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Ankou
Oberour ar marv


1450 1455
Culture catholique bretonne (La Martyre)

1610 1620
Culture catholique bretonne (Landivisiau)

Contexte
Religion Folklore breton
Premières traces m.-IV (pierre funéraire du roi Hor-Aha)
Date de stabilisation XIV (Roman de Fauvel)
Zone de vénération Grande Bretagne et Armorique
Haut lieux de culte ➧ Yeun Elez (Monts d’Arrée)
Pays du Léon
Pays de Cornouailles
Jours Fastes 31 Décembre
Œuvres choisies
où mentionnées
Roman de Fauvel
Emprunts
P.Cel. : Dagda
Sucellos
Rapprochements
F.Irl. :➧ Cocher fantôme acéphale
Gardien du Cimetière
P.Gal. :Gwynn ap Nudd
P.Grc. :Charon
Atropos
P.Irl. :Labraid Loingsech
P.Scn. :Helhestr
Shi. :Shinigami
Vau. :Baron Samedi
Statut
Ordre Créature
Type Chthonien
Polarité Masculin
Qualité Psychopompe
Demeure ➧ Vagabond
➧ Enfers
➧ Forêt de Huelgoat
Physique ➧ Décharné ou squelettique,
➧ Habillé d’une cape ou un linceul
➧ Voûté, Sourire large
VéhiculeBag noz {Barque de la nuit}
Karrik {Charrette}
Attributs ➧ Maillet
➧ Massue
➧ Faux
Eau
➧ Nuit
➧ Glace
Relations Maître : La Mort
Caractéristiques
Calligraphie locale ➧ Ankoù
➧ Anghau
➧ Ankow
Transcription littérale
Brt. :Anken {angoisse}
Ankouaat {oublier}
Fonctions ➧ Moissonneur d’âmes, recueille les anaon
➧ Annonciateur de trépas
➧ Guide vers les enfers
Caractères ➧ Mort Dépouillement Fatalité
➧ Dissolution Obscurité Temporalité
Épithètes Oberour ar marv {ouvrier de la mort}

Mythes principaux

I. Invisible mais perceptible

► Le bruit des roues (? un rappel du char de combat de Labraid) est audible près de la maison de personnes qui vont passer de vie à trépas, rappelant les légendes fort répandues et tenaces des voyageurs fantômes ou le Cocher fantôme acéphale du folklore irlandais. Sa venue est annoncé par le cri de la fresaie ou frégasse (oiseau nocturne folklorique en lien avec la mort, souvent une chouette). Dans sa version maritime, il est dit que les jours de tempête, on peut entendre l’ankou rire aux éclats. Voir l’ankou de son vivant (ce qui est très rare, puisque les sons sont plutôt le medium privilégié) est un funeste présage et si il entre dans une maison ou touche un vivant de son contact glacé, ses jours sont comptés.

II. Terrifiant et omniprésent

► Dans son palais de la forêt de Huelgoat, l’ankou est éclairé des bougies qui sont aussi nombreuses que les vies Humaines qu’il peut souffler à volonté. Aussi, l’ankou inspirait une véritable terreur aux paysans bretons. Au mois de Novembre, on préparait un repas à l’ankou et à sa horde des morts, composé de crêpes, de cidre et de lait caillé que l’on disposait sur une nappe blanche. On accompagnait ce repas de musique. Les témoins assuraient voir les tabourets et les assiettes bouger tandis qu’un souffle froid était ressenti sur les nuques. Au chant du coq, le groupe spectral disparaissait.

► Lorsqu’on bâtissait une maison, l’usage était de faire traverser un animal ou de déposer un œuf couvé sur la première pierre du seuil. En effet, on estimait que l’ankou attendait que quelqu’un traverse le seuil nouvellement matérialisé pour l’emporter.

III. Origine

► Au sujet de son origine, l’ankou est parfois considéré comme un aristocrate ayant perdu un pari avec la mort. Dans sa version christianisée, l’ankou est un serviteur de Dieu qui, psychopompe, amène à son maître les Hommes dont l’heure est venue. Dans cette version, il est considéré comme un pénitent soit comme un fils d’Adam ou bien un blasphémateur. Sa nature varie selon les légendes : parfois il s’agit d’un mort-vivant, fantomatique ou non, d’autres fois c’est un démon.

Notes

I. Présence en pays celtiques

► Figure vraisemblablement issue de la mythologie celtique, il est populaire dans le folklore breton occidental, on le retrouve notamment dans les contes et légendes populaires ainsi que dans le statuaire et la peinture des églises et ossuaires de Basse-Bretagne. Il est également connu dans d’autres pays celtiques : Pays de Galles et Cornouailles et même jusque en Normandie. Cette entité a été popularisée par les légendes recueillies in Légende de la mort en Basse-Bretagne (1893, 2) d’Anatole Le Braz, réédité La légende de la mort chez les Bretons armoricains.

