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Arthur
Pendragon


1280-90
Culture médiévale (Paris)

XV
Culture médiévale

1385 1400
Culture médiévale

1493
Michael Wolgemut

1509
João do Cró

1513
Artusmeister ap. Dürer
Contexte
Religion Christianisme (Celtique)
Premières traces VI ( chef breton ex. Riothamus ou Ambrosius Aurelianus)
Date de stabilisation X (Preiddeu Annwfn)
Zone de vénération Grande Bretagne, Europe occidental
Hauts lieux de culte Glastonbury Tor
Œuvres choisies
où mentionnées
Historia Britonum (Nennius)
Preiddeu Annwfn (Taliesin)
Historia Regum Britanniae (Geoffroy de Monmouth)
Merlin (Robert de Boron)
Lancelot (Chrétien de Troyes)
Le Morte d’Arthur (Thomas Malory)
Emprunt ● Chef breton (divinisation)
Rapprochements
P.Asx. : Beowulf
P.Cel. : Math
P.Irl. : Fionn mac Cumhaill
P.Oss. : Batraz
P.Scn. : Odin
Statut
Ordre Héros
Type Solaire
Polarité Masculin
Qualité Chevalerie
DemeureCamelot
Avalon
Physique ➧ Habillement militaire
➧ Cheveux mi-longs
➧ Barbu à partir de son intronisation
Attributs ➧ Excalibur
➧ Couronne Royale
Héraldique : d’Azur à trois couronnes d’or
Groupes ➧ Treize chevaliers de la Table Ronde
➧ Neuf Preux
Relations
Protect. :Dame du lac
Maître :Merlin
Père :Uther Pendragon
Mère :Ygraine
Femme :Guenièvre
Fils :Amr
➧ Llacheu
➧ Gwydre
➧ Kyduan
➧ Duran
➧ Smeirbhe
Sœur :Morgane la fée
Sujets :Lancelot
Perceval
Galahad
Ennemis :Mordred
Cath Paluc
➧ Twrch trwyth
Caractéristiques
Romanisation ➧ Arthur
➧ Arthurus
➧ Artorius
Transcription littérale Roi-Ours {Arth-Rix}
Fonctions ➧ Fédérateur des peuples celtes par le christianisme
➧ Chef de la Table ronde
➧ Initiateur de la quête du Graal
Caractères ➧ Royauté Justice Éternité
➧ Initiation Ancien Dormition
➧ Unité Félicité Perdition
Épiclèses ➧ Pendragon {Tête de Dragon}
➧ Penn-drogn {Commandant}

Notes

I. Sources galloises

► Le personnage d’Arthur, modèle du chevalier preux et généreux, s’est élaboré sur près de dix siècles et est issu de plusieurs matériaux : principalement de l’agglutination de plusieurs mythes et légendes relatives au fond celtique, puis, de la créativité littéraire d’auteurs, romanciers émergents. Plusieurs sources, d’abord galloises, permettent de contextualiser l’historicité d’Arthur (sans que cette dernière ne soit cependant avérée) et la formation de sa légende littéraire et initiatique. On trouve déjà des allusions à un Arthur dans deux anciens poèmes gallois du d.VII (Y Gododdin d’Aneirin semble être le plus ancien). Nennius (Historia Britonum, 4) est cependant connu comme étant le premier à le situer : Arthur serait un dux bellorum du V VI ayant lutté de façon déterminante aux cotés des chefs celtes, contre les saxons qui, à la faveur du retrait progressif des garnisons romaines, envahissent d’outre-manche la Grande-Bretagne. Douze batailles victorieuses sont mentionnées et la dernière, au cours de laquelle Arthur tue à lui seul 960 hommes, la Bataille du mont Badon, est sans doute celle mentionné par Gildas le Sage in De Excidio Britanniae.

Les mirabilia de l’Historia situent en outre deux merveilles associées à son nom qui se trouvent au sud-est du Pays de Galles : La tombe de son fils Amr/Amhar (prototype de Mordred) en Ergyng et le CarnCabal en Buellt portant une pierre sur laquelle figure la trace de son chien Cabal. Ce dernier l’imprima durant la chasse du porc Terit/Troit (le roi transformé en sanglier merveilleux porteur de talismans : Twrch trwyth, issu du Culhwch ac Olwen dans le Livre blanc de Rhydderch) effectuée par Arthur à l’aide de Mabon ap Modron et qui constitue son premier exploit. Il est dit que si on emporte la pierre, elle revient invariablement à sa place. Les Annales Cambriae indiquent quand à elles à propos de cette bataille qu’Arthur a porté la croix de notre Seigneur Jésus-Christ pendant trois jours et trois nuits sur ses épaules et les Britanniques ont été les vainqueurs puis mentionnent que durant la bataille de Camlann (537), Arthur et Medrawd (Mordred) sont tués.

