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Mémentos - Les grands évènements de la spiritualité occidentale

Cultes préhistoriques

-80000 -5000


► La préhistoire regorge d’éléments indiquant des formes de chamanisme tout d’abord liés à la mort et aux rites funéraires avec les premières sépultures puis au renouvellement cyclique de la vie, à la chasse et aux esprits tutélaires.

Il est néanmoins difficile de discerner la démarcation entre religion et magie qui du reste, n’existait probablement pas.

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► Factuellement, on retrouve :

● De l’art pariétal (Grotte de Lascaux) et rupestre (Vallée des Merveilles). Sur ces représentations on peut trouver des éléments incitant à estimer l’existence d’une forme de magie préhistorique. L’Homme, qui doit affronter des animaux plus grands et naturellement armés, y est souvent représenté masqué. Certains animaux sont quant à eux maudits par sympathie au travers de représentations invalidantes comme l’absence d’œil sur les fauves ou bien des proies traversées de flèches.

● De l’art mobilier, comme les Vénus paléolithiques. Certaines sont phallo-féminine, c’est à dire que au dos, au coté ou à l’envers présentent un phallos. Là encore, on trouve de l’argile percé de traits dont le but pourrait être incantatoire et trahiraient déjà la conception selon laquelle l’auteur d’une focalisation psychique peut influencer le monde extérieur.

● Des os gravés, des amulettes et bâtons de pouvoir. On note l’utilisation abondante de l’ocre rouge dont on trouve trace tant sur des ossements que des objets et qui, couleur intense et vivifiante, semble donner une vie nouvelle en combattant la pâleur de la mort.

● Des cupules et de la géométrie archaïque,

● Ainsi que des ex-votos et des preuves de mutilations rituéliques.

► Ces éléments impliquent des traces probables d’initiation (ayant vraisemblablement eu lieu dans des cavernes) et de croyances en la magie. Le sorcier, individu mi-animal et masqué est iconographiquement présent dès -16000, 𝕍 ex. le Chaman de la Grotte des Trois-Frères.

Si le masque est probablement d’abord un accessoire de chasse, il devient par la suite un instrument rituélique et magique. Aujourd’hui encore, les sorciers africains ou australiens portent un masque pour affronter les esprits, effrayant alter-égo, il protège de l’adversaire, donne de la force et détourne les chocs en retour.

► On dispose encore d’éléments indiquant la croyance en une survie post-mortem, comme les rituels d’enfouissement dont la pratique est peu ou prou concomitante à la maîtrise du feu (Le paléontologue russe Ivan Efremov fait remarquer qu’il est possible que la magie soit née avant le feu et l’outil et qu’elle soit même le moteur de leur découverte). Pour l’Homme primitif, la mort n’est pas la fin de toute vie mais la conséquence d’un maléfice dont il cherche les auteurs. On peut également constater une croyance dans les revenants contre lesquels l’Homme primitif semble vouloir se prémunir.

► On note encore une certaine connaissance des cycles naturels qui implique probablement des formes rudimentaires de religions. Louis-René Rougier fait par exemple mention dans son étude portant sur la caverne de Rouffignac d’une divinité unique et démiurgique incarnée par le renne qui assurerait la fonction d’ancêtre totémique des habitants d’alors. D’une façon plus générale, les divinités primitives sont la déesse-mère et celles de la fertilité et de l’orage. Plus tard les cultes taurins et les mystères métallurgiques feront surface.

Mégalithisme occidental

-5000 -2000


► Contemporains à l’apparition de l’agriculture et à la langue indo-européenne, l’architecture mégalithique est la première forme synthétique et manifestée de la mentalité spirituelle des occidentaux.

Ils sont à la fois témoin (d’un territoire, d’un mort important ou d’un lieu sacré) et support de l’art ainsi que de la connaissance.

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► Principalement concentrés sur les littoraux de l’ouest de l’Europe et construits par aménagements successifs, on estime à 50000 le nombre de mégalithes érigés, avec 10000 conservés aujourd’hui.

Aux environs de l’âge du bronze moyen le mégalithisme maltais s’essouffle en même temps que le mégalithisme occidental. Aujourd’hui on en trouve le plus grand nombre et en bon état de conservation en Irlande (vallée de Boyne), en Bretagne et dans la péninsule Ibérique.

Stonehenge, -2800


► Les modifications successives du site des Pierres suspendues {Stonehenge} impliquent différents types de roches et s’étendent aux dates larges d’environ -3000 à -1100 (le site est occupé depuis au moins -3700). Elles ont requis de déplacer des pierres qui pour certaines pèsent 50 tonnes.

De -2800 à -2200 on érige la première enceinte circulaire de 110m de diamètre que l’on délimite par un fossé. Durant la même phase de construction, on place également la Pierre talon {Heel Stone} qui est mise à l’extérieur de l’entrée nord-est et la Pierre d’autel, au centre du cercle.

On ajoute ensuite l’Avenue à partir de -2200, reliant la Pierre talon au cercle, puis deux cercles intérieurs de Pierre bleues constitués de dolérite. Vers -2000 et jusque -1100 on ajoute les immenses blocs de grès sarsen et on réorganise les Pierres bleues. Selon les chercheurs et les méthodes employées, ces datations varient de plusieurs centaines d’années.

► Des doutes subsistent quant à l’utilité de la construction, on a proposé qu’elle fut utilisée pour observer ou mettre en valeur des phénomènes astronomiques, pour pratiquer un culte ou encore pour servir de sépulture. En vertu des différents éléments récoltés, les trois solutions sont envisageables et peut-être cumulables.

Mystères d’Éleusis

-XV


► Le culte agraire et funéraire d’Eleusis remonte vraisemblablement à la civilisation égéenne préhellénique. C’est manifestement sur l’ésotérisme thrace (orphisme et dyonisme), minoen (culte agraire et métallurgie) et probablement sur l’inspiration de l’Égypte que se fonde les mystères de Déméter à Éleusis, plus célèbres des cultes à mystères (avec le Sanctuaire des Grands Dieux de Samothrace). Ils sont décrits de façon succincte par Homère dans son Hymne à Déméter, néanmoins le culte reste difficile à connaître de par la discrétion de ceux qui en ont reçu l’initiation.

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► L’occident importe en effet de l’Égypte via la Grèce ses thèmes moteurs essentiels : une cosmographie organisée autour d’un centre dont le temple architecturé est la manifestation, le concept de verbe démiurge, détenteur d’arcanes qu’il communique par la révélation, la pratique de sciences sacrées reposant sur les correspondances et permettant la communication entre les divers plans d’existence et enfin la théologie de la résurrection d’Orisis dont le message eschatologique et sotériologique aura une influence déterminante tant sur le christianisme que sur le néoplatonisme.

► Le peu d’informations dont nous disposons viennent de grecs comme Aristophane (Les Grenouilles) qui ne révèle guère que la première partie des mystères qui ne demande pas de garder le secret initiatique ou bien de chrétiens comme Clément (Discours aux Gentils) qui se veulent critiques. On sait que ces mystères sont divisés d’abord en petits et grands mystères, qui duraient trois jours en Février puis neuf jours en Septembre. Les secrets contenus dans les τελετές, (teletés) {initiations} et concernant l’apothéose finale qui avait lieu lors de l’epopteia, degré suprême de l’initiation, nous sont inconnus. On sait seulement que pour les initiés, ils impliquaient à la fin des teletés l’ingestion du kykéôn {κυκεών}, gruau d’orge mêlé à de l’eau miellée à laquelle on ajoute des herbes.

► Au travers d’une mystique agricole et de mythes eschatologiques à caractère ésotérique, les mystères prétendent délivrer des enseignements secrets sur les dieux et faire obtenir la salvation pour l’âme du fidèle. Platon signalera dans son Phédon la dimension initiatique du drame sacré de Perséphone, tout comme Sophocle dans son Triptolème. Jouissant d’une grande considération dans le monde antique, ces mystères étaient d’abord célébrés en marge de la religion officielle et constituaient une démocratisation de pratiques religieuses alors réservées à une élite. Ils se fondaient sur le secret ("Mystère" vient de μυέω {initier} et μύω {fermer}). Par la suite, à l’époque classique, et surtout au travers des célébrations, ces mystères s’intégreront à la religion officielle.

Ils avaient pour but de préparer le vivant à une meilleure existence post-mortem en lui offrant la vision des choses divines, une communion avec les dieux par l’intermédiaire de divers initiations composées de purifications, de vénérations, de consécrations ainsi que pour les commenter, de représentations {dromena}, de paroles {legomena} et au sommet, de monstrations {deiknumena}. Le moyen était essentiellement plus émotionnelle, rituélique et artistique, qu’intellectuelle et favorisait des états d’extases mystiques.

Le temple de Déméter, avec celui d’Apollon à Delphes (et ses pythies prophétisant par mantique sous la mania devant l’omphalos) font depuis le XIX, figure d’archétype du temple antique idéal.

► Ces mystères prennent définitivement fin en 380 lorsque Théodose Ier les fait interdire au profit de la religion chrétienne qui devient la religion d’état.

Crémations rituelles des morts

-X


► La crémation est attestée en Europe aux environs du début du mésolithique en même temps que les sépultures collectives. Cette pratique apparaît plus tardivement en Asie.

Un des plus anciens cas recensés au monde est celui de la Femme de Mungo, première découverte faite en 1969 sur le fameux site du lac australien et datant de -40000. Il demeure néanmoins probable que cette crémation fut pratiquée dans un but préservatif.

Poésie des aèdes

-VIII


► L’aède est héritier d’une tradition orale de beaucoup antérieure et que l’on associe à Orphée. Père des mystères, et accompagné d’une cithare ou d’un phorminx, inspiré par les Muses, presque devin, l’aède est un chantre et équivalent grec du barde celtique au sens où il faisait parti de la classe sacerdotale.

Il composait lui-même et principalement épopées et hymnes qu’il tirait de thèmes mythologiques qu’il récitait sur la place publique ou à des banquets.

Plus tard, le rhapsode récitait de mémoire les poèmes des aèdes, notamment ceux du furieux Homère et du paisible Hésiode.

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► Les deux aèdes, qui en plus d’être des contemporains et les plus anciens dont on possède les fragments sont les plus connus. Des fragments d’Archiloque, Sappho ou Solon nous sont également parvenus.

► On doit à Hésiode la formulation de la théorie des âges cycliques dans Les Travaux et les Jours qui connaîtra par là un succès durable dans l’ésotérisme occidental ainsi qu’une Théogonie qui demeure une des sources principales de la mythologie grecque.

► Quant à Homère, la richesse de ses poèmes, en particulier l’Iliade et de l’Odyssée font qu’ils sont des antiques aux humanistes, sujets à une herméneutique théologique et mystique.

Cette herméneutique demeure la première documentée puisqu’elle débute déjà avec les présocratiques et pythagoriciens. Héliodore d’Émèse dans ses Éthiopiques, tenait déjà Homère, au III, pour un égyptien initié dispensant une connaissance théologico-symbolique.

Son corpus sera stabilisé à partir des éditions du Mouseîon d’Alexandrie qui offrirent alors à la philologie ses premières lettres de noblesse.

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Science étrusque

-VII II.


► L’ensemble des pratiques religieuses et divinatoires des étrusques, l’etrusca disciplina et l’ars fulguratoria, ne nous est guère connue que par les auteurs romains comme Cicéron dans son De la divination {De divinatione}.

En effet, les textes originaux sont tous perdus et il ne ne nous est parvenu que des ensembles lacunaires et laconique si ce n’est le Livre de lin de Zagreb {Liber linteus Zagrabiensis}. L’isolat étrusque n’est par ailleurs pas entièrement traduisible.

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Ils assurent tenir leur savoir du Dieu Tagès (Hermès chthonien) qui leur enseigna les règles de leur religion et leur transmit l’haruspicine et de la sybille Végoia qui édicta des règles d’urbanisme et leur transmit la brontoscopie.

Tite-Live rapporte dans son Histoire de Rome depuis sa fondation {Ab Urbe condita libri} que les étrusque sont un peuple qui tenait plus que toute autre nation à l’observation des rites religieux, parce qu’il excellait dans la science du culte, Arnobe témoigne quant à lui dans son Contre les Gentils {Adversus gentes} que l’Etrurie est la mère et l’origine de toutes les superstitions. La langue étrusque s’éteint en tant que langue vivante au second siècle.

► C’est également aux environs du -VII que Numa Pompilius, successeur mythique de Romulus et roi de ces mêmes romains, fixa les sacerdoces de son peuple : Flamines, qui se dédiaient à un seul dieu, vestales dédiées à Hestia et saliens dédiés à Mars. Plutarque lui attribue également l’organisation des sodalités guerrières et les collegia fabrorum des artistes et artisans, le calendrier lunaire et la distinction entre jours fastes et néfastes.

Synthèses philosophiques et mystériques

-532 57


► Au -VI, deux cultes tiré des mystères et influencés par l’orient, prennent leur essor. Ils systématisent leur structure philosophique, s’organisent en communautés remettant en cause l’ordre sacerdotal traditionnel et mettent l’accent sur la conversion personnelle.

Ils s’influencent également l’un l’autre et partagent ainsi de nombreux points communs comme des interdits moraux, un but sotériologique et une conception cathartique de la musique. Il s’agit de l’orphisme, dédié à Dionysos-Zagreus et le pythagorisme, dédié à Apollon Hyperboréen.

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Fragments orphiques, V II


Orphée est considéré comme le premier initié d’occident. Composé d’une pluralité de groupes autonomes, les orphiques s’intéressaient à la cosmogonie (la théogonie du Papyrus de Derveni, plus vieux manuscrit d’Europe, date probablement d’ -420), aux rapports entre les Hommes et les dieux et au destin de l’âme après la mort qu’ils lient ainsi que nous le mentionne allusivement Platon dans le Phédon, à une palingénésie universelle.

Ils se dégagent enfin des conceptions homériques, identifiant le concept d’âme, symbole de la part divine en l’Homme qu’ils proposent de restituer au domaine divin (𝕍 métaphore du σῶμα-σῆμα {corps-tombeau}) en pratiquant une ascèse spécifique : végétarisme, refus des sacrifices violents, condamnation du suicide…

► Dans des tombes de l’est de la Grèce, de la Crète et dans le sud de l’Italie on a retrouvé à partir du d.XIX plusieurs lamelles funéraires d’or datées en substance entre le -V et le I. Elles contiennent pour certaines des instructions pour la survie post-mortem. Cette période peut-être considérée comme la maturation de l’orphisme (on y trouve aussi les Hymnes au -III) et du reste, aucune documentation ne vient soutenir son existence avant le d.-VI.

Pythagorisme, -532 -450


Pythagore, créateur des termes φιλοσοφία {philosophie} et κόσμος {cosmos}, à qui l’on attribuait nombre de pouvoirs fabuleux, fonde son école à Crotone en -532, au même siècle que de nombreux réformateurs religieux de par le monde.

Héritiers du chamanisme apollinien (𝕍 Scythica de Meuli et Les grecs et l’irrationnel de Dodds) et probablement influencé par les mages chaldéens hellénisés puis éventuellement par les prêtres égyptiens (au moins indirectement), les pythagoriciens basaient leur métaphysique sur l’arithmosophie et professaient la métempsycose, suivaient un code moral composé d’interdits (modération en tout, chasteté, végétarisme, sacrifices non violents) et s’intéressaient au fonctionnement de la nature. Ils découvrirent ainsi des règles mathématiques et astronomiques desquelles ils tirèrent une harmonie musicale astrale (Jamblique rapporte l’akousma {ἄκουσμα} bien connu : Qu’est-ce que l’oracle de Delphes ? La tétraktys ; c’est-à-dire l’harmonie, où se trouvent les sirènes.).

Structuration et rationalisation du chamanisme en philosophie, en science et en politique transmise par des préceptes et symboles (hieros logos {ιερος λόγος}), le pythagorisme primitif prend fin :

● Premièrement, avec leur perte du pouvoir administratif et politique à Métaponte en -450, qu’ils légiféraient par un régime démocratique (aristocratique).

● Secondement, par le décès d’Hippase de Métaponte vers -460, probable chef de file des φυσικοί {physiciens} (que Porphyre qualifiera avec les μαθηματικοί {mathématiciens} "d’ésotériques").

● Et enfin par l’émergence du culte de Zalmoxis également vers -450, qu’Hérodote estimait être un disciple de Pythagore, au moins par le fait qu’une proximité de pratiques existait entre les deux cultes.

Théorie des éléments, -450


► Tentant de réunir les théories de l’école milésienne ainsi que celle d’Héraclite afin de synthétiser les concepts d’unicité et de changement qu’il formalisera sous les noms des puissances archaïques : Amitié et Haine, Empédocle met à jour un système philosophique panpsychique qui sera par la suite fréquemment employé dans le Trium Hermeticum.

Il réunit ainsi, dans un système qui combine à la fois stabilité et changement, différents concepts que les présocratiques avaient utilisé pour illustrer la cause première par le biais d’un référant matériel :

● De Thalès avec l’arkhè (ἀρχή). Il tenait tout comme les égyptiens et babyloniens, l’eau génératrice et nourricière pour élément fondamental,

● D’Anaximandre, avec son apeiron, étendue fertile et chaotique,

● D’Anaximène, pour qui c’était l’air qui dans un subtil mouvement de dilatation et d’expansion générait toute la création,

● Et d’Héraclite, pour qui le principe actif de transformation ignée lié au logos est la base de l’univers.

► Notons en outre que dans sa Vies des philosophes, Diogène Laërce rapporte dans le livre dédié aux pythagoriciens, que Néanthe écrit qu’Empédocle et Philolaos, considérés comme pythagoricien eux-mêmes avaient divulgués les théories ésotériques des ces derniers. Cette pour cette raison que les pythagoriciens obligèrent alors les adeptes à tenir le silence vis à vis des poètes.

