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Aphrodite
Ποντία (Pontia)


-460
Peintre de Pistoxénos

-IV
Culture hellénique

pq.-IV
Culture hellénique (Phanagoria)

-140
Culture hellénique

-I
Culture hellénique

-I (orig. -IV)
Culture romaine

sm.I
Culture romaine (Quatrième style pompéien)

II (orig. -IV)
Culture romaine

I III (orig. -IV)
Praxitèle
Contexte
Religion Polythéisme hellénistique
Premières traces -XI (Tablettes mycéniennes)
Date de stabilisation -VIII (Illiade)
Zone de vénération Grèce hellénistique
Hauts lieux de culteAmathus (Chypre)
Aphrodision, Aphrodisias (Anatolie)
Autel d’Aphrodite Ourania, Paphos (Chypre)
Cnide (Grèce)
➧ Corinthe (Grèce)
➧ Cythère (Grèce)
➧ Mont Éryx (Sicile, Italie)
➧ Mont Ida (Turquie)
Olbia (ajd. Hyères, France)
Fêtes consacréesAphrodisia
Kinyrades
Euploia, Knidia
Maiuma
Jours Fastes Hekatombaion (début juillet)
Œuvres choisies
où mentionnées
Illiade (Homère)
La Théogonie (Hésiode)
Hymnes homériques
La Bibliothèque (Pseudo-Apollodore)
Cycle épique (Fragments de Chypre)
Emprunts
P.Akk. : Ishtar
P.Ara. :Atargatis (Derceto)
P.Arb. :Al-Lat
P.Egy. :Hathor
P.Etr. :➧ Turan
➧ Thalna
➧ Féronie
P.Grc. :Eos
Rapprochements
Chr. :Sainte Vierge
Hin. :Lakshmi
P.Arm. :Aphrodite Anaïtis [ Anahita]
P.Asy. :Mylitta
P.Cel. :Branwen
P.GaR. :Leucothea
P.Grc. :Aphrodite-Héra [ Héra]
P.Min. :Aphrodite-Ariane [ Ariadnè]
P.Rom. :Vénus []
P.Scn. :Freyja
P.Scy. :Argimpasa
P.Phe. :➧ Dorcéto
➧ Astarté
Véd. :Ushas
Statut
Ordre Dieu
Type Aquatique
Polarité Féminin
Qualité Amour
Demeure Olympe
Physique ➧ Jeune femme
➧ Regard brillant
➧ Air mutin ou expression intense
➧ Teint blanc
➧ Parfum floral voir d’ambroisie
➧ Aura éblouissante
➧ Vêtue d’une robe bleue marine
Attributs
Minéral :Coquillages
➧ Bracelets
➧ Chaînes
Collier d’or
Miroir
➧ Murex
Végétal :Bosquets
Fleurs
Jardins
Verdure
➧ Anémone
➧ Grenade
Myrte
➧ Pavot
➧ Pomme
Rose
➧ Tilleul
Animal :Bélier
➧ Bouc
Colombe
Cygne
➧ Dauphin
Génisse
➧ Hirondelle
➧ Lapin
➧ Lièvre
Oie
Passereau
➧ Poisson-pilote
➧ Torcol fourmilier
Tortue
➧ Tourterelle
Verrat
Symbole :➧ Alcyon
➧ Ceste brodée
➧ Éros
Flèches
➧ Miroir
➧ Œuf universel
Groupes Olympiens
Relations
Père : Zeus
Ouranos
Mère : Évonymé
Héméra
Dioné
Époux :Héphaïstos
Enfants :Harmonie
Éros
Antéros
Pothos
Déimos
Phobos
Priape
➧ Hymen
Adonis (adopt.)
➧ Hermaphrodite
➧ Énée
Rhodé
➧ Éryx
➧ Polycaon
➧ Golgos
➧ Béroé
➧ Hermaphrodite
➧ Hymen
➧ Amazones
Paire :Aphroditos
Amants :Arès
Poséidon
➧ Néritès
Dionysos
Hermès
➧ Adonis
➧ Anchise
➧ Phaéton
➧ Boutès
Sœurs :Moires
Érinyes
Suite :Nymphes
➧ Heures
➧ Charites
➧ Néréides
➧ Triton
➧ Himéros
➧ Pathos
➧ Peitho
➧ Hébé
Caractéristiques
Calligraphie localeGrc. : Αφροδίτη
RomanisationAphrodítê
➧ Aphrodite
Transcription littéraleGrc. : ἀφρός-δίτη {issue de l’écume}
Fonctions ➧ Opère dans les débats amoureux
➧ Détient le secret de la vie
➧ Octroie la beauté aux femmes
➧ Patronne des hétaïres et des courtisanes
Caractères ➧ Jeunesse Beauté Fécondité
➧ Vengeance Forme Séduction
➧ Féminité Vitalité Érotisme
Épithètes
Grc. :Ἀκραία (Acraea) {La lointaine}
Ἀμβολογήρα (Ambologera) {Qui repousse le vieillissement}
Ἀνθεία (Antheia) {La fleurie}
Ἀπατουρία (Apatouria) {La fourbe}
Ἐν κήποις (en kí̱pois) {Celle des jardins}
Ἀποτροφία (apotrophia) {Qui expulse le désir}
Ἀμαθουσία (Amathusia) {Épithète toponymique provenant chypriote}
Ἀρακυνθιάς (Aracinthias) {Celle du mont Aracynthus}
Δέσποιναι (Despoinae} {Notre Dame}
Κουροτρόφος (Kourotrophos) {La nourrice}
Migonitis {Union}
Νυμφιδία (Nymphidia) {Celle aux nymphes}
Ποντία (Pontia) {Celle des mers}
Νικήφορος (Nikếphoros) {Porteuse de la victoire}
Xeiné {Hospitalière}
Formes
Épiclèses
Grc. :Acidalia (Fontaine de Béotie où elle se baignait)
Acraea {Des hauts lieux}
Ambologera {Qui recule la vieillesse}
Anadyomène {Sortant de l’eau}
➧ {Femme-née-des-vagues}
➧ {Née du sperme du dieu}
Anosia {Tueuse d’hommes}
Apostrophia {Qui détourne le mal}
Callipyge {Aux belles fesses}
Cataskopia {Qui observe}
Courotrophe {Nourricière}
Despoina {Souveraine}
Διωναίη (Diōnaíē) {Fille de Dioné}
Epistrophia {Qui tourne les cœurs vers}
Eukarpos {Qui féconde}
Euploia {Qui donne heureuse navigation}
Morphô {Beauté}
Nicéphore {Qui donne la victoire}
Πάνδημος (Pandémos) {Vénérée de tous}
Οὐρανία (Ourania) {La céleste}
Zeidôros {Qui donne la vie}

