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Le Jardin des Délices
La peinture de l’Arbousier


AuteursDatesTypeLieuThèmesStatut
Jérôme Bosch 👁fabr. v. 1500 1505Triptyque
Huile sur bois (H-220 × L-389 cm)
fabr. Bois-Le-Duc (Pays-bas)
exp. in Musée du Prado (Madrid, Espagne)
Genèse
Paradis Terrestre
Le monde des Hommes
L’Enfer
Dimension alchimique
Non applicable

► Le titre original de l’œuvre demeure inconnu. Selon certaines sources, le tableau fut même appelé La luxure ou La Fraise à l’époque du peintre.

► Des imprécisions existent également quant à la date de la composition de l’œuvre.

► La question du commanditaire est aussi en suspens. Certains pensent qu’il pourrait s’agir de Philippe le Beau, d’autres d’Henri III, comte de Nassau.

► D’après de récentes découvertes, le tableau se trouvait un an après la mort du peintre dans le Palais des comtes de Nassau à Bruxelles, attirant et surprenant les visiteurs curieux ainsi que certains artistes dont peut-être Dürer 👁. L’œuvre fut ensuite transporté par Philippe II au Monastère de l’Escorial à la f.XVI.

► Il existe de très nombreux travaux sur l’œuvre de Jérôme Bosch 👁, on peut néanmoins noter :
Hieronymus Bosch : Le jardin des délices, Hans Belting.
Le Royaume millénaire de Jérôme Bosch, Wilhelm Fraenger : L’auteur développe la théorie de l’appartenance du peintre à la secte des Frères et Sœurs du Libre Esprit.
L’écologie des images, Ernst Gombrich : L’auteur interprète le panneau central évoque l’humanité corrompue.
𝕍 aussi un article de Frédéric-Charles Baitinger.

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EnlumGVCommentairesEnlumDV

L’interprétation :

► De par sa complexité et son symbolisme très riche, l’interprétation de cette œuvre fait encore débat. Mais n’est-ce pas le propre de toute œuvre d’art que de susciter un questionnement perpétuel ?
Les spectateurs de l’époque, nourris du même bassin mythologique, théologique et symbolique avaient accès à d’autres références, et pouvaient donc construire d’autres interprétations. Néanmoins, le symbole doit demeurer vivant par delà le temps.

► Le triptyque est composé de deux volets extérieurs et de trois panneaux intérieurs :

Volets fermés :

  • Dans un magnifique jeu de lumière et d’ombre, nous observons une sphère transparente, la Terre, émergeant du néant. Le peintre semble représenter la Genèse du monde, sans doute le troisième jour : Dieu dit : Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse. Et cela fut ainsi., Genèse, 1-9.
  • La partie de gauche illuminée, s’oppose à la partie de droite plus sombre, ce qui annonce l’opposition entre les deux panneaux intérieurs du Paradis et de l’Enfer.
  • Nous pouvons distinguer Dieu Transcendant, en haut sur le panneau de gauche, sur les nuées, tenant un livre.
  • On note également deux inscriptions latines issues du Psaume 32 attribué à David, du Psaume 148 : Ipse dixit et facta sunt à gauche et Ipse mandavit et creata sunt à droite, soit Il dit, et la chose arrive ; il ordonne, et elle existe. (trad. Segond). Ils évoquent également cette structure récurrente de la Genèse Dieu dit : […] et cela fut ainsi.
  • Certains ont vu dans la forme issue des de la jointure des battants et de la sphère la lettre PHI, vingt et unième lettre de l’alphabet grec, la lame XXI du Tarot étant Le Monde.
  • Il nous livre donc une vision d’ensemble de la Terre sur un fond noir, utilisant des couleurs sobres et jouant sur les effets de lumière et d’ombre, laissant entendre au spectateur le sujet de son œuvre tout en conservant un certain mystère. En ouvrant les portes, dans un déluge de couleurs et de détails dont le contraste ne peut que saisir le spectateur, se dévoile alors une vision fantasmagorique de trois aspects de ce Monde.