II. Nature

► Il est la Mort elle-même, le roi des morts puis simplement le serviteur de la Mort. Passeur, nocher ou conducteur, il erre la nuit sur les routes et conduit les anaon {âmes des morts} récemment décédés, à l’aide de sa bag noz {barque de la nuit}, de son karr {chariot}, sa karrik {charrette} ou même sa brouette, par delà le grand Océan de l’Ouest vers le Couchant. Son véhicule est invisible et il produit des grincements, une odeur de bougie, des tintements de clochette ou encore des voix ou un chant de coq étouffé. On raconte que son véhicule terrestre est tiré par deux ou quatre chevaux noirs ou blancs, recouverts ou non d’un linceul. En Bretagne orientale, le véhicule peut s’élever dans les airs et ce sont donc des oiseaux qui le tractent. Parfois, l’ankou est accompagné de deux acolytes squelettiques, le premier tient la bride du cheval de tête (figuré comme maigrelet tandis que le second est robuste) et l’autre ouvre les barrières et charge les corps.

La ballade de l’Ankou

Vieux et jeunes, suivez mon conseil. — Vous mettre sur vos gardes est mon dessein ; — Car le trépas approche, chaque jour, — Aussi bien pour l’un que pour l’autre.

— Qui es-tu ? dit Adam, — À te voir j’ai frayeur. — Terriblement tu es maigre et défait ; — Il n’y a pas une once de viande sur tes os !
— C’est moi l’Ankou, camarade ! — (C’est moi) qui planterai ma lance dans ton cœur ; — Moi, qui te ferai le sang aussi froid — Que le fer ou la pierre !
— Je suis riche en ce monde ; — Des biens, j’en ai à foison ; — Et si tu veux m’épargner, — Je t’en donnerai tant que tu voudras.
— Si je voulais écouter les gens, — Accepter d’eux un tribut, — (Ne fût-ce) qu’un demi-denier par personne, — Je serais opulent en richesses !
Mais je n’accepterai pas une épingle, — Et je ne ferai grâce à nul chrétien, — Car, ni à Jésus, ni à la Vierge, — Je n’ai fait grâce même.
Autrefois, les « pères anciens » — Restaient neuf cents ans sur la brèche. — Et cependant, vois, ils sont morts, — Jusqu’au dernier, voici longtemps !
Monseigneur saint Jean, l’ami de Dieu ; — Son père Jacob, qui le fut aussi ; — Moïse, pur et souverain ; — Tous, je les ai touchés de ma verge.
Pape ni cardinal je n’épargnerai ; — Des rois, (je n’en épargnerai) pas un, — Pas un roi, pas une reine, — Ni leurs princes, ni leurs princesses.
(Je n’épargnerai) archevêque, évêque, ni prêtres, — Nobles gentilshommes ni bourgeois, — Artisans ni marchands, — Ni pareillement, les laboureurs.
Il y a des jeunes gens de par le monde, — Qui se croient nerveux et agiles ; — Si je me rencontrais avec eux, — Ils me proposeraient la lutte.
Mais, ne t’y trompe point, l’ami ! — Je suis ton plus proche compagnon, — Celui qui est à ton côté, nuit et jour, — N’attendant que l’ordre de Dieu. N’attendant que l’ordre du Père Éternel !… Pauvre pécheur, je te viens appeler. — C’est moi l’Ankou, dont on ne se rachète point. — Qui se promène invisible à travers le monde ! — Du haut du Ménez, d’un seul coup de fusil, — Je tue cinq mille (hommes) en un tas !

(Chanté par Laur ar Junter. — Port-Blanc, août 1891. in Légende de la mort en Basse-Bretagne)

III. Attributs

► L’entité peut être soit représentée comme un homme grand et maigre soit comme un squelette. La tête de l’ankou peut s’élever et pivoter tout autour de son buste et ce afin de voir tous les mourants. En outre, il aiguise sur des os humains l’arme dont elle est parfois pourvu : maillet (investi d’un pouvoir semblable à la massue de Dagda ou au maillet de Sucellos), lance, épée et le plus récemment faux dont la lame peut être retournée, pointe en haut. On peut aussi le trouve avec des outils de fossoyeur comme la pelle, le pic ou la houe.

IV. Acceptation plus large

◆ Chaque paroisse avait son propre ankou dont la fonction était temporairement assurée, comme celle du gardien du cimetière du folklore irlandais, par la dernière personne à être décédée durant l’année et qui devenait l’ankou pour l’année suivante. Parfois, le premier mort de l’année en cours devient le commis de l’ankou et l’aide dans sa tâche. La personnalité de ces personnes de leur vivant influait sur celle de l’ankou. Dans la version maritime il s’agit plus précisément du dernier noyé de l’année.

↪ Aussi, le terme d’ankou peut être étendu aux gardiens fantomatiques, généralement squelettiques, qui sont associés aux cimetières en Europe. En ce sens, l’ankou est l’archétype du gardien de cimetière, entité anglo-saxonne partageant des caractéristiques avec l’ankou. Ce rôle de psychopompe et de gardien était originellement dévolu aux chefs de village décédés à qui l’on dédiait un culte et il est lié de façon plus antérieure à des traditions pré-chrétiennes où on sacrifiait volontairement un animal ou un humain afin d’élaborer magiquement une entité liée à un lieu. Dans cette acceptation étendue, on considère l’ankou comme un esprit qui veille sur les tombes présentes dans les cimetières et qui peut également apparaître au nom des morts pour poter leur message ou exercer leur vengeance.