🔍
Bouton_Accueil

Chrisme

Données générales

Date de stabilisationLieu de la stabilisationLieu d’utilisation principalÉquivalents approximatifsÉléments d’ensemble
313 (Bataille du Pont Milvius)ItaliePays Chrétiens Ankh
Svastika
Alpha et Oméga
Christogramme
Roue

Descriptions

Définition

Important symbole de l’église primitive qui est progressivement remplacé par son abstraction, la simple croix, ce symbole est le plus ancien monogramme représentant graphiquement le nom du Christ et par extension le Christ lui-même, il s’agit donc d’un christogramme. Il a été employé dans un bon nombre de monuments funéraires, sur des pièces de monnaie et des fresques et a subit de multiples variantes au cours du temps bien qu’il repose sur trois formes principales décrites ci-après.

Description

Graphisme

◆ On trouve d’abord le monogramme se composant pour les chrétiens des lettres grecques Ι et X, initiales de Ἰησοῦς Χριστός {Jésus Christ}.

◆ Souvent entouré d’un cercle qui est parfois stylisé en Couronne triomphale et renforçant ainsi sa stature cosmique et solaire, il évoque alors une roue à six rayons.

↳ Il en propose parfois huit par l’adjonction d’un diamètre horizontal et on l’associe alors à l’étoile de Bethléem et plus largement à celle d’Ishtar.

↳ Cette forme laisse en outre supposer la forme d’un hexagramme et suggère la rune hagalaz. Le Poème runique norvégien indique : La grêle est le grain le plus froid ; Christ a créé le monde ancien l’anglo-saxon précise : La grêle est le plus blanc des grains et l’islandais ajoute : Et une douche de neige fondue / Et la maladie des serpents..

◆ La lettre X elle-même est un résumé phonétique ([x]) du nom du christ et sa forme en croix de saint André passait auprès des platoniciens christianisés comme la réalisation de l’image qu’emploie Platon dans le Timée : C’est ainsi que le Dieu, qui existe de tout temps, avait conçu le Dieu qui devait naître […] puis il mit l’âme au milieu, l’épandit partout, en enveloppa le corps […] Dieu fit l’âme supérieure au corps […] Voici de quoi et comment […] Il coupa ensuite toute cette composition nouvelle en deux dans le sens de la longueur, plaça les deux portions de cette ligne sur le milieu l’une de l’autre, comme dans la lettre X, les courba en cercle, unit les deux extrémités de chacune entre elles et à celles de l’autre dans le point opposé à leur intersection, et leur imprima le mouvement du cercle, mouvement toujours le même et s’exécutant sur un même point. […].

◆ On notera par ailleurs que le chrisme était également un symbole du dieu de l’éther en mouvement et en conséquence de l’agriculture, Chronos, comme le signale le Dictionnaire des antiquités.

◆ Du reste, on trouve utilisé ce chrisme dans l’artisanat byzantin et l’art mérovingien à partir du V comme peut en témoigner le Disque de Limons, mais son utilisation est par la suite éclipsée par les deux formes suivantes.

Forme primitive

◆ La forme primitive du symbole spécifiquement chrétien se trouve sur des sarcophages romains du f.II d.III : un simple tau, qui était primitivement ✝ en hébreu.

↳ Il s’agit de la lettre du baptême et du sceau frontal de protection divine chez Ézéchiel, il commence sa mutation vers le christianisme avec le sceau du Dieu vivant de Jean.

↳ Sur ces sarcophages, il y est parfois stylisé en ancre fichée sur un poisson qui y représente ses bras, et figure encore une colombe, perchée sur le jas ou l’œillet. Le symbole évoque alors l’espérance et le baptême, se rapproche de l’ankh auquel il ajoute un choix et une rotation.

↳ À la même époque, on voit apparaître dans des manuscrits la version staurogrammatique, comme abréviation de σταυρός {croix} et sous-tendant donc le concept de crucifixion, mais à ce moment les chrétiens étaient discrets vis à vis de la passion.

Histoire

Antiquité

◆ Le chrisme gagne significativement en popularité à partir de l’utilisation qu’en fit Constantin Ier qui après une vision du symbole accompagné de la phrase Τούτῳ Νίκα {Tu vaincras par ce signe}, l’employa en 312, certainement sous sa forme staurogrammatique, comme emblème de son vexillum, le labarum.

↳ Il put ainsi vaincre Maxence à la bataille du pont Milvius où son armée était pourtant en sous-effectif, ce qui lui permit de faire un grand pas vers le titre d’empereur romain. Cela aboutit finalement à l’édit de Milan et au premier concile de Nicée, évènements qui furent indispensables à la stabilisation et à l’expansion du christianisme.

↳ Ce chrisme constantinien, du moins celui que l’empereur à voulu rendre régalien, diffère lui aussi légèrement de ses prédécesseurs : il utilise en effet les lettres X (chi) et Ρ (rhô) qui sont les deux premières lettres de Χριστός {Christ}.

