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Apollon
Ὑπερβόρεος (Hyperbóreos)


-570 -560
Euphronios ou peintre de Pistoxénos (Athènes)

-510 -500
Culture étrusque

-V
Culture hellénistique (archaïque)

d.-V
Culture hellénistique (archaïque)

-475 -400
attr. Peintre de Berlin

-470
attr. Peintre de Briséis

-460
attr. Peintre de Carlsruhe

-425 -350
Culture hellénistique

-130 -100
Culture hellénistique

-100 -75
Culture hellénistique (néo-atticisme)

-I I
Culture romaine

-I I
Culture romaine

I
Culture hellénistique

II
Culture hellénistique

II
Culture hellénistique

II
Culture hellénistique

II
Culture hellénistique

II
Culture hellénistique
Contexte
Religion Polythéisme hellénistique
Premières traces -X (apport des doriens)
Date de stabilisation -VIII (Catalogue des femmes)
Zone de vénération Grèce
Hauts lieux de culteDelphes ➧ Délos ➧ Athènes ➧ Claros ➧ Didymes
Fêtes consacréesKarneia
Actia
Delphinia
Théophanies
Daphnéphories
Thargélie
Hyacinthies
Jours Fastes ➧ Le sept de chaque mois
Thargelia (7 avril)
Œuvres choisies
où mentionnées
Illiade (Homère)
Catalogue des femmes (Hésiode)
Hymnes homériques
La Bibliothèque (Pseudo-Apollodore)
Les Métamorphoses (Ovide)
Emprunts
P.Grc. :Hélios (Titan)
P.PIE. :Dieu solaire
Rapprochements
Chr. :Christ
Michel
Mit. :Mithra
P.Cel. :Bélénos
➧ Diancecht
➧ Maponos
Suite➧ Mabon
➧ Grannos
➧ Oengus
P.Egy. :Horus

➧ Montou
P.Étr. :➧ Aplu
➧ Catha
➧ Rath
➧ Soranus
P.Gau. : ➧ Abellio
➧ -Belenus [ Bélénos]
➧ -Borvo [ Borvo]
➧ -Grannus [ Grannos]
Suite ➧ -Maponos [ Maponos]
➧ -Mogounos [ Mogounos]
➧ -Moritasgus [ Moritasgus]
➧ -Siannus [ Siannus]
➧ -Soranus [ Soranus]
➧ -Vindonnus [ Vindonnos]
P.Grc. :➧ Apollon-Hélios [ Hélios]
Péan
P.Hit. :➧ Apaliunas
➧ Télipinu
P.Myc. :Paiāwōn
P.Rom. :Sol Invictus
➧ Soranus
➧ Veiovis
P.Scn. :Baldr
Óðinn
P.Scy. :Oitosuros
Véd. :Rudra
➧ Sūrya
Statut
Ordre Dieu
Type Solaire
Polarité Masculin
Qualité Vérité
Demeure Olympe
Physique ➧ Jeune, beau, fière allure
➧ Nu
➧ Cheveux longs (non coupés)
➧ Cheveux ondulés et noués au sommet
Véhicule Griffon
Attributs
Animal :Buse
➧ Cygale
Chevreuil
Coq
SuiteCorbeau
Corneille
Cygale
Cygne
➧ Daim
Dauphin
Faucon
Griffon
➧ Lézard
Loup
Milan
Rat
➧ Sauterelle
Serpent
Souris
Vautour
Végétal :➧ Cyprès
➧ Coing
➧ Dauphinelles
Genévrier
Suite➧ Jacinthe
Jusquiame
Laurier
Lotos
Myrte
Olivier
Palmier
Pomme
Tamarin
Tournesol
Symboles :➧ Chiffre 7, 9 et 5
Couronne triomphale
Lyre, phorminx, cithare, barbitos, plectre
Hekatabolôn (Arc)
➧ Houlette
Trépied sacrificiel
GroupesOlympiens
Hyperboréens
Relations
Père : Héphaïstos
Zeus
Mère : Athéna
Léto
Sœur :Artémis
Ennemi :Python
Opposé :Dionysos
Amantes :➧ Aria (Acallis)
Carnos
Coronis
Cassandre
SuiteCyrène
Cyparisse
Daphné
Hyacinthe
➧ Manto
Marpessa
Disputes :Héraclès
Amphion
Tytios
Midas
Niobé
Marsyas
Compagnes :Muses
➧ Charites
Fils :➧ Asclépios
Aristée
Corybantes (Les)
Linos
➧ Ion
Milétos
SuiteAristée
➧ Mopsos
Orphée
➧ Troïlos
Philamnos
Caractéristiques
Calligraphie localeGrc. : Ἀπόλλων
Romanisation ➧ Apollon
➧ Apollo
Transcription littéraleInd.Eur. : *abol- {Pomme}
Grc. : Apolysis {Le Rédempteur}
Grc. : Apolousis {Le Purificateur}
Fonctions ➧ Ultime oracle, inspirateur des songes et prophéties
➧ Propage le divin par sa puissance solaire
➧ Purificateur, ordonnateur et harmonisateur
➧ Sauveur et protecteur
➧ Protège et initie les éphèbes
➧ Patron des poètes, musiciens et orateurs
➧ Maître des Muses et des Nymphes
➧ Pasteur des troupeaux
➧ Fondateur et législateur des cités
Caractères ➧ Beauté Puissance Harmonie
➧ Charisme Impétuosité Ancien
➧ Lumière Création Pureté
Épithètes
Grc. :Φοῖβος (Phoibos) {Le radieux}
Αἰγλήτης (Aiglētēs) {Aux Rayons Solaire}
Παιάν (Paián) {Divin résonnant}
Ἥλιος (Hélios) {Soleil}
Ἀφήτωρ (Aphētōr) {Archer}
Ἀργυρότοξος (Argyrotoxos) {À l’arc d’argent}
Ἑκάεργος (Hekaergos) {À la longue portée}
Χρυσολύρης (Khrusolúrês) {À la lyre d’or}
Ὑπερβόρεος (Hyperbóreos) {Hyperboréen}
Έβδομαγενής (Ebdomagenēs) {Né le septième jour}
Διδυμαῖος (Didymaios) {Jumeau}
Ἀκέστωρ (Akestōr) {Guerrisseur}
Γενέτωρ (Genetōr) {Ancêtre}
Ιατρομάντης (Iatromantis) {Médecin-devin}
➧ (Heptaménoeos) {Né le septième jour}
Λυκηγενής (Lukêgenês) {Né de la lumière, Lycien}
SuiteΛοξίας (Loxias) {Oblique, Connaisseur du zodiaque}
Μαντικός (Mantikos) {Oracle}
Ἀκερσεκόμης (Akersekomês) {Aux cheveux non coupés}
Λoιμo (Loimo) {Libérateur du fléau}
Φαναῖος (Phanaios) {Qui apporte la lumière}
Ἀλεξίκακος (Alexikakos) {Qui repousse les ténèbres}
Σωτήρ (Soter) {Sauveur}
Ἑκάεργος (Hekáergos) {Qui repousse au loin}
Ἀποτρόπαιος (Apotropaios) {Qui met à bas}
Ἑκατήβολος (Hékatébolos) {Qui frappe de loin}
➧ (Phytios) {Vainqueur du dragon}
Νόμιος (Nomios) {Berger}
Ἰατρομάντις (Iātromantis) {Qui soigne par divination}
Νυμφηγέτης (Numphēgetēs) {Engendre les nymphes}
Μουσαγέτης (Mousēgetēs) {Engendre les muses}
Δέλιος (Dêlios) {Enfant de Delphes}
Formes
Épiclèse
Grc. :Ἀγραῖος (Agraios) {Chasseur} [Megara]
Aphētōr {Qui lance des flèches} [Grèce]
Apotropaios {Qui détourne les maux} [Grèce]
Argyrotoxos {À l’arc d’argent} [Grèce]
Ἀρχηγέτης (Arkhēgetēs) {Fondateur} [Megara, Naxos]
➧ Citharède {Joueur de cithare} [Grèce]
Δελφίνιος (Delphinios) {Dauphin} [Athènes]
Διονυσοδότης (Dionysodotēs) [Myrrhinos]
Γαλάξιος (Galaxios) {Abondant en lait} [Grèce]
Genetor {Ancêtre} [Grèce]
SuiteHécaergos {Qui frappe au loin} [Grèce]
Hécatébolos {Qui lance au loin ses traits} [Grèce]
Ioatromantis {Médecin devin} [Grèce]
Lycocotonos {Tueur de loups} [Grèce]
Karneios {Protecteur de bétail} [Laconie]
Ἀρχηγέτης (Loimios) {Guérisseur} [Lindos] [Grèce]
Λύκειος (Lykeios) {Lumineux, loup, tueur} [Athènes]
Musagète {Conducteur de muses} [Grèce]
Myoctonos {Tueur de rats} [Grèce]
Nymphagète {Conducteur de nymphes} [Grèce]
Patrôos {L’Ancestral} [Athènes]
Phoebos {Brillant} [Grèce]
Sauroctone {Tueur de lézard} [Grèce]
Sôter {Sauveur} [Grèce]
Zostérios {Qui se ceint pour les combats} [Grèce]
Gau. :Anextiomarus {Grand protecteur} [Gaule, Bretagne insulaire]
Atepomarus {Grand cavalier} [Gaule]
Averruncus {Qui détourne les malheurs} [Gaule]
Cunomaglus {Maître des chiens} [Celte, Romain]
Matuix {Tueur d’ours} [Celte, Romain]
Virotutis {Guérisseur des Hommes} [Gaule]

