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Achille
Ποντἀρκος (Pontarkos)


-575 -550
Culture hellénistique

-500 -475
Peintre de Diosphos (Érétrie)

-460
Peintre de Penthésilée (Vulci)

75
Culture romaine (Herculanum)

330-340
Culture romaine (Augst)

Contexte
Religion Polythéisme Grec
Premières traces -XIII
Date de stabilisation -VIII (Odyssée)
Zone de vénération Grèce
Hauts lieux de culteAchilléion, Corfou (Grèce)
➧ Épire (Grèce)
Hellespont (ajd. Dardanelles, Turquie)
Larissa (Grèce)
➧ Sparte (Grèce)
Œuvres choisies
où mentionnées
Illiade (Homère)
Héroïdes (Homère)
La Bibliothèque (Pseudo-Apollodore)
Achilléide (Stace)
Rapprochements
P.Ger. :Siegfried
P.Irl. :Cúchulainn
P.Scn. :Baldr
Statut
Ordre Héros
Type Igné
Polarité Masculin
Qualité Courage
DemeureLarissa
Mont-Pellion
Physique ➧ Jeune et bel homme
➧ Corps athlétique, élancé
➧ Cheveux blonds
➧ Yeux étincelants
➧ Voix puissante
Véhicule Char tiré par quatre chevaux
Attributs ➧ Aspís {bouclier}
➧ Cnémides
➧ Lance
Groupes Achéens
Relations
● Ascend. :Éaque
Zeus
● Père :Pélée
● Mère :Thétis
● Épouse :Pénélope
Hélène
Polyxène
Médée
Iphigénie
● Ami :Patrocle
➧ Automédon
● Fils :Néoptolème
● Mentor :Athéna
Chiron
Phœnix
● Amante : Déidamie
Polyxène
➧ Briséis
● Ennemis :Cycnos
Hector
Penthésilée
Memnon
● Cheval :Xanthos
Caractéristiques
Calligraphie locale Ἀχιλλεύς
Romanisation ➧ Achille
➧ Achilles
Transcription
littérale
Grc. : ἄχος λαός (Akhí-lāu̯os) {Celui dont les guerriers se lamentent}
Fonctions ➧ Incessible à la peur
➧ Apporte la victoire des achéens sur les troyens
➧ Privilégie la gloire aux douceurs matérielles
➧ Sacrifie sa vie dans l’honneur
Caractères ➧ Puissance Pureté Honneur
➧ Fureur Sacrifice Destin
➧ Mort Volonté Passion Gloire
ÉpithètesGrc. : πύρρα (Pyrrha) {Le Roux}
Grc. : Ποντἀρκος (Pontarkos) {Qui soutient le pont}
Grc. : Πυρίσους (Pyrisous) {Sauvé du feu}
Grc. : Αἰᾰκῐ́δης (Aiakídēs {Éacide, i.e. descendant d’Éaque}
● (Péléide i.e. descendant de Pelée)
● (Aux pieds légers)
● (Rempart des Grecs)

Mythes principaux

I. L’invincibilité d’Achille

► L’histoire la plus connue à propos de l’invincibilité et du point faible d’Achille (semblable à la situation de Baldr), est celle de l’Achilléide qui décrit Thétis baignant son enfant dans le Styx tout en le tenant par le talon. Cependant, il existe une version plus sombre. La néréide fut poussée par les dieux à épouser le mortel Pélée, roi de Phthie. Soit qu’ils avaient appris que tout fils conçu par elle surpasserait le père ou bien, en punition d’avoir repoussé Zeus car la Néréide respectait Héra. Quoiqu’il en soit, elle se mit cependant en quête d’éliminer tout élément mortel qui devait substituer dans les fruit que cette union engendra - union qui pour être consommée nécessita l’intervention de Protée ou Chiron. Pour ce faire, elle frottait d’ambroisie sur ses nouveaux-nés le jour et les plongeait dans le feu la nuit, ce qui les tuait immanquablement. Cependant, au septième enfant (dans d’autres versions Achille est fils unique), Pelée veilla et sauva le dernier né in-extremis. La Bibliothèque (Photios) ajoute qu’il n’eut que la lèvre et l’osselet du pied droit brûlé. Par l’entremise de Chiron, l’osselet fut remplacé par l’os correspondant dans le cadavre du géant Damysos, connu pour ses exploits à la course.

