en lui des sensations si vives, qu’il tombait en défaillance et ne revenait à lui que lorsqu’on lui donnait quelques gouttes d’un élixir magique analogue, à celui de Cagliostro. On trouve dans une correspondance secrète sur les premiers temps du règne de ce prince, citée par le marquis de Luchet dans sa Diatribe contre les illuminés, une description de la chambre obscure où se faisaient les évocations […] Le roi de Prusse, à qui appartenait la maison, savait à merveille comment elle était machinée, et n’était pas dupe d’une jonglerie, comme le prétend l’auteur de la correspondance secrète. Les moyens naturels préparaient et n’accomplissaient pas le prodige ; il se passait là réellement des choses à étonner le plus sceptique et à troubler le plus hardi.

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Novikov Nikolaï  Entrée Data.Bnf
Éditeur, Journaliste 🞄 Franc-maçonnerie 🞄 Empire russe | 1744 1818

► Philanthrope influencé par les lumières et la philosophie allemande, premier journaliste de Russie, Novikov(1) a joué un rôle de premier plan dans l’expansion des loges moscovites(2) ainsi que dans l’introduction du rosicrucisme et du martinisme en Russie.

◆ En tant qu’éditeur et imprimeur, il s’est notablement donné pour objectif de produire une prosvetitel´stvo {œuvre civilisatrice} en travaillant à développer l’instruction intellectuelle et morale des russes (des moscovites et des saint-pétersbourgeois en particulier) en faisant paraître un nombre considérable d’ouvrages(3) dont le volume en 1788, représentait plus d’un tiers des livres et revues édités en Russie. Soutenu financièrement par ses confrères maçons alors fort influents dans la haute-société russe, il fit également ouvrir des bibliothèques et des librairies sur tout le territoire (27 seulement pour Moscou).

► Imprimant cependant des ouvrages contestataires qui génèrent le gouvernement(4) et investi dans des causes humanitaires qui déplurent également en haut lieu, son imprimerie fut fermée en 1791, lui-même fut arrêté et condamné à 15 ans d’emprisonnement en 1792, portant par la même un coup politique à la maçonnerie russe. Cependant, seulement 4 ans plus tard, Paul Ier alors tout récemment couronné gracia Novikov, qui, néanmoins, ne reprit par ses activités éditoriales.



1. Avec notablement ses amis et frères Lopukhin, Schwarz, Gamaleya, Turgenev ou encore Kutuzov.

2. Il rejoint la maçonnerie en 1775.

3. Manuels, classiques littéraires, ouvrages maçonniques également.

4. Les bouleversements de la révolution française venaient d’avoir lieu.

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Vismes (de) Jacques  Entrée Data.Bnf
Littérateur, Musicographe 🞄 n. Royaume de France, fl. Empire français (I) | 1745 1819

► Régisseur de l’Académie royale de musique(1) qu’il tenta de réformer de 1778 à 1780. Connu pour sa publication des Nouvelles recherches sur l’origine et la destination des pyramides d’Égypte (1812) Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France où, porté par l’égyptomanie représentée par Cagliostro(2) et s’inspirant sans doute des légendes de L’Égypte de Murtadi Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France de Murtaḍá ibn Ḥātim, il postule que les pyramides furent construites par les nephilim. Cet ouvrage aurait influencé Nerval pour son Aurélia.



1. Ancêtre de l’Opéra national de Paris.

2. Il mentionne une rencontre en 1785 pp.25-26.

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Savalette de Langes Charles-Pierre-Paul
Politique 🞄 Franc-maçonnerie 🞄 Royaume de France | 1746 1797

► Issu d’une puissante lignée de financiers, héritier fortuné et proche du pouvoir, il est conseiller et à la prestigieuse charge de trésorier d’État dès 1756, jusque 1790 malgré les vicissitudes politiques du temps. Rationaliste et scientiste, cultivé et philanthrope, anti-religieux et intriguant, adepte de l’utilitarisme de Claude-Adrien Helvétius, de l’illuminisme bavarois et des sciences occultes, c’est un important animateur de la maçonnerie française à laquelle il est initié aux Amis indissolubles en 1766. Il fonde plusieurs organisations : il est principalement cofondateur des puissants Amis réunis en 1773(1) et de L’Olympique de la Parfaite Estime en 1783 ainsi que de la Société philanthropique, société de bienfaisance paramaçonnique. Il est enfin Grand Orateur du Grand Orient de 1781 à 1788.

► Savalette de Langes est en outre fondateur du régime des Philalèthes(2) en 1773, régime qu’il développe à l’ombre des Amis réunis et qui se donne pour mission de chercher la vérité. Sous son égide il organise et préside deux convents internationaux interobédientiels en 1785 et 1787 : l’objet de ces derniers, à caractère maçonnologique et première initiative dans le genre, est de réunir la documentation maçonnique pour en extraire les principes. Par l’intermédiaire d’un puissant réseau de communication, il parvient ainsi à réunir nombre de maçons illuministes importants de son époque; les conclusions apportées par ce colloque sont cependant en demi-teinte.



1. Qui réunissait intellectuels et aristocrates comme Court de Gebelin, Willermoz, Saltzmann ou Frédéric de Hesse-Darmstadt et dont il devient vénérable.

2. Ou Académie de recherches maçonniques et ésotériques.

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Courcelles de Labrousse Clotilde-Suzanne  Entrée Data.Bnf
Prophétesse 🞄 Christianisme (Église constitutionnelle) 🞄 n. Royaume de France, fl. République française (I) | 1747 1821

► Mystique chrétienne et prophétesse, hostile à l’Église romaine et favorable à la constitution civile du clergé qu’elle estime être la volonté de Dieu, elle est soutenue par Christophe Gerle et Pierre Pontard. Son influence sera éclipsée par celle de Théot.

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Pontard Pierre  Entrée Data.Bnf
Prêtre 🞄 Christianisme (Catholicisme, Église constitutionnelle) 🞄 n. Royaume de France, fl. République française (I) | 1749 1832

► Vicaire à Bergerac puis curé de Sainte-Marie à Sarlat, député de la Dorgogne et évêque de l’Église constitutionnelle de la Dordogne (1791-1793) durant la révolution. Il estimait que la révolution était un évènement introduisant une réforme spirituelle prochaine de la chrétienté. Pontar est en outre, influent dans le cercle ésotérico-occultiste de la duchesse de Bourbon, Bathilde d’Orléans. Entre 1792 et 1797 et grâce à la fortune de la duchesse, il publie l’hebdomadaire Journal Prophétique, dont l’objet était de soutenir l’action de la prophétesse Suzette Labrousse, dont il devient, à sa mort, l’exécuteur testamentaire.


🙟 1750   

Maréchal Sylvain  Entrée Data.Bnf
Poète, Pamphlétaire 🞄 Franc-maçonnerie, Athéisme 🞄 n. Royaume de France, fl. République française (I) | 1750 1820

Maçon, athée républicain et anarchiste utopique. Nous intéresse pour quelques travaux : son Âge d’Or (1782) ou ses Voyages de Pythagore (1799) Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France.

🕮 Caillet indique en 7126 : Ouvrage le plus important sur Pythagore et ses doctrines ; le tome VI est entièrement consacré aux symboles et lois de Pythagore. […].

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Sibly Ebenezer  Entrée Data.Bnf
Astrologue, Théosophe 🞄 Royaume-Uni de Grande-Bretagne | 1751 1799

► Après une formation de médecin, Sibly se penche sur le magnétisme animal et fait parti de la Société de l’harmonie universelle de Mesmer. Intéressé par la théosophie, il est à Londres, admis à la Lodge of Joppa No.188 en 1789.

► Il est surtout représentant de l’astrologie anglaise durant son époque crépusculaire et est un important passeur de la Tétrabible. Dans ce domaine, il est connu pour son Illustration of the Celestial Science of Astrology (1784).

► Il est notablement à l’origine des dessins accompagnant l’édition de 1790 de l’English Physitian de Culpeper.

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Price James
Chimiste, Alchimiste 🞄 Royaume-Uni de Grande-Bretagne | 1752 1783

► A fait des démonstrations en transmutant du mercure en argent et en or à l’aide d’une poudre au faible pouvoir transmutateur. Il en fit imprimer des procès-verbaux : An account of some experiments on mercury, silver and gold (1782).

↪ Membre de la Royal Society, il est pressé par ses confrères de reproduire les transmutations sous contrôle scientifique. Il se suicide par ingestion d’acide prussique devant des confrères venu assister à la transmutation exigée.

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Eckartshausen (von) Karl  Entrée Data.Bnf
Théosophe, Théurge, Mystique, Philosophe 🞄 Christianisme (Catholicisme) 🞄 Saint-Empire romain Germanique (Électorat de Bavière) | 1752 1803

► Fils illégitime du diplomate et comte Charles d’Haimbhausen(1), né au schloss bavarois d’Haimhausen. D’une nature solitaire et mélancolique, il est sujet à des expériences prophétiques et mystiques dès son plus jeune âge. Il étudie la philosophie à Munich et le droit à Ingolstadt. Grâce à l’appui sur son père, il est anobli, membre de l’Académie bavaroise des sciences et nommé conseiller aulique (1777), puis censeur de la librairie (1780-1793) et enfin conservateur des archives de Bavière (1784) dont il rehaussa la réputation. Esprit cultivé et animé d’une nature puissamment religieuse, Eckarthausen est un mystique catholique qui, dès 1788 se tourne vers la théosophie et débute sa carrière littéraire en produisant des opuscules dévotionnels comme Dieu est amour le plus pur (1790) qui eurent grand succès en Allemagne comme en France et furent même diffusés, d’une façon plus générale, à l’échelle européenne.

↪ À partir d’un intérêt pour les sciences naturelles et, attiré par les prophéties eschatologiques de nature millénaristes, l’arithmologie et la qabbale chrétienne ainsi que par l’alchimie et le magnétisme, il se tourne ensuite vers des ouvrages plus profonds qui connurent le succès auprès des néo-occultistes comme Levi et Papus mais aussi dans les milieux théosophiques et occultistes russes, jusqu’à Alexandre Ier de Russie pour qui sa Nuée égale Augustin. Eckartshausen assure, en fait, la transition littéraire des écrits magico-théosophiques piétistes de l’époque rococo vers les modalités du premier romantisme. Membre, un temps, des Illuminés de Bavière ("Aetilius Regulus"), il les quitte lorsqu’il réalise l’importance que le groupe accorde à la raison humaine et garde envers eux une profonde hostilité. Théocrate, proche des Jésuites(2), précurseur influent du romantisme munichois, il correspond notamment avec ses amis Kirchberger et Jung-Stilling mais aussi avec Saint-Martin(3).

Influence Baader et Novalis.

Auteur, parmi l’important bibliographie qu’il se constitua(4), d’Aufschlüsse zur Magie {Éclaircissements sur la Magie} (1788) et de Der Wolke vor dem heiligthume (1802) {La Nuée sur le Sanctuaire} très estimé par Waite et Crowley et qui fut traduit en anglais par Isabelle de Steiger. Eckartshausen met notablement l’emphase sur la cosmogonie et l’anthropologie selon les thématiques théosophiques de la chute et de la réintégration ainsi que de l’androgyne. En outre, il développe l’idée d’église intérieure, ésotérique, avec laquelle les éveillés communiquent, au-delà des clivages religieux exotériques, en développant un sens spirituel ressortissant du même plan d’existence subtil.

𝕍 Eckartshausen et la théosophie chrétienne, Antoine Faivre, 1969.



1. "Eckartshausen" vient justement de la combinaison du nom de son père et de celui de sa mère, fille de l’intendant du château, Maria Eckart.

2. Il est ami avec Johann Sailer.

3. Eckartshausen parlait parfaitement le français.

4. Une centaine d’ouvrages aux thématiques variées ! Des récits et des drames, des traités d’histoire ou de politique , de droit ou de chimie, ou encore des essais philosophiques ou sociologiques.

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Haugwitz (von) Christian
Politique 🞄 Franc-maçonnerie 🞄 Royaume de Prusse | 1752 1832

► Ambassadeur à Vienne dès 1792 à la demande du roi Frédéric-Guillaume II puis président de la province de Silésie, il effectue durant sa carrière, plusieurs missions diplomatiques pour la Prusse dont le troisième et dernier partage de la Pologne avec l’Autriche et la Russie et la conclusion du Traité de Bâle (1795). D’abord initié en 1774 à la loge Minerve aux trois palmes de Leipzig, il devient un maçon fort actif. C’est lors de ses voyages de jeunesse en 1778 qu’il rencontre Goethe et Lavater, qui eurent une influence décisive sur ses aspirations mystiques. Influencé par la théosophie de Christoph Kauffmann et des Frères moraves via Zinzendorf, sensible au rite suédois, il devient le fondateur du rite piétiste des Frères de la Croix(1) (1777). Il est alors animé par une volonté réformatrice vis à vis de la maçonnerie qu’il voulait infléchir plus franchement vers la spiritualité dans ses hauts grades.

↪ Proche de Ferdinand de Brunswick-Lunebourg et surtout de Charles de Hesse-Cassel, éminents membres de la Stricte observance templière, il est mis en relation avec Willermoz. Ferdinand de Brunswick-Lunebourg envisagea une fusion des deux systèmes malgré leurs oppositions évidentes mais les deux hommes ne purent s’entendre et, Ferdinand ayant pris le parti de Willermoz au Convent de Wilhelmsbad (1782), Von Haugwitz s’écarte progressivement de la vie maçonnique.

𝕍 La crise de la franc-maçonnerie européenne et le Convent de Wilhelmsbad (1782) in Dix-Huitième Siècle (19 pp. 73-95), Ludwig Hammermayer (trad. Jean Mondot), 1987. Lien vers le document sur Persée

↪ Après la révolution et comme nombre de maçons, il se prononce finalement de façon défavorable envers les sociétés secrètes estimant dans son Mémoire présenté au Congrès de Vérone (1822)(2) que toutes les associations maçonniques, depuis la plus modeste jusqu’aux grades les plus élevés, ne peuvent se proposer que d’exploiter les sentiments religieux, d’exécuter les plans les plus criminels, et de se servir des premiers comme manteaux pour couvrir les seconds.



