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Personnalités collectives (XII)

Floruit (pays actuels) :

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Raymond de Marseille  Entrée Data.Bnf
Astrologue 🞄 Christianisme (Catholicisme) 🞄 Saint-Empire romain germanique (Royaume d’Arles) | XII

► Astrologue dont on sait peu de chose sinon qu’il fut actif à Marseille en 1141. Influencé par Albumasar et al-Zarqālī, il traduit les travaux des arabes ntm. sur les tables astronomiques (Ad honorem et laudem nominis Dei…, 1141) et l’astrolabe (De compositionibus intrumentorum astronomicorum, Bnf Lat.10266 Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France). On lui attribue également, d’une part, un Liber judiciorum(1) — quoique certains proposent de donner la paternité à Jean de Séville — et, d’autre part, de façon plus molle, un ouvrage d’alchimie le Theorica occultorum(2), traduit par De Cues.



1. Qu’on trouve dans BNF lat.16208. Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France

2. Ex. in Ms.El.q.18 Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre bs. Bibliothèque universitaire et du land de Thuringe attr. à un "Ramundus civis Masiliensis".

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Haydar Qutb ad-Dīn
Mystique 🞄 Islam (Soufisme) 🞄 n. ? Sultanat de Roume fl. Califat abbasside | XII 1221

► Disciple de Ahmed Yasavi qui a fondé une tariqa qalandariyya dans le Khorassan. Les adeptes haydariyya pratiquent outre l’ascétisme, la consommation de cannabis.


🙟 1100   

Alain (de Lille)  Entrée Data.Bnf Entrée Arlima
Théologien, Mystique, Poète 🞄 Christianisme (Catholicisme:Cistercien) 🞄 Royaume de France | 1115 1202
Alanus magnus, Doctor universalis

I. Histoire et pensée

Reconnu pour son savoir encyclopédique par ses contemporains mais sa biographie, comme la plupart des auteurs antérieurs au bas Moyen Âge, reste obscure. Influencé par Apulée, Boèce, Capella et, d’une façon plus générale, Silvestre et l’École de Chartres, il estime le néoplatonisme ainsi que le néopythagorisme et réagit contre la scolastique de son temps en produisant une pensée syncrétique mêlant le rationalisme et la logique aristotélicienne avec la mystique dionysienne et érigéniste. Il connaît, le Liber de causis qu’il est le premier à citer ainsi que le Liber XXIV philosophorum dont il présente la première version connue et dont il fait remonter l’invention à Cicéron puis à la Métaphysique d’Aristote. Après des études à Paris, Montpellier et Chartres où il a sans doute été sous la direction d’Abélard, Thierry de Chartres et Gilbert de La Porrée, il enseigne la théologie à Paris, participe au Concile du Latran (1179), prêche notamment contre les cathares, puis rejoint les cisterciens à Cîteaux.

II. Œuvres

Connu pour ses poèmes de cosmologie allégoriques sur fond de naturalisme chrétien néoplatonicien : De Planctu naturae {La Complainte de la nature} d’abord, où il livre, en prose et vers, une allégorie de la nature, organisatrice de la matière de l’univers visible, ainsi que des vertus tandis qu’il expose les vices humains, soutenu dans son réquisitoire par la nature elle-même dont l’œuvre divine est déformée par les péchés de l’humanité. L’Anticlaudianus(1) ensuite, intégralement en vers, où la nature tient toujours le premier rôle et où il devise sur la perfection de l’âme humaine dans son activité intellectuelle effectuant une anabase vers Dieu(2) avec le concours des vertus et des arts libéraux et s’incarnant ensuite dans un corps à même de vaincre le mal. Ces œuvres ont influencé Jean de Meung, Dante et Chaucer. Il produit notablement des commentaires du Cantique des Cantiques et des des Prophéties de Merlin. Notez qu’un Dicta de Lapide Philosophico (1600) lui est attribué de façon pseudo-épigraphique(3).



1. Il y pastiche le In Rufinum de Claudien dans une intention polémique.

2. Il emprunte l’allégorie juive du char.

3. ? plutôt d’Albertus Cranzius d’après Fictuld.


