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Álfar
Fylgja


1850
Nils Johan Olsson Blommér

1866
August Malmström

1895
Karl Diefenbach

1908
Edward Hughes

XX
Hans Zatzka
Contexte
Religion Polythéisme Nordique
Premières traces av.VI (Animisme nordique)
Date de stabilisation XIII (Edda poétique)
Zone de vénération Scandinavie, Germania Magna, Grande-Bretagne, Islande
Hauts lieux de culte ➧ Forêts
➧ Sépultures
Fêtes consacréesÁlfablót (Solstice d’hiver)
Jól (Noël)
Œuvres choisies
où mentionnées
Helgakviða Hjörvarðssonar
Heimskringla
Grímnismál
Saga des Völsung (Islande)
Edda prosaïque (Snorri Sturluson)
EmpruntsAnimisme germanique
InfluenceChr. : Anges
Rapprochements
F.Eur. :Fées
➧ Sorcières
P.Arb. :Djinns
P.Egy. :Akhou
Heka, Shout, Ka, Ba
P.Cel. :Aes sídhe
P.Fin. :Haltija
P.Grc. :Daímones
Nymphes
➧ Satyres
➧ Sirènes
P.Irl. :Sluagh
Banshee
P.Rom. :Angerona
➧ Mânes
P.Slv. :Roussalki
Mzd. :Fravashi
Occ. :Élémental
Véd. :Ribhus
Statut
Ordre Esprit
Type Céleste
Polarité Variable
Qualité Psychopompe
DemeureÁlfheim (Elfhame)
Svartalfheim
Gimlé
Sídh
Physique ➧ Le plus souvent invisible
➧ Humanoïdes fin, sveltes et très blanc (Ljósálfar)
➧ Peuvent désigner la dépouille des morts enterrés (Svartálfar)
➧ Parfois représentés par des abeilles
AttributsArc, Flèches
Sur-groupe Peuple invisible
Sous-groupesLjósálfar {Elfes Lumineux}
Landvaettir {dieux tutélaires du sol}
Dökkálfar {Elfes Sombres} (confondu avec les Dvergar)
Svartálfar {Elfes Noires} (confondu avec les Dvergar)
Relations
Compagnons :Ases
Maître :Freyr
Hreiðmarr
Roi : Alberich (Chanson des Nibelungen)
Proche : Völund (Völundarkviða)
Caractéristiques
Calligraphie localeNor. : Álfar
Romanisation ➧ Alfes
➧ Elfes
Transcription
littérale
P.Nor. Albar {Blanc}
Caractères ➧ Gloire Chance Savoir
➧ Mort Destin Mémoire
➧ Air Guide Protection
Fonctions ➧ Détiennent le savoirs des ancêtres
➧ Protègent l’Homme honorable (Hymingja)
➧ Véhicule les esprits d’une vie à une autre
➧ Organisent les forces de la fertilité et de la fécondité
Épithètes
P.Nor. : Fylgja {Guides, Gardiens}
Vardøger {Protecteurs}

Notes

I. Álfar et culte des morts

► Pour comprendre la nature des alfes, il faut appréhender l’idée de la métempsycose telle que largement admise par les anciens peuples germanique et plus généralement européens. Les álfar (alfes ou elfes) apparaissent sous plusieurs angles, soit :

Comme étant l’esprit d’un mort, on parle alors de ljósálfar {alfes lumineux}. Étymologiquement, ljósálfar signifie "blanc lumineux". La lumière étant l’émanation du divin, on comprend ainsi qu’il s’agit de la part divine et spirituelle du mort, c’est à dire son esprit, résidant à Alfheim, ou règne Freyr l’ase de la vie et de la paix. Ainsi l’esprit du mort continue à subsister en reposant dans le doux royaume de Freyr. L’on pense, s’agissant des morts, que le blanc était considéré comme la couleur la plus pure, et qu’ainsi les morts étaient qualifiés d’esprits purifiés, c’est-à-dire d’ancêtres dont seul les traits et actes les plus respectueux sont retenus au fil du temps. C’est peut-être pour cette raison que l’on revêtissait le mort d’un drap blanc.

Comme le corps du mort reposant dans une sépulture, on parle alors de dökkálfar {alfes sombres} ou de svartálfar {alfes noirs}. Dökkálfar signifie étymologiquement "blanc sombres". Ici la noirceur désigne l’oubli, les ténèbres envahissant la mémoire des hommes et la matière morte. Ainsi l’alfe sombre est la part matérielle du mort en cours de putréfaction qui est restée sur terre, ou plus précisément sous terre, à Svartálfheim, ou Niðavellir, la demeure des dvergar (les nains), gardiens des richesses souterraines et détenteur des plus vieux secrets du monde. La sépulture du mort contenant le cadavre mais aussi les biens les plus précieux de la personne est donc gardée par les très sages dvergar.