1. D’abord Confidents de Saint-Jean.

2. 𝕍 VIII A 16 bs. Centre maçonnique culturel Prince-Frédéric.

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Chefdebien d’Armissan (De) François-Anne  Entrée Data.Bnf
Militaire, Politique 🞄 Franc-maçonnerie 🞄 Royaume de France | 1753 1814

► Chevalier de Malte et de Saint-Louis, Baron, initié en maçonnerie en 1808 et maître du Grand-Orient, influencé par Pasqually. Fondateur, avec six de ses fils(1), du Rite Primitif de Narbonne en 1779 puis du Rite Primitif des Philadelphes de nature alchimico-ésotérique en 1780(2). Le rite aurait cependant été crée dès 1759 par le Vicomte Chefdebien d’Aigrefeuille, à Prague. Il atteint son amplitude maximale en 1780 et fini par rejoindre le Grand-Orient en 1806. Participe au Convent de Lyon (1778) et à celui de Wilhelmsbad (1782). Proche collaborateur de Savalette de Langes dans son entreprise de recherche historique des Philalèthes et ami prudent de Cagliostro.



1. François-Marie "Eques a Capite Galeato" en particulier.

2. Auquel a fait parti Marconis de Nègre et Mesmer.

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Nordenskiöld August
Alchimiste, Minéralogiste 🞄 Swedenborgisme 🞄 Empire suédois | 1754 1792

► Minéralogiste et explorateur anti-esclavagiste finlandais influencé par Swedenborg. Il est soutenu pendant un temps par Gustave III de Suède dans ses recherches alchimiques afin de financer la guerre contre la Russie. Nordenskiöld estimait que l’or chauffé constamment à la bonne température pouvait avoir les propriétés de métamorphoser les autres métaux. Pour lui, l’obtention de la pierre philosophale, et la création d’or qui en aurait résulté avait pour objectif de réformer la société en faisant de l’argent un déchet, modifiant ainsi profondément les règles de l’économie. Il décrit sa vision d’une économie alternative dans son Det Borgerliga samhàllets {Le Système de la Société civique} (1789). 𝕍 sa Spiritual Philosophers’ Stone (1789) chez McLean. Lien vers l’œuvre

𝕍 "La république de Dieu" : une utopie suédoise de 1789 in Annales historiques de la Révolution française (277 pp. 244-273), Ronny Ambjörnsson, 1989 Lien vers le document sur Persée.

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Joubert Joseph  Entrée Data.Bnf
Diariste, Spiritualiste 🞄 Illuministe 🞄 n. Royaume de France, fl. République française (I) | 1754 1814

► Ecclésiastique non ordonné des Prêtres de la doctrine chrétienne, il enseigne au Collège de l’Esquile où il fut lui-même formé jusqu’en 1776. Il se fixe à Paris en 1778 et fréquente finalement les cercles intellectuels où il rencontre D’Alembert, Marmontel, Diderot (dont il devient le secrétaire) et Fontanes, de qui il devient l’intime. À partir de 1801 il protège Pauline de Beaumont puis fréquente son salon, ainsi que Chateaubriand, qui devra d’ailleurs se lier à Pauline durant quelques années. Conseiller ordinaire de l’ Université impériale en 1809.

Évolue dans un milieu proche de la maçonnerie puisque ses trois frères comme ses beaux-frères, ainsi que plusieurs de ses amis comme Fontanes sont initiés. Moraliste influencé par un spiritualisme platonisant aussi bien que franciscain, emprunt de religiosité mais défiant à l’égard des dogmes, il est connu pour son Recueil des pensées de M. Joubert Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France (1838), journal personnel rédigé pendant quarante ans (il commence en 1774) qui se trouve pétri de considérations philosophico-illuministes(1) et seront publiées après sa mort par Chateaubriand(2).



1. Il est ntm. question d’ontologie, d’esthétique et de religion.

2. La première édition, fournie juste avant, sera complétée avec l’édition de 1938.

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Hahnemann Samuel  Entrée Data.Bnf
Médecin 🞄 Franc-maçonnerie 🞄 n. Saint-Empire romain Germanique (Électorat de Saxe), fl. Royaume de France | 1755 1843

Connu pour avoir mis au point l’homéopathie qui est basée sur le principe similia similibus curantur, influencée par le corpus hippocratique, paracelsien et, d’une façon générale, par la médecine occulte du rosicrucisme qui en est l’héritière. Hahnemann est en effet initié en maçonnerie dès 1777 à la loge Saint-André aux trois Lotus de Hermannstadt, cette dernière réceptionnant ces pratiques médicales sous l’influence du rosicrucisme.

► Exerçant tout d’abord la médecine conventionnelle de son temps, il expérimentait sur lui-même les remèdes. C’est après avoir remarqué qu’en prenant régulièrement de petites doses de quinine, son état se détériorait sous la forme de symptômes malariques, qu’il fut mis sur la piste de ce qui allait devenir sa nouvelle théorie médicale. Après un premier papier en 1796, Essai sur un nouveau principe pour découvrir les vertus curatives des substances médicinales, où il expose les principes de sa thérapeutique, il présente son système dans son Organon der rationellen Heilkunst (1810) traduit Exposition de la doctrine médicale homœopathique Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France (1832). En France durant la Monarchie de Juillet, dès 1835, il y rencontre un succès éclatant en tant que praticien et y termine ses jours.

■ On trouve sa sépulture à la division 19 du Père-Lachaise.

Assez religieuse dans la structure sociale qui la soutient et en dissémine les principes, polémique dès sa création, l’homéopathie est toujours sujette à controverse au XXI. Et bien que vilipendée par la majorité des médecins et pharmaciens(1), elle conserve de nombreux défenseurs. Dès sa création déjà, elle est notamment admirée par Goethe.

𝕍 Alchimie, franc-maçonnerie et homéopathie in Revue d’Histoire de la Pharmacie (98, 370 pp. 175-192), Patrice Pinet, 2011. Lien vers le document sur Persée



1. Des considérations pécuniaires et liées aux difficultés des préparations entrant évidemment en compte.

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Mozart Wolfgang (Amadeus)  Entrée Data.BnfEntrée Encyclopedia Britannica Entrée Larousse Entrée Treccani (sélectionnée)
Compositeur 🞄 Classicisme, Lumières, Christianisme (Catholicisme), Franc-maçonnerie 🞄 Saint-Empire romain Germanique (n. Principauté archiépiscopale de Salzbourg, fl. Archiduché d’Autriche) | 1756 1791

I. Histoire

► Mozart est considéré comme faisant parti des tout meilleurs génies musicaux, doué d’une intuition certaine dans l’utilisation des instruments et la composition des mélodies, d’un talent inné pour l’aspect théorique et d’une merveilleuse sensibilité à la fois exacerbée, délicate et subtile tant au niveau de l’expression artistique que du champ auditif. Virtuose considérant la musique comme un sujet grave et connu pour sa personnalité extravagante, il est à la fois un compositeur et chef d’orchestre, claviériste et organiste, violoniste et altiste. Reconnu pour sa grande précocité exceptionnelle dans l’utilisation du clavecin dès ses trois ans, du violon qu’il appréhende avec facilité, ainsi que de la composition, qu’il débute à l’âge de cinq ans.

↪ Il est le plus jeune enfant de Léopold Mozart, musicien renommé notamment pour sa méthode pour apprendre le violon et actif à la cour du prince-archevêque de Salzbourg en tant que vice-maître de chapelle. Il épaule précocement et de façon crucial son fils(1) dans sa formation et l’initie ainsi fort jeune à la théorie musicale. Dès 1762, il se résout à le présenter à la cour de Vienne puis l’emmène voyager en Europe, Allemagne, Italie, France, Angleterre, notamment auprès de la royauté. Partout où il représentait, le petit maestro est considéré comme un prodige musical, se révélant notablement excellent dans l’improvisation. Mozart eut en même temps, par le biais de ses puissantes facultés assimilatrices, l’opportunité d’accroître ses connaissances par la rencontre d’artistes et de musiciens talentueux comme Johann Schobert à Paris et Johann Christian Bach — fils cadet de Jean-Sébastien Bach — à Londres. Bientôt, il compose dans presque l’intégralité des formes instrumentales.

► En 1768, alors âgé de douze ans, il joue de nouveau à la cour de Vienne, et Joseph II (reg. 1765–1790), lui demande de composer la musique d’un opera buffa, la Finta Semplice. Il se rend ensuite en Italie où il joue devant Clément XIV (reg. 1769–1774)(2) qui le fait chevalier de l’Ordre de l’Éperon d’or et rencontre l’érudit compositeur et théoricien de la musique Giovanni Martini qu’il impressionne par sa maîtrise de l’écriture contrapuntique. De 1773 à 1781 il à Salzbourg, où il ne se plaît guère, considérant les locaux comme des provinciaux philistins, ce passage est seulement entrecoupé par un voyage à Paris en 1778, dramatiquement marqué par le décès de sa mère. En 1781, il compose pour le théâtre de la cour de Munich dans Idoménée, roi de Crète, œuvre importante pour l’histoire de l’opéra et qui aura un franc succès. Tout en s’enracinant de Gluck, il propose une œuvre d’une grande continuité dramatique. Mozart se rend ensuite à Vienne la même année et où il demeurera jusque sa mort, autant incompris et jalousé, que salué et admiré pour l’ampleur et la hauteur de ses vues en tant que compositeur.

↪ Mozart composera en effet avec une persistante fluidité, armé d’un savoir-faire aussi savant qu’instinctif, en particulier dans les dernières années de sa courte vie qui sont parsemées de chefs-d’œuvres tels sa prodigieuse Symphonie n°41 (KV.551) (1788) dite Jupiter. En collaborant avec le librettiste Da Ponte, le compositeur livrera notablement trois chefs d’œuvres de l’opera buffa : Les Noces de Figaro (1786), Don Giovanni (1787) et Così fan tutte (1790). Un grand nombre de ses partitions(3) tiennent encore lieu de classiques et il révolutionnent les genres existants, soutenues par sa remarquable universalité, sa capacité à synthétiser de façon homogène les styles musicaux préexistants et à ménager une ambivalence fascinante entre une gaieté scintillante et légère et une sourde et dramatique mélancolie. Il tirera de sa production et dès son vivant une considérable renommée, mais ne parvient pourtant pas à vivre convenablement de son art n’ayant pu obtenir de nomination permanente. Sa musique, qui comporte des centaines d’œuvres inventoriées dans le Catalogue Köchel, est un équilibre entre celle de la période classique de Haydn, de qui il est l’ami et disciple et qui n’eut cesse de le couvrir d’éloges affectueuses(4), et celle des débuts du romantisme de Beethoven. Les circonstances de sa mort, durant la composition du Requiem (KV.626), donnèrent lieu à de nombreuses spéculations plus ou moins sensationnelles.

II. Activités et œuvres maçonniques

◆ Si le XVIII a été un point d’orgue pour la culture musicale occidentale, elle a été aussi simultanément une période de déclin pour l’ésotérisme musical sous l’influence du rationalisme des lumières. L’œuvre de Mozart cependant, complexe et multiforme, fait une météoritique exception à cet état de fait. Il a écrit une vingtaine de pièces ayant un rapport avec la franc-maçonnerie, qu’elles soient directement à usage des maçons pour leurs divers rassemblements (ouverture, fermeture, dédicace…)(5) ou, quoique à destination du grand public, structurées autour de thèmes maçonniques. Il est justement admis depuis le XIX que son chef d’œuvre, la Zauberflote {Flûte enchantée} (1791) (K.620), l’acte 2 en particulier, présente un cheminement initiatique(6). L’œuvre, comédie populaire viennoise combinée à la coloratura, est du point de vu thématique, principalement influencée par les mystères égyptiens du Sethos de Terrasson(7), les œuvres de Chrétien de Troyes et le recueil de contes de fées traditionnels de Christoph Wieland, Dschinnistan, notamment le Lulu ou la flûte enchantée. Cet opéra eut un franc succès et Goethe, charmé par la représentation, a écrit une suite pour la Flûte, fortement influencé par le symbolisme alchimique; Schinkel redessinera quant à lui l’ensemble des douze décors en 1815. Les contours de cette œuvre artistique et vulgarisatrice, plus maçonnoïde que maçonnique, furent abondamment discutés, tout comme le cheminement personnel et social de Mozart dans la franc-maçonnerie. On sait en effet que Mozart fréquente avec enthousiasme et assiduité les milieux maçonniques viennois(8), alors à la mode et ayant pignon sur rue à son époque. Il faut cependant souligner, qu’à ce moment, ces loges sont aussi dans une position malgré tout vulnérable : bien qu’en expansion et se multipliant elles sont encore jeunes et mal enracinées, n’ayant pas vingt ans d’existence. Celle de Mozart ex., bien qu’en vue dans les milieux aristocratiques, date seulement de 1783.

L’entrée de Mozart en maçonnerie une étape importante de sa vie et eut des conséquences sur sa vie morale, spirituelle et artistique. Il est initié apprenti à la loge Zur Wohltätigkeit {La Bienfaisance}(9) en 1784 et devient rapidement maître. Il fréquente également la loge Zur wahren Eintracht {À la vraie Concorde}. Il fera des émules : son père deviendra lui-même franc-maçon en 1785 et Haydn se rendra également à une réunion, sans néanmoins poursuivre l’expérience. La même année, Mozart passera dans la loge Zur neugekrönten Hoffnung {Nouvel espoir couronné} suite aux réformes par décret impérial de Joseph II(10). On sait encore qu’il est également un proche de Weishaupt, Otto von Gemmingen-Hornberg, Carl de Lichnowsky et de Johann von Thun(11) tous notoirement impliqués en maçonnerie. À sa mort, sa loge décidera de prendre en charge une luxueuse édition de sa dernière cantate (KV 623), les bénéfices étant destinés à sa veuve. Il est certainement influencé par le rite de la Stricte observance templière puisque son ami Schikaneder, directeur du Freihaustheater où au lieu la première de la Flûte en 1791(12), fut initié à une loge de Ratisbonne, proche de la Stricte Observance.

