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Louis-Claude de Saint-Martin
Le Philosophe Inconnu, Le Novalis français

Données générales

PériodeLieu
GénéralXVIIIFrance
Naissance18 Janvier 1743, 1h30 Amboise, France
Décès14 Octobre 1803, 22h30 (59 ans)Aulnay, France
Cause
Inhumation
Cimetière d’Aulnay (Déplacé en fosse commune)

DomaineCourantOrdre
Théosophie
Théurgie
IlluminismeOrdre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l’Univers 🎓
Ordre des philosophes inconnus 🎓
Rite Écossais Rectifié 🎓
Société de l’Harmonie Universelle 🎓

RelationsNom
Entourage
CondiscipleChastenay de Puységur
François-René de Chateaubriand
Jean-Baptiste Willermoz
EmployeurMartinès de Pasqually
OpposantFranz-Anton Mesmer
CorrespondanceNicolas-Antoine Kirchberger
Influence
MaîtreMartinès de Pasqually
ParEmanuel Swedenborg
Frédéric-Rodolphe Saltzmann
Jacob Böhme
SurRomantisme germanique
Romantisme slave
Néo-occultisme
Antoine Fabre d’Olivet
Eliphas Levi
Franz Xaver von Baader
Gérard de Nerval
Honoré de Balzac
Ivan Lopoukhine
Jean-Philippe Dutoit-Membrini
Papus

Repères biographiques

► Il est le fils d’aristocrates peu fortunés qui l’élevèrent pieusement, très tôt il est orphelin de sa mère et est élevé par sa belle-mère. Son père le destinait à la magistrature. D’abord formé au droit, il a exercé en tant qu’avocat à Tours en 1765. Il abandonna cette voie et grâce à des appuis familiaux, obtint un brevet d’officier. Il fut ainsi jusque 1771 sous-lieutenant grenadier dans l’armée, ce qui lui laissa assez de temps libre pour se pencher sur l’étude de l’ésotérisme. Il est stationné à Bordeaux. Là, il fut mis en relation avec une branche de la maçonnerie française : les élus cohens de Martinès de Pasqually.

↳ Élève passionné par la méthode enseignée par Pasqually, il devient le secrétaire du maître en 1770 et il reçoit le grade le plus élevé de Réau-Croix en 1772. Il aide Pasqually dans la rédaction de son Traité de la Réintégration ainsi que dans la rédaction des rituels et à la mort de ce dernier en 1774, il synthétise cet enseignement avec Willermoz, autre disciple de Pasqually dont il s’est rapproché. Il aide d’ailleurs Willermoz à fonder le rite écossais rectifié qui prend vie suite aux dissensions au sein de la Stricte observance templière de Hund. Saint-Martin écrit dans le même temps son Des erreurs et de la vérité (1775), puis le prolonge plus tard avec son Tableau naturel (1782), il fait en outre le tour des salons où sa doctrine et son charme opèrent. Dès lors, il signe ses œuvres du pseudonyme de "philosophe inconnu", alors en vogue.

► A partir de 1777, il s’éloigne de la maçonnerie pour rayer son nom des tableaux en 1785, mais se sera tout de même vraisemblablement rapproché de l’ordre des philosophes inconnus en 1788 à Strasbourg. À 44 ans, en 1784, estimant que cela pourrait être une voie vers la restauration de l’androgynat, il se lance dans ses expériences occultes et médiumniques et assiste à des séances de Puységur. Il est intéressé par l’Agent inconnu, pseudonyme de la comtesse de Monspey qui pratique la psychographie ; le contenu de ces textes est proche de celui de Pasqually.

► Durant son séjour à Strasbourg qui dure jusque 1791, il entre ensuite en contact avec l’œuvre de Böhme grâce à Saltzmann et Charlotte de Boecklin et dont la sophiologie aura sur lui une déterminante influence. Il apprend l’allemand et se fait alors traducteur et promoteur de son œuvre en France : L’Aurore naissante en 1800, Des trois principes de l’essence divine… en 1802 et Quarante questions… en 1807. Entre temps, en 1795 et 1796, il est professeur à la première et éphémère École normale de l’an III où il s’oppose au sensualisme d’Étienne Condillac incarné par Dominique-Joseph Garat. À partir de son Éclair, Saint-Martin tentera de fusionner et organiser la mystique du cordonnier de Görlitz avec la théurgie de Pasqually, qu’il estime complémentaire : la voie directe spéculative et indirecte pratique, tentatives qui culmineront dans le Ministère. Dans le même temps, il entame une correspondance avec Kirchberger qui ne cessera qu’à la mort du baron bernois en 1799.

◆ Son œuvre théosophique, sorte d’humanisme théosophique qui ménage un intermédiaire entre orthodoxie chrétienne et mystique contemplative est pénétrante et créative. Elle est issue d’une plume charmante et mélodieuse qui, atteignant son sommet dans l’Homme de désir, le classera parmi les plus importants auteurs de l’illuminisme. Il sera le chef de file d’une école mystique et théosophique qui se répandra de la France jusque en Russie et qui aura un impact durable tant sur le néo-occultisme que sur la littérature romantique et symboliste. Fort de cette impulsion, le martinisme est d’ailleurs encore influent de nos jours.