↪ Cette forme existait par ailleurs déjà auparavant pour indiquer notamment sur les manuscrits, une chose qui est ou qu’on estime χρηστόν {utile}, le terme Χριστός {oint} désigne quant à lui une chose bonne et bienfaisante, serviable et secourable, vertueuse et puissante.

↪ Quoiqu’il en soit, il devient dominant au IV, figurant sur les sarcophages, avant d’être lui-même progressivement substitué par la croix que l’on connaît aujourd’hui et ce dès le m.IV et jusqu’au VI où son utilisation devient sporadique.

Moyen-âge

↪ Vers la fin de l’époque mérovingienne, le chrisme était utilisé par le clergé pour marquer les documents, son utilisation provoque la pratique des monogrammes royaux qui marqueront tout le moyen-âge notamment par les émules qu’il provoqueront sur la société avec la constitution de marques corporatives comme le Quatre de chiffre qui se rapproche de beaucoup du chrisme et bien sur des signatures contemporaines à partir de renaissance (𝕍 Le chrisme et le cœur in Regnabit (5, 9, 6), René Guénon, 1925 Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France).

↳ Cette nouvelle pratique aboutira d’autre part à la formation de nouveaux christogrammes comme l’IHS (Jésus Sauveur de l’Homme (ou de Jérusalem) par rétroacronymie) occidental et le ICXC oriental, dont on trouve trace dans certains chrismes marqués d’un S ou d’un N dans la partie inférieur du rho : ils signifient soit sôter soit niké, mettant l’emphase sur l’état glorieux ou pantocrate du Christ.

↳ Cela dit outre le serpent d’airain, le S peut avoir une signification complémentaire : sa première apparition est située au XI à la Cathédrale de Jaca, dans la région pyrénéenne où la concentration de chrismes sculptés est la plus importante et variée. Le tympan sculpté qui s’y trouve est accompagnée d’un texte gravé sur le linteau qui pourrait indiquer qu’il s’agit de spiritus et désignerait donc le Saint-Esprit (𝕍 Les inscriptions du tympan de la cathédrale de Jaca in Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (140, 2, pp. 535-560), Rovert Favreau, 1996 Lien vers l’œuvre sur Persée)

↪ Le symbole se voit en outre combiné avec d’autres éléments comme un triple cerclage lui permettant de faire allusion à la trinité ou aux trois mondes, ou bien de se voir flanqué par l’ΑΩ afin d’insister sur l’universalité du symbole et de permettre de plus, la formation du verbe ἄρχω (árkhô) {diriger, commander, prendre la tête} soulignant la primauté du Christ : maître de l’univers, premier né, principe et aboutissement des choses : logos et euteranthrôpos.

Significations

► Trousseau de clefs universelles permettant de comprendre graphiquement et phonétiquement le mystère christique, symbole de chance, de bon auspice et d’espoir, il est aussi signe de salut, d’inéluctabilité, de certitude et de puissance, Apollon pythien herméneutisant les voies de la nature. Le X trace une limite entre le monde matériel et spirituel, entre les initiés et les non-initiés, il est aussi crucifixion dans les quatre directions, permettant à la manifestation d’exister et donc, illustre la domination du Christ sur l’ensemble de l’univers, ainsi que sur la mort et le péché, par l’entremise de son sacrifice.

↳ Le chrisme est en conséquence un symbole défensif contre le mal et sa fonction est en somme de préserver le chrétien, en ce sens c’est aussi un signe synthétique de paix, comme le figurent les lettres P-A-X visibles sur le symbole, invitant ainsi à considérer l’alliance entre les païens et les juifs, la terre et le ciel, construite par le Fils de l’Homme.

Arbre cosmique représentant la totalité de la création et échelle de Jacob permettant l’ascension céleste, la boucle du P figure le soleil élevé au sommet de cet axe du monde et aussi, le chrisme pourrait représenter une roue zodiacale où le X figure le tétramorphe point d’équilibre entre les solstices et équinoxes, l’enroulement des saisons autour d’un moyeu comme les serpents autour du caducée.

↪ Il pourrait encore représenter le croisement de l’écliptique et de l’équateur ou bien un gnomon ayant pour fonction d’indiquer que le Christ est sol invictus.

↪ Mais cette boucle peut aussi montrer que ce qui était hors du monde dans l’ankh est désormais incarné, que le chas de l’aiguille et la porte étroite est maintenant accessible et que finalement, est ouverte la porte du soleil par où s’effectue la sortie du cosmos, l’œil guérisseur amenant la transmutation du poison en éclosion florale par l’union des extrêmes opposés.

↪ Fruit de la rédemption par le Christ dans une apogée sérapitique où la mort et la souffrance rendent plus sage et plus fort par une amoureuse et mystérieuse magie, chrisme est capable de se nourrir du temps et de partout extraire la lumière transfiguratrice, raison pour laquelle il est lance ouvrant le serpent : phénix indomptable.