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Jakob Böhme
Philosophus teutonicus, Le cordonnier de Görlitz

Données générales

PériodeLieu
GénéralXVI XVIIAllemagne
Naissance 24 Avril 1575 Alt-Seidenberg, Allemagne (ajd. Sulikow, Pologne)
Décès17 Novembre 1624 (49 ans)Görlitz, Allemagne
Cause
Inhumation
Cimetière de Görlitz

DomaineCourantOrdre
Mysticisme
Théosophie
Illuminisme
Gnosticisme
Conventicule des véritables serviteurs de Dieu 🎓

RelationsNom
Entourage
AmiChristoph Kotter
Karl Ender von Schercha
Tobias Kober
Influence
ParBalthasar Walther
Caspar Schwenckfeld von Ossig
Maître Eckhart
Martin Moller
Paracelse
Valentin Weigel
DiscipleAbraham von Franckenberg
Johann Gichtel
SurRomantisme allemand
Théosophie occidentale
Antoine Fabre d’Olivet
Christian Knorr von Rosenroth
Emanuel Swedenborg
Franz van Baader
Friedrich Œtinger
Friedrich von Schelling
Georg Hegel
George Fox
Isaac Newton
John Milton
John Pordage
Jane Lead
Louis-Claude de Saint-Martin
Martinès de Pasqually
Nicolas Berdiaev
Nikolaus Zinzendorf
Novalis
Vladimir Soloviev
William Law

Repères biographiques

► De parents pauvres, paysans et luthériens, il était lui-même cordonnier jusqu’en 1613 puis mercier de métier à partir de 1594 par son épouse, fille d’un bourgeois de Görlitz, ce qui l’amena à faire de fréquents et longs voyages. Vers 1600, il traverse un état dépressif, jusqu’à ce que l’éclat reflété par le soleil sur une cruche d’étain (expérience qui nous rappellera les procédés du phosphénisme) lui donne le sentiment de percevoir la nature intime des choses, une intuition métaphysique (Dans cette lumière mon esprit aussitôt a vu au travers de toutes les choses, et a reconnu dans toutes les créatures, dans les plantes et dans l’herbe, ce qu’est Dieu, et comment il est, et ce qu’est sa volonté).

↪ Il précise que cet évènement ne fut qu’un premier pas et le point de départ d’une vie spirituelle intense. C’est dix ans plus tard qu’il couche sur le papier ses premiers écrits mystiques après plusieurs essais et deux ans encore après qu’il expérimente une seconde illumination. Il voyage au travers de la Silésie entre 1621 et 1624, mais revient malade et mourra dans sa ville natale après les derniers sacrements. Il dira en mourant : Voilà que je m’en vais au Paradis. Il n’a reçut aucune instruction au delà de l’élémentaire puisqu’il quitte l’école à 14 ans. Il lut néanmoins la Bible (la genèse, le rapport de Dieu avec sa création et le problème du mal sont trois points qui le retiennent particulièrement), puis poussé par sa démarche intérieure, des ésotéristes et mystiques allemands qui se rattachent à la spiritualité médiévale comme Paracelse, Weigel (qui fit la jonction entre la mystique rhéno-flamande et le paracelsisme), Sébastien Franck ou encore Schwenckfeld von Ossig.

◆ Boëhme appartient à ces mystiques luthériens et non formalistes qui virent le jour entre le Rhin et le Danube au XVIXVII. Il s’inscrit dans le mouvement initié par Paracelse, qui était très lu dans les milieux luthériens de Görlitz, mais puisqu’il ne lui emprunte que très peu au niveau terminologique on peut estimer Böhme comme un penseur original. Il n’avait que peu d’accointance avec la religion bien qu’il fut lui même de nature religieuse. Son mysticisme hermétique se tourne plus volontiers vers les spéculations des gnostiques et des néoplatoniciens que vers l’exégèse littéraliste de la Bible. Il estime que les contradictions qui animent les débats entre théologien existent à cause d’un manque de pénétration pratique. Son œuvre s’inscrit dans une dynamique ayant pour objet de concilier la multiplicité de la nature et l’unicité divine. En outre, le cordonnier de Görlitz n’est pas un intellectuel : il ne s’exprime pas par concepts mais par symboles et dans sa pensée, toute forme est symbole, langage, figur. Cultivant l’expérience intérieure, il tente de donner forme à ses intuitions mystiques au travers d’un champ lexical concret mais à la fonction imagée et en cela, il évoque le phrasé d’Eckart. L’influence de ce théologien des profondeurs sur l’ésotérisme chrétien et occidental en général est immense. Ses idées atteignent rapidement la Hollande et dès 1646, Charles Ier fait traduire son œuvre en anglais. Sa sophiologie aura eu des échos jusqu’en Russie. Ses visions qu’il prit le parti d’expliciter en allemand dans ses écrits lui valurent une persécution constante tant de la société civile que religieuse.

