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Nourriture d’immortalité

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Données générales

Date de stabilisationLieu de la 1ère apparitionLieu d’utilisation principalTypeÉquivalents approximatifsÉléments d’ensemble
-VIII (Théogonie)GrèceUniverselConceptuel Aether
Feu
Fontaine de jouvence

Descriptions

Présentation

► Concept indo-européen, la nourriture d’immortalité est un aliment dont se sustentent les dieux et toute créature divine. D’une nature éthérique et cosmique, probablement d’une consistance proche du miel, du beurre, du lait, de l’huile ou du vin avec lesquels il entre en analogie, il est peu différencié du nectar si ce n’est que certains poètes assurent que l’un est solide et l’autre liquide. Il peut être encore sous forme de baume ou de parfum.

↪ Chez Homère (Odyssée) la substance (Ambroisie (ɑ̃bʁwazi) [Subst. Fém.] | ● Grc. ἀμϐροσία {immortel} ↳ Lat. ambrosia {nourriture des immortels}), de couleur rouge, est rapportée par les colombes d’Aphrodite qui, survolant les Symplégades, viennent de la limite occidentale du monde : le jardin des Hespérides.

↪ Chez Callimaque, en revanche, c’est la corne d’abondance d’Amalthée qui recrée sans cesse le précieux breuvage. Comme le lait d’Heidrun et celui d’Hator, comme celui de la déesse-mère Ninhursag, maîtresse des collines et comme enfin les pèches de Xiwangmu, c’est un lait primal voir virginal, en tout cas matriciel, résolument féminin et surnaturel qui rend immortel les einherjar, les dieux égyptiens, les rois de Sumer et les sages et immortels taoïstes des montagnes.

↪ En sus de conférer cette immortalité, la nourriture divine restaure les blessure et la jeunesse, octroie aussi bien l’inspiration, le bien-être, l’énergie que la vision transcendante.

↪ On l’a analogiquement identifié tant de façon réaliste (un jus de plante, un alcool, une huile), psycho-physiologique (comme une sécrétion du corps humain) que spirituelle (comme la connaissance qui vivifie, délivre et fait accéder au paradis). Condensé de vie au sens supérieur, consommer cette boisson translate la vitalité de l’Homme dans le plan supérieur de l’immortalité et transmute son sang en ἰχώρ (ichor).

Descriptions

► Pourvue d’un goût sucré, d’une odeur embaumante et exquise tel une fleur mâtinée de rosée, rafraîchissante, subtile et régénérante, fontaine de jouvence, mimirsbrunn trouvant sa source au pied de l’arbre de vie universel, elle donne précisément la jeunesse éternelle par le perpétuel rajeunissement à quiconque y goûte, aussi, les dieux servent ce met aux héros qu’ils veulent ainsi rendre immortels.

↪ Comme cette nourriture possède une propriété curative et guéri ainsi les blessures sur lesquelles elle est appliquée, elle accentue la beauté lorsqu’elle est utilisé comme cosmétique et autre conséquence, elle empêche la putréfaction d’un corps sans vie, rend invincible à son contact comme en bénéficia Achille.

↪ D’autre part, elle accorde la puissance, une connaissance et par extension une conscience supérieure à celui qui la consomme comme il est explicitement indiqué dans l’épisode du Barattage de la mer de lait narré dans la littérature puranique et le Mahabharata.

Zeus, Indra, Agni, sont tous mythologiquement tenus pour consommer précocement et/ou une grande quantité de la fameuse substance, ce qui leur accorde une supériorité mystique sur leurs adversaires.

↳ Mais si Héraclès la conserve, festoie avec les dieux et épouse Hébé, Tantale pour l’avoir goûtée sans leur accord (ou distribué ce don à son entourage), se voit sévèrement puni. C’est en somme une pomme interdite que l’humanité tente de croquer par l’entremise du feu sacré olympien, une substance demeurant, gisant ou poussant dans l’au-delà où résident les dieux.