🙟 1125   

Averroès [Rochd (Ibn)]  Entrée Data.BnfEntrée Encyclopedia (sélectionnée) Entrée Encyclopedia Britannica Entrée Internet Encyclopedia of Philosophy Entrée Stanford Encyclopedia of Philosophy
Philosophe, Théologien 🞄 Islam (Sunnisme, malikisme), Aristotélicien 🞄 n. Califat Almoravide, fl. Califat Almohade | 1126 1198

I. Histoire

► Issu d’une illustre famille de cadis, il reçoit une éducation riche et pointue, élargissant son savoir aux champs de la théologie, de la médecine, des mathématiques, de la jurisprudence et de la grammaire, faisant de lui un érudit; peut-être fut-il formé par Ibn Bajja ou du moins l’influença t-il. Averroès devient lui-même cadi de Séville (1169), puis grand cadi de Cordoue (1182). Grâce à l’intermédiaire d’Ibn Tufayl il est introduit à la jeune cour des Almohades en 1153, cour qui, dominée par Abd al-Mumin premier des Almohades, est alors fixée à Marrakech (elle quitte Tinmel en 1247). Il y obtient divers charges liées à la magistrature et à la médecine, domaine dans lequel il succède à Ibn Tufayl auprès d’Abu Yaqub Yusuf, fils d’Al-Mumin. Averroès développe également sa philosophie à la cour et intervient dans la réforme de l’éducation, mais, sous Abu Yusuf Yaqub al-Mansur, il est contraint à l’exil en 1195 par les tenants du malikisme alors puissants parmi le peuple, son enseignement, accusé de préférer l’exercice de la philosophie à celui de la religion, comme d’ailleurs l’étude de la philosophie toute entière, sera prohibé. Ces décisions ne seront que de courte durée et Averroès sera cependant réadmis à la cour peu avant sa mort.

II. Pensée

Particulièrement attaché à l’œuvre d’Aristote qu’il tente de relier au Coran, il est célèbre pour ses nombreux commentaires des ouvrages du Stagirite(1) qui furent commandités par son mécène Abu Yaqub Yusuf, il s’impose alors comme l’un de ses principaux commentateurs. Fort attaché à l’artistotélisme et à son naturalisme, critiquant d’ailleurs les interprétations d’Al-Fârâbî et Avicenne qui lui apparaissent trop marquées par l’idéalisme néoplatonicien, il estime même Aristote supérieur à Ptolémée en astronomie, et à Galien en médecine. Il commente aussi, en paraphrasant beaucoup, La République de Platon.

Logicien attaché aux démonstrations liées à la causalité, il subordonne la foi à la raison, quoiqu’il reconnaisse la distinction et l’indépendance entre les deux domaines, le premier s’occupant de sujets insolubles pour le second. Il estime cependant que la philosophie, démonstrative, est une excellente méthode pour investiguer les vérités coraniques et la plus excellente dans l’interprétation de la charia; aux théologiens reste la dialectique et au peuple, la rhétorique du mythe et de la poésie, images de la vérité pure. Du point de vu spéculatif, il critique l’émanationnisme et la psychologie d’Avicenne, estimant d’une part, que la matière est co-éternelle à Dieu et contenant les formes en puissance et demeurant, d’autre part, attaché à la thèse monopsychiste. Dans son Faṣl al-Maqāl {Traité décisif}, il explique en quoi l’exercice de la philosophie et de la raison peut être utile à la compréhension de l’islam, développant ainsi une théologie rationnelle. Dans son Tahāfut al-Tahāfut {L’Incoherence de l’Incoherence}, il défend également la philosophie en réfutant violemment les vues d’al-Ghazālī exprimées de son Tahāfut al-falāsifa {Incohérence des Philosophes} (1093).

III. Influence

➽ Averroès est sans doute le faylasūf le plus influent de tous : peu connu dans le monde musulman avant le XIX, l’averroïsme aura cependant une influence importante sur l’occident médiéval et renaissant et dans lequel il se développe à partir à l’Université de Paris de 1240 par le truchement de traductions hébraïques et latines. Averroès participe également à sa façon au regain d’intérêt de l’occident pour la philosophie grecque en général et dans la transmission du corpus aristotélicien en particulier, domaines qui étaient largement mis de cotés durant le Haut Moyen Âge. On trouve trace de cette influence en théologie et en philosophie (mais aussi dans l’hermésisme); l’introduction d’Averroes en occident et son influence durable, au détriment de celle d’Avicenne, donnera un élan considérable à la pensée rationnelle puis matérialiste à l’occident. Sa pensée est notablement critiqué par Aquin et, évidemment, le néoplatonisme florentin, qui tous sont opposés à sa thèse niant l’immortalité personnelle de l’âme par le biais de sa conception de l’intellect définissant au contraire l’impersonnel comme étant inengendré, incorruptible et immortel.