Il précise en outre que la même mésaventure était arrivée à Platon lui-même qui demanda justement à Philolaos de lui acheter des livres de Pythagore. Quoiqu’il en soit il s’agit du premier recensement d’accusations de cette sorte. Clément rapporte le cas d’Hipparque (à moins qu’il ne s’agisse d’Hippase de Métaponte ?) qui selon la Lettre de Lysis à Hipparque aurait divulgué les enseignements mathématiques de la secte et à qui l’on dressa une stèle funéraire de son vivant.

Mystères d’Artémis éphésienne, -356 57


L’Artémision, merveille mondiale aujourd’hui disparue à été construite en marbre, dit-on par les amazones, aux environs du m.-VI. Incendié en 356, on reconstruit un second temple, plus magnifique encore qui suscitera l’admiration de ses contemporains jusqu’en 263 où il est détruit par les goths. On réutilisera son marbre pour construire la basilique Sainte-Sophie de Constantinople.

Manifestation d’un syncrétisme religieux - en premier lieu d’Artémis et Cybèle - le temple était dirigé par le mégabyse (puis plusieurs à partir de l’époque romaine), grand prêtre eunuque de l’Artémision ainsi que par des prêtresses vierges.

► Des mystères étaient célébrés par des confrérie des Courètes qui tout les quatre ans dramatisaient la naissance d’Artémis lors des Artemisia. On prêtait à la déesse de puissants pouvoirs curatifs.

Le culte rayonna autour de la cité grecque jusqu’en Anatolie, en Crimée et à Alexandrie, supporté par l’importation de la figure polymaste. Massalia est fondée par des colons phocéens au d.-VI, cité à partir de laquelle le culte s’étendra sur toutes les cote de la Gaule narbonnaise.

L’orée du christianisme marque le crépuscule du culte : Paul de Tarse vient prêcher en Éphèse en 57, déclenchant une émeute.

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Druidisme

-IV IV


► Les druides sont décrits lapidairement par César dans le livre VI du Commentaires sur la Guerre des Gaules {Commentarii de Bello Gallico} et Tacite (Origine et territoire des Germains, VIII-IX-X), puis par Cicéron et Pline.

Nous savons qu’ils étaient les législateurs, devins et prêtres du peuple celte et fait notable, qu’ils acceptaient les femmes dans leurs rangs. Leur philosophie qui était uniquement orale, utilisait les notions de métempsychose ce qui pour les romains les rapprochaient des pythagoriciens.

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► Après la conquête romaine, la classe sacerdotale des gaulois n’a pu se maintenir pour des raisons politiques puisque leur structure sociale à été démantelée. Le druidisme est définitivement affaiblit par Tibère qui en 16 interdit les druides à Rome (en même temps que les astrologues Chaldéens et les prêtres d’Isis), puis juste après, Claude, abolit le culte pour les gaulois.

► La christianisation au IV et V achèvera de faire disparaître pacifiquement le druidisme des îles de Bretagne, les bardes s’intégrant quant à eux à l’aristocratie grâce à la réforme de Dallan Forgaill. Il n’existe aucun témoignage écrit remontant avant le -IV mais divers éléments archéologiques témoignent d’une activité religieuse des peuples Celtes.

► Concernant les sources matérielles de la philosophie druidique, on possède en premier lieu les oursins fossiles retrouvés dans les tertres, qui d’après Guyonvarc’h et Leroux (Les Druides, 1986) seraient symboles de l’œuf cosmique.

Scripturalement on ne peut se référer qu’aux textes en vieil irlandais pour obtenir un témoignage indirect par ailleurs contemporain à l’expansion du christianisme sur l’île d’émeraude : l’écriture oghamique que les celtes ont utilisé dans des buts magiques et divinatoire aurait pu en proposer un, mais les inscriptions restantes consistent essentiellement à exprimer des noms propres.

Il demeure alors les textes littéraires : echtrai {aventures} et immrama {voyages}, aitheda {rapts amoureux}, fís {visions} puis bien sûr les quatre cycles contenus principalement dans les livres de la Vache Brune {Lebor na hUidre}, de Noughaval et de Glendalough. Le corpus héroïque du Cycle d’Ulster tournant autour de Conchobar Mac Nessa et son fils Cú Chulainn et prenant place au I, peut être considéré comme le testament de la spiritualité celte.

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Platonisme et Aristotélisme

-387 -323


► En -387, Platon créer à Athènes, près des jardins dédiés au héros Acadèmos, une école nommée l’Académie, selon le modèle des pythagoriciens. En -335, l’élève de Platon, Aristote, créera le Lycée et c’est en -323 qu’il doit fuir Athènes, dépourvu de la protection politique de son élève Alexandre le grand, qui vient de mourir.

La pensée de ces deux philosophes aura une influence considérable sur la spiritualité occidentale et moyen-orientale et seront essentiels pour la théorie, la mythologie et la pratique ésotérique.

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► On sait notamment de par Aristote que Platon délivrait des discours oraux, estimant que ce qui est essentiel dans la philosophie ne saurait être écrit. Il usera simultanément de l’approche mystérique et de la théorie des nombres pythagoriciens pour formuler un nombre important de concepts fondateurs pour l’ésotérisme.

► Aristote, qui n’est pas en propre un ésotériste ou un mystique, utilisera néanmoins le premier l’idée d’ἐξωτερικοῖς {externe, public} in Politique et exposera la théorie de l’intellect agent, premier intelligible, in De l’âme.

► Bien que l’expression ἐξωτερικοῖς sera reprise telle qu’elle par Cicéron et Aulu-Gelle, le terme d’ésotérique {έσωτερικóς} n’apparaît qu’en 166 avec Lucien de Samosate dans son amusant Les vies des philosophes à l’encan : MERCURE. Viens ici, Péripatéticien, le beau, le riche ! Achetez-moi le plus éclairé de tous, le savant universel ! LE MARCHAND. Quelles sont ses qualités ? MERCURE. Il est modéré, doux, accommodant, et, qui plus est, double. LE MARCHAND. Que veux-tu dire ? MERCURE. Il est en dedans autrement qu’en dehors. Si tu l’achètes, n’oublie pas de distinguer en lui l’ésotérique et l’exotérique. LE MARCHAND. Et que sait-il le mieux ? MERCURE. Qu’il y a trois sortes de biens : ceux de l’âme, ceux du corps et ceux de la fortune. Peut-être fut-il emprunté à des doxographes péripatéticiens antérieurs comme Dicéarque de Messine ou Adraste d’Aphrodisie.

Pour l’évolution sémantique de l’adjectif "ésotérique" 𝕍 Pierre Riffard, L’ésotérisme. Qu’est-ce que l’ésotérisme ?, 1990. L’emploi du substantif "ésotérisme", se trouve pour sa part la première fois utilisé chez Jacques Matter dans son Histoire du gnosticisme (1828) (signalé par Jean-Pierre Laurant in L’ésotérisme, 1993).

Synthèse Alexandrienne

-III IV


► À partir du règne des Ptolémées, Alexandrie est en effervescence culturelle, portée par une activité commerciale intense : construction du Phare et du Sérapéum, fondation du Mouseîon, elle était devenue un carrefour tant économique qu’intellectuel qui durera jusqu’à l’invasion arabe en 641.

Un vaste syncrétisme y vit le jour dès le -III : l’hermétisme dit gréco-égyptien. Ce dernier, à été influencé par le stoïcisme qui naît à la même époque à Athènes.

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Hermétisme gréco-égyptien, -III IV


► Les Hermetica corpus littéraire révélé, que les auteurs prennent soin de lier à un contexte hiérogonique, est attribué à Hermès Trismégiste et historiquement situé entre le -III et le IV. La postérité de ce courant sera importante puisque soutenu par les mages renaissants puis par les alchimistes, nombre d’ordre initiatiques occidentaux se réclameront à partir du XVII du patronage d’Hermès Trismégiste.

On y trouve principalement d’abord, le recueil Corpus Hermetique, qui tel que nous le connaissons, sera redécouvert et mis en forme par Ficin à la renaissance peut-être à la suite de Psellos. Ensuite et non des moindres, l’Asclepios et la Vierge du monde, auquel on ajoute la célébrissime Table d’émeraude, du VI et qui est certainement le texte ésotérique le plus connu. On peut encore y joindre le Discours de l’Ogdoade et l’Ennéade, du II mais retrouvé au XX.

► Révélations marquées par la théologie égyptienne et l’art des teintures, le stoïcisme tirant vers Empédocle (probablement par Bolos de Mendès et ses vertus occultes {φυσιχαι δυναμις}), le gnosticisme et le platonisme, les textes de l’hermétisme concernent la métaphysique et le trium hermeticum promettant de mener à une régénération ontologique.

On y trouve, selon les répartitions de Festugière, une branche populaire (occultisme pratique) et une branche savante (ésotérisme sotériologique) et en outre une tendance optimiste (moniste) et qui conseille la contemplation du monde et une seconde pessimiste (dualiste) qui conseille de s’en détacher dans la mesure où on estime qu’il a été créé par un démiurge mauvais. Conséquence de cette position, la cosmogonie hermétique se démarque en outre de celles qui l’ont précédé par l’adjonction d’un grand nombre d’intermédiaires et hypostases entre le démiurge et sa création.

L’hermétisme pratique que l’on trouve dans certains textes comme les Cyranides, estime que la raison seule et l’empirisme se bornant aux propriétés extrinsèques des règnes de la nature ne suffit pas à rendre compte des relations qui unissent l’Homme, la nature et le monde sidéral. Il se distingue alors de la science grecque jusqu’alors exercée dans l’élaboration d’une méthode non pas basée sur le raisonnement déductif, mais sur l’analogie et qui utilise la méditation des incantations et des prières afin de révéler les mirabilia, propriétés occultes des choses et des êtres.

► L’astrologie n’est pas en reste durant cette période, débutant avec la lettre de Petosiris à Nechepso, Petosiris que l’on tient pour fondateur de toute l’astrologie occidentale. Les astrologues grecs, précédés en cela par Empédocle ou Pythagore, développent une interprétation symbolique et philosophique de l’astronomie et offrent un second souffle à l’astrologie chaldéo-babylonienne.

Bérose prêtre Chaldéen de Marduk s’installe à Cos en 280 et y fonde une école d’astrologie et de médecine où il transmet la généthlialogie et l’astrologie technique. Il influencera les stoïciens avec le développement astrologique qu’il fera sur la grande année (𝕍 Franz Cumont, Les religions orientales dans le paganisme romain), cité par Pline, il est repris par Posidonios d’Apamée.

L’astrologie gréco-égypto-chaldéenne prend son essor entre le -I et le II avec principalement les Astronomiques de Marcus Manilius et surtout la Tétrabible de l’alexandrin Ptolémée dont l’influence sur l’astrologie sera prégnante jusqu’au XVI. Pourtant, il accorde contrairement à ses contemporains, une importance moindre aux maisons. Vers 330, les Huit livres sur l’astrologie {Matheseos libri octo} de Julius Maternus sont la dernière œuvre d’importance sur l’astrologie antique.

► Cette effervescence astrologique permettra l’importation de la discipline à Rome vers -210 qui portée par le mysticisme étrusque et la pression culturelle du mysticisme astral babylonien, débouchera sur la mode astrologique à partir du -II qui sera une situation favorable à l’émergence du mithraïsme puis du christianisme.

► Il est enfin notable que l’érection en -61 -62 de l’Horoscope du lion à la montagne sacrée de Nemrut Dağı en Anatolie, afin de commémorer pour le 7 Juillet 62 le couronnement d’Antiochos Ier de Commagène (ou le début de la construction de son mausolée), signe la première preuve archéologique d’un horoscope. Ce roi institua une réforme théologique théocratique gréco-iranienne et fut favorable au culte de sa lignée. En 1899 on extrait d’Héracléopolis Magna un horoscope daté de 14, maintenant perdu (𝕍 Greek Horoscopes, Otto Neugebauer, p.16).

Œuvre de Zosime de Panopolis, IV


Aboutissement et synthèse de cette période, l’œuvre de Zosime de Panopolis est à la fois une arrivée, un croisement et un point de départ dans l’histoire de l’alchimie.

Mystique autant qu’empiriste, il jette les principes qui régleront la discipline après lui : séparation du sôma {corps} et du pneuma {esprit} par l’action de diverses opérations impliquant le feu puis réutilisation du pneuma sur un corps, si possible récepteur universel, afin de le teindre. Tout cela, opéré dans un but gnostique et en dernière analyse, sotériologique. En outre, il popularise certaines notions qui deviendront récurrentes : l’ouroboros, le font baptismal purificateur, ou encore les couleurs des phases de l’œuvre. D’un point de vu mythique enfin, il réaffirme après Bolos, la transmission ininterrompue de la science sacrée depuis les temps anciens de l’Égypte.

Papyrus antiques, -V V


► Témoins de cette intense activité, c’est de cette époque que datent les papyrus antiques égyptiens : les plus importants sont :

● Les Papyrus grecs magiques, écrits entre le -II et le V et retrouvés en 1827,

● Les Papyrus d’Oxyrhynque, écrits entre le -I et le V et retrouvés en 1898,

● La Bibliothèque de Nag Hammadi, écrits vers II III et retrouvés en 1945,

● Et la Pistis Sophia, écrite vers 330 par des gnostiques coptes de l’Égypte romaine, et retrouvée dans le Codex Askew en 1773.

C’est aussi à la même époque que furent rédigés les fameux Manuscrits de la mer Morte découverts dans la Transjordanie d’alors (écrits entre f.-V et d.IV et retrouvés en 1946 1947 et 1956).

Littérature impériale

-I II


► Les deux siècles encadrant la naissance du Christ sont une riche période pour les latins : c’est l’époque de Jules César et de Tite-Live, du très important Pline l’Ancien et d’Hyginus mais aussi de Cicéron, des poètes augustéens, des stoïciens et des médiopythagoriciens. Ce foisonnement sera à l’origine d’un testament spirituel, philosophique et artistique du paganisme.

Suite

Stoïcisme, -294 180


► Basé sur le détachement et la tempérance qui apportent l’apatheia puis l’ataraxie, panréalistes, considérant que toute chose est un corps et d’une logique nominaliste, ils sont les promoteurs de la sympathie universelle et de l’harmonie entre le destin et la raison.

La doctrine du Portique, héritière du Cynisme, est fondée à Athènes par Zénon de Kition en 294. Aucun texte complet du stoïcisme originel est parvenu à l’époque moderne et seul les textes de l’époque impériale (Sénèque le Jeune et Cicéron surtout) ont su s’y frayer un chemin.

À la mort de Marc-Aurèle (Pensées pour moi-même) en 180 le stoïcisme impérial prend fin et le mouvement philosophique s’affaiblit, s’insérant de manière fragmentaire chez certains philosophes en s’articulant sur des bases mieux représentées : essentiellement platonisme, aristotélisme et christianisme.

Poésie latine, -19 sm.II


► Les poètes augustéens, le lumineux Virgile et le lyrique Ovide avec principalement l’Énéide et les Métamorphoses marqueront durablement de leur influence la poésie occidentale. Ils véhiculent dans leurs textes nombre de références mythologiques (notamment à l’épopée historique romaine, cœur de sa spiritualité), d’allusions aux mystères émaillées de symbolisme où la catabase est une articulation centrale.

► C’est à cette époque, en 25, qu’a été également peint l’un des chef d’œuvre mystériques de l’antiquité : la mégalographie de la Villa des mystères. Puis durant la période impériale, Apulée écrit ses Métamorphoses. Il s’agit du premier roman antique conservé, narrant ses initiations et qui véhiculera la féconde histoire d’Amour et Psyché. Il produira également son Du dieu de Socrate et son discours De la magie dans la sm.II tout deux éclairants pour l’occultisme.

Néopythagorisme, -60 sm.II


► Avec Nigidius Figulus, ? disciple du pythagoricien Varron et de Posidonios d’Apamée la frontière entre pythagorisme, platonisme et stoïcisme se brouille : il interprète comme Eudore d’Alexandrie (précurseur du monisme transcendantal), le platonisme à la lumière du pythagorisme. Il fonde à Rome en -60 un ordre revivaliste tentant de réintroduire le mysticisme - mettant l’emphase sur l’unio mystica - dans la société romaine en réaction à un stoïcisme d’état jugé trop sclérosant.

Ces considérations feront éclore au premier siècle le magicien Anaxilaos, Moderatus de Gadès et le célèbre Apollonius de Tyane. Le néopythagorisme, pour lequel nous ne disposons que d’informations lacunaires, prend fin avec Numénios d’Apamée en activité à la sm.II et qui à la suite de Philon d’Alexandrie (pm.I), en incorporant des éléments orientaux, annonce le néoplatonisme, interprétation religieuse du platonisme.

Pour Numénios en effet, Platon est à rapprocher de la stature d’un Moïse et mettant en parallèle les deux sagesses, il tire des textes du Divin un dualisme, en distinguant la divinité du démiurge et estime en outre qu’il cohabite dans l’Homme une âme rationnelle susceptible d’être sauvée, de l’irrationnelle, cause de la chute de la matière. On reconnaîtra des thématiques qui trouveront matière à développement dans le gnosticisme qui fleurit en parallèle de son activité avec notablement les valentiniens et les basilidiens.

► Il émerge en outre de ce renouveau mystique, une théorie pythagoricienne de l’architecture basé sur l’harmonie et les correspondances avec le De Architectura de Vitruve en -15. L’intérêt des romains pour ces sujets est témoigné par le seul édifice néopythagoricien qui soit parvenu jusqu’à nous : la Basilique souterraine de la porte Majeure à Rome dédiée à Apollon et découverte par hasard en 1917. Elle possède des fresques d’une conservation exceptionnelle illustrant la liturgie du mouvement (𝕍 l’article de Franz Cumon La basilique souterraine découverte près de la Porta Maggiore in Revue archéologique, 1918 Lien vers l’oeuvre ainsi que Leopold. H : La basilique souterraine de la Porta Maggiore in Mélanges de l’école française de Rome, 1921 Lien vers l’oeuvre).