Fontaine de jouvence

► Le symbolisme de la fontaine de jouvence dont le nom est tiré de la nymphe éponyme, est lié à celui de la nourriture d’immortalité. Puisque la fontaine maîtrise le flux des entrailles de la terre, elle représente en conséquence, le contrôle des forces de fécondité, de régénération et de purification par leur extraction et leur mise en mouvement.

↪ Ainsi soustrayant ce flux à la vie sauvage, la fontaine est une source domestiquée, un fourreau entourant et pressant le liquide pour le faire jaillir comme peut le faire symboliquement l’arbre, la pierre et l’église qui le verticalisent et le sein qui le concentre. Ces outils permettent alors de capter mais aussi de stocker et dispenser ces forces en usant d’une part de l’industrie et l’intelligence Humaine et d’autre part, des merveilles de la nature.

↪ C’est la source d’eau vive au centre du paradis (𝕍 Le symbolisme de l’eau vive in Revue des Sciences Religieuses (32-4, pp. 335-346), Jean Daniélou, 1958.) qui émergeant près de l’arbre de vie, distribue en premier lieu ce qui le nourrit dans les quatre directions de l’espace mais en second lieu se fait fontaine d’enseignement comme peut l’être la fontaine Delphique de Castalie qui apporte la vision à qui boit ses eaux.

Fontaine de santé activée par les incantations de Diancecht, rocher du désert duquel Moïse fait jaillir l’eau et flanc du Christ (𝕍 le Triptyque de l’Agneau Mystique) au sang coulant par la Sainte Lance, le jaillissement de cette force vitale ne saurait ainsi se faire qu’aidée par la volonté Humaine tel Borvo embrassant Damona. Car sinon, la source serait perdue comme fut celle d’Olelbis dans le mythe des Wintun de Californie. Fontaine mercurielle en alchimie enfin, on la récolte avec un récipient, qui devient alors le Graal.

↪ La légende la fontaine de jouvence en soi prend sa source dans une légende moyen-orientale portée sur le papier au III dans le Roman d’Alexandre, même si un concept approchant est déjà mentionné par Hérodote (III :23). L’impatient empereur en quête de la fontaine, ne parvient pas à l’atteindre en raison de sa fougue. Jean de Meung en fera une description dans son Roman de la rose, signalant qu’en son sein repose une escarboucle.

Manifestations

► Étendant le concept vers le plan matériel, le liquide sucré émane du palais pour les pratiquants tantriques qui forcent le serpent à rendre ce qu’il leur a volé en l’apprivoisant, l’exhortant à baratter le soma et le faire couler en amrita. Il se fabrique avec l’alchimie qui veut obtenir l’or potable, l’élixir de longue vie, qui coule dans la Coupe de Jamshid et permet d’exercer la divination, qui coule aussi dans le Graal et offre l’illumination.

↪ Il devient ensuite objet religieux impliquant une fabrication artisanale et consécrative avec le rituel eucharistique chrétien qui est corps et sang du sauveur, pain des anges. Il devient encore l’haoma des cultes sacrificiels mazdéiques, les abhisheka du vajrayana et le pahul sikh qui impliquent tous la consommation d’une boisson rituélique lors de cérémonies initiatiques et sacrificatoire. C’est-à-dire des rituels de passages où la force vitale à besoin de se sublimer dans un état métaphysique, spirituel, pour bénéficier d’une existence au-delà du transitoire.

↪ Ces pratiques poussent enfin et naturellement à comparer la nourriture d’immortalité avec certaines boissons alcoolisées et/ou substances hallucinogènes consommées dans les religions chamaniques ou influencées par elles comme le kykéon des mystères éleusiaques, le chaudron d’hydromel poétique des nordiques, la boisson de gui des celtes ou les préparations de peyotl, de psilocybe, d’amanite ou encore d’iboga des chamans d’Amérique, de Sibérie et d’Afrique qui ont tous pour fonction de faire entrer en transe et de guérir.

