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Pythagore
Chrysomère

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Données générales

PériodeLieu
Général-VIGrèce
Italie
Naissance -580Samos, Grèce
Décès -495 ( 85 ans)Métaponte, Italie
Cause
Inhumation
Assassinat

DomaineCourantOrdre
Philosophie
Mathématiques
Éthique
Logique
Pythagorisme 🎓Fraternité pythagoricienne 🎓

RelationsNom
Entourage
RencontreAbaris le Scythe
Épiménide
Influence
MaîtreÉcole de Mochos de Sidon
Mystères de Diospolis
Orphisme
Anaximandre
Hermodamas de Samos
Thémistocléa
? Zaratas d’Assyrie (? Zoroastre ou Ézéchiel)
ParÉcole ionienne
Orphée
Épiménide [? Maître]
Phérécyde de Syros [? Maître]
Thalès de Milet [? Maître]
SurAmmonios Saccas
Archytas de Tarente
Apollonius de Tyane
Apulée
Bolos de Mendès
Empédocle
Geber
Giordano Bruno
Jamblique
Jean Pic de la Mirandole
Ovide
Platon
Philon d’Alexandrie
René Schwaller de Lubicz
Robert Fludd

Repères biographiques

► Figure légendaire dès son vivant, héritier et réformateur des systèmes mystériques de l’antiquité, Pythagore est l’inspirateur de l’ésotérisme occidental. Son père, Mnésarque fut graveur de pierres précieuses, il disait descendre d’Ansée. Il s’estimait lui-même fils d’Apollon qui aurait donné ses faveurs à sa mère et d’Hermès (par sa vie antérieure où il était Aethalide rapporte Héraclide du Pont). La Pythie l’aurait annoncé beau et sage, d’où son nom signifiant : "prédit par la Pythie". Sportif, on lui accorde de nombreuses compétences dont un don pour le pugilat puisqu’il aurait remporté le rameau d’olivier des poids lourds aux 48e Olympiades.

► Il aurait beaucoup voyagé tout d’abord afin d’échapper à la tyrannie de Polycrate puis afin de rechercher le savoir religieux : auprès de Thalès d’abord, puis en Gaule, Chaldée, Phénicie et Égypte qui sont les destinations qu’on lui a attribué. En Égypte justement où il passe 22 ans, il est remarqué par le pharaon Amasis et on rapporte que les prêtres lui aurait appliqué des feuilles d’or formant le disque d’Atoum-Râ sur la cuisse, de là son surnom : "Celui à la cuisse d’or". Fait prisonnier par les troupes de Cambyse, il apprend les sciences des mages durant une douzaine d’année à Babylone. Durant ces voyages il aurait ainsi accumulé un nombre important d’initiations à divers méthodes spirituelles et obtînt ainsi des connaissances relatives à la géométrie et à l’arithmétique, à l’astronomie et l’astrologie, à la médecine ainsi qu’à la magie et la thaumaturgie.

► Si l’on en croit Laërce, Porphyre, Jamblique et Cicéron, Pythagore était thaumaturge : il possédait le souvenir de ses anciennes incarnations en plus d’avoir un don de prophétie et d’ubiquité. Il pouvait voyager aux enfers (il serait descendu dans l’Ida sous la conduite d’Épiménide), contrôler aux éléments et aux animaux. Beau, éloquent, modéré, proprement divin, Pythagore était en somme l’archétype incarné de l’ésotérisme et la mystique occidentale du début de l’antiquité classique, sinon du mage hellène, spécialiste des techniques cathartiques. Quoiqu’il en soit, on sait de façon plus certaine par l’apport des préaristotéliciens et aristotéliciens, qu’il revient en Grèce vers 50 ans, à Samos d’abord, puis Crotone, où voulant toujours s’éloigner du pouvoir de Polycrate (voir des Achéménides), il fonde sa communauté.