↪ Dans les vies des saints du XI, Arthur tient généralement le rôle d’un roi dont le saint se concilie l’appui par l’intermédiaire d’un miracle. Plus spécialement dans la Vita Gildae, Gildas sert d’intermédiaire dans un conflit opposant Arthur et un autre roi, Melwas (Méléagant) roi de l’Aestiva regio {Pays d’été} qui avait enlevé la reine Gwenhwyfar {Blanc fantôme} (Guenièvre) (ce rôle est par la suite attribué à Mordred). Chanté par les bardes et conteurs gallois et armoricains (𝕍 les mss. des Triades galloises bs. Bibliothèque nationale du pays de Galles), Arthur, armé de Caledfwlch {dure entaille} (Excalibur) devient un roi conquérant qui parvient à dominer le monde connu (c’est le témoignage de Glewlwyd dans le Culhwch ac Olwen) et le personnage est développé dans plusieurs poèmes recelant des motifs celtiques.

II. Fils de l’Annwfn et roi mystique du monde matériel

► Arthur, d’abord un personnage seulement épique, devient en plus, un personnage ancré dans le merveilleux. Roi solaire doté de pouvoirs magiques, sage autant que puissant, il vit des aventures le mettant en relation avec le spirituel et le fabuleux, histoires où la frontière entre le monde matériel et l’au-delà est mince.

Dans le Preiddeu Annwfn du Livre de Taliesin ( X), Arthur se rend a Caer Siddi (forteresse située dans l’Annwfn) notamment pour ramener le chaudron magique, prototype du Graal, qui donne une nourriture inépuisable aux braves mais demeure vide pour les poltrons. Outre ses expéditions dans l’au-delà, Arthur et ses alliés, purificateurs, font régner l’ordre et la justice, exterminent les monstres et les sorcières qui tourmentent le pays. Cai (Keu) est le champion le plus mis en avant et déjà dans le Pa Gur au X, il pourfend neuf sorcières, des lions et le monstrueux Cath Palug.

Beaucoup des héros (et des animaux) faits chevaliers qui accompagnent le roi paraissent doués d’un statut spirituel et surnaturel lié au polythéisme celte : Arthur est ainsi mis en relation avec Pwyll et Pryderi (le premier est cité comme membre de la court d’Arthur dans la longue liste donnée par Kulhwch dans le Culhwch ac Olwen), figures centrales de Pwyll, prince de Dyfed branche méridionale des Mabinogion. Notons d’ailleurs, que le personnage de Gargantua prend son origine dans des récits populaires oraux (popularisé par Les Grandes Chroniques du grand et énorme géant Gargantua) narrant les aventures d’un géant créé par Merlin et intégré dans la cour du roi Arthur, récits ayant influencé Rabelais. Guenièvre elle-même est une fée incarnant le pouvoir magico-érotique et son mariage avec Arthur sanctionne une alliance entre l’au-delà celtique et la cour d’Arthur. L’un de leur fils, Llacheu est doué de voyance. Du reste, le père d’Arthur, Uther Pendragon, sous un aspect humain, semble figurer un roi de l’Annwfn et Ygraine sa mère, comme Morgane, sœur (ou demi-sœur) d’Arthur sont également des fées. Arthur, est encore protégé par la Dame du Lac (Nimue/Viviane) et porteur d’Excalibur, épée foudroyante, vraisemblablement héritière du Caladbolg de Fergus Mac Roeg et ultimement du Gae bolga de Cúchulainn. Le Lanzelet de Ulrich von Zatzikhoven au d.XIII, premier roman allemand consacré à Lancelot, introduit le personnage de la Dame du Lac. Elle sera précisée dans le Lancelot-Graal (dit Cycle Vulgate) et développée dans le Cycle Post-Vulgate (1230 1240) qui relate l’épisode où elle donne Excalibur à Arthur en remplacement de l’épée du rocher, brisée durant un combat. Enfin et bien sûr, le plus proche allié d’Arthur, Merlin, véhiculant actuellement l’archétype suprême du magicien pour l’occident est à de nombreux égards un être surnaturel (métamorphoses, prophétisme, connaissance magique de la nature et bâtisseur de constructions fabuleuses).