𝕍 Averroès chez les Latins. Vues cavalières sur la réception d’Averroès dans la scolastique latine médiévale in Horizons Maghrébins (40 pp. 21-32), Serge-Thomas Bonino, 1999. Lien vers le document sur Persée



1. En occident on le surnomme "le commentateur".

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Baqlī Rūzbehān  Entrée Data.Bnf
Mystique, Poète 🞄 Islam (Soufisme) 🞄 Califat abbasside | 1128 1209

Soufi chaféite important pour l’histoire de la mystique islamique iranienne, peu d’informations biographiques fiables sont cependant disponibles. Il expérimente ses premières extases dès trois ans et observe ses premières ascèses dès sept ans. Extatique, mettant l’emphase sur l’importance de l’amour, il est initié naqshbandiyya (Siddiqiyya à son époque) et est ainsi influencé par Hallaj, tout en rejetant le chiisme et le mutazilisme. Baqlī fonde une tariqa à Chiraz où, contrairement à bien des soufis, il s’investit dans la vie sociale de la ville, alors majoritairement sunnite.

↪ En effet, dans la seconde partie de sa vie, il mettra l’accent non plus sur l’amour mais sur la gnose ainsi que sur le rôle social et charismatique dont le saint doit s’investir. Son ordre se signalait par la pratique du jeûne, de la retraite et du dhikr. Il a rédigé, dans un style percutant, une cinquantaine d’ouvrages, la plupart en arabe, bien qu’il écrivit également en persan. Connu pour son Kashf al-asrâr {Le Dévoilement des secrets} (1189) qui combine autobiographie et visions. Sa tombe fut un lieu important de pèlerinage.

𝕍 En Islam iranien (III, pp. 9-146), 1972, Henry Corbin.

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ʿAṭṭār [Ibrahim Abu Bakr]  Entrée Data.BnfEntrée Encyclopædia Iranica
Poète, Mystique, Hagiographe 🞄 Islam (Soufisme) 🞄 Califat abbasside | 1145 1220

I. Histoire

► Étant discret sur sa propre personne dans ses écrits, on sait fort peu de choses certaines sur lui. Fils d’un apothicaire-parfumeur, il hérita lui-même du commerce de son père et comme beaucoup de soufis, obtînt son surnom selon son métier (ʿAṭṭār {le droguiste}). Étant jeune, il aurait beaucoup voyagé notamment en Asie centrale, au Moyen-orient, en Égypte et même en Inde mais ces faits sont probablement métaphoriques. Il aurait été le disciple de Majd al-Dîn Baghdâdî. Influencé par al-Hallaj, critique envers l’artistotélisme, ʿAṭṭār est un grand poète du soufisme, parvenant à combiner brillamment la métaphysique musulmane et de la poésie persane.

➽ Influence largement Rumi mais peu connu de son vivant.

II. Œuvres

◆ Il est l’auteur de nombreux mathnavis(1) mystiques, didactiques et parénétiques, mais est principalement connu pour sa Manṭiq al-ṭayr {Conférence des oiseaux} Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France allégorie du voyage spirituel narrant la quête d’oiseaux cherchant le Sīmorgh (i.e. phœnix) pour en faire leur roi, quête aboutissant, pour les trente oiseaux survivants, après avoir traversé sept vallées(2), à réaliser leur unité avec lui, unité dont la porte se trouvaient en leur propre sein(3). Avec son Tadhkirat al-Awliya {Biographies des saints}, il nous présente également la vie, les dits et les faits de soixante-douze soufis, il est d’ailleurs ntm. à l’origine de l’essentiel des sources hagiographiques dont nous disposons à propos de Rabia al Adawiyya.



1. Naturellement, on doute de l’attribution d’un bon nombre d’entre eux.

2. Ascèse, amour, connaissance, détachement, unité, stupéfaction et finalement anéantissement.

3. Sīmorgh signifie justement "trente oiseaux".

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Bai Yuchan
Ésotériste 🞄 Taoïsme 🞄 Dynastie Song | ? 1134 1222

Important patriarche de la secte 金丹派南宗 (Jindan pai nanzong) {Lignée méridionale de l’Élixir d’or}, essentiel pour le neidan en général et évidemment, l’École du Sud en particulier. Disciple de Chen Nan maître de la branche 清修派 (qingxiu pai) {cultivation pure} de cette même école. Peu de choses sont connues sur sa vie si ce n’est via des hagiographies lapidaires qui mentionnent son excentricité ainsi que son penchant artistique.