↪ Il est éduqué par Phœnix, qui lui apprend l’éloquence et le maniement des armes et qui l’accompagnera à la guerre, et/ou Chiron, qui lui enseigne la musique et la médecine. Il est durant son enfance, nourri exclusivement d’entrailles de lions et de sangliers, de moelle d’ours et de miel. Achille, descendant de Zeus par son grand-père Éaque est, quoiqu’il en soit, l’archétype du chevalier homérique : puissant et bouillant, fier et vaillant, invincible sur le champ de bataille (le premier degré de cette invincibilité est absente du texte homérique), presque divin. Il est ainsi le plus grand guerrier grec et inspire une terreur toute légitime à ses adversaires.

II. Les ruses d’Ulysse

► Les tragiques donnent une version différente de la version homérique du départ d’Achille pour Troie. Pélée (ou Théthis) ayant apprit que son fils devait mourir devant Troie, conçut un plan afin de le préserver de ce funeste destin. Il envoya son fils de neuf ans, déguisé en femme, à la cour du Roi de Scyros, Lycomède. Selon les versions, le roi est ou non mis dans la confidence, certaines mêmes affirmant qu’Achille s’y soit rendu afin de venger la mort de Thésée. Quoiqu’il en soit, le garçon y demeura neuf ans sous l’identité de "Pyrrha" ({La rousse} du fait de ses cheveux blonds ardent). Durant ces années, il eut un fils, Néoptolème (qui devient plus tard Pyrrhus), avec Deidamie, fille de Lycomède. Cependant, Ulysse apprit par Calchas que la guerre ne pourrait être gagnée sans Achille. Ayant pris connaissance du lieu où il se tint caché, il mis au point une ruse.

↪ Deux versions existent : Ovide raconte qu’il se présente à la cour en tant que marchand et livre aux femmes de la cour divers colifichets dans lesquels il glisse une remarquable épée, ce qui, attirant Achille, le divulgue. Ou bien, chez Apollodore, il fait sonner le cor parmi les femmes : toutes s’enfuient sauf Achille qui demande des armes. Ces deux versions sont combinées chez Stace. Quoiqu’il en soit, Achille révèle son caractère belliqueux. Il fini donc par participer au combat, accompagné de l’armée de son père : cinquante (ou soixante pour Hygin) bateaux chargés chacun de cinquante puissants Myrmidons (fourmis changées en Hommes par Zeus). Les navires cependant, ne peuvent sortir du port du fait de vents contraires et Calchas affirme que pour les apaiser, Agamemnon doit sacrifier sa fille Iphigénie. Par l’intermédiaire d’une ruse d’Ulysse consistant à la tromper sur l’objet de sa venue (il suggère à Agamemnon de lui faire croire qu’elle doit se marier à Achille), la jeune fille se rend sur les lieux. Achille désire la sauver mais Iphégénie consent au sacrifice pour le bien commun (certaines versions parlent d’une substitution avec une biche).

↪ Au départ d’Aulis où la flotte achéenne fut réunie, Thétis lui confia deux présents que Héphaïstos puis Poséïdon (parmi d’autres convives) offrirent à Pelée en présents de noce : une armure et les deux chevaux Balios et Xanthos (c’est par ailleurs durant ces noces qu’eut lieu le Jugement de Pâris). Elle lui attacha également un esclave dont le rôle était d’empêcher Achille de tuer un "fils d’Apollon" car un oracle prédit que cet acte serait à l’origine de sa mort violente. Cependant, l’esclave ne put empêcher Achille de tuer Ténès à Ténédos lors de ses pillages.

III. La guerre de Troie

► Après neuf ans de pillage consistant dans la prise de vingt-trois (douze en bord de mer et onze dans les terres) cités alliées à celle de Troie, l’Iliade nous narre les évènements suivants en 24 chants. Lorsque la dixième année de siège débute, le camp des achéens est ravagé par la peste. Inspiré par Héra qui le tient en haute estime, Achille convoque une assemblée. Sur les augures de Calchas, la peste est attribuée à la colère de Chrysès, grand prêtre d’Apollon pour le rapt de sa fille Chryséis. Cette dernière, capturée par Achille lors du pillage de Thébé sous le Places, fut attribuée au roi Agamemnon, alors dirigeant de la coalition des Achéens. Le roi accepte de restituer Chryséis à condition qu’Achille lui cède Briséis (surnom d’Hippodamie selon Dictys de Crète) qu’il a acquit dans les mêmes conditions mais qu’il aime. Achille, refusant cet arrangement qu’il estime injuste, prêt à frapper Agamemnon, est stoppé par Athéna dans son geste. Il se retire des combats avec ses Myrmidons et demeure sous sa tente, jouant du phórminx. Mais Briséis lui est tout de même soustraite et le héros est outré par cet acte d’iniquité. Sans Achille et surtout, par l’intermédiaire de Zeus qui cède aux demandes de Thétis priée par Achille, les achéens subissent alors des séries de défaites.