Mythes principaux

I. Naissance sur Délos

► Homère (Hymnes, I) et Callimaque (Hymnes, VI) racontent qu’Apollon fut enfanté avec sa sœur, par Léto {l’occulte}. Séduite par Zeus, elle fut chassée par la jalousie de Héra. Cherchant un endroit où accoucher de ses enfants, nulle terre ne voulut consentir à accueillir l’infortunée sinon une île infertile (Nommée Ortygie {l’île aux cailles} pour Hygin ou Astérie pour Apollodore). En effet en échange de l’édification d’un temple dédié à Apollon qui lui assurerait les hécatombes et un avenir glorieux, l’île accepta de surmonter sa peur et de porter un dieu si auguste et orgueilleux, qui, craignait-elle, aurait pu l’abandonner.

Toutes les déesses sont là pour l’accouchement — qui a lieu au pied du mont Cynthe et non loin du fleuve Inopus — excepté la jalouse Héra ainsi qu’Ilithye (déesse des accouchements heureux), dont la reine des dieux empêche le départ. Après neuf jours et neuf nuits de douleurs, les déesses envoient Iris offrir à Héra un collier d’or et d’ambre, épais de neuf coudées afin qu’elle consente à permettre qu’Ilithye rejoigne les lieux (parfois le collier est offert à Ilithye elle-même qui brave alors l’interdiction d’Héra). Au pied d’un palmier, d’un olivier ou de deux lauriers, Léto donna ainsi naissance à phoibos que Thémis nourrit immédiatement avec l’ambroisie : il réclame alors instamment phorminx et hekatabolôn, se proclame héraut de la volonté de Zeus ! L’île quant à elle exulte de joie, se couvre de fleurs d’or et prend le nom de Δῆλος (Délos) {La brillante}.

● Si Léto ne trouve pas d’île où accoucher, c’est précisément parce que, précise Macrobe, elle est poursuivie par Python, envoyée par Héra. Les îles ne veulent en effet pas encourir la colère de la reine des dieux et devoir affronter une telle créature. Afin d’accueillir le nouveau-né, Délos, jusque ici instable, flottante ou immergée sous la mer, s’attache aux racines de la terre par l’intermédiaire de la puissance de Poseïdon qui l’élève au ciel par l’entremise de quatre piliers pour la soutenir (parfois c’est Apollon lui-même qui la fixe au centre du monde après sa naissance).

● Artémis, jumelle d’Apollon et appréhendée comme sa parèdre mystique, naît sur Ortygie. Mais Ortygie, nous l’avons mentionné, est aussi le nom de Délos avant qu’Apollon ne la baptise de son temple et qu’elle devienne brillante. Lors de l’accouchement, Léto délivre d’abord Artémis qui aide ensuite sa mère à mettre au monde son frère Apollon. Il serait né le septième jour du septième mois et à sept ans.

● Zeus fit don d’une mitre d’or, d’une lyre et d’un char tiré par des cygnes à son fils nouveau-né. Il ordonna à ce dernier de se rendre à Delphes, mais les cygnes emmenèrent d’abord l’enfant en Hyperborée (contrée fabuleuse baignée de paix et de lumière et au chemin mystérieux), patrie de sa mère, où couvert d’honneurs, il demeura un an. Dès lors, chaque année (Pour Diodore de Sicile, tous les cycles métoniques), il retournera en Hyperborée pendant l’hiver pour reparaître au printemps, monté sur un cygne ou un griffon ou bien sur un char aérien tiré par ces animaux. Le départ en automne et le retour au printemps d’Apollon était célébré dans ses temples par des chants. Pour Pausanias d’ailleurs, les premiers hymnes et cantiques furent chantés à Delphes 𝕍 ex. Hymne à Apollon du IIIe siècle avant l’ère chrétienne, Théodore Reinach et Gabriel Fauré, 1894 bs. Bibliothèque Nationale de France Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France Lien vers le catalogue.

