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Centre du monde

Données générales

Date de stabilisationLieu de la stabilisationLieu d’utilisation principalÉquivalents approximatifsÉléments d’ensemble
NéolithiqueUniverselUniversel Arbre de vie
= Point
Totalité cosmique

Descriptions

Définition

► Assimilé au point, au principe originel et ordonnateur, la notion de centre est inséparable de celle de Dieu. Microcosme dans le macrocosme, plan de la réalité entouré d’illusions et repère dans l’obscurité, le centre est une imago mundi permettant une fois dilaté en cercle et projeté dans le monde matériel, de délimiter un espace sacré. La totalité du cosmos y étant virtuellement contenu, rien n’y manque et à partir de ce point conceptuellement idéal et infini dans la manifestation, un embranchement de la création peut être crée.

↪ Hiérophanie faisant irruption dans le monde accidentel, c’est à la fois un espace de protection - car possédant tout, il ne réclame rien et chasse ainsi le chaos - mais aussi de fertilité puisque l’interaction des éléments essentiels y sont équilibrés et leur proximité maximale, raison pour laquelle le cinq, unité supplémentaire du quatre, symbolise le centre, la synthèse royale de domination que représente l’Homme et son équivalent symbolique : le pentagramme. Tel le gnomon qui à midi ne fait aucune ombre, la potentialité y donc entière et la sotériologie transmutatrice possible.

Extensions

Potentiellement, tout lieu, tout être et tout objet est un centre : c’est sa sacralisation, sa sur-élévation symbolique qui lui donne un statut particulier d’une part à l’échelle d’une personne ou d’une collectivité et d’autre part dans une projection temporelle plus ou moins longue.

↳ Le centre focalise les attentions et les intentions psychiques dans un but déterminé : les lieux de culte et ceux de pouvoir, le foyer ou certains lieux naturels pourvus de spécificités inspirantes sont donc les centres les plus fréquemment rencontrés dans les sociétés.

↳ Et de même, selon le niveau de focalisation à partir duquel on se place le centre peut être le foyer et le pilier central des maisons, l’autel et les colonnes dans les lieux saints mais aussi un royaume ou une cité, une île (comme l’Emain Ablach Irlandais), un jardin (Comme l’Eden) ou une caverne et même, la planète terre et notre univers entier comme endroit privilégié d’où atteindre le divin.

↪ Devient enfin centre, tout individu possédant les qualités requises pour focaliser l’attention de ses semblables : le chef et le héros, le saint et le magicien, tendent tous à fédérer des forces de vénération ou de répulsion à quelque niveau que ce soit et sont alors investis plus ou moins temporairement et relativement à la nature de leur domination (𝕍 La domination, Max Weber) de la qualité de psychopompe vis à vis des forces qu’ils se sont vu confiés.

↳ Les lieux où cette personnalité est née, où elle meurt et est enterrée, ceux où il a accomplit un haut fait, bénéficient de son aura glorieuse et sont en conséquence également élevés au statut de centre, comme par exemple le mont Tabor, lieu de la transfiguration du Christ.

Liens spirituels et créateurs

► La sacralisation d’un lieu est fréquemment marqué par une bétyle qui est idéalement dite être dans l’axe de l’étoile polaire : ce sont les deux points centraux, l’un de la terre et l’autre du ciel. Ils tracent entre eux une ligne qui est l’axe du monde et par lequel on peut communiquer avec le plan divin.

↳ Ce nombril du monde est typiquement l’omphalos {nombril} de Delphes, lieu où l’on estime que deux aigles envoyés par Zeus depuis les extrémités du monde se sont rencontrés. Le Législateur marqua cet endroit d’une pierre, pierre qui fut celle dont Rhéa se servit pour tromper Chronos.

↳ Parmi les autres bétyles célèbres, citons la pierre de Fal de la mythologie irlandaise, l’omphalos mundi du centre de l’Église du Saint-Sépulcre de Jérusalem, l’arche d’alliance que l’on assure être devenue la pierre angulaire du Temple de Jérusalem et bien sur, la kaaba de La Mecque et le lingam-yoni hindou.

Lingam-yoni

↪ Ce nombril est unicité sexuelle, la combinaison d’un phallus et d’un utérus, afin de signifier sa toute puissante et éternelle force génératrice. On retrouve ce symbolisme dans le lingam-yoni du shivaïsme, représentation aniconique de Shiva-Shakti tenue pour la plus pure et figurant l’absolu, elle même représentée par Ardhanarishvara qui est décrit dans le Linga-Purana.