► En outre, il est indispensable de mentionner enfin un ouvrage d’importance publié en 170 par Julien le théurge, premier à endosser ce titre : les Oracles chaldaïques.

Cette synthèse finale des mystères latins commenté par les néoplatoniciens et dont il constitue sans doute le maître ouvrage dont le rayonnement s’étendra jusqu’au crépuscule du néoplatonisme, recèle une doctrine proche de celle de Numénios d’Apamée et demeure par ailleurs le dernier texte comportant des éléments de l’ésotérisme mésopotamien.

Formation du Christianisme

30 325


► Vers 30, Jésus de Nazareth prononce son Sermon sur la montagne, discours le plus important du christianisme car donnant les fondements de la pensée du Christ :

● Glorification des pauvres d’esprit et de ceux qui sont opprimés pour leur défense de la justice,

● Critique de la loi du talion,

● Interdiction de l’adultère,

● Manière de prier et de conduire une vie spirituelle,

● Et prière du Notre Père.

Suite

► L’utilisation abondante de paraboles et l’annonce du royaume des cieux ont permis une digestion et une reformulation des connaissances précédentes manifestant ainsi l’ésotérisme en exotérisme. Ces connaissances se sont principalement formulées dans le mystère sur la nature du Christ et les sacrements, quintessence des rituels théurgiques. Progressivement, le christianisme entérine ses principes fondamentaux et ainsi, annoncés par le Cantique des cantiques ou les Proverbes, l’union de l’âme et de Dieu devient l’identification du corps de l’Homme au temple du Dieu comme dans l’Épître de Barnabé à la f.I.

Cette prétention à dépasser les mystères, se voit par exemple dans La Confession de Cyprien {Confessio Cypriani}, texte hagiographique à succès, successeur de la Vie d’Apollonios et ancêtre des Noces chymiques et de Faust. Écrit vers 440, ce texte relate la conversion de Cyprien, personnage amalgamé de Cyprien le mage d’Antioche et Cyprien évêque de Carthage, initié depuis son plus jeune âge aux mystères.

► Le second texte le plus important du christianisme ésotérique des origines est l’Apocalypse de Jean écrit 97. Reposant sur la littérature apocalyptique imagée comme les Livre d’Ézéchiel et de Daniel, elle a été le sujet d’un nombre considérable d’interprétations. La période de formation du christianisme se termine avec le concile de Nicée en 325.

► Les textes du christianisme primitif, comme les Évangiles de Marc (ainsi la célèbre parabole du semeur en IV:1-20) et Jean ainsi que certains épîtres de Paul, expriment simultanément exotérisme et ésotérisme, dont le sens se révèle graduellement de l’un vers l’autre. Ils témoignent en outre de la nécessité de l’initiation, secrète et élitiste, afin d’accéder aux mystères du salut et de l’incarnation, de la trinité ou de l’eucharistie. Pour Paul, ces mystères permettent de devenir parfait et d’obtenir des charismes dont la charité constitue le sommet.

L’Ambassadeur dans les chaînes, qui donne par ailleurs l’embryon des règles monastiques dans ses Corinthiens, parle de la Jérusalem céleste dans ses Galates (4:26), notion qui aboutira à celle d’Église intérieure dans l’ésotérisme chrétien et il précise encore dans ses Éphésiens les dimensions de l’Homme intérieur (3:16-19) qui faisant écho à Job (11:8-9), met l’âme en analogie avec Dieu. Il évoque enfin dans les Romains la rédemption de la nature par l’Homme (8:19-22).

► Mais le Didascalée, que Jérôme de Stridon prétend faire remonter à Saint Marc, est l’école théologique qui forgea réellement le concept d’ésotérisme. Elle considère qu’a l’instar de Bouddha, Jésus à réservé certaines de ses λόγια (logia) à ses disciples proches, c’est à dire des Άγραφα (agrapha) paroles qui seraient conservées non pas dans le Nouveau Testament mais dans les apocryphes comme l’Évangile de Thomas. On y trouve par exemple : Lorsque vous ferez des deux un, et que vous ferez l’intérieur comme l’extérieur et l’extérieur comme l’intérieur, et le haut comme le bas ! […] alors vous y entrerez ! Ces évangiles apocryphes, qui trouvent volontiers une connexion aux évènements et thèmes de leurs homologues canoniques sont d’une part le support privilégié de l’ésotérisme chrétien et d’autre part une source de l’iconographie chrétienne. Le Roman pseudo-clémentin est un exemple de cette littérature apocryphe qui développe des fictions à forte teneur allégorique et symbolique qui ancrées dans leur époque et s’inspirant des mythes passés, s’adressent à un public large et font la belle part à l’occultisme et au fantastique.

On doit à Clément d’Alexandrie (Stromates) la disciplina arcani, secret initiatique, qu’il qualifie d’esôterica, lui donnant donc le sens où on l’entend de nos jours. Origène apporte pour sa part la lectio divina c’est-à-dire l’herméneutique quadricéphale.

Leur méthode exégétique était allégorique, plus mystique et poétique alors que l’autre grande école exégétique de l’antiquité tardive, celle d’Antioche, préconisait la grammatico-historique, plus rationaliste et morale.

Apogée du gnosticisme, 120 160


► Issu d’un synchrétisme, le gnosticisme est d’origine judéo et paléo-chrétienne tout en incorporant des éléments philosophiques de néo-platonisme et des religions orientales. Il partage les mêmes préoccupations que l’hermétisme, mais s’en distingue par les articulations de sa pensée. D’une part, son pessimisme et son rejet de la matière qui repose sur un dualisme puissant est plus important que celui du Pymandre, le gnosticisme en effet, repousse l’Ancien Testament et son démiurge considéré comme mauvais. De plus, la multiplication également plus abondante des intermédiaires réduit la puissance salvatrice de ces derniers ; le gnostique trouve son salut dans une mystique apophatique. Le gnosticisme n’est en outre, pas un mouvement unique et il existe un grand nombre de sectes, aux doctrines parfois obscures voir confuses portant notamment sur la nature du Christ.

► Le gnosticisme commence au I avec Simon de Samarie. C’est au second siècle qu’il prend son essor avec l’enseignement de Basilide et Carpocrate à Alexandrie 120 et de Valentin et Marcion (qui aura un écho dans le paulicianisme) 140 à Rome.

Émanationistes, dualistes, ébionites et messianiques ils mettaient en avant des ascèses spécifiques, des pratiques magiques et des systèmes métaphysiques complexes basés sur le principe de la délivrance par la sagesse et figurant des Éons, abstractions personnalisées.

D’abord connus par les hérésiologues des II IV, (stt. Irénée de Lyon avec son Contre les Hérétiques, Hippolyte de Rome et ses Philosophoumena et la longue liste du Panarion d’Épiphane de Salamine) ils produirent des textes apocryphes dont un bon nombre fut retrouvé à Nag-Hammadi.

► Le gnosticisme s’étend jusqu’à Priscillien évêque d’Ávila et premier chrétien brûlé pour hérésie à Trèves en 385. Ce syncrétisme se poursuivit en orient avec le manichéisme qui le fait ensuite renaître en occident par le bogomilisme.

Œuvres Mithraïques, m.II


Dernier représentant des cultes à mystères avant l’avènement du christianisme avec lequel il partage plusieurs éléments cultuels, les mystères perses de Mithra pénètrent l’Europe au m.I et atteignent leur apogée au m.II.

Le culte, empreint de mysticisme astral et populaire auprès des militaires romains, essaima des mithræa — sortes de grottes-temples — dans l’Empire (On en retrouve le plus grand nombre Rome et Ostie, puis des sanctuaires d’importance à Bordeaux et à la Cité de Londres puis jusqu’à Sarmizegetusa en Roumanie) ainsi que diverses sculptures et fresques (Les plus significatifs étant les Naissances de Mithra comme le célèbre Relief avec Aion/Phanès dans le Zodiaque 🗎⮵, des tauroctonies et des Mithra léontocéphales).

Ces éléments permettent de comprendre un peu mieux un culte pour lequel nous n’avons que fort peu de sources écrites et qui contrairement aux cultes étrangers de Cybèle et Sabazios (Phrygie), Isis et Sérapis (Égypte) ou Bêl et Atargatis (Syrie) ne fut que difficilement absorbé par la théologie romaine puisqu’il faudra attendre la f.III pour qu’un syncrétisme s’opère avec Apollon en la figure du Sol Invictus.

À l’instar des autres mystères et malgré sa popularité, le culte sera rendu caduque par Théodose Ier, néanmoins nombre de mithræa devinrent les cryptes des futures édifices chrétiens.

φ

Néoplatonisme

230 640


► Alors que l’œuvre de Philon d’Alexandrie (qui harmonise judaïsme et platonisme), de Plutarque (stt. Œuvres morales) et de Numénios d’Apamée font pressentir le néoplatonisme au premier et au second siècle, c’est en 230 qu’Ammonios Saccas ouvre à Rome son école.

Chrétien ou païen, en tout cas mystique, il prétend réconcilier Platon et Aristote. Il sera le maître d’Origène et Plotin : si l’un se voue au christianisme, le second sera acquis à la cause païenne et développera le néoplatonisme.

Suite

► Ce courant est très influent dans l’antiquité tardive et se développe à la faveur d’un intérêt du monde hellène pour la pensée de Platon ainsi que pour les religions orientales, mais également d’un désir de concilier transcendance et immanence ainsi que vérité et salut dans une mystique synthétique. Il considère le Parménide comme central. Partant d’une métaphysique hénologique et émanatiste, il engendrera plusieurs écoles dans les centres intellectuels : outre Rome, l’école d’Apamée fera des émules à Pergame, puis Athènes et Alexandrie.

Il aura par ailleurs des répercussions sur de nombreuses strates ésotériques et mystiques d’occident et du moyen-orient qui trouveront dans sa méthodologie et ses spéculations métaphysiques matière à nourrir leurs développements ultérieurs :

Augustin, Pseudo-Denys et Érigène feront passer une importante influence néoplatonique dans la théologie chrétienne,

● Les théosophies soufies d’Ibn Arabî et Sohrawardî s’y soutiennent,

Ficin et Reuchlin y trouvent par l’hétéroclisme, matière à régénérer la mystique européenne et à fonder l’ésotérisme en tant que discipline distincte.

Culminations : III V


Tournant important dans l’évolution du mouvement, l’affrontement qui opposa Porphyre de Tyr, le néoplatonicien contemplatif et sa Lettre à Anébon l’Égyptien, à Jamblique, le néopythagoricien hiératique et ses Mystères d’Égypte.

En cela fidèle à Plotin qui déjà critiquait le gnosticisme, l’un cherche l’enstase par la méditation et le détachement et tient la magie pour humaine. L’autre en position critique, cherche l’anabase par l’invocation et le rituélisme, tenant la magie pour divine. Les émules de Jamblique furent plus importantes.

► Le néoplatonisme culmine avec Proclus (Éléments de théologie), qui parle d’une théologie transmise par les Dieux {θεοπαράδοτος θεολογία}, formule la notion du corps pneumatique intermédiaire et qui syncrétique et synthétiseur, poursuit en cela le chemin de ses prédécesseurs. Il sera critiqué par son confrère Damascios, dernier diadoque de l’Académie d’Athènes qui réfutant la théurgie, revient à la contemplation mystique plotinienne.

► Après la fermeture de l’école d’Athènes par Justinien Ier en 529, le mouvement se termine 640 à la mort d’Étienne d’Alexandrie, commentateur néoplatonicien de l’alchimie gréco-égyptienne et dernier représentant de l’école alexandrienne. Après Étienne et comme le montre son œuvre, les spéculations néoplatoniciennes occidentales iront se confondre plus ou moins d’une part avec la théologie chrétienne (la tradition dit que le moine chrétien Morien est son disciple) et d’autre part avec l’hermétisme alexandrin et le gnosticisme qui deviendront l’hermésisme en général et l’alchimie occidentale en particulier. Quant à la pensée de Platon proprement dite, elle s’éclipsera du devant de la scène intellectuelle jusqu’au renouveau médicéen de la renaissance.

Transition depuis le paganisme : V VI


► Durant la période de transition entre le paganisme et le christianisme, entre l’antiquité et le moyen-âge, un certain nombre d’ouvrages notables émergent.

Tout d’abord, l’œuvre du Pseudo-Denys l’Aréopagite (V VI), inspirée de Proclus qui est de première importance pour le mysticisme chrétien. Il reprend la structure néoplatonicienne en inclinant son émanationisme vers le théisme plutôt que le panthéisme. Il formule ensuite une hiérarchie céleste et ecclésiale et il expose enfin l’union des opposés dans la voie mystique en définissant les différentes manières d’appréhender la théologie. Ces voies sont complémentaires et supplémentaires. Sa mystique et sa théosophie se répandra dans l’occident chrétien grâce aux commentaires de Maxime le Confesseur.

Le Commentaire au Songe de Scipion (pm.V) de Macrobe ensuite, qui commentant le dernier chapitre du De Republica de Cicéron, permet de pérenniser l’influence de ce texte qui par son hermétisme poétique néoplatonisant, influencera Boèce, la littérature arthurienne et jusqu’à Dante.

Les Hiéroglyphes du prêtre alexandin Horapollon enfin, qui aurait vécu à la f.IV et dont l’ouvrage, testament de l’ésotérisme égyptien et alliage de symbolisme et de naturalisme, à été étudié par les humanistes plus de mille ans plus tard.

Monachisme et Pères de l’Église

270 f.VII


► Alors que le christianisme passe par une phase de recherche et d’expansion et que le paganisme faiblit pour fusionner avec lui, deux voies mystiques, celle des moines et des prêtres, se dégagent de l’Afrique proconsulaire et du moyen-orient.

Portées par des successions de personnalités charismatiques, elles auront une influence prépondérante par la suite mais seront aussi le terreau des nombreux schismes à venir.

Suite

Monachisme, 270 VII


► De religion orthodoxe mais prenant ses racines culturelles chez les byzantins, l’hésychasme commence dans l’anachorétisme des Pères du Désert. Précédés par les thérapeutes, ? apparentés aux esséniens, que présente Philon dans son De la vie contemplative {De vita contemplativa}, c’est en 270, sous Dioclétien, que le mouvement monachique démarre avec Antoine le Grand.

Désirant un contact expérimental avec Dieu, ces ascètes contemplatifs, dont on trouve une première liste descriptive dans l’Histoire lausiaque (Pallade de Galatie, 418419), cherchent une maîtrise du corps et des passions par une conscience attentive, des postures et un rythme respiratoire spécifique.

► Suivra Pacôme le Grand, fondateur du cénobitisme et Évagre le pontique qui formé par les pères Cappadociens, normalisera les théories d’Antoine et alimentera l’idée de la nécessité d’une vie contemplative.

Grâce à ce travail Jean Cassien (f.IV d.V) importera ensuite le cénobitisme oriental en occident, à Marseille, ce qui débouchera sur la règle de saint Benoît. Voyageur, il se fera témoin direct dans ses Institutions cénobitiques et ses Conférences des anciens.

► Le cénobitisme fera également des émules au Levant :

● Au IV avec Chariton en Judée et Éphrem le Syrien qui les décrira dans son Éloge des solitaires,

● Puis au VII Jean Climaque au Sinaï écrit son Échelle du paradis qui est une apogée et enfin Isaac de Ninive en Mésopotamie qui fait quant à lui écrire ses pensées.

● Il arrive également en Anatolie où un renouveau est atteint avec Syméon le Nouveau Théologien (f.IX d.X), jusqu’à parvenir enfin au X au Mont Athos.

► L’hésychasme sera synthétisé et défendu par Grégoire Palamas au XIII mais il faudra néanmoins attendre le renouveau du XVIII pour qu’une nouvelle manifestation soit significative.

Les Pères de la mystique chrétienne, 215-426


Origène, qui est en 215 à la tête du Didascalée et Augustin d’Hippone qui termine en 426 sa Cité de Dieu sont les deux Pères de l’Église qui, abreuvés de néoplatonisme, alliant raison et révélation, eurent l’impact le plus important sur la mystique chrétienne, l’un orientale et l’autre latine.

Adamantios influencera les Pères cappadociens : Basile de Césarée, législateur du monachisme oriental et évêque en 370, Grégoire de Nazianze, ami du premier, prédicateur passionné et évêque de Constantinople en 380 et enfin le consciencieux Grégoire de Nysse qui écrit sa Grande Catéchèse en 386.

Ils sont tout trois à l’origine de la théologique et de la mystique de l’Église orientale qu’ils ont produit en poursuivant la voie d’Origène à la lumière du néoplatonisme et dans le cadre du nicéisme.

► Le Père de la Grâce, qui suivant son surnom, affirmera la transcendance du divin, introduira la notion de péché originel et insistera le mystère de la rédemption et de la grâce.

Il influencera quant à lui de nombreux mystiques du moyen-âge, comme Érigène, Hugues et Richard de Saint-Victor, Guillaume de Saint-Thierry et jusqu’à Thérèse d’Avila.

► Au IV V enfin, des philosophes également cappadociens comme Chalcidius, passeur de Platon et de l’anima mundi vers le monde médiéval, Némésios avec son De Natura Omnis qui anticipe le thème de l’Homme micorocosme et intermédiaire entre Dieu et la nature et enfin Synésios de Cyrène, favorisent également le rapprochement entre néo-platonisme et théologie chrétienne dans une perspective qui intéresse l’ésotérisme. Ces penseurs vont influencer le moyen-âge par le biais des mystiques de l’École de Chartres.