𝕍 d’abord 1. Originalité et modernité chez Mozart in Bulletins de l’Académie Royale de Belgique (2 pp. 217-234), Robert Wangermée, 1991. Lien vers le document sur Persée | 2. Wolfgang Amadeus Mozart, franc-maçon et catholique in Bulletins de l’Académie Royale de Belgique (18, 1-6 pp. 173-229), Paul Smets, 2007. Lien vers le document sur Persée | 3. La Musique maçonnique in Dix-Huitième Siècle (19 pp. 97-104), Philippe Autexier, 1987. Lien vers le document sur Persée | 4. Mozart : mythe ou réalité ? in Bulletin de l’Association Guillaume Budé (Lettres d’humanité 52 pp. 380-400), Michel Richard, 1993. Lien vers le document sur Persée



1. Tout comme sa fille, Maria, faisant elle-même preuve d’une exceptionnelle précocité.

2. On connaît la fameuse anecdote voulant qu’il pria naïvement le pontife de lui remettre une copie du Miserere (1638) composé par Allegri pour le Chœur de la chapelle Sixtine, auquel il était strictement réservé. Il suffit néanmoins à Mozart d’assister à une répétition pour restituer de mémoire la partition et d’une seconde écoute pour corriger quelques erreurs.

3. Opéras, symphonies, concertos, quatuors, musique sacrée, musique de chambre

4. Lors d’une séance de quatuor à Vienne en 1785 il confie à son père : Je vous le dis devant Dieu, en honnête homme, votre fils est le plus grand compositeur que je connaisse, en personne ou de nom, il a du goût, et en outre la plus grande science de la composition.

5. Tels le cantique de chaîne d’union O heiliges Band {Ô lien sacré} (KV.148), Die Maurerfreude {La Joie des maçons} (KV.471), Laut verkünde unsre Freude {Annoncez à haute voix notre joie} (1791) (KV.623), dite Kleine Freimaurer-Kantate ou encore sa Maurerische Trauermusik {Musique funèbre maçonnique} (1785) (KV.477/KV.479a). 𝕍 aussi notamment KV.471 et KV.468. Sa production dans ce domaine est, comme on s’y attend au regard de son talent, le sommet de la musique maçonnique.

6. Ex. Scène XXI : Chœurs | O Isis, Osiris! jour de gloire! / Les feux du jour triomphent des ténèbres. / Celui qui vient vers nous, vers la lumière, / Nous donnera bientôt l’aide d’un frère. / Son cœur est droit, son cœur est pur (bis), / Oui, bientôt, il sera digne de nous (bis), / Digne de nous (bis). ou Scène XXXI Deux Gardiens | Ici la route s’ouvre à vous, pleine d’obstacles, / L’air, l’eau, le feu, la terre purifient. / Celui-là qui vaincra les affres de la mort, / Sortira du tombeau victorieux. / Désormais, il pourra se consacrer / À tes mystères, ô grande Isis, tout entier. 𝕍 d’abord le classique La Flûte enchantée, opéra maçonnique, Jacques Chailley, 1968; abordant notamment la symbolique maçonnique des tonalités et des rythmes. Consultez d’ailleurs le frontispice de l’édition princeps du livret original qui présente, dans un décor égyptien, une étoile flamboyante et des outils maçonniques à peine déguisés.

7. On mentionne aussi fréquemment l’article Über die Mysterien der Ägypter {Sur les mystères des Égyptiens} (1784) d’Ignaz von Born paru dans le fameux périodique Journal für Freymaurer {Journal des francs-maçons}.

8. On sait qu’il y avait alors la présence d’obédiences à hauts grades ésotériques comme les Rose-Croix d’Or d’Ancien Système et les Frères Initiés d’Asie. Les Frères Asiatiques ont pu aussi influencer Mozart.

9. Travaillant au rite de Zinnendorf, qui annonce le rite suédois, elle est orientée vers le rationalisme des lumières, l’action caritative et soutient la politique de Joseph II (reg. 1765–1790).

10. Méfiant envers le développement de la maçonnerie, il souhaitait limiter les hauts-grades et contrôler les loges, notamment en forçant leur réorganisation sous l’égide d’une Grande Loge impériale.

11. Il écrit pour lui la Symphonie n°36.

12. Il est d’ailleurs l’auteur du livret de l’opéra et tiens le rôle de Papageno à cette première. Notez qu’un an avant la composition de la Flûte, il est encore l’auteur d’un Der Stein der Weisen {La Pierre philosophale} où Mozart participe également à l’écriture de la musique. Le compositeur participera aussi au Thamos, König in Ägypten {Thamos, roi d’Égypte} de Tobias von Gebler, drame également marqué par la maçonnerie.

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Lopoukhine Ivan
Théosophe 🞄 Franc-maçonnerie, Martinisme 🞄 Empire Russe | 1756 1816

► Franc-maçon et martiniste favorable au rosicrucianisme. Il est influencé par Saint-Martin et Eckartshausen, il a en outre connu Krüdener.

◆ Renommé pour ses Nekotorye chert {Quelques traits de l’Église intérieure} (1798) Lien vers l’œuvre, son Catéchisme moral pour les vrais F.M (1799) directement écrit en français et son Dukhovnyi rytsar’ {Chevalier spirituel} (1799).

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Ulfvenklou Henrik
Voyant 🞄 Spiritualisme 🞄 Empire suédois | 1756 1819

► Lieutenant finlandais, voyant et spiritualiste mystique, influent auprès de Gustave III de Suède.

◆ On trouve un ex-libris à son nom dans une Clavicule en français à la Bibliothèque de l’Université de Lund. Entrée du catalogue inconnue Lien vers l’œuvre

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Brothers Richard  Entrée Data.Bnf
Prédicateur 🞄 Christianisme (Anglicanisme) 🞄 Royaume-Uni de Grande-Bretagne | 1757 1824

Prédicateur visionnaire, représentant de l’anglo-israélisme(1), il se considérait comme le neveu de Jésus, s’estimait "prince des hébreux" et affirmait posséder des pouvoirs de guérison. Débutant ses prédications en 1792, il est arrêté pour trahison en 1795 du fait de ses invraisemblables mais pressantes prétentions politiques. Il est emprisonné en asile, période durant laquelle il écrit pamphlets et prédictions comme son Revealed Knowledge of the Prophecies (1794) qui lui permirent d’accéder à une certaine notoriété. Mais ses prédictions relatives à son accession au pouvoir ne se réalisant pas, il retombe dans l’anonymat non sans cesser son activité et demeurer entouré de disciples. C’est d’ailleurs grâce à l’un de ses disciples les plus zélés (John Finlayson) qu’il parvient à s’extirper de l’asile. Sa théorie de la lumière intérieure est proche de celle des premiers quakers.



1. Il estime que les anglais descendent des dix tribus perdues.

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Blake William 👁  Entrée Data.Bnf
Poète, Peintre, Théosophe 🞄 Romantique 🞄 Royaume-Uni de Grande-Bretagne | 1757 1824

I. Histoire et parcours artistique

► Fils d’un humble bonnetier anglican mais libre-penseur, Blake montre dès son enfance, des dispositions pour les visions religieuses, mais aussi pour le dessin et la poésie et en conséquence, il est envoyé dès ses dix ans dans l’école de dessin londonienne de Pars. De 1772 à 1779, faute de moyens, sa famille l’envoie devenir élève du dessinateur et graveur James Basire qui l’exerce, pour la Société des antiquaires, à dessiner les sculptures, antiquités et sépultures gothiques des églises de Londres, celles l’Abbaye de Westminster en particulier. En 1779, il suit pendant quelques mois les cours de la Royal Academy mais doit l’essentiel de sa culture à ses lectures personnelles. Dès 1779, il s’installe comme graveur et se marie en 1782 avec Catherine Boucher.

↪ Ses premiers poèmes enluminés sont produits — de façon artisanale avec son épouse — en 1789 avec Chants d’innocence et en 1794 avec Chants d’expérience. Par la suite il travaille sans relâche à la rédaction de poèmes plus longs, ses "livres prophétiques", chargés par la thématique de l’apocalypse individualisée et à la forme mystique parfois particulièrement cryptique, le plus connu étant Les Noces du ciel et de l’enfer (1790-1793). Il fréquente également des cercles mystiques et occultes, et est notamment l’ami du néoplatonicien Taylor et de l’astrologue Varley. Considéré comme un excentrique de son vivant et quoique entouré de jeunes disciples vers la fin de sa vie, il demeurera toujours en marge des milieux picturaux et littéraires : son art, considéré comme de peu de valeur marchande commence a être apprécié seulement dans la sm.XIX. Il n’exposera qu’une unique fois en 1809 (et l’évènement fut un échec) et du reste, vivant à Londres pour l’essentiel de sa vie, il vécu frugalement, parfois pauvrement, dépendant de la générosité de quelques mécènes comme Thomas Butts. Il continue de dessiner et d’écrire, même sur son lit de mort.

II. Conceptions et style

◆ À la différences des courants artistiques dominants de son époque, Blake articule ses thèmes de prédilection autour de figures allégoriques inspirées des sources littéraires ayant sa préférence : la Bible et la Divine Comédie, l’œuvre shakespearienne et miltonienne(1) et enfin ses propres écrits. Préromantique et précurseur du symbolisme, producteur d’une poésie anticlassique, plutôt d’influence élisabéthaine, c’est un poète visionnaire, un penseur rebelle et non-conformiste ainsi qu’un chrétien libertaire, pourvu d’une pensée originale et indépendante ainsi que d’une vive imagination. Afin d’exprimer son système spirituel prenant racine dans une conception de la prisca theologia, il créer sa propre mythologie repoussant les doctrines de l’Église anglicane qu’il estimait hypocrite, conformiste et obtuse. Il leur préfère en effet les conceptions platoniciennes, gnostiques et surtout théosophiques(2), quoiqu’il prône l’inspiration oraculaire de l’artiste comme étant circonscrite et parfaitement nette, repoussant la nébulosité d’un mysticisme lunaire et informe(3) inadéquat avec sa conception glorieuse du sublime.

◆ Dans sa poésie, très visuelle et au symbolisme omniprésent, autant philosophique que religieuse, Blake construit sa pensée dans l’opposition des contraires, source pour lui de toute énergie et de tout progrès. Chez Blake, artiste naïf dans ses affects et soumis à l’ange dans sa spiritualité mais vitalement et intellectuellement révolté, ce qui confine à l’infini est emprunt de dignité : l’imagination(4) et la poétique comme la foi se voient attribuer des places avantageuses; tandis que la raison comme le matérialisme sont considérés comme dignes d’exécration. Ses écrits, repoussant les dogmes et les autorités tandis qu’ils encensent la puissance du désir, mettent l’emphase sur la nécessité du don de soi, la renaissance à travers la mort et la négation de la réalité de la matière qui sont la manifestation de la chute et création inversée qui oppresse l’Homme, terni la puissance de l’imagination et le pousse à imiter son fonctionnement automatique, absurde et mortifère. Dans un besoin d’unité expressive, il illustre ses propres compositions d’œuvres en rapport avec le texte et parfois coloriées à la main, largement inspiré des enluminures médiévales. Ses productions picturales, d’influence néoclassiques, mettent l’accent sur la ligne et le contour, sont très colorées, pourvues d’une puissante vitalité et figurent des anatomies disproportionnées ou absurdes afin d’accentuer l’émotion qu’il souhaite véhiculer. Ses inspirations picturales, il les trouve chez Michel-Ange 👁, Raphaël 👁 et Dürer 👁 ainsi que dans l’art de contemporains qu’il apprécie : Füssli et Flaxman (avec qui il est ami) et encore James Barry, John Mortimer ou Thomas Stothard.

➽ Lui-même influencera notablement les préraphaélites, par Rossetti 👁 et Swinburne.

Il existe une large littérature, évidemment très inégale, sur Blake, mais 𝕍 La Voix prophétique de William Blake in Babel (4 pp. 125-139), Patrick Menneteau, 2000, ainsi que ex. William Blake’s "Divine Analogy" in Criticism (3, 1 pp. 46-61), Paul Miner, 1961.



1. Tous interprétés de façon fort personnelle.

2. Swedenborgiennes qu’il critique cependant puis Böhme dans la récente traduction de Law ainsi que Paracelse et plus généralement la qabale chrétienne ? issue de Van Helmont fils.

3. Engendrant des arts pervers détournant l’imagination de son auguste fonction.

4. Force principielle de l’Homme sans sujet ni objet, qu’il désigne par génie poétique et esprit prophétique et se reflétant dans la nature.

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Taylor Thomas  Entrée Data.Bnf
Philologue, Traducteur 🞄 Néoplatonisme 🞄 Royaume-Uni de Grande-Bretagne | 1758 1834

► Helléniste, ami de Blake 👁 et Thomas Peacock, secrétaire adjoint de la Society for the Encouragement of Art(1) où grâce à ses relations, il pu effectuer sa considérable œuvre de traduction. Premier traducteur du grec vers l’anglais de textes de la philosophie grecque, il s’est occupé des œuvres complètes de Platon(2) et d’Aristote, mais aussi, de façon plus bornée, des néoplatoniciens et pythagoriciens tels Proclus, Jamblique, Porphyre, Apulée ou Ocellos puis encore de fragments orphiques. Il traduit en outre, Pausanias.

L’objectif de Taylor était, en fait, de publier tout les textes grec ne disposant pas encore de traduction et même, de participer à la réintroduction du platonisme et du néoplatonisme en Angleterre en particulier et en Europe en général, estimant que cette philosophie était à même de sortir la société européenne dans l’impasse matérialiste vers laquelle il s’acheminait. Blake, Shelley, Wordsworth, Yeats, Emerson, Thoreau ou encore Mead(3) purent d’ailleurs accéder à ces textes grâce à ses traductions. Ces dernières furent si passionnées et grandiloquentes qu’elles firent l’objet de critiques dès leur parution; elles mettaient en effet volontiers l’emphase sur l’aspect spirituel des textes. Pourtant, cela lui attira également l’admiration d’autres observateurs de son œuvre, notamment, nous venons de l’entrevoir, les poètes romantiques et les transcendantalistes. Également auteur d’articles et d’essais sur les systèmes philosophiques et religieux de la Grèce antique comme A Dissertation on the eleusinian and bacchic mysteries (1790) Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur Internet Archive.