↳ Au contraire d’un certain statisme médiéval d’origine néoplatonique, la pensée de Böhme est une théologie symbolique audacieuse, de nature à unir dynamiquement les contraires dans une synthèse intellectuelle et morale où se confond pensée et imagination, permettant finalement l’acte de créer. Ses visions qui échappent aux dichotomies figées et aux réductions identitaires intéressent directement l’ésotérisme et constituent ainsi une théodicée qui trouve son levier dans la perception de l’origine du mal. Ce dernier explique sa raison d’être au travers d’une cosmosophie, anthroposophie puis une christosophie unifiante et dont l’objet eschatologique est sotériologique et gnostique. Cette théosophie, comme la mythologie et l’alchimie, s’exprime dans un imaginal qui permet une translation opérative au travers de la psychologie individuelle ce qui en fait une psychologie ésotérique comme l’a fait remarquer Feuerbach. Pour Böhme, un réseau de correspondances émaille la nature, constituant une osmose entre Dieu, l’univers et l’Homme. Dieu bien qu’il créer la nature, s’en distingue : Enlève Dieu et la nature, il reste Dieu en soi dit-il dans son De l’Élection de la grâce. Aussi, en commençant par les théophanies du monde matériel, la compréhension tant du liber mundi que de l’opus dei, permet de remonter jusque l’absolu.

Chez Böhme, Dieu absolu, est ungrund, impersonnel et indéterminé, existant et un. Il n’est fondement ni cause de rien mais dispose d’une volonté, qui est celle de se connaître, de prendre conscience de soi, de se révéler. Contrairement à l’un de Plotin ou à la déité d’Eckhart, il est inaccessible et seulement révélé par sa création, en s’extériorisant, toujours en devenir, dans le plérôme naturel. L’ungrund se différencie d’une part de l’urgrund, qui désigne l’absolu en acte, fondateur et cause des choses et de l’abrgund, qui lui est l’absolu en essence, l’abîme ardent, lumineux et sans fond constitué de pure liberté et désirant ardemment être.

↪ Sa première manifestation, néanmoins co-éternelle à lui-même, est la trinité, miroir de la divinité : le Père est la volonté sans objet qui est principe de vie, le Fils, essence et corps de la volonté, est le désir de se connaître et de subordonner la vie à la finalité du bien et enfin le Saint-Esprit, qui a pour fonction d’être le trait d’union fécondant et manifestatoire en eux.

Afin justement, de pouvoir manifester son infinitude, il doit se rétracter en lui-même, à la manière du צמצום (tsim-tsoum) {contraction} d’Aboulafia et laisser un espace vide qui soit vide de lui-même, Dieu enjambe ensuite ce vide de façon à le contenir. Cette créature ainsi engendrée, qui lui permet de prendre connaissance de lui-même dans sa multiplicité en passant de la pensée à la réflexion est son miroir, la "splendide" Sophia. Elle est la nature éternelle, souffrante car accouchante et enténébrée car ignorante de la présence divine qui pourtant la traverse sous forme d’une tinctur, courant lumineux de vie. Elle est l’archétype parfait de la manifestation, idéal du monde et de l’âme humaine contenant en elle toutes les images. Elle est néanmoins éternellement cachée en Dieu mais sur le plan temporel, elle est en constante élaboration de sa perfection. Elle est douée d’une volonté distincte de son créateur et le mal apparaît de l’opposition qui en résulte. Le mal, principe primordial et nécessaire à l’origine du monde de causalité, est cependant irrationnel. Il ne dépend pas en effet de la volonté divine et se révèle accidentel et dépourvu de fondement, trouvant le canal de son expression dans la chute et du péché originel. Il représente ainsi une conséquence de la liberté, contradiction dynamique qui est l’ungrund devenant "quelque chose" dans la Sophia. L’existence de cette contradiction permet à Dieu de se manifester dans sa création, de s’exprimer et se faire connaître à l’Homme, sa signature divine, et cela par la mise en relief du contraste de son statut de rédempteur face au mal.

1. Dans cette nature, matériau de la création, Dieu projette en effet par son imagination la trinité qui se manifeste ensuite en sept propriétés, esprits-source qui se retrouverons ensuite analogiquement dans toute la création : astringence, amertume et angoisse, douceur, lumière et son (ou ton) et enfin essence (ou corps). Le premier ternaire est la rigueur ignée, force ténébreuse du Père, le second, la miséricorde lumineuse, le glorieux amour du Fils et l’essence représente le Saint-Esprit, le corps ou entrent en interaction dynamique et créative les deux ternaires.

2. Se manifeste enfin le monde angélique, où les anges, dotés de libre-arbitre, sont dotés d’une corporéité spirituelle composés de feu interne et de lumière externe. Les anges rebelles, décidèrent d’inverser cet équilibre, en faisant du feu de la rigueur leur enveloppe externe mais opérant ainsi, ils déséquilibrent la nature éternelle, la rendant ténébreuse et en quelque sorte avortée la disloquant en deux parties qui deviennent pour chacune d’elles, le subtil du grossier, l’invisible et le visible.

3. Une seconde création est donc instaurée en six jours grâce aux sept esprits. Sa caractéristique est le temps et sa fonction est de racheter le dysfonctionnement qui est apparu dans sa prédécesseuse. Adam néanmoins, dont l’essence est également composée de feu et de lumière, fit le même choix que Lucifer et se déséquilibra, en se "concentrant dans sa propre présence".

