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Roger Bacon
Le Docteur admirable

Données générales

PériodeLieu
GénéralXIIAngleterre
Naissance 1214Ilchester, Angleterre
Décès11 Juin 1294 (80 ans)Oxford, Angleterre
Cause
Inhumation
Couvant de Saint-François (Oxford, Angleterre)

DomaineCourantOrdre
Alchimie
Astrologie
Science
Philosophie
Théologie
Linguistique
Empirisme
Augustinisme
Franciscanisme
Ordres des frères mineur 🎓

RelationsNom
Entourage
RivalitéAlbert le Grand
RencontreArnaud de Villeneuve
Influence
MaîtrePierre de Maricourt
Robert Grossetête
ProfesseurEdmond Rich d’Abingdon
ParAl-Kindi
Augustin d’Hippone
Aristote
Averroès
Avicenne
Joachim de Flore
Pseudo-Denys l’Aréopagite
Robert Grossetête
Sur Arnaud de Villeneuve
Raymond Lulle

Repères biographiques

► Bacon est issu d’une famille aisée mais ruinée pour des raisons politiques. Étudiant à Oxford et élève de Grossetête, il fréquenta ensuite l’université de Paris de 1236 à 1251 où il obtint son doctorat de théologie puis s’oriente vers la philosophie naturelle. Il devient franciscain en 1247. Il apprit le latin, l’hébreu, le grec, l’arabe et le chaldéen afin de pouvoir lire dans le texte les œuvres, jugeant les traductions de son époque inexactes. Il est un des premiers à commenter Aristote alors pourtant interdit. Il l’enseigna d’ailleurs plus tard à Oxford.

► Son enseignement fut interdit en 1257 et il fut surveillé pendant quinze ans. Il finit par être libéré de ces tracasseries sous le pontificat de son protecteur Gui Foulques, devenu le Pape Clément IV. Il voulu réformer le calendrier Julien y ayant aperçu des erreurs mais le Pape n’accéda pas à sa requête. En 1277 ses œuvres furent estimées suspectes, ? à cause de sa position vis à vis de la scolastique et des sciences occultes comme l’astrologie, la magie et l’alchimie ; s’opposant en effet aux classifications dépréciatrices des dominicains et réductrices des thomistes, il étudie en effet ces disciplines de concert avec les sciences naturelles, devançant de quatre siècles Newton. Il sera finalement emprisonné à la mort de son protecteur sous le pontificat de Nicolas IV à partir de 1278. Il finit par être libéré grâce a Raymond Gaufredi alors ministre général des franciscains en 1292, mais il mourut deux ans après.

◆ Bacon était un éclectique et un empiriste, un réformateur dans l’âme tant de la société que de l’Église. Il estime que la Bible dépositaire du savoir universel, ne peut livrer ses secrets, qu’à l’Homme possédant à fond toutes les sciences, tant dans leur partie théoriques que pratiques. Aussi, dans sa démarche electrique et en sus des sciences occultes, il s’intéresse aussi bien aux mathématiques et aux sciences naturelles, qu’à l’optique ou à la grammaire. Dans son Opus minus, il fustige ses contemporains qu’il estime non seulement manquer de vertu mais aussi de formation intellectuelle. Les mathématiques (qu’il considère comme la clef des sciences) et les langues sont pour lui, les bases fondamentales du savoir, précise-il dans son Opus majus. Il pratiqua de nombreuses et dispendieuses expériences (J’ai dépensé plus de dix mille livres pour me procurer des livres occultes, réaliser de multiples expériences, étudier les langues, obtenir des instruments, des tables et autres), remettant en cause les acquis - y compris religieux - ce qui comme nous l’avons déjà mentionné, lui attirèrent la suspicion de ses frères, qui l’accusèrent de pratiquer la sorcellerie.

↳ Admirateur de Pierre de Maricourt le "maître de l’expérience" célèbre pour ses travaux précurseurs sur l’aimant, on le considère volontiers comme le père de la méthode scientifique ou au moins comme celui de l’optique, on aura même retrouvé dans ses notes la formule de la poudre à canon, comme dans celles de son rival Albert le Grand. Il a proposé une organisation différente des sciences et de l’éducation basé sur l’empirisme alors que la scolastique régnait. Il préconisait un amour du savoir et visionnaire, il aura décrit plusieurs inventions mécaniques à venir comme la voiture ou l’avion, le bateau sans voiles ni rames ou le bathyscaphe ou encore la lentille de contact.

↳ Il est opportun de préciser que la notion d’experimentum de Bacon se manifeste dans un ars, établissant un rapport étroit avec les fondements théologiques : s’il est rationaliste dans ses méthodes, c’est avant tout un mystique. Pour lui la foi doit guider l’intelligence et la vis imaginativa. La science doit être guidée par la sagesse et est elle-même une sapience dont les découvertes doivent s’illustrer par les mathématiques, s’éclairer par l’expérience pratique et se confirmer dans l’exégèse biblique. Elle permet de percer les vérités cachées de la nature et de déceler les liens secrets qui unissent l’Homme à l’univers. L’alchimie pratique par exemple, est pour lui une confirmation expérimentale de l’alchimie spéculative qu’il distingue nettement. Elle permet par son application, de comprendre et d’améliorer la nature, d’apporter le bonheur et le prolongement de la vie à l’humanité ainsi que de résister à la venue à l’antéchrist. Pour lui la passion est un exemplum du processus transmutatoire et il établit une analogie entre la transmutation des métaux et l’incarnation du Christ. Bacon emprunte à Avicenne le couple primordial soufre/mercure, mais chez lui, l’importance de la matière première est minorée au profit des quatre éléments.