◆ Pour Saint-Martin, gnosticisme et théosophie ne font qu’un et il tente de réconcilier ladite théosophie avec la philosophie. L’Homme est pour lui, assujetti à la dualité inhérente à l’existence matérielle, qui implique un déchirement entre les forces expansives et contractives et dont le Christ représente le médium équilibrant en même temps que l’espoir de leur futur réconciliation. Il propose ainsi une sophiologie rédemptrice tirée de Böhme, encadrée par un idéalisme totalisant où la matière est "trompeuse et nulle" au contraire de l’esprit qui est "tout". Ainsi, la sensibilité, d’abord enfouie dans l’intime, doit s’ériger contre le matérialisme et le sensualisme, s’ouvrir au plan cosmique puis divin. Attaché à expliquer les choses par l’homme et non pas l’homme par les choses, il tente de se tenir éloigné de l’abstraction et relie ses considérations métaphysiques et opératives à la sphère morale à partir de laquelle il élabore sa pensée. Dans sa démarche où la méditation des vertus humaines est fondamentale, Saint-Martin se défie en effet autant de l’empirisme que du spiritualisme. Finalement, pour le philosophe inconnu l’Homme est au centre de toute démarche spirituelle et c’est au travers de sa capacité à aimer et à être solidaire avec son prochain qu’il pourra se diriger, tout en emportant la nature avec lui, vers la réintégration.

↳ Les hommes de désir, descendants de l’Adam qui a chut, cherchent à retrouver les secrets de la création et l’androgynat primordial. Pour ce faire, l’Homme doit travailler individuellement par la sophiurgie, sur sa réintégration dans le principe premier par l’entremise de son ternaire interne : corps, âme et esprit, qui sont relation avec le monde terrestre, céleste et spirituel par le biais de l’imagination, l’amour et la connaissance. Le théosophe doit en outre s’astreindre à décrypter les symboles gisant dans les "faisceaux d’emblèmes" dont est maillé la réalité matérielle par le biais de la clef qu’est le principe des correspondances. Saint-Martin insiste sur la revivification de la volonté par la vertu de la prière, de la magie rituélique et de l’arithmosophie, chez lui la magie devient la matière permettant de développer la spiritualité.

↳ Si son drame initiatique et les méthodes qu’il emploie pour résoudre les problèmes qu’il implique, sont fortement influencés par Pasqually, il se différencie de ce dernier en ce qu’il ne fait pas appel aux esprits évoqués dans le monde naturel, mais au Christ intérieur. s’il ne nie pas l’efficacité du rite Cohen, il estime en avoir tiré suffisamment d’avantages et se montre critique vis à vis des actions sur la nature extérieure. Finalement, Saint-Martin considérera la théurgie pasqualienne comme une étape dans son processus de réintégration et, tout en gardant les thématiques chères à son maître, mettra l’accent sur une théosophie plus mystique où au lieu des opérations théurgiques, c’est la prière qui est le facteur décisif du progrès spirituel. Bien qu’il se considère comme un disciple de Swedenborg, il se montre plus circonspect vis à vis de son enseignement et se tient à distance de Madame Guyon.

■ Saint-Martin n’aura jamais eu d’épouse ni de relation amoureuse connue. C’est également un théocrate convaincu, dont les idées sur la Révolution sont proches de De Maistre.

Site du Philosophe-inconnu consacré à Saint-Martin, remarquable pour sa clarté et son exhaustivité.

𝕍 Louis-Claude de Saint-Martin le philosophe inconnu, Jacques-Lefevre, 2003.

𝕍 aussi Notice biographique sur Saint-Martin, Gence, 1824. | bs. Bibliothèque Nationale de France. Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France

Œuvres choisies

  • Des erreurs et de la vérité, 1775. Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France
  • Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l’homme et l’univers, 1782. Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France
  • L’Homme de désir, 1790. Lien vers l’œuvre
  • Ecce homo, 1792. Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France
  • Le Nouvel Homme, 1792. Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France
  • Éclair sur l’association humaine, 1797 Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France
  • Quelles sont les institutions les plus propres à fonder la morale d’un peuple ?, 1797 Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France
  • Le Crocodile, 1799. Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France
  • De l’esprit des choses, 1800.
  • Le Cimetière d’Amboise, 1801. Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France
  • Le Ministère de l’homme-esprit, 1802. Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France
  • Mon portrait historique et philosophique, 1807 ⚱️. Lien vers l’œuvre
  • Stances sur l’origine et la destination de l’homme, 1807. ⚱️ Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France
  • De la triple vie selon le mystère des trois Principes de la manifestation divine…, 1809 ⚱️ [Trad. Böhme] Lien vers l’œuvre sur Internet Archive
  • Des nombres, 1843. ⚱️ Lien vers l’œuvre