◆ Avant que la version de Délos ne vienne dominer l’imaginaire grec par l’intermédiaire de l’autorité d’Homère, il existait évidemment un grand nombre de villes, qui, pourvues d’un sanctuaire d’Apollon, se réclamaient être son lieu de naissance. Tacite (Annales, III,61) nous rapporte par exemple que pour les éphésiens, Apollon et Artémis sont venus au monde dans le bois d’Ortygie près d’Éphèse. Ils ajoutent même qu’Apollon s’y réfugia après le meurtre des Cyclopes pour échapper à la colère de Zeus, mythe que nous exposerons tout à l’heure.

II. Python et la fondation de Delphes

Ovide chante (Mét., I:438) que le titanesque serpent Python fut engendré de Gaïa dans les premières heures suivant le déluge alors que chaleur et humidité entraient en interaction. Puisque le dragon bouchait les fissures par lesquelles s’exhalaient les prophéties de l’oracle Delphes (Apollodore : I, 4, 1), Apollon, tel Indra soumettant Vritra {Obstructeur}, se résolu à l’abattre, vidant presque son carquois. Il se rendit ainsi maître des lieux, libérant les Hommes de la colère de la Terre et des oracles nocturnes (Euripide, Iphigénie en Tauride) et déclama : Maintenant, pourris, là, sur la terre qui nourrit les hommes. Tu ne vis plus et tu ne seras plus le fléau des hommes qui mangent les fruits de la terre qui nourrit tout, et ils amèneront ici de parfaites hécatombes. Ni Typhœus, ni la lugubre Khimaira n’éloigneront de toi la triste mort ; mais, ici, la noire terre et l’infatigable Hypériôn te pourriront.

↪ Ayant assimilé et transmuté les forces chtoniennes, il établit ensuite son oracle. Prenant l’apparence d’un dauphin, il attire l’attention d’un navire crétois dont les marins se laissèrent guider par l’animal et débarquèrent à Délos où ils fondèrent le premier temple d’Apollon, substituant le culte nouveau à celui, tellurique, alors en place (Pour Hygin, Python possédait l’oracle, Pausanias estimait qu’il fut plutôt dédié Gaïa et Poseïdon tandis que pour Apollodore il était naguère à Thémis). Les prêtres nouvellement ordonnés renommèrent le lieu, "Pythô", en "Delphes". En souvenir de son exploit (ou pour apaiser l’âme du monstre), Apollon institua enfin les jeux pythiques.

● Python (nommé alternativement Delphyné) gardait certes l’oracle mais il terrorisait la région : il dévorait troupeaux et villageois, troublait l’eau et faisait fuir les nymphes. Le fait qu’il fut éventuellement envoyé par Héra pour chasser Léto alors qu’elle fut enceinte est une raison supplémentaire pour Apollon d’aller l’affronter.

● Apollon consacra un trépied dans le temple nouvellement acquis (historiquement, les fouilles archéologiques attestent la préexistence de cultes oraculaires). Son assise sur laquelle s’installe la pythie est faite de la peau de Python. Pendant ses transes, la pythie mâchait des feuilles de laurier. Centre géographique du monde et "nombril de la terre" pour les grecs, l’oracle de Delphes était considéré comme le plus véridique. Pausanias indique que Phémonoé, fille d’Apollon et poétesse, inventrice de l’hexamètre dactylique fut la première prophétesse. Il ajoute également que pour la prêtresse de Delphes Boeo, la primauté prophétique, tout comme l’invention du mètre épique grec, revient à Olen de Lycie. Les oracles étaient rendus par le truchement d’une inspiration directe qui se manifestait sous la forme d’une fureur prophétique.

● Après avoir vaincu Python, Apollon dû aller se purifier dans la vallée de Tempé, en Thessalie. Son exil dura huit ans et il regagna Delphes dans une pompe sacerdotale.

Héraclès tenta de voler le trépied pour établir son propre oracle car Xénoclée, prêtresse d’Apollon, refusa de répondre à ses questions. Courroucé, Apollon vint lutter contre le héros, mais le Père des dieux les sépara à l’aide de son foudre et les obligea à trouver un terrain d’entente. Apollon, excellent guerrier, protège effectivement son sanctuaire contre les agressions brutales : une autre fois, Phorbas, chef des Phlégyens, violentait les habitants de Delphes. Apollon paru devant lui et l’assomat d’un coup de poing.

► Historiquement, l’oracle de Delphes était déjà célèbre au m.-VIII, bien que d’un accès difficile et qu’il ne rendait ses services qu’en été. Il s’agissait de l’oracle le plus célèbre, devant ceux d’Anatolie et ceux, en Grèce, de Délos, Didyme, Larisse, Claros ou encore Abaé. Les mantiques variaient beaucoup, ex. à Délos la divination s’exerçait par le mouvement vent comme à Dodone, à Claros l’eau du puits près du temple jouait un rôle. Une pratique aleuromantique était par ailleurs notablement indiquée par l’épithète apollinien "Aleuromantis". Les prophéties des prêtresses, tenues en haute estime, étaient bien souvent hermétiques et devaient faire l’objet d’une exégèse qu’on fixait ensuite en poésie hexamètre. Les jeux pythiques débutèrent sur le site de Delphes afin de commémorer la défaite de Python. D’une durée d’une semaine, ils avaient lieu tous les quatre ans et étaient, par la taille, les seconds des quatre jeux panhelléniques. Les concours étaient sportifs mais aussi et surtout artistiques. Des couronnes de lauriers et des trépieds étaient remis aux vainqueurs.

III. Daphné

► Ovide raconte (Mét., I:452) qu’Apollon dénia à Cupidon le droit d’user d’un arc dans ses œuvres, lui qui s’était couvert de gloire en se servant de cette arme afin de soumettre Python. Voulant lui montrer que son prestige le surpasse, l’idalien frappe d’une flèche d’or l’arc d’argent et d’une flèche de plomb la nymphe Daphné, fille du potamós Pénée.