● Cette discorde sera abolie dans l’unité lorsque la créature s’abandonnera {gelassenheit} à son créateur. À cette fin, il gît dans la nature le Christ, ce dernier est le lumineux témoin de la présence manifestée de l’ungrund et finalement l’apex de sa propre existence car en tant que verbe, il résout par son être l’objet de la manifestation divine : cet acte qui trouve sa source dans le désir de communication de sa perfection. Ce second Adam, qui est la présence manifestée du Fils est venu accomplir la rédemption et l’âme, qui s’unissant à lui, peut retrouver son équilibre originel en tissant un pacte d’amour et de gnose. L’Homme peut ainsi par des purifications ignées successives remonter la spirale descendante de la création et percevoir la véritable essence de la nature éternelle puis de Dieu. Il restaure ainsi son androgynat perdu en réincorporant sa Sophia qui s’est réfugiée au ciel, séparation qui est la source de ses désirs et ainsi de sa souffrance et de ses esclavages. En effet, originellement androgyne et composé de deux tinctur, l’Homme s’est divisé en mâle et femelle suite à ses chutes successives dans la matière divisante qui lui ont également donné un corps physique. Ce dernier n’est pas une prison mais une manifestation du pouvoir de l’esprit de l’Homme qui génère une barrière le séparant des démons de la matière afin qu’ils ne puissent se confondre avec lui.

Dieu ne peut et doit donc être connu que par ce reflet christique lumineux, qui est en propre sa propre sagesse. Elle ne s’acquiert par l’Homme que par la médiation des symboles et l’imitation de la passion du Christ qui est l’image de Dieu se rétractant en lui-même pour finalement vivre une seconde naissance à l’âme au travers d’un corps qui investi par le feu purgateur devient lumière.

■ Son premier livre Aurora, oder die Morgenröte im Aufgang, ébauche symbolique de son système philosophique, à été publié par ses admirateurs alors même qu’elle fut inachevée. Il créa un grand émoi dans la société religieuse de l’époque. En effet, pour la pensée luthérienne d’alors, le clergé est le seul à même d’interpréter la Bible. Böhme affirme dans son Aurora qu’au travers de ses extases, il a vu et appris plus en un quart d’heure que durant des années dans les plus grandes écoles. Son pasteur, luthérien orthodoxe intransigeant parvient à le faire interdire d’écriture par le conseil de la ville. Ce livre fut d’ailleurs mis à l’index. Finalement le Cordonnier est vu par ses contemporains de façon contradictoire : comme un prophète et un wundermann pour ses admirateurs, comme un dangereux hérétique par ses adversaires. Sa vie littéraire commence réellement avec la publication de son De la Triple vie de l’homme qui culmine avec son imposant commentaire de la Genèse dans Le Grand Mystère. Néanmoins de son vivant, tous ses ouvrages sauf La Voie vers le Christ circulent sous forme manuscrite.

■ Le plus célèbre recueil consacré à Böhme est Les Œuvres de Jakob Böhme de William Law dans lequel on trouve nombre d’illustrations, le corpus fut édité en Allemagne par Ueberfeld. Gichtel, qui est cependant le premier à éditer les œuvres complètes de Boehme en 1632 (grâce aux manuscrits réunis par Abaraham Van Beyerland), poursuivra quant à lui l’œuvre du maître dans sa Théosophie pratique, tout en insistant sur la nécessité de la purification et le symbolisme du feu. Toutes ces initiatives permirent à l’œuvre du Cordonnier de Görlitz de perdurer, d’autant que son influence se propage grâce à certains milieux piétistes et notamment par l’intermédiaire de la Bible de Berleburg. Précurseur de la théosophie, il ira influencer le romantisme et l’idéalisme germanique puis la pensée illuministe du XIX et de là, la philosophie chrétienne. Ainsi Fichte, Schelling ou Hegel, qui lui offre une place dans son Histoire de la philosophie (1836) puis bien sûr Saint-Martin lui seront redevables.

Grillot de Givry in Anthologie de l’ésotérisme écrit à son propos : Cet homme, vraiment extraordinaire, est le premier grand mystique que l’on rencontre en dehors de ceux qui se sont renfermés dans les limites de l’enseigne ment de l’Eglise. On peut dire qu’il est le père de ce grand mouvement théosophique auquel se rattacheront Kuhlmann, William Law, Jean Roth, Antoinette Bourignon, Mme Guyon et Saint-Martin. Jacob Bœhme naquit près de Gœrlitz, en Allemagne, d’une famille très pauvre, et il exerça le métier de cordonnier. Il s’adonna à l’étude de l’alchimie, et, dans ses méditations, il parvint à construire un système mystique du plus haut intérêt, où la philosophie de la nature se développe parallèlement à la lumière de l’Evangile. Ses principaux ouvrages : les Trois principes de l’Essence divine, le Mystère céleste et terrestre, l’Aurore naissante et le Miroir temporel de l’éternité sont fort remarquables, bien que manquant parfois d’un peu de précision. Jacob Boehme eut, de son vivant, une certaine célébrité. Elle s’augmenta considérablement au XVIII° siècle, époque où William Law et Claude de Saint-Martin traduisirent ses œuvres, l’un en anglais, l’autre en français ; et de nos jours il est considéré comme l’un des plus grands théosophes. On a remarqué une certaine analogie entre sa doctrine et celle de Spinosa ; il est, comme ce dernier, monothéiste, à l’encontre de la plupart des occultistes, qui semblent avoir admis l’existence de deux principes opposés. Sa culture, purement biblique et alchimique le différencie nettement de ceux qui ont subi l’influence gréco-latine.