↪ Prototype du héros, on estimait au XII en Galles comme en Cornouailles ou en Bretagne, qu’Arthur était toujours vivant (ou plutôt transfiguré dans le symbole polaire du Karr Arzhur) car soigné par sa sœur Morgane en Avalon (Situé dans l’Annwfn et proche des Îles bienheureuses grecques) où il fut transporté sur une barque magique par cette dernière, la Dame du Lac, la reine des Galles du Nord et la reine de la Terre Gaste. Guerrier dormant et figure messianique britannique (celtique même), il attendait là son heure pour revenir (comme ntm. Merlin, Finn Mac Cumhail, Vainamoïnen, Wolfdietrich ou même Charlemagne, Jeanne d’Arc ou encore Napoléon…). Conformément à la tradition littéraire, il était dit que sur sa tombe était inscrit : Hic Jacet Arthurus, Rex Quondam Rexque Futurus {Ci-gît Arthur, Roi un jour, Roi à l’avenir}. La fameuse Croix de l’abbaye de Glastonbury, annoncée en 1191 comme étant contenue dans le tombeau d’Arthur et perdue depuis XVIII, indiquait seulement : Ci-gît le grand roi Arthur dans cette sépulture et avec lui une seconde en esprit, sa femme Gwenhywyvar. En Cornouailles on dit encore qu’Arthur apparaît sous la forme d’un crave à bec rouge ou d’un macareux et en Bretagne, la Chasse Arthur est une chasse sauvage menée par le roi poursuivant éternellement Twrch trwyth. Cette légende fut diabolisée par le christianisme pour qui cette chasse, toujours infructueuse et durant jusqu’au jugement dernier est une punition pour avoir quitté une messe et lui préférer une chasse.

II. Le cycle arthurien et la christianisation

► Bien que les récits arthuriens bénéficiaient déjà d’une audience dans le monde chrétien, le personnage acquière une notoriété très significative dès 1137 avec l’Historia Regum Britanniae du gallois Geoffroy de Monmouth qui donne une dimension unifiée et imposante au récit sous forme de chronique, posant les jalons les plus importants de ce qui constituera par la suite la matière de Bretagne. Il entérine notamment le rôle décepteur de Mordred (sans pourtant donner des détails sur ses motivations), esquisse de façon nette le personnage de Merlin (stt. dans sa Vita Merlini), dont le prototype principal est le Myrddin Wyllt gallois, et introduit l’idée de l’insula Avallonis lorsque Arthur est mortellement blessé par Mordred. Dans le récit de Geoffroy, Arthur, suivant les pas de son père, sauve en effet la Bretagne en proie au chaos et à l’anarchie en repoussant saxons, pictes, écossais et irlandais. Excellent dirigeant dont la cour atteint des sommets de richesse et de raffinement, il conquière ensuite l’Islande, la Götaland et la Gaule. Mais la Rome décadente demandant un tribut, il est de nouveau poussé en campagne. Mordred en profite pour le trahir et Arthur doit rentrer pour le vaincre, il est cependant mortellement blessé dans le conflit.

En France, Wace, sur la demande de Henri II Plantagenêt, fournit une adaptation (on ne peut parler de traduction) en vers français de cet ouvrage avec son Roman de Brut (dédié à Aliénor d’Aquitaine) en 1155 et formule l’idée de la Table ronde (vision d’abord attribuée à Arthur puis à Merlin par Robert de Boron et dont l’objet est l’égalité autour de la table). Puis cet ouvrage est à son tour réadapté en moyen anglais (l’un des premiers textes utilisant cette langue) par Layamon sous le nom de Brut (f.XII) dans lequel la naissance d’Arthur est décrite comme bénie par la présence des elfes qui le consacrent de dons merveilleux. Ces même elfes le transportent en Avalon et au lieu de Morgane, c’est ici Argante, leur reine, qui rend la vie au héros.

↪ Durant le bas Moyen Âge, la figure d’Arthur, soutenue par les Plantagenêts qui cherchent une légitimité mythique, est omniprésente dans la littérature et mue par une étincelante floraison. Elle essaime dans l’Europe occidentale (Espagne, Italie, Allemagne), jusque en Scandinavie, qui est sensible à l’écho que trouve cette littéraire avec les traditions locales (légendes, fêtes, chants, toponymie…) qui, pour le territoire français, plongent leurs racines dans la culture orale gauloise. En France, le cycle arthurien glisse de la chronique à un style littéraire plus élaboré et le rôle du roi Arthur, d’acteur, devient régisseur et observateur, une digne incarnation des idéaux chrétiens et chevaleresques :