↪ Hélas !, la première attire irrésistiblement dêlios, tandis que la seconde rend insensible à l’amour, invite à la cour d’Artémis. Ne pouvant guérir d’une blessure dont la source est plus haute que le monde des rêves, Apollon poursuit la nymphe et avec tant d’insistance que cette dernière supplie son père d’altérer sa beauté afin pense-elle, de rompre le charme. Ce qu’il fit en la changeant en laurier. Toujours éprit de celle qui fut son premier amour, le kouros fit du dit laurier son arbre, offrant à ses feuilles qui désormais orneraient sa tête, le bénéfice de demeurer toujours verts de jeunesse : Eh bien ! dit le dieu, puisque tu ne peux plus être mon épouse, tu seras du moins l’arbre d’Apollon. Le laurier ornera désormais mes cheveux, ma lyre et mon carquois : il parera le front des guerriers du Latium, lorsque des chants d’allégresse célébreront leur triomphe et les suivront en pompe au Capitole : tes rameaux, unis à ceux du chêne, protégeront l’entrée du palais des Césars ; et, comme mes cheveux ne doivent jamais sentir les outrages du temps, tes feuilles aussi conserveront une éternelle verdure." (Métamorphoses, I)

IV. La création de la lyre, le don de prophétie et l’amitié fraternelle

► Homère raconte (Hymnes, XVII) comment la lyre d’Apollon fut fabriquée par Hermès et comment Apollon l’obtient. Alors qu’il avait capturé un troupeau de vaches appartenant à Apollon, Hermès trouva une tortue : Certes, vivante, tu seras un remède à beaucoup de maux ; et, si tu meurs, tu chanteras alors admirablement et, après l’avoir tuée, il fixa des tiges de roseaux, coupées à diverses longueurs, et il les fit passer à travers le dos de la tortue ; puis, il tendit, autour, avec adresse, une peau de bœuf ; et il adapta les deux bras et le chevalet, et il tendit ensuite sept cordes harmoniques en boyaux de brebis.

Apollon ayant retrouvé le voleur, fut charmé par le son de la lyre : Tueur de vaches, rusé travailleur, compagnon des repas, tu possèdes là quelque chose qui vaut cinquante bœufs. Je pense que nous sortirons tranquillement de querelle et ils conclurent alors un échange : Ayant ainsi parlé, il lui offrit la kithare, et Phoibos Apollôn la prit ; et il donna à Hermès un fouet brillant, et il lui confia la garde des vaches, et le fils de Maia, joyeux, prit le fouet. Et l’illustre fils de Lètô, le royal archer Apollôn, soutenant la kithare de la main gauche, essaya le son avec le plektre, et la kithare résonna admirablement, et le Dieu chanta.

► Peu après, ils scellèrent également un pacte et un nouvel échange. En effet, le fils de Maia lui promit par un signe de sa tête qu’il ne déroberait rien de ce qui appartiendrait à l’Archer, et qu’il n’approcherait jamais de sa demeure solide. Et le Lètoïde Apollôn scella par un signe de tête leur concorde et leur amitié, et il jura que personne ne lui serait plus cher, ni parmi les Immortels, ni parmi les fils de Zeus, ni parmi les hommes. Alors, confirmant cet engagement, Apollon lui donna le caducée : Je te donnerai une illustre baguette de félicité et de richesse, d’or pur, à trois feuilles. Elle te protégera, puissante sur tous les Dieux, par la vertu des paroles et des actions utiles que je déclare m’avoir été révélées par la volonté de Zeus lié à la puissance divinatoire d’Apollon.

En effet, Zeus lui donna la science divine et le plaça, lui quatrième, sur le trône prophétique. Loxias est l’interprète de son père Zeus (Eschyle, Euménides, 17-19), quoique pour Apollodore la μανικὴ τέχνη (manikē tekhnē) lui fut transmise par Pan. Toujours chez Homère, Loxias annonce ainsi à son frère : Et je te le dis, très illustre fils de Maia et de Zeus tempétueux, très utile Daimôn des Dieux : il y a trois Moires, vierges et sœurs, et qui se réjouissent de leurs ailes rapides. La tête couverte de blanche farine, elles habitent dans une vallée du Parnèsos ; et elles m’ont enseigné la science divinatoire à laquelle j’aspirais, encore enfant, au milieu de mes bœufs, et mon père ne s’en inquiéta point. Depuis, en ce lieu, volant çà et là, elles mangent les rayons de miel et accomplissent chaque chose. Alors, ayant mangé le miel vert, elles deviennent furieuses et veulent ardemment dire la vérité ; mais quand elles sont privées de la douce nourriture des Dieux, elles tentent de conduire hors du chemin. Je te les donne, interroge-les avec soin et charme ainsi ton esprit ; et, si quelque mortel connu de toi te rencontre, il pourra en croire ton oracle. Apollon transmettra par ailleurs ce don à plusieurs devins : Calchas, Cassandre, Branchos, Iamos…. Et ainsi le Roi Apollôn aima le fils de Maia de toute son amitié, et le Kroniôn lui accorda la grâce.

► Pour Callimaque cependant, c’est Apollon lui-même qui créa la lyre : Cependant les chantres harmonieux de Phébus, les cygnes de Méonie, quittant le Pactole, vinrent tourner sept fois autour de Délos et chantèrent autant de fois l’accouchement de Latone. Ce fut en mémoire de ces chants sept fois répétés que, dans la suite, le dieu monta sa lyre de sept cordes. Ils chantaient encore pour la septième fois et Phébus naquit (Hymnes, VI). Afin de fusionner les deux légendes, on raconte parfois qu’Hermès à inventé la lyre à trois cordes et qu’Apollon en a ajouté quatre autres. Avec son instrument, il put quoiqu’il en soit, ravir les dieux pendant leur repas et devint, avec les Muses, la source d’inspiration ultime des aèdes.

V. Massacre des cyclopes et exil

► Apollodore raconte (III, 10, 4) que Zeus foudroya Asclépios, fils d’Apollon, afin que les Hommes n’apprennent pas l’art de la médecine. Apollon, bien qu’il soit pratiquement toujours un fils fidèle et dévoué (l’autre cas connu est celui de sa possible complicité dans la rébellion menée par Héra évoquée dans l’Iliade, I:396-406,586-594), apprenant l’exécution, fut pris d’une vive colère. Par vengeance, il massacra les cyclopes qui avaient forgé l’arme terrible. Le pleinement lucide voulut le jeter dans le tartare pour avoir anéanti de si habiles armuriers, mais Léto intervint et commua sa peine : il devait alors vivre et souffrir parmi les Hommes et servir un mortel comme journalier durant une année. Il travailla ainsi comme bouvier chez Admète, roi de Phères et le rendit prospère.