Les trois panneaux intérieurs du triptyque

I — Le Paradis (à gauche)

  • Eve est présentée à Adam par une figure christique dont les teintes de la tenue rappellent celles de l’immense fontaine, peut-être symbole de la source de vie.
  • Derrière Adam, on peut voir un arbre riche de fruits que l’on peut assimiler à l’arbre de vie. Au second plan, à gauche, du côté d’Eve, on voit un autre arbre entour duquel un serpent s’enroule, sans doute l’arbre de la connaissance. Certains ont dans ces arbres un dragonnier et un palmier.
  • Une multitude d’animaux existants ou issus du bestiaire fantasmagorique, appartenant à tous les types (aquatiques, volatiles, carnivores, herbivores) sont présents.
  • Fait notable, contrairement à la Genèse, on peut voir certains animaux en dévorer d’autres. Est-ce une évocation de l’introduction de la corruption au sein du Paradis qui conduira à la chute ?
  • L’immense structure centrale qui pourrait évoquer une schématisation du corps humain et de ses plans, repose sur un amas plus sombre. On pourrait y voir la transmutation du chaos primordial ou de la materia prima.


II — Le jardin des délices ou monde intermédiaire des Hommes (au centre)

► C’est de loin la partie qui a suscité le plus d’interprétations diverses.
La profusion des personnages, des animaux, des constructions permet une multitude d’interprétations entre études des détails et impression d’ensemble. Certains y ont même vu une vision des états de l’inconscient humain.

  • Pour certains il s’agit d’une condamnation des péchés, notamment de la luxure avec la récurrence du contact des corps nus, la gourmandise, la paresse qui conduiront les hommes à la troisième partie : l’Enfer. L’abondance de fleurs, de fruits symboliserait le caractère éphémère des jouissances terrestres en lien avec le proverbe flamand : Le bonheur est comme le verre, il se casse vite.
  • Pour d’autres, c’est au contraire la description d’un état idéal de l’humanité, une sorte d’âge d’or, où en toute innocence les Hommes peuvent s’ébattre parmi les dons de la nature, chacun pouvant jouir à égalité des fruits gigantesques.
  • Une synthèse pourrait être trouvée en considérant qu’il s’agit d’une vision du monde intermédiaire des Hommes avec ses complexions qui conduiront certains à l’évolution, d’autres à la corruption. En effet, ce qui peut perturber dans cette construction est sans doute un double sentiment d’idéalité, de félicité et d’étrangeté angoissante issue de l’absurde et de certaines attitudes grotesques.

► Nous pouvons nous attarder sur certains détails de façon non exhaustive :

  • L’omniprésence du poisson et de l’oiseau, certaines créatures chimériques combinant les deux comme les poissons volants. Peut-être faut-il voir dans le poisson un symbole christique. Est-ce une évocation de la cène : le poisson étant le corps du Christ et le jus des fruits le sang du Christ ? En outre, on peut distinguer devant le banc de sirènes mâles, à gauche, un poisson empalé peut-être symbole de la crucifixion.
  • Les oiseaux nourrissent les Hommes. Faut-il y voir le symbole de l’esprit nourrissant le corps ?
  • Des corps gris comme ayant perdu leur vitalité, semble chercher à s’abreuver de l’eau et des fruits.
  • La forme sphérique est également très présente, il s’agit peut-être d’une évocation de l’œuf alchimique ou de l’enfantement de l’Homme.
  • La présence des sirènes peut aussi rappeler certaines représentations alchimiques, symbole de génération et de l’Âme du mercure.
  • La structure centrale au milieu de l’eau pourrait quant à elle évoquer un athanor.
  • Une grosse chouette est présente à gauche du panneau et répond à un hibou à droite. De nouveau, entre image positive ou négative, il est permis d’hésiter.
  • Dans le ciel, en haut à gauche, un homme portant victorieusement une branche chevauche une sorte de griffon qui tient un lézard entre ses serres. On pourrait y voir une vision de Saint Michel terrassant le Dragon.
  • En bas à droite, dans une sorte de grotte, un personnage qui regarde le spectateur pointe avec un sourire étrange un autre personnage dont la bouche est fermée par un étrange objet. Certains y ont vu Eve tenant le fruit de l’arbre de la connaissance. Les traits du personnage ressemblent étrangement à ceux de l’Homme-taverne dans le panneau de l’Enfer.