◆ Bacon allie l’attrait pour l’ésotérisme à l’esprit franciscain et concilie science expérimentale et occulte, connaissance extérieure et révélation intérieure. Il pense que Dieu, qui est le créateur de l’intellect et de l’âme intellective dans l’Homme, est le seul apte à délivrer la véritable philosophie, qu’il révèle aux rois et aux sages. Cette âme intellective, immortelle et apte à la contemplation spirituelle par le biais de son intellect agent, possède sa forme et son corps, soit comme l’entendent les franciscains, sa matérialité spirituelle propre. Bacon pousse une réflexion sur la nature et le rôle médiateur du Christ, pour lui comme pour son contemporain Bonaventure, il estime que seul le Christ peut permettre à l’âme de se réintégrer après la chute. Par sa pratique spirituelle il disait avoir obtenu un or que ni l’alchimie, ni la nature ne pouvait produire. On trouve un recueil de ses œuvres alchimiques de Bacon dans le Sanioris medicinae. Certains lui accordent le fait d’être le rédacteur du manuscrit de Voynich. Comme maints auteurs célèbres à l’abondante bibliographie, on trouve nombre de pseudépigraphes plus ou moins justement reconnus comme tels. Comme d’autres religieux savants tels Sylvestre II et Albert, on estime que Bacon possédait une tête de bronze capable de rendre des oracles.

Roger Bacon, sa vie, ses ouvrages, ses doctrines, 1861, Emile Charles. | bs. Bibliothèque Nationale de France. Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France

Œuvres choisies

  • Lettre sur les prodiges de la nature et sur la nullité de la magie {Epistola de secretis operibus naturae et artis et de nullitate magiae}, 1260
  • Œuvre majeure {Opus majus}, 1267
  • Œuvre troisième {Opus tertium}, 1270 Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France
  • Le Secret des secrets {Secretum Secretorum}, Information inconnue. [Commentaire]
  • Des Signes {De signis}, Information inconnue.
  • La plus saine des médecines {Sanioris medicinae}, 1603 Lien vers l’œuvre sur Internet Archive.
  • attr. Le miroir d’alchimie {Speculum alchemiae}, ? XV Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France
  • attr. De l’admirable pouvoir et puissance de l’art & de la nature, ou est traicté de la pierre philosophale, Information inconnue.

Citations

La sagesse de la philosophie est soumise à la théologie.
Opus Majus
La foule a été dédaignée de tout temps par les grands hommes qu’elle a méconnus ; elle n’assista pas avec le Christ à la transfiguration, et trois disciples seulement furent choisis. Ce fut après avoir suivi pendant deux ans les prédications de Jésus que la foule l’abandonna et s’écria : Crucifiez-le !
Opus Majus
On peut, sur les vérités de fait, se passer de la démonstration si l’on sait se servir de l’expérience.
Opus Majus
Ayant établi par l’expérience ce que les philosophes ont montré comme évident avant nous, il s’ensuit immédiatement que toute connaissance ici-bas dépend du pouvoir des mathématiques.
Parce que les choses sont au-dessus de votre intelligence, vous les appelez œuvre du démon. Les théologiens et les canonistes dans leur ignorance les abhorent comme des productions de la magie
L’alchimie spéculative traite de la génération des choses à partir des éléments, de tout ce qui est inanimé : des humeurs simples et composées, des pierres communes et des pierres précieuses, des marbres, de l’or et autres métaux, des soufres, sels et teintures, du lapis-lazuli, du minium et autres couleurs, des huiles, des bitumes combustibles, et des choses en nombre infini qu’on ne trouve mentionnées ni chez Aristote, ni chez aucun des Latins. Cette science, la plupart des savants ne la connaissent pas. Il s’ensuit donc qu’ils ignorent nécessairement les phénomènes naturels qui sont sous sa dépendance, à savoir la génération des êtres inanimés […] (L’alchimie pratique) enseigne à fabriquer des métaux nobles, les couleurs et beaucoup d’autres choses par l’Art, mieux ou plus abondamment que ne les produit la nature. Une telle science a le pas sur toutes celles qui l’ont précédées, car ses résultats sont d’une grande utilité […] Ses œuvres confirment l’alchimie théorique et, par conséquent, la philosophie naturelle et la médecine.
Nous avons établi par l’expérience que les étoiles causent la génération et la décomposition sur la terre, comme chacun peut le voir.
On ne peut rien objecter aux mathématiques qui sont une partie de la philosophie, mais seulement aux mathématiques qui sont une partie de la magie. C’est contre ces dernières seulement que les saints ont parlé, alors qu’ils exaltaient les vraies mathématiques. Car les mathématiques sont doubles, les unes sont superstitieuses quand elles soumettent toutes les choses et le libre arbitre à la nécessité et qu’elles prétendent à une connaissance du futur.
L’homme qui apprend doit croire ; celui qui sait doit examiner.
Ceci est une chose merveilleuse. Les magiciens font leur expérience en répétant toutes sortes d’incantations. Moi, j’ai méprisé ces incantations et j’ai découvert l’action merveilleuse de la nature, qui est semblable à celle de l’aimant de fer.
Le meilleur moyen de connaître Dieu est une expérience de douceur ; c’est un moyen bien plus excellent, plus noble et plus délectable que l’argumentation.
Opus Majus