Synésios, élève d’Hypathie dont la mort en 415 marquera symboliquement le crépuscule de la philosophie antique et de l’Alexandrie qui la porte, produira les lettres et hymnes qui intéressent l’alchimie (preuve de cette influence le Vrai Livre du pseudo-Synésios). La mégalopole égyptienne est transférée à l’Empire romain d’Orient en 395 et la pensée hermétique migre avec les personnes : elle maintiendra discrètement en occident, via un repli en Grèce et notamment à Athènes, avant de reparaître en occident via les premières traductions arabes du VIII.

Législations fratricides

321 553


► Pour l’occident comme pour l’orient, le IV V est une période de perturbations et de bouleversements. La civilisation romaine est à l’agonie, politiquement, économiquement et militairement, et les escarmouches barbares des siècles précédents s’entérinent sous la forme de royaumes. Rome prise en 476, s’amorcera une période de transition et il faudra attendre la renaissance carolingienne au VIII IX pour que les acquis de l’antiquité soient de nouveau considérés et la renaissance ottonienne pour constater un véritable renouveau culturel de la société occidentale.

► Période de séparations entre l’ancienne et la nouvelle religion, c’est aussi durant ce laps de temps qu’auront lieu les différents conciles schismatiques. Ils n’emportèrent ainsi pas l’unanimité dans la vaste mais déjà théologiquement divisée, communauté que la chrétienté était devenue.

Suite

► À partir de la chute de l’empire romain et jusqu’à la renaissance, la pensée ésotérique se transmet de façon confidentielle, observant une certaine prudence vis à vis des autorités ecclésiastiques qui se font de plus en plus gardiennes d’une théologie d’état. Le christianisme, vainqueur de l’importation des systèmes orientaux dans l’empire romain, domine progressivement le monde occidental et plusieurs lois préparent dès le IV cette théologie dogmatique médiévale chrétienne, qui dans ses intentions s’oppose à une libre recherche telle qu’elle pu avoir eu cour dans l’Alexandrie ptoléméenne. Il faut ainsi attendre le XII pour que des manuscrits refassent surface.

Lois contre l’ésotérisme, 321-529


► En -451 -449, La loi des douze tables, premier corpus de lois romaines écrites, condamne la sorcellerie dans sa table VIII concernant les délits civils : Celui qui jettera un maléfice sur des récoltes se verra sacrifié à Cérès.

Précurseur en la matière, il anticipe de presque un millénaire une vague de lois contre le paganisme et ses pratiques qui seront formulées entre le IV et le VI.

► Au d.IV, Constantin édifie Constantinople, converti l’empire romain au christianisme et décrète l’Édit de Milan en 313 puis convoque le Concile de Nicée (325) instaurant une période de stabilité dans un empire romain en déliquescence. On y discute de points fondamentaux comme la différence entre icône et idole : la première ne doit pas être adorée mais appréhendée comme un support de méditation, support qui peut apporter la grâce parceque elle est construite selon des caractéristiques spécifiques.

► En sus, il produit entre 318 et 326 une série de législations relatives aux religions de son empire. Après avoir d’abord autorisé la liberté de culte, il privilégie ensuite le christianisme et réprime les pratiques magiques néfastes. Il tolère néanmoins celles à but curatif et la divination, poursuivant en cela les sentences du juriste romain Paul, contemporain de l’empereur.

Cette orientation législative sera accentuée par ses successeurs : déjà son fils, Constance II prolonge son action en interdisant cette fois l’initiation aux mystères, le culte païen ainsi que la divination.

► Suivra Valentinien Ier, qui édicte en 368 une loi interdisant l’instruction de l’astrologie, évoquant la religio paganorum et normalisant alors l’expression "païens" pour désigner la religion des paysans, extérieurs à la cité, où les pratiques anciennes étaient encore enracinées. Peu après en 380 apparaît le fameux édit de Thessalonique de Théodose Ier, dernier dirigeant à régner sur un empire romain unifié, qui en instaurant le christianisme en religion officielle oblige la fermeture des temples. En 384, il fait fermer les temples d’Égypte et la mort de l’Empereur conduit à la période byzantine de l’Égypte, faste, mais tourmentée par les querelles entre monophysistes et dyophysistes.

Cette série de mesures contre les païens atteindront leur paroxysme dans le césaropapisme de Justinien Ier qui quand à lui force à la conversion, fait brûler les livres d’alchimie et ferme les écoles philosophiques d’Athènes ainsi que le temple de Philæ en 529. L’islamisation en 639 enterrera la spiritualité égyptien qui est alors disloqué dans les nouveaux courants spirituels.

► Ces actions seront soutenues par l’Église, qui elle-même condamne l’astrologie, la sorcellerie, les confréries autres que la religion officielle, comme aux Conciles de Constantinople I (381) où les astrologues sont désavoués puis a celui d’Agde (506) où les devins sont excommuniés ou encore celui de Paris (829) où l’on affirme le lien entre les sorciers (envoûteurs, devins et "tempestiers") et les démons.

Conciles schismatiques, 430, 451 et 553


► Si le Concile de Nicée en 325, affirmant la consubstantialité du Christ avec le Père, fut universellement acceptée, il n’en fut pas de même pour les conciles d’Éphèse et de Chalcédoine.

► La controverse vis à vis du titre de theotokos porté par Marie en rapport avec une dispute christologique sur la nature du Christ, amène en 430 à une confrontation entre Cyrille, alors patriarche d’Alexandrie et Nestorius, patriarche de Constantinople, confrontation qui aboutit et culmine au Concile d’Éphèse puis se termine sur l’affirmation de l’union hypostatique et l’anathémisation de Nestorius.

Les églises orthodoxes orientales iraniennes abritant l’École théologique d’Antioche menées par le maître de Nestorius, Théodore de Mopsueste, rejettent alors les conclusions du concile, soutenue en cela par l’École théologique d’Édesse. Ce désaccord engendre de facto la création des Églises des deux conciles.

► Le Concile de Chalcédoine en 451 affirma quant à lui le dyophysisme du Christ. Les Églises dites des trois conciles, maintinrent le point de vu strictement miaphysique de Cyrille d’Alexandrie (et non pas le monophysisme d’Eutyches de Constantinople), et écartèrent alors les conclusions du concile qu’elles considèrent être une main tendue aux nestorianistes. Elles se désolidarisent alors des caldédoinistes, créant ainsi les Églises des trois conciles, orthodoxes orientaux.

► Ajoutons enfin comme évènement d’importance, le deuxième concile de Constantinople en 553 qui eut lieu sous Justinien Ier. On rédigea le onzième anathématisme interdisant l’enseignement d’Origène ou plutôt l’origénisme de disciples d’Évagre le Pontique (Problèmes sur la gnose) qui accentuaient l’aspect néoplatonisant du Traité des principes de l’Adamantin. On peut interpréter cet anathème comme un refus officiel du clergé vis à vis des théories réincarnationistes.

Renouveau culturel et schismes religieux

862 1180


► Alors que cette période est pour l’orient très productive et malgré la renaissance carolingienne du VIII IX — plus concentrée sur l’inventaire et l’organisation que l’innovation — peu de nouvelles productions viennent enrichir l’occident, même si des pratiques occultes ont bien entendu encore cours (𝕍 La magie carolingienne).

Suite

► Entre le V et le VIII, la culture et l’érudition chrétienne latine est principalement soutenue par la De consolatione philosophiae (523) de Boèce et les imposantes Etymologiae d’Isidore de Séville. Ces deux œuvres feront écho durant tout le moyen-âge comme principaux transmetteurs de la philosophie et de la science antique. Cet effort intellectuel sera principalement secondé par le De nuptiis Mercurii (V) de Capella et les Institutions (VI) de Cassiodore.

Isidore de Séville achève en 630 ses Étymologies, première somme médiévale, dans lesquelles il se livre à de vastes spéculations analogiques et lexicologiques qui anticipent d’une part les visions de Paracelse et d’autre part les réflexions sur la théorie du langage des illuministes comme Gébelin (Monde Primitif, 1773) ou Saint-Martin (Essai sur les signes et les idées, 1798) puis plus loin, de la psychologie des profondeurs de Jung.

► À partir du m.IX, l’universel Érigène poursuit le Pseudo-Denys qu’il traduit ainsi que Maxime, en écrivant son De la division de la Nature en 862. Cet ouvrage fonde les bases théoriques de la philosophie de la nature ultérieure en entretenant la réflexion sur le liber naturae, sur les rapports entre la natura naturata et la natura naturans.

► À la fin du IX, probablement encouragé par la Reconquista et les invasions vikings, hongroises et sarrasines qui mettent à mal l’occident, le culte de saint Jacques émerge par le biais de l’inventio des reliques du saint et la construction d’une église qui à pour vocation d’accueillir les pèlerins.

► Cette tendance se constate aussi dans le mythe du grand monarque, qui prenant racine dans la littérature apocalyptique de la fin de l’antiquité (Oracles sibyllins et Apocalypse du pseudo-Méthode), se propage avec le De l’antéchrist {De Antechristo} d’Abdon vers le m.X.

Vagues de traductions, 970-1230


► Plus intense est la période débutant à la f.X et qui verra des vagues de traductions d’auteurs arabes et grecs. Tout d’abord, le pape Sylvestre II, inventeur et astronome (il mis au point un astrolabe) et peut-être alchimiste et astrologue, fait figure d’érudit-magicien comme le sera plus tard Albert le Grand.

Par ses études menées dans les abbayes catalanes il prend connaissance de traductions latines de manuscrits arabes et se fait passeur : il introduit en occident en pleine renaissance ottonienne, Aristote, les chiffres arabes et on porte à son crédit l’importation des premiers manuscrits alchimiques arabes, il sera suivi en cela par Pierre le Vénérable, abbé de Cluny qui fait traduire le Corpus de Tolède en 1141 qui comprend le Coran. Sous les auspices du néoplatonisme, la rencontre entre la mystique chrétienne représentée par Denys et Érigène et la philosophie islamique représentée par Al-Kindi et Avicenne permettra une transmission de plusieurs rameaux ésotériques comme l’hermétisme, qui se manifesteront dans les sommes médiévales. La tradition islamique à en effet maintenu dynamiques bon nombre de disciplines ésotériques durant l’âge sombre qui suivra la chute de l’Empire romain et la transition du paganisme au christianisme.

► Il faut également faire un détour en évoquant un mot sur la littérature byzantine de cette période, puisque entre 980 et 1009, Syméon le Nouveau Théologien écrit ses Hymnes de l’amour divin, chef d’œuvre poétique où une mystique de la lumière annonce la théosophie illuminatrice de Sohrawardi.

Michel Psellos prolonge la pensée néoplatonicienne et produit son œuvre entre 1040 et 1078. Nous lui devons un pertinent commentaire sur les Oracles chaldaïques ainsi qu’un important texte de démonologie qui lui est injustement attribué : De l’opération des démons {De operatione daemonum}.

► En 1126 1180, Gérard de Crémone traduit à son tour plusieurs textes de l’arabe, essentiellement de mathématiques, d’astrologie et de médecine : l’Almageste ptoléméen, Al-Kindi, Avicenne (Canon de la médecine), Geber (Livre des septantes) ou Rhazès et produit ( en fait par Gérard de Sabionetta, ? son fils) une Géomancie astronomique, premier ouvrage occidental de géomancie.

Dès lors les traductions de textes fondamentaux se manifestent en l’Europe :

● Les Éléments d’Euclide est traduit dans la sq.XII par Adélard de Bath,

● Le Secret des secrets est traduit partiellement vers 1120 par Jean de Séville (il faut attendre 1220 pour que Philippe de Tripoli en donne une version complète),

● La Tétrabible est traduite en 1138 par Platon de Tivoli,

● La Table d’émeraude en 1140 par Hugues de Santalla qui accompagne le Liber de secretis naturae,

● L’Almageste de nouveau, en 1143, par Herman le Dalmate,

● Et le Composé d’alchimie (ou Entretien du roi Calid et du philosophe Morien) en 1144 par Robert de Chester qui faisait parti de l’équipe de traduction de Pierre le Vénérable,

● Puis au pq.XIII, le théologien, alchimiste, occultiste et astrologue Michael Scot (La grande introduction à l’astrologie, 1230) traduit Averroes, Avicenne et Aristote,

● Enfin vers 1230 Alphonse X de Castille fait traduire par l’école de traduction de Tolède, composée de chrétiens, de juifs et de musulmans, des traités d’astrologie et de magie comme le Picatrix.

Schismes Chrétiens, 1054 XII


► Le schisme de 1054 conduisant à la séparation de l’église latine et orthodoxe, est l’aboutissement d’une longue série de désaccords qui trouve son point de rupture symbolique en 1054 à partir de la lettre du synode de Constantinople au cardinal Humbert de Moyenmoutier.

Cette opposition entre l’occident et l’orient débute alors que Constantin déplace la capitale de l’empire romain a Constantinople. Bien que le primus inter pares soit traditionnellement l’évêque de Rome, cette migration du pouvoir politique génère une rivalité entre le primus et le patriarche de Constantinople.

Une rupture politique s’élabore ensuite, lors de l’invasion Lombarde du sud de l’Italie. Étienne II demande l’aide de Pépin le Bref en 754, alors que l’Empereur d’Orient est pris en Asie. Charlemagne, vainc ensuite les Lombards et dote la papauté d’un territoire. Ces évènements favorisent d’une part un rapprochement entre les francs et l’Église latine et d’autre part, dote le clergé latin de responsabilités administratives, financières et militaires, qui étaient précédemment dévolues à un dux qui était nommé pour représenter le patriarche. De ce rapprochement naît la scolastique qui avec les réformes centralisatrices de Charlemagne, poussent les prêtres à s’occuper de l’instruction et d’affaires temporelles.

Des différences théologiques et liturgiques se constituent également peu à peu. La plus connue est la controverse du filioque. Le symbole de Nicée-Constantinople, établit que le Fils et le Saint-Esprit sont issus du Père. Hors, Charlemagne, a fait introduire dans le Credo en 809 un que {et} supplémentaire indiquant grammaticalement que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Ainsi, les francs accordent donc au Saint-Esprit, une double origine et écartent la suprématie du Père. Cette différence théologique, trouve une manifestation liturgique dans le fait que toutes les églises chrétiennes sauf celle latine invoquent le Saint-Esprit afin que s’accomplisse la transsubstantiation. En outre, dans l’Église primitive les prêtre pouvaient se marier. Mais aux IX et X l’Église occidentale remet ce point un question et ainsi, un prêtre marié ou qui a touché le corps d’une femme ne peut dire la messe.

La situation se tend enfin, d’autant plus au niveau politique, alors que le clergé donne de plus en plus régulièrement son opinion dans les affaires temporelles, ce qu’il s’abstenait de faire jusqu’ici, sinon dans les homélies. Le siège de Constantinople en 1204 termine de saper les relations les deux églises.

► Héritiers du paulicianisme et donc du manichéisme, probablement issus du bogomilisme manichéen qui slavo-byzantin, s’agrégea en Bosnie au d.X, les Cathares sont apparentés aux vaudois de la vallée du Pô (qui progressèrent jusqu’en Suisse, en Allemagne et en Belgique où naîtra le courant Béguin au XII), ils sont dualistes, origénistes, traducianistes, monophysistes, docétistes, iconoclastes, opposés à la dulie et hostiles à la simonie (comme les patarini qui émergèrent à la même époque).

Sans hiérarchie cléricale et en cela précurseurs de la réforme, ils se sont répandus dans la Rhénanie, en Champagne et en Flandre et même jusque dans le Pays de la Loire mais surtout, ils ont connu un certain succès en Occitanie où Innocent III en fit assez cas pour lancer une croisade contre eux qui prit fin par leur extermination durant le Siège de Montségur en 1244.

Ils prétendaient sauver la part spirituelle de l’Homme grâce au consolamentum, baptême exécuté au nom du Christ seul et qui impliquait une préparation physique et mentale. Ceux qui l’avaient subis étaient des parfaits et étaient qualitativement séparés des autres adeptes. Duvernoy (Les cathares, 1998) distingue deux tendances dans le courant : l’une partisane d’un dualisme absolu et l’autre mitigé. C’est cette dernière école qui se rapproche plus particulièrement de l’ésotérisme en faisait réémerger des éléments gnosticisants : elle établit une cosmogonie impliquant une chute et une rédemption, elle use de la théorie de la métempsychose et articule sa vie religieuse autour d’une initiatique basée sur le symbolisme ainsi qu’une discipline de l’arcane.

► Au XII sur fond hétérodoxe et hétéropraxique un panthéisme populaire (𝕍 Histoire du panthéisme populaire Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France) ésotérisant perce, insistant sur la pureté adamique, un pandéisme mystique et un millénarisme influencé par Joachim de Flore.

Cette catégorie regroupe plusieurs groupes dont les plus connus sont :

● D’une part les amauriciens du théologien Amaury de Chartres, lecteur d’Érigène. On suspecte Jérome bosch 👁, membre de l’Illustre Confrérie de Notre-Dame, de partager certaines de leurs convictions du fait entre autre, de sa proximité géographique avec le mouvement et par les symboles utilisés dans son œuvre.

● D’autre part, les adamites, libertins et nudistes,

● Et plus tard les apostoliques de Parme de Gherardo Segarelli plus franchement millénaristes.

► Tout ces mouvements, dont on ne possède aucun texte original et que l’on connaît surtout au travers des rapports de l’inquisition (comme les actes du procès de Porète) s’éteignent à la réforme.

Les bâtisseurs romans

1006 1168


► L’Europe entre dans le Moyen Âge central au m.XII et un renouveau culturel à lieu, introduit par la construction des cathédrales qui démarre en 1050 et la réforme grégorienne débutée par Léon IX.