◆ Il est à l’origine d’un renouvellement de la liturgie au travers de nombreux rituels qu’il redéveloppe en puisant dans le chamanisme, l’interprétation néo-confucianiste du Yi-King et le chán. Il est également praticien des techniques magiques de la 大洞法籙 (dadong falu) {Grande caverne}, spécialement des exorcismes des 神霄雷法 (Shenxiao leifa) {Rites du céleste tonnerre divin} issus des rites tantriques(1), qu’il combinait avec la neidan. On lui attribue de nombreux poèmes et traités, son 玉樞經 (Yushu jing) {Livre du pivot de jade}, fondamental dans le taoïsme moderne, est une adaptation de la Perfection de sagesse du diamant coupeur. Il produit également des anthologies et commentaires notamment du Livre de la voie et de la vertu.

𝕍 A Daoist way of transcendence : Bai Yuchan’s inner alchemical thought and practice, Li Wang, 2004.



1. Ils sont connus du taoïsme par le truchement du Tiantai.


🙟 1150   

Roger de Hereford  Entrée Data.Bnf
Astrologue, Alchimiste 🞄 Christianisme (Catholicisme) 🞄 Royaume d’Angleterre | m.XII 1198

► Ou "Roger Infans". Sa biographie est largement lacunaire, son origine anglaise est elle-même incertaine. il est mentionné pour la première fois en 1176 et sans douté né au m.XII. Actif à l’École cathédrale de Hereford, connue pour son intérêt pour l’astrologie et proche d’Alexandre Neckam. Influencé par Raymond de Marseille et les auteurs arabes(1), il est connu pour son Judicial Astrology, qui, focalisé sur l’astrologie horaire(2) est en outre, le premier texte astrologique d’Angleterre. Également auteur d’un Computus autour de la révision du calendrier et d’un Liber de quatuor partibus judiciorum astronomice manifestement prisé des pédagogues. Il a enfin notablement adapté les Tables de Tolède à la suite de Robert de Chester, en 1178 et sur le méridien de Hereford. On lui attribue également un De Rebus metallicis et une glose sur Alphidius.



1. Au travers des traductions de Jean de Seville et Herman de Carinthie.

2. L’ouvrage contient vraisemblablement un horoscope d’Aliénor d’Aquitaine.


🙟 1175   

Buni (Al) Ahmad  Entrée Data.Bnf
Philosophe, Occultiste 🞄 Islam (Soufisme) 🞄 Califat Almohade (n. Souf, fl. Jérid) | 1150 1225

► Al-Buni est d’abord un voyageur. Il est né en Algérie, étudie le malikisme à Tunis, voyage en andalousie puis se rend en Égypte, y résidant un certain temps, mais aussi à La Mecque, Jérusalem, Damas et enfin Bagdad, villes où il rencontre des théologiens et mystiques musulmans. Il revient ensuite en Tunisie où il se fixe et rédige des ouvrages. La tradition lui attribue la rédaction du célébrissime كتاب شمس المعارف (Shams al-Ma’arif) {Soleil de la gnose}, du fait de la proximité des thématiques abordés avec ses traités authentiques, d’ailleurs également insérés dans l’œuvre. Il s’agit en effet d’un ouvrage de compilation hermétique, de nature encyclopédique et qui concerne la magie coranique populaire structurée autour de principes qabalistiques relatifs à la puissance occulte des noms divins, des verset du Coran et des lettres arabes.

↪ Il en existe plusieurs versions, dont une du XVI, largement augmentée(1), qui eut un succès considérable dans le monde arabe. À partir de ce succès, nombre d’apocryphes magico-divinatoires furent écrits en son nom et il se constitua un Buni mythique, à qui l’on attribua la découverte de la découverte et la traduction en arabe de la Table d’Émeraude. L’ouvrage influence notablement l’hurufisme et le babisme.

𝕍 Magie et religion dans l’œuvre de Muhiy Al-Dîn Al-Bûni in Horizons Maghrébins (1, 1 pp. 4-15), Pierre Lory, 1986 Lien vers le document sur Persée puis La magie des lettres dans le "Šams al-maʿarif" d’Al-Būnī in Bulletin d’études orientales (39-40 pp. 97-111), Pierre Lory, 1987-1988.



1. Dite Shams al-maʻārif al-kubrá wa-laṭāʼif al-ʻawārif Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur Internet Archive, à la BNF 𝕍 aussi l’Arabe 6681 Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France contenant seulement le début.