Mythes principaux

I. Naissance

Trois traditions différentes décrivent la naissance d'Aphrodite :

● D’abord, celle d’Homère où elle est fille de Zeus et de Dioné (cette version est-elle issue d’une confusion entre Aphrodite et Hébé ?).

● Ensuite, celle issue de la Théogonie, suivant en cela les grandes lignes de la théogonie hittite du Chant de Kumarbi : Aphrodite provient ici d’Ouranos alors que les parties génitales de ce dernier churent dans la mer, châtrées par son fils Cronos. Du sang du titan se mêla alors à une écume blanchâtre flottant à la surface de la mer.

● Enfin, moins connu, est le mythe issu d’un fragment d’Épiménide qui fait d’Aphrodite la fille de Cronos et Évonymé et la sœur des Moires et des Érinyes.

↪ En tout état de cause, à peine née d’une κόγχης (kónkhē) {conque} qui lui fait office de matrice telle une perle, la déesse est portée par les Zéphyrs à Cythère puis jusqu’à la côte de Chypre où elle est accueillie par les Heures (d’autres évoquent les Charites) qui l’éduquent, l’habillent, la parent et la mène chez les Immortels. Ces derniers puisent une grande allégresse dans la présence de cet idéal accompli des charmes féminins. Lucien rapporte cependant qu’elle fut également élevée par Nérée. Élien le Sophiste (De la nature des animaux) expose également sa relation intime avec Néritès qui faute de vouloir la suivre au Mont Olympe malgré les ailes dont elle le gratifia, fut changé coquillage.