↳ Ces représentations phalliques peuvent être taillés, honorées par des vêtements et des offrandes et faites de divers matériaux mais le cristal taillé naturellement est tenu pour la meilleure combinaison. Un bon exemple est celui du temple hawaïen d’Iraivan qui contient le plus gros lingam naturel. Ces représentations existent au moins depuis l’apogée harappéenne ( -2500) et leur origine mythique est retracée dans le célèbre épisode du lingodbhava du Shiva Purana. Ces lingam-yoni sont particulièrement vénérés dans les temples des jyotirlinga {Symbole de lumière}.

Axe

► Ces considérations symboliques évoquent pour la notion de centre, un rayon de lumière descendant dans les ténèbres, apportant une goutte de sang divin fertilisant une terre sèche dans laquelle est déposé une bétyle ou un œuf, ou est planté une graine qui déployée donne un arbre immense : Il dit encore : "A quoi comparerons-nous le royaume de Dieu ? Ou par quelle parabole le représenterons-nous ? Il est semblable à un grain de sénevé qui, lorsqu’on le sème en terre, est la plus petite de toutes les semences qu’il y ait sur la terre ; et lorsqu’on l’a semé, il monte et devient plus grand que toutes les plantes potagères, et il étend si loin ses rameaux, que les oiseaux du ciel peuvent s’abriter sous son ombre." (Évangile selon Marc, 4.30,31,32).

↳ En somme le centre est le cordon ombilical nourrissant la matière, sa nourriture d’immortalité qui se manifeste dans le monde matériel par la circularité régénérante et que l’Homme doit boire s’il ne veut s’écrouler dans le tohu-bohu qui l’a vu naître.

↪ Aussi, le symbolisme du centre, est relié à celui de l’axe : l’un implique l’autre dans un jeu de perspective dimensionnelle et ainsi dès lors qu’un centre est identifié, un axe en jaillit et dès lors qu’un axe est trouvé, un centre en est aussitôt déduit : Jacob s’éveilla de son sommeil et il dit : "Certainement Yahweh est en ce lieu, et moi je ne le savais pas !" Saisi de crainte, il ajouta : "Que ce lieu est redoutable ! C’est bien ici la maison de Dieu, c’est ici la porte du ciel." / S’étant levé de bon matin, Jacob prit la pierre dont il avait fait son chevet, la dressa pour monument et versa de l’huile sur son sommet. (Génèse, 28.16,17,18).

Définition

L’axe est la colonne vertébrale du cosmos, son centre vertical de synthèse et sa ligne de cœur, qui relie le microcosme au macrocosme, la terre au ciel mais aussi le monde des vivants, à celui des morts (comme l’Umbilicus Urbis Romae {Nombril de la ville de Rome}) et à celui des dieux. Ce palladium est le moyeu solaire immobile, le pivot coordinateur autour duquel toute chose effectue sa rotation sous l’effet de sa force occulte, le point commun permettant de relier tout les êtres et les choses, les états de conscience et les mondes : il est unité synthétique manifestée dont il ne reste que l’étendue comme caractéristique propre.

Pilier de l’architecture universelle, il est encore la droite passant par les points spatiaux du centre terrestre - l’omphalos ainsi qu’il a été signalé plus haut - et de l’étoile polaire, déployant toute sa force avec l’axe solsticial qui est son analogie temporelle. L’axe trace ainsi une voie pour les bénédictions célestes autant qu’un itinéraire jusqu’à la sortie de l’univers dont il est l’indéfectible et immortel soutien.

↳ La colonne lumineuse, voie lactée immortelle, caducée psychopompe, attire les âmes puis les envoie dans leur résidence post-mortem, par cette caractéristique elle est en conséquence également l’échelle pourvu de carrefours, le cénacle, le mediolanum druidique et le Royaume de Mide Irlandais, permettant au prêtre qui à gravit les échelons de la vertu de communiquer avec les dieux, au chaman qui connaît les chemins secrets de voyager entre les mondes et de rencontrer ses habitants (𝕍 Le Chamanisme et les techniques archaïques de l’extase, Mircea Eliade, 1968).

Analogies

↪ La notion d’axe est fondamentale à l’humanité : on la retrouve figurée dans la plupart des sociétés et ses formes sont en conséquence diverses. Néanmoins maints peuples ont choisi les mêmes symboles pour représenter ce rayon céleste : pour leur majesté, leur hauteur et leur puissance l’arbre de vie et la montagne cosmique sont les deux principales. Par leur prestance, les choses ainsi désignées échappent aux contingences ordinaires tel le mont Ararat, seul point terrestre qui ne fut pas inondé par le déluge ou sur lequel Noé posa son arche.

↳ On trouve inclus dans cette catégorie, tout ce qui peut évoquer la verticalité, l’ascension : la colonne et la tour, le bâton (qui devient caducée dans le cas de la bipenne crétoise) et la lance (𝕍 Les armes symboliques, 1936, René Guénon in Études Traditionnelles, 202), l’escalier et la corde, la croix du Christ (𝕍 Visions médiévales de l’Axe du Monde, 1988, Jean-François Poignet in Revue de l’histoire des religions 205, 1 Lien vers l’œuvre sur Persée) et le lingam-yoni.