↪ Achille est rancunier et inflexible malgré les supplications et les offres généreuses d’Agamemnon. Patrocle, l’ami d’enfance d’Achille, désirant venir en aide à ses compatriotes dont les bateaux (qui leur font office de campement) vont être brûlés, emprunte le cheval, l’armure et les hommes d’Achille avec son accord et part au combat. Il tue Sarpédon, mais, impétueux malgré sa promesse faite à Achille, il poursuit ses adversaires jusqu’aux portes de la ville. Prit pour Achille lui-même, il est blessé par Euphorbe puis tué par Hector qui le dépouille des armes qu’il emprunta. Les rois Ménélas et Ajax rapportent le corps de Patrocle mais Achille est dévasté et furieux devant la mort de son ami, il se roule à terre, s’arrache les cheveux et couvre son visage de cendre. Il reproche à Xanthos d’avoir abandonné son ami mais le cheval doué subitement de parole par Héra à le temps d’annoncer à Achille sa fin prochaine et qu’il ne pourrait l’imputer aux chevaux avant d’être réduit à son silence naturel par les Érinyes. Le héros se réconcilie avec Agamemnon, demande à Thétis une nouvelle et plus puissante armure forgée par Héphaïstos (qui est fidèle à Théthis qui l’a secouru lors sa chute de l’Olympe peu après sa naissance) et se résout à venger son ami.

↪ Puis durant son ἀριστεία (aristeia) {aristie}, Achille, ne prenant plus eau ni nourriture, affronte Énée et massacre d’abord nombre de soldats, à tel point qu’il suscite la colère du fleuve Scamandre par trop mêlé de sang, qui sans une nouvelle intervention d’Hephaïstos eut englouti Achille. Enfin, il poursuit et tue Hector dans un duel devant les Portes Scées. Exultant, ivre de victoire, il traîne ensuite le corps du vaincu attaché à son char trois fois par jour devant Troie ainsi que la tombe de Patrocle, et ce durant douze jours ce qui indispose les dieux. En outre, il sacrifie vingt (ou douze) jeunes troyens prisonniers durant les funérailles de Patrocle. Le vieux roi Priam, conseillé par Hermès vient finalement voir Achille en secret et, hospitalier, le héros meurtri accepte sur les conseils d’Athéna de lui restituer le corps de son fils contre une forte rançon. Il consent également à observer une trêve de onze jours et ce, afin que le roi puisse dédier à Hector des funérailles appropriées. Le livre se clôt sur les funérailles d’Hector.

IV. La mort d’Achille

La mort d’Achille n’est que mentionnée dans l’Odyssée. Dans les versions post-homériques on raconte qu’il périt d’une flèche au talon, soit dans l’épisode de Polyxène et/ou par l’intervention d’Apollon via ou non la main de Pâris, comme on peut le voir dans l’Éthiopide d’Arctinos de Milet. Son rival Ulysse héritera par ailleurs de l’armure divine d’Achille, pour la raison qu’il parvint avec Ajax à soustraire le corps du héros aux troyens. Aux funérailles assistent les dieux de l’Olympe, ainsi que les Néréides et les Muses. On le pleura dix-sept jours avant d’immoler son corps au dix-huitième. Les cendres d’Achille sont mêlées à celles de Patrocle dans une urne d’or et elle fut inhumée près des restes d’Antiloque, sous un tertre élevé sur le rivage de l’Hellespont, au promontoire de Sigée. Jeux et combats furent organisés par Thétis autour du tombeau, évènements qui se muèrent en fêtes en son honneur rendus par les Thessaliens. Poséidon apprend enfin à Thétis qu’Achille sera élevé parmi les immortels. Aux Élysées, on lui attribue plusieurs épouses possible : Hélène, Polyxène, Médée ou Iphigénie.

