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Ouroboros

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Données générales

Date de stabilisationLieu de la stabilisationLieu d’utilisation principalÉquivalents approximatifsÉléments d’ensemble
-1500 (Le Livre énigmatique du Monde Souterrain)ÉgypteÉgypte Alpha et Oméga
Équerre et compas
Jǫrmungandr
Taijitu
Cosmographie
Roue
Serpent

Descriptions

Présentation

Symbole fondamental de l’hermétisme, l’ouroboros, serpent ou dragon {qui dévore sa queue} est un sablier continuellement en mouvement dont le mouvement temporel est fermé sur lui-même. Formant ainsi un cercle, il représente les idées de totalité, d’éternité et d’éternel retour dans un processus palingénésique à l’image de la mue de l’animal.

↳ Mieux, conformément à l’animal dont la croissance est continuelle durant sa vie, l’ouroboros figure un mouvement continu dans son évolution, un processus en vase clos, capable de s’autoféconder. Il affine ainsi ses substances par l’action d’un feu digestif généré par l’auto-inoculation de son poison qui provoque un mouvement contenu et hermétique, cyclique et maîtrisé.

Matière première

↪ Ainsi, roue ascendante et descendante évoquant les cycles lunaires ou cosmique, il est le flux duel, ondulant et métamorphosant le temps incarné dans l’espace, raison pour laquelle l’ouroboros est parfois attribut de Saturne.

↳ Alors, contenant son propre germe, représentation de l’indifférencié d’où tout émerge et où tout est réintégré, il est capable de revenir à son état initial, de se régénérer sans fin à partir de sa propre substance. Il véhicule en ce sens, le principe et la finalité de l’œuvre.

↪ Il fait coïncider le début et la fin, portant l’idée que tout commencement ou toute conséquence prend germe dans une fin ou une cause et inversement. Que la mort et la naissance sont indissolublement liées dans une synthèse unique et ainsi dépourvue d’opposition : […] Ainsi Agathodémon ayant placé le principe dans la fin, et la fin dans le principe, il veut que ce soit le serpent Ouroboros […] certains hiérogrammates égyptiens, voulant retracer le monde sur les obélisques, ou l’exprimer en caractères sacrés, ont gravé le serpent Ouroboros. (Commentaire du Sur l’action de Zosime, Olympiodore)

Paradoxes

↪ Unité en mouvement et œuf cosmique au travail dont toutes ses affections lui viennent de lui-même et s’y renferment (Timée (33d), Platon), paradoxe, hermaphrodite et néant hyperousiôs {suressentiel}, il unit ainsi en lui le monde chthonien, vital et mobile du reptile et celui céleste, spirituel et éternel du cercle.

↪ Néanmoins, son symbolisme d’éternité peut-être compris de deux manières :

↳ Soit il représente l’être spiritualisé ou en processus de spiritualisation qui sortant de la ligne devient circulaire et auto-causal et qui imitant la nature, se transforme et s’améliore par la même opération.

↳ Ou bien, ce cercle et cet autophagie peut suggérer l’emprisonnement dans un cycle, une continuelle répétition autodestructrice de morts et de renaissances sans direction transcendante, à l’image de l’âme piégée dans le samsara.

Histoire

► Bien qu’on puisse en trouver des représentations en Chine (Zhulong {Dragon-Cochon} de Hongshan) et en Élam au néolithique, il a pris une importance significative en Égypte où il est également signalé dès l’époque prédynastique. À la période intermédiaire, il symbolise Apophis puis, coïncidant avec le symbolisme de Jörmungand, Quetzalcoatl, Ananta et Ndjamulji, il devient la limite entre le noun et le monde crée. Contrôlée, circularisée et spiralée, cette force chaotique devient une charpente protectrice qui permet de manifester la continuité mais aussi de garder le plan transcendant, d’être l’enceinte du paradis : Ouadjet et Mehen custode.

↳ À partir des Ptolémées, il intègre le symbolisme alchimique primordial en gardant son sens fondamental d’humidité génératrice : Ceci est le divin et grand mystère ; l’objet que l’on cherche. Ceci est le Tout. De lui (provient) le Tout, et par lui (existe) le Tout. Deux natures, une seule essence ; car l’une attire l’une ; et l’une domine l’une. Ceci est l’eau d’argent, l’hermaphrodite, ce qui fuit toujours, ce qui est attiré vers ses propres éléments. C’est l’eau divine, que tout le monde a ignorée, dont la nature est difficile à contempler ; car ce n’est ni un métal, ni de l’eau toujours en mouvement, ni un corps (métallique) ; elle n’est pas dominée. / C’est le Tout en toutes choses ; il a vie et esprit et il est destructeur. Celui qui comprend cela possède l’or et l’argent. La puissance a été cachée, mais elle est déposée dans Erotyle. (Sur l’eau divine, Zosime de Panopolis).

↳ Horapollon ajoutera : S’ils veulent figurer l’éternité d’une autre manière, ils dessinent un serpent, dont la queue est cachée par le reste du corps et que les Égyptiens appellent Uræus, ce qui correspond au basilic grec. Ils le confectionnent en or et en ceignent (la tête des) dieux. Les Égyptiens disent qu’ils représentent l’éternité au moyen de cet animal parce que, des trois espèces de serpents qui existent, les (deux) autres sont mortelles, mais celle-ci seule est immortelle ; et aussi parce que, quand il lance son souffle contre n’importe quel animal, il tue sans même avoir mordu. Comme il paraît ainsi avoir puissance sur la vie et la mort, ils le placent sur la tête des dieux. (Les Hiéroglyphes, 1505, Horapollon).

↪ On le retrouve par la suite associé à Abraxas voir au Christ dans les intailles gnostiques, association qui perdurera dans l’hermétisme européen en plus de devenir l’emblème hermétique par excellence : celui qui garde le secret sur la connaissance cachée, la gnose (𝕍 Le bestiaire du Christ ( L’Ouroboros), 1940, Louis Charbonneau-Lassay).

Variations

↪ A noter qu’outre ses variations iconographiques dues à l’espace, il existe certaines transformations mineures dans ses représentations alchimiques et magiques occidentales, diversifiant son symbolisme :

● L’ouroboros est parfois pourvu d’ailes et de pattes représentant alors la sublimation et la condensation et évoquant alors la figure antique du griffon tuant le serpent (il existe d’ailleurs des ouroboros composites avec des têtes d’aigle).

● Il est autrement parfois figuré moitié noir à moitié blanc (comme dans la Chrysopée de Cléopâtre ou on voit d’ailleurs la légende Ἓν τὸ πᾶν qui stylisée semble évoquer une cornue au Ἓν et un ω et ψ au πᾶν 🗎⮵) ou encore représenté par le biais de deux serpents.

↪ Il existe bien entendu des variations plus complexes, comme l’emblème alchimique du Sigillum hermetis qu’on trouve d’abord dans les Douze Clefs 🗎⮵, lui-même sûrement inspiré de la gravure de l’édition de 1493 du Philosophia pauperum (1480) d’Albert publié par Battista de Farfengo. Il est ensuite de nouveau simplifié dans La Chaîne d’Or d’Homère 🗎⮵.

𝕍 enfin pour un point de vu critique vis à vis de l’historicité du symbole : L’Ourovore et les « symboles universels » in Nouvelle Mythologie Comparée (N°1), Jean-Loïc Le Quellec, 2013. Lien vers l’œuvre