↪ Mais c’est aussi le mât ou l’essieu du char en Chine ou en Inde qui figure l’axe du monde : planté qu’il est entre le dais rond et le plancher carré ou reliant entre elles deux roues. On retrouve la symbolique de percée et de sortie dans l’architecture, la forme en pointe, pyramidale comme au sommet des obélisques égyptiens, domine fatalement : les clochers des églises, les minarets des mosquées et les amalaka hindous.

↳ Ces derniers, menant au kalasha, représentent alors le lotus aboutissant à la divinité ou bien le soleil ouvrant vers les territoires célestes de la même manière que le chattra couronnant Borobudur représente la culmination suprême, l’ouverture à l’absolu.

↳ On notera encore les formes des pyramides de Teotihuacan, centre culturel de la Mésoamérique mais aussi les menhirs néolithiques à qui l’on accorde le même symbolisme.

Mat totémique

► Un exemple typique, archaïque et relativement personnifié est le mat totémique. Il s’agit d’une sculpture monumentale, représentant l’ancêtre qui est simultanément l’esprit protecteur du groupe sous forme personnalisée ou collective. Il est sous la forme animale, végétale ou minérale ou bien représente des esprits et des Humains, parfois une forme composite de l’un de ces règnes.

↳ Par extension , il est aussi une figuration héraldique d’un clan qui utilise en terme de contenu les êtres présents dans leur mythes ainsi qu’en terme de contenant, un exposé des différents plans du cosmos, le reliant ainsi au symbole de l’arbre de vie. Puis, certainement par dégénérescence de la fonction originelle, il sont également utilisés comme commémoration d’évènements marquants d’un point de vu historique, d’une lignée ou d’une fonction temporelle.

Ce phénomène se retrouve dans des aires géographiques variées : les tribus égyptiennes possédaient elles aussi de semblables sculptures animales qui s’est ensuite mué en dieux locaux. Chaque ville avait alors une interprétation sensiblement différente des fonctions des dieux et de leurs interactions mutuelles.

↳ Chez les grecs leurs animaux totémiques étaient en relation avec l’animal ayant indiqué l’emplacement d’une ville ou d’un sanctuaire et ils ont comme partout ailleurs, constitué à force d’agrégations de nouvelles entités.

↳ Le jangseung et le sotdae du chamanisme coréen sont des types de mats totémiques qui ont pour fonction de protéger le village à la manière des croix de limites d’Europe de l’ouest ou de focaliser les prières du groupe, à l’instar des potales du nord de la France.

↳ En Océanie, les tikis et les moaï ont la même fonction apotropaïque en plus d’y combiner un symbolisme de fertilité.

↳ Les autochtones de la cote nord-ouest des États-unis les taillent généralement dans un tronc de thuya géant de Californie, ils sont les plus célèbres des mâts et reconnaissable par leur apparence étagée permettant des combinaisons symboliques. Le mot totem vient d’ailleurs de l’algonquin odoodeman {Blason familial} (pour un exposé de la question, 𝕍 Essai sur la signification du terme « totem » in. Revue de l’histoire des religions (T.140, 1, pp. 83-119), Pierre Métais, 1951. Lien vers l’œuvre sur Persée).

↳ Il est notable qu’il n’y a pas de sens de lecture prédéfini au mât : l’élément central peut être au sommet comme à la base, voir au milieu. Il faut noter qu’il y a peu de matériaux qui sont utilisables pour l’analyse anthropologique de ces mâts américains car malgré l’essence résistante qui est utilisée pour leur fabrication, ils se dégradent rapidement et les plus anciens témoignages physiques sont de la f.XIX.

↳ On postule par ailleurs que leur apparition est assez tardive, ? f.XVIII. Pour un panorama général sur les totems, 𝕍 Les formes élémentaires de la vie religieuse (Livre II, chapitres I-IV), Émile Durkheim, 1912 Lien vers l’œuvre.

↳ Le poteau chamanique de la yourte sibérienne ou le poteau-mitan du sanctuaire vaudou répondent au même type de symbolisme ainsi que la loge des sioux autour duquel on accomplit la danse du soleil. De façon plus imagée, on aura estimé que l’échelle de Jacob du judaïsme, peut également être entendu en ce sens, où l’échelle, chemin des esprits, est un axe autour duquel montent et descendent les entités spirituelles.

