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René Guénon
Abd al-Wâhid Yahyâ, Tau Palingénius, Sphinx

Données générales

PériodeLieu
GénéralXIX XXFrance
Égypte
Naissance15 Novembre 1886, 6h Blois, France
Décès7 janvier 1951 (64 ans)Le Caire, Égypte
Cause
Inhumation
Cimetière de Darassa (Caire, Egypte)

DomaineCourantOrdre
Ésotérisme
Symbolisme
Métaphysique
Pérennialisme
Soufisme
Advaïta védanta
Église gnostique 🎓
Écossais ancien accepté 🎓
Memphis-Misraïm 🎓
Hermetic Brotherhood of Luxor 🎓
Ordre du Temple Rénové 🎓

RelationsNom
Entourage
AmiÉmile-Jules Grillot de Givry
Frithjof Schuon
Matgioi
Michel Vâlsan
Paul Chacornac
CollaborateurAnanda Coomaraswamy
Julius Evola
Papus
Victorien Sardou
RencontreFrithjof Schuon
CorrespondanceAnanda Coomaraswamy
Frithjof Schuon
DésaccordLouis Pauwels
Paul Le Cour
Oswald Wirth
Raymond Abellio
Influence
InitiateurLéonce Fabre des Essarts (Gnosticisme)
Ivan Aguéli (Soufisme)
ParAdi Shankara
Ferdinand Gombault
Ibn Arabî
Maître Eckhart
SurAnanda Coomaraswamy
Frithjof Schuon
Hubert Benoit
Martin Lings
Michel Vâlsan
Mircea Eliade
Titus Burckhardt

Repères biographiques

► Guénon naît dans une famille bourgeoise catholique de Blois, fils d’architecte, il fit dans une ambiance feutrée, c’est un enfant doué à l’école mais maladif. Il est d’abord influencé par le thomisme et le présocratiques via ses professeurs, systèmes dont il s’éloignera pour des divergences d’ordre métaphysique. En 1904, il se rend à Paris afin d’étudier les mathématiques au Collège Rollin et prépare les concours des grandes écoles, mais deux ans après, il se lance dans le spiritualisme. Il a fréquenté les milieux maçonniques et occultistes parisiens dont Papus est alors le chef de file et entre dans sa Faculté des sciences hermétiques. Aux environs de la même période, il paraît avoir reçut une initiation advaita vedantique, ce qui l’influença favorablement à l’endroit du système hindou.

► Il se rapproche ensuite de Doinel et de son Église gnostique où il devient évêque (et tient une modeste revue La Gnose), de Barlet, Matgioi et enfin Aguëli de qui il reçoit une initiation soufie se réclamant d’Ibn Arabi à l’âge de 26 ans, en 1912. Il est initié à la Grande Loge de France en 1914. Guénon, parait donc avoir cherché la sagesse pérenne, la sanatana dharma hindoue ainsi qu'une doctrine des états supérieurs de l’être d'abord par le biais du Vedanta puis estimera l'avoir trouvée dans l’Islam d'Ibn Arabi. L’islam sera alors pour lui le dernier jalon de la chaîne initiatique, l’adhésion au principe d’unicité divine. Il s’éloigne ainsi de ces fréquentations occultistes suite à plusieurs désaccords concernant des aspects qu'il estimait contestable dans leur façon d'aborder la spiritualité, notablement de point de vu sur la réincarnation et vis à vis de l’authenticité des filiations (sujet qui sera fondamental dans son œuvre) mais également à cause des conflits internes qui tendaient à multiplier inutilement les obédiences. Il se marie la même année.

↪ Réformé, il ne sera pas mobilisé durant la guerre. Il devient professeur de philosophie en Algérie en 1917 puis à Blois en 1918 où il se révèle médiocre pédagogue. Il abandonne donc ce métier. Il renoncera à présenter son ouvrage sur les doctrines hindoues sous forme de thèse, ne parvenant pas à trouver d’accord avec le milieu universitaire, il publiera ensuite ces travaux sous la forme de son premier ouvrage en 1921, qui contient déjà l'essentiel de sa métaphysique.

► En 1922 il rencontre Chacornac et contribue activement au Voile d’Isis qui devient Études traditionnelles en 1935, parallèlement à la publication de plusieurs ouvrages. Dans Le Roi du Monde, il affirme l'existence d'un lieu géométrique, centre spirituel garantissant l'orthodoxie des différentes traditions. À 44 ans, déçu de l’accueil de ses travaux dans les milieux catholiques qui jugeaient ses vues gnosticisantes incompatibles avec la révélation chrétienne et déprimé par le décès de sa femme survenu en 1928, il se rend en Égypte, d’abord temporairement afin de rechercher des manuscrits soufis, puis définitivement. Il rejoint une tarīqa shadite, devient sheikh, écrit son remarquable Symbolisme de la Croix en 1931 puis se remarie avec une musulmane en 1934 qui lui donne trois enfants. Dès 1937 ils s’installent près des pyramides de Gizeh. Il se naturalise en 1949 puis meurt en 1951 en murmurant le nom d’Allah.