II. Amours et enfants

Mariée à Héphaïstos, Aphrodite aime cependant Arès avec qui elle s’unissait dans la demeure du dieu forgeron lorsque celui-ci s’absentait. L’Odyssée (8) et Hygin (148) narrent la façon dont Hélios pu surprendre les amants sur une négligence d’Alectryon et rapporta l’information au boiteux de Lemnos. Il conçu alors un filet magique, invisible et indestructible (la matière dont il est constitué varie) que lui seul savait manier. Il tendit le filet tel un piège puis, étant parvenu par ce moyen à capturer les adultères, les surprit au moment opportun dans sa maison d’airain (évènement à la symbolique cosmologique désigné en alchimie par le terme d’"Électre", fait remarquer Pernety). Hurlant de colère, il les livra céans aux quolibets de l’assemblée des dieux qui s’ameutèrent (les déesses précise Homère, s’abstinrent du spectacle). Après que Poséïdon eut prié Héphaïstos de libérer son étreinte le couple honteux, Aphrodite s’enfuit vers Chypre (puis se terra dans les bois du Caucase) et Arès vers la Thrace. La déesse gardera rancœur contre Hélios et tous ses enfants. Il est intéressant de noter que, dans la réalité cultuelle et non celle, littéraire, véhiculée par Dèmodokos dans l’Odyssée (via une légende lemnienne), Aphrodite est toujours associée à Arès. Héphaïstos du reste, est ailleurs l’époux d’une Charite : Charis dans l’Iliade ou Aglaia dans la Théogonie.

Toutefois, plusieurs êtres furent désignés comme issus de ces galanteries illicites :

● D'abord, Éros {Amour} et Antéros {Amour retourné}. La parentalité pour ces deux entités varie, Éros surtout, qui, plus important enfant et ministre d’Aphrodite, bénéficie d’un grand nombre d’attributions paternelles.

● Déimos {Terreur} et Phobos {Crainte} ainsi que Harmonie pour les thébains. À Samothrace on préfère la voir fille de Zeus et d’Électre.

● Et parfois Priape, dont on fait plus volontiers Dionysos le père mais ce serait oublier qu’Aphrodite, Vénus surtout, est la déesse de la végétation et des jardins. On leur donne également parfois comme étant à l'origine des Amazones.

► Aphrodite aima encore Adonis (sans doute tiré de l’épithète "Adon" du Baal de Byblos), qu’elle recueilli après sa mise au monde par Myrrha. La Bibliothèque nous indique qu’Aphrodite envoie Adonis dans un coffret à Perséphone pour qu’elle garde sa magnifique trouvaille en sécurité. La déesse ouvrit le coffre et couva l’idée de garder Adonis pour elle seule. Zeus (ou Calliope dépêchée par l’agonios) trancha : Adonis passerait un tiers de l’année chez Aphrodite, le second chez Perséphone et le dernier à l’endroit qu’il lui plairait. Il choisit de passer les deux tiers avec Aphrodite. Le jeune homme mourut déchiré par un sanglier, envoyé par Arès ou Artémis (qui tout deux avaient des raisons de détester Adonis) voir Apollon chez Ptolémée Héphaistion et ce, afin de venger Érymanthe. Une autre version de Phanocles (Fragments) explique que le jeune homme fut emporté par Dionysos.

↪ Affligée, la déesse se fait plus sombre voir funèbre et chtonienne, caractéristiques qui se retrouvent parfois dans le culte (comme à Delphes), faisant d’elle une seconde Perséphone. Cependant, elle revient toujours triomphante de l’Hadès. Aphrodite put en outre concevoir, Golgos (fondateur de Golgoi en Chypre) et la nymphe Béroé de son jeune amant.

Elle a également des relations avec d’autres entités divines et des mortels et une nombreuse descendance :

● Avec Poséïdon c’est Rhodé et Éryx qu’elle conçoit.

● Avec Hermès, nous indique Diodore de Sicile, elle donne naissance à Hermaphrodite (Atlantius chez les romains).

● Avec Dionysos, elle enfante Hymen et possiblement Priape comme nous l’avons vu.