↳ Dans ce cas, la substance se rapproche d’une plante, comme celle que Gilgamesh tente de récupérer sous l’eau. Quoiqu’il en soit dans tout ces exemples, les caractéristiques du breuvage demeurent les mêmes car il permet de vaincre les limitations : soumettre les maladies, écarter le mal, développer des pouvoirs, acquérir une plus grande conscience des choses, des êtres et des principes et en définitive, prophétiser, poétiser en fureur, rejoindre le divin.

Exemples

● Dans le christianisme, l’eucharistie qui est dite nourriture des anges, permet de communier avec le Christ et de s’élever à la nouvelle vie de chrétien. Le Graal, coupe (ou plutôt plat) d’émeraude qui a servi à récolter le sang du sauveur, permet d’accéder à l’éternité.

● En alchimie, l’élixir de longue vie ou or potable est une eau mercurielle extraite de la pierre philosophale par liquéfaction ou réduction. Cette cinquième élixir est une eau de jouvence et une panacée mais ne rend pas nécessairement immortel. Par extension il désigne aussi le mercure des alchimistes.

● Dans la mythologie grecque, les dieux embaumaient le corps des héros avec l’ἀμϐροσία (ambrosia) {immortel} afin de rendre leurs corps incorruptibles, de plus à partir de l’époque classique ils s’en nourrissent.

Homère indique qu’elle est solide, alors que le nectar est liquide. Hésiode précise qu’elle est amenée d’orient par des colombes, les dieux en nourrissent également leurs montures.

↳ Le supplice de Tantale met néanmoins en garde l’imprudent qui voudrait la posséder sans le mériter celle qui est Neuf fois plus douce que le miel et à la fragrance rosée.

↳ Son équivalent matériel est le κυκεών (kekyon) {mélange} que l’on utilisait dans le rite éleusiaque.

● Dans les religions dharmiques, l’अमृत (amrita) {non mort} figure les eaux célestes spiritualisées tirées selon la cosmologie hindoue, du समुद्रमन्थन {barattage de l’océan} où l’intervention de Vishnu fut décisive à bien des égards. Elle permet par une régénération perpétuelle de conserver la vie.

↳ Sa contrepartie matérielle est le सोम (soma) {action d’extraire}, plante médicinale, certainement hallucinogène, utilisée en sacrifice lors des rituels védiques que certains identifient comme étant l’herbe de lune (Asclepias acida ou Sarcostema viminalis) qui selon son symbolisme est capable d’agir comme un réceptacle vis à vis de la lumière solaire. Divinisée, gardée par les गन्धर्व (Ghandarvas), elle fut apportée aux hommes par un श्येन (shyena) {faucon ou aigle} afin de pouvoir communier avec les dieux au travers de l’ivresse sacrée.

↳ On trouve dans le Mandala IX (108) du Rig-Véda, des hymnes dédiés au soma. Ainsi : — Clarifie-toi, très liquoreux, — pour Indra, ô Soma, ivresse toute pleine d'énergie, — grandement, ivresse toute céleste - / — Quand il t'a bu, le taureau veut faire acte de mâle, — quand il l'a bu, lui le céleste. — Bien avisé, il s'est élancé à la conquête des vigueurs, comme Etaça à la conquête du butin. / — C'est bien toi, ô Pavamâna, le très céleste, qui as appelé les races divines, pour l'immortalité. / — Toi par qui Navagva, Dadhyan̄c découvre, par qui les prêtres, étant en faveur auprès des Dieux, ont obtenu une part de l'amṛta précieux, — par qui ils ont atteint la gloire. / — Le voici qui, pressuré à flots, se clarifie à travers la laine de brebis, très enivrant, — se jouant comme la vague des eaux. / — Lui qui, en fendant la pierre, en a fait sortir par la force les vaches rouges, les vaches des eaux qui y étaient enfermées... Tu t'empares de l'étable des vaches, de l'étable des chevaux ; comme armé d'une cuirasse, ô hardi, brise-la. / — Faites couler par le pressurage, répandez le soma, — comme un cheval, — traversant les eaux, traversant l'espace, — bruissant dans le bois, nageant dans l'eau. / — Le taureau aux mille flots, nourri de lait, cher à là race divine, qui, né selon la loi, s'est accru selon la loi, — lui le roi, le Dieu, développant la grande loi. / — Brille pour atteindre la splendeur, la grande gloire, ô maître de la vigueur, ô Dieu, en recherchant les Dieux. Détache le seau du milieu. / — Élance-toi par bonds dans les deux cuves, ô très habile, étant pressuré, comme un chef de races sur sa monture. Clarifie-toi en pluie du ciel, en écoulement des eaux. Donne la vigueur aux prières pour la recherche des vaches. / — Ce taureau qui communique l'ébranlement de l'ivresse, aux mille flots, ils l'ont trait, — lui qui porte toutes les richesses. / — Le mâle est né, engendrant, lui l'immortel, brûlant les ténèbres avec son éclat. Bien loué par les poètes, il a pris un vêtement, triplement, par sa puissance merveilleuse. / — Il est pressuré, lui Soma, lui qui apporte les trésors, les richesses, les aliments et la paix heureuse. / — Pour qu'Indra l'accepte de nous et le boive, pour que les Maruts le boivent, et Bhaga avec Aryaman, — afin qu'avec lui nous attirions Mitra et Varuṇa, afin que nous attirions Indra pour une grande faveur. / — Pour qu'Indra te boive, ô Soma, conduit en bride par les hommes, porteur de belles armes, très enivrant, clarifie-toi, très liquoreux. / — Entre dans le cœur d'Indra, [qui est un] vase à soma, comme les rivières dans la mer, — agréable à Mitra, à Varuṇa, à Vāyu, étai suprême du ciel.