◆ Rédacteur assidu, il aura écrit vingt ouvrages et écrits plus de deux cent articles pour plusieurs revues : L’Initiation, La Gnose, La France antimaçonnique, Le Symbolisme, Regnabit, Le Voile d’Isis

↳ Il développait l’idée d’une persistance de la tradition présente dans toute les sociétés qui en avaient encore le dépôt et qui se transmet sans altération par le biais de l’initiation qui introduit aux petits mystères de l’Homme primordial puis aux grands de l’Homme transcendant. Plus encore que tout autre avant lui, médicéens, romantiques ou théosophistes, il aura hypostasié cette tradition. Il aura également pensé le rapport entre être et non-être, et la théorie des cycles. Au sortir des derniers avatars du romantisme spiritualiste, il insistait sur la différence entre psychisme et spiritualité, mettait en garde contre le sentimentalisme. Refusant toute étiquette enfin et habile argumentateur, il fut critique voir polémique envers la plupart des organisations de son époque (néo-occultisme, spiritisme, théosophisme, franc-maçonnerie) et envers son époque-elle même comme dans La Crise du Monde moderne (1927) où reprenant la cyclologie hindoue, il situe notre époque au kali-yuga.

↳ Il postule en effet une dégénérescence progressive de l’humanité qui trouve son funeste accomplissement dans la société occidentale moderne. Cette société et ses valeurs, il la fustige fermement, axant sa réprobation sur le divorce que l’époque a consommé avec la tradition en plongeant dans le scientisme, le laïcisme et le mythe du progrès. Ses avatars : la science, la philosophie, la religion et la révolution sociale manifestent tous la mentalité occidentale. Cette dernière, limitée, est coupée des principes métaphysiques et sa perspective individualiste, moraliste et sensuelle, s’arrête à l’utilitaire et aux besoins artificiels aboutissant finalement à un renversement des valeurs véritables.

↳ Pour Guénon, maçonnerie et catholicisme sont les derniers dépositaires ésotériques et exotériques de l’enseignement traditionnel en occident, seuls avatars valides de la tradition primordiale ; et quoiqu’ils soient tout deux entachés de défauts, ils assurent — point fondamental pour Guénon — une régularité initiatique. L’ésotérisme occidental ensuite, ne peut trouver des ressources métaphysiques qu’auprès de l’orient, auprès de l’islam en particulier, qui fait figure de trait d’union entre l’orient et l’occident.

◆ L’œuvre de Guénon et ses prises de position parfois brutales ne laissent pas indifférent beaucoup de commentateurs du XX qui oscillent entre admiration et mépris.

● Il jouit d’une bonne réputation dans certains milieux intellectuels, maçonniques et universitaires qui y trouvent de nombreux sujets de réflexion. Cette influence est fréquemment filtrée pour les seconds et les derniers sont quant à eux, prudents à l’égard de l’universalisme traditionaliste. Pour ses lecteurs il est néanmoins le producteur d’une pensée qui s’annonce méthodique, rigoureuse et claire, unifiée et profonde, toute empreinte d’une intention épuratrice et organisatrice, pour ainsi dire réformatrice. Il se présente alors comme le trait d’union entre la culture universitaire et la tradition ésotérique.

● Pour d’autres commentateurs, sa production qu’ils estiment lacunaire et péremptoire est juvénile, superficielle et arrogante. Ses textes au style maladroit, émanent un froid héroïsme, appellent inutilement à la polémique et loin d’unir une élite spirituelle, excitent à la vanité. Sa volonté totalisante de l’ésotérisme enfin, est alors perçue comme criblée d’obsessions réductrices et dogmatiques. En effet, ces obsessions l'amèneraient, dans la tradition occidentale, à prendre la partie qu'il estime mauvaise pour le tout. Ses conceptions partiraient ainsi d'une idée poussive de la science de son temps et réduiraient l'ésotérisme à la métaphysique. En conséquence, l’orthodoxie ésotérique qu’il estimerait devoir défendre nie l’initiation spontanée et montrerait qu’il croit finalement qu’une initiation est licite car elle est traditionnelle et non pas traditionnelle parce que elle est vraie.

■ On trouve peu de photographies de Guénon et pour cause : comme il le confia à Evola dans une lettre, il évitait prudemment de se faire prendre en photo afin d’éviter toute intention malveillante à son endroit.

𝕍 La Vie simple de René Guénon, Paul Chacornac, 1957.

Site sur l’auteur Lien vers le site avec index thématique, un index des œuvres peut également être trouvé sur cet autre site Lien vers le site.