● Philon de Byblos ajoute même que de Cronos, elle enfanta Pothos, l’un des Érotes. Mais on donne à Pothos d’autres ascendances : issu de Zéphyr et Iris voir d’Eros lui-même.

● Elle est également en relation avec Phaéton (fils de Céphale) et avec Boutès (fils de Téléon) avec qui elle fait Polycaon et possiblement Éryx (alternative à Poséïdon comme géniteur).

● Elle se rapproche enfin du mortel Anchise qu’elle aime sur l’Ida phrygien et conçoit avec lui Énée (et parfois également Lyrnos).

III. Malédictions et bénédictions

Ses passions, colères comme affections sont redoutables tant par leur ampleur que par leurs conséquences : si la déesse favorise les circonstances plaisantes et l’harmonie sexuelle, elle pousse aux excès licencieux lorsqu’elle est irritée. Elle récompense ainsi ceux qui lui obéissent et, vindicative et impitoyable, châtie durement ceux qui s’opposent à sa volonté. Mentionnons notamment les cas suivants :

● Elle punit Eos d’avoir cédé à Arès en lui inspirant des amours impossibles, notamment celui pour Orion qui lui fut fatal. Elle fait de même avec Hélios pour le punir de sa délation à Héphaïstos vis à vis de sa relation avec Arès. Elle se plaît à changer Anaxarète en pierre pour rester insensible à Iphis. De même, les Propétides, cannibales et mécréantes sont changées en pierre. Pareillement, lorsque honteuse et cachée dans les bois du Caucase, une vieille la trahi en divulguant le lieu de sa retraite aux dieux, elle la métamorphose en rocher. Elle châtie ensuite les femmes impies de Lemnos en les affligeant d’une odeur repoussante. Les femmes finissent par tuer les hommes de leur île qui se tournèrent vers les captives thraces. Elles demeureront seules jusqu’à l’arrivée des Argonautes. De même, les filles de Cinyras à Paphos durent se prostituer avec des étrangers et partirent en Égypte. Et encore, elle punit l’amazone Lysippé qui ne pense qu’à guerroyer en inspirant à son fils Tanaïs une passion contre-nature pour sa mère, passion qui le poussera au suicide. Elle inspire aussi une affection coupable à Phèdre pour se venger d’Hippolite qui n’aime qu’Artémis. Des envies incestueuses à Myrrha dont elle jalouse la beauté. Ou encore (selon Hygin) une passion à Pasiphaé pour le taureau de Crète parce qu’elle méprisait la déesse (elle est aussi descendante d'Hélios). Blessée à la main par Diomède en voulant protéger Énée, elle est secourue par Iris qui la transporte sur le char d’Arès. Revenue au Mont Olympe, elle sera raillée par Héra et Athéna. En conséquence, elle rend la femme de Diomède infidèle, évènement qui poussera le héros hors de Grèce. Moins grave de conséquences, Apollodore (Bibliothèque, I,3:3) nous raconte que lorsque Clio reproche à la déesse son amour immodéré pour Adonis, elle la rend éprise de Piérus de Thessalie. Bien connue enfin, est sa jalousie envers la mortelle Psyché qui l’égale en beauté et suscite l’amour de son fils Éros. Elle la tourmente et lui impose des épreuves avant de finalement l’accepter comme bru, modèle de l’initiation de l’âme vers le divin.

● Même lorsqu’elle fait des présents, ils sont potentiellement dangereux. Symboliquement, elle apporte par exemple son aide aux jeunes amoureux. Elle confie notamment à Hippomène les trois pommes d’or qui lui permettent de conquérir Atalante. Mais le jeune homme ayant oublié de la remercier, Aphrodite lui inspire une passion furieuse qui le poussa au sacrilège dans le temple de Zeus. Ce dernier punit Hippomène et Atalante. Mais l’évènement cette sorte qui est connu de tous est la main d’Hélène qu’elle offre à Pâris lors du Jugement déclenché par la pomme d’Éris. Elle lui lui fournit également les moyens d’enlever la Belle, qui est mariée à Ménélas, roi de Sparte et frère d’Agamemnon, déclenchant ainsi la Guerre de Troie. Du reste, Hésiode (Les Travaux et les Jours) nous indique que lors de la création de Pandore, Zeus lui confie de […]répandre sur sa tête la grâce enchanteresse, de lui inspirer les violents désirs et les soucis dévorants.