↳ Cette aura extraordinaire lui fit également être, au mépris de la chronologie, le maître de Numa Pompilius, c’est à partir de cette légende qu’Ovide écrira dans ses Métamorphoses (XV, 60-478) le discours de Pythagore, qui Quelque éloigné qu’il fût des régions célestes, il s’élevait, par la méditation, jusqu’aux astres, et voyait, des yeux de l’esprit, ce que la nature refuse aux regards des humains..

◆ La réputation de Pythagore, entretenue par divers biographes et doxographes (comme au -I, Alexandre Polyhistor ou Diodore de Sicile) dépasse le cadre occidental. Il est considéré par les jabiriens, comme un passeur des mystères égyptiens et une autorité alchimique ainsi qu’un maître de la rhapsodomancie. Ibn al Qifti dans son Histoire des philosophes le considère comme l’un des cinq sages et Al-Biruni dit qu’il est influent chez les zoroastriens et même les hindous. Le pythagorisme même après le néo-pythagorisme, essaime durablement les ésotéristes, en particulier en Italie, passant par Bruno et Fludd, jusqu’à la France du XIX avec l’abbé Lacuria avec ses Harmonies de l’être et au XX avec Matila Ghyka et son Nombre d’or. Certains chercheurs mentionnent son influence théorique jusque dans les confréries de bâtisseurs des cathédrales ou même pratiques sur les confréries esséniennes. Marque de cette influence durable, les antiques attribuent à Pythagore l’invention même du terme "philosophie" (Jamblique reprenant Héraclide du Pont indique que c’est le premier penseur à s’être proclamé "philosophe"), discipline qui à l’époque antique avait pour objet de mener l’Homme à la sagesse par l’observation de la nature et du divin. De même Aétius lui accorde l’invention du terme "cosmos", afin de désigner l’univers organisé.

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Le pythagorisme

◆ Il est difficile d’établir avec certitude ce que fut l’enseignement de Pythagore lui-même sinon du pythagorisme primitif, mais au travers de ses successeurs néopythagoriciens, comme Hiéroclès d’Alexandrie (Commentaire sur les vers d’or au V), il est néanmoins possible de reconstituer quelques points essentiels. Sa métaphysique repose sur un monothéisme où une divinité démiurgique (parfois désignée comme Zeus) règne sur l’univers, on rend également un culte à des divinités intermédiaires que sont les héros et daïmons. L’école pythagoricienne, prototype de la fraternité religieuse, était attachée à l’immortalité de l’âme et recherchait à établir l’harmonie intérieure afin de se conformer analogiquement à l’harmonie du cosmos. Pour cela, elle cherchait à équilibrer l’approche rationnelle et irrationnelle. A l’harmonie du monde céleste, s’opposait la fatalité du monde sublunaire et l’Homme était à l’intersection de ce conflit. C’était une secte fermée, fraternelle et fortement communautaire, d’inspiration aristocratique et qui proposait un véritable mode de vie. Elle était remplie de tabous et de règles notamment relatives à l’alimentation (dont le fameux tabou des fèves, pour des raisons certainement symboliques relatives à l’Hadès), aux déplacements dans l’enceinte du temple et aux rites funéraires ; Ces interdits avaient pour objet de mener à une ascèse.

↪ Au contraire des écoles philosophiques ou scientifiques qui parsèment alors la Grande Grèce comme à Cos, Crotone ou Milet, les synedria pythagoriciennes étaient somme toute proche des thiasoi orphiques, mouvement avec lequel le pythagorisme partage la forme intellectualisante et dogmatique vis à vis des mystères. En terme de contenu néanmoins, la popularité du pythagorisme, vivace durant les siècles, tient vraisemblablement à sa capacité à substituer à l’intuition mystique, l’argumentation métaphysique, à la rituélie magique, l’ascèse purificatoire, aux cosmographies mytho-poétiques, une religion astrale mathématisante (où Soleil et Lune se substituent aux Îles des Bienheureux) qu’on retrouvera dans l’Épinomis. En ce sens, certains auteurs estiment que le pythagorisme est une réforme de l’orphisme. Selon les sources, les chercheurs estiment la taille de la secte de 300 à 2000 disciples. D’un point de vu moral, met l’accent sur l’harmonie dans la société et donc la tolérance et la fraternité.