► D’autre part dans le domaine littéraire, Abélard annonce l’amour courtois au travers de sa liaison initiée avec Héloïse en 1113, relation de laquelle émergeront leurs fameuses lettres à partir de 1132.

Suite

► La cathédrale, héritière des per ânkh {maison de vie} égyptiennes est un outil de perfectionnement spirituel qui délivre des enseignements sur Dieu, la nature et l’Homme. Le style roman, si chargé en symbolisme, parfois grotesque, inquiétant voir tératologique, s’imposera tout d’abord, manifestant les idées que la nature est le reflet de Dieu et que l’Homme est sa créature privilégiée.

► On voit dès lors la fonction sotériologique de l’Homme vis à vis de la nature et la théorisation de l’imagination créatrice prendre de l’ampleur chez les penseurs et se développer la systématique dans les exégèses symboliques et les méditations surnaturelles.

Formation des Templiers, 1119


► Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer fondent l’ordre religieux militaire des Templiers en 1119 dont la fonction est de protéger les routes qu’empruntaient les pèlerins pour se rendre à Jérusalem dans le contexte mouvementé des Croisades. La dignité de mystiques que la Militia Christi incarne est due, outre la projection analogique de sa fonction sociale qui est une synthèse de l’époque médiévale, à leur histoire tragique et aux raisons théologiques de leur arrestation (que l’on rapprochera du destin Cathare).

► Si la règle (la première version date de 1128) des Templiers est aujourd’hui mieux appréhendée par le travail philologique, leur "doctrine secrète" (comme la nomme Loiseleur dans sa Doctrine secrète des Templiers en 1872) demeure obscure faute de documents fiables. Hors du domaine spéculatif, le sens doctrinal et rituélique de la figure androgyne et baphométique qu’ils semblaient idolâtrer demeure par exemple largement inconnue.

► En sus, on a cru voir dans leur symbolisme graphique (notamment les graffitis qu’ils ont laissé dans les lieux de leur emprisonnement) et architectural des signes d’ésotérisme, ésotérisme qui du reste, n’est pas historiquement attesté avec certitude ni envers les Templiers, ni envers les ordres chevaleresques en général. Leur influence est indéniable, mais lorsqu’on observe avec prudence leur influence, elle se circonscrit essentiellement à des développements littéraires ultérieurs des temps modernes. On peut en avoir l’exemple avec le renouveau du symbolisme de la toison d’or dans la maçonnerie ésotérique ou l’alchimie et qui trouve sa source dans le symbolisme de l’Ordre de la Toison d’Or de Philippe le Bon fondé en 1430.

Cette réputation à mené à calquer leur souvenir dans des grades maçonniques déclenchant au XVIII maçonnerie ésotérique via Ramsay et Karl von Hund, ce qui a ensuite invité plusieurs auteurs à défendre cette thèse.

Naissance du compagnonnage, 1146


► Lorsque, Hugues de Payns rassembla en mars 1146, les Chevaliers du Temple sur la colline de Vézelay, il fit appel aux travailleurs du bâtiment qu’étaient les compagnons. Tailleurs de pierre, charpentiers, pontonniers, maçons et tous les corps de métiers s’y rapportant répondirent à son appel et constituèrent le premier corps historique du génie militaire des Croisades.

Cette période voit progressivement émerger l’initiation opérative de la classe artisanale dans laquelle on observe une sacralisation du métier et une conservation de secrets professionnels. Une pensée sur l’harmonie géométrique s’impose et le modèle architectural absolu devient le Temple de Salomon 🗎⮵.

► Le compagnonnage est à son apogée en 1360 1420. La première date est celle à partir de laquelle on assure son existence historique, mais elle est certainement antérieure puisque l’on sait qu’ils brûlaient leurs archives chaque année.

Politiquement elle trouve sa source dans la défense des droits des artisans français itinérants, comme on peut le voir dans la réaction du compagnonnage contre l’Église qui interdit les associations (1368) et les corporations patronales contre lesquels les artisans se révoltent dès 1383. On peut consulter des ouvrages indirects afin de se renseigner sur eux, comme Le livre des métiers (1238) d’Etienne Boileau Lien vers l’œuvre sur la Bibliothèque Nationale de France ou la condamnation de la Sorbonne du 14 mars 1655 qualifiant leurs pratiques impies, sacrilèges et superstitieuses.

Le compagnonnage produit produit peu à peu une bifurcation spéculative au travers de la Franc-maçonnerie, qui dérive des corporations sédentaires anglaises. Au XII déjà, on assure en Écosse l’existence historique de la loge Kilwinning n°0, première loge maçonnique fixe au monde (le mot "loge" n’apparaît qu’au siècle suivant). En 1356 les autorités municipales de Londres édictèrent la première réglementation du métier dans le cadre d’une querelle entre les maçons dits "de taille" et "de pose" et c’est quelque vingt années plus tard que les maçons s’organisent en guilde. Il faut donc soigneusement différencier les compagnons des maçons, par exemple les premiers sont égalitaires (jusqu’en 1803), tandis que les seconds s’organisent de façon hiérarchique. Les compagnons d’ailleurs rejetés par la maçonnerie en 1773 lorsque le Grand orient leur interdit l’accès ses loges.

Mystiques de la nature, 1006 1168


► Cet intérêt pour les notions géométriques se trouve dans l’école cathédrale précurseuse des universités et précédant la scolastique : l’École de Chartres, dont les intentions éclectiques et la volonté de connaissance comme mystique toucheront la renaissance. Propagée par l’élève de Sylvestre II, Fulbert de Chartres (évêque en 1006) au f.X d.XI et en apogée en 1119 1180, l’école se réclame d’auteurs latins comme Augustin, Macrobe, Capella et Boèce.

On y enseigne le quadrivium ainsi que des spéculations sur la philosophie naturelle et les sciences. Elle produit une théologie philosophique, une mystique savante qui se focalise sur un platonisme chrétien néopythagorisan, riche en symboles cosmiques et en éléments ésotériques qu’elle vivifie par des spéculations et interprète comme autant de signes de Dieu déposés dans la nature. Cette entreprise de réhabilitation de la nature qui est dès lors perçue comme le miroir de Dieu stimule jusqu’au XII et XIII les rêveries mystiques et les spéculations sur les rapports que Dieu entretient avec sa création comme avec les Lamentations de la Nature (1168) d’Alain de Lille.

L’académie chartraine s’intéresse en outre aux spéculations astrologiques et la géomantiques et s’attache particulièrement à la question des êtres intermédiaires et prône finalement une angélologie. On trouve dans cette école, socle de l’ésotérisme chrétien, Gilbert de la Porrée, Guillaume de Conches, Bernard Sylvestre et le très platonisant Bernard de Chartres, qui longtemps confondu avec le précédent, vit ses travaux recueilli par Jean de Salisbury dans son Métalogicon. Sa pensée essaimera Abélard et même jusque la renaissance avec Rabelais et Érasme qui le citent.

Maçonnerie primitive, 1212 1390


► Les premier témoignages vis à vis de la maçonnerie datent d’une part de de 1212 avec le London assize of wages qui signale des sculpteurs et travailleurs de la pierre affranchis et d’autres part de la pm.XII avec l’Album de Honnecourt. La première assemblée à lieu en 1275 à Strasbourg où il on rédige des constitutions, des statuts et des ordonnances définissant rôle de chacun et le salaire perçu.

► Des références directes sont données en 1390, date à laquelle est rédigé le Manuscrit Régius 🗎⮵, cœur des Anciens devoirs, corpus de manuscrits anglais définissant progressivement les bases de maçonnerie. Il se constitue autour du Régius, les notions fondamentales à l’origine du mouvement : l’œuvre par les outils, l’idée des origines légendaires, le respect du secret et l’esprit fraternel.

► Ce n’est qu’en 1600 que les assemblées acceptent des individus étrangers au métier, c’est la franc-maçonnerie d’acceptation.

Kaballe méditerranéenne

1125 1280


► Si la kabbale se développe entre le X et le XIII chez les juifs d’Europe, elle trouve son expression la plus fertile en Espagne, où elle est apportée par les invasions arabes, et dans le sud de la France et l’Italie où elle est apportée par la diaspora séfarade et commence à se développer vers le sq.XII .

► Là, sous domination arabe, l’avicennisme et l’averroïsme disputent l’orthodoxie chrétienne et de ces confrontations naît le fondement méthodique de la pensée kabbalistique qui s’essaie à interpréter ésotériquement les textes de l’Ancient testament.

Suite

► La Kabbale, qui trouve vraisemblablement sa source dans la littérature apocalyptique, est d’abord précédée par la Littérature des Palais israélite des IV et VII.

► Les œuvres les plus importantes sont d’abord le Livre de la Clarté {Sefer HaBahir} (f.XII), commentaire du Livre de la formation {Sefer Yetsirah}. Cet ouvrage vraisemblablement provençal, constitue le premier exposé proprement dit de kabbale et l’oriente vers une double influence : néoplatonique et gnostique orientale.

↪ Vient ensuite le monumental tout autant que fondamental Livre de la Splendeur {Sepher ha-Zohar} vers 1280, compilation de mystique spéculative issue du courant castillant d’où se détachent les figures d’Isaac l’aveugle, Moïse de Léon et enfin Abraham Abulafia au XIII.

► Le système kabbalistique, fondement de la mystique hébraïque, est étroitement liée au judaïsme. Elle se fonde sur une étude minutieuse la Torah, dont le sens est estimé caché et crypté et qu’elle tente de révéler à l’aide de procédés exégétiques basés sur les lettres et les nombres : guématrie, temourah et notarikon. De nature divine, elle est l’expression de la loi de Dieu et contient donc toute la connaissance.

La kabbale donnera lieu à des développements ultérieurs, d’abord dans le judaïsme même avec le hassidisme et la kabbale dite lituanienne. D’autre part, à la renaissance, nombre d’éléments kabbalistiques seront réceptionnés par l’occident qui accouchera de la célèbre figure de l’arbre séphirotique.

De nombreux concepts développés par la kabbale se révéleront par la suite des rameaux importants de l’ésotérisme occidental : d’une part, sa cosmologie qui se confond avec l’arithmologie et le symbolisme astral, ainsi que les correspondances hiérarchisées entre les différents mondes de la création et l’angélologie qui en découle, d’autre part, le thème théosophique du verbe au caractère épiphanique et salvateur, ainsi que la mystique du temple.

Mysticisme et scolastique

1150 1391


► Si le XII XIII est une période d’expansion pour les ordres de chevalerie, elle l’est aussi pour les ordres monastiques. On y voit fleurir le mysticisme chrétien mais aussi la méthode scolastique qui est fonctionnellement opposée à l’ésotérisme.

Suite

► On peut ainsi constater qu’à partir du XIII un recul de la pensée ésotérique, dont l’esprit synthétique et kaléidoscopique, se voit affronté à toute une génération de logiciens dont la froideur intellectuelle contraste avec le zèle de l’esprit des Croisades.

Ordres monastiques, 1150


► C’est d’abord durant cette période que les mysticismes monastiques émergent. On y découvre les spéculations du cistercien Guillaume de Saint-Thierry puis du chanoine Richard de Saint-Victor. C’est aussi l’émergence de l’esprit franciscain qui exprime des points communs avec l’ésotérisme.

François d’Assise, premier stigmatisé de l’histoire, critique vis à vis des religieux qui privilégient la prédication ou les disputatio, fonde en 1208 l’Ordre des Frères mineur. Ce dernier s’efforce d’organiser l’idéal évangélique de pauvreté, d’humilité et de charité. Son Cantique de frère soleil exprime une affection pour la création dont il individue et anime les parties, on retrouve cette intention dans ses Fioretti hagiographiques. Joachim de flore, participe également de cet esprit. Il écrit son Exposition de l’Apocalypse à la f.XII et cet ouvrage aura une influence sur les franciscains spirituels.

► Avec Jean de Morigny (Livre des visions, 1307), jusqu’à la mort de Pélagius en 1480, se développe en outre dans les milieux cléricaux, une forme de théurgie gothique : l’art notoire. Cette pratique dont Trithème est le dernier représentant, est basée sur l’oraison latine et la contemplation de figures géométriques appelées notes.

Scolastique et recul de l’ésotérisme, XII


► C’est aussi la période qui est propice au développement de la scolastique, méthode dialectique de spéculation théologique qui, à l’aide de concepts philosophiques se propose de pénétrer de façon rationnelle les vérités révélées et de les systématiser.

► Elle débute dès le IX avec Anselme de Cantorbéry, Hugues de Saint-Victor et Abélard qui expose et défini de axes de réflexion. Elle atteint néanmoins sa maturité au XII. Au XIII Aristote se voit introduit par les arabes, alors que les grecs sont sous domination turque et orthodoxe ; La pensée du stagirite se trouve opposé à celle d’Avicenne (et donc de l’ésotérisme) et surtout de l’averroïsme latin qui domine alors la théologie chrétienne et qui se caractérise par l’idée de l’éternité de la création, l’affirmation de l’unicité de l’intellect, et un déterminisme astral niant la providence.

En effet, sous l’influence de ce courant et malgré les critiques de grands théologiens, la théologie, se sépare progressivement de la philosophie et cette matière nouvelle, commence alors a être enseignée dans les universités. Cette séparation se consomme d’une part, par l’intermédiaire de la doctrine de la double vérité qui affirme l’autonomie de la raison sur la foi et d’autre part par le divorce entre la métaphysique de la physique qui s’opère par l’intermédiaire du rationalisme qui écarte la mécanique céleste aristotélicienne. Manifestation symbolique de cette séparation, la condamnation de 219 propositions enseignées à la jeune faculté des Arts de Paris par l’évêque Étienne Tempier en 1277. Des échanges ont lieu entre prêtres, muftis et rabbins qui trouvent ainsi un terrain commun pour confronter leurs convictions mais dès le XIV le rationalisme triomphe, d’abord dans la théologie, puis dans toute la pensée occidentale.

► C’est dans ce creuset, à la dialectique parfois embourbée, qu’apparaît le réalisme, affirmant la réalité métaphysique des concepts (Universalia sunt realia ante rem) et le nominalisme affirmant que les choses n’existent que par leur nom (Universalia sunt nomina post rem). Ce dernier s’oppose foncièrement à l’ésotérisme en niant la métaphysique platonicienne : elle écarte les universaux et les intermédiaires, nie l’analogie et sape par anticipation les correspondances des théosophes, sépare enfin radicalement la foi de la raison et de l’expérience. C’est dans le contexte de cette querelle qu’apparaissent également Albert le Grand et son élève Thomas d’Aquin, qui tendent à rétablir l’équilibre entre ces extrêmes. Ce courant rationaliste et mécaniste, soutenu par Duns Scot, Occam ou Oresme, ouvre néanmoins la voie à l’épistémologie et à la science moderne.

Poésie béguinale et Mystique rhénane, 1151 1391


► À partir du XIII, la Rhénanie devient une région fertile en femmes visionnaires, dont le précurseur fut la wallone Aldegonde de Maubeuge au VII.

► Les représentantes principales de ce courant sont tout d’abord, la célèbre Hildegarde de Bingen qui en 1151 1152 écrit son Scivias qui demeure le précurseur de la mystique rhénane et un exemple de la mystique médiévale : L'homme a en lui-même le ciel et la terre. Elle sera suivie par, la béguine Mechtilde de Hackeborn qui écrit sa Lumière de la divinité, puis par les représentantes de la poésie béguinale : Hadewijch d’Anvers et ses Visions qui élabore une mystique nuptiale inspirée de l’amour courtois dans ses Poèmes spirituels, et Marguerite Porète avec son Miroir des âmes simples.

Le mouvement, mettant en avant une foi ardente et un certain anti-conformisme demeure en marge, comme peut l’être celui des fous en Christ, qui s’étendant du IV au XIX de l’Égypte à la Russie, se différencie du mouvement rhénan par sont aspect pérégrin et oral.

► Durant la première moitié du XIII, ce mouvement en se combinant à la mystique spéculative, sera suivi par Eckhart et sa théologie négative, comparable aux mystiques d’orient ainsi que ses commentateurs Jean Tauler, Henri Suso et Jean de Ruisbroek qui décrit les degrés de l’ascension mystique.

Via Ruisbroek, cette mystique rhénane inspirera Groote, initiateur de la devotio moderna qui débute son prêche en 1379. Cette nouvelle conception de la spiritualité, qui trouve son ouvrage emblématique dans L’Imitation de Jésus-Christ au d.XV marque une rupture avec le moyen-âge. Les amis de dieu de l’île verte (1346 1382) de Rulman Merswin, mouvement clef de l’ésotérisme occidental, sont eux aussi influencés par ce mouvement via Tauler. Cette chevalerie spirituelle véhiculant le mythe de l’Ami du Haut-Pays annonce pour sa part, la Réforme et le mouvement rosicrucien.

► Durant la f.XIV plusieurs auteurs mystiques se distinguent outre-manche avec d’abord Julienne de Norwich, qui bien que géographiquement éloignée, fait parti de ces femmes visionnaires. Margery Kempe rédige une autobiographie qui fait la part belle aux dialogues mystiques avec le Christ et de même, Richard Rolle, confie ses expériences relatives à la vie contemplative quand Walter Hilton s’essaie à la même thématique en 1494 Échelle de la perfection mais dans un registre plus théorique. Enfin, Le Nuage de l’inconnaissance d’un anonyme recoupe également le thème de la mystique et inspiré de Denys, il annonce Nicolas de Cures.

Hermétisme chrétien

1180 1321


► Durant le XIII, plusieurs auteurs qui seront décisifs se démarquent, à la faveur des synthèses opérées au début du moyen-âge central. L’Église, préoccupé par les hérésies et la pensée moderne, en gestation dans les conflits philosophiques, n’ont pas encore marginalisé l’ésotérisme.