● Ces dons se révèlent tout de même bienfaisants à ceux qui la prient avec ferveur : Elle fait de Phaon le plus beau des Hommes pour le remercier de sa diligence. Elle offre le réconfort et une couronne d’or à Ariane. Elle donne la vie à la statue d’ivoire de Pygmalion. Elle délivre aussi Sélemnos de sa passion pour le nymphe Agryra en le changeant en rivière. C’est aussi elle qui se charge d’embaumer Hector d’ambroisie, protégeant le corps sans vie de la colère d’Achille (Iliade, XIII).

IV. Déesse tutélaire de Rome

► Durant la Guerre de Troie, Aphrodite protège les troyens, Pâris et Énée en particulier qu’elle soustrait à la mort dans leur affrontement contre Ménélas et Diomède. Si Troie fut perdue, la race troyenne survécut par l’intermédiaire d’Enée, Anchise et Iule (ou Ascagne) qui portèrent ses pénates sur une autre terre et purent fonder Rome. C’est là la raison bien connue pour laquelle César éleva un temple dédié à Venus Genitrix et qu’il se réclame, comme Sylla (Venus Felix) ou Pompée (Venus Victrix portant les armes d’Arès et inspirée des Νικηφόρος (Nikêphoros) {Porte-Victoire} des polis), de sa protection et même, de sa descendance directe. En outre, le Temple de Vénus et de Rome, construit sous Hadrien est le plus grand de la Rome antique soulignant par là le lien indissoluble entre Vénus et l’Urbs. À noter enfin que le premier temple romain dédié à Venus, Venus Obsequens {Vénus propice}, fut édifié en pleine bataille par Fabius Gurges au d.-III, afin de s’assurer la victoire contre les Samnites.

Rome, dès le I, est d’ailleurs le théâtre de l’émergence d’une Venus Mystica qui propose une sotériologie par l’amour. Cette théologie mystique est particulièrement aboutie dans l’Éneide où Vénus apporte à son protégé les armes forgées par Héphaïstos : il parcourt des yeux chaque objet ; / il admire et serre dans ses bras, tourne et retourne dans ses mains / le casque à la crête menaçante, qui crache des flammes, / et le glaive porteur de mort, la cuirasse de bronze rigide, / couleur de sang, immense, telle une nuée sombre, / qui s’embrase sous les rayons du soleil et brille au loin ; / puis ce sont les jambières polies, d’électrum et d’or recuits, / et la lance et le bouclier, aux figures difficiles à décrire..

𝕍 à ce propos Le treizième livre de l’Énéide, Astrologie et énergétique de la métamorphose in Pallas (57 pp. 25-48), Yves-Albert Dauge, 1983. Lien vers le document sur Persée : (Le nombre treize) représente en effet le cœur de l’être, le foyer du dynamisme créateur, la source de la Vie et de l’Amour, l’axe des énergies en mouvement, le passage du monde phénoménal au monde essentiel, du plan des effets à celui de la cause, et principalement l’Un retrouvé. L’Antiquité en a fort justement reconnu la valeur, et l’a bien souvent exalté. Un exemple qui n’eût pas manqué de plaire à Virgile : la Vénus au miroir de la mosaïque de Boscéaz (IIIe s.). Le thème qu’illustre ce remarquable ouvrage est l’ascension de l’âme à travers les sphères célestes, les divers états ontologiques, vers l’unité divine. L’ensemble comporte 13 médaillons octogonaux : celui du centre - le treizième - est occupé par Vénus, qui figure ici la focalisation et l’irradiation des Énergies créatrices, le « lieu » de l’Amour et de le moyen et le but de la transmutation - ce qui n’est guère éloigné du rôle de la déesse virgilienne. L’enseignement pythagoricien désignait d’ailleurs Vénus comme le « second Soleil », Sol alter, correspondant à l’aspect médiateur de l’Ame du Monde (cf. la vocation propre des Énéades, ainsi que celle de Rome, bien définie par Pline, n.h., 27,3).