Notes

I. Le héros idéal

► Achille est le principal héros de l’un des textes les plus fondateurs de tout l’Europe actuelle, l’Iliade. Le poème le plus lu de toute l’antiquité contribua ainsi à populariser sa légende. Cette dernière est une des plus riches de la mythologie grecque et une des plus anciennes. Les haut faits guerriers qui lui sont attribués ont longtemps étés un des principales modèles de l’idéal masculin de la culture grecque et romaine et plus sporadiquement en Europe occidentale post-renaissance.

II. Le bouclier d’Achille

► Dans l’Iliade (XVIII) Homère nous décrit en détail les scènes qu’Héphaïstos sculpta sur le bouclier qu’il forgea pour Achille (𝕍 en outre : Art et polis : le bouclier d'Achille in Dialogues d'histoire ancienne (14 pp. 89-107), Sylvie Vilatte, 1988. Lien vers le document sur Persée) :

Description du bouclier

[…] Et il jeta dans le feu le dur airain et l’étain, et l’or précieux et l’argent. Il posa sur un tronc une vaste enclume, et il saisit d’une main le lourd marteau et de l’autre la tenaille. Et il fit d’abord un bouclier grand et solide, aux ornements variés, avec un contour triple et resplendissant et une attache d’argent. Et il mit cinq bandes au bouclier, et il y traça, dans son intelligence, une multitude d’images. Il y représenta la terre et l’Ouranos, et la mer, et l’infatigable Hélios, et l’orbe enflé de Sélènè, et tous les astres dont l’Ouranos est couronné : les Plèiades, les Hyades, la force d’Oriôn, et l’Ourse, qu’on nomme aussi le Chariot qui se tourne sans cesse vers Oriôn, et qui, seule, ne tombe point dans les eaux de l’Okéanos.

Et il fit deux belles cités des hommes. Dans l’une on voyait des noces et des festins solennels. Et les épouses, hors des chambres nuptiales, étaient conduites par la ville, et de toutes parts montait le chant d’hyménée, et les jeunes hommes dansaient en rond, et les flûtes et les kithares résonnaient, et les femmes, debout sous les portiques, admiraient ces choses.

Et les peuples étaient assemblés dans l’agora, une querelle s’étant élevée. Deux hommes se disputaient pour l’amende d’un meurtre. L’un affirmait au peuple qu’il avait payé cette amende, et l’autre niait l’avoir reçue. Et tous deux voulaient qu’un arbitre finît leur querelle, et les citoyens les applaudissaient l’un et l’autre. Les hérauts apaisaient le peuple, et les vieillards étaient assis sur des pierres polies, en un cercle sacré. Les hérauts portaient des sceptres en main ; et les plaideurs, prenant le sceptre, se défendaient tour à tour. Deux talents d’or étaient déposés au milieu du cercle pour celui qui parlerait selon la justice.

Puis, deux armées, éclatantes d’airain, entouraient l’autre cité. Et les ennemis offraient aux citoyens, ou de détruire la ville, ou de la partager, elle et tout ce qu’elle renfermait. Et ceux-ci n’y consentaient pas, et ils s’armaient secrètement pour une embuscade ; et, sur les murailles veillaient les femmes, les enfants et les vieillards. Mais les hommes marchaient, conduits par Arès et par Athènè, tous deux en or, vêtus d’or, beaux et grands sous leurs armes, comme il était convenable pour des Dieux ; car les hommes étaient plus petits. Et, parvenus au lieu commode pour l’embuscade, sur les bords du fleuve où boivent les troupeaux, ils s’y cachaient, couverts de l’airain brillant.

Deux sentinelles, placées plus loin, guettaient les brebis et les bœufs aux cornes recourbées. Et les animaux s’avançaient suivis de deux bergers qui se charmaient en jouant de la flûte, sans se douter de l’embûche.

Et les hommes cachés accouraient ; et ils tuaient les bœufs et les beaux troupeaux de blanches brebis, et les bergers eux-mêmes. Puis, ceux qui veillaient devant les tentes, entendant ce tumulte parmi les bœufs, et montant sur leurs chars rapides, arrivaient aussitôt et combattaient sur les bords du fleuve. Et ils se frappaient avec les lances d’airain, parmi la discorde et le tumulte et la Kèr fatale. Et celle-ci blessait un guerrier, ou saisissait cet autre sans blessure, ou traînait celui-là par les pieds, à travers le carnage, et ses vêtements dégouttaient de sang. Et tous semblaient des hommes vivants qui combattaient et qui entraînaient de part et d’autre les cadavres.