Suite

► Avec l’apport des arabes et la mystique de la nature romane qui inspirera les franciscains, on assiste à un renouveau occidental de l’hermétisme. L’alchimie évolue de façon plus ordonnée en occident et le christianisme se mêle aux expériences de laboratoire.

► En parallèle, le christianisme celtique se développe dans l’hermésisme littéraire et poétique et s’exprime dans la poésie courtoise et la littérature arthurienne, pour finalement annoncer avec l’humanisme italien, la renaissance et son hermésisme florentin.

Docteurs, médecins et apocryphes, 1206 1286


► Parmi les premières universités européennes comme celle de Bologne, Modène ou Paris, celle d’Oxford intéresse l’ésotérisme, car elle met l’accent sur le néoplatonisme et les disciplines scientifiques, domaines qui nourriront théosophes et philosophes de la nature. Trois de ses membres sont représentatifs de cet esprit :

D’abord, Alexandre Neckam, qui rédige un De naturis rerum (1217) projet encyclopédique réunissant les connaissances de son siècle sur la nature matérielle et spirituelle. Il sera suivi par l’imposant Speculum majus (1263) du dominicain Vincent de Beauvais, qui dans le même esprit, présente simultanément un commentaire de la Genèse et un traité d’histoire naturelle. Source loquace de symbolisme pour les ésotéristes, il est influent jusque la renaissance.

Grossetête commentateur de sciences et traducteur de Denys s’intéresse, conformément à l’air du temps, à la lumière, tant physique que spirituelle. La Summa philosophiae du Pseudo-Grossetête contient la première définition de la théosophie.

Le disciple du précédent, "l’admirable docteur" franciscain, Roger Bacon, difficile d’accès, propose une véritable théorie de l’ésotérisme moyenâgeux dans son Opus Majus en 1265. Il estime que l’expérience interne et externe doivent aller de concert pour pouvoir appréhender la vérité car la connaissance philosophique dit-il, est le résultat d’une influence de l’illumination divine dans notre esprit : ut ostendatur quod philosophia sit per influentiam divinae illuminationis. Sa Lettre des prodiges sur la nature offre un exemple archétypal de l’ésotérisme amorçant le moyen-âge tardif et qui essaiera jusque dans les Secrets admirables du grand Albert dont la première édition date de 1703.

► Bonaventure de Bagnoregio (Les Trois voies de la Vie spirituelle, 1259), franciscain, nourri par Augustin et le néoplatonisme et lecteur de Richard de Saint-Victor, est le précurseur de l’interprétation alchimique du christianisme. Il sera suivi par les deux alchimistes catalans influencés par le christianisme et la kabbale, Arnaud de Villeneuve, qui se distingue tant en alchimie qu’en médecine occulte et Raymond Lulle créateur d’un système logique synthétique et universaliste. Ils feront tout deux l’objet de nombreux ouvrages pseudo-épigraphiques. Peu après la mort de ces deux personnages qui survient dans les années 1310, Petrus Bonus écrit sa Nouvelle perle précieuse en 1330. Il y précise et développe le concept du ferment, oriente l’alchimie vers un aspect résolument spirituel et livre un univers allégorique qui influencera les auteurs ultérieurs.

► Sylvestre II, vraisemblablement alchimiste lui aussi, produit la fameuse bulle Spondent Pariter où il condamne non pas l’alchimie en soi mais les faiseurs d’or : Les malheureux alchimistes promettent ce qu’ils n’ont pas ! Quoiqu’ils se croient sages, ils tombent dans l’abîme qu’ils creusent pour les autres., cette position est partagée par Aquin dans sa Somme théologique (IIb,77).

► En Italie, Pierre d’Abano, astrologue padouan, se démarque quant à lui en magie avec son Heptameron dont on ne trouvera la première impression, partiellement ou totalement pseudo-épigraphique, qu’en 1559 (1496 de Thorndike paraît fautive). Gui Bonatti, exerçant le même métier (Tractatus astronomiæ, 1277), aborde à Bologne une astrologie sous l’angle de la talismanie et de la théologie.

Littérature arthurienne, 1180 - 1230


► La littérature pénétrée de motifs et de thèmes hermésistes et occultes se manifeste au XII, avec les romans d’Antiquité d’Albéric de Pisançon (L’Alexandréïde, 1100) et de Benoît de Sainte-Maure (Troie, 1160). Celle autour de la matière de Bretagne débute quand Geoffroy de Monmouth écrit en 1135 son Histoire des rois de Bretagne puis en 1150 son Vita Merlini, il sera suivi par Wace et son Roman de Brut également en 1150 qui introduit le symbole de la Table ronde. Cet ouvrage inspirera Thomas d’Angleterre pour son Tristan (1155).

► Ces ouvrages contribuerons à former une littérature dite arthurienne qui véhicule une mythologie celtique et chevaleresque ainsi que des allégories courtoises, l’utilisation des mystères et du merveilleux chrétien. Elle aborde des thématiques en lien avec l’initiation, la disciplina arcani et l’hermétisme puis mettent en avant celles de la conquête héroïque de Dieu ainsi le dévouement à la Dame qui en est l’accès privilégié. On trouve notablement dans cette littérature : le Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes en 1180 qui symbolise la renaissance du Christ, le Merlin de Boron en 1190, qui fixe le personnage de Merlin, fils d’une prêtresse (ou d’une princesse) et d’un incube et enfin la Continuation Gauvain de la même décennie qui contient le Livre de Caradoc ; ce dernier ménage une place importante à l’occultisme.

Dans cette littérature, on reprend avec le Graal, le thème du Chaudron de Dagda et Arthur devient l’archétype de l’initié parfait et du roi dans les trois mondes, tandis que Merlin, vraisemblablement issu de l’archétype du druide de la mythologie celtique brittonique, représente la classe sacerdotale et donc l’initiateur.

► Cette littérature se termine au d.XIII avec La Quête du Saint Graal d’un anonyme et le Parzival de Wolfram von Eschenbach (dont on trouve une intéressante poursuite dans Le Jeune Titurel de Albrecht von Scharfenberg) qui accentue encore l’aspect hermétique de l’ensemble. D’autre part, la compilation des Mabinogion à lieu en moyen gallois à partir de sources orales au XII. Avec l’émergence du Livre des XXIV philosophes au XII et la rédaction du Roman de la Rose en 1230, nous sommes en pleine mode de l’hermésisme occidental et voyons apparaître la tradition hermético-alchimique chrétienne. Le Roman, présente avec ses deux auteurs, deux modèles de l’ésotérisme moyenâgeux occidental qui dans l’esprit de l’encyclopédique, sous la forme du symbolique et pétri d’influences néoplatoniques, insiste sur les médiations de la nature et présente une initiatique de l’amour. Cette tradition du roman allégorico-initiatique ira inspirer René d’Anjou, roi de Jérusalem et fondateur de l’Ordre du Croissant, pour son ouvrage ésotérique et mystique, le Livre du cœur d’Amour épris (1457).

Fidèles d’amour, m.XII 1321


► Précédés par l’avertissement de Denys dans ses Noms divins (4:12) et les spéculations de Bernard de Clairvaux sur l’épithalamique Cantique des Cantiques, la plume amoureuse d’Abélard et la mystique charnelle de Joachim de Flore sur l’incarnation du Saint-Esprit, les trobas clus qui parlar cruz, expriment l’amour courtois, chant à l’espérance à la fois mélancolique et brûlante. Encouragés par Aliénor d’Aquitaine et portés par Érec et Énide puis le Perceval de Chrétien de Troyes, ils se cristallisent vraisemblablement dès la XII autour de sociétés secrètes, d’abord en Occitanie. Fameux sont les Fidèles d’amour où on retrouve des adeptes de l’ésotérisme littéraire comme Francesco da Barberino.

► Ces poètes nostalgiques de l’idéal chevaleresque rapprochent l’amour de la spiritualité en exaltant son essence divine, céleste et subtile qu’ils mêlent à son aspect humain, terrestre et charnel, lui offrant ainsi des accents d’éternité. Dès lors, l’amour se fait véhicule sotériologique et gnostique. Avec Dante et la Divine comédie, sommet des poésies ésotériques du moyen-âge, un rapprochement entre alchimie, mystique et art s’opère et on assiste à une mise en forme magistrale des spéculations de l’hermétisme chrétien. Cet ésotérisme littéraire contenu dans l’œuvre est d’abord mis en lumière par Gabriele Rossetti dans son Il Mistero del Amor Platonico.

Éveil de l’alchimie occidentale, 1410 1477


► L’alchimie est toujours active durant le XV et plusieurs ouvrages d’importance sont produits. Tout d’abord, le Livre de la sainte Trinité du frère Ulmann en 1410 et le Lever de l’Aurore, anonyme, de 1420. Ces deux ouvrages chrétiens élaborent un univers iconographique ainsi que des concepts qui se révéleront fondamentaux par la suite. On peut aussi signaler la mort du Flamel historique en 1418, l’ouvrage alchimique le plus ancien qu’on puisse attribuer au plus célèbre des alchimistes, le Livre des laveures (BNF Mm. FR.19978) datant également du XV. La fin du moyen-âge, à une époque où sévissent la peste noire, les doutes religieux et la désintégration des sociétés initiatiques, se dote avec Flamel et l’alchimie qu’il représente, d’un genre littéraire et d’une esthétique emblématique qui donne un second souffle à l’imaginaire médiéval.

Cet imaginaire est en outre entretenu par les récits merveilleux qui combinent folklore et chevalerie et dont les rédactions foisonnent à f.XIV d.XV. Jean d’Arras compose par exemple, à la demande du duc Jean de Berry, son roman Mélusine en 1392, roman qui sera d’ailleurs en 1478 et avec le Miroir de la rédemption de l’humain lignage, le premier ouvrage illustré imprimé en français. Cette époque voit en effet apparaître le mécénat alchimique et artistico-ésotérique en général, comme celui de Charles VI qui est le plus illustre.

► En Angleterre, Dastin défend l’alchimie pratique dans sa Lettre à Jean XXII (1320), lequel dans sa bulle Spondent quas non exhibent et avec la même intention que Sylvestre II, entendait lutter contre le faux-monnayage alors courant en Avignon. Dastin affirma que l’élixir, panacée médicale, était de nature spirituelle bien qu’elle et besoin d’un support matériel pour se manifester : L’art imite la nature et, à certains égards, la corrige et la surpasse de la même façon que n’est changée la nature infirme par l’industrie des médecins. Ce soucis d’allier médecine et spiritualité dans l’alchimie se retrouve également chez Jean de Roquetaillade (De consideratione quintae essentiae, 1327) qui introduit la notion de quintessence. Deux auteurs remarquables émergent outre-manche à la fin du siècle : Ripley écrit son Livre des douze portes (1470) et on lui attribue ses Rouleaux, Norton de son coté produit son Ordinaire (1477).

Sagas Islandaises et Norroise

1220 1270


► Deux textes composent les sources fondamentales de la mythologie scandinave.

● D’une part, le Codex Regius de 1270 contenant l’Edda poétique attribué à Sæmundr Sigfússon, qui est une compilation de poèmes en vieux norrois narrant la mythologie scandinave,

● Et d’autre part, bien qu’anachronique et christianisé l’Edda prosaïque composé par Snorri Sturluson vers 1220.

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► Le matériel permettant de rendre compte de l’ésotérisme scandinave est épars. Outre par les textes cités, on le connaît par les sagas dispersées dans les manuscrits et au travers du matériel germanique, ses sagas et épopées comme la Chanson des Nibelungen ou Beowulf ainsi que divers matériaux du folklore tels les contes recueillis par les frères Grimm.

► L’écriture runique est en usage du I au XVII. Les berserkir, confrérie guerrière et chamanique sont les héritiers des confréries d’hommes loups antiques comme les couroi lacédémonien, les daoi daces ou les luperques romains. Plusieurs éléments ont été mis en évidence par les chercheurs notamment le seiðr {collet}, pratique chamanique rituélique impliquant l’utilisation de galdrar {incantations} et la manipulation du hamr {peau}, faisant qu’un homme peut par exemple sortir de son corps sous forme animale ou humaine (𝕍 Régis Boyer et son Monde du double, 1986).

L’ésotérisme médicéen

d.XV f.XVI


► À partir du d.XV, plusieurs éléments concourent à cristalliser les différentes disciplines occultes. Cette relative autonomie qui revendique des méthodes et des valeurs spécifiques permet de faire émerger l’ésotérisme en tant que discipline indépendante de la théologie et de la philosophie, disciplines qui sont alors toutes deux dominées par la scolastique.

► Le néoplatonisme médicéen, typique de la renaissance est le véhicule de cet ésotérisme naissant qui marque la fin de la façon dont on vit l’ésotérisme au moyen-âge.

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► À cette époque, la discipline était appréhendée comme consubstantielle à l’univers symbolique de la religion alors dominante. On peut constater cette approche dans l’École de Chartres ou chez Bonaventure. Cet ésotérisme renaissant récupère néanmoins de ces spiritualités et de l’esprit des sommes encyclopédiques médiévales, l’idée de l’homo universalis. Cette idée sera poussée à l’échelle macrocosmique et universelle en entraînera le désir d’harmonie sapientiel à la fois dans la sphère scientifique, morale et spirituelle. Pour la renaissance, l’Homme est divin, réceptacle du monde supérieur et modèle de la Nature.

► Ainsi, l’ésotérisme renaissant, en adéquation avec l’humanisme alors en mouvement, est parfois aux prises avec la théologie, la philosophie et la science du temps tout comme elle fonctionne également parfois en harmonie avec elles. La complexité des rapports qu’entretiennent ces différentes disciplines entre elles engendre des personnalités aux centres d’intérêts et aux mentalités variées. En effet, soulignons également qu’au contraire de l’esprit qui anime l’époque médiévale, l’Homme traverse une crise de sens durant cette époque, crise qui se poursuit dans le monde contemporain. Ne ressentant plus d’unité entre son monde intérieur et le monde extérieur, germe en lui l’idée de se détacher de la nature et d’entreprendre de la dominer.

Le contexte humaniste


► Contextuellement, plusieurs facteurs concourent à favoriser l’émergence du néoplatonisme médicéen lors de la sm.XV.

D’un point de vu intellectuel deux ouvrages furent déterminants pour préparer un terrain propice : d’une part la mise en circulation par Le Pogge du De la nature des choses de l’épicurien du I Lucrèce et d’autre part, la publication de La Docte ignorance de Nicolas de Cues en 1440 qui assurant la transition entre le moyen-âge et la renaissance, souligne le concept fondamental de coïncidence des opposés (tout en signalant le concept d’unité essentielle des religions dans son Pace Fidei en 1493).

D’une manière plus générale, les excès de l’Église et les querelles byzantines de la scolastique — dont la question du sexe des anges est emblématique —, poussent les intellectuels à s’éloigner des spéculations pour aborder la connaissance à la lumière de l’expérience pratique.

↪ D’autre part, la réception de la pensée antique et la systématisation de plusieurs de ses éléments ayant trait à l’occultisme et la mystique, concourent à caractériser et spécialiser l’ésotérisme en une discipline propre.

En effet, guidés par Pétrarque, les intellectuels renaissants redécouvrent l’antiquité : d’abord par les textes latins et la culture romaine en particulier, ce qui les mène à vouloir rétablir un âge d’or supposé. Ce retour s’effectue via la réinstauration d’une romanitas liée à l’exercice correct du latin, exercice qui fut oublié au moyen-âge alors perçu comme barbare.

Prolongeant ensuite l’intérêt pour l’antiquité, on se penche au siècle suivant, sur les textes grecs et le courant platonicien, et donc en partie l’hermétisme alexandrin. De façon connexe, on s’intéresse également à la kabbale qui est alors en plein essor dans l’Europe de la f.XV. Les différents courants de l’ésotérisme développés au moyen-âge, vont alors se structurer par l’intermédiaire de l’esprit renaissant, autour de la pensée hellénique et du néoplatonisme en particulier, qui est d’essence religieuse.

L’Académie de Careggi


↪ Ainsi, les spéculations résultant de la combinaison des bases théoriques de l’hermétisme et la kabbale aboutissent à la naissance de la philosophie occulte, vision magique du monde où les analogies tissent la trame d’une réalité interdépendante. La dimension spirituelle de cette dernière prend ensuite progressivement le pas sur l’aspect opératoire et se distingue comme l’aspect principal de l’ésotérisme : la philosophia perennis.

La démarche de Ficin, consiste à reformer la théologie par la prisca theologia dont les éléments disparates détiennent des fragments de cette philosophia perennis. Intentionnellement, cet ésotérisme se singularise donc par la volonté de synthétiser les différentes traditions spirituelles alors disponibles afin d’en extraire le levier commun, sans limite de temps ou d’espace. Il est alors formulé l’idée d’une chaîne initiatique reliant tout les grands noms de la théologie antique comme Zoroastre et Moïse, Pythagore et Platon, Orphée et Hermès Trismégiste. On cherche et on trouve en conséquence, des affinités chez des théologiens et des philosophes qui pratiquant une pia philosophia, sont occupés par des questions semblables, partagent une fibre anti-averroïste et finalement participent d’une unité universelle dans la sagesse. Ainsi, la constitution de cette chaîne a pour effet de former un courant de spéculation métaphysico-religieux qui séparera sur le long terme l’ésotérisme de sa partie opératoire qui se trouve alors repoussée dans les sciences occultes, la sorcellerie ou simplement livrée à la science rationnelle qui émerge.