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Arabi (Ibn) Mohammad  Entrée Data.BnfEntrée Encyclopædia Iranica Entrée Encyclopedia (sélectionnée) Entrée Stanford Encyclopedia of Philosophy
Philosophe, Mystique, Poète 🞄 Islam (Soufisme) 🞄 n. Califat Almohade, fl. Sultanat Ayyoubide | 1165 1240

I. Histoire et pensée

► Il passe sa jeunesse à Séville où, issu d’une ancienne famille de militaires, il reçoit une excellente éducation, il est notamment attiré par le métier des armes. Appelé à la vie spirituelle à quinze ans au travers une vision spirituelle, il rencontre Averroès à Cordoue sur instigation de son père, proche du philosophe; et il est, dit-on, impressionné par sa maturité spirituelle. En 1194 il entame une série de voyages dans le monde musulman afin de s’instruire auprès de maîtres, d’abord en Espagne, puis dans le Maghreb et enfin, dès 1198, jusqu’au moyen-orient. Il se rend d’abord à La Mecque (1201) où il vit trois ans, puis l’Égypte, l’Anatolie(1), Bagdad, Alep et se fixe finalement à Damas après vingt-cinq ans de pérégrinations, en 1223.

◆ Ibn Arabi est influencé par al-Hallaj et le néoplatonisme islamique. Dans une exposition combinant théologie, philosophie et ésotérisme, il livre une vision moniste, émanationniste et courtoise du rapport ontologique de l’Homme à Dieu, rapport qui se veut d’essence naturel et universel. Usant simultanément de ˓aql {intellect} et khayál {imagination} il aboutit, au travers une mystique du voyage et la découverte de son ange, à la doctrine du al-wahda al-woujoûd {monisme existentialiste} qui s’exprime, au niveau humain, dans l’al-Insān al-Kāmil {L’Homme parfait}, possesseur des noms et dont Mahomet est l’archétype.

Il existe plusieurs papiers et ouvrages intéressants sur Ibn Arabi. 𝕍 déjà La Naissance d’un saint : de Murcie à la Mecque, l’itinéraire d’Ibn Arabî in Horizons Maghrébins (51 pp. 9-19), Claude Addas, 2004 Lien vers le document sur Persée, puis, Herméneutique et symbolique : le ta’wīl chez Ibn ‘Arabī et quelques auteurs antérieurs in Bulletin d’études orientales (58 pp. 351-384), Mohammed Chaouki Zine, 2008-2009 Lien vers le document sur OpenEditions puis Ibn ’Arabī: the doctrine of waḥdat al-wujūd in Islamic Studies (38, 2 pp. 149-192), Abdul Haq Ansari, 1999, puis enfin, L’Imagination créatrice dans le soufisme d’Ibn’ Arabî, Henry Corbin, 1993.

II. Œuvres et influence

➽ Ibn Arabi a beaucoup écrit(2), il est principalement connu pour ses imposantes et sophistiquées Al-Futūḥāt al-Makkiyyah {Révélations mecquoises}, qui influencèrent Lulle et contenant un exposé encyclopédique de l’ésotérisme musulman ainsi que pour ses plus raisonnables mais non moins synthétiques, hermétiques et matures Fuṣūṣ al-ḥikam {Gemmes de la sagesse} (1229). Il est encore l’auteur du Tarjumān al-ashwāq {Interprète des amours}, série de poèmes où il mêle l’amour humain(3) et l’amour divin qu’il éprouve envers Dieu. L’impact du muḥyīddīn {vivificateur de la religion} sur l’islam en général est important, spécialement au niveau métaphysique, quoiqu’il fut régulièrement critiqué par la pensée théologique orthodoxe qui voit dans la pensée d’Ibn Arabi, un panthéisme. L’influence que sa pensée a sur le soufisme est formidable, en particulier en Anatolie, en Iran, en Indonésie, ainsi que sur la ṭarīqa shādhilite.



1. Il y rencontre al-Qûnawî qui devient l’un de ses plus fervent disciple.

2. On lui attribue plus de 800 ouvrages, bien qu’environ la moitié soient apocryphes.

3. Qu’il éprouve pour Niẓām, une mecquoise qu’il considère comme une émanation de sophia, position que les commentateurs ont comparé à celle de Dante avec Béatrice.