V. Le Ceste

► Le κεστός (kestós) {ceste}, ceinture brodée multicolore et merveilleuse d’Aphrodite, a la propriété de rendre aimable, de raviver les passions éteintes et de susciter un désir impérieux chez celui qui pose son regard sur elle. En elle, résident toutes les voluptés, et l’amour, et le désir, et l’entretien amoureux, et l’éloquence persuasive qui trouble l’esprit des sages (Iliade, XIV) et Aphrodite affirme à Héra qui lui emprunte pour se rendre Zeus favorable : mets-la sur ton sein, et tu ne reviendras pas sans avoir fait ce que tu désires. Hermès subtilisa la ceinture (ainsi que d’autres armes divines) durant son enfance selon le Dialogue des Dieux de Lucien. Pour Pernety, le Ceste désigne en alchimie le petit cercle multicolore qui se forme autour de la matière dès qu’elle commence à changer de couleur.

Notes

I. Étymologie

► Robert Schilling (𝕍 sa thèse : La religion romaine de Vénus) nous indique que "Vénus" est à l’origine un appellatif neutre *uenus, correspondant au corrélatif uenia {grâce, faveur} et qui est réservé au domaine religieux. Il signifie : "J’exerce (sur telle divinité) un charme (pour obtenir) que […]". Cela désigne donc une attitude de séduction envers les dieux fondé sur le dabo cum dederis {je donnerai quand tu auras donné}. Le glissement du neutre au féminin s’est opéré par la personnification d’*uenus (à Lavinium précise l’auteur de la note).

II. Une déesse persistante dans sa grandeur

Les origines historiques de la déesse sont complexes, vraisemblablement composite de matériaux autochtones — des Entités analogues à Aphrodite existaient évidemment déjà sur le territoire grec — et exogènes. C’est une déesse "venue de la mer", d’une bonne part d’origine vraisemblablement orientale : Ascalon en Syrie pour Hérodote où on adorait Atargatis-Dercéto, certainement elle-même influencée par les cultes assyriens.

Le culte se répend en Anatolie et a atteint la Grèce sans doute par le truchement des comptoirs phéniciens dès l’époque pré-homérique pour rayonner sur la Mer Égée ainsi que la Mer Noire et finalement atteindre la Sicile et Carthage. Nonobstant, le cas de Thèbes vis à vis de sa tradition envers cette déesse est une exception notable dans la culture grecque et la piste mycéenne via Chypre demeure intéressante (𝕍 à ce propos D’Aphrodite à Astarté Paphia in Cahiers du Centre d’Études Chypriotes (45 pp. 107-117), Christina Ioannou, 2015. Lien vers le document sur Persée) pour se représenter les origines de la déesse.

↪ Malgré ou grâce à ces influences étrangères, Aphrodite est sans doute la déesse des plus vivantes et des plus populaires du monde gréco-romain. A l’exception de Corinthe, la déesse ne présente pas de caractéristiques orientales et a été largement assimilée par le monde grec. Aphrodite était d’abord vénérée sous la forme aniconique d’un bétyle noir puis notamment à Chypre, sous une forme hermaphrodite et/ou barbue (dit "Aphroditos" à rapprocher de la Venus calva et de la Fortuna Barbata romaine).

Elle a finalement atteint le statut de première des déesses grecques dans ce qui constitue son symbolisme le plus principiel : la vie et sa force générative, la sexualité et à l’amour, la beauté et la concorde, les jeux, en un mot : les plaisirs. De plus, de la même façon que son homologue akkadienne, elle était également vénérée comme déesse de la guerre, notablement à Chypre, Thèbes et Sparte. Faisant parti du δωδεκάθεον (dōdekátheon), les Hymnes homériques lui consacrent l’un des ses quatre chants les plus longs (XIII).

III. Déesse de la μίξις (míxis)

Puissante est Aphrodite, car elle étend son empire dans les cieux, la mer et la terre (elle était ainsi vénérée à Cnide) : car tu as soumis le Kosmos et tout ce qui est dans l’Ouranos et dans la mer profonde et sur la terre fertile nous chantent les Hymnes orphiques. Elle est capable de dissoudre dans sa propre unité la presque totalité des matières sur lesquelles elle a la capacité d’exercer une irrésistible attraction.

