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Carré Sator

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Données générales

Date de stabilisationLieu de la stabilisationLieu d’utilisation principalÉquivalents approximatifsÉléments d’ensemble
? I (Carré Sator de Pompéi)ItalieOccident= Chrisme
Svastika
Axe du monde
Écriture alphabétique (Latin)
Roue

Descriptions

Description et historique

► Déjà attesté par Pline, le Sator trouve sa source dans la pratique des carrés magiques astrologiques mais son origine historique ainsi que son sens demeurent incertains bien qu'il est raisonnable de penser qu’il soit d'origine gnostique sinon mithraïque.

↳ Il est composé de lettres réparties sur un carré de cinq pour un total de 25 cases, un N, deux E et S et quatre A, O, P, R et T. Il figure un palindrome (dit "écrevisse" en grec) continu et aux entrées multiples, c’est-à-dire que quelque soit l’un des quatre sens de lecture horizontaux et verticaux la succession SATOR AREPO TENET OPERA ROTAS apparaît, elle est de même toujours visible si on retourne le carré à 180°.

↳ Grâce aux caractéristiques morphologiques et syntaxiques du latin, le changement de sens de lecture des mots n’altère guère la signification si ce n’est au niveau emphatique. La série peut donc être également lue en boustrophédon, multipliant d’autant les sens possibles une fois traduite en français, mais dans ce cas on peut souligner que seul SATOR-ROTAS et TENET ont une place invariable : AREPO-OPERA étant alors un axe interchangeable, pris dans une boucle infinie.

↪ Combinant ainsi plusieurs caractéristiques remarquables tant dans le fond que dans la forme, il s’agit du carré magique le plus connu et le plus renommé ce qui à engendré durant les siècles, beaucoup de spéculations à son sujet dont on trouvera un résumé dans La formule magique SATOR AREPO ou ROTAS OPERA. Vieilles théories et faits nouveaux in. Recherches de science religieuse (25, pp. 188-225), Guillaume de Jerphanion, 1935. Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France et Le carré magique de Naomé in Le guetteur Wallon (59, 2), Marcel Pignolet, 1983. Lien vers l’œuvre.

► Ce carré est un probablement un signe de reconnaissance chrétien à l’instar de l’ichtus qui était utilisé afin de respecter l’arcane pour des raisons probablement tant initiatiques que sécuritaires.

↪ Sa plus ancienne représentation est celle de Pompéi dans la villa de Pasquius Proculus et ne peut donc être postérieure à 79 sauf à estimer comme Carcopino dans son Christianisme secret du « carré magique » qu’il s’agit d’un graffito. On en a retrouvé un nombre conséquent, principalement durant le moyen-âge et dans l’architecture chrétienne, en Angleterre, en France, en Espagne et en Italie mais aussi jusqu’en Suède (Inscription runique de Närke Fv1979 ;234 Lien vers l’œuvre), en Hongrie, ainsi qu’en Anatolie à Doura Europos.

↳ Notons que les occurrences du carré augmentant à l’époque romaine, c’est-à-dire vers la pm.III où les légions ont du participer à sa dissémination.

↳ Il est également notable que les plus anciens commencent par ROTAS alors que les plus récents démarrent eux par SATOR.

Significations

Magie

► Chargé d’un sens spirituel et mystique, on associa au carré divers effets magiques en Occident comme en Orient et en Afrique. En France on a notablement celui de faire accoucher une femme au travail au XIII, celui de protéger des incendies au XV et au XVI, où il est présent sur les talismans, on lui fait guérir les fièvres et la rage si l’on en croit une anecdote de Cardan dans son De rerum varietate qui impliquait la récitation de cinq Notre père.

Herméneutique

↪ Cette prière, le pasteur allemand Félix Grosser la retrouva lovée dans le carré, grâce à son ingénieuse révélation de l’anagramme :

● Les lettres une fois disposées en croix donnent deux fois "PATER NOSTER", auquel on ajoute également deux fois les lettres .

● Le mot central TENET fait par ailleurs figure de croix centrale et évoque l’axe et la structure du monde, maintenant sa cohésion, comme dans un calligramme des Louanges de la Sainte Croix.

● De plus chaque T du mot TENET est encadré par un A et un O comme afin de rappeler la position axiale de la croix dans le cosmos en figurant les quatre κέντρον (kentron) {Point (cardinaux de rotation)}.

↪ Le symbole présente aussi d’autres particularités graphiques et symboliques qui ont concouru à son succès :

● Réunies par un trait fictif, les consonnes forment une ancre ou un trident, si c’est les voyelles qu’on réunit, on obtient différentes crux dissimulata selon l’ordre et la façon par lesquels on les relie.