🕮 Jouin, ref.789 (Réflexions sur la Révélation divine) :

La Biographie nationale allemande, publiée par les soins de l’Académie Royale des Sciences de Bavière, (Leipzig, 1876, T. III, p. 65) contient, sous la signature de Hamberger, l’histoire très complète de la vie et des travaux de Bœhme, à laquelle nous allons faire quelques emprunts :

Jacob Boehme naquit en 1575 à Altseidenberg, village près de Seidenberg, dans la Haute Lusace. Il reçut une éducation sévèrement religieuse chez ses parents, paysans intelligents et aisés, et acquit une instruction assez étendue dans l’école de sa ville natale, et, comme ses condisciples, il lut avec application la Bible. Comme il paraissait trop faible pour les travaux des champs, il entra comme apprenti chez un cordonnier de la ville ; il avait alors quatorze ans. Les propos, indécents et impies qu’il entendait autour de lui le décidèrent à quitter son maître, et il entreprit, âgé de 18 ou 19 ans, son voyage de compagnon. Il n’y eut que trop souvent l’occasion de voir les maux causés par les haines religieuses, mais les questions sérieuses qui s’agitaient sous les querelles extérieures purent contribuer à éveiller les dons intellectuels qui dormaient en lui. Il se remit à une étude approfondie de la Bible, et lut aussi divers écrits de Paracelse, Weigel, Schwenckfeld et autres, se livra à la prière et trouva toujours une consolation dans les promesses du Sauveur, et il tira profit de ces acquisitions spirituelles dès qu’il fut établi à Görlitz à la fin de son voyage, en 1594 : il y acquit le droit de bourgeoisie et la qualité de maître dans la profession qu’il exerçait. Puis il épousa la fille d’un maître ; son mariage lui donna le bonheur, et il eut six enfants. Il était le modèle des époux et des pères ; il s’appliquait à sa profession d’une manière si laborieuse et si honnête, qu’au bout de neuf ans, ses économies le mirent en état d’acheter une maison. A cette époque, ses relations étaient bornées à son milieu, et avec la simplicité de ses mœurs et la modération de son langage, il n’avait attiré l’attention d’aucun membre du haut clergé protestant. Mais, peu de temps après son établissement à Görlitz, c’est-à-dire vers 1600, il reçut d’en haut une illumination merveilleuse. L’éclat projeté par la lumière du soleil sur un vase poli de fer-blanc fit naître on lui une grande clarté intellectuelle ; on eût dit que les mystères les plus profonds de la nature lui étaient devenus accessibles, mais il laissa encore découler une dizaine d’années avant de mettre par écrit les choses qui lui étaient révélées. Il avait alors trente-cinq ans, et il obéit à un mouvement intérieur qui se produisit spontanément en lui. Les idées fondamentales qu’il exprima dans son premier ouvrage, intitulé d’une manière bien caractéristique : Aurora oder Morgenrörthe in Aufgang (Aurore ou rougeur matinale à son lever) sont tout à fait identiques à celles qu’on trouve dans ses écrits postérieurs, mais dans ce premier ouvrage, qui fut écrit avec une certaine précipitation, on trouve la marque d’une fermentation, d’un bouillonnement intellectuel qui nuit à la clarté et à l’ordre de l’exposition. Cette œuvre fut depuis, pour lui, l’occasion de mille souffrances. Un gentilhomme, Karl von Endern, qui vit cet ouvrage en manuscrit fut fortement séduit par sa lecture ; il en fit une copie ; une autre copie tomba entre les mains du pasteur supérieur Gregorius Richter, et celui-ci n’y trouva que les hérésies les plus dangereuses. Il tonna contre elles du haut de la chaire, et conjura les magistrats de Görlitz de tirer l’épée vengeresse de la loi contre cet hérésiarque, pour que la colère divine épargnât la ville. Le magistrat craignait le pasteur, qui avait l’art de s’appuyer sur la populace ; il fit arrêter Boehme par le garde de ville, mais le mit en liberté à la condition que, désormais, il n’écrirait plus de livres. Boehme céda à cette dure loi, et contint pendant cinq ans sa puissante pensée, non sans éprouver une douleur des plus vives ; il craignait de voir s’éteindre la lumière intérieure qui l’éclairait et le réchauffait ; il était en même temps torturé par le remords ; il attribuait son obéissance à une lâche crainte des hommes. D’ailleurs Richter ne cessa pas les injurieuses déclamations en voyant que l’Aurora se répandait de plus en plus, que les gens de mérite exprimaient une admiration croissante pour cette œuvre. Boehme résolut alors de reprendre la plume et, depuis cette époque jusqu’à la fin de sa vie, il composa environ trente ouvrages plus ou moins étendus, dans lesquels on voit son esprit s’élever plus haut encore que dans le premier, gagner en clarté et en liberté. On pense bien que, dans une telle situation, Boehme n’avait guère le loisir et le goût de travailler à son métier, et qu’il dut recourir à l’aide et à la protection de ses amis ; et, comme il n’obtenait pas d’eux tout le nécessaire, il fut souvent, avec sa nombreuse famille, en grand souci, et dut subir bien des privations. En 1623, MM. de Schweinichen ayant fait imprimer deux opuscules de Boehme, l’un intitulé Vom übersinnlichen Leben (Sur la vie suprasensible) et Von wahrer Busse (De la vraie pénitence), le pasteur supérieur souleva un nouvel orage, en prêchant contre lui, et en publiant un ouvrage injurieux. Boehme répondit par une Apologie. Une nouvelle requête adressée aux magistrats ne fut point accueillie par eux, et ils se bornèrent à conseiller à Boehme de quitter la ville. Mais il y prolongea son séjour jusqu’au 9 mai 1624 ; il se rendit à Dresde, où il avait été invité dès le mois de mars. Le Consistoire supérieur de Dresde le convoqua à un colloque, à la suite duquel il fut reconnu comme un chrétien pieux et orthodoxe. On ne sait s’il eut une entrevue avec l’Electeur de Saxe, qui le croyait alchimiste, quoique Boehme fût fort éloigné de ce genre de spéculations et de recherches. Cruellement déçu dans son espoir de trouver à Dresde sinon l’aisance, au moins le repos, Boehme revint auprès des siens, que le pasteur supérieur n’avait cessé de poursuivre de ses invectives et de ses tracasseries pendant son absence. Une forte fièvre contractée pendant un séjour chez un ami l’emporta, le 17 novembre 1624. Un peu avant sa mort, il demanda à son fils Tobie, s’il n’entendait pas une musique céleste, — c’était un dimanche. Ce même jour, vers 6 heures, il dit adieu à sa famille, murmura quelques mots et reprit : « Maintenant, je vais au paradis », et il expira. Son ennemi acharné, le pasteur Gregorius Richter l’avait précédé de deux mois dans la tombe, mais il avait légué son esprit de persécution à son successeur, qui refusa la sépulture ecclésiastique à cet homme qui était mort si pieusement, après avoir déclaré qu’il restait fidèle à son Eglise. Il fallut l’ordre des autorités supérieures pour que le corps de Boehme obtînt cette sépulture, et l’obstiné fanatique qui la lui avait refusée ne put s’empêcher de jeter sur cette tombe de nouvelles injures, si bien que la magistrature dut lui imposer silence.