↳ On pratiquait les exercices physiques et spirituels (afin de favoriser la réminiscence des vies passées) et la philosophie morale, l’abstinence (au lieu des sacrifices) et le végétarisme (Pythagore affirmait la présence du principe psychique en tout être et la métempsychose), ainsi que la musique et l’arithmologie dont Aristote fera mention dans sa Métaphysique. Héraclite ajoutera à ce propos de cette gnose mathématique que Pythagore plaçait le bonheur suprême dans la contemplation de l’harmonie des rythmes, cette théorie du nombre aboutit à une exégèse cosmologique et à la théorie de la proportion, témoin d’une harmonia mundi. Puis à la notion de médiété, à la musique des sphères et finalement à la découverte de la vibration musicale que chaque être porte en soi. C’est sur cette base que se développe la mystique pythagoricienne qui à pour but de restaurer les capacités spirituelles de l’individu en dénouant les liens personnels de l’incorporation entérinée depuis des générations. En effet, chaque être porte en lui une parcelle du divin et par une succession de réincarnations, il peut se purifier pour enfin sortir du cycle palingénésique, c’est-à-dire la régénération universelle. Chez les pythagoriciens, les nombres sont les principes archétypaux de la matière et des éléments formels comme les substances de toutes choses. On reconnaît là l’annonce des είδος {idées} platoniciens. Ces nombres sont par ailleurs classés en table de catégorie : pairs et impairs, gauche et droite, féminins et masculin, limités et illimités. Le un, dont émanent tout les autres nombres est à la fois des deux catégories.

Avant de rencontrer Pythagore, les postulants étaient sélectionnés, non seulement par l’examen de leur vie mais vraisemblablement aussi par la physiognomonie. Après une période probatoire de trois ans, devaient garder un silence de cinq ans, écoutant ses discours derrière un rideau qui se passaient dans une grotte de Crotone. Les propos de Pythagore étaient tenus pour divins et l’enseignement et les rites était gardés secret. Dans le cercle intérieur, deux groupes étaient distingués : les acoumasticiens, dirigés par Hippase de Métaponte recevaient un enseignement symbolique et les mathématiciens, dirigés par le maître s’attelaient à l’étude de la connaissance.

● Dans l’enseignement, l’accent était mis sur les akousmata {choses entendues} par le premier groupe et les sumbola {symboles} pour le second, ces deux catégories d’enseignement purent être transmis jusqu’à la Renaissance. Dans le Protreptique, Jamblique communique une liste de prescriptions pythagoriciennes — catéchismes constitué de maximes en apparence anodines — dont il donne pour certaines, des interprétations. Les symboles les plus étudiés par les pythagoriciens étaient la tétractys (ils jurent par elle : Par celui qui a donné à nos âmes la Tetraktys, source de la nature éternelle), le pentagramme, le dodécaèdre et le nombre cinq dit pénte gámos {nombre nuptial}. Ce dernier était dédié à Aphrodite et était la synthèse du symbolisme pythagoricien. Il représentait l’amour et l’union des opposés, la justice harmonisante du cosmos et l’essence de l’âme puis enfin l’aether. Les nombres pairs et impairs donnaient lieu à des spéculations menant à une conception duelle de l’univers où les pairs étaient féminins et les impairs masculins.

La secte s’est par suite tournée vers la politique. Ils prennent le pouvoir à Crotone ainsi que dans d’autres cités voisines où le mouvement essaime. Cette percée politique mène finalement à l’incendie de l’édifice pythagoricien de la part des démocrates. Pythagore périt cette nuit là, par le feu ou par l’épée même si Philostrate indique qu’il aurait été enlevé vivant au ciel à Métaponte où il se serait réfugié. Porphyre, dans sa Vie de Pythagore qui compile diverses sources comme le Des Choses incroyables d’Antoine Diogène, évoque quant à lui un certain Kylon de Crotone, qui s’étant vu refuser l’accès la secte, aurait fomenté une cabale et tua le maître.