III — L’Enfer (à droite) parfois appelé l’Enfer musical

  • La présence d’instruments de musique abominablement gigantesques pourrait symboliser la rupture de l’harmonie. C’est la discordance cacophonique de l’enfer opposée à l’harmonie des sphères célestes.
  • D’immenses oreilles traversées d’une flèche et d’un couteau au milieu de cette cacophonie illustre peut-être ceux qui n’ont pas su entendre la voix divine.
  • Les teintes sont sombres et rougeoyantes, en opposition aux couleurs chaudes et chatoyantes des deux autres panneaux.
  • Le chaos et le grotesque atteignent leur apogée au milieu des créatures épouvantables, des rictus angoissants et des corps difformes ou contorsionné.
  • On constate ici aussi l’omniprésence du postérieur dans lequel s’enfoncent divers objets étranges.
  • La cornemuse aux tons rosés semble s’opposer à l’immense tour-fontaine du Paradis.
  • D’immenses oreilles traversées d’une flèche et d’un couteau au milieu de cette cacophonie illustre peut-être ceux qui n’ont pas su entendre la voix divine.
  • Au centre, un immense Homme dans le ventre duquel est aménagée une taverne et dont les traits évoquent ceux du personnage en bas à droite du monde des Hommes, semble observer ce qui se déroule à l’intérieur de ses entrailles. On pourrait y voir une figure luciférienne. D’autres y ont vu l’image du peintre lui-même observant les péchés des Hommes pour mieux comprendre les siens. Il est en tout cas intéressant, que la taverne se tienne dans son ventre, siège des émotions.
  • En bas à droite, trône l’Oiseau-Satan, symbole perverti de l’oiseau synonyme d’élévation. Satan étant le miroir inverse de la divinité. Preuve de sa folie, il est coiffé d’une marmite. Il ingère des corps humains qu’il semble ensuite déféquer au dessus d’une fosse.
  • En bas à gauche, des corps mutilés subissent leur châtiment, ce qui leur permettra peut-être de purger leurs péchés.
  • En bas à gauche, on observe également de nombreux symboles faisant écho au hasard et au jeu. Une sorte de plat représente la main effectuant le symbole de bénédiction transpercée d’un couteau et surmonté d’un dé. Cela pourrait représenter la conception hérétique qui nierait l’ordre divin au profit du hasard.
  • Fait singulier, le postérieur d’un homme est orné d’une partition, un livre de partition est présent à côté de lui.

    The music written on this dude's butt, Chaoscontrolled123

Analyse générale :

► On constate que le triptyque permet une construction trinitaire qui se retrouve d’ailleurs à l’intérieur des panneaux qui sont à chaque fois découpés en trois parties. On pourrait y voir à chaque fois, l’évocation des trois plans, de bas en haut : physique, psychique, intellectuel :
➧ Dans le Paradis, plus l’on monte plus le paysage est épurée, clair.
➧ Dans le jardin des Hommes :

