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Yaqub Ibn Ishaq al-Kindi
Alkindi, Alchindius, Le Philosophe par excellence, Le Philosophe des arabes

Données générales

PériodeLieu
GénéralIXIrak
Naissance 800Koufa, Irak
Décès 870 ( 70 ans)Bagdad, Irak
Cause
Inhumation

DomaineCourantOrdre
Médecine
Philosophie
Traduction
Théologie
Musicologie
Astrologie
Magie
Islam
Néoplatonisme

RelationsNom
Influence
ParAlexandre d'Aphrodise
Aristote
Platon
Porphyre
Proclus
ÉlèveAlbumasar
SurArnaud de Villeneuve
Isaac Israeli ben Salomon
Jérome Cardan
John Dee
Marsile Ficin
Miskawayh
Roger Bacon

Repères biographiques

► Son père était le gouverneur de Koufa (ou Basra ?) où il fut éduqué, mais c’est à Bagdad qu’il poursuit ses études, obtient la protection des califes abbassides Al-Ma’mūn puis Al-Muʿtas̩im le frère du premier, et intègre la بيت الحكمة (bayt al-ḥikma) {Maison de la sagesse}. Il est d’abord protégé par les Califes se succédant, devenant même le tuteur du fils de l’un d’eux. Il mourra pourtant dans la solitude et verra sa bibliothèque confisquée, d’une part à cause des persécutions à l’égard des musulmans non orthodoxes (ce qu’il était eu égard à son intérêt pour la pensée grecque) qui avaient cours alors et à d’autre part à cause de dissensions internes dans la Maison de la sagesse.

◆ Philosophe et scientifique reconnu de son temps il s’est penché sur Aristote mais surtout sur la métaphysique platonicienne. Grâce à sa fortune personnelle il traduisit ou a minima annota en arabe plus de 260 traités grecs et il n’hésita pas à employer l’aide de traducteurs chrétiens à cette fin. Parmi ces traductions, on trouve la Théologie et la Métaphysique d’Aristote, la Géographie de Ptolémée ainsi que plusieurs traités tirés de l’école néoplatonicienne d’Alexandrie et d’Athènes. Il aura écrit près de trois cent ouvrages sur des sujets multiples concernant notamment l’arithmétique et la géométrie et leurs rapports avec la théologie et la philosophie, ainsi que sur la musicologie, l’optique (son traité De scpectibus traduit par Crémone arrive au XII eu Europe) et la médecine (de même, De gradibus). Malgré cette bibliographie variée et conséquente, très peu de traités nous sont parvenus intacts mais beaucoup sont traduits en latin dès le moyen-âge.

◆ En outre son influence dans l’introduction de la pensée grecs dans l’islam, il s’est penché sur la compatibilité entre philosophie et théologie naturelle. Il distingue en effet deux mondes et les types de connaissances qui s’y rapportent qui impliquent deux approches différentes : d’une part les sciences humaines, constituées du quadrivium ainsi que de la logique et de la philosophie et d’autre part la science divine, non rationnelle, qui est détenue par les prophètes et qui aborde des sujets comme la création, la prophétique et la résurrection des corps. Pour lui, le but de la philosophie, une fois harmonisée avec la prophétique est l’union à Dieu, "l’Unique", au-delà de l’intellect agent, qu’il approche par une théologie négative.

◆ Il reprend en outre, la division quintipartite de l’intellect telle que définie par Alexandre d’Aphrodise dans son De l’Âme (en puissance, conceptuel, en acte, agent et divin) dont on sait l’importance jusqu’à la renaissance et que le faylasūf commentera dans son Épître sur les problèmes de l’intellect. Al-Kindi, dont la pensée se rapproche de l’ismaélisme, emprunte au néoplatonisme sont émanationisme en exposant une cosmologie dont les parties, issues de l’un, sont composée d’intelligences hiérarchisées qui divisent leurs fonctions jusqu’à atteindre le plan matériel, lieu du devenir. Il rédige aussi le premier ouvrage de cryptanalyse et on le considère du reste comme le premier philosophe de langue arabe, même s’il sera supplanté par Avicenne. Ainsi, adepte de la hikmat ilàhiya {sagesse divine} et producteur d’une pensée qui distingue autant qu’elle synthétise, il aura une influence sur l’ésotérisme occidental. En effet, ses raisonnements emprunts à la fois de platonisme et d’aristotélisme et portant autant sur les techniques divinatoires que la magie permettent à ces disciplines de disposer d’une assise rationnelle, philosophique et métaphysique. Sur l'astrologie notamment, ses traités iudiciis astrorum {Du jugement des astres} et De pluviis {Des pluies} traduits en latin 1507 bénéficient d'une bonne réputation. Son De radiis est particulièrement pertinent en ce qu'il véhicule des concepts sur la lumière et le rayonnement qu’on ne retrouvera qu’à la renaissance et qui influencent Bacon comme Dee.

𝕍 Variations sur le thème du temps chez al-Kindi in Revue Philosophique de Louvain (102, 2, pp. 306-318), Jean Jolivet, 2003. Lien vers l’œuvre sur Persée

Œuvres choisies

  • 𝕍 Cinq épîtres (Épître des définitions, Propos succinct et bref sur l’âme, Traité sur la quiddité du sommeil et de la vision, De ce qu’il y a des substances incorporelles, De l’unicité de Dieu et de la finitude du corps du monde), 1976.
  • De Radiis : Théorie des arts magiques, IX.

Citations

Étant donc donné que le monde des éléments est une image du monde sidéral, de telle manière que n’importe quelle chose qu’il contient en renferme la forme, il est manifeste que chaque chose de ce monde, quelle soit substance ou accident, émet à sa manière des rayons comme le font les astres ; s’il n’en était ainsi, ce monde ne représenterait pas pleinement le monde sidéral.
De Radiis
L’homme donc, par son être correctement proportionné, se présente comme semblable au monde lui-même. C’est pourquoi nous disons qu’il est un petit monde, et qu’il reçoit, comme le monde, le pouvoir d’induire un mouvement dans une matière appropriée grâce à son action, à condition d’avoir d’abord élaboré dans son âme une imagination, une intention avec certitude. En effet, l’homme qui veut réaliser quelque chose imagine tout d’abord la forme de la chose qu’il veut imprimer par son action dans une certaine matière ; une fois l’image de la chose conçue, selon qu’il a jugé cette chose utile ou inutile pour lui, il la désire dans son âme ou la rejette. Par conséquent, s’il a jugé que cette chose était digne de son désir, il désire les accidents grâce auxquels cette chose peut venir à l’acte, selon l’opinion qu’il s’en est faite.
De Radiis
Néanmoins chaque mot, et même chaque parole, qu’il soit significatif ou non, a une matière propre donnée par l’harmonie, sur laquelle il agit lorsqu’il est prononcé avec la solennité adéquate, comme cela a été dit ; a tel point que, si l’intention de celui qui le prononce se tourne vers une autre matière que celle que les mots requièrent naturellement, leur prononciation demeure sans doute inutile, comme cela arrive souvent.
De Radiis