● Avec plus de précision, on indique que la colère de Zeus prend sa source dans le savoir qu’Asclépios détenait. L’habile médecin fut en effet si instruit dans cet art qu’il parvint à ressusciter des mortels (Hippolyte, fils de Thésée pour Hygin, Tyndare pour Lucien de Samosate), par le truchement du sang de la Gorgone que lui a donné Athéna, prouesse qui contraria Hadès.

Un autre épisode d’exil dans le monde des mortels est celui où, avec Poseïdon, il sert Laomédon, alors roi de Troie (il est parfois là bas volontairement, d’autres fois contraint). Il construit pour lui, les murailles de Troie à l’aide de sa harpe. Ce dernier refuse de payer les dieux et les menace de leur couper les oreilles et de les vendre comme esclaves. Apollon déchaînera la peste sur la ville une fois ses pouvoirs divins restaurés.

Dieu vindicatif, Apollon met fin à la vie de nombreuses fois. Avec Artémis, il tue les enfants de l’arrogante Niobé qui s’était moquée du manque de fertilité de Léto (Iliade, XXIV) et Hygin ajoute que leur père, Amphion, est transpercé des flèches d’hécaergos, alors qu’il essaie de piller le temple du Dieu pour se venger. De même, toujours avec sa sœur, il élimine Tityos qui tente d’enlever sa mère. Quand ce n’est pas Artémis elle-même qui se défend, il massacre les Aloades qui la poursuivent. Chez Homère, Eurytos d’Œchalie est tué par Apollon pour s’être affirmé plus habile que lui à l’arc. Il tenait son arc d’Apollon lui-même et fut le maître archer d’Héraclès. Cet arc alla à Iphitus, Ulysse, Héraclès puis Philoctète. Dans l’Odyssée, Apollon (précise Apollodore), envoie deux serpents afin d’étouffer Laocoon et ses fils (cet évènement précipitera la chute de Troie). Enfin, lors de la gigantomachie, Éphialtès, fils de Gaïa, est tué d’une flèche dans chaque œil, l’une décochée par Apollon et l’autre par Héraclès.

VI. Le concours de musique

► Apollodore raconte (I, 4, 2) que Marsyas, satyre, trouva les flûtes qu’Athéna avait jetées car bien qu’elles produisaient une belle mélodie, elle déformait ridiculement son visage. Persuadé de jouer mieux qu’Apollon, ils convinrent d’un concours où le vainqueur pourrait disposer du vaincu. Phoibos retourna son instrument et exigea que le satyre en fit de même mais ce dernier ne put jouer dans ces conditions (d’autres fois Apollon prend le dessus en se mettant à chanter, estimant injuste que Marsyas soit le seul à utiliser son souffle). L’hyperboréen le pendit donc à un pin et l’écorchât. Chez Ovide (Mét., XI) l’affrontement concerne Pan et Apollon et Midas, qui préfère les accents furieux de la flûte se voit condamné à porter des oreilles d’âne.

VII. Dans l’Illiade

Second dieu le plus mentionné du poème, Apollon est d’une importance majeure dans l’œuvre : il attise les feux de la guerre, détourne les passions, sauve et protège ses champions. Dès les premiers vers on lit : Qui donc parmi les dieux excita cette discorde ? Le fils de Latone et de Jupiter. Irrité contre le roi, il fit naître une horrible peste dans l’armée ; et les peuples périssaient parce qu’Atride avait outragé le sacrificateur Chrysès et tout de suite après sur l’appel meurtri de Chrysès, il intervient, terrible : Le cœur enflammé de colère, il descend des sommets de l’Olympe portant sur son dos l’arc et le carquois : dans sa course, les flèches retentissent sur ses épaules. Il s’avance, semblable a la nuit, s’arrête non loin des navires, et lance un de ses traits : l’arc d’argent rend un son éclatant et terrible. Apollon atteint d’abord les mules et les chiens agiles ; mais bientôt, tournant le dard mortel contre les hommes, il les frappe eux-mêmes ; et sans cesse les bûchers dévorent les cadavres..

► Au Chant IV, il encourage les troyens : Avancez donc, Troyens dompteurs de coursiers, et ne cédez point la victoire aux Argiens ; car leurs corps ne sont ni de pierre, ni de fer, pour résister à l’airain tranchant ! Achille, le fils de Thétis à la belle chevelure, ne combat plus avec eux ; ce héros, assis près de ses navires, nourrit une colère qui lui ronge le cœur. puis Hector au Chant XV : Prends courage ! Du haut de l’Ida, le Kroniôn a envoyé pour te secourir Phoibos Apollôn à l’épée d’or. Toi et ta haute citadelle, je vous ai protégés et je vous protège toujours. Viens ! excite les cavaliers à pousser leurs chevaux rapides vers les nefs creuses, et j’irai devant toi, et j’aplanirai la voie aux chevaux, et je mettrai en fuite les héros Akhaiens.

► Lorsqu’il protège Énée du puissant Diomède au Chant V, au quatrième et insistant assaut du tydéide il menace : Fils de Tydée, est-ce que tu songes sérieusement à accomplir tes projets ? Recule, insensé, et ne prétends pas t’égaler aux dieux ; car la race des immortels n’est point semblable à celle des faibles humains qui rampent sur la terre !. Il protège de même les murs troyens contre Patrocle au Chant XVI. Il moque Achille au Chant XXII alors que, ayant pris l’apparence d’Agénor, il détourne le héros des murs de Troyes : Pèléide aux pieds rapides, toi qui n’es qu’un mortel, pourquoi poursuis-tu un Dieu immortel ? Ne vois-tu pas que je suis un Dieu ? Mais ta fureur n’a point de fin. Ne songes-tu donc plus aux Troiens que tu poursuivais, et qui se sont enfermés dans leur Ville, tandis que tu t’écartais de ce côté ? Cependant tu ne me tueras point, car je ne suis pas mortel.

► Au Chant XXIV enfin, il s’indigne de l’inaction des dieux face à Achille traînant le corps d’Hector devant Troie : O Dieux ! vous êtes injustes et cruels. […] Cela n’est ni bon, ni juste. Qu’il craigne, bien que très brave, que nous nous irritions contre lui, car, dans sa fureur, il outrage une poussière insensible.