Puis, Hèphaistos représenta une terre grasse et molle et trois fois labourée. Et les laboureurs menaient dans ce champ les attelages qui retournaient la terre. Parvenus au bout, un homme leur offrait à chacun une coupe de vin doux ; et ils revenaient, désirant achever les nouveaux sillons qu’ils creusaient. Et la terre était d’or, et semblait noire derrière eux, et comme déjà labourée. Tel était ce miracle de Hèphaistos.

Puis, il représenta un champ de hauts épis que des moissonneurs coupaient avec des faux tranchantes. Les épis tombaient, épais, sur les bords du sillon, et d’autres étaient liés en gerbes. Trois hommes liaient les gerbes, et, derrière eux, des enfants prenaient dans leurs bras les épis et les leur offraient sans cesse. Le roi, en silence, le sceptre en main et le cœur joyeux, était debout auprès des sillons. Des hérauts, plus loin, sous un chêne, préparaient, pour le repas, un grand bœuf qu’ils avaient tué, et les femmes saupoudraient les viandes avec de la farine blanche, pour le repas des moissonneurs.

Puis, Hèphaistos représenta une belle vigne d’or chargée de raisins, avec des rameaux d’or sombre et des pieds d’argent. Autour d’elle un fossé bleu, et, au-dessus, une haie d’étain. Et la vigne n’avait qu’un sentier où marchaient les vendangeurs. Les jeunes filles et les jeunes hommes qui aiment la gaîté portaient le doux fruit dans des paniers d’osier. Un enfant, au milieu d’eux, jouait harmonieusement d’une kithare sonore, et sa voix fraîche s’unissait aux sons des cordes. Et ils le suivaient chantant, dansant avec ardeur, et frappant tous ensemble la terre.

Puis, Hèphaistos représenta un troupeau de bœufs aux grandes cornes. Et ils étaient faits d’or et d’étain, et, hors de l’étable, en mugissant, ils allaient au pâturage, le long du fleuve sonore qui abondait en roseaux. Et quatre bergers d’or conduisaient les bœufs, et neuf chiens rapides les suivaient. Et voici que deux lions horribles saisissaient, en tête des vaches, un taureau beuglant ; et il était entraîné, poussant de longs mugissements. Les chiens et les bergers les poursuivaient ; mais les lions déchiraient la peau du grand bœuf, et buvaient ses entrailles et son sang noir. Et les bergers excitaient en vain les chiens rapides qui refusaient de mordre les lions, et n’aboyaient de près que pour fuir aussitôt.

Puis, l’illustre Boiteux des deux pieds représenta un grand pacage de brebis blanches, dans une grande vallée ; et des étables, des enclos et des bergeries couvertes.

Puis, l’illustre Boiteux des deux pieds représenta un chœur de danses, semblable à celui que, dans la grande Gnôssôs, Daidalos fit autrefois pour Ariadnè aux beaux cheveux ; et les adolescents et les belles vierges dansaient avec ardeur en se tenant par la main. Et celles-ci portaient des robes légères, et ceux-là des tuniques finement tissées qui brillaient comme de l’huile. Elles portaient de belles couronnes, et ils avaient des épées d’or suspendues à des baudriers d’argent. Et, habilement, ils dansaient en rond avec rapidité, comme la roue que le potier, assis au travail, sent courir sous sa main. Et ils tournaient ainsi en s’enlaçant par dessins variés ; et la foule charmée se pressait autour. Et deux sauteurs qui chantaient, bondissaient eux-mêmes au milieu du chœur.

Puis, Hèphaistos, tout autour du bouclier admirablement travaillé, représenta la grande force du fleuve Okéanos.

► En 1715, Jean Boivin veut démontrer la vraisemblance du bouclier d’Achille dans le cadre de la Querelle des Anciens et des Modernes. Il demande à Nicolas Vleughels de produire une reconstitution illustrée du bouclier 🗎⮵ pour son Apologie d’Homère Lien vers l’œuvre. Puis en 1809, Quatremère de Quincy prend modèle sur un bas-relief antique pour restituer le bouclier 🗎⮵ dans son Jupiter olympien Lien vers l’œuvre. Il existe également des propositions de nature plus archéologiques, ex. celle Ludwig Weniger en 1912.