🙟 1175   

François (d’Assise) [Pietro (di) Giovanni]  Entrée Data.BnfEntrée Catholic Encyclopedia Entrée Treccani (sélectionnée)
Mystique 🞄 Christianisme (Catholicisme:Franciscain) 🞄 États pontificaux | 1181 1226
Alter Christus, Père Séraphique | Saint de l’Église catholique romaine (1228, 4 Octobre)

I. Histoire

► Fils d’un drapier appartenant à la bourgeoisie urbaine aisée et en lien avec la France de par son métier(1) et son mariage. Le jeune François, dissipé mais généreux, est d’abord intéressé par la littérature courtoise provençale et la culture française des troubadours, inclinaison qu’il conservera toute sa vie et dont il porte la marque peu après sa naissance, son père le surnommant rapidement "Francesco" {Français}. Il veut d’abord effectuer une carrière militaire, devenir chevalier et épouser une gente dame. Cependant, il est poussé sur la voie spirituelle par divers évènements, intérieurs comme extérieurs(2), vivant une crise religieuse qui devra aboutir, en 1206 et contre l’avis de sa famille, au renoncement intégral de ses biens matériels dont il distribue la vente aux pauvres. Atteignant la réversion, il se fait, selon sa propre expression "chevalier de Dieu".

↪ Inspiré par Matthieu (X.7 et XIX.21) et Luc (IX.2) concernant la pauvreté, le prêche et le trésor céleste, il se met lui-même à prêcher, de façon itinérante, dans les villes et les villages, de façon ingénieuse en s’adaptant à ses auditeurs. Il sert également les malades dans les léproseries et travaille de ses mains pour subvenir à ses besoins. Bientôt, François est suivi par des disciples impressionnés par son zèle évangélique, son dynamisme et son charisme, disciples qu’il entraîne dans l’exercice de la charité et de l’amour du prochain(3) ainsi que sur la voie de la simplicité, de la pauvreté(4) et de l’humilité(5), qui sont pour lui des critères de sainteté et les vertus cardinales de son enseignement. Il envoie ses disciples prêcher dans l’Italie puis au-delà des frontières. Lui-même va en Espagne pour convertir les musulmans, puis, durant la Cinquième croisade (1217–1221), il tente de convertir Al-Kamil, sultan ayyoubide d’Égypte (reg. 1218-1238) et s’il ne parvient pas au terme de son projet, il obtient l’admiration du dirigeant et un sauf-conduit lui permettant de visiter la Palestine en sécurité.

II. Influence et pensée

► François fait accepter son ordre par Innocent III — d’abord prudent — en 1210. Après une version primitive très simple en 1209 et poussé par l’expansion très rapide du nombre de membres, il institue la première règle officielle en 1221, plus détaillée, qu’Honorius III accepte en 1223. Ainsi, François est le fondateur de l’ordre des Frères mineurs, mais aussi celui des Pauvres dames et du Tiers-Ordre franciscain(6); ses membres étant plus connus sous le nom de franciscains(7), et clarisses. La fin de sa vie, détaché progressivement, dès 1220, des fonctions officielles au sein de l’ordre qu’il a crée, est solitaire et de nature érémitique, il meurt aveugle. Instigateur d’un renouveau spirituel fondamental dans l’histoire du christianisme, considéré comme l’un des saints et mystique les plus importants de l’histoire de l’Église, il est canonisé rapidement, en 1228. Les Vies de François écrites après sa mort furent nombreuses, le décrivant sous des jours présentant des différences notables(8), en conséquence, une version définitive fut fixée par Bonaventure en 1266. Ces Vies rendent cependant toutes compte d’une dévotion pour les faits merveilleux liés à sa sainteté(9) ainsi que de plusieurs évènements sans doute hagiographiques, obscurcissant le personnage historique.

Ouvert à la jubilation procurée par l’existence, attaché à l’incarnation dans le monde et à l’idéal du prêche par l’exemple, François prend à contre-pied son époque et se révèle anticonformiste. La nature revêt pour lui, une importante particulière, considérant qu’elle est le miroir de Dieu et que, tout comme l’Homme, elle est aussi une de ses créations et mérite donc, elle aussi, de la considération. Célèbre est l’histoire où il prêche aux oiseaux et son illustre Laudes creaturarum, canticum fratris solis {Cantique de frère soleil} (1224-1225)(10), qualifie le soleil, les étoiles et la lune, l’eau et le vent, comme ses frères et sœurs. Il fait également écrire un court Testament, de nature spirituelle et destiné à ses frères, peu avant son décès, en 1226. Particulièrement attaché la figure du Christ dont il brûle de suivre l’exemple, non plus seulement symbolique mais concrètement et dans sa chaire, il est le premier saint de l’histoire à recevoir des stigmates en 1224(11).