Selon Homère (Hymnes), elle n’échoua à mettre sous sa coupe qu’une poignée seulement de divinités : Athéna, Artémis et Hestia. Sa domination sur Zeus est partielle : bien qu’elle lui inspire des passions pour les mortelles, lui-même a été capable de la rendre éprise d’Anchise. Nonnos de Panopolis (Dionysiaques, XIV) ajoute que la déesse se refusa à lui sur l’île de Chypre et que Zeus aurait alors enfanté une variété de Centaures en laissant choir sa semence à terre.

Aphrodite, productrice de la rosée, détient le secret qui rend les femmes belles et attirantes aux yeux des hommes, ce qui en fait la patronne des jeunes filles. Les cycles de fécondités sont aussi sous son emprise. Aphrodite est intimement liée à la mer, aux eaux calmes où elle est née. Elle patronne la navigation (puisque capable de provoquer le beau temps) et en conséquence, elle est vénérée par les marins et les pêcheurs et est fréquemment représentée le pied posé sur les flots ou une conque. Cela en fait une divinité principalement aquatique, en rapport avec son tempérament doux et lascif. Les cultes côtiers, comme à Corinthe, la lient alors volontiers à Poséïdon.

Associée à l’aurore du cycle cosmique où les choses et les êtres sont encore indistincts, c’est la déesse qui fusionne, qui dissout les éléments et les êtres dans l’océan maternel, afin de contenir tout le vivant. Ainsi elle se retrouve souvent jalouse d’autres dieux ou mortel soulignant que chaque être vivant est par définition une conscience unique et séparée du tout. Elle est déesse de la vie confinée à sa source, mais tend à égarer les esprits entrepreneurs et peu avertis, empêchant à tout prix toute émancipation. La liberté, le courage ou l’ambition sont des idées dont elle a horreur.

IV. Aphrodite la multiple

Dans le Banquet, Platon scinde en deux l’identité de la déesse au travers des propos de Pausanias d’Athènes (l’idée sera reprise par Xénophon dans son Banquet). Cette interprétation antinomique de la part de Platon, confortable pour la réflexion philosophique, procède d’une dichotomie morale qui, bien que destinée à une grande postérité et prenant certainement racine dans des pratiques cultuelles athéniennes reste cependant tardive et est en pratique, étrangère aux plus anciens mythes relatifs à la déesse.

● Dans un premier temps elle est envisagée comme à l’origine de la vie suite au contact d’Ouranos (le ciel) avec la mer. Reine de la pureté, de la beauté mais aussi de la guerre, elle est nommée Aphrodité Ourania {L’Aphrodite Céleste}, maîtresse des espaces célestes de l’aither. Elle est symbolisée par la Lune et Vénus. Elle enlève Phaéton pour en faire le gardien de son temple nous dit Hésiode : Mais Aphroditè, qui aime les sourires, en fit, l’ayant enlevé, le gardien nocturne de ses temples, tel qu’un génie divin.. Elle est dans ce cas représentée le plus souvent assise sur un cygne, une tortue (emblème des vertus domestiques) ou un globe et était tenue pour présider aux unions légales. Cet aspect est lié à son iconographique courotrophe (significativement présent à Athènes) qui s’épanouira dans la Venus Genitrix romaine, déesse tutélaire de la famille.

● Mais elle est aussi Aphrodité Pandemos {Aphrodite vulgaire}, fille de Zeus et de Dioné, vénérée des hétaïres (courtisanes) et sollicitée pour toute les affaire d’amour conjugal hors mariage. Elle peut être représenté assise sur un bouc, accompagnée de satyres ou de chérubins. Elle devient le véhicule de la force printanière, l’instinct naturel de fécondation et de génération et est dans ce cas, lié aux plantes et aux fleurs dont elle règle le renouvellement et l’épanouissement. Lors des Maiuma (dédié à Aphrodite et Dionysos), on lui dressait un arbre de Mai. Strabon (VIII, 6:20) nous apprend que le temple d’Aphrodite dans l’opulente Corinthe a été notoirement connu pour la présence de plus de mille ἱερόδουλοι (hierodouloi) pratiquant la prostitution sacrée (l’origine de cette pratique semble prendre source dans la superstition que les anciens attachaient au commerce avec les vierges). Malgré tout cela, il est important de noter que son culte, au contraire de celui de Dionysos, demeurait solennel.