𝕍 1⬝ Thomas Taylor’s dissent from some 18th-century views on platonic philosophy: the ethical and theological context in The International journal of the platonic tradition, Leo Catana, 2013 Lien vers le document | Puis 2⬝ Thomas Taylor as an Interpreter of Plato: An Epigone of Marsilio Ficino ? in The International journal of the platonic tradition, Leo Catana, 2011. Lien vers le document



1. Qui précède la Royal Society of Arts.

2. Permettant à l’Angleterre de devenir le second pays après l’Italie à disposer d’une traduction complète.

3. Notez que Blavatsky cite Taylor une bonne poignée de fois dans Isis dévoilée.

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Boheman Carl
Mystique 🞄 Franc-maçonnerie 🞄 Empire suédois | 1764 1831

► Des informations assez éparses sont disponibles sur lui. Il a été étudiant à Lund et travaille dans le commerce à Asmertdam. Là, il intègre la maçonnerie et rencontre un certain Stephen, riche anglais impliqué comme lui dans des ordres initiatiques. Il se fiance avec sa sœur mais cette dernière décède avant le mariage, Boheman cependant, touche tout de même la dot. Dans les années 1790, il se fixe au Danemark, est soutenu financièrement par Charles de Hesse-Cassel et est en relation avec les Illuminés d’Avignon. Boheman fait alors parler de lui pour son train de vie extravagant et ses connaissances dans le domaine occulte et mystique, à la façon d’un Cagliostro.

↪ Il voyage également plusieurs fois en Suède et par l’intermédiaire de Reuterholm, il est secrétaire de la cour du roi régent Charles XIII, qui, avec son épouse Hedwige-Élisabeth-Charlotte de Schleswig-Holstein-Gottorp, s’intéresse aux sciences occultes. Charles XII l’élève aux plus hauts degrés de la maçonnerie et, à sa demande, Boheman est le fondateur de la société secrête Det eviga ljusets utvalde (dit D.E.L.U) et de la loge d’adoption Société de la rose jaune en 1802, principalement autour de l’alchimie et de la qabale chrétienne. Cependant, n’étant pas dans les grâces de Gustave IV Adolphe qui estime que Bohman est un intriguant et un conspirateur, il est expulsé de la cour et du pays et se voit contraint de se fixer à Hambourg. Intéressé par les Frères asiatiques, il défend cette obédience après la mort des frères Eckhoffen.

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Baader (von) Franz  Entrée Data.BnfEntrée Catholic Encyclopedia
Théosophe, Ingénieur 🞄 Christianisme (Catholique), Romantisme 🞄 n. Saint-Empire romain Germanique (Électorat de Bavière), fl. Confédération germanique (Royaume de Bavière) | 1765 1841

I. Histoire

► Fils du médecin de Clément-François de Bavière, il effectue des études de médecine et de sciences naturelles à l’Université d’Ingolstadt (1781-1783) puis à Vienne (1783-1784). Il rejoint d’abord le cabinet de son père en 1785 mais abandonne rapidement cette voie dès l’année suivante pour se pencher sur la chimie et la minéralogie : à partir de 1788, il étudie à l’École des mines de Freiberg, et embrasse finalement la profession d’ingénieur des mines. En 1792-1796, il travaille en Angleterre et en Écosse et sur le chemin du retour, il découvre à Hambourg les œuvres de Schelling et se rapproche du poète en 1809(1) ainsi que de Friedrich Jacobi, leurs œuvres les influenceront les uns les autres toute leur vie durant.

↪ Baader effectue d’abord une carrière dans l’administration minière; en 1805 il met au point un procédé de fusion du verre(2) qui intéressera le gouvernement autrichien, il devient finalement directeur minier en 1807. Baader devient aussi membre de l’Académie bavaroise des sciences en 1808 ainsi que chevalier de l’Ordre du mérite civil de la Couronne de Bavière la même année. A partir de 1820, il se dédie exclusivement à son œuvre intellectuelle. Baader est également professeur honoraire de philosophie de la religion et d’épistémologie philosophique à Munich dès 1826 jusque 1840, là-bas, il fait parti du cercle de Munich de Joseph Görres regroupant des catholiques romantiques et dirige dans le même temps le journal Eos.

II. Pensée

Naturphilosophe attaché à résoudre les antinomies, souhaitant rapprocher l’idéalité, l’esprit, la foi et la révélation avec la réalité, la nature, la raison et la science, il voulait éviter les écueils de l’idéalisme et du naturalisme. De tendance néoplatonicienne et gnostique, il est fortement influencé par les théologiens catholiques du Moyen Âge comme Aquin(3) et les mystiques rhénans, Eckhart d’abord et bien sûr. D’autre part, "Böhmius redivivus", théosophe éclectique, il est très proche des théosophes, qu’il commente et réinterprète, Saint-Martin d’abord, Bohme surtout, mais aussi Swedenborg. Il est aussi influencé par la pensée de Weigel et par son contemporain Johann Sailer. Baader tente en fait, de réconcilier thomisme et hegelianisme(4) par le boehmisme. Il critique en revanche la pensée de Descartes, signe de la modernité (au sens péjoratif) et point de rupture dommageable à l’exercice philosophique et à la véritable relation de l’homme avec la nature et la société. Il mésestime encore le déisme de Rousseau, l’empirisme de Hume et son impact sur la psychologie ainsi que, de façon plus complexe et modérée, le mécanisme conceptuel du rationalisme kantien et l’idéalisme allemand en général. En substance, il rejette la scolastique et la philosophie rationaliste, l’art divorcé de la religion, la révolution industrielle et le libéralisme économique, avatars malheureux d’une humanité en perdition, dissolvant les rapports hiérarchiques entre les êtres, visibles comme invisibles.

↪ Avec la volonté de se rapprocher d’une église universelle et dans une perspective œcuménique — activité dans lequel il est un précurseur — il contribua en 1814-1822, avec Krüdener, à la formation de la Sainte-Alliance de l’empereur Alexandre Ier. En outre, il se rapprocha du ministre russe de l’instruction publique, Alexander Golitsyn, et travailla avec lui à un projet, finalement avorté, d’un collège religieux à Saint-Pétersbourg, projet dont l’objet était rapprocher les églises catholique et orthodoxe dans un esprit encyclopédique mais en opposition avec celui, intellectualiste et partisan, des jésuites. Si Baader est lui-même catholique, il est néanmoins en désaccord avec l’organisation de l’Église : à l’absolutisme ecclésiastique du pape, il préfère l’idée d’une Église dirigée par des conciles.

III. Œuvres

𝕍 1⬝ Foi et savoir chez Franz Von Baader et dans la gnose moderne in Les Études philosophiques (137 pp. 137-156), Antoine Faivre, 1977 | Puis 2⬝ Franz von Baader et le Romantisme mystique, Eugène Susini, 1942 puis ensuite L’Audace théosophique de Baader, Emmanuel Tourpe, 2009.

◆ Dans ses textes, plus philosophiques que visionnaires, criblés cependant d’aphorismes, d’images, de symboles et d’analogies, Baader met l’emphase sur les concepts d’amour, d’érotisme et d’androgynéité, d’intimité de Dieu avec son œuvre et de création continue où le créateur se découvre lui-même dans son mouvement créateur; il met aussi en avant, outre une cosmosophie, une sophiologie complexe. Il évoque aussi à plusieurs reprises les drames de la chute, du sacrifice et de la rédemption, de et par la nature comprise comme organe et symbole sensible de la divinité. Puis, fidèle à son époque, il évoque encore régulièrement le magnétisme qu’il interprète, comme toute la physique, dans un cadre théosophique et selon un point de vu alchimico-platonicien(5).

↪ Il publia notablement Beiträge zur elementar-physiologie (1797) où il se veut polémique contre la philosophie de son temps et Über das pythagoreischen quadrat in der natur Lien vers le catalogue Lien vers e-Rara/Manuscripta (1798) ouvrage aussi important pour la naturphilosophie que le Von der Weltseele de Schelling, publié la même année. Ses œuvres les plus importantes restent sa Fermenta Cognitionis (5, 1822–1825(6)) et sa Spekulative dogmatik (5, 1827–1828) résumant ses interventions en tant que professeur à Munich. La pensée de Baader exprime sans doute, le motif philosophique le plus subtil et mature du romantisme allemand et il est avec Saint-Martin, le penseur théosophique le plus influent; son œuvre ira nourrir Novalis, Ziegler, Kierkegaard, Soloviev ou encore Berdiaev.



1. Les tendances panthéistes de Schelling ne furent cependant pas du goût de Baader ce qui mènera à une rupture en 1824.

2. Il utilise du sel de Glauber i.e. du sulfate de sodium, au lieu de la potasse.

3. C’est un devancier du néothomisme quoique sa pensée, ésotérique, est remarquablement hétérodoxe.

4. Baader est l’ami d’Hegel depuis 1823 mais est en profond désaccord avec sa philosophie qu’il estime être structurellement limitative.

5. Über die Extase oder das verzücktsein der magnetischen schlafredner, 1817-1818. Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre

6. Trad. fra. in Bibliothèque de l’Hermétisme 8, 1985.

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Schlegel (Von) Auguste  Entrée Data.Bnf ║ Schlegel (Von) Friedrich  Entrée Data.Bnf
Auteurs, Poètes, Philosophes 🞄 Romantisme 🞄 Saint-Empire romain Germanique (n. Électorat de Brunswick-Lunebourg, fl. Duché de Saxe-Weimar) | 1767 18451772 1829

► Théoriciens importants du romantisme allemand, amis de Novalis, Tieck, Schleiermacher et Eckstein, admirateurs de Goethe et Baader. Il fondent, en 1798, la revue Athenaeum, de première importance pour le Cercle d’Iéna.

► Auguste est traducteur de nombreuses œuvres littéraires (Shakespeare stt.) et, ils sont tout deux intéressés par la religion et la littérature hindoue(1), ce qui en fait des pionniers de la philologie indienne.

► Friedrich, admirateur de la poésie grecque qu’il estime "objective" et "idéale" (au contraire de la poésie moderne), est le plus important forgeur de concepts au sein du premier romantisme : on lui doit déjà l’adjectif romantisch. Naturphilosoph, défenseur d’une poésie qui se veut prophétique et transcendante, synthétique et universelle(2), il participe au processus de transformation esthétique de la qabale (chrétienne) : Poésie = Magie = Kabbale + Alchimie écrit-t-il. 𝕍 directement son Lucinde (1799) qui fit grand bruit(3).

↪ Initialement articulé autour de la philosophie, il est influencé par la philosophie transcendantale de Fichte, l’ontologie holiste de Spinoza, Kant — qu’il critique cependant — et c’est un admirateur de Platon.

𝕍 Friedrich Schlegel, entre histoire de la poésie et critique de la philosophie in Littérature (120 pp. 45-58), Denis Thouard, 1978. Lien vers le document sur Persée

↪ Il s’engage cependant de plus en plus vers l’occultisme(4) et le mysticisme (ntm. celui de Bohme). Il estime que la plus haute des philosophies (connaissance d’ordre supérieur) est la théosophie et il désire un rapprochement entre philosophie et théologie. Converti en 1808 au catholicisme, qu’il combine avec son romantisme(5), Friedrich se fâche avec Auguste; ils ne se reparleront plus jusqu’à la mort du premier. Dans la dernière partie de sa vie, il s’intéresse à l’art figuratif, l’architecture et au sanskrit ainsi qu’à la politique : il crée et anime la revue Concordia de 1820 à 1823.



1. Certes avec une approche parfois idéalisée : C’est en Orient que nous devons chercher le romantisme suprême affirme Friedrich.

2. Et, pour ainsi dire, consubstantielle à l’essence même de l’art poétique.

3. Et, pour prendre du recul, 𝕍 « Lucinde » ou le nouveau (dé-)règlement in Romantisme (20 pp. 25-37), Gerhard Hohn, 1978. Lien vers le document sur Persée.

4. Ntm. la télépsychie, la divination et la combinatoire.

5. 𝕍 ses conférences ex. Philosophie des Lebens (1827).

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Pöschl Thomas
Mystique 🞄 Christianisme (Catholicisme) 🞄 Saint-Empire romain Germanique (Royaume de Bohême), fl. Confédération germanique (Empire d’Autriche) | 1769 1837

► Mystique millénariste. Ordonné prêtre en 1789 il se tourne vers le piétisme puis fréquente les cercles du mysticisme souabe où il rencontre Martin Boos et Johann Langenmayer. Il est graduellement persuadé que Napoléon est l’antéchrist et prêche en ce sens, ce qui attire l’attention de sa hiérarchie qui le déplace à Ampflwang im Hausruckwald (Autriche) en 1812. Il s’y lie avec Magdalena Sickinger, la sœur de son curé, dont il devient le confesseur et qu’il initie à ses thèses. Bientôt elle fait l’objet de visions qui viennent confirmer sa mission et affirmer qu’ils sont tout deux destinés à former une nouvelle église judéo-catholique, dans un contexte d’apocalypse prochaine.

► Pöschl prévoit la parousie pour 1817 et à cette date plusieurs de ses disciples les plus radicaux assassinent des personnes considérées comme possédées, d’autres se suicident, persuadés de leur résurrection prochaine. La justice se mêle à l’affaire, le mouvement est dispersé et, considéré comme fou, Pöschl termine ses jours dans un hôpital catholique de Vienne. Suite au dès de Pöschl, l’un de ses disciples Bernhard Müller, affirmant être Jean-Baptiste, tentera de prendre sa suite, sans grand succès.

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Roos Charlotta
Voyante 🞄 Swedenborgisme 🞄 Empire suédois | 1771 1809

► Voyante et notable de l’ère gustavienne influencée par Swedenborg et qui attira l’attention par quelque succès prédictif en Suède.

► Elle tenta de faire carrière en France où elle ouvrit un bureau d’esprit mais revint dans son pays natal en 1797.