Boehme eut de bonne heure des disciples zélés. Citons parmi eux le docteur Balthasar Walther, qui s’employa personnellement à propager ses idées ; Abraham von Frankenberg, le Dr Friedrich Krause, Johann Théodore von Tchesch, Pierre Poiret, Johann Angelius Werdenhagen, le Suisse Nicolas Tscheer, qui, l’ayant connu personnellement, exposèrent sa doctrine par écrit. Un riche négociant d’Amsterdam, Henri Beske ou Beets, entreprit de faire imprimer plusieurs ouvrages de Boehme, et Abraham Wilhelmsoon de Beyerland les traduisit en bas-allemand. En Angleterre, le roi Charles Ier s’intéressa à la doctrine de Boehme, et il parut trois traductions anglaises de ses écrits, par John Sparrow, Edward Taylor et William Law ; Boehme trouva dans John Pordage un commentateur intelligent ; Thomas Bromley et Johanna Leade, inspirés par leur prédilection pour Boehme, fondèrent une véritable Société, qui prit le nom de Philadelphes. Le savant Henry More qui devait publier une censure de ces Philadelphiens, renonça au Cartésianisme pour s’attacher à la doctrine de Boehme. En 1682, l’enthousiaste Jean-Georges Gichtel, fondateur de la Société des Enfants des Anges publia une édition fort belle des œuvres complètes de J. Boehme, ornée de gravures sur cuivre très significatives. En 1730, une nouvelle édition plus correcte et plus complète fut publiée par un négociant, Joh. Wilhelm Ueberfeld, qui appartenait aussi à la Société des Enfants des Anges. Entre ces deux éditions, il faut mentionner celle de J.-O. Glüsing, de 1715.

Plus tard, d’autres Boehmistes, comme Quirinus Kuhlmann, Christian Hoburg, Fred. Breckling attaquèrent vivement l’Eglise luthérienne, ce qui valut à la doctrine de Boehme les critiques violentes des théologiens de cette Église, comme Joh. Fabricius, Tobias Wagner, Johann Möller, Abraham Calovius, Abraham Hinckelmann, le Conseiller Erasmus Francisci, Christophe Holtzhausen. Ils qualifièrent Boehme de fou, de visionnaire, d’athée, déclarèrent que sa piété était une hypocrisie. Philippe Jacob Spener prit part comme arbitre à cette querelle, et dans ses Theologische Bedenken (Réserves théologiques) se déclara en faveur du théosophe, auquel Adelung donna une place dans son Histoire de la Folie humaine. Le Prélat wurtembergeois (luthérien) Fred. Christophe Œtinger fut un partisan célèbre de Boehme, il trouva dans les écrits de celui-ci la véritable clef de l’Ecriture, et il inspira son enthousiasme à Joh. Michel Hahn.

