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Philon d’Alexandrie

Données générales

PériodeLieu
GénéralIÉgypte
Naissance -20Alexandrie, Égypte
Décès 45 ( 65 ans)Alexandrie, Égypte
Cause
Inhumation
Information inconnue
Alexandrie, Égypte

DomaineCourantOrdre
Métaphysique
Morale
Théologie
Judaïsme
Médio-platonisme
Médio-stoïcisme
Néo-pythagorisme
Information inconnue

RelationsNom
Influence
ParStoïcisme
Moïse
Platon
Pythagore
SurNéo-platonisme
Pères de l’Eglise
Ambroise de Milan
Clément d’Alexandrie
Moïse Maïmonide
Origène
Plotin

Repères biographiques

► Philosophe juif de la diaspora grecque, Philon était contemporain de Jésus et des premiers chrétiens. Jérôme indique qu’il serait issu d’une lignée sacerdotale et d’une famille engagée dans le commerce et la politique. Il préfère suivre un cursus philosophique. Prenant modèle sur la mode de vie des Thérapeutes du lac Maréotis, il continue néanmoins à prêcher à Alexandrie. Il s’efforça d’helléniser le judaïsme tout en restant orthodoxe. Ses recherches avaient un but politique : celle de faire reconnaître la citoyenneté romaine des juifs au sein de la société alexandrienne. Sa pensée universaliste se situe au carrefour des influences romaines, grecques et juives : il lit la mythologie par l’intermédiaire de la foi biblique et renforce sa foi des spéculations présocratiques et platoniciennes. Pourtant, Philon est un rabbin libéral, mais pas un syncrétiste : malgré sa formation à la philosophie grecque, il se pense comme juif et devra à plusieurs reprises défendre son peuple contre l’administration romaine d’Alexandrie, alors hostile aux juifs comme dans son Apologie pour les juifs. On n’a que peu d’informations sur la fin de sa vie. Son œuvre importante sera par la suite abondamment commentée.

Enraciné dans la mystique et la foi judaïque, Philon prend également comme tuteur la philosophie grecque, qui est alors au travers du platonisme, un modèle de pensée métaphysique. Il s’occupa, accompagné d’une lecture allégorique de l’Ancien Testament et d’une certaine souplesse philosophique, de démontrer la complémentarité de la Révélation mosaïque d’une part avec le médio-platonisme et le médio-stoïcisme d’autre part. Ou mieux encore, faire de Moïse l’inspirateur des philosophes grecs en démontrant la concorde des vérités et valeurs des deux systèmes. Estimant la philosophie païenne de son époque rétrograde, son ambition était de réformer la philosophie grecque en la conformant aux exigences de l’exégèse biblique.

◆ Dans son anthropologie mystique qui doit autant au Talmud et au Midrash qu’au platonisme, au pythagorisme et à la mythologie grecque, il attribue à l’Homme une double nature, spirituelle et matérielle. Pour lui, l’âme est déchue et exilée, prisonnière des corps, et elle doit se réincarner successivement jusqu’à sa purification. Plotin s’inspira des travaux de Philon et son commentaire allégorique de la Genèse et de la loi mosaïque aura influencé les Pères de l’Église.

■ La position de Philon dans l’histoire des idées, intermédiaire à bien des égards, créer encore le débat parmi les spécialistes.

● Goodenough avec son Mystic Gospel of Hellenistic Judaïsm est favorable à une thèse selon laquelle le mysticisme grec, nourrit le judaïsme hellénisé d’alors et dont Philon est le représentant.

● Mais des opposants à cette thèse estiment que malgré le contexte culturel dans lequel il évolue et le vocabulaire qu’il emploie, il ne faut pas penser que Philon est gnostique ou ésotériste : son soucis était avant tout de défendre et promouvoir le judaïsme auprès d’une part des juifs influencés par la culture alexandrienne et d’autre part, auprès de courants religieux alors puissants qu’étaient les mystères.

↳ En cela, il suivrait une tendance platonicienne, où les notions mystériques questionnent un système de pensée plus qu’elles nourrissent son développement et où le vocabulaire proprement mystérique devient un outil rhétorique. Si Philon estime les cérémonies des Thérapeutes, dans son témoignage bien connu de la De la vie contemplative où il semble vouloir rapprocher leur piété de celle des pythagoriciens, il décrit en revanche les mystères comme pleins de débauche, dirigés par des personnes intéressées dans un coupable secret.

● Pourtant Philon parle également dans son Des chérubins de mystères divins seulement accessibles aux initiés, mystères qu’ils doivent tenir sous silence et entretenir par la contemplation. Dieu étant chez lui absolument transcendant, cette ascèse permet néanmoins la réception d’une intuition débouchant sur l’exégèse allégorique des textes sacrés. De plus, Philon admet l’existence d’intermédiaires entre Dieu, la nature et l’âme humaine et développe une angélologie proche de l’arithmologie pythagoricienne où les anges sont conçus comme émanation active du logos et préposés à la formation et au maintient de la création et de ses créatures, ainsi qu’a la responsabilité d’intermédiaires entre Dieu et l’Homme en transmettant les visions et les prières. Pour Philon, le logos, qui n’est pas une hypostase divine, possède trois modalités d’existence : incrée, c’est le noûs des écrits hermétiques, manifesté, il se fait garant de l’harmonie de la création et enfin immanent, il imprime son action aux créatures douées de raison. Ces éléments et modes de pensée témoignent de caractéristiques ésotériques et amènent donc certains interprètes de sa pensée à voir en Philon le promoteur d’un ésotérisme juif et partant, d’être la première source intellectuelle de la kabbale, bien que sa conception du logos, sur lequel repose sa théosophie, soit dépourvue d’émanationisme. De plus, sa pensée sur le logos influencera les chrétiens dans leur théologie du verbe et on reconnaît dans son anthropologie mystique, un lointain précurseur de Pasqually.

Sur cette question 𝕍 Mystères et initiation chez Philon d’Alexandrie, in Esotérisme et Initiation, Etudes d’épistémologie et d’histoire des religions (1, éd.2, pp.97-109), Alexandre D’Helt, 2011. Lien vers l’œuvre

𝕍 en général Philon d’Alexandrie, Jean Daniélou, 1958.

Œuvres choisies

  • De la fabrication du monde {De opificio mundi}, I.
  • Des chérubins {De Cherubim}, I.
  • Des rêves {De somniis}, I.
  • De la vie contemplative {De Vita Contemplativa}, I.

Citations

Ceux qui embrassent la vie des Thérapeutes ne cèdent ni à la coutume, ni à l’influence des conseils, mais à l’entraînement de l’amour céleste […] La pensée de Dieu leur est toujours présente, au point que, même dans leurs songes, ils n’aperçoivent rien autre chose que les beautés des Vertus de Dieu et de ses Puissances. Beaucoup d’entre eux parlent durant le sommeil et reçoivent en songe la révélation des plus hauts enseignements de la science sacrée.
De la vie contemplative