Déploiement

Platon identifie lui aussi l’axe du monde comme étant lumineux et cristallin, entouré de sphères en mouvement : […] en un lieu d’où l’on découvre, s’étendant depuis le haut à travers tout le ciel et toute la terre, une lumière droite comme une colonne, fort semblable à l’arc-en-ciel, mais plus brillante et plus pure. […] et là, au milieu de la lumière, ils virent les extrémités des attaches du ciel - car cette lumière est le lien du ciel : comme ces armatures qui ceignent les flancs des trières, elle maintient l’assemblage de tout ce qu’il entraîne dans sa révolution ; - à ces extrémités est suspendu le fuseau de la Nécessité qui fait tourner toutes les sphères ; la tige et le crochet sont d’acier, et le peson un mélange d’acier et d’autres matières. Voici quelle est la nature du peson : […] (République, L.X).

↳ Ces sphères sont autant d’enceintes entourant le centre dans la pensée druidique et védique. Les rishi insistent quant à eux sur son caractère universel : Cet univers que Prajāpati a créé, revêtant toutes les formes, la plus haute, la plus au milieu, la plus basse / Jusqu’où Skambha a-t-il pénétré en elle ? Quelle portion laisse-il sans la pénétrer ? (Atharva Veda (X, 7.8)). Dès lors lumineux et tout puissant, comment s’étonner que l’axe est aussi symbolisé par le vajra d’Indra ?

↪ Mais chiasme de croix, bindu au centre du mandala et en même temps au sommet du Mont Meru, le centre est visible aux sens et invisible au psychisme, simple à formuler, il est ardu à pratiquer : il agit par lavements dans un mouvement de ressac continuel, filtrant l’énergie vitale qu’il éjecte vers l’extérieur de lui-même et qui se fragmente, puis la résorbant dans sa propre unité au travers de son cercle purificateur. La compréhension de l’existence de ce plérôme et la déférence envers lui de la part de l’Humain, permet à ses appareils, psychiques ou sociétaux, d’organiser les différents fragments protéiformes de cette force vitale unique qu’ils possèdent.

↳ Il peut ainsi envisager une structure où chaque partie sera flexible, interdépendante et greffée à son axe, permettant ainsi au système alors construit de se projeter le plus possible hors du centre originel sans en éprouver de dommage. Inversement, la conformité à ce modèle fait également que la phase naturelle de rétraction se fera sans dommages, nourrissant d’autant mieux la prochaine impulsion cyclique. Pour ces raisons le centre est compris comme un corps archétypal, un modèle (un قطب (Qutb) {pivot} dirait Ibn Arabi) sur lequel celui qui veut accéder au sacré doit se conformer, d’abord par sa rectitude morale, puis par ses actions rituéliques.

↳ Si la conformité à cet ordre transcendant venait à manquer, alors tout s’écroulerait, ce serait la folie à l’échelle individuelle et l’anarchie au niveau de la cité. Mais si l’Homme y parvient, c’est un gage d’autonomie et de liberté, un gage que la lumière est devenu auto-causale dans le microcosme et qu’elle n’a plus besoin de s’alimenter au feu central pour perdurer.

Exemples

Exemple de centres et d’axes du monde
Amérindiens Bouddhisme Christianisme Grèce Hindouisme Shintoïsme Taoïsme Zoroastrisme
Centre Roue médecine Terre pure
Agartha
Éden
Jérusalem (Temple)
Basilique Saint-Pierre
Sainte-Sophie
Omphalos
Atlantide
Varanasi Sanctuaire d’Ise Invariable milieu Ateshkadeh de Yazd
Axe naturel Black Hills Mont Kailash Golgotha Mont Olympe Lingam
Mont Meru
Mont Mandara
Mont Fuji Kunlun Hara Berezaiti
Axe artificiel Fumée de la hutte
Mât totémique
Pagode/Stupa Croix Christique
Échelle de Jacob
Arbre de vie
Bipenne Stambha
Vajra
Trishula
Ame no mihashira Wuji Ziggurat
Tour du silence

Note

■ Dans la mesure où il s’agit d’un symbole racine du système symbolique Humain, le centre du monde est chargé de significations riches et qui prennent des formes fort variées, nous avons trouvé un nombre considérable de textes à son sujet et recouvrant diverses disciplines. A titre d’exemple, Guénon et Eliade ont particulièrement étudié le sujet et chez ces auteurs, la notion émaille toute leur œuvre : il s’agirait de glaner les éléments pertinents pour les synthétiser, chose que nous ferons alors sur le moyen terme. Malgré cette profusion, nous avons - pour le moment - réuni sur cette fiche les symboles corollaires au centre : tout d’abord l’axe, mais aussi les formes subséquentes les plus importantes de ceux symboles : le nombril et l’étoile polaire, le lingam-yoni, le mât totémique et la montagne cosmique. En conséquence de ces remarques, cette fiche doit être considérée comme encore en chantier.