Notes

I. Description

► Vraisemblablement d’origine septentrionale et/ou lycienne, Apollon est l’une des entités les plus appréciées, vénérées et structurantes du monde gréco-romain (Le Colosse de Rhodes était une représentation d’Apollon-Hélios), cette entité dispose d’un nombre considérable d’épithètes et d’épiclèses (ex. Migne in Dictionnaire universel de mythologie, en communique sur six colonnes) et un nombre conséquent d’entités lui sont assimilables, en particulier dans l’espace celtique.

↪ Dieu qui représente le lointain et le transcendant, redoutable pour ceux qui l’aiment, esprit hyperboréen dominant la matière, le sauroctone est celui qu’Hegel désigne à juste titre comme le plus grec des dieux, celui qui est vénéré des orphiques et des néo-pythagoriciens. Apollon passait en effet pour être le père de Pythagore et régner sur les Îles des Bienheureux, paradis orphiques et néopythagoriciens. Ses mythes sont effectivement représentés sur les murs de la Basilique de la Porte Majeure et des sarcophages sculptés romains.

↪ Apollon véhicule le type idéal de l’hellène (i.e. ni italique, ni pélasgique, ni oriental). Il met au jour les vices et manquements de l’Homme et entame, souvent avec violence, leur processus de rédemption. Phytios est craint des dieux eux-mêmes qui redoutent sa supériorité morale et sa présence éclatante qui incite au perpétuel perfectionnement. Il se montre même excellent sur tous lorsque Pindare raconte la création des Jeux Olympiques qui revient à Zeus lui-même pour célébrer sa victoire sur Cronos. À l’occasion des premières compétitions en effet, Apollon l’emporte sur Hermès à la course et Arès au pugilat.

Centre purifié et purificateur à l’origine de toutes les civilisations, dieu de la lumière tant physique que spirituelle, dieu sauveur capable de repousser les ténèbres (il est fréquemment protecteur de cités : Ô Phébus ! sous tes auspices s’élèvent les villes ; car tu te plais à les voir se former, et toi-même en poses les fondements nous chante Callimaque), détenteur de la vérité poétique et doué de prescience — don qu’il gagne de Zeus et transmet à Hermès — Apollon est riche d’aspects (il est même marin et civilisateur chez les doriens). C’est divinité élaborée aux multiples fonctions et significations : archer et aède, prophète et médecin, pâtre et législateur, protecteur et punisseur enfin, il est le maître des forces contre-tendues, le dieu de l’harmonie et partant de la perfection formelle, de la puissance juvénile.

↪ Aussi il est très grand, fort beau, doté de longues boucles noires aux reflets bleutés. Callimaque nous qu’il est Toujours jeune, toujours beau, jamais le moindre duvet n’ombragea les tendres joues d’Apollon. De sa chevelure découle une essence parfumée : mais non, ce ne sont point des parfums, c’est la panacée même qui distille des cheveux d’Apollon. Heureux le sol que ce baume humectera ! il n’y croîtra que des germes salutaires (Hymnes, IV). Maître des arts nobles, Apollon fréquente les muses. Il s’établit ainsi au Parnasse et à l’Hélicon, au Pinde et au Piérus, les accompagne sur les bords des fleuves Permesse et Olmeios et naturellement, près de la source Hippocrène.

II. L’aimé inaccessible

► Séduisant, Apollon n’a pourtant pas d’épouse. Il fut, tout comme Poseïdon, repoussé par Hestia. Il eut cependant de nombreuses aventures, notamment avec des nymphes et des mortelles, mais direct et impérieux, beaucoup de ses relations se terminent dans la douleur car il est difficile d’avoir le courage de l’aimer et d’être aimé de lui durablement.

On pense notamment à Coronis, mère de Chiron, qui le trompe et est massacrée par Artémis dans les Pythiques de Pindare. Apollon récupère son fils, Asclépios dans le bûcher funéraire portant sa mère et le confie à Chiron. Eschyle (Agamemnon) ou Hygin (Fables, 93), nous racontent en outre l’histoire de Cassandre qui demande le don de prophétie à Apollon. Mais se refuse à lui et se voit maudite, ne pouvant, dès lors, être crue même par sa propre famille : Je promis, mais je trompai Loxias. […] Personne ne me croit plus depuis que j’ai ainsi menti. D’ailleurs, Apollon eut aussi des amours avec Hécube, mère de Cassandre, de qui il eut Troïlos. De la même façon, la sibylle de Cumes (Mét., XIV) se promet au dieu alors qu’en échange, elle lui demande de vivre autant d’année que contient sa main pleine de poussières. Apollon accepta mais elle se refusa cependant à lui, restant vierge. Il contourna donc sa demande : puisqu’elle avait omis de préciser qu’elle voulait également rester jeune, la femme vécu extrêmement vieille mais décrépit également sans cesse : Invisible à tous, je n’aurai plus que la voix : c’est tout ce que les destins doivent me laisser.

Écho de sa première histoire avec Daphné, Castina (Lactantius Placidus, Commentaire à la Thébaïde de Stace), naïade crénée et fille d’Achéloos voulu elle aussi échapper à Apollon et se jeta dans une fontaine qui devint sacrée pour Poséidon en plus d’obtenir le pouvoir de transmettre le don de poésie. De même, Bolina (Pausanias, VII:XXIII) voulu échapper à Apollon et se jeta dans la mer, le dieu la rendit immortelle. Acanthe (le mythe semble dater du XVIII) qui tente de lui échapper elle aussi, lui griffe le visage et le dieu la métamorphose dans la plante qui porte son nom : une plante épineuse mais qui aime le soleil.

Apollon aime aussi les hommes mais le dénouement est tout aussi malheureux. Hyacinthe est un jeune homme aimé d’Apollon et de Zéphyr. Apollon lui apprend à lancer le disque mais Hyacinthe meurt, frappé à la tempe par le disque. Sa mort est soit accidentelle soit à cause de Zéphyr, jaloux. De son sang naissent les hyacinthus. Il aime pareillement Cyparisse (Métamorphoses, X) qui malheureux d’avoir tué accidentellement son cerf qu’Apollon lui avait donné sera transformé en cyprès.

Chioné fille de Dédalion fut aimée d’Apollon et Hermès simultanément. Les deux dieux purent la connaître chacun par un stratagème différent. Apollon pour sa part, la visita la nuit tombée en vieille femme. Elle conçu deux jumeaux : l’aède Philammon est fils d’Apollon. Marpessa fut également aux prises avec deux hommes : Apollon et Idas l’apharétide. Lorsque Zeus demanda à la femme de choisir, elle jeta son dévolu sur Idas : Elle craignait que, sa jeunesse s’évanouissant, Apollon ne se désintéresse d’elle.