► C’est donc dans ce contexte que Cosme de Médicis, lettré, puissant mécène et influencé par les initiés de Mystra Pléthon et Bessarion, fait traduire par Ficin le Corpus Hermeticum et les auteurs néoplatoniciens. Les ouvrages d’Hermès sont perçus comme un complément des texte chrétiens et connaîtrons une fortune considérable en Europe et en Italie en particulier. Pic de la Mirandole écrit quant à lui ses Conclusiones en 1486 et Le songe de polyphile de Colonna, récit merveilleux où se rencontrent alchimie et néoplatonisme, est publié en 1499. Ces deux œuvres sont tout à fait représentatives de la dynamique humaniste de l’époque. Il faudra patienter en 1540, pour que Steuco écrive son De perenni philosophia qui sera le premier ouvrage consacré exclusivement à démontrer l’idée d’une harmonie entre les exposés des philosophes antiques et des chrétiens.

► L’ésotérisme médicéen est d’abord destiné aux humanistes au sens large et aux lettrés. Il se focalise sur une réinterprétation de la foi chrétienne et se destine fonctionnellement à expliciter les articulations entre métaphysique et cosmologie en spéculant sur cette dernière. Les descriptions des rapports entre le monde divin et naturel ne pouvaient plus en effet, s’opérer de façon satisfaisante jusque là car la théologie s’était d’une part, appropriée le champ de réflexion sur les causes secondes et d’autre part les sciences naturelles qui avaient progressé, étaient déjà appréhendées comme disciplines indépendantes dès le XII.

► Toujours lors de la sm.XV Régiomontanums commente Ptolémée, produit un système de domification et publie des éphémérides. Les premiers calendriers astrologiques sont disponibles en 1475.

Les apports de l’ésotérisme de la renaissance


► Comme conséquences, le néoplatonisme médicéen favorise l’apparition d’une magie renaissante qui fleurira au XVI. La magie, dont on assure la source grecque et en dernière analyse égyptienne, est en effet comprise comme divine, source de gnose et de maîtrise de la nature, elle est dès lors indispensable à la pérennité de la filiation initiatique et mystérique. Cette magie renaissante synthétise alors magisme et scientificité, considérant à la fois les vertus volitives et naturelles des êtres et des choses et dont on trouve l’embryon dans les considérations astrales du Comment organiser sa vie de façon céleste {De vita coelitus comparanda} de Ficin. Son objet est l’union de la nature et de la religion alors que l’aristotélisme, condamné par le clergé, ne peut plus assurer cette articulation. De plus, tous les mages de cette époque étaient versés dans l’alchimie, cette dernière sert alors de cadre aux spéculations tant sur la nature que sur les mystères divins.

L’influence de l’art notoire dans la formation de ce courant n’est pas négligeable puisque l’œuvre de Trithème, qui est un carrefour d’influences à été féconde sur bien des ésotéristes, on le lie d’ailleurs de façon plus ou moins ténue à Paracelse mais aussi Agricola (Dans son De Re metallica en 1530 il mentionne par ailleurs les sourciers) qui influencé par Calbus Fribergius et Vannoccio Biringuccio mettra au point une métallurgie teintée d’alchimie. Suivant Jean Ganivet (Amicus medicorum, 1431) et précédant Cardan (De Subtilitate, 1551) Trithème utilise des procédés cryptographiques synthétiques pour délivrer ses connaissances ésotériques.

► Ce magisme renaissant est principalement représenté par Agrippa et son De la philosophie occulte (1533), John Dee avec sa Monade Hiéroglyphique (1564) et enfin, Della porta et sa Magie naturelle (1558), chez qui l’aspect scientifique l’emportera sur le théologique. En effet, cette magia naturalis qui se présente fréquemment comme un naturalisme teinté d’athéisme se positionne comme le précurseur prémoderne de la science naturelle. Cependant, la philosophie occulte engendre également des réactions hostiles qui trouveront leur conclusion dans les chasses aux sorcières et qui se manifestent éditorialement par le fameux Malleus Maleficarum (1486) de Kramer et Sprenger puis avec la Démonomanie des Sorciers (1580) de Bodin.

► Comme il a été déjà mentionné, à ces considérations se mêle une découverte de la kabbale par le monde chrétien qui durera de 1486 à 1629. Cette découverte est préfigurée par Raimond Martin et son Pugio Fidei mais elle trouve son véritable départ avec Pic de la Mirandole et son De omni re scibili. Il sera suivi par Postel, Reuchlin (De arte callalistica où le tétragramme est rendu prononçable en devenant le pentagramme "YHWSH") puis Khunrath.

Ces études sont rapidement intégrées aux sciences occultes : Pistorius écrit un Artis Cabalisticae (1587), véritable bible de la kabbale chrétienne et l’alchimiste Blaise de Vigenere un Traicté des prières et oraisons (1595) qui est une petite anthologie de textes kabbalistiques montrant que les deux disciplines étaient fréquemment mises en relation. Le sujet ira jusqu’à intéresser John Donne, Milton, qui publiera son Il Pensero en 1645 qui est marqué par l’hermétisme puis son fameux Paradis Perdu en 1667 et enfin Blake 👁, prophète de l’illuminisme romantique.

Il faut aussi mentionner les conséquences de la vigueur nouvelle pour l’étude de l’antiquité dans le domaine initiatique et symbolique. L’Ordre de la Toison d’Or (1430) déjà mentionné. Cet ordre répond à la nécessité de manifester socialement l’hermétisme chrétien. Cette attirance pour les mythes antiques, que nous avons également vu avec les romans d’Antiquité au XII et qui s’est manifestée au XIV avec l’Ovide moralisé (1320) se poursuit, dans l’entourage de Philippe et dans le cadre argonautique considéré comme geste chevaleresque dans l’Histoire de Jason (1456) de Raoul Lefèvre puis dans la Thoison d’or de Guillaume Fillâtre qui oriente le mythe vers une interprétation alchimique. Cet intérêt pour ce mythe, populaire au XV, était déjà partagé par son père Philippe II de Bourgogne dont on sait qu’il avait commandé en 1393, une tenture en deux pièces figurant l’argonautique. Le symbolisme de la toison aura une heureuse postérité hermético-alchimique : De Auro (1527) de Jean-François Pic de la Mirandole, le Livre de la Conqueste (1563) de Gohory ou encore La Toyson d’or (1598)

Affluences ésotériques dans l’art


► En sus, l’art de la renaissance italienne qui fleurit de 1430 à 1530 se veut pythagoricien et est à motifs hermétiques. En arts graphiques, se distinguent : Botticelli 👁 avec par exemple son Printemps 🗎⮵ et dont l’Adoration des mages de 1475 figure la renaissance florentine, Dürer 👁 et son Melancholia en 1514 qui représente la quête ésotérique en elle-même et De Vinci 👁 dont les motifs géométriques sont célèbres et les Fables, pétries d’hermétisme. Ces considérations de géométrie pythagoricienne sont encouragées par les travaux Luca Pacioli ou Leon Alberti. On trouve en outre, un grand nombre de fresques et de reliefs pétris de symbolisme hermétique : Duccio, Pinturicchio, Falconetto, Raphaël 👁. Ce courant artistique essaimera en Europe :

On retrouve son esthétique jusque dans les livres d’heures français dont les Très riches heures du duc du Berry (1411) qui, avec notamment sa planche de l’Homme zodiacal, sont le meilleur exemple de l’enluminure gothique hermétisante.

Du reste, en 1357, il est déjà fait première mention à Venise d’un tarot et celui de Charles VI est peint en 1392. Ces jeux donneront lieu à de nombreuses déclinaisons et interprétations.

Le courant impactera également l’architecture civile qui sera alors à tendance hermétisante entre le m.XV et m.XVI qui au cœur de la renaissance, influencera l’esthétique des hôtels et des châteaux.

Enfin, par l’intermédiaire de thèmes et de motifs ésotériques caractéristiques, l’ésotérisme popularisé par la renaissance, ouvre la voie au merveilleux et au fantastique qui vont émerger les siècles suivants.

Praxis hermétisantes

1527 1616


► C’est dans un contexte agité que se développent les différentes praxis hermétisantes et en premier chef, la médecine hermétique.

► L’alchimie, adossée au domaine plus vaste de l’hermétisme qui plonge ses racines dans le néoplatonisme et le monde médiéval, trouvera différents véhicules pour poursuivre son développement durant cette période ; Non seulement dans le cadre médical, mais aussi dans ceux plus généraux, de la mystique ainsi que de la philosophie occulte et de la magie.

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► Alors que la Théologie germanique est publiée princeps en 1516, la Dispute sur la puissance des indulgences entamera la réforme protestante en 1517 et ouvrira la porte à de plus libres spéculations mystiques permettant l’expression technique de différentes branches de la philosophie occulte. Cette période est à la fois le sommet et le tournant de l’alchimie occidentale qui dans les pays germaniques trouve un allié dans ladite réforme puisque Luther lui-même vante les mérites de l’alchimie et interprète ses allégories comme se rapportant à la résurrection des morts au Jour du jugement.

► C’est également durant cette période que sont imprimés les premiers textes alchimiques, jusqu’ici uniquement sous forme manuscrite, ce qui permet à la discipline d’accroître sa popularité. La Table d’Émeraude est par exemple imprimée en latin en 1541 dans le recueil De Alchemia de Johannes Petreius. Les imprimeurs s’approprient du reste et suivant la mode des allégories, nombre d’emblèmes hermétisants afin de fabriquer leurs marques. Concernant l’iconographie hermétique elle-même, certains emblèmes alchimiques comme le Sigillum hermetis ou la Tabula smaragdina Hermetis 🗎⮵ sont si populaires qu’ils sont imprimés ça et là dans divers traités.

Le paracelsisme


► La médecine hermétique est formalisée par Paracelse qui entre en activité littéraire en 1527. Il introduit les notions de signatures. Sa médecine est approfondie par les paracelsiens Dorn, Toxites et von Suchten et enfin Van Helmont. Elle ensuite débouche sur le magnétisme et l’homéopathie de Haheneman en 1786.

↪ Les précurseurs antiques de cette matière à laquelle Paracelse s’abreuve sont les asclepieions du sanctuaire d’Épidaure, qui dès la f.VI pratiquent une médecine par les songes : l’incubation. Ils seront suivis par la médecine empédoclienne basée sur les équilibres élémentaires et des pratiques homéopathiques (le semblable guérit le semblable). Alcméon pratique ensuite une médecine pythagoricienne qui trouve ses racines dans l’isonomie, la diététique et la musique pour harmoniser et purifier le corps. La médecine sympathique de Bolos ensuite, utilise les herbes et plantes magiques aux correspondances planétaires, données qui seront reprises par Pline et Ammien Marcellin. Dans cette mouvance enfin, les Problemata physica du Pseudo-Aristote est une des premières sources dans laquelle on peut trouver une présentation du principe analogique des tempéraments, théorie qui sera promise à un grand succès.

► En outre, Paracelse se révèle fondamental pour la notion de subtil : il admet l’yliaster, matière première composée des trois substances métallique et base des quatre éléments. Le feu à une action par l’astrum {gestirn} {âme du monde}. Chez lui, tout les corps sont animés d’un esprit astral, le corps physique et astral sont périssables mais le corps glorieux est immortel.

► Si le paracelsien Gérard Dorn cité peu avant, est considéré comme l’une des sources favorisant l’interprétation radicalement spiritualiste de l’alchimie, d’autres alchimistes comme Bernard le Trévisan, Nicolas Flamel ou encore Basile Valentin inclinent également l’alchimie vers une discipline de plus en plus mystique.

Ils entretiennent néanmoins dans le même temps, un flou sur leurs personnages et certains chercheurs estiment que ces auteurs seraient plutôt du XVI voir du XVII (Par exemple pour les Figures hiéroglyphiques de Flamel, on avance les dates de en 1409, 1500 ou encore 1612 1616). Quoiqu’il en soit, ces interprétations annoncent la théosophie.

Arts hermétisants


► Cette époque voit aussi produite des peintures à teneur hermétisantes comme les productions flamandes que sont le Jardin des Délices (1500) de Bosch, Margot la folle (1563) de Pieter Brueghel l’Ancien ou les Éléments (1566) d’Arcimboldo, mais aussi au siècle suivant la Vierge alchimique (? 1624) et l’Enseignement Cabbalistique (1659) de Gruber.

► On constate également l’émergence d’une littérature également hermétisante et plusieurs motifs ésotériques se greffent sur la poésie renaissante : Léon l’hébreu et ses Dialogues d’amour (1535), l’œuvre de Rabelais (1541), Opuscule de Zachaire (1550) ou les Prophéties de Nostradamus (1555). De plus, les disciplines divinatoires qui sont la physiognomonie et la chiromancie disposent elle aussi d’une audience grandissante à partir de 1530. On trouve une synthèse de ces deux influences dans l’Introductiones (1522) d’Indagine. La littérature hermétisante se poursuivra au siècle suivant avec Le voyage des princes fortunés (1610) de Béroalde de Verville, les fameuses Noces Chymiques (1616), cœur du rosicrucisme et Nuysement, qui inspiré par Augurelli, produit son Poème philosophique (1620).

Théosophie baroque et rosicrucisme

1570 1730


► Après la guerre de religion, la paix est restaurée alors que le civil s’accapare l’autorité morale au détriment des ecclésiastiques. Une émulation où la symbolique alchimie tient bonne place, apparaît également entre l’imaginaire et l’esthétique baroque d’une part et la mentalité mystique et ésotérique d’autre part. On constate les manifestations de cette synergie, qui fait la part belle aux songes et aux métamorphoses paraboliques, tant dans l’architecture et la sculpture que dans la poésie et la peinture.

► On assiste également à une réapparition de groupes initiatiques : la maçonnerie ainsi que toute une constellation d’ordres plus ou moins éphémères qui ensemble forment une organisation moderne des centres initiatiques de l’antiquité. Le rosicrucisme dont l’influence sera déterminants dans la constitution des sociétés initiatiques ultérieures, annonce la franc-maçonnerie spéculative. Une démocratisation progressive de l’ésotérisme à lieu ce qui engendre mécaniquement une dilution de la qualité des initiés.

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Débuts de l’illuminisme, 1570 1802


► Vers 1570 débute la pensée illuministe qui trouve sa source dans la théosophie baroque allemande. Véritable théologie de la lumière elle s’inscrit dans la continuité de la mystique rhénane. Elle cherche à préciser les rapports unissant Dieu et sa création au travers d’une herméneutique ésotérique de la nature et des textes religieux, en s’appuyant sur les spéculations alchimiques et kabbalistiques. Le terme de théosophie trouve son autonomie vis à vis des théologiens et des philosophes, vraisemblablement grâce à La Magie des anciens (1575).

↪ Dès lors, plusieurs auteurs se définiront comme des théosophes. Weigel s’illustre d’abord et montre la voie en combinant paracelcisme et mystique rhénane, il est suivi, à l’aube de la Guerre de Trente Ans, par Böhme avec son Aurore à son lever en 1612. Il est la figure principale du mouvement et son influence va s’avérer considérable au sein d’une Allemagne religieusement déchirée d’abord, puis dans le mouvement théosophique dans son entier et jusqu’à s’avérer formatrice dans l’idéalisme d’Hegel. Böhme engendre en effet et ce malgré les différences de confessions, toute une série d’exégèses comme avec l’exemple notable de Freher qui use tant de commentaires textuels que dessinés (𝕍 Une illustration des profonds principes, 1764).

↪ Son disciple Gichtel est le premier à éditer ses œuvres complètes et voit publié en 1700 sa Théosophie pratique dans la continuité du Cordonier de Görlitz. Il en va de même pour Arnold avec qui Gichtel correspond, et qui publie Secret de la Sophia la même année. Le boehmisme va ensuite se répandre en Allemagne sous la forme de divers petites sectes mais aussi en Angleterre où il touche à la fois les mystiques puritains et les hermétistes chrétiens comme John Pordage qui sera à l’origine du mouvement des Philadelphes qu’il animera avec Jane Leade dès 1668.

Cet illuminisme allemand perdure dans le courant piétiste qui voit apparaître des personnalités mystiques comme Pierre Poiret, Jeanne Guyon et Antoinette Bourguignon qui annonce Swedenborg. Plus magique est la théosophie représentée par Richter et sa Theo-philosophie (1711) qui inspirera l’Ordre de la Rose-Croix d’Or, Kirchweger et sa célèbre Chaîne d’or et Welling et son Œuvre magico-cabbalistique. Cet illuminisme, couplé à des influences philosophiques et scientifiques, débouche au m.XVIII sur la naturphilosophie qui se donne pour objet la rédemption de la nature par l’esprit de l’Homme.

► En Angleterre, les Platoniciens de Cambridge annoncent le romantisme et la naturphilosophie. Ils s’érigent contre le positivisme, l’empirisme et la science mécaniste représentés par Francis Bacon ou Thomas Hobbes. Ils élaborent au m.XVII une théosophie hermétisante unifiant Dieu, l’Homme et la nature.

Rosicrucisme, 1614 1670


► Les manifestes Rose-Croix paraissent en 1614 et 1615 et font suite à un contexte théosophique luthérien qui tente d’unifier la théologie et la mystique médiévale avec l’héritage néo-paracelsien et dont Johann Arndt est le représentant le plus significatif. Ces textes sont La Fraternité illustre et La Confession de la Fraternité. En plus de faire preuve d’une qualité littéraire et philosophique, ces textes promeuvent une fraternité chrétienne non seulement intellectuelle mais aussi sociale.

► Leur publication créé un grand émoi dans la société d’alors et se voit suivie de nombreux manifestes imprimés de ralliements ou de réfutations. Parmi les premiers, les textes de Fludd sont les plus significatifs. En France, où triomphe la Contre-réforme qui instaure un climat antiluthérien et antigermanique, l’accueil est plus méfiant. On considère le rosicrucisme comme un mouvement de déstabilisation politique et religieuse.