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Novalis [Hardenberg (von) Georg]  Entrée Data.BnfEntrée Internet Encyclopedia of Philosophy Entrée Stanford Encyclopedia of Philosophy
Poète, Philosophe, Ingénieur 🞄 Christianisme (Protestantisme:Piétisme), Romantisme, Postkantisme 🞄 Saint-Empire romain Germanique (Électorat de Saxe) | 1772 1801

I. Histoire

► Né dans une famille de la vieille noblesse protestante de la Basse-Saxe, cadet d’une fratrie de onze enfants. Il est éduqué dans le strict piétisme des Frères moraves et bien qu’il habite un schloss et possède le titre de freiherr {baron}, la famille n’est pas fortunée. Alors qu’il a douze ans, son oncle, Gottlob von Hardenberg, alors commandeur de l’Ordre Teutonique, prend Novalis en charge pendant près d’un an à la commanderie de l’Ordre Teutonique à Lucklum où il est mis en contact avec les idées des lumières et des encyclopédistes français ainsi qu’avec la littérature de son époque : Goethe, Lessing ou Shakespeare. Très tôt, il s’initie aux lettres et entreprend divers travaux littéraires : petits essais, poèmes, traductions.

↪ Pourtant, Novalis étudie d’abord le droit, la philosophie, l’histoire et les mathématiques. Il se rend à l’Université de Iéna où il suit les cours Karl Reinhold et Schiller et s’enthousiasme pour leurs enseignements. Il devient d’ailleurs un ami proche de Schiller, s’occupant de lui lorsqu’il est alité. Novalis va ensuite à Leipzig où il devient également très ami avec Friedrich Schlegel et suis les cours de Carl Hindenburg. Il termine enfin ses études à Wittenberg en 1793 où il obtient une licence en droit. Il rencontre ensuite Hölderlin et Fichte en 1795; son idéalisme, comme la métaphysique kantienne et la poésie goethéenne, va profondément influencer la trajectoire de Novalis. En 1796 et grâce à l’appui de son père, il obtient emploi dans l’administration du gouvernement saxon en tant qu’assesseur adjoint à la direction des salines de Weissenfels. Son pseudonyme, qu’il endosse en 1798 pour accompagner la publication de ses très importants fragments Blüthenstaub(1), provient de "de Novali", en lien avec un domaine possédé depuis longtemps par ses ancêtres(2).

↪ Il est très marqué par la figure de Sophie von Kühn, qu’il rencontre en 1794 au schloss de Grüningen et avec qui il se fiance secrètement en 1795. La jeune fille décède cependant de la tuberculose en 1797, presque simultanément avec le jeune frère de Novalis, Erasmus. Ayant conçu pour elle une passion profonde et romanesque, Novalis est mortifié par cette séparation précoce et soudaine. Il exprime son désarroi dans ses Hymnes à la nuit (1800)(3), six poèmes en prose rythmée entrecoupés de vers libres qui font montre d’une volonté de mourir au monde, consumé, pour s’élever à celui des esprits, par et pour Sophie-Sophia, afin de la retrouver. Dans ce texte au lyrisme mystique, il oppose la nuit, symbole de l’infini et de l’absolu, au jour, trompeur car fini et contingent. Il écrit que le passage vers l’au-delà l’amènera à une vie supérieure, libre et authentique où il fusionnera avec son aimée et l’univers entier, faisant triompher l’esprit et l’amour.

Novalis cependant, réincrudé, reprend goût à la vie, reste ancré à la réalité physique et poursuit ensuite ses études, déterminer à mieux comprendre son métier : il se rend à la fameuse Académie de Freiberg en 1797 afin d’y étudier l’exploitation minière et de devenir ingénieur. Sous la direction d’Abraham Werner, il cultivera ainsi l’étude scientifique de la physique et de la minéralogie et complétera le cursus avec deux ans d’avance. En 1798, il est fiancé avec Julie von Charpentier, qui, si elle ne lui inspire pas tant de dévotion que Sophie, fera tout de même l’objet de poèmes. Les dernières années de sa vie sont très productives : dès 1798, il devient l’un des principaux animateurs du cercle romantique d’Iéna et entretient fréquemment des relations avec les frères Schlegel, Schelling, Tieck et Schleiermacher, il est notablement très ami avec Ritter. En 1799, Novalis devient inspecteur des mines aux salines de Weissenfels. De santé fragile, il meurt en 1801, sans avoir pu se marier. La plupart de ces œuvres n’ont été publiées seulement après sa mort, d’abord par ses amis Tieck et Friedrich Schlegel. Sa pensée va grandement influencer le romantisme ultérieure.

Mort jeune, il laisse inachevé son roman d’apprentissage féerique Henri d’Ofterdingen (1802), inspiré du Wilhelm Meister de Goethe qu’il souhaite non pas continuer mais déjouer(4) et dans lequel on perçoit ses recherches mystiques et romantiques. Romance mythique mettant en scène un minnesänger, l’œuvre s’inscrit dans une apologie de la conception religieuse universaliste du moyen-âge européen. C’est dans cet ouvrage qu’il introduit le motif de la fleur bleue(5) qui, signifiant les aspirations nostalgiques, mystérieuses et passionnées de l’âme pour le sur-monde du beau, du sacré et du spirituel, deviendra le symbole du romantisme.

II. Pensée

◆ Bien qu’il se soit intéressé à la philosophie et passionné pour les sciences naturelles dans lesquelles il sondait ardemment le dénominateur commun(6), Novalis est avant tout un poète et il répond aux structures mentales de l’ésotériste. Il recherche la pierre philosophale sous toutes ses formes : sa pensée, qui n’est pas systématique, progresse par intuitions et illuminations, il prône une utilisation inversée des sens qui devra mener au concept d’imagination créatrice. Sa pensée s’attache aux idéalisations, conçoit une autonomie du langage qu’il sépare de l’intentionnalité rationnelle, une dialectique du langage et de l’imagination et une poétique de la langue et de la connaissance. À ces réflexions créatives, il mêle des éléments ésotériques : magie, qabale et alchimie, ce qui laisse à son œuvre une impression d’ivresse lucide et le mène à une mystique sensuelle et subtilement voluptueuse dont l’objet est, finalement, de transmuter toutes les expériences et perceptions, furent-elles banales ou douloureuses, en plaisir et en conscience de soi. Cette conscience de soi à son tour, dans la mesure où soi et nature ne font qu’un, permet de saisir les significations des choses et des êtres et enfin, le sens du monde, habituellement voilé par des opérations apparemment mécanistes de la nature. Aussi, la poésie est pour lui équivalent à la révélation. Novalis aura écrit plusieurs textes remarquables et brillants, il est producteur d’une poésie visionnaire, vibrante et évocatrice, au style cristallin et musical et qui ménage les envolées mystiques enthousiastes, naïves et lumineuses, dessinant de façon ciselée son univers onirique. Il se penchera également sur des études encyclopédiques avec son Brouillon général (1798-1799) et ébauchera son propre système philosophique.

En effet, armé d’un intellect aiguisé et fulgurant, d’une vive imagination et d’un attrait pour le paradoxe aboutissant à l’union des contraires, son œuvre est largement tributaire de son système philosophico-naturaliste : l’idéalisme magique, exaltation de l’idéalisme romantique consistant à affirmer la domination de l’esprit sur la matière et l’union harmonique et transcendante du fini et de l’infini, de l’esprit et de la nature au travers de l’analogie. Du point de vu du poète, cette domination s’affirme dans le moi, qui, stable au sein du contingent(7), est capable de s’imposer à la matière au travers de l’exercice de sa volonté : par l’intermédiaire de son imagination il se synchronise avec le rythme de l’univers et peut ainsi accomplir magiquement des miracles, translatant la réalité vers le rêve et la transmutant en acte poétique.

↪ On retrouve l’empreinte de ces conceptions dans ses ardents Cantiques spirituels (1799), d’inspiration piétistes et célébrant la figure du Christ dans sa fonction cosmique et eschatologique. Dans son essai politique, La Chrétienté ou l’Europe (1799), il blâme d’ailleurs la réforme et les lumières, responsables du déchirement de l’unité intellectuelle et socio-culturelle de l’Europe. Aussi, il appelle à la constitution d’une église chrétienne universelle, remède capable de restaurer cette unité par l’intermédiaire d’un gouvernement spirituel qui ferait hiérarchiquement couler et rayonner l’esprit du centre vers les masses, se portant alors garant du renouvellement de la foi. Novalis souhaite, en fait, unir la poésie avec la philosophie et la science au travers d’une interprétation allégorique du monde et aboutir à sa "romantisation". Ses Disciples à Saïs (1798), entre prose, poésie et roman, sont notamment une méditation philosophico-allégorique sur la nature tout emplie de signatures. Outre les naturphilosophes avec lequel il est vraisemblablement familier dès l’adolescence, les idéalismes de Fichte et de Schelling, la démarche de Novalis est aussi influencée par les philosophies de François Hemsterhuis, puis de Platon et Plotin, ensuite Paracelse, Bohme, Baader ainsi que par ses lectures alchimiques et théosophiques en général(8).

➽ Influence le romantisme, le surréalisme, Wagner, Steiner, Hesse, Bachelard, Maeterlinck.

Il existe bon nombre de papiers intéressants sur Novalis. 𝕍 déjà 1⬝ Novalis et la "poésie pure" in Littératures (2 pp. 109-120), Jean Boyer, 1953 Lien vers le document sur Persée | Et 2⬝ Novalis et la philosophie romantique de la vie in Romantisme (1-2 pp. 13-24), Georg Lukacs, 1971 Lien vers le document sur Persée | Puis plus précisément 3⬝ La négation de la dualité ou La vision triangulaire chez Novalis in Recherches Germaniques (17 pp. 29-43), Françoise Knopper, 1987 Lien vers le document sur Persée | Et 4⬝ Le corps des dieux. Les figures d’Orphée et de Jésus chez Novalis in Romantisme (103 pp. 5-17), Laurent Margantin, 1999 Lien vers le document sur Persée



1. Dans cette œuvre de mystique grammaticale, il y écrit notamment un aphorisme clef, autant pour le romantisme que l’ésotérisme, soulignant leur congruences vis à vis de la connaissance salvatrice qui s’actualise dans l’Homme mis en contact avec le monde de nature dynamique : Die Phantasie setzt die künftige Welt entweder in die Höhe, oder in die Tiefe, oder in der Metempsychose zu uns. Wir träumen von Reisen durch das Weltall: ist denn das Weltall nicht in uns? Die Tiefen unseres Geistes kennen wir nicht. — Nach Innen geht der geheimnisvolle Weg. (nous soulignons) In uns, oder nirgends ist die Ewigkeit mit ihren Welten, die Vergangenheit und Zukunft. Die Außenwelt ist die Schattenwelt, sie wirft ihren Schatten in das Lichtreich. Jetzt scheint es uns freilich innerlich so dunkel, einsam, gestaltlos, aber wie ganz anders wird es uns dünken, wenn diese Verfinsterung vorbei, und der Schattenkörper hinweggerückt ist. Wir werden mehr genießen als je, denn unser Geist hat entbehrt.

2. Großenrode (ou magna Novalis) près de Nörten-Hardenberg.

3. Ils sont publiés en 1800, dans le troisième et dernier numéro de l’Athenaeum.

4. À l’apprentissage de la vie de Goethe, qu’il estime profondément "antipoétique", Novalis y oppose la quête intérieure du poète-mage-prêtre.

5. Est-ce tiré de la flos sapientum 🗎⮵ du Livre de la sainte Trinité ?

6. Il voulait appréhender la réalité du point de vue de l’ensemble et selon un modèle organique.

7. Grâce à l’anoblissement de ses passions qui le font habiter dans l’amour ce qui le relie sympathiquement au tout.

8. On sait qu’il a lu Noces chymiques, Fludd, Helmont, Eckartshausen, Libavius, Thurneisser, Lulle

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Fourier Charles  Entrée Data.Bnf
Philosophe, Économiste 🞄 Fouriériste 🞄 n. Royaume de France, fl. Empire français (I) | 1772 1837

► Chrétien atypique, humaniste surtout, Fourier est l’élaborateur d’un ambitieux système cosmogonique universel, de sensibilité illuministe, où l’on discerne les thèses réincarnationistes et où, conduit par un fil moniste, esprit, mathématiques et matière sont envisagés comme consubstantiels. Attaché à l’idée d’une réforme sociale aboutissant à une régénération, cette dernière doit élaborer son édification sur le divin et passer par la restauration harmonique des liens spirituels unissant les Hommes. 𝕍 déjà sa Théorie des quatre mouvements et des destinées générales (1808) Lien vers l’œuvre. Précurseur du féminisme et de l’écologisme, il est le créateur d’un socialisme romantique, des concepts de l’harmonie universelle et de l’attraction passionnée(1) et élaborateur des "phalanges", communautés autonomes utopiques.

◆ Comme pour Saint-Simon, Leroux ou De Maistre son œuvre socialiste, populaire auprès des intellectuels du XIX, trouvera une résonance dans certains milieux catholiques ésotérisants, spirites ou encore surréalistes avec lesquels elle entre en convergence : Levi, Lacuria, Kardec ou Breton y seront singulièrement sensibles, tout en ne faisant que réceptionner partiellement et partialement sa pensée, pensée qui traversera ainsi en pointillés la période néo-occultiste(2) et les milieux théosophiques, notamment swedenborgiens avec qui il entre dans une indéniable communion formelle. D’ailleurs, la dernière revue de l’École sociétaire de Fourier, La Rénovation (1888-1922), sans être explicitement ésotérique, présente des accointances avec ce milieu.

Le fouriérisme, composé aussi bien de profils religieux que scientifiques est ambivalent, 𝕍 1⬝ Fouriérisme ambigu Socialisme ou religion ? in Revue Internationale de Philosophie (16, 60(2) pp. 200-220), Henri Desroche, 1962. | Puis 2⬝ Fouriérismes et christianisme : du Post-curseur à l’Omniarque amphimondain in Romantisme (11 pp. 28-42), Frank Paul Bowman, 1976 Lien vers le document sur Persée | Et enfin 3⬝ Le Ciel des Fouriéristes, Michel Nathan, 1981 Lien vers le document sur OpenEditions. | Pour aller plus avant, 𝕍 encore le 4⬝ site de l’Association d’Études Fouriéristes Lien vers le site fournissant un ensemble considérable de matériaux sur Fourier.