Chrétien de Troyes d’abord, attaché à la cour de Marie de France (fille d’Aliénor d’Aquitaine), greffe de nombreuses histoires au mythe arthurien, il rationalise et démythifie également le personnage en même temps qu’il subtilise et symbolise les interactions et motivations des personnages. Il introduit la forteresse de Camelot (le plus souvent associé à Cadbury Castle près de Glastonbury dans le Somerset) progressivement appréhendée comme ville idéale et centre du monde concentrant les forces du savoir, de la poésie et de l’alchimie et où les chevaliers attendent les quêtes que des personnages fabuleux viennent leur proposer, parfois sous forme de supplique ou d’autres fois de défis. Durant ces aventures, les protagonistes rencontrent des personnages amicaux ou vils, des ermites mystérieux, des demoiselles parfois en détresse, d’autres fois savantes ou dangereuses. Ils sont en contact avec des créatures féeriques et des esprits, visitent des lieux merveilleux, interagissent avec des sources sacrés et des objets animés qui sont autant d’allégories hermétiques des aides et épreuves sur le chemin mystique de Dieu dont les étapes sont sanctionnés par les vertus chevaleresques : noblesse, pureté, fidélité et justice. Chrétien de Troyes, introduit également le personnage de Lancelot (Érec et Énide) puis, inspiré par l’histoire de Tristan et Iseut (Le Roman de Tristan de Béroul est de 1170 mais le motif du triangle amoureux remonte au IX avec Diarmaid et Grainne du Cycle fenian), élabore également le motif de l’adultère entre Lancelot et Guenièvre dans le Conte de la Charette (1175 1181). Il imagine également la figure du Graal dans le Le Conte du Graal (1182 1190). Chrétien de Troyes donne enfin une impulsion considérable à l’amour courtois dans les cour d’Europe (et que certains chercheurs relient à la mystique cathare) dont les echos se font encore sentir dans les sociétés occidentales modernes. Inachevé, son Conte du Graal est poursuivit ntm. par quatre continuations versifiées et le surprenant Perlesvaus.

Robert de Boron dans son Estoire dou Graal (1190 1199) amplifie quant à lui, en prose, l’aspect chrétien de la légende (il identifie le Graal comme étant le calice qui servit à Jésus-Christ lors de la Cène) et introduit le mythe de l’épée dans le rocher durant l’écriture de son Merlin (1190 1199).

Le Pseudo-Map dans son Lancelot-Graal (1210 1235), agglutine ces thématiques dans un cycle en prose et ajoute ses propres apports comme la position antagoniste de Morgane.

III. Stabilisation, oubli puis réminiscence

► Au d.XIII, le minnesänger, Wolfram von Eschenbach dans son Parzival mettra en avant l’aspect chevaleresque et ésotérique du cycle arthurien. Toute cette tradition littéraire médiévale aboutit à la Morte d’Arthur (1485) de Thomas Malory, thématiquement précédé par la Morte Arthur en stances et la Morte Arthure allitérative de ses compatriotes anonymes (respectivement du XIV et d.XV), chez qui la forme, particulièrement synthétique est également résolument romanesque. Dès lors, le cycle arthurien n’évoluera plus et sera même oublié durant la renaissance si ce n’est par Spenser, qui, influencé par Malory, écrira La Reine des fées en 1590.

↪ L’œuvre de Malory influencera ensuite les victoriennes Idylles du Roi (1859) de Tennyson, la poésie préraphaélite de Swinburne et celle de Bulwer-Lytton avec son Roi Arthur (1848). Arthur et ses chevaliers reviennent en effet dans la grâce des intellectuels et des artistes durant la période romantique. Cette matière de bretagne touchera enfin notablement les œuvres de Shakespeare, Wagner, comme celle de Tolkien.

separateur

■ On trouve des représentations de la légende arthurienne dans les cathédrales de Modène (𝕍 La légende arthurienne dans la sculpture de la cathédrale de Modène in Cahiers de Civilisation Médiévale (6, 23), pp. 281-296, Jacques Stiennon & Rita Lejeune, 1963 Lien vers le document sur Persée) et Otrante ainsi que dans la Basilique San Nicola de Bari, on raconte que le Graal fut présent non loin de cette dernière, au Castel del Monte.

Représentations postérieures


XIX
Henry Whaite

1857
Dante Rossetti

1847 1862
William Scott

1863
Edward Burne-Jones

1898
George Rhead & Louis Rhead

1903
Charles Butler

1922
Newell Wyeth

1929
Newell Wyeth