On peut ranger parmi les disciples de Boehme, un contemporain d’ Œtinger, Louis Claude de Saint-Martin, dont les écrits agirent profondément sur Jean-Mathias Claudius, Jean Fred. von Meyer, Arnold Kanne, Gotthif Heinrich von Schubert, Auguste Neander, etc. On peut en dire autant de Fried. Schlegel, de Fried. von Hardenberg, de Jung dit Stilling. Schelling a reçu de lui une impression profonde, ainsi que Franz Baader, qui, étant une nature du même ordre que Boehme, a le plus profondément pénétré dans sa doctrine.

La plus récente édition allemande des œuvres de Boehme est celle de Schiebler, publiée à Leipzig, 1836-46, en 6 volumes. On trouve une biographie très soignée de Boehme dans le 33° volume du Neues Lausitzes Magazin, Görlitz, 1857. Julius Hamberger a publié sous le titre : Die Lehre Jacob Boehme’s (Doctrine de J. Boehme) Munich, 1844, une biographie et un exposé très détaillé de la doctrine de J. Boehme. Citons aussi Franz Baader : Vorlesungen und Erlaüterungen über Jak. Boehme (Leçons et éclaircissements sur J.-B.) dans le XIIIe volume de ses Œuvres complètes, Leipzig, 1855. Son appréciation a été adoptée entièrement par le Dr Johannes Huber, dans un essai sur J. Boehme, que l’on trouve dans ses Opuscules (Leipzig, 1871). Le Dr Albert Peip a écrit un livre qui a pour titre : Jacob Boehme, der Vorlâufer Christlichen Wissenschaft (Jac. Boehme, précurseur de la Science chrétienne), Leipzig, 1866.

On trouve également dans la Biographie de Michaud, sous une double signature (T.IV, p. 526), une notice fort intéressante, mais qui débute par une erreur : selon ces auteurs, les parents de Boehme auraient été de pauvres gens ; la notice de M. Hamberger nous a appris qu’ils étaient des paysans aisés et considérés, et que, d’ailleurs, Boehme, avant de recevoir les révélations qui firent de lui un théosophe, gagnait fort bien sa vie à faire des souliers. Nos deux biographes continuent : « Walther lui ayant donné quelques notions de chimie, il en fit sortir un système philosophique tout nouveau (nous avons vu d’après M. Hamberger que sa vocation de théosophe lui fut révélée soudain par la contemplation d’un vase en fer-blanc). En somme, le résultat fut le même, Boehme s’abandonna à des extases mystiques, se crut appelé de Dieu, eut des visions, des révélations, et écrivit, en 1612, un livre intitulé Aurora qui, malgré son obscurité, excita la colère du clergé de Goerlitz, qui le fit saisir et défendre. Mais on l’a depuis réimprimé à Amsterdam. Boehme, qui continuait à rêver, continua à écrire. En 1619, parut son livre De Tribus Principiis : Il y assujettissait les opérations de la grâce aux mêmes procédés que ceux de la nature dans la purification des métaux, et regardait Dieu comme la matière de l’univers, qui a tout produit par voie d’émanation, ce qui est une espèce de spinosisme. Il alla ensuite à Dresde où des théologiens plus indulgents le trouvèrent irréprochable. De retour à Goerlitz, il y mourut en l624, laissant un grand nombre de traités mystiques : du Mystère Céleste et terrestre, De la Vie intellectuelle, etc.

Mosheim lé traite avec une grande sévérité : « Il est impossible, dit-il, de trouver plus d’obscurité qu’il n’y en a dans ces pitoyables écrits, où l’on ne voit qu’un mélange bizarre de termes de chimie, de jargon mystique et de visions absurdes ». Boehme a cependant trouvé dans le siècle dernier un zélé apologiste dans William Law, qui a publié une traduction anglaise de ses œuvres en 2 vol. in-4°. Ses disciples l’ont appelé le Théosophe allemand ; il en eut un grand nombre, et ce nombre s’est accru, après avoir un peu diminué. Quelques-uns, malgré leur attachement à son système, mirent quelque modération dans leur conduite, mais d’autres étaient de vrais fanatiques, comme Kühlmann, qui fut brûlé à Moscou, en 1684.