Comme la gloire d’un ancêtre, ancêtre qui est reconnu par un vivant qui s’approprie ou se réapproprie sa gloire, ou hymingja {honneur/chance divine}

Sturlusson, vraisemblablement par l’intermédiaire de l’influence biblique, décrit les ljósálfar comme étant plus clair que le soleil et les svartálfar comme plus terne que la poix (proches des nains ou des landvaettir si ce n’est identifiés), il y a ainsi une opposition extrême entre les deux entités bien qu’elles soient toutes les deux considérées comme des álfar {blancs} (issu du P.Ger. albaz en relation avec le préfixe PIE. alba- "blanc"). L’alfe noir (la mémoire) et l’alfe blanc (l’esprit) sont d’abord totalement séparés l’un de l’autre, jusqu’au réveil de l’alfe blanc qui resurgit dans une nouvelle vie humaine. L’homme réincarné, aura comme devoir, par son intuition (c’est à dire l’impulsion de son esprit, son alfe) de se reconnaître, de retrouver sa mémoire, parmi les personnages des histoires contés par les sages racontant la gloire des siens. S’il s’est assurément reconnu, il s’apprêtera alors à contacter les dvergar avec l’idée de leur prouver son identité par une initiation et/ou en leur délivrant le mot de passe dont il devait se souvenir. Si l’opération réussi, l’homme peut ainsi ouvrir la tombe de l’ancêtre qui est désormais considéré comme lui-même, retrouver sa mémoire spirituelle (l’alfe noire) au travers des objets ou du squelette conservés. L’alfe noir et l’alfe blanc étant de nouveau réunis, l’homme reprend ainsi son destin en main. Il marche de nouveau sous l’hymingja, c’est à dire sous la protection des ases qui le reconnaissent comme homme illustre. Ce concept d’hymingja peut être comparé au akh des anciens égyptiens

◆ Nous pouvons ici faire une analogie avec la doctrine alchimique et la symbolique qu’elle véhicule au travers des trois couleurs du grand-œuvre : le noir, le blanc, le rouge.

● L’œuvre au noir, la putréfaction ou gel de la matière, correspondant au ciel nocturne dans la cosmologie indo-européenne,
● L’œuvre au blanc, la purification de l’esprit, correspondant au ciel diurne,
● L’œuvre au rouge, la réincrudation de la matière par l’esprit, correspondant au ciel auroral ou crépusculaire.

II. Statut chez les scandinaves

► Dans les poèmes scandinaves, les álfar sont des vættir {être surnaturels} dont la nature n’est pas aisément identifiable. Ce sont des divinités inférieures ou semi-divine, esprits divinisés d’ancêtres méritants ou simplement génies. Ce sont des entités spirituelles de nature ignées et aériennes issues de l’eau céleste ; Solaires, ils sont composés de lumière (le kenning "Álfröðull" {disque elfique} désignant le chariot de Sól rend spécialement compte de cette association). Ils sont sans doute, la manifestation de l’activité des divinités, leurs serviteurs. Ce sont des magiciens, d’habiles ouvriers et ils sont forts d’une grand beauté, voir d’un charme sulfureux. Nombre de légendes (le motif se transposera dans la littérature) rendent compte en effet d’une relation entre humain et elfe et dont le dénouement est fréquemment tragique. Ce sont les intermédiaires entre les dieux et les Hommes, sorte d’anges païens (quoique sexuellement différenciés).

↪ Dans les textes, ils sont constamment liés aux Ases (les formules allitérées Æsir ok Álfar {Ases et elfes} revient fréquemment dans les poèmes eddiques) et aux Vanes de qui ils ne sont pas si aisément différenciables. S’ils causent des maladies, ils peuvent aussi guérir (comme en témoignent les nombreuses älvstenar {pierres aux alfes} ou älvkvarnar {meules aux alfes}) et assister les femmes en couche si les offrandes appropriées leur sont destinées (Álfablót {sacrifice aux elfes}, seule occurrence in Austrfararvísur 4-8 et une allusion in Saga de Kormakr 22). Ils sont tenus pour se rassembler, jouer et danser dans les collines où ils forment des rondes (älvdanser {danses elfiques} ou älvringar {cercles elfiques}) pratique à rapprocher naturellement des cercle de fées ou de sorcières des légendes médiévales. Nonobstant, leur véritable lieu de vie n’était accessible aux Hommes qui si ils le permettaient mais un voyage dans leur royaume était dangereux pour l’équilibre psychique. Il pouvait pourtant exister des enfants mi-humains mi-elfes (surtout d’ascendance royale) et ils étaient estimés comme dotés de pouvoirs extraordinaires (ex. Hagen in Þiðrekssaga).