1. L’équilibre des passions ne peut s’établir que par un choc régulier des contraires estime-t-il.

2. Castellot écrit ex. un Sociologie et fouriérisme en 1908.

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Steffens Heinrich  Entrée Data.Bnf
Philosophe naturel, Poète 🞄 Romantisme 🞄 Danemark-Norvège | 1773 1845

► Acquis à la naturphilosophie de Schelling : Voulez-vous connaître la nature ? Portez un regard à l’intérieur de vous-même et, dans votre illumination intellectuelle progressive, vous aurez peut-être le privilège de regarder les étapes de développement de la nature. Voulez-vous vous connaître vous-même ? Observez la nature : ses œuvres sont de la même essence que votre esprit (car L’esprit embrasse la nature, comme l’amant embrasse sa bien-aimée).

Important pour le développement du romantisme danois. Auteur d’un Beiträge zur inneren Geschichte der Erde (1801) où il combine la géognosie d’Abraham Werner et la pensée de Schelling.

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Pfaff Johann  Entrée Data.Bnf
Mathématicien, Astronome-astrologue 🞄 n. Saint-Empire romain Germanique (Duché de Wurtemberg), fl. Royaume de Prusse (Province de Saxe) | 1774 1835

► Professeur de mathématiques, Pfaff, influencé par la philosophie naturelle de Schubert et les travaux de Kepler, fut intéressé par l’astrologie durant la période d’occultation qui fit suite à son expulsion progressive des universités sous l’influence du rationalisme des lumières. Il tenta vainement de la réhabiliter auprès de ses confrères mais ne récolta guère que des persiflages qui ruinèrent sa carrière.

↪ Il publia notablement un Astrologisches Taschenbuch (1822-1823) contenant la première traduction allemande (partielle) de la Tétrabible et pu finalement trouver post-mortem un lectorat parmi la nouvelle vague des astrologues allemands et autrichiens f.XIX d.XX, encouragés par le vivier anglais où l’astrologie avait su, par le truchement de la vulgarisation, survivre aux venins du zeitgeist. En outre, notablement intéressé par la linguistique comparée (il étudiera le sanskrit) : il est influencé en ces matières par Kircher et publiera, en 1825, un traité polémique contre Champollion.


🙟 1775   

Fabre du Bosquet Jean-François-Xavier  Entrée Data.Bnf
Alchimiste 🞄 Royaume de France | fl. dq.XVIII

► Voltairien, premier gentilhomme de la Grande fauconnerie de France, proche du comte alchimiste Louis-François de Bourbon Busset, et chimiste dont les entreprises publiques sont à plusieurs reprises malheureuses. Auteur d’une Concordance mytho-physico-cabalo hermétique(1) et d’un Mes idées sur la nature et les causes de l’air déphlogistiqué (1785, Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Wellcome), tout deux parus anonymement.

↪ Ces deux ouvrages indiquent les deux centres d’intérêt de l’auteur : le courant mytho-hermétique et la phlogistique, qu’il applique à l’alchimie. Pour Fabre du Bosquet, la poursuite de la panacée consiste à capter le phlogistón, matière première de l’œuvre, le purifier par le nitre(2), le convertir en mercure des philosophes, puis le perfectionner. Les mythes(3) enseignent la première opération, tandis que l’hermésisme entretient de la seconde. Sa première trace date de 1778, à partir de 1795, on ne trouve plus d’informations le concernant.



1. Inédit jusque l’édition d’Hooghevorst en 1986, nombreux mss. montrant le succès de l’œuvre, ex. Ferguson 331 Lien vers le catalogue.

2. Il est influencé par Sendivogius.

3. Égyptiens, grecs, celtiques et chrétiens.

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Malfatti Johann (de Montereggio)  Entrée Data.Bnf
Médecin, Théosophe 🞄 n. République de Lucques, fl. Confédération germanique (Empire d’Autriche) | 1775 1859

► Se fixe à Vienne en 1795. Médecin de Marie-Béatrice d’Este, de Beethoven et de Chopin. Correspond avec Schelling, Baader, Troxler ou Oken.

Connu pour son Anarchie und hierarchie des wissens(1) où il fait se rejoindre métaphysique et sciences expérimentales par le biais d’une arithmologie, constituant une clef universelle.



1. Trad. fra. Études sur la Mathèse, ou anarchie et hiérarchie de la science, 1849 Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre.

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Ritter Johann  Entrée Data.Bnf
Physicien, Philosophe 🞄 Romantisme, Naturphilosophie 🞄 n. Saint-Empire romain Germanique (Marche de Brandebourg), fl. Confédération germanique (Royaume de Bavière) | 1776 1822

► Formé à la chimie et la pharmacologie à Liegnitz, il étudie la médecine à Iéna et, scientifique autodidacte particulièrement intuitif, il effectue des expérimentations physiques et chimiques à caractère expérimental et empirique. Intéressé par l’électricité, pionnier de l’électrochimie et de l’électrophysiologie, il est simultanément guidé par les concepts romantiques d’unité de la matière-esprit et des pôles énergétiques présents partout dans la nature, suivant en cela Œtinger. Aussi, associant la physique à la physiologie et à un art, il postule l’interdépendance de l’organique et l’inorganique, mis en relation par des chaînes galvaniques ressortissant d’un processus vital universel. En effet, Ritter fréquente les milieux romantiques : il se fixe à Munich en 1805 et est fortement influencé par Schelling ainsi que Baader et Schubert. Il connaît également Goethe et Auguste Schlegel, est l’ami de Novalis et de Herder.

Scientifique fort actif, il découvre le rayonnement ultraviolet (1801) et met au point le premier accumulateur électrique (1802). Cependant, malgré ses relations et ses recherches fructueuses et, sans doute à cause à ses dépenses excessives pour ses expérimentations, il demeurera impécunieux. Plusieurs des découvertes dont il rend compte n’eurent effectivement pas d’écho dans la communauté scientifique du fait de ses recherches avant-gardistes, de ses intérêts "naturphilosophiques" et de son style d’écriture poétique : elles furent redécouvertes plus tard, tandis que d’autres de ses assertions ne purent être scientifiquement démontrées quoiqu’elles susciteront l’intérêt des radiesthésistes.

Influencé par Baader, il s’oriente décidément vers l’étude du magnétisme tellurique, et, plus généralement, tous les phénomènes occultes en rapport avec l’électromagnétisme comme la rhabdomancie ou l’hydromancie. Il envisage d’échafauder un système global, le "sidérisme" et débuta la publication d’un journal, Der Siderismus (1808) Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque d’État de Bavière, qui n’eut qu’un numéro. Il estime ex. que la Terre, pourvue d’un pole électro-magnétique, témoigne elle-même d’un processus de respiration : elle inspirerait les rayonnements solaires et les restituerait sous forme lunaire à son expiration. Mais, sans doute épuisé par les expérimentations électriques qu’il mena sur son propre corps, il décède avant de pouvoir mener ce projet à bien. Membre de l’Académie bavaroise des sciences en 1804.

𝕍 d’abord Physique et métaphysique du feu chez Johann Wilhelm Ritter in Les Études philosophiques (25, pp. 25-52), Antoine Faivre, 1983.

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Hoffmann Ernst  Entrée Data.Bnf
Auteur 🞄 Romantisme 🞄 n. Saint-Empire romain Germanique (Royaume de Prusse), Confédération germanique (Royaume de Prusse) | 1776 1822

► Dans sa vie publique qui l’ennuyait profondément, Hoffmann est juriste de formation et fonctionnaire de métier à l’administration prussienne. La vie personnelle d’Hoffmann cependant, est d’abord tournée vers la musique. Défenseur précoce de Beethoven, Bach et Gluck, la musique revêt une importante si capitale pour lui qu’en 1813, il modifie son troisième nom "Wilhelm", en "Amadeus". Il est ainsi occasionnellement compositeur, chef d’orchestre, professeur de musique et critique à Varsovie, Bamberg puis Berlin. Précurseur de la musique romantique, il compose notamment, d’après son ami La Motte-Fouqué, le premier opéra romantique teinté de fantastique et de magie : Ondine (1814). Son entourage où l’on trouve Werner, Auguste Schlegel ou Hitzig, est composé d’écrivains, musiciens et médecins occultistes et magnétiseurs.

Attaché à la fonction magique et divinatoire du langage poétique par le truchement de la puissance véhiculée par la musique, il se livre ensuite à la littérature. Influencé par Le Diable amoureux, il est auteur de romans, nouvelles et contes porteurs d’ambivalences où le romantisme finissant rencontre le gothisme macabre. Usant à la fois de descriptions réalistes et de métaphores hallucinées, il y donne la part belle au surnaturel, au merveilleux et à l’occultisme faisant irruption dans le quotidien, avec une emphase remarquable sur la psychologie des personnages et accompagné d’une touche de satire et d’ambiguïté.

L’influence de ses contes est considérable et atteint une notoriété d’amplitude européenne, que ce soit dans le domaine musical(1) ou littéraire(2).

𝕍 principalement Le Pot d’Or (1813), prototype de son œuvre, Les Élixirs du diable (1815-1816), roman inspiré par le Moine de Lewis, Le magnétiseur (1817) où il est question de mesmérisme et Les Frères de Saint-Sérapion (1819-1821), très représentatif de sa démarche. 𝕍 Les sources du merveilleux chez E. T. A. Hoffmann, Paul Sucher, 1912. Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur Internet Archive



1. Wagner, Schumann, Offenbach, Berlioz, Tchaïkovski…

2. Nodier, Nerval, Meyrink, Poe, Dostoïevski, Baudelaire… jusqu’aux surréalistes.

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Ballanche Pierre-Simon  Entrée Data.Bnf
Philosophe, Poète 🞄 Christianisme (Catholicisme), Illuminisme, Romantisme 🞄 Royaume de France | 1776 1847

I. Histoire et œuvres

► Fils d’une famille d’imprimeurs-libraires lyonnais, il embrasse lui-même ce métier. Attiré par les lettres, il promeut, avec son père, la Société historique, archéologique et littéraire de Lyon en 1808, qui constituera un cercle intellectuel en marge du pouvoir impérial. Il fonde aussi en 1804, avec Claude-Julien Bredin et Jean-Marie Ampère, une Société chrétienne attachée à Jean l’Évangéliste, le "Solitaire de Patmos" dans le cadre historique du mouvement de l’école mystique de Lyon. Ballanche est d’abord l’auteur d’un Du Sentiment considéré dans son rapport avec la littérature (1801) qui ne trouve, en premier lieu, qu’audience qu’auprès des intellectuels. L’ouvrage est emprunt d’un vif sentiment religieux et exalte le "génie du christianisme", il devance justement le Génie du christianisme (1802) de Châteaubriant, dont il est l’ami. Ballanche est aussi l’ami de Joseph Joubert, Germaine de Staël, mais il est surtout très proche de Juliette Récamier, dès 1812. Il fréquentera salon de l’Abbaye-aux-Bois (7e arrondissement) et il voyagera avec elle plusieurs fois en Italie(1), Récamier est d’ailleurs la muse de son poème philosophique Antigone (1813).

► Au début de la restauration bourbonienne et son père venant de décéder, il vend l’imprimerie familiale en 1816 et s’installe à Paris. Contre-révolutionnaire et royaliste, antimilitariste et anticlérical, rejetant le rationalisme du XVIII, c’est un mystique et un illuministe en marge qui, bien que très ouvert aux possibilités du magnétisme reste méfiant envers l’occultisme. Il est influencé par Joseph de Maistre, Louis de Bonald, Saint-Martin et Olivet (qu’il connut personnellement), le néopythagorisme ainsi que par la philosophie allemande. Attaché à l’étude des mécanismes et forces présidant au devenir des sociétés(2) et à l’idée d’une nécessaire rénovation sociale(3), il est l’auteur ensuite des Essais de palingénésie sociale (1818) Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre Lien vers l’œuvre. Dans cet ouvrage (jamais arrivé à terme) philosophico-poético épique, il expose une théorie de l’histoire historiosophique et une théologie du progrès emprunte de sociologie mystique. Influencé par Charles Bonnet et Giambattista Vico, sa théorie veut que l’humanité avance par cycles de déchéances destructives, de chutes, de souffrances mortifiantes et de rédemptions régénératrices, rédemptions qui sont obtenues, au niveau sociologique, par le biais de victimes expiatoires (comme Louis XVI). Le but sous-jacent de ces initiations progressives de l’humanité — la réintégration de l’Humanité en dieu après le péché originel — trahissent l’harmonie intime et la marche inéluctable du plan divin.

II. Influence

L’influence de Ballanche, qui développe également l’idée du poète-voyant usant de l’intuition pour pénétrer les vérités extra-physiques, au travers une poétique métaphysique du symbole ainsi qu’une théorie du langage comme force créatrice(4), fut fort importante dans les cercles littéraires français du d.XIX, en particulier chez les romantiques et les catholiques libéraux dont il est un préfigurateur. Membre de l’Académie française en 1842, son œuvre devient largement reconnue et sera appréciée par Hugo et Lamartine, quoique Ballanche lui-même restera persuadé que l’aspect philosophico-mystique de son œuvre restera largement incomprise. Ballanche il est vrai, écrit dans un style poétique et harmonieux, symbolique et même oraculaire.

𝕍 Ballanche et le poète voyant in Romantisme (5 pp. 84-101), Alan Busst, 1972. Lien vers le document sur Persée



1. Où il apprécie l’œuvre de Pétrarque et aussi celle de Canova 👁.

2. Qu’il appréhende comme la révélation de l’esprit de Dieu dans le monde.

3. Les utopies socialistes l’attirent.

4. 𝕍 son Orphée, 1832 Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France et sa Vision d’Hébal, 1831 Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre.