● Numérologiquement, on peut faire remarquer qu’a l’aide d’une réduction théosophique, la somme des lettres de chaque terme du carré égale 1.

● Les S et R positionné aux extrémités évoquent le Sauveur et le Rédempteur, alors que le N central rappelle נחש (nahash) {Serpent} draconique, gouffre de chute et scytale rédemptrice, renforçant l’aspect phylactérique de la figure dont le sens même est porteur d’évocation. Ce N central est également un axe de renversement où la terre et le ciel se touchent, puisque c’est à son niveau que les lettres du carré s’inversent, évoquant alors l’analogie inverse.

● Enfin, en lisant les lettres d’une manière spécifique on peut tel un jeu de l’esprit aux accents d’hermétisme, dévoiler autant d’autres sens. Par exemple, en tournant au lieu de lire en ligne droite, on peut trouver certains mots comme ARATOR {Laboureur} ou TENERA {Tendre}.

Individuellement

► Les significations de chaque mot sont les suivantes :

Sator : Laboureur, planteur ou semeur, créateur, progéniteur (au sens divin), père, auteur et fondateur. Épithète de Janus bifrons.

Arepo : Hapax d’une signification non identifiée, c’est principalement ce terme qui met en difficulté les traducteurs. Il s’agit peut-être d’un mot inventé pour faire fonctionner le carré en inversant simplement OPERA et faute d’un sens précis on pourrait le considérer comme un nom propre.

↳ On a néanmoins signalé sa similitude avec arripio {saisir}, venant de ad repo signifiant "ramper vers", "être humble" ou bien "être terre à terre" puis proposé qu’il serait la latinisation d’un terme étranger, notamment arepennis, latinisation d’un terme gaulois désignant une surface et qui nous a donné "arpent".

↳ Carcopino indique cette origine gauloise au terme : le mot charrue s’écrit Arepos (de l’adverbe "Arepu" i.e. "En avant", "au bout", "à l’extrémité" (en particulier d’un champ)) et les gaulois de la région de Lyon passent selon Pline, pour les inventeurs de l’outil agricole.

↳ Cette solution pourrait alors impliquer une pensée d’origine druidique, du moins celtico-chrétienne et faire allusion au tournant de la vie, au changement d’axe et à la mort, au tournoiement et au fait qu’il faut savoir rester droit et confiant malgré ce mouvement transformateur, mouvement d’ailleurs illustré par la circumambulation de SATOR-ROTAS dans l’enceinte extérieure du carré.

↳ D’autres ont proposé une origine alexandrienne en allusion à Apis ou à Harpocrate grâce à des rapprochements phonétiques. Pour des raisons symboliques, historiques et culturelles, ont à également voulu y voir une origine gnostique, reliée à un fond mithraïco-orphique ou pythagorico-hébraïque (en le connectant au char d’Ezechiel ou à l’autel des holocaustes).

↳ Certains enfin, voient en AREPO un acronyme comme "Aeternus Rex Excelsis Pater Omnipotens", une abréviation A.REP.O c’est-à-dire Ad Reparatio Optimus {Une restauration excellente}, un anagramme donnant alors PAREO {être visible, obéir à} ou APERO {se manifester} ou ôtent, ajoutent ou substituent même des caractères.

Tenet : Tient en main, en son pouvoir et possède, maintient et dirige, garde et préserve, comprend, réalise et maîtrise.

Opera : Œuvre et travail, avec diligence, dévouement et effort, puissance et moyens d’action dans le temps.

Rotas : Roues et véhicule, rotation, orbite et révolution.

Sources anciennes

► Une autre série d’éléments peut être également éclairante quant au sens symbolique des termes :

↳ Saint Irénée au II préconisait déjà la dévotion des cinq sommets de la croix où sont fichés les clous du martyr.

↳ Dans la gnosticisante Prière de la Vierge à Bartos on trouve Je te demande par les cinq clous qu’on a enfoncés dans ton corps sur la croix glorieuse : ce sont : Sator, Arepo, Tenet, Opéra, Rotas. (𝕍 Les Prières de la Vierge à Bartos et au Golgotha in La Haute science (II, 9, 10, 11, 12), René Basset, 1894)

↳ Et de même, lors de la période méso-byzantine, dans le De cerimoniis aulae Byzantinae ainsi que dans la "Chapelle souterraine de saint-eustache" à Gueurémé les bergers de la nativité sont nommés Sator, Arepon et Teneton et un manuscrit grec appartenant à l’électorat palatin rapporte de façon quelque peu confuse que les noms de baptême des rois mages sont Ator, Sator et Peratoras (𝕍 De rebus sacris et ecclesiasticis exercitationes (p.137), Isaac Casaubon, 1614 Lien vers l’œuvre).