↪ Cependant, le statut de suivants divins des álfar ne fera que péricliter par la suite, quoique la persistance de leur culte fut plus longue que celle des dieux du polythéisme. Il résiste en effet dans les contrées scandinaves et germaniques, des siècles après le triomphe du christianisme, comme le montre les interdictions répétées par les institutions durant l’époque médiévale (on trouve jusque au XIX une iconographie diabolisée du peuple invisible). À partir du XI, la répression est effectivement plus forte et rapidement, dès les poètes anglais médiévaux, les elfes sont relégués à un rôle tertiaire et de plus en plus confondus avec le reste du peuple invisible.

III. Dégénérescence progressive vers le folklore puis la littérature

► Dans le folklore germanique ntm. les elfes désignent d’abord simplement des esprits avant d’être plus spécifiquement associé à des créatures, souvent humanoïdes et de petite taille, confondus avec les lutins. Dans le folklore écossais, la court Seelie {joyeuse} et la court unseelie {chagrinée} correspondent à une classification d’entités (la plus connue et simpliste) du peuple invisible qui peut être grossièrement comparée à la dualité ljósálfar/dökkálfar : la première, plutôt bénéfique, mais pas toujours (ils ont leurs coutumes et défendent leurs intérêts), se caractérise par une apparence aimable, une organisation communautaire et communiquent avec les humains, tandis que la seconde, résolument maléfique et agressive dans leurs interactions, a une apparence hideuse et ses membres sont solitaires.

↪ Dans le folklore des territoires celtiques et européen en général, les elfes sont estimés espiègles voir malicieux et inconstants. Redoutés, on leur offrait du beurre ou du lait pour se concilier leur bienveillance et ils pouvaient aider (comme semer la pagaille) dans les travaux agricoles et domestiques. Ils étaient ordinairement tenus pour provoquer des maladies chez l’homme et le bétail en tirant des flèches empoisonnées (trahies par la présence de boules moussues dans les cadavres). On trouve notablement trace de cette croyance dans le charme métrique Wið færstice {Contre les douleurs lancinantes soudaines} du fameux Lacnunga (Harley 585 Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre) comme dans le Leechbook de Bald datant tout deux du X. On les pensait encore capables de provoquer des cauchemars en prenant place sur le corps d’un dormeur (en All. Alpdruck ou Albdruck {Pression de l’elfe}, l’idée est reprise de la Mara scandinave) ou même voler des nourrissons dans leur berceau et les substituer par un changelin (enfant d’ascendance surnaturelle, difforme et faible, retardé et colérique). Ils pouvaient encore entraîner les bergers et les voyageurs dans des danses qui leur laissaient à jamais une empreinte bizarre sur le psychisme. Le Elveskud danois, vraisemblablement du moyen-âge (le plus vieux ms. est du XVI) est la ballade scandinave la plus populaire à ce propos, elle sera traduite en allemand par Herder en 1778.

↪ À partir du XIII la littérature de geste popularise l’idée d’un roi des elfes à partir du nain Andvari de la mythologie nordique et du ellerkonge ou elverkonge {roi des elfes} danois. Ce dernier allait d’îles en îles de la baltique sur un char attelé de quatre étalons noirs et dirigeait une armée qui de jour, était sous la forme d’une forêt de chênes. Il s’agit d’Alberich dans la Chanson des Nibelungen et Ortnit, Alfrikr dans la Þiðreks saga, puis Obéron dans le Huon de Bordeaux. La littérature élisabéthaine, s’emparera de la thématique des elfes (mais la lie inextricablement avec celle des fées et du peuple invisible en général) : notamment Spencer avec sa La Reine des fées (1590), Shakespeare réutilisera également le personnage du roi des elfes dans son Songe d’une nuit d’été (1600). Goethe fera dériver de cette figure son inquiétant Der Erlkönig {Le Roi des Aulnes (traduction fautive de Herder)} (1782). Chez Andersen (L’Elfe de la rose), l’entité devient une créature mignonne et parfaitement inoffensive. Les elfes seront ensuite réutilisés par Tolkien dans son Hobbit (1937). L’auteur réintroduira l’aspect semi-divin et lumineux de ces entités tout en développant leur culture et de leur société. Ils intégrerons subséquemment et sous diverses formes la littérature fantaisie puis depuis Dungeons & Dragons (1974), le Jeu de rôle sur table pour ensuite intégrer durablement la culture populaire.

◆ Il est notable que depuis les années 80, la croyance dans le huldufólk {peuple caché} est ancrée de façon significative en Islande dans le cadre du íslenska nýöld {nouvel âge islandais}, profitant du levier des Þjóðsögur {contes populaires}. On fait notamment appel à des miðlar {médiums} pour déterminer l’emplacement de constructions humaines afin, estime-on, de ne pas déranger ces entités et nombre de témoignages viennent informer d’un rapport entre les humains (surtout des enfants) et ces entités. 𝕍 Elfes et rapports à la nature en Islande in Ethnologie française (33, pp. 655-663 ), Vanessa Doutreleau, 2003-2004. Lien vers l’œuvre