Œuvres choisies

  • Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, 1921.
  • Le Théosophisme, histoire d’une pseudo-religion, 1921.
  • L’Erreur spirite, 1923.
  • L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, 1925.
  • La Crise du monde moderne, 1927.
  • Le Symbolisme de la Croix, 1931.
  • Les États multiples de l’Être,‎ 1932.
  • Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, 1945.
  • Aperçus sur l’Initiation, 1946. (🔖 Éléments sur l’initiation,‎ 1936)

Citations

[…] entre l’esprit religieux, au vrai sens du mot, et l’esprit moderne, il ne peut y avoir qu’antagonisme ; toute compromission ne peut qu’affaiblir le premier et profiter le second, dont l’hostilité ne sera pas pour acela désarmée, car il ne peut vouloir que la destruction complète de tout ce qui, dans l’humanité, reflète une réalité supérieure à l’humanité.
La Crise du monde moderne (p. 111)
Le défaut le plus visible, c’est celui-là même que nous indiquions à l’instant : l’avis de la majorité ne peut être que l’expression de l’incompétence, que celle-ci résulte d’ailleurs du manque d’intelligence ou de l’ignorance pure et simple ; on pourrait faire intervenir à ce propos certaines observations de « psychologie collective », et rappeler notamment ce fait assez connu que, dans une foule, l’ensemble des réactions mentales qui se produisent entre les individus composants aboutit à la formation d’une sorte de résultante qui est, non pas même au niveau de la moyenne, mais à celui des éléments les plus inférieurs.
La Crise du monde moderne (p. 133)
[…] L’homme moderne, au lieu de chercher à s’élever à la vérité, prétend la faire descendre à son niveau. directement, car c’est encore l’individualisme qui introduit partout l’esprit de discussion. Il est très difficile de faire comprendre à nos contemporains qu’il y a des choses qui, par leur nature même, ne peuvent se discuter ; l’homme moderne, au lieu de chercher à s’élever à la vérité, prétend la faire descendre à son niveau ; et c’est sans doute pourquoi il en est tant qui, lorsqu’on leur parle de « sciences traditionnelles » ou même de métaphysique pure, s’imaginent qu’il ne s’agit que de « science profane » et de « philosophie ». Dans le domaine des opinions individuelles, on peut toujours discuter, parce qu’on ne dépasse pas l’ordre rationnel, et parce que, ne faisant appel à aucun principe supérieur, on arrive facilement à trouver des arguments plus ou moins valables pour soutenir le « pour » et le « contre » ; on peut même, dans bien des cas, pousser la discussion indéfiniment sans parvenir à aucune solution, et c’est ainsi que presque toute la philosophie moderne n’est faite que d’équivoques et de questions mal posées. Bien loin d’éclaircir les questions comme on le suppose d’ordinaire, la discussion, le plus souvent, ne fait guère que les déplacer, sinon les obscurcir davantage ; et le résultat le plus habituel est que chacun, en s’efforçant de convaincre son adversaire, s’attache plus que jamais à sa propre opinion et s’y enferme d’une façon encore plus exclusive qu’auparavant. En tout cela, au fond, il ne s’agit pas d’arriver à la connaissance de la vérité, mais d’avoir raison malgré tout, ou tout au moins de s’en persuader soi-même, si l’on ne peut en persuader les autres, ce qu’on regrettera d’ailleurs d’autant plus qu’il s’y mêle toujours ce besoin de « prosélytisme » qui est encore un des éléments les plus caractéristiques de l’esprit occidental.
La Crise du Monde Moderne (pp. 119-120)
[…] les sciences profanes dont le monde moderne est si fier ne sont bien réellement que des « résidus » dégénérés des antiques sciences traditionnelles, comme d’ailleurs la quantité elle-même, à laquelle elles s’efforcent de tout ramener, n’est pour ainsi dire, sous le point de vue où elles l’envisagent, que le « résidu » d’une existence vidée de tout ce qui constituait son essence ; et c’est ainsi que ces prétendues sciences, laissant échapper ou même éliminant de propos délibéré tout ce qui est véritablement essentiel, s’avèrent en définitive incapables de fournir l’explication réelle de quoi que ce soit.
Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (Avant propos)
L’immobilité du minéral est le reflet inversé de l’immutabilité principielle.
Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (p. 188)
Mais la ruse la plus diabolique de toutes est peut-être celle qui consiste à faire attribuer au symbolisme orthodoxe lui-même, tel qu’il existe dans les organisations véritablement traditionnelles, et plus particulièrement dans les organisations initiatiques, qui sont surtout visées en pareil cas, l’interprétation à rebours qui est proprement le fait de la « contre-initiation » ; et celle-ci ne se prive pas d’user de ce moyen pour provoquer les confusions et les équivoques dont elle a quelque profit à tirer. C’est là, au fond, tout le secret de certaines campagnes, encore bien significatives quant au caractère de l’époque contemporaine, menées, soit contre l’ésotérisme en général, soit contre telle ou telle forme initiatique en particulier, avec l’aide inconsciente de gens dont la plupart seraient fort étonnés, et même épouvantés, s’ils pouvaient se rendre compte de ce pour quoi on les utilise ; il arrive malheureusement parfois que ceux qui croient combattre le diable, quelque idée qu’ils s’en fassent d’ailleurs, se trouvent ainsi tout simplement, sans s’en douter le moins du monde, transformés en ses meilleurs serviteurs !
Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (pp. 200-202)
Toutes les supériorités dont se targuent les Occidentaux sont purement imaginaires, à l’exception de la seule supériorité matérielle ; celle-là n’est que trop réelle, personne ne la leur conteste, et, au fond, personne ne la leur envie non plus ; mais le malheur est qu’ils en abusent.
Orient et Occident