Parfois cependant, ses amours connaissent une fin favorable. Cyrène (Nonnos, Dionysiaques), bergère, chasseresse et fille d’Hypsée (roi des Lapithes) est aussi désirée d’Apollon après qu’il l’est vue dominer un lion sur le mont Pélion. Il l’enlève dans son char d’or et l’amène en Afrique du nord. Elle concevra de cette union Aristée l’apiculteur et le devin Idmon. Apollon la changera en nymphe. Une version ajoute cependant qu’elle ira ensuite dans les bras d’Arès. Le dieu fit concevoir également les Corybantes par la muse Thalie et Orphée et Linos par Uranie (Pour Lucien de Samosate ces musiciens sont issus d’Œagre et Calliope).

III. Harmonie véhémente

► Musagète, son chant et sa musique sont pleins de charmes, capable d’ordonner le chaos dans une danse législatrice. Maître du droit légal et religieux, il est conscience et civilisation (les grecs ne sauraient fonder une ville ou une colonie sans consulter l’oracle d’Apollon) et, comme tel, il est appréhendé comme un rempart contre les maladies et les animaux sauvages (ce qui parait être sa fonction primitive) qu’il écarte par la transcendance de son rayonnement et la fascination exercée par ses vibrations harmoniques. Cette fonction de gardien de troupeau se retrouve notamment dans son épithète de nomios {berger} et ses épiclèses de karneios {protecteur de bétail} et lycocotonos {tueur de loups}.

↪ Mais si Apollon est lumineux, il est aussi terrifiant et vengeur : ophidien et provocateur de mantiques lorsque ses rayons frappent le sol, ils percent brutalement les esprits et les font bouillir par l’entremise de flammes intériorisées qui semble être un poison céleste. Car, si il sait guérir et éloigner les dangers c’est que de ses flèches, offertes par Héphaïstos et qui atteignent toujours leurs cibles (les méchants, les orgueilleux, les insolents, les injustes, en un mot, les despotes), le dieu apporte mort (en particulier les morts subites qui parfois, sont des bénédictions), folie et épidémies. Ces punitions naturelles il les envoie à des fins purificatoires et cathartiques (qu’elle soient physiques, morales ou spirituelles) et en ce sens, Apollon, est une divinité du destin : Ô puissant Apollon, punis les coupables et fais-les périr, comme tu en as le pouvoir chante Archiloque de Paros.

V. Incarnation de l’âge d’or dans le néopythagorisme

► Inconnu des Indigitamenta Apollon est cité dès le premier lectisternium (-399). Les Jeux apollinaires, institués en -212 marquent le glissement d’une entité conçue avant tout comme medicus vers une entité liée aux forces du triomphe. Il est notablement adoré par Octave-Auguste qui en fait son dieu protecteur (le peuple alla jusqu’à dire que sa mère le conçut d’Apollon). Il construit l’Area Apollinis, qui, liée à sa résidence, comprend le Temple d’Apollon Palatin, premier temple d’Apollon construit dans le pomerium. Ce temple fut dédié deux fois : suite à la victoire d’Octave sur Pompée à la Bataille de Nauloque en -36 puis après son autre victoire à la Bataille navale d’Actium qu’il remporte sur Marc Antoine et Cléopâtre VII (en supériorité numérique) en -31, évènement qui mit fin à la République. En outre, un ancien sanctuaire d’Apollon Actius gisait là et Octave le fit relever en même temps qu’il fit bâtir Nicopolis. Apollon tout comme Artémis, apparaissent alors en ces temps, comme les intercesseurs entre Jupiter et les romains.

↪ Ces évènements se déroulent dans le contexte où, accoudé sur les spéculations mystico-religieuses du néopythagorisme de Nigidius Figulus, Apollon prend effectivement une figure messianique et politique. Avec Artémis il est en lien avec chaque face de Janus et incarne l’instauration d’un Regnum Apollonis, nouvelle ère qui débute par la régénération de l’État romain. Virgile déclarera à propos de ce renouveau : Il s’avance enfin, le dernier âge prédit par la Sibylle : je vois éclore un grand ordre de siècles renaissants. Déjà la vierge Astrée revient sur la terre, et avec elle le règne de Saturne ; déjà descend des cieux une nouvelle race de mortels. Souris, chaste Lucine, à cet enfant naissant ; avec lui d’abord cessera l’âge de fer, et à la face du monde entier s’élèvera l’âge d’or : déjà règne ton Apollon. Et toi, Pollion, ton consulat ouvrira cette ère glorieuse, et tu verras ces grands mois commencer leur cours. Par toi seront effacées, s’il en reste encore, les traces de nos crimes, et la terre sera pour jamais délivrée de sa trop longue épouvante. Cet enfant jouira de la vie des dieux ; il verra les héros mêlés aux dieux ; lui-même il sera vu dans leur troupe immortelle, et il régira l’univers, pacifié par les vertus de son père. (Bucoliques, IV)

V. Identifications

► Dans son De la nature des dieux (III:23), Cicéron identifie plusieurs Apollon : Le plus ancien des Apollon est celui que nous avons dit tout-à-l’heure fils de Vulcain et protecteur d’Athènes. Le second, fils de Corybas, naquit en Crète et combattit, dit-on, pour cette île, contre Jupiter. Le troisième, fils du troisième Jupiter et de Latone, vint des régions hyperborées à Delphes. Le quatrième, né en Arcadie, reçut des Arcadiens, auxquels il avait donné des lois, le nom de Nomion.

► D’abord sans identification solaire nette, comme chez Homère, c’est à partir du -V qu’on assimile Apollon et Hélios comme dans les fragments du Phaéton d’Euripide. On verra d’ailleurs fréquemment dans l’iconographie, Apollon, la lumière, conduisant le char d’Hélios. Plus tard, il sera également identifié à Sol dès le -I. Il n’est cependant pas exclu que l’identification solaire fut d’abord effective avant que l’entité ne s’en défasse pour ensuite la réinvestir (la sinusoïdale étant dans ce domaine, une analogie plus rationnelle que la rampe montante). Cette identification est notablement développée par Proclus (Théologie platonicienne, :12) et Julien le Théurge.