Citations

Par la prière, acte de théurgie suprême, l’homme s’élève aux sphères supérieures dont les sphères visibles ne sont que les simulacres et dont le mouvement dirigé selon des lois et des rapports inaltérables enfante l’harmonie et transmet les accords divins à l’universalité des êtres. Par la prière, l’homme tire Dieu de sa propre contemplation, il le réveille. Par la prière, l’homme communique avec Dieu : la phrase ressassée prend un poids énorme.
L’Homme de désir
Oui, soleil sacré, c’est nous qui sommes la première cause de ton inquiétude et de ton agitation. Ton œil impatient ne cesse de parcourir successivement toutes les régions de la nature ; tu te lèves chaque jour pour chaque homme ; tu te lèves joyeux, dans l’espérance qu’ils vont te rendre cette épouse chérie, ou l’éternelle SOPHIE, dont tu es privé ; tu remplis ton cours journalier en la demandant à toute la terre avec des paroles ardentes où se peignent tes désirs dévorants. Mais le soir tu te couches dans l’affliction et dans les larmes, parce que tu as en vain cherché ton épouse ; tu l’as en vain demandée à l’homme ; il ne te l’a point rendue, et il te laisse séjourner encore dans les lieux stériles, et dans les demeures de la prostitution.
Le Ministère de l’homme-esprit
Tu aimes à être violenté ; je ne te donnerai point de relâche que tu n’aies rendu la respiration à ma parole, pour qu’elle puisse gémir librement sur la désharmonie de la nature, sur les malheurs de l’homme et sur les angoisses de ton âme divine. Mais le seul vrai moyen d’obtenir cette faveur de toi, c’est de travailler sans cesse à établir dans mon être individuel l’harmonie que tu engendres et maintiens sans cesse dans l’universalité des régions des êtres. Oui, il faut que je travaille sans cesse à rendre ma parole le Dieu de mon moi et de mon cercle, comme tu es le Dieu du cercle illimité ; alors devenu esprit, comme tu es esprit, je cesserai d’être un étranger pour toi ; nous nous reconnaîtrons mutuellement pour esprits, et tu ne craindras plus de t’approcher de moi, de frayer et de commercer avec moi.
Le Ministère de l’homme-esprit
L’homme est un être chargé de continuer Dieu là où Dieu ne se fait plus connaître par lui-même. Il ne continue point Dieu dans son ordre radical et divin ou dans son imperméable origine, parce que là Dieu ne cesse jamais de se faire connoître par lui-même, puisque c’est là où il opère sa secrète et éternelle génération. Mais il le continue dans l’ordre des manifestations et des émanations, parce que là Dieu ne se fait connaître que par ses images et ses représentants. Il le continue, ou si l’on veut il le recommence comme un bourgeon ou un germe recommence un arbre en naissant immédiatement de cet arbre et sans intermède.
Le Ministère de l’homme-esprit
C’est un grand travail que de chercher à nous connaître tels que nous sommes ; mais il faut ensuite travailler à nous connaître tels que nous devrions être. Ces deux sciences sont liées et doivent continuellement nous occuper. Une troisième science vient après ces deux et est sans doute la plus difficile de toutes ; c’est qu’après avoir appris à connaître ce que nous devrions être, il faut travailler sans relâche à le devenir.
Mon Livre Vert
La seule initiation que je prêche et que je cherche de toute l’ardeur de mon âme est celle par laquelle nous pouvons entrer dans le cœur de Dieu et faire entrer le cœur de Dieu en nous pour y faire un mariage indissoluble qui nous fait l’ami, le frère et l’époux de notre Divin Réparateur. Il n’y a pas d’autres moyens pour arriver à cette sainte initiation que de nous enfoncer de plus en plus jusque dans les profondeurs de notre être et de ne pas lâcher prise que nous ne soyons parvenus à en sortir la vivante et vivifiante racine.
Correspondance avec Kirchberger (15 Juin 1797)
L’amour est le gouvernail de notre navire : les sciences n’en sont que la girouette. Un vaisseau peut aller sans girouette, mais il ne peut aller sans gouvernail.
Il faut expliquer la nature par l’homme et non pas l’homme par la nature.
J’ai désiré faire le bien mais je n’ai pas désiré faire du bruit, parce que j’ai senti que le bruit ne faisait pas de bien et que le bien ne faisait pas de bruit.
N’aie rien en commun avec le monde ; il est trop savant dans les ignorances et dans les injustices.
La mort n’est qu’une des heures de notre cadran et notre cadran doit tourner éternellement.
Chasse de toi tous les vices ; développe envers ton prochain toutes les vertus ; demande à Dieu tous les secours : c’est par là que tu rempliras la tâche de l’homme.
La paix se trouve bien plus dans la patience que dans le jugement ; aussi il vaut mieux pour nous être inculpés injustement, que d’inculper les autres, même avec justice.
Malgré la supériorité d’un culte sur les autres, peut-être la terre entière participe-t-elle aux droits qui distinguent le culte parfait ; peut-être chez tous les peuples et dans toutes les institutions religieuses, y a-t-il des hommes qui trouvent accès auprès de la sagesse… Cessons de juger les voies de la sagesse et de circonscrire des limites à ses vertus : croyons que les hommes lui sont tous également chers etc. etc.