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Runge Philipp  Entrée Data.Bnf
Peinture 🞄 Romantisme 🞄 n. Empire Suédois (Poméranie suédoise), fl. Empire français (I) | 1777 1810

Figure du proue du romantisme pictural allemand (avec Friedrich) et précurseur de l’art nouveau, Runge est un peintre au profil comparable à Blake 👁 car d’une sensibilité religieuse et originale. Il entretient une correspondance avec les intellectuels de son temps(1) et transcrira même les contes Von dem Fischer un syner Fru et Von dem Machandelboom pour soutenir l’entreprise des frères Grimm. Fixé dans la Ville libre et hanséatique de Hambourg dès 1804, la même année où elle est annexée par Napoléon.

On décèle dans son œuvre l’influence de Bohme et Novalis qui lui sont transmises par Tieck qu’il rencontre à Dresde en 1801. Sa brillante mais inachevée série des Heures du jour (1803) où, par le biais du "hiéroglyphe", est exaltée l’unité mystique de la nature, sa La leçon du rossignol (1804) ou encore son Repos pendant la fuite en Égypte (1806) fait montre de l’utilisation d’un système symbolique personnel avec une utilisation codifiée des nombres, formes et couleurs. Runge avait en effet — comme Goethe qu’il rencontre en 1803 — crée un farbenkugel {cercle chromatique}. Chez Runge il y a une volonté d’utiliser l’allégorie dans l’exercice du landschaft {paysage}, exercice qui, inspiré par Tieck, est impétueusement théorisé dans ses Hinterlassene Schriften (1840-1841) où il repousse l’art académique. Enfin, il avait pour ambition d’unir à la peinture, la poésie, la musique et l’architecture afin d’approcher le gesamtkunstwerk {art total}.

◆ Il écrit : L’art est donc la plus belle des aspirations, lorsqu’il émane de la conscience commune et se confond avec elle. Je rappellerai donc ici les conditions que doit remplir une œuvre d’art, selon l’ordre de succession hiérarchique qui est aussi leur ordre génétique : 1. Exprimer notre pressentiment de Dieu, 2. la sensation que nous avons de nous-mêmes par rapport au tout et aux deux éléments suivants : 3. la religion et l’art, c’est-à-dire exprimer nos sensations les plus hautes par des mots, des sons ou des images.



1. Schelling, Goethe, Tieck, Brentano…

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Varley John
Aquarelliste, Astrologue 🞄 Romantisme 🞄 Royaume-Uni de Grande-Bretagne | 1778 1842

► Élève et assistant de Joseph Charles Barrow. Peintre paysagiste, il s’oriente préférentiellement vers l’aquarelle. Professeur d’aquarelle réputé et auteur de traités sur la peinture de paysage. Membre fondateur de l’Old Watercolour Society (1804). Ami proche de Blake 👁 qu’il rencontre en 1818 par l’intermédiaire de John Linnell; c’est d’ailleurs à la demande de Varley que Blake réalisera sa série des Visionary Heads (Le Fantôme aux Puces 🗎⮵ en fait parti). Varley est également astrologue et, sans doute stimulé par les visages de Blake, l’auteur d’un Treatise on zodiacal physiognomy (1828). Il rencontre encore Bulwer-Lytton aux salons de Marguerite de Blessington.

➽ Influence ntm. Samuel Palmer.

► John Varley Jr., petit fils de Varley, lui-même aquarelliste — quoique d’un renom moindre — illustrera le Thought-Forms (1905) de Besant et Leadbeather. Il fera paraître dans l’Occult Review, un Some Astrological predictions of the late John Varley (Juillet 1916, pp. 38-43), collections de prédictions astrologiques récoltées par son père, Albert, auprès de son grand-père John.

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Molitor Joseph  Entrée Data.Bnf
Qabaliste (chrétien) 🞄 Illuminisme 🞄 n. Saint-Empire romain Germanique (Électorat de Mayence), Confédération du Rhin (Grand-duché de Francfort) | 1779 1860

► Né dans une famille catholique, il s’intéresse d’abord à l’histoire et à la philosophie et est fortement influencé par Schelling. Tout comme lui il s’inclinera par la suite vers la théosophie, au travers de l’œuvre de Baader. Il est initié maçon à la loge "juive" francfortoise Zur aufgehenden Morgenroethe en 1808 et dont il devient le maître en 1812 jusqu’à sa fermeture en 1816. Sous le protectorat du landgrave Carl de Hesse, il fonda également la loge Carl zum aufgehenden Licht de Francfort dans le rite écossais rectifié.

↪ Philosémite, Molitor s’abîme enfin dans une étude érudite de l’hébreu et l’araméen puis étudie la Talmud. Il se penche ensuite sur la qabale et le Zohar, sous l’influence d’Hirschfeld(1) mais également aidé par des rabbins d’Offenbach-sur-le-Main(2) qui favorisent sa réception. Tout comme Schelling et son ami Von Meyer, il estime que la tradition judaïque, en dernière analyse, est supérieure à la chrétienne et, demeure la véritable dépositaire du savoir mystique primordial. Dès lors, afin de combattre le panthéisme, l’athéisme et le matérialisme, christianisme et judaïsme doivent s’unir sur un pied d’égalité.

↪ Travaillant à ces sujets plus de quarante ans, il devient assurément, à l’époque, le spécialiste occidental le plus autorisé en cette matière. Il est l’auteur d’un important Philosophie der Geschichte oder über die Tradition(3) (1827-1857(4)), qui, incomplet quoique déjà imposant(5), a pour but de présenter synthétiquement la qabale à partir des sources primaires, bien que éclairée par ses maîtres chrétiens Schelling et Baader. Sa notoriété fut suffisante pour que son appartement devint le lieu de rassemblement des francfortois intéressés par la théologie et la philosophie.



1. Lui même juif, maçon et érudit.

2. Certainement favorables au sabbataïsme et au frankisme.

3. mit vorzüglicher Rücksicht auf die Kabbalah précise le sous-titre.

4. Trad. fra. Philosophie de la tradition Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre

5. Il n’en publie que quatre volumes sur les cinq initialement prévus.

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Nodier Charles  Entrée Data.Bnf
Écrivain 🞄 Romantisme 🞄 Royaume de France | 1780 1844

Initiateur important du romantisme et véhiculant un christianisme teinté de spiritualisme à tendance ésotérique, Nodier est influencé par Ballanche et nourri par les figures de Swedenborg et Saint-Martin. Admiré par Balzac, il ouvre évidemment la voie à Nerval.

𝕍 sa catabase initiatico-onirique, la Fée aux miettes Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France Lien vers le catalogue. Il est également sensible aux théories linguistiques de Charles de Brosses puis Court de Gébelin.

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Schubert (Von) Gotthilf  Entrée Data.Bnf
Médecin, Philosophe, Naturaliste 🞄 Christianisme (Protestantisme:Piétiste), Romantisme, Naturphilosophie 🞄 n. Saint-Empire romain Germanique (Électorat de Saxe), fl. Confédération germanique (Royaume de Bavière) | 1780 1860

► D’éducation piétiste, il est d’abord influencé par Von Herder et Schelling qu’il a eut comme professeur. Reçu docteur en médecine à Iéna en 1803, il se fixe à Dresde où il anime un cercle romantique, on y retrouve notamment ntm. Caspar Friedrich dont Schubert apprécie l’œuvre et en perçoit l’aspect mystique. Là, il a l’opportunité de développer des considérations sur le coté obscur des sciences naturelles : le magnétisme animal, la voyance et les rêves qui seront publiées en 1808 : Ansichten von der nachtseite der naturwissenschaft. Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre

↪ Il entre ensuite en contact avec le mysticisme rhénan, la théosophie et, via Baader, l’illuminisme de Saint-Martin. En 1811, il est d’ailleurs traducteur du De l’Esprit des choses. Schubert est connu pour son Die Symbolik des traumes (1814) Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Wellcome très lu à son époque et qui va influencer Hoffmann et Kerner ainsi que Freud et Jung dans la mesure où il anticipe la psychanalyse. Schubert y développe une métaphysique des rêves et de l’inconscient : il estimait que les rêves, de nature hiéroglyphiques et fonctionnant par association ont leur propre grammaire qui est une sorte "d’algèbre supérieur" dont le processus est identique à celui des mythes, de la poésie et du prophétisme.

↪ Il est ensuite précepteur des enfants de Frédéric-Louis de Mecklembourg-Schwerin à Ludwigslust de 1816 à 1819. À cette période, il donne des conférences sur la naturphilosophie de Schelling à laquelle il combine son piétisme. Il occupe dès 1819 la chaire d’histoire naturelle à Erlangen où il se penche spécialement sur la géologie, la botanique et la zoologie. En 1827, il est professeur à l’Université de Munich. Dans son ouvrage principal, Die Geschichte der seele (1830) Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur Internet Archive Lien vers l’œuvre sur Internet Archive, il expose son système théosophique.

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Troxler Ignaz  Entrée Data.Bnf
Médecin, Philosophe 🞄 Romantisme, Naturphilosophie 🞄 Confédération des XIII cantons | 1780 1860

► Il étudie à la médecine à l’Université de Iéna où il est un élève de Schelling, Hegel et Fichte puis obtient son doctorat à Göttingen en 1803. Il exerce d’abord à Vienne où il est proche de Beethoven. Professeur de philosophie à l’Université de Bâle (1830) puis Berne (1834-1853). Influencé par le néoplatonisme et le paracelsisme, il est intéressé par l’anthropologie et la théosophie. Il pense que la première doit conduire à la seconde et ainsi, sa pensée philosophique, qui se veut globale et œuvre de sagesse, s’inscrit dans une anthroposophie. Ses œuvres de jeunesse, Elemente der biosophie et Über das Leben und sein problem (1806) sont le point de départ de sa pensée. S’il est d’abord acquis à Schelling, sa pensée se rapproche, dans un deuxième temps, plus de celle de Friedrich Jacobi. Troxler élabore le terme "préconscient", anticipant celui "d’inconscient", afin de décrire les processus biologiques n’étant que très peu ou pas conscientisés et dans lesquels il estime devoir trouver les structures laissées par Dieu. Troxler s’est notablement investi dans la politique helvétique. Ses travaux devront intéresser Steiner.

𝕍 ce site Lien vers le site qui lui est dédié.

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Murrell James
Rebouteux 🞄 n. Royaume-Uni de Grande-Bretagne, fl. Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande | 1785 1860

► D’abord cordonnier, il devient rebouteux après une rencontre avec une sorcière 👁 nommée Neboad qui lui transmis un grimoire vieux de plusieurs siècles. Guérisseur, exorciste et voyant, autoproclamé "maître du diable", il est connu pour l’emploi de ses bouteilles de sorcière dans le contre-envoûtement. Sa pratique semble s’appuyer sur des classiques de son époque : Culpeper, Raphael et vraisemblablement la Clavicule.

► La notoriété de Murrell était grande dans le comté d’Essex et la presse locale relayait parfois des informations sur lui, mais sa célébrité s’étendit considérablement quand après sa mort, il attira l’attention des folkloristes faisant de lui un des plus célèbres sorciers d’Angleterre.

𝕍 1⬝ Cunning Murrell: A Study of a Nineteenth-Century Cunning Man in Hadleigh, Essex in Folklore (71, pp. 37-43), Eric Mapple, 1960. | Ainsi qu’un témoignage de première main : 2⬝ A Wizard of Yesterday in The Strand Magazine (20 pp. 433–442), Arthur Morrison, 1900. Lien vers le document sur Internet Archive

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Carus Carl  Entrée Data.Bnf
Médecin, Naturaliste, Peintre 🞄 Romantisme (allemand), Naturphilosophie 🞄 n. Saint-Empire romain Germanique (Électorat de Saxe), fl. Confédération germanique (Royaume de Saxe) | 1789 1869

► Intéressé par la botanique et la minéralogie, il est docteur et diplômé en philosophie en 1811. Spécialiste en obstétrique, précurseur de la zootomie et de l’ostéologie comparée, dont il donne les premiers cours spécialisés. Il est directeur de la Clinique de maternité et professeur à l’Académie médico-chirurgicale de Dresde dès 1814 puis médecin ordinaire de la famille royale en 1827. Cofondateur, avec son maître en biologie Lorenz Oken, de la Société germanique des naturalistes et médecins en 1822. Il devient conseiller à la cour de Saxe en 1862. Influencé par Platon, Aristote et le romantisme, il oriente vers un panthéisme esthétique et incline vers le déisme la naturphilosophie de Schelling.

► Dès 1830, il se trouve intéressé par l’anthropologie et la psychologie, il est l’auteur d’un Psyche (1846), son œuvre principale, d’un physiognomonique Symbolik der menschlichen gestalt (1853) et d’un Natur und idee (1862) qui synthétise sa pensée. Il élabore les termes de "enthéisme" et de "panenthéisme" pour distinguer ses théories du panthéisme en ajoutant un aspect transcendant. À partir de ses travaux en physiologie et en biologie, il élabore en effet, de façon plus précise que Schelling, une psychologie qui annonce l’onirologie et la psychosomatique et dont l’axiome principal réside dans l’instinct et l’inconscient(1), forces dynamiques qui vont de l’unité à la multiplicité et inversement. En cette matière, il influence Jung et Hartmann avec sa Philosophie de l’inconscient. C’est un admirateur, correspondant puis biographe de Goethe; Il est également proche de Tieck, Novalis et de Caspar Friedrich qui le dirige dans son apprentissage de la peinture de 1814 à 1817. Il fut l’un des principaux théoricien de la peinture de paysage avec son erdlebenbildkunst, qui veut révéler aux yeux de l’esthète, explorateur des mondes oniriques, les processus vitaux du règne minéral.



1. Caractérisé par des fonctions bien plus idéales que ce que Freud en fera.

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Richer Édouard  Entrée Data.Bnf
Naturaliste, Mystique 🞄 Swedenborgisme 🞄 République française (I) | 1792 1834

► Employé au Cabinet d’Histoire Naturelle de Nantes, Richer parcourt la Loire-Atlantique et écrit sur la région nantaise. Membre de la Société académique de Nantes (1810 ?) et de la Société linnéenne de Paris (1822). Accablé par un incendie emportant nombre de ses recherches scientifiques, il s’aiguille vers ses premiers amours : la littérature. Par l’intermédiaire de Jean-Jacques Bernard, il est mis en contact avec la théosophie : De Maistre, Saint-Martin et l’œuvre de Swedenborg, qu’il se décidera à populariser en France en lui donnant une légitimité littéraire.