► Dans Le Bouclier d’Héraclès du Pseudo-Hésiode (d.-VI), l’auteur imite le passage du bouclier d’Homère en décrivant le bouclier du Promarchos, bouclier qui fut un spectacle surprenant même pour le dieu du tonnerre, qui avait commandé à l’adroit Vulcain cette vaste et solide armure !. Virgile imitera également Homère et fera forger par Vulcain un bouclier pour Énée représentant l’histoire de Rome : C’était l’histoire de l’Italie et les triomphes des Romains ; instruit des prophéties, pénétrant les âges futurs, le maître du feu les avait gravés là, et aussi toute la race de ceux qui sortiraient d’Ascagne, et dans leur ordre les guerres et leurs combats.

III. Cycle troyen

Différents poètes ainsi que les légendes populaires, s’évertuèrent à compléter le récit homérique : on y conte d’abord des aventures supplémentaires durant le siège de neuf ans devant Troie. Il affronte Télèphe, roi de Mysie en fils d’Héraclès , qu’Achille soigne finalement avec la rouille de sa lance ce qui lui octroie la réputation d’être doué en médecine. Il affronte aussi Memnon, qui parvient blesser le héros. Après les évènements de L’Illiade, on le voit également lutter contre Penthésilée où il finit subjugué par la beauté de l’amazone qu’il vient de tuer et abattre Thersite qui raille sa douleur et profane le corps de la guerrière. On le voit encore concevoir un amour pour Polyxène (fille de Priam) avant de périr durant son mariage dans le temple d’Apollon à Thymbré. Une partie de ces compléments sont bien sûr ajd. perdus mais certains demeurent sous forme de fragments. Ces ajouts sont évidemment parfois contradictoires, mais ils constituent un cycle troyen qui ne pu manquer d’inspirer les écrivains tragiques et épiques jusqu’à l’époque romaine (ex. Achilléide, Iphigénie à Aulis).

IV. Culte héroïque

► Aussi, Achille, fut révéré comme un demi-dieu, depuis -V : on lui dédie temples et on lui entretient un culte héroïque (associé aux néréides), surtout dans les îles et sur le continent asiatique où a eu lieu son histoire. Les théssaliens par exemple, lui sacrifiaient annuellement sur la demande de l’oracle de Dodone et on sait qu’Alexandre, attaquant l’Empire perse, sacrifie au héros sur le site de Troie. Pausanias ajoute que le corps sans vie d’Achille fut emporté par Théthis sur l’Île Blanche (associée à l’île de Leucé, ajd. Île ophidienne, située aux bouches du Danube en Ukraine). Sa légende est bien sûr, un sujet répandu sur les céramiques à figures rouges et Pline signale les achillae statuae, éphèbes nus à la lance qu’on pouvait voir dans les gymnases.

V. Un être passionné

► Achille, passionné par le combat, prouve sans cesse sa valeur durant les affrontements. Violent, furieux et parfois cruel, avide de gloire, il est celui qui préfère une vie courte et glorieuse à une vie longue et monotone (Théthis lui aura présenté ce choix lors de son départ vers Troie dans la version homérique). Mais, franc et loyal (il méprise les ruses d’Ulysse comme dans le passage où il manipule Iphigénie) il est aussi miséricordieux avec les faibles et résolument prompt à exécuter la volonté des dieux. Ces caractéristiques font de lui un parangon de courage, de puissance, de *wiros. Cependant le courage d’Achille est très passionnel, à la fois cause de ses victoires mais aussi de sa mort.

Cette passion, cette faible complexion dans ses affects, Achille la manifeste aussi dans son rapport intime aux autres : il sait être tendre comme avec sa mère, Patrocle ou Briséis ; Empathe, il est capable de charmer les autres avec sa phórminx et son chant (pouvoir qui lui fut accordé par Calliope) ou pleurer avec Priam qui vient le réclamer le corps de son fils. Aussi, Achille nous propose d’embrasser, voir de se laisser envahir par les émotions en y apportant une réponse active, plutôt que de les refouler, et d’ainsi forcer le destin. Éduqué par Chiron, Achille entretenait les vertus antiques : mépris des biens du monde matériel et dégoût du mensonge, recherche de la modération et résistance aux passions mauvaises et à la douleur.