Cette secte s’est répandue surtout dans le nord de l’Allemagne. Claude de Saint- Martin a traduit en français cinq ouvrages de Boehme, savoir : 1° L’Aurore naissante, ou la racine de la Philosophie, de l’Astrologie, et de la Théologie, etc. Paris, 1800, 2 vol. in-8° ; 2° Les Trois Principes de l’Essence divine, etc., Paris, 1800, 2 vol., in-8° ; 3° Le Ministère de l’Homme-Esprit, Paris, 1802, in-8° ; 4° Quarante Questions sur l’Origine, l’esprit, l’être, la nature, la propriété de l’âme, etc., Paris, 1807, in-8° ; 5° De la triple vie de l’homme selon le mystère des trois principes de la Manifestation divine, PariS, 1809, in 8°. Il se proposait de publier la traduction complète des ouvrages de Boehme en 50 volumes. Il a, de plus, donné une biographie de cet illuminé, et il y racônte l’anecdote à laquelle on attribue son illuminisme. En reconnaissant que les illuminés sont presque tous spinosistes, d’habiles critiques observent que Boehme se rapprochait du Manichéisme, car, tandis que Swedenborg établissait les deux colonnes amour et sagesse, principe de tout ce qui existe (l’agent et le patient), Boehme admettait pour deuxième principe la colère de Dieu (le mal) et ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que cette colère émanait du nez de Dieu. En effet, ces illuminés tombent souvent dans l’anthropomorphisme.

Outre ses ouvrages mystiques, Boehme en a écrit d’autres sur la chimie (nous avons vu dans la notice de M. Hamburger, qu’il n’était point alchimiste): il a écrit un traité de Métallurgie en allemand (nouvelle analogie avec Swedenborg). Ce traité a paru à Amsterdam en 1695, in-12. Son Miroir temporel de l’Eternité ou de la Signature des choses a été traduit en français, Francfort, 1669, in-8°. Tous ses ouvrages ont été réimprimés à Amsterdam, en 1730, sous le titre de Theosophia revelata.

A cette notice est jointe l’importante note suivante : Un anonyme a traduit en français Le Chemin pour aller à Christ, en neuf petits traités, etc. Berlin, 1772, in-12. M. Noé, Juif polonais, a publié la Clef, ou Explication des divers points et termes principaux employés par J. Boehme dans ses ouvrages, traduit de l’allemand sur ses œuvres complètes imprimées en 1715. Paris, 1826, in-8°. Il a paru, en 1908, à la librairie Chacornac, dans la Collection des Classiques de l’Occulte, une traduction du traité De Signatura rerum, par M. Sédir avec des suppléments et un vocabulaire. (Suit une longue recension des ouvrages de Boehme ou qui lui sont attribués, tirée de plusieurs catalogues : Lenglet, Guaita, Caillet, Waite, Atwood…)

Moreri ne dit pas un mot de Boehme. Les dictionnaires de Goigoux (I. p. 287) et Feller (II. 350) ne donnent à son sujet que des indications très sommaires ; on trouvera des détails biographiques et bibliographiques plus nombreux et plus précis dans la Biographie Didot-Hoefer, T. VI, col. 344. On trouve dans cette même biographie la mention de quelques autres travaux sur Boehme : en voici la liste : Baillet: Jugements des Savants ; Morhof, Polyhistor literarius; Jac. Brucker, Historia critico-philosophica, T. IV, période III ; Catalogue de la Bibliothèque de Burnow. (T. I. en latin) ; La Motte-Fouqué (l’auteur d’Ondine). Notice sur Jacob Bœhme, Greiz, 1831, in-8° ; WULLEN, Jacob Bœhme’s Leben (vie de J. Bœhme) en allemand, Stuttgart, 1836, in-8°.

Finissons par quelques jugements de théologiens catholiques : Feller (l. c.) écrit : « Boehme mourut en 1624, après avoir, affecté d’avoir de fréquentes extases, genre d’imposture qui lui procurait des sectateurs parmi les imbéciles. On a de lui plusieurs ouvrages qu’on peut placer avec les rêves des autres enthousiastes ». Goschler (Dictionnaire de la théologie catholique III, 170) sous la signature De Rouscher : « Ses amis le surnommeront le philosophe allemand, et, en effet, il est le premier qui ait composé en langue allemande des écrits qui ont quelque intérêt pour la philosophie. On ne peut juger équitablement ses travaux si l’on n’a égard aux circonstances dans lesquelles il se livra à ses recherches. En fait d’instruction positive, il ne savait que ce qu’une école de village du XVIe siècle avait pu lui apprendre. II eut, il est vrai, le désir de suppléer à ce qui lui manquait ; mais, comme il de comprenait que l’allemand, il était réduit à de très faibles ressources, à une époque où tous les ouvrages scientifiques étaient en latin. En dehors de l’Ecriture sainte, il ne connaissait que quelques écrits théosophiques et les ouvrages traduits en allemand de Théophraste Paracelse, auquel il emprunta beaucoup de mots techniques. Des maîtres comme Paracelse et Valentin Weigel n’étaient guère propres à le diriger sainement dans son développement scientifique, et ne faisaient que fortifier en lui sa prédilection pour le monde mystérieux, insaisissable et sans bornes, vers lequel le poussait la tendance innée de son esprit. Il mourut d’ailleurs peu d’années après qu’il se fut mis à écrire sérieusement. On ne peut donc s’étonner de ce que son exposition soit confuse, sans méthode et sans plan ; de ce qu’il se laisse entraîner souvent à confondre les symboles dont il se sert avec les objets mêmes qu’ils doivent représenter ; de ce qu’il se perd dans des contradictions fréquentes, par cela même qu’il ignore les principes les plus élémentaires de la logique. Mais ses contradictions ont encore une autre source : ses explications sont souvent opposées aux dogmes du Christianisme ; il ne veut pas avouer cette opposition, et dès lors, il cherche à se couvrir en avançant hardiment des propositions qui sont conformes à l’Evangile, mais en complet désaccord avec son système et ses assertions antérieures. Toutefois, au milieu de ce fatras contradictoire ; on rencontre beaucoup de pensées profondes et d’aperçus dignes d’être recueillis ; presque partout on reconnaît le sentiment d’une sincère piété ; et, quant au style, lorsqu’on songe que Boehme fut le premier à façonner la langue allemande au service de la pensée philosophique, et que cette langue était, à cette époque, dans un mouvement plutôt rétrograde que progressif, on ne saurait assez s’étonner de la hardiesse, de la nouveauté et du bonheur d’expressions de Boehme. Sous ce rapport, le cordonnier de Görlitz devança de beaucoup les savants et les hommes d’Etat de son temps ». Enfin, L. Loevenbruck, dans le Dictionnaire de Théologie catholique (art. Bœhme, col. 924-926) analyse très clairement la philosophie de Bœhme et termine en disant : « Ce système panthéiste et mystique du Philosophe teutonique prétendait ainsi être une science universelle, et expliquer l’essence la plus intime de tous les êtres, il fut professé avec un respect enthousiaste par de nombreux disciples qui se crurent chrétiens orthodoxes, et il a encore quelques adeptes dans le nord de l’Allemagne ».