Cantique des créatures (Cantique de frère Soleil)
(trad. du Couvent de Canclaux (2018) depuis le texte ombrien du manuscrit 338 de la Bibliothèque communale d’Assise)

Très Haut, Tout Puissant et bon Seigneur,
à toi sont les louanges, la gloire, l’honneur, et toute bénédiction ;
à toi seul, Très-Haut, ils conviennent,
et nul homme n’est digne de te nommer.

Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures,
spécialement messire le frère Soleil,
lequel est le jour, et tu nous illumines par lui.
Et lui, il est beau et rayonnant avec grande splendeur :
de toi, Très-Haut, il porte signification.

Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur Lune et les Étoiles :
dans le ciel tu les as formées claires et précieuses et belles.

Loué sois-tu, mon Seigneur, par frère Vent
et par l’Air et le Nuage et le Ciel serein et tout temps,
par lesquels à tes créatures tu donnes sustentation.

Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur Eau,
laquelle est très utile et humble, précieuse et chaste.

Loué sois-tu, mon Seigneur, par frère Feu
par lequel tu illumines la nuit,
et lui, il est beau et joyeux, robuste et fort.

Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur mère Terre,
laquelle nous sustente et gouverne
et produit divers fruits avec les fleurs colorées et l’herbe.

Loué sois-tu, mon Seigneur,
par ceux qui pardonnent par ton amour
et soutiennent maladies et tribulations.
Bienheureux ceux qui les supporteront en paix, car par toi, Très-Haut, ils seront couronnés.

Loué sois-tu, mon Seigneur, par notre sœur Mort corporelle
à laquelle nul homme vivant ne peut échapper.
Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels !
Bienheureux ceux qu’elle trouvera en tes très saintes volontés,
car la seconde mort ne leur fera pas mal.

Louez et bénissez mon Seigneur,
rendez grâces et servez-le avec grande humilité !



1. Le français est d’ailleurs, à cette époque, la langue du commerce international.

2. Guerre, captivité, maladies mais aussi visions.

3. À une époque où les affrontements étaient monnaie courante, notamment entre rois ou contre les infidèles, musulmans ou cathares.

4. Les franciscains en effet, s’habillent tous d’une bure non teinte, d’une simple corde pour ceinture et marchaient pieds nus. Mendiants, ils ne vivent que du travail manuel et de l’aumône, en nature.

5. François valorise les pauvres et les faibles et se méfie tout ce qui donne du pouvoir : érudition livresque et argent.

6. D’abord Frères et sœurs de l’Ordre de la Pénitence.

7. Ou cordeliers.

8. Des dissensions faisaient déjà jour dans l’ordre sur de nombreux points, notamment la question de la pauvreté intégrale, difficile à suivre pour beaucoup de frères. En fait, très rapidement, les interprétations quant au sens de l’enseignement de François d’Assise et de son enseignement font débat, encouragé par l’hétérogénéité sociale et culturelle de ses membres.

9. Visions, guérisons, bilocation, lévitation…

10. Œuvre majeure de la poésie italienne et, François se voulant accessible, premier poème en italien ancien (dialecte ombrien « Volgare »), 𝕍 le texte tout de suite après.

11. Le sujet n’est pas nouveau et des religieux témoignèrent déjà de blessures et de marques mais elles furent attribuées au Diable.

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Shams (de Tabriz)  Entrée Data.Bnf
Poète 🞄 Islam (Soufisme) 🞄 Califat abbasside | 1185 1247

Sunnite chafiite, dernier derviche errant, maître de Rûmî, loué par ce dernier dans le Diwan-i Shams-i Tabrīzī (Divân de Shams de Tabriz). Sa biographie est mal connue.

↪ Plusieurs traditions orales rapportent la rencontre merveilleuse entre Shams et Rumi(1), leur entrevue durant 40 jours à Konya avant son départ pour Damas et on raconte encore également que Shams aurait été tué par des disciples de Rumi. On trouve sa tombe à Khoy (Iran, Azerbaïdjan occidental). Auteur d’un مقالات شمس تبريزي (Maqalat-e Shams-e Tabrizi) {Dits de Shams de Tabriz}, la tradition lui attribue en outre un corpus poétique dont les véritables auteurs sont inconnus.

◆ Parfois confondu l’imam ismaélien du même nom dans les traditions orales des nezāris. Ce dernier vivait clandestinement en Azerbaïdjan(2) car il fut le seul fils survivant du dernier seigneur d’Alamut, tué par les mongols.



1. Où Rumi se comporte comme un cuistre avec Shams mais est subjugué par un miracle où notamment, ses livres prennent subitement feu ou sont jetés dans l’eau puis retrouvés secs.