VI. Opposition avec Ulysse

Sur plusieurs point, Achille s’oppose donc à Ulysse, l’homme sage aux multiples astuces. Ce dernier, héros de l’Odyssée, privilégie la réflexion, la sécurité et la diplomatie aux grandes envolées colériques. Cette antinomie fut mise en valeur par les philosophes hellénistiques, notamment les stoïciens. Une brève discussion présente dans le chant XI de l’Odyssée. (Ici tirée de la trad. d’Eugène Bareste) entre les deux personnages indique l’impatience d’Achille à retrouver la vie :

Achille, fils de Pelée, toi le plus illustre d’entre les Achéens, je suis venu consulter Tirésias en ces lieux, afin qu’il me dise comment je pourrai retourner à Ithaque. Je n’ai point encore revu l’Achaïe ni touché aux terres paternelles, mais j’erre toujours sur les mers et je souffre mille douleurs. Noble Achille, nul homme n’a jamais été ni ne sera jamais plus heureux que toi. Durant ta vie nous t’honorions comme un immortel ; et maintenant que tu as cessé d’exister, tu règnes en ces lieux sur les âmes des morts. Noble Achille, ne t’afflige point d’être descendu dans les sombres demeures !

Il me répond aussitôt :

Illustre fils de Laërte, ne cherche point à me consoler du trépas ! J’aimerais mieux, simple cultivateur, servir sous, un homme pauvre qui ne posséderait qu’un faible bien, que de régner sur toutes ces ombres ! — Mais parle-moi maintenant de mon vaillant fils, et apprends-moi s’il s’est montré dans les combats aux premiers rangs des guerriers. Dis-moi si tu as entendu parler du vénérable Pelée ; dis-moi si ce héros gouverne encore avec honneur les nombreux Thessaliens, ou bien s’il est méprisé dans Hélas et dans Phthie parce que la vieillesse a affaibli ses membres. Je ne suis plus sur la terre pour le défendre comme autrefois lorsque j’immolais dans la vaste cité d’Ilion tout un peuple de guerriers en combattant pour les Argiens. Si, vivant encore, je rentrais dans le palais de mon père, oh ! alors je montrerais tout mon courage, et je ferais sentir la force de mes bras invincibles à tous ceux qui outragent le vénérable Pelée ou refusent de lui rendre les honneurs dus à son rang !

separateur

◆ Pernety dédie son VI (le dernier) à une interprétation alchimique de l’Iliade :

[…] De ce mariage (entre Thétis et Pélée) naquit Pyrisous, ou qui sort du feu sain & faut, parce que le feu de la matière réduite en mercure des Philosophes, résiste aux atteintes du feu le plus violent. Dans la suite il prit le nom d’Achille, ce guerrier fier & superbe, qui bravait tous les Chefs des Grecs & des Troyens, il pouvait le faire, puisqu’il était invulnérable, par la raison que nous venons de dire. Il devint amoureux de Briséis, c’est-à-dire, du repos ; car Briséis vient de Βρισζω, je repose ; parce que le mercure philosophique cherche à être fixé.

Ce que nous venons de rapporter du dernier Livre de l’Iliade, prouvera clairement à ceux qui ont lu les livres des Philosophes, qu’Homère n’avait en vue que le grand œuvre, puisqu’il y pense comme eux, qu’il s’exprime de même, & qu’il y donne précisément la description de ce qui se passe dans les opérations de l’élixir, qui est la fin de l’œuvre, comme il en fait la fin de son Ouvrage. […]

npc. avec les autres personnages nommés "Achille" dans la mythologie grecque :

● Fils de Gaïa qui persuada Héra d’accepter les avances de Zeus. Pour cela, Zeus lui promit que ceux qui porteraient son nom seraient célèbres.

● Précepteur de Chiron. C’est vraisemblablement en l’honneur de son maître que Chiron donna au héros le nom d’"Achille", lui qui auparavant se faisait appeler "Ligyron" {gémissements}.

● Fils de Zeus et Lamie d’une beauté si singulière que Pan le préféra à Aphrodite. Pour se venger, cette dernière le rendit éprit d’Écho et fit de lui un être hideux.

● Athénien, inventeur de l’ostracisme.

● Fils de Salatée, né avec les cheveux blancs.

Représentations postérieures


1635
Pierre Paul Rubens

1715
Nicolas Vleughels

1809
Antoine Quatremère de Quincy

1847
François-Léon Benouville

1866
Henri Regnault

1884
Ernst Gustav Herter