𝕍 La Naissance de Dieu ou la doctrine de Jacob Böhme, Pierre Deghaye, 1985 ; La Philosophie de Jacob Boehme, Alexandre Koyré, 1979.

Œuvres choisies

Citations

C’est Dieu qui m’a donné le savoir. Ce n’est pas moi, qui suis Moi, qui sais ces choses ; c’est Dieu qui les sait en moi. […] Puisque c’est Lui qui enfante, ce n’est pas moi qui les fais, mais Lui en moi ; je suis comme mort pendant la parturition de la sublime sagesse.
Aurora
Et, de même que le soleil s’introduit fortement dans la science, dans le mystère ou dans les trois premiers effets du mouvement de la Nature — qui sont le soufre, le mercure et le sel — afin de s’embraser et de se manifester en eux, de même la science porte fortement son désir vers le soleil, comme vers son Dieu naturel, par la quintessence des étoiles et par les trois premiers effets du mouvement de la Nature. Le soleil est l’âme du Grand Mystère dans le monde extérieur élémentaire ; c’est une ressemblance du Dieu occulte intérieur.
De l’Élection de la grâce
La science, le désir, la force attractive est elle-même la Volonté éternelle, incompréhensible et inapprofondissable de la Divinité, elle s’introduit avec une liberté absolue dans la Nature et dans la créature pour se manifester.
De l’Élection de la grâce
Je n’ai lu que dans un seul livre, dans mon propre livre, dans moi-même.
Épîtres théosophiques
Ce qui n’est pas équilibré ne peut subsister éternellement mais ce qui l’est ne connaît pas de destructeur, car toutes les propriétés s’aiment. Et dans l’amour résident l’accroissement et le maintien de la vie.
Mysterium magnum
Et à propos de Dieu nous ne pouvons que penser qu’il est la raison la plus profonde de toutes choses, en ce sens pourtant qu’il ne peut être saisi par aucune chose, de par la force propre de la chose ; mais de même que le soleil avec sa lumière et sa force s’introduit dans les choses sensibles et animées et agit avec toutes choses et y participe à leur entrée dans l’être : il nous faut entendre la même chose du Verbe divin avec la vie des créatures.
Mysterium magnum
Il faut que l’âme abandonne entièrement le vieil homme pour l’éternité et qu’elle renaisse en elle-même d’un nouveau corps issu de l’être céleste, de son être pâli à l’égard de Dieu en Adam et réintroduit dans l’esprit du Christ.
Mysterium magnum
Le monde visible est un symbole du monde invisible.
Mysterium magnum
Les ténèbres ne sont pas l’absence de lumière, mais l’effroi causé par l’éclat de la lumière.
Mysterium magnum
Par mes propres forces je suis un homme aussi aveugle qu’un autre et ne puis rien, mais par l’esprit de Dieu, mon esprit inné pénètre tout mais pas toujours avec assez de persévérance. Lorsque l’esprit de l’Amour divin traverse mon esprit, alors la créature animale et la divinité ne forment qu’un seul être, une seule conception et une seule lumière.
Mysterium magnum
Quand la teinture de feu sera absolument épurée, alors en elle retournera la Sophia. Adam, de nouveau, étreindra sa noble fiancée qui lui fut ravie durant son premier sommeil, et il n’y aura plus alors ni homme ni femme, mais seulement un rameau sur l’arbre, fait de perles, du Christ, dans le paradis divin.
Mysterium magnum
Sa volonté doit être unie à Dieu, afin que Dieu et la volonté et l’esprit de l’homme ne soient qu’une seule et même chose. Car ce qui est Un ne peut pas être en désaccord ou en inimitié avec soi-même, puisque ne possédant qu’une volonté. Où qu’il aille, quoi qu’il fasse, il reste Un avec soi-même.
attr. passim