● Dans l’Avesta, l’haoma {action d’extraire} est extrait du suc de l’haoma blanc, arbre mythique de vie du paradis. Comme substitut matériel, on utilisait l’haoma jaune (? l’amanite tue-mouches).

↳ De nos jours, ? par l’intermédiaire de la réforme zoroastrienne, il est préparé par les parsis en mélangeant de la sève d’Ephedra procera à du lait et de l’eau.

● Les pommes de jeunesse d’Idunn, épouse de Bragi, permettent aux dieux nordiques de demeurer immortels.

● Enfin, les pêches d’immortalité de Shouxing sont consommés par les sages taoïstes.

Synthèse

Alchimie Chamanisme Christianisme Druidisme Hindouisme Mazdéisme Mystères éleusiaques Mythologie égyptienne Mythologie grecque Mythologie nordique Sikhisme Taoïsme Vajrayana
➧ Or potable
➧ Coupe de Jamshid
➧ Poisons sacrés ➧ Eucharistie
Graal
➧ Boisson de gui ➧ Soma
➧ Amrita
➧ Haoma ➧ Kykéon ➧ Lait d’Hator ➧ Ambroisie ➧ Lait d’Heidrun
➧ Chaudron d’hydromel
➧ Amrit ➧ Pêches d’immortalité ➧ Dütsi

separateur

Là demeure encore la fille aînée de l’Océan au rapide reflux, la formidable Styx, reine abhorrée des Immortels […] ; La dixième partie en est réservée au serment : les neuf autres, serpentant autour de la terre et du vaste dos de la plaine liquide, vont se jeter dans la mer en formant mille tourbillons argentés, tandis que l’eau qui tombe du rocher sert au châtiment des dieux. Si l’un des Immortels qui habitent le faîte du neigeux Olympe se parjure en répandant les libations, il languit pendant toute une année, privé du souffle de la vie, ne savoure plus ni l’ambroisie ni le nectar, et reste étendu sur sa couche sans respiration, sans parole, plongé dans un fatal engourdissement. Lorsque, après une grande année, sa maladie a terminé son cours, il est condamné à des tourments nouveaux : durant neuf années entières, il vit séparé des dieux immortels, sans jamais se mêler à leurs conseils ou à leurs banquets ; à la dixième année seulement il rentre dans l’assemblée de ces dieux habitants de l’Olympe. Ainsi les dieux consacrèrent au serment l’onde incorruptible du Styx, cette onde antique qui traverse des lieux hérissés de rochers. (Hésiode, Théogonie, trad. Anne Bignan)