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Le livre des XXIV philosophes


AuteursDatesTypeLieuThèmes
? Victorinus Marius
𝔏 Hermès Trismégiste
? IVLittérature (herm.)? ItalieHermétisme

► La datation de l’ouvrage est peu claire. Si certains voient en lui un livre du IV, d’autres préfèrent le situer au XII. Quoiqu’il en soit on le tient pour inspiré du De philosophia d’Aristote, texte de jeunesse aujourd’hui perdu, d’influence platonicienne. A partir du XII on en attribue la rédaction à Hermès trismégiste. Le plus ancien manuscrit que nous possédions date du XII et est conservé à la Bibliothèque municipale de Laon.

► C’est maître Eckhart qui donnera un nom à ce texte jusqu’alors sans titre. On trouve aussi Livre des propositions ou des règles de la théologie. Il existe 22 manuscrits connus, de longueur variable.

► C’est dans cet ouvrage qu’apparaît pour première mention la célèbre formule : Dieu est la sphère infinie dont le centre est partout et la circonférence nulle part, popularisée par Rabelais et Pascal mais reprise antérieurement par une série prestigieuse d’auteurs : Alain de Lille, Guillaume d’Auvergne, Jean de Meung, Eckhart, Nicolas de Cues, Bruno et Fludd.

■ Comme le texte est court, nous avons simplement fait suivre la traduction après les aphorismes latins. Nous ne reproduisons pas le prologue, l’épilogue et les commentaires des sentences : nous n’avons pas trouvé de version qui soit libre de droit. Nous les traduirons dès que possible.

Traduction : du latin au français, UBI, XX.

Pour une traduction des commentaires des sentences, du prologue et de l’épilogue, 𝕍 Le Livre des XXIV philosophes, 1989, Françoise Hudry ou à défaut les versions anglaises disponibles sur la toile. Le texte en latin est disponible sur le site de l’Université de sciences appliquées d’Augsburg.

Pour plus de documentation, 𝕍 en outre la notice bibliographique Lien vers l’œuvre sur OpenEditions de Jean Stouff.

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I.
Deus est monos, monadem ex se gignens, in se unum reflectens ardorem.
{Dieu est l’unique, engendrant au dehors de lui-même l’unité, renvoyant sur lui-même un seul éclat de feu.}

II.
Deus est sphaera infinita cujus centrum est ubique, circumferentia vero nusquam.
{Dieu est une sphère sans limite, dont le centre est partout et la circonférence nulle part.}

III.
Deus est totus in quolibet sui.
{Dieu est tout entier en n’importe quel point de lui-même.}

IV.
Deus est mens orationem generans, continationem perseverans.
{Dieu est l’esprit qui engendre la raison et garde continuité avec elle.}

V.
Deus est quo nihil melius excogitari potest.
{Dieu est ce dont rien de meilleur ne se peut concevoir.}

VI.
Deus est cujus comperatione subtantia accidens est et accidens nihil.
{Dieu est celui en comparaison de qui la substance est accident et l’accident n’est rien.}

VII.
Deus est primum sine primatu, processus sine variatione et finis sine fine.
{Dieu est le premier sans primauté, la procession sans modification et la fin sans fin.}

VIII.
Deus est amor qui plus habitus magis latet.
{Dieu est l’amour qui plus on le possède, plus il se cache.}

IX.
Deus est soli praesens quicquid cujus temporis est.
{Dieu est, pour lui seul, le présent de tout ce qui appartient au temps.}

X.
Deus est cujus posse non numeratur, cujus esse non cauditur, cujus bonitas non terminatur.
{Dieu est celui dont le pouvoir n’est pas nombré, dont l’être n’est pas fermé, dont la bonté n’est pas bornée.}

XI.
Deus est superens, necesse, solus sibi habundanter, sufficiens.
{Dieu est au-dessus de l’étant, nécessaire, seul, à lui-même en abondance, en suffisance.}

XII.
Deus est, cuius voluntas deificae potentiae et sapientiae adaequatur.
{Dieu est celui dont la volonté est égale tant à la puissance qu’à la sagesse divine.}

XIII.
Deus est sempiternitas agens in se, sine divisione et habitu.
{Dieu est en soi perpétuité agissante, sans discontinuité ni disposition acquise.}

XIV.
Deus est oppositio nihil mediatione entis.
{Dieu est les opposés être et non-être en tant que médiation de ce qui est.}

XV.
Deus est vita, cuius via in formam est veritas, in unitatem bonitas.
{Dieu est la vie dont la voie vers la forme est l’unité, et vers l’unité la bonté.}

XVI.
Deus est, quem solum voces non significant propter excellentiam, nec mentes intelligunt propter dissimilitudinem.
{Dieu est ce que le propre du langage ne signifie pas à cause de son excellence, comme les esprits ne le saisissent pas à cause de sa dissemblance.}

XVII.
Deus est intellectus sui,solus praedicationem non recipiens.
{Dieu est intellect de lui-même, sans recevoir le propre du prédicat.}

XVIII.
Deus est sphaera cujus tot sunt circumferentiae quot puncta.
{Dieu est une sphère qui a autant de circonférences que de points.}

XIX.
Deus est semper movens immobilis.
{Dieu est immobile et meut toujours.}

XX.
Deus est, qui solus sui intellectu vivit.
{Dieu est le seul qui vit de la pensée de lui-même.}

XXI.
Deus est tenebra in anima post omnem lucem relicta.
{Dieu est ténèbre dans l’âme, celle qui reste après toute lumière.}

XXII.
Deus est, ex quo est quicquid est non partitione, per quem est non variatione, in quo est quod est non commixtione.
{Dieu est celui de qui est tout ce qui est, sans division ; grâce à qui cela est, sans modification ; en qui est ce qui est, sans composition.}

XXIII.
Deus est, qui verius cognoscitur quid non est, quam quid est.
{Dieu est celui que l’esprit apprend à connaître de sa seule ignorance.}

XIV.
Deus est, qui sola ignorantia mente cognoscitur.
(Redite de la définition précédente)