↳ Kircher ne manquera pas de rapporter dans son Arithmologie que les chrétiens d’Éthiopie prononçaient les cinq mots du carré dédié au tétramorphe, qui sont en Guèze : ሣ ዲ ር (SADOR) {Ordre} correspondant à la blessure par la lance, አ ላ ዲ ር (ALADOR) {Adorer} (Clou de la main droite), ዳ ና ት (DANET) {Salut} (Clou de la main gauche), ADERA ou አ ደ ራ (KENAT) {Ardeur} (Clou du pied droit) et ሮ ዳ ስ (RODAS) {Jugement} (Pied gauche), on les retrouve en effet dans le Lefafa Sedek et peints sur les murs des églises rupestres de Lalibela, du reste on retrouvaient déjà ces incantations sur des amulettes coptes d’Égypte au IV.

↪ Ces considérations permettent ainsi de comparer le Sator à un pentagramme dont la tête est tournée vers son propre intérieur.

Traductions

► Les traductions et significations données au Sator sont nombreuses et multiples, impliquant différents considérations et méthodes, tant religieuses et mythologiques, qu’alchimiques et astrologiques, que symboliques, cabalistiques et numérologiques. Certaines traductions sont plus ou moins acrobatiques, combinent plusieurs techniques de décryptage et peuvent occulter en outre l’épineux AREPO, voir même AREPO et ROTAS en ne lisant qu’une partie grâce au boustrophédon. Voici quelques exemples :

● Le semeur est à la charrue, le travail (du labour) occupe les roues
● Le laboureur à sa charrue (en son champ) dirige les travaux
● Le laboureur Arepo utilise les roues comme forme de travail
● Le laboureur à sa charrue guide les travaux en tournant
● Le semeur (Arepo) tient (conduit) les roues par son travail (avec soin)
● Le semeur (veillant) à la (sa) charrue, tient avec soin ses roues
● Le semeur de sa charrue tient avec soin les roues
● Le semeur à sa charrue retient par son œuvre les roues
● Le semeur est à la charrue, le travail occupe les roues
● Le semeur Arepo fait tourner la roue au travail
● Le semeur Arepo maintient l’œuvre dans un mouvement circulaire
● Le semeur possède le fruit de ses œuvres
● Comme on sème on cueille / On récolte ce que l’on sème
● Le semeur tient ses œuvres / À chacun selon ses œuvres
● L’adepte au creuset utilise l’athanor
● Dieu dirige la création, le travail de l’homme et le produit de la terre
● Le créateur, par son caractère terre à terre, maintient l’œuvre de rotation
● Le semeur à sa croix retient le destin par son travail
● Le créateur se crucifie sur la croix des éléments et œuvre par cycle
● Le christ retient par son sacrifice les roues du destin
● Le sauveur sur sa croix est maître du destin par son sacrifice
● La puissance de Dieu maintient l’univers
● Le créateur depuis qu’a eu lieu une restauration parfaite, retient l’action du destin
● Dieu perdure dans son action
● Dieu dirige les œuvres (des Hommes) et les rouages (de l’Univers)
● Dieu gouvernant les éléments, dirige l’univers en le faisant persister

Conclusion

► Tout ces éléments et traductions permettent de mettre en valeur un fil symbolique : Un agent exerce avec diligence, maîtrise et patience un travail et un art de nature secret, transmissif et rotatif (sacrificatoire) sur un objet de vitalité brute et ce afin de le préserver en le révélant à lui-même par l’entremise d’une organisation permutative en quatre temps cycliques que l’objet doit conscientiser. Ainsi, il représente le mouvement éternel de la roue solaire qu’est le chrisme, l’explication de la fatalité de la volonté divine depuis le trône central, qui ondule sonoriquement entre les obstacles pour manifester sa volonté bonne et juste.

↳ Transposé graphiquement on peut voir la formule du carré prendre cette forme de roue où chaque terme s’annule lui-même jusqu’au vide-moyeu qui créer le mouvement dont elle a besoin pour devenir opérative.

↳ Le sens des mots utilisés dans le carré se met en rapport avec la nature en général et l’agriculture en particulier pour exprimer la création continue, semailles osiriaques dont la charrue céleste tiré par Oupouaout dans le Zodiaque de Denderah accomplit l’œuvre par l’harpé : noces cosmogoniques qui sont entremêlement rythmique de roues élémentaires ainsi que l’a poétisé Boèce : Ô toi qui gouvernes le monde par ton éternelle raison / Semeur des terres et du ciel, qui, depuis l’origine des âges, commande au temps […]