  • Le bas du tableau semble plus chaotique et dédié aux plaisirs de la chair, ce qui amena certains commentateurs à des interprétations originales de l’œuvre orientée sur la symbolique sexuelle et biblique.
  • Au milieu, le bassin, la ronde semble bien évoquer le plan des sentiments. Un sentiment de pureté se dégage du bassin, il s’agit peut-être des élus à l’âme purifiée même si l’on retrouve les deux couleurs alchimiques du noir et du blanc avec les oiseaux qui se posent sur la tête des personnages. En revanche, la chevauchée effrénée autour évoque peut-être l’émulation shaktique.
  • Enfin dans la partie supérieure, les créatures ailées peuvent évoquer l’envol de l’esprit détaché de la matière. Les cinq structures pourraient être assimilées aux quatre éléments et à leur quintessence avec la structure centrale, symbole de transmutation. Les Hommes se baignent dans l’eau de vie, symbole du renouvellement, de la purification. Si en bas du panneau, les Hommes émergent de sortes d’œufs, au milieu, sur la gauche, un groupe réintègre un œuf. On peut y voir le double mouvement d’incarnation et de retour dématérialisé à un état plus pur.
➧ De même dans l’Enfer, trois parties. En haut, un paysage pouvant nous évoquer nos usines modernes. Au centre, la présence de la taverne dans le ventre de l’Homme pourrait aussi évoquer le monde astral, tandis que le bas de l’œuvre représente les tourments physiques.

► Au-delà de cette construction trinitaire, il existe aussi un rapport de symétrie antithétique et de succession entre les différents panneaux :

  • Certains lisent l’œuvre de gauche à droite y voyant donc la perdition progressive de l’Homme.
  • D’autres ont envisagé une lecture plus optimiste de droite à gauche. Le peintre nous montrerait comment l’Homme peut successivement rejoindre l’idéal du Paradis originel.

  • De nouveau, le plus intéressant est sans doute de considérer qu’un double mouvement est possible à travers la phase transitoire du monde des Hommes. L’homme peut s’élever ou chuter mais la rédemption est toujours possible.

  • Le lien est fait entre les deux tableaux par l’eau toujours présente dans la partie médiane. Un lien existe entre ces trois mondes et chacun peut descendre le courant ou le remonter.

  • En bas à droite du Paradis, d’un gouffre d’eau plus sombre émergent des créatures peut-être issues de l’Enfer mais désormais prêtre pour l’évolution et la transmutation. En enfer, les âmes punies pourront peut-être réintégrer le paradis. D’ailleurs un rayon de lumière émerge en haut à gauche de l’Enfer, tandis qu’en haut à droite d’autres personnes semblent gravir des marches vers la lumière qui pourrait représenter la rédemption. La grotte en bas à gauche du monde des Hommes pourrait aussi représenter une transition, un passage.

► Certains ont interprété cette œuvre à la lumière d’une théorie qui voudrait que Jérôme Bosch ait appartenu à une secte adamite prônant la nudité symbole de l’innocence et de l’ingénuité des premiers âges. Selon Wilhelm Fraenger, le peintre aurait appartenu à la secte des Frères et Sœurs du Libre Esprit prônant l’amour charnel épuré.

► Cette œuvre pourrait s’intégrer dans le programme iconographique de deux autres triptyques formant une autre trinité physique, astral, mental :

  • Le Chariot de foin qui présente aussi un panneau illustrant le paradis et un autre l’enfer. Le triptyque refermé représentant le chemin de la vie. L’œuvre pourrait représenter les folies du monde matériel, la folie humaine.
  • La Tentation de Saint Antoine qui pourrait représenter les périls et les tentations de l’intellect.
  • Le Jardin des délices mettrait alors en avant la poursuite périlleuse des jouissances sensuelles ou les complexions du monde astral.

► Jérôme Bosch se nourrit du bestiaire fantastique, de la mystique et de toute l’influence de son époque marquée par l’alchimie, le carnavalesque, les processions parodiques et grotesques servant de biais cathartique.
Il est considéré comme l’un des précurseurs du surréalisme. Son style unique est effectivement très surprenant au sein de la production de son époque.

► Une parallèle intéressant pourrait être établi entre l’œuvre picturale de Bosch et l’œuvre littéraire de Rabelais. On y retrouve en effet le grotesque, le grivois, le registre scatophile, le thème du postérieur en lien avec une thématique alchimique et la langue des oiseaux que le peintre semble aussi utiliser notamment à travers la représentation picturale de certains proverbes flamands.