↪ A Nantes, il fréquente un groupe swédenborgien qui s’intéresse au magnétisme, aux phénomènes du somnambulisme, à la phrénologie, aux théories pneumatiques de la nouvelle chimie de Lavoisier et au spiritisme. Richer est lui-même un fervent adepte d’un magnétisme spiritualiste qu’il utilise afin de s’éclairer sur le monde spirituel et ses lois. Il commentera des traités du Voyant du nord, comme le Du Ciel et de ses merveilles et de l’Enfer, rapporte les guérisons effectuées par Mme De Saint-Amour(1), et produit plusieurs textes swedenborgianistes. Il est ami avec Louis-François de Tollenare avec qui il partage les mêmes intérêts spirituels. Écrit une Nouvelle Jérusalem (1831-1835) qui inspirera fort la Séraphita de Balzac. Après sa mort, son ami François Piet publiera une biographie(2) et Le Boys des Guays imprimera en deux tomes nombre de ses textes théosophiques restés manuscrits(3).



1. Des Guérisons opérées par Mme de Saint-Amour, 1828.

2. Mémoires sur la vie et les ouvrages d’Éd. Richer, en partie écrits par lui-même, 1836.

3. Œuvres d’Édouard Richer, Mélanges, 1861.

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Le Boys des Guays Jacques-François-Étienne  Entrée Data.Bnf
Juriste, Mystique 🞄 Swedenborgisme 🞄 République française (I) | 1794 1864

► Intéressé par le magnétisme, il est mis en contact avec l’œuvre de Swedenborg à Paris, en 1834, avec l’ouvrage Du Ciel et de ses merveilles et de l’Enfer. Il ouvre un culte public en 1837 à Saint-Armand-Montrond (Cher), la Société des membres de la nouvelle Église du Seigneur Jésus-Christ. L’année suivante, il édite la revue mensuelle La Nouvelle Jérusalem. Traduit la partie théologique de Swedenborg de 1838 à 1850. Le Boys goûta fort peu Louis Lambert et Séraphita de Balzac.

Swedenborg en France (Acta Universitatis Stockholmiensis, 27), Sjöden Karl-Erik, 1985.

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Marconis de Nègre Jean-Étienne  Entrée Data.Bnf
Auteur 🞄 Franc-maçonnerie 🞄 République française (I) | 1795 1868

► Son père Gabriel-Mathieu Marconis de Nègre, officier napoléonien, est un haut initié au Rite Écossais Ancien Accepté, au Rite de Perfection et un des fondateurs en France (avec Samuel Honis) du Rite de Memphis(1). Héritier, Jean-Étienne est d’abord, comme son père, détenteur de tous les degrés du Rite Écossais Ancien Accepté et vénérable du rite de Misraïm(2), puis grand-maître du rite de Memphis en 1838, qu’il réveille suite à son exclusion du rite de Misraïm. Le rite, réveillé à la sortie du pic de l’égyptomanie(3) et régulièrement interdit par les autorités, ne compta environ que cinq loges.

↪ Pourtant et malgré sa situation marginale et son nombre extravagant de grades(4), il essaima ntm. à Londres (1850), New-York (1856), et Alexandrie (1856, Grand Orient d’Égypte) puis finalement, à la faveur de l’entrée de son rite au Grand Orient de France(5) qui lui permet d’accroître sa légitimité(6), il jouira d’une influence non négligeable dans l’occultisme postérieur. Spiritualiste et occultiste, Marconis de Nègre est dans son L’Hiérophante (1839) un des premiers auteurs à utiliser le terme "ésotérisme". Très enclin à diffuser ses idées, il est enfin rédacteur en chef de plusieurs revues dont Le Soleil mystique et Le Temple mystique.



1. Les Disciples de Memphis, 1815.

2. Crée en 1814-1815 à Paris par les frères Bédarride.

3. Le Sethos de Terrasson est de 1731 et la Ière éd. de la Description de l’Égypte est de 1809.

4. 92, où Marconis trône au sommet.

5. En 1862 lorsque Magnan projeta d’unifier les obédiences.

6. Il réduit à cette occasion les grades à 33..

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Mickiewicz Adam  Entrée Data.Bnf
Poète, Mystique, Politique 🞄 Romantisme 🞄 n. Empire russe (Gouvernement de Lituanie), fl. Royaume de France | 1798 1855

► Il étudie les lettres à l’Université de Vilnius et est membre de la Société des Philomathes (puis Philarètes) à caractère patriotique, littéraire et scientifique. Ennuyé par son militantisme politique qui le force à l’exil en 1823, il est contraint de résider à Saint-Pétersbourg, où grâce à Jozef Oleszheiwiez, il rencontre la théosophie, Bohme, Silesius et Saint-Martin. Parvenant à prendre congé du sol Russe en 1829, il voyage, notamment en Allemagne où il rencontre Goethe. Il est ensuite à Paris, durant la Monarchie de Juillet, dès 1832, où il fait la connaissance de Ballanche et se fixe finalement dans la Ville Lumière, destination commune de la diaspora polonaise.

↪ Professeur de littérature latine à l’Université de Lausanne, il occupait aussi une chaire de langues et littérature slaves au Collège de France, où, guidé par l’idée du verbe vivant, il présente les concepts de poezja wcielona {poésie incarnée} et de człowiek całkowity {homme total}. Comme Krasiński, autre figure de premier plan de la littérature polonaise, il est également influencé par le messianisme de Wronski. Ces intérêts pour le messianisme et le mesmérisme le porteront à fréquenter Towiański de 1941 à 1948, ce qui portera préjudice à sa place au Collège de France. Il a par la suite également été conservateur de la Bibliothèque de l’Arsenal.

Poète patriotique à la stature considérable en Pologne, il a été le plus important littérateur du romantisme polonais : il ouvre le pays à ce mouvement avec son Ballades et romances (1822) dont la préface tient le rôle de manifeste et qui s’abreuve des motifs du folklore lituanien. Influencé par Schiller et Byron, Ossian aussi, son œuvre a été déterminante sur la formation de la littérature et le théâtre polonais moderne notamment au travers de son Messire Thadée (1834). Son poème dramatique Dziady {Les Aïeux}, en quatre parties et inachevé, est traversé par la métaphysique et la mystique.

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Balzac (de) Honoré  Entrée Data.BnfEntrée Larousse
Romancier, Dramaturge 🞄 Réalisme (littéraire), Swedenborgisme 🞄 n. République française (I), fl. Royaume de France | 1799 1850

I. Histoire et œuvres

► Fils et petit-fils de francs-maçons, ayant une mère éprise d’idées théosophiques, Balzac a dès son plus jeune âge, accès à la bibliothèque familiale qui l’inclinent vers ces univers emplis de mythologies et de symbolique, d’histoire religieuse et de civilisations orientales. Élève médiocre, il étudie au collège de Vendôme (1807-1813) puis, en 1814, il poursuit des études de droit à Paris à l’institution de l’abbé Ganser en même temps qu’il suit les cours de Victor Cousin au Collège de France et de Geoffroy Saint-Hilaire au Muséum d’histoire naturelle. Voulant vivre de sa plume, il habite une mansarde et vit chichement d’une rente accordée par sa famille. Il tente de se lancer avec enthousiasme dans l’édition en 1826 mais fait faillite en 1828 et contracte des dettes auprès de son entourage. Dès 1830, il est reçu dans plusieurs salons, notamment celui de Récamier et il pu y côtoyer Chateaubriand, Lamartine et Constant. La Peau de chagrin (1831) est son premier succès, il est confirmé par Eugénie Grandet (1833) qui lui permet d’obtenir l’autonomie financière, de subvenir à son train de vie exigent(1) et de rencontrer sa future épouse avec qui il se marie en 1850 pour cependant, devoir mourir peu de temps après.

↪ Auteur connu pour être extrêmement prolifique, il se lance progressivement dans l’édification d’un projet ambitieux et d’une remarquable largesse de vue, la Comédie humaine(2) qu’il ne put mener à terme(3). La Comédie humaine avait pour objet de décrire les multiples facettes de la société française de son époque tout en reliant entre elles ses diverses productions littéraires(4) par l’entrecroisement des personnages et des conséquences de leurs actions sur eux-mêmes et les autres. De par la cohésion des récits et les finesses de sa capacité d’observation intuitive de la psychologie(5) l’auteur donne ainsi une illusion organique à son œuvre. Balzac est indubitablement l’un des écrivains européens les plus populaires et influents du XIX. Son œuvre, disposant de plusieurs degrés de lecture, distille, la plupart du temps de façon discrète quoique d’autre part clairement annoncées, ses conceptions mystiques et visionnaires.

II. Aspects ésotériques et mystiques de son œuvre

Bien connus chez Balzac, sont en effet l’influence de la théosophie de Böhme, de l’illuminisme de Saint-Martin et de Swedenborg surtout(6), du néopythagorisme d’Olivet, du mesmérisme et de l’Essai sur la physiognomonie de Lavater aussi. Sont tout aussi connues et remarquables dans son œuvre, l’attention porté aux thématiques des sociétés secrètes(7) et des sciences occultes(8) qu’il appréhende dans leur forme symbolico-mystiques et cherche à concilier dans une unité métaphysique avec la Bible. Mystique effectivement, en même temps qu’éprouvant un vif attachement pour la liberté, Balzac estima, tout comme Hugo, que les religions, inutilement complexifiées et dès lors, inauthentiques, sont un obstacle empêchant d’atteindre l’essence de la spiritualité, dont l’accès dépend avant tout d’une illumination intérieure. Il expose régulièrement la puissance opérative du désir et de la pensée, forces agissantes mais qui doivent être disciplinées pour ne pas s’épuiser ou se retourner contre celui qui les a enfantées. Le rapport de Balzac à l’érotique est également remarquable et conditionné par son rapport à sa mère d’abord, Laure de Berny ensuite — celle qui l’a fait en tant qu’homme et écrivain selon ses propres affirmations — et Ewelina Hańska enfin, son épouse(9) : elles sont tantôt un sujet d’adoration, des anges mystiques et vertueux, investis d’une puissance initiatique, tantôt un objet de désir, véhiculant un pouvoir sensuel et passionnel.

◆ Concernant ses ouvrages philosophiques d’inspiration illuministe, 𝕍 Louis Lambert (1833) Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France, L’Histoire des Treize (1833-1839) Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur Internet Archive et Le Livre mystique (1834-1835, Les Proscrits et Séraphîta stt.) Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France. La Recherche de l’Absolu (1834) met en scène la quête d’un alchimiste, tandis que ses Études philosophiques en général abordent fréquemment des thématiques occultes, comme dans la fameuse Peau de chagrin Lien vers l’œuvre sur Internet Archive. En outre, plusieurs personnages de ses œuvres sont inspirés de figures de l’occultisme et de l’ésotérisme.

𝕍 Balzac occulte. Alchimie, magnétisme, sociétés secrètes, Anne-Marie Baron, 2012.



1. Problème qui le poursuivra toute sa vie.

2. Appréhendé comme un pendant terrestre de la Divine Comédie.

3. 96 romans sont achevés mais 53 titres de romans sont non écrits.

4. L’obligeant à en remanier certaines antérieures à ce projet.

5. Le Père Goriot, en 1834, est le premier texte usant de cet artifice.

6. Blake et Baudelaire ne seront non plus échapper à cette influence.

7. Théophile Gautier rapporte d’ailleurs que Balzac tenta de fonder une sorte de maçonnerie littéraire, le Cheval rouge dans le but d’obtenir une influence prépondérante dans les milieux artistiques, mais l’assemblée fut rapidement dissoute.

8. Alchimie et magnétisme surtout, compris dans toutes ses tessitures parapsychologique.

9. Notez que cette dernière est une proche Marie Keller, épouse d’Alveydre.

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Towiański Andrzej  Entrée Data.Bnf
Mystique, Philosophe 🞄 Christianisme, Romantique 🞄 n. Empire russe (Gouvernement de Vilna), fl. Royaume de France | 1799 1878

Chef charismatique du Koło Sprawy Bożej {Cercle de la cause de Dieu}. Il étudie à l’Université de Vilnius et est d’abord magistrat. En 1839 il prétend entrer en communication avec le Saint-Esprit et la Vierge qui lui demandent de porter message prophétique et messianique à teneur apocalyptique et eschatologique dans lequel les polonais, les français et les juifs tiennent un rôle prépondérant et devant aboutir à la liberté des peuples. La figure de Napoléon, envoyé divin après Seth, Abraham, Moïse, Esdras et Jésus, est très importante, Towiański étant le septième envoyé. Le prophète décide de se fixer à Paris alors sous le régime de la Monarchie de Juillet. Il lance son mouvement et publie un petit Biesiada {Banquet} (1841) dans la lignée de Swedenborg. Son mouvement est suivi dans la diaspora polonaise(1) et il parvient à rallier à sa cause plusieurs littérateurs romantiques dont Mickiewicz et Słowacki.

↪ Cependant les positions théologiques(2) et politiques du towianisme ne séduisent pas tous ses compatriotes, exilés ou non et, accusé d’être un agent tsariste, il est expulsé par le gouvernement français et s’installera finalement en Suisse. Son œuvre écrite, constituée de notes recueillies par ses disciples et interlocuteurs est principalement publiée dans Pisma (3) en 1882.

𝕍 1⬝ Le towianisme en France. La France dans le towianisme in Slavica bruxellensia, Jeremy Lambert, 2009 Lien vers le document sur OpenEditions | Et 2⬝ La complémentarité du messianisme polonais et du symbolisme français dans son double rapport à l’anthroposophie in Revue des Études Slaves (60, 1, pp.199-208), Frédéric Kozlík, 1988. Lien vers le document sur Persée



1. Ainsi que des français et des italiens.

2. Ex. bien que revendiqué catholique, Towiański méprisait les sacrements.