Les deux aspects dans la déesse sont combinés dans le mot magique Αρωριφρασις {Arôriphrasis} que l’on retrouve gravé dans plusieurs intailles du Cabinet des médailles. 𝕍 À propos d’Aphrodite Ourania et Pandemos à Athènes in L’Antiquité Classique (57 pp. 142-157), Vinciane Pirenne-Delforge, 1988. Lien vers le document sur Persée

► À propos des multiples visages d’Aphrodite-Vénus, Pausanias le Périégète (IX,16:3) rapporte que Les Thébains ont aussi plusieurs statues de Vénus, et si anciennes qu’ils prétendent que c’est Harmonie qui les a consacrées, et qu’elles furent faites des éperons de ces navires qui avaient amené Cadmus, lesquels éperons étaient de bois et non de fer. Quoi qu’il en soit, l’une de ces statues est Vénus Uranie ou la Céleste, l’autre Vénus la Vulgaire, et la troisième est Vénus surnommée Apostrophia (dont l’objet est d’écarter les désirs déréglés et persistants).

↪ Cicéron (De la nature des dieux, III:23) différencie de même quatre Vénus : la fille du Ciel et du Jour ayant son temple à Élide, celle née de l’écume de la mer qui enfante le "second Cupidon" (Antéros) avec Hermès, la fille de Jupiter et Dione qui épouse Vulcain et enfin, Astarté la syrienne, fille de Syria et Cypros qui épouse Adonis.

↪ Pour Apulée, Vénus s’estime (quoique courroucée dans ce passage) être le principe vivifiant de toutes choses, d’où procèdent les éléments de cet univers […] l’âme de la nature (L’Âne d’Or, IV) mais déjà chez le poète (précédé en cela par Lucrèce dans son Hymne à Vénus), elle glisse vers Isis et s’identifie au principe aqueux suprême : la Nammu sumérienne, la Tiamat babylonienne, bēlet-ilī {Dame des Dieux} et tamti {mer primordiale} en akkadien. En tant que principe du cosmos, Aphrodite est alors assimilée à Némésis et va jusqu’à être comparée à la plus ancienne des Moires.

separateur

◆ Pernety fait remarquer la déformation "Afrodine" des alchimistes pour désigner Vénus et le cuivre. Il indique aussi le terme "Aphrodisi" servant à désigner la pierre ayant atteint l’âge de Vénus et de couleur orangée (Kamala-Jnana estime qu’il s’agit plutôt du jaune, intermédiaire entre le blanc et l’orangé).

◆ Suivant immédiatement le mois d’Arès, le nom de la déesse subsiste probablement dans celui du mois d’Avril. Ovide indique in Fastes : αφρος (aphros) {écume de mer} puis aprilis. Mais ? plus simplement, aprilis provient de aperio {ouvrir} ce à quoi Naso s’oppose.

𝕍 donc cet intéressant supplément à Kernos consacré aux cultes dédiés à Aphrodite : L’Aphrodite grecque, dir. Vinciane Pirenne-Delforge, 1994. Lien vers le document sur OpenEditions

◆ L'ésotériste trouvera avantage à 𝕍 le pertinent essai de Piobb : Les Mystères des dieux, Vénus la déesse magique de la chair, 1908. Lien vers le catalogue Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France

Représentations postérieures


1485
Sandro Botticelli

1524 1527
Le Corrège

1570
Paul Véronèse

1600
Pierre Paul Rubens

1740
François Boucher

1760
Johan Joseph Zoffany

1785 1787
John Deare
👁
1808
Antonio Canova

1827
Alexandre-Charles Guillemot

1863
Alexandre Cabanel

1866
Gustave Moreau

1872
Arnold Böcklin

1883
Edward Matthew Hale

1894
Henrietta Rae