↪ Le mouvement se poursuit dans le sud de l’Italie, en Sicile et en Grèce continentale jusqu’à Archytas de Tarente qui fréquente Platon. Il s’éclipse ensuite pour renaître dans la Rome républicaine avec les néopythagoriciens italiens et grecs, notablement Posidonios d’Apamée, Nigidius Figulus (Qui si on en croit Cicéron, tente de restaurer la doctrine de Pythagore au travers d’une éxégèse de la mythologie dans son Des Dieux, aujourd’hui perdu) et Apollonius de Tyane. Ces derniers s’accordent sur une religion astrale d’où, outre une théologie puis une mystique, ils tirent une mantique et une esthétique, qui influence de bonne heure le monde latin. Le pythagorisme poursuivra également son influence chez Philon et certaines sectes juives de son époque. Il sera finalement amalgamé dans le néoplatonisme avec Numénios d’Apamée qui représente le pivot entre les deux courants même si les caractéristiques du pythagorisme demeurent toujours identifiables.

↪ Le pythagorisme influencera en effet certains aspects du néo-platonisme en y transférant sa croyance en la survie post-mortem de l’âme, sa métaphysique des nombres et son arithmologie, son recours aux médiations et aux analogies ou même son goût pour les mythes égyptiens, osiriaques en particulier, mythes qui étaient commentés dans la communauté. Il sera finalement déterminant sur l’ésotérisme occidental car par le biais de synthèses conciliatrices entre science et religion, il introduit les notions de proportio {proportion} et d’armonia {harmonie} qui s’opposant au matérialisme ionien et permettent par l’entremise de médiateurs de mettre en rapport l’Homme au divin et d’en accentuer la proximité par la pratique tout aussi fondamentale de katharsis {purification}.

■ Outre son influence déterminante sur l’ésotérisme occidental, on doit aux membres de la secte, nombre de théorèmes mathématiques qui furent organisés par Euclide. Philolaos de Crotone est le premier auteur à parler d’héliocentrisme. Eudoxe de Cnide formulera sa théorie des sphères homocentriques qui améliorée par Callippe de Cyzique et Aristote fera autorité jusqu’au moyen-âge. Nicomaque de Gérase par son Introduction à l’arithmétique connut quant à lui le succès au travers Boèce.

Œuvres choisies

  • Apothéoses et imprécations, -VI. Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France
  • attr. De l’éducation, -VI.
  • attr. De la politique, -VI.
  • attr. De la nature, -VI.
  • attr. Les vers dorés, IV. Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France

Citations

Choisis pour ton ami, l’ami de la vertu ; Cède à ses doux conseils, instruis-toi par sa vie, Et pour un tort léger ne le quitte jamais ;
Comme la Vérité, l’Erreur a ses amans : Le philosophe approuve, ou blâme avec prudence ; Et si l’Erreur triomphe, il s’éloigne ; il attend.
Que jamais le sommeil ne ferme ta paupière, Sans t’être demandé : Qu’ai-je omis ? qu’ai-je fait ? Si c’est mal, abstiens-toi : si c’est bien, persévère.
Tu verras que les maux qui dévorent les hommes, Sont le fruit de leur choix ; et que ces malheureux Cherchent loin d’eux-les biens dont ils portent la source. […] Dieu ! vous les sauveriez en désillant leurs yeux… Mais non : c’est aux humains, dont la race est divine, A discerner l’Erreur, à voir la Vérité.
Repose-toi d’avoir bien fait, et laisse les autres dire de toi ce qu’ils veulent.
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Choisis toujours le chemin qui semble le meilleur même s’il paraît plus difficile : l’habitude le rendra bientôt agréable.
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Un homme n’est jamais si grand que lorsqu’il est à genoux pour aider un enfant.
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Le monde est une comédie dont les philosophes sont les spectateurs.
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Ne dis pas peu de choses en beaucoup de mots, mais dis beaucoup de choses en peu de mots.
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Délaisse les grandes routes, prends les sentiers.
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Aucun homme n’est libre s’il ne sait pas se contrôler.
acousmate attr.
Toute chose est nombre. […] Les nombres gouvernent le monde.
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