► L’opposition, la complémentarité et même l’identification entre Apollon et Dionysos est signalée par Macrobe (Saturnales, I,XVIII) : C’est une pratique mystérieuse de la religion, dans les cérémonies sacrées, que tandis que le soleil est dans l’hémisphère supérieur, c’est-à-dire pendant le jour, on l’appelle Apollon, et que, tandis qu’il est dans l’hémisphère inférieur, c’est-à-dire pendant la nuit, on l’appelle Dionysius, qui est le même que Liber-Pater.

separateur

◆ Plutarque (Sur les sanctuaires) nous entretient sur le fait que : Il ne faut donc pas s’étonner si entre les nombreux courants d’exhalaisons que la terre fait jaillir à sa surface, ceux de Delphes seulement provoquent d’enthousiastes dispositions, propres à révéler les images de l’avenir. La tradition vient encore, d’une manière irrésistible, confirmer cette opinion. Il est raconté, que la vertu prophétique de ces lieux se manifesta pour la première fois en la personne d’un berger qui, se trouvant là par hasard, prononça des paroles inspirées. D’abord ceux qui les entendirent n’y faisaient aucune attention; mais quand plus tard les prophéties de l’homme se furent réalisées, ils l’eurent en grande admiration. Les plus savants des Delphiens ont conservé le nom de ce berger : il s’appelait Corétas. Pour moi, il me semble que, par une analogie toute spéciale, il y a entre l’âme et l’inspiration prophétique le même rapport, la même liaison qu’entre la lumière et l’œil , organe de la vue. L’œil a la faculté de voir, mais il ne saurait exercer cette faculté sans la lumière. De même la divination, œil de l’âme, a besoin de se trouver dans un milieu qui soit d’une nature analogue à la sienne, qui la détermine et la mette en action. Aussi l’opinion la plus répandue dans les premiers âges était-elle, qu’Apollon et le soleil sont un même Dieu. Mais ceux qui se connaissent en merveilleuses et sages analogies, qui savent les glorifier, ceux-là ont pensé que si l’on peut établir une analogie entre le corps et l’âme, entre la vue et l’intelligence, entre la lumière et la vérité, on peut établir aussi cette analogie entre l’influence du soleil et la nature d’Apollon. Ils proclament que l’astre est un produit, une émanation du Dieu : émanation toujours existante parce que le Dieu ne cesse d’exister. Le soleil anime, provoque et détermine l’exercice de la faculté de la vue, comme Apollon provoque la vertu divinatoire de l’âme. Ceux qui ont cru que c’était un seul et même Dieu en commun, ont suivi les lois de la vraisemblance quand ils ont attribué cet oracle à Apollon conjointement avec la Terre. Ils pensaient que le soleil détermine dans le sein de la terre cette disposition et cette température qui en font s’exhaler les vapeurs propres à la divination.

◆ Hérodote, II:144,156) écrit […] qu’Orus, que les Grecs nomment Apollon, fut le dernier d’entre eux qui fut roi d’Égypte, et qu’il ne régna qu’après avoir ôté la couronne à Typhon. Cet Orus était fils d’Osiris, que nous appelons Bacchus et que L’île Chemmis occupe le second rang ; elle est dans un lac profond et spacieux, près du temple de Latone, à Buto. Les Égyptiens assurent que cette île est flottante […] Voici, selon les Égyptiens, la raison pour laquelle elle flotte. Latone, l’une des huit plus anciennes divinités, demeurait à Buto, où est maintenant son oracle. Isis lui ayant remis Apollon en dépôt, elle le cacha dans cette île, qu’on appelle aujourd’hui l’île flottante, et qui autrefois était fixe et immobile ; elle le sauva dans le temps même qu’arrivait Typhon, qui cherchait partout le fils d’Osiris ; car ils disent qu’Apollon et Diane sont nés de Bacchus et d’Isis, et que Latone fut leur nourrice et leur conservatrice. Apollon s’appelle Orus en égyptien ; Cérès, Isis, et Diane, Bubastis. Eschyle, fils d’Euphorion, s’est emparé de cette histoire ; et c’est d’après elle qu’il rapporte dans ses vers que Diane était fille de Cérès. Cette opinion lui est particulière, et ne se remarque dans aucun poète précédent. Cette île devint, par cette raison, flottante.

◆ Pernety consacre un long chapitre (3, 12) à Apollon (ainsi qu’à Orphée et Asclépios) dans ses Fables dévoilées. Il écrit notamment : […] Il fut surnommé Pythien, de ce qu’il avait tué à coups de flèches le Serpent Python, qui prie son nom de πυθω, putrefacio, parce qu’on feignait que ce serpent était né de la boue & du limon, & qu’ayant été tué par Apollon, la chaleur du Soleil le fit corrompre & tomber en pourriture. La raison en est qu’Apollon est un Dieu d’or, chaud, igné, & donc le feu a la propriété de faire tomber le corps en putréfaction. Pouvait-on mieux choisir pour le Dieu de la Médecine, que la médecine même, qui guérit toutes les maladies du corps humain ? Nous avons vu ta même chose d’Orus dans le premier Livre, & l’on sait qu’Apollon & Orus n’étaient qu’une même chose, suivant le témoignage même des Anciens (allusion à Hérodote, 𝕍 juste avant). Les Grâces qu’il portait à la main, étaient un signe hiéroglyphique des biens gracieux, la santé & les richesses qu’il procure. L’arc & les flèches indiquaient la guérison des maladies représentées anciennement sous l’emblème des monstres & des dragons. Le bœuf qu’on immolait à Apollon, convenait aussi à Orus, comme symbole de la matière donc les Philosophes composent leur médecine Solaire. Le trépied d’or marquait les trois principes, soufre, sel & mercure, qui par les opérations se réduisent en une seule chose, appuyée sur ces trois principes comme sur trois pieds. Apollon par la même raison faisait son séjour sur le Mont Parnasse, composé de trois montagnes, ou d’une montagne à trois têtes, que les Poètes avaient coutume d’appeler seulement le double Mont, parce qu’ils nu faisaient allusion qu’au Mont Hélicon & au Mont Parnasse.

■ En astrologie, il est associé au Gémeaux, en duo avec Héraclès.

Représentations postérieures


dq.XV
Le Pérugin

1501 1504
Albrecht Dürer

1502
Albrecht Dürer

1515
Raphaël

1540
Apollon et Marsyas

1596
Jan Saenredam

f.XVI
Livio Agresti

1622 1655
Le Bernin

1666 1672
François Girardon & Thomas Regnaudin

1668 1671
Jean-Baptiste Tuby

1671
Gérard de Lairesse

1769
Anton Mengs

1800
Charles Meynier

1807
Henry Howard

1868
Gustave Moreau

1921
John Sargent