2. Souvent déguisé en brodeur ou en soufi.

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Thibaut de Langres  Entrée Data.Bnf
Théologien 🞄 Christianisme (Catholicisme:Cistercien) 🞄 Royaume de France | f.XII m.XIII

Magister séculier et chanoine cistercien de la Cathédrale de Langres. Nous intéresse pour son De Quattuor modis quibus significationes numerorum aperiuntur (f.XII)(1), où, dans la lignée de Hugues de Saint-Victor et héritier de ses contemporains et coreligionnaires Odon de Morimond, Geoffroy d’Auxerre et Guillaume d’Auberive, il expose une somme relative aux lois afférentes au symbolisme des nombres.

𝕍 donc Le Symbolisme des nombres à l’époque romane in Cahiers de Civilisation Médiévale (4, 14 pp. 159-169), Guy Beaujouan, 1961. Lien vers le document sur Persée



1. 𝕍 Latin 14444 Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France bs. Bibliothèque Nationale de France, trad. fra. Traité sur le symbolisme des nombres.

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Joannes de Sacrobosco  Entrée Data.Bnf Entrée Arlima
Astrologue 🞄 Christianisme (Catholicisme) 🞄 Royaume d’Angleterre | f.XII m.XIII

► On sait peu de choses certaines sur sa vie. Né certainement en Angleterre et étudiant à Oxford, il arrive à la Sorbonne en 1221 et devient professeur.

Principalement connu pour son De Sphaera mundi (1230), ouvrage d’introduction et de synthèse à l’astronomie. Cet ouvrage est largement inspiré de l’Almageste, quoique incorporant vis à vis de ce dernier les avancées de l’astronomie arabe. Joannes est par ailleurs un des premiers à intégrer les avancées orientales à la science occidentale. L’influence de cet ouvrage fut prépondérant dans les facultés européennes durant la période pré-copernicienne et en tant quel tel, il fut le premier ouvrage d’astronomie imprimé, en 1472.

◆ Il est aussi connu pour son De Anni Ratione (1235), où il fait remarquer le décalage de dix jours du calendrier julien.

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Guillaume d’Auvergne  Entrée Data.Bnf Entrée Arlima
Théologien 🞄 Christianisme (Catholicisme) 🞄 Royaume de France | 1190 1249

► Montluisant prétend qu’il se serait intéressé à l’alchimie : il le suppose auteur du Portail du Jugement Dernier de Notre-Dame de Paris.

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Vincent (de Beauvais)  Entrée Data.Bnf Entrée Arlima
Théologien, Encyclopédiste 🞄 Christianisme (Catholicisme:Dominicain) 🞄 Royaume de France | 1190 1264

► Peu de choses sont connues sur le liborum helluo {dévoreur de livres}. Entré chez les dominicains vers 1220, il est lecteur à l’Abbaye de Royaumont. Chapelain et pour ainsi dire bibliothécaire de son mécène Saint Louis dès les environs de 1250, il est aussi le précepteur des enfants royaux et son conseiller. Par l’intermédiaire du soutien financier du roi, Vincent est l’auteur du fameux Speculum majus (1244, aussi Bibliotheca Mundi), plus importante production de la littérature des miroirs.

↪ L’œuvre encyclopédique et monumentale(1), aborde de façon systématique(2) et pédagogique l’essentiel des branches du savoir médiéval occidental d’alors et cela en trois parties : Speculum naturale(3), Speculum doctrinale(4) et Speculum historiale où Vincent expose l’histoire depuis la création du monde. En outre, il indique ses sources, hiérarchise ces dernières et offre notablement une bonne place aux intellectuels gréco-romains : Aristote, Hippocrate, Cicéron… Cette œuvre au succès considérable — la partie historique en particulier — fit l’objet d’adjonctions jusqu’à la renaissance : une partie morale est ajoutée au XIV par un auteur anonyme et du reste, l’œuvre est appréciée des humanistes italiens et fera l’objet d’une traduction française en 1328.

➽ Influence Chaucer.

𝕍 Vincent de Beauvais et l’histoire du Speculum Maius in Journal des savants (1-2 pp. 97-124), Monique Paulmier-Foucart & Serge Lusignan, 1990. Lien vers le document sur Persée



1. Sa taille de 80 livres, qu’il rédige durant 24 ans, reste impressionnante jusqu’au XVIII.

2. Il dispose même d’un index rudimentaire.

3. Théologie, physique, sciences naturelles…

4. Philosophie, poésie, mathématiques, médecine, jurisprudence…