↪ Suite à l’affichage de tracts à Paris en 1623, Gabriel Naudé publie une Histoire des Frères de la Rose-Croix soulignant cette réserve. C’est ainsi de la France qui vient le plus de positions critiques. Quand certaines sont argumentées comme les Quaestiones in Genesim de Marsenne, ou moqueuses comme celle de François Garasse (Doctrine curieuse, 1623) d’autres sont plus enragées comme les Effroyables Pactions (1623) qui assimilent les rosicruciens une cabale de sorciers, suppôts de Satan.

► Quoiqu’il en soit, la dynamique rosicrucienne favorise d’une part l’intérêt d’un plus large public pour la spéculation théosophique sur la nature et d’autre part, suscite l’apparition de sociétés secrètes qui au XVII se multiplient. Le rosicrucisme s’approprie également la tradition hermético-alchimique qu’elle cristallise dans sa dynamique et protège des attaques dogmatiques du siècle.

Plusieurs ésotéristes se réclament dès lors de la fraternité, publiant des ouvrages combinant hermétisme et néoplatonisme et dans lequel l’alchimie joue un rôle déterminant. Ces ouvrages qui font le lien entre l’ésotérisme renaissant et la théosophie rivalisent d’érudition et de gravures exquises : Khunrath et son Amphithéâtre de la Sagesse Éternelle, Maier et son Atalante Fugitive puis Fludd qui publie son monumental Des Deux mondes en 1617 1624.

► Cet attrait que les intellectuels portent à la théosophie se fait de plus en plus occulte et fantastique à mesure que l’art s’empare de cette thématique. L’hermésisme continue ainsi d’alimenter non seulement la littérature et la poésie mais aussi les arts de la scène jusqu’au siècle suivant.

Cette influence intervient dans le maniérisme de Maurice Scève avec Délie (1544) puis Le Microcosme (1562), dans l’humanisme de Le Tasse avec sa Jérusalem (1580) et de Ronsard dans ses Hymnes (1555). Cette influence est ensuite kabbalistique avec L’Encyclie des secrets de l’éternité (1570) de Fèvre de La Boderie, disciple de Postel, ou plus néoplatonique avec les Amours et nouveaux échanges des pierres précieuses (1576) de Belleau. On retrouve cette influence dans le baroque enfin, avec Giambattista Marino et sa Dicerie sacre (1614) ou chez Silésius et son Pélerin chérubinique (1675), texte qui aura grande fortune dans les milieux mystiques et théosophiques au siècle suivant.

Le rayonnement diffus de l’hermésisme dans les arts se poursuit jusqu’en Angleterre dans la poésie élisabéthaine qui s’empare de ces thématiques et s’engouffre dans le sillage de Dee au travers d’une renaissance tardive. Elle donne la belle part à la philosophie occulte et formule des textes empreints de merveilleux féerique qui rends la nature habitée. Nous trouvons ainsi Sidney avec Arcadia (1590), Chapman avec l’Ombre de la Nuit (1594), Spencer avec sa Reine des fées (1596) ainsi que Shakespeare dans sa Tempête (1610) qui permet à l’ésotérisme d’être de nouveau accueilli à la cour de façon provisoire. Elle atteint enfin une popularité sans précédent sous la forme de roman avec Montfaucon de Villars qui fait paraître le rosicrucien Comte de Gabalis en 1670. Parmi ces influences, celle de l’alchimie se fait moins ostentatoire et transparaît sous des formes métaphoriques, elle est néanmoins plus franchement présente d’abord chez Vaillant et Pierre Chastellain (? identiques) au m.XV puis chez Augurelli et sa Chrysopée (1515) ou dans Le Livre de la fontaine périlleuse (1572) de Gohory.

► D’un point de vu socio-politique, le projet rosicrucien dépasse les frontières allemandes et luthériennes et prend des dimensions planétaires, avec l’œuvre de Comenius, annonçant l’humanitarisme universel de la maçonnerie.

Naissance de la maçonnerie spéculative, 1600 1730


► En 1598, sont rédigés les Statuts Schaw qui stipulent l’organisation en réseau des loges et qui, en mentionnant l’art de mémoire et la figure de l’architecte, inclinent plus franchement la corporation vers des spéculations spirituelles.

► Elias Ashmole, producteur d’un important recueil pour l’alchimie anglaise, le Theatrum Chemicum Britannicum mentionne dans son célèbre journal au 16 octobre 1646, sa réception dans une loge maçonnique. La plus ancienne attestation historique concernant l’acceptation d’un étranger au métier de maçon, c’est-à-dire, le premier franc-maçon, aurait eu lieu en Écosse en 1634. Ces termes sont cependant attestés dans le journal d’Ashmole qu’en 1646, jalonnant ainsi le début de la maçonnerie spéculative. Phénomène d’abord erratique, cette première maçonnerie spéculative primitive qui paraît trouver ses origines en Écosse semble fédérer des intellectuels post-renaissants, soucieux de tolérance religieuse comme des recherches scientifiques et spirituelles.

↳ Ashmole, créateur du premier musée, joue du reste un rôle important dans la constitution de la formation de la maçonnerie dite spéculative qui s’affirme en Angleterre. Il est en cela précédé par Robert Moray fondateur de la Royal Society, qui, vraisemblablement inspiré par le Collège invisible de Samuel Hartlib manifeste les idées de Comenius.

► Ainsi, durant la même période, une maçonnerie purement spéculative et peu ésotérique se signale formellement. Première obédience maçonnique, la fondation de la Grande loge d’Angleterre à lieu en 1717, Désaguliers sera son troisième Grand-maître en 1719. Issue de la réunion de quatre loges londoniennes, elle est d’abord plus morale qu’initiatique mais la franc-maçonnerie moderne héritera et préservera par la suite le dépôt de la majeure partie des connaissances de la spiritualité occidentale. Peu après suit la rédaction des Constitutions d’Anderson en 1723, qui prend pour base les Anciens Devoirs ; une seconde édition verra le jour en 1738.

Cette année est également celle où l’Église catholique condamne formellement la maçonnerie par le biais de la bulle In eminenti apostolatus specula de Clément XII, bulle qui engendrera pour des années durant, une relation conflictuelle faite pour une part, de confusion et de malentendus. Cette condamnation sera suivie par de nombreuses autres au XIX, notablement les encycliques suivantes : Traditi Humilitati nostrae (1829) de Pie VIII, Mirari Vos (1832) de Grégoire XVI, Qui pluribus (1846) de Pie IX et enfin au paroxysme critique, l’Humanum genus (1884) de Léon XIII.

Ces constitutions élargissent les critères sociaux mais durcissent les moraux puisque toute personne peut être acceptée tant qu’elle n’est ni athée, ni libertine et de bonne réputation. Vers 1730, est introduit dans les rituels de la maçonnerie, le mythe de la mort et de la résurrection d’Hiram, mythe qui se prête bien aux spéculations herméneutiques. Les prises de positions d’Anderson et la politique menée par la Grande Loge suscitèrent rapidement des critiques.

↪ D’autres loges indépendantes finirent par se fédérer dans la Grande Loge des francs et acceptés maçons en 1753 qui, estimant respecter les Anciens devoirs, s’oppose à la Grande Loge de Londres dont les interprétations sont jugées déchristianisantes et inadéquatement "modernes". En 1756 Dermott publie les constitutions de cette Grande Loge: Ahiman Rezon. Le clivage entre "anciens" et "modernes" va perdurer jusque 1813, date à laquelle les deux grands loges fusionnent en une seule entité : la Grande Loge unie des anciens francs-maçons d’Angleterre. Cette dernière qui utilise une structure "ancienne" et des rituels "modernes" voit ses constitutions publiées en 1815.

↪ La maçonnerie anglaise est peu ésotérique hormis au grade de maître qui apparaît en 1730 et dans la maçonnerie irlandaise avec le grade de royal arch. D’une façon générale, le développement de la maçonnerie en Angleterre engendre sur le continent, l’apparition de rites comportant des hauts grades de nature ésotérique et dont les ambiances se veulent chevaleresques, chrétiennes ou païennes. Le Grand Orient de France bien que constitué dès 1773, publie ses constitutions en 1849 et s’oriente vers l’adogmatisme et l’anticléricalisme. Elle rompt ainsi avec la Grande Loge d’Angleterre suite à la querelle dite du Grand Architecte de l’Univers et à partir de 1877, ne rend plus obligatoire la croyance en Dieu pour ses membres.

Ruptures et bilans

1600 1722


► À mesure que le doute s’installe vis à vis des connaissances héritées des grecs sur le géocentrisme et l’harmonie des sphères, la pensée analogique et le Démiurge, une nouvelle méthodologie scientifique fait jour au XVII et aboutit à l’émergence du rationalisme et de la méthode scientifique.

► En plus d’une science qui prétend de plus en plus régenter le champ du savoir et de l’expérience, le poids du dogmatisme religieux s’accentue également durant cette période et s’oppose avec plus de violence aux spéculations et exposés contraires à ses affirmations.

Suite

► Jusque la renaissance les savants ne différenciaient pas les sciences occultes des autres sciences ; néanmoins à partir de l’époque moderne, les expérimentations sont de plus en plus rigoureuses vis à vis de l’observateur Humain. Francis Bacon en 1605, décrit d’ailleurs la méthode scientifique dans son The proficiens and advancement of learning. Cette rupture épistémologique aboutira aux lumières, au positivisme et au cartésianisme, puis finalement au remplacement de la religion par la science qui devient alors la norme, ce qui engendre en dernière conséquence, la mise au ban de la pensée ésotérique.

► En parallèle aux spéculations théosophiques qui ont lieu principalement en Allemagne, un divorce s’opère ainsi entre les horizons de l’esprit du temps. Ce dernier germe après l’esprit renaissant, qui s’était forgé durant une période faste, et au sein d’une époque confuse où philosophie et polémique font bon ménage. Condamné et réfuté, l’ésotérisme est éclipsé durant ce siècle, en voie de marginalisation et devient progressivement une contre-culture, poursuivant son développement de façon souterraine.

En conséquence, l’ésotérisme se fait discret faute de réception favorable auprès du pouvoir en place et s’exprimera désormais plus volontiers par des moyens détournés. Masqué d’abord, derrière des mythes littéraires, comme ceux, subversifs, de Faust ou Dom Juan ou oniriques de Cyrano (L’Autre Monde, 1657). À l’abri de la pluie ensuite, dans les sociétés secrètes qui, comme nous l’avons vu, se développent activement avec le rosicrucisme et la maçonnerie spéculative. Ou bien, simplement par le biais de feintes enfin, via l’alibi et la sécurité conféré par une démarche scientifique.

► Si cette période est chaotique pour l’Europe, elle l’est aussi pour l’orient, qui pendant ce temps secoué par la querelle théologique raskol en 1667, conflit qui résonne jusqu’à la f.XIX, comme chez le sophiologue et philosophe de la nature Vladimir Soloviev (Conférences sur la Théandrie, 1877) qui estime cet évènement catastrophique pour l’Église orthodoxe.

Ruptures avec les sciences positives 1600 1722


► Plusieurs évènements symbolisent les nombreuses ruptures qui traversent alors la société occidentale qui est secouée par les guerres de religion du XVI au XVIII (l’édit de Nantes sera révoqué par Louis XIV en 1685). Ces ruptures, qui contribueront grandement à caricaturer et à réduire les sciences occultes, continueront d’alimenter des polémiques, amalgamant toute pratique occulte voir tout mysticisme avec la superstition pour les rationalistes et l’hérésie pour les religions constituées.

● En pleine chasse aux sorcières, le calvinisme, la contre-réforme ainsi que les Jésuites agissent. Tous ces courants ne sont pas favorables à la pensée ésotérique. L’Inquisition tonne et cette dernière lutte activement contre le platonisme renaissant et ses divers occultismes. La philosophie occulte est alors de plus en plus réprimée par les autorités religieuses, universitaires et politiques. Évènement emblématique marquant la marche décidée de cette tendance, Bruno est brûlé en 1600 : c’est la rupture entre théologie et théosophie en même temps que la fin de l’humanisme.

● En 1614. Sa découverte créer une rupture épistémologique quant aux convictions historiques et religieuses qui entouraient les études hermétiques jusque là.

● Peu de temps après, Copernic crée la rupture entre magie et physique et Marsenne celle entre philosophie occulte et rationnelle en 1623 dans ses Quaestiones in genesim.

● Placidus de Titis écrit sa Physiomathématique en 1650 et Jean-Baptiste Morin de Villefranche sa monumentale Astrologie Française en 1661. Ces ouvrages importants pour l’astrologie rattachent la cosmologie ptoléméenne et aristotélicienne à cette discipline alors que les découvertes de l’astronomie et de la mécanique céleste viennent pourtant les contrarier d’un point de vu scientifique. Ainsi, une nouvelle rupture à lieu entre astrologie et astronomie par Colbert à l’académie des sciences en 1666. De plus, la distinction entre probabilités et prédiction est exposée entre temps par Huyghens en 1656. Newton dont il n’est plus nécessaire aujourd’hui de mentionner le statut d’alchimiste, découvre quant à lui la gravitation universelle en 1687.

● En 1722 Van Helmont confirme la rupture entre alchimie et chimie dans son Ortus medicinae, rupture du reste déjà entamée par Paracelse, Libavius puis Jean Beguin. Boyle entérine la séparations avec son Sceptical Chymist en 1661 et Etienne-François Geoffroy termine le mouvement en affirmant à l’Académie Royale des Sciences en 1722, l’impossibilité de la transmutation. Dès lors au sein de l’alchimie, se distingue plus nettement une pratique scientifique et chimique au sens contemporain d’une part et une pratique spiritualiste et théosophique d’autre part. Cette chimie scientifique sera ensuite édifiée par Lavoisier au siècle suivant avec sa Méthode (1787) et son Traité élémentaire (1798)

Recueils hermétiques, 1602 1706


► Durant le XVII, de nombreuses publications synthétiques et récapitulatives voient le jour, permettant à l’alchimie d’accéder à un renouveau en profitant de ceux qui, marqués par les guerres de religion et l’arrogance du scientisme, cherchent une alternative théologique et expérimentale où ils puissent allier érudition et imagination. Les ouvrages des alchimistes suivent en outre la mode de l’emblématique lancée par Alciat en 1531 et nombre de textes sont accompagnés de gravures dont l’importance dépasse parfois celui du texte.

C’est donc aussi la période d’activité des graveurs hermétisants héritiers de Théodore de Bry : son fils, Jean Théodore de Bry ainsi que Merian, Haubelin et Jennis. Autour de leur production qui domine l’ensemble dans les ouvrages déjà cités et plus théosopiques de Fludd ou Maïer, fleurissent divers œuvres alchimiques dans cette dynamique : Cabale (1615) de Michelspacher, la Philosophie réformée (1622) de Mylius, La Pierre philosophale de Lambspring et bien entendu le Livre muet (1677).

Le Théâtre Chimique publié en 1602 puis augmenté jusque en 1661 ou le Compendium d’Alchimistes en 1706 en sont deux exemples. C’est également en alchimie, l’époque des publications de Jean D’Espagnet (Œuvre Secret de la Philosophie d’Hermès, 1623) et des Philalètes, Eyrénée (L’Entrée ouverte au Palais fermé du Roi, 1645) et Eugène (Lumière des lumières, 1651).

En outre cette période voit la publication de nombreux grimoires comme les Clavicules de Salomon en 1641 ou encore les Albert qui multiplient les éditions en latin, grec, hébreu et français depuis le XVI, à partir d’un manuscrit vraisemblablement d’origine italienne. De nombreuses altérations se constatent entre les éditions au gré des copistes, traducteurs, éditeurs, auteurs.


► Ces ruptures et ces récapitulations consommées au XVII, les branches des savoirs se spécialisent et se multiplient et les frontières géographiques ainsi que temporelles avec le progrès de l’histoire et de l’archéologie, se font plus minces. Les interactions entre ces savoirs et les personnes s’articulent ainsi au XVIII puis au XIX de façon bien plus complexe et soutenue que dans les siècles précédents.

Ordres initiatiques illuministes

1741 1785


► Le courant occulte et ésotérique de la maçonnerie fait formellement surface peu après en 1736 avec Ramsay, qui dans son discours décrit les qualités attendues d’un maçon : la Philanthropie sage, la morale pure, le secret inviolable et le goût des beaux arts. L’apparition de cette maçonnerie templière, coïncide avec les premières traces du grade de maître.

► La même année que le discours de Ramsay, une première bulle papale de Clément XII est écrite contre la maçonnerie, suivront d’autres bulles en 1751, 1821, 1873 et 1884 qui entérine la rivalité entre la franc-maçonnerie et l’Église. Les évènements de la révolution marquent en France, le glas de l’extension des systèmes maçonniques qui survivent alors en Suisse avec l’écossisme et les rites égyptianisants de Memphis et Misraïm.

Suite

Contexte des lumières


► Les lumières est un courant dont certains axes s’opposent aux thèses de l’ésotérisme mais le siècle qui l’a vu naître est aussi celui de l’illuminisme. Ce dernier est composé d’un boisseau de personnalités qui souvent, combinent un intérêt éclectique, tant pour les différentes sciences occultes qui commencent à transiter pour une partie vers la métapsychique ou la psychologie, que vers une théosophie plus ou moins dévotionnelle.

► L’illuminisme tout en intégrant les progrès de son temps en repousse les excès méthodologiques en refusant de séparer scientia Dei et scientia de Deo, scientia naturae et scientia hominis puis finalement la séparation de l’esprit et de la matière, de la foi de la connaissance. L’illuminisme s’oppose alors aux approches matérialistes et au pragmatisme unilatéral, au dogmatisme comme au fidéisme et rejette évidemment les athéismes de l’Encyclopédie. Dans le même temps, il porte son regard sur des sujets actuels comme la politique, la technologie et l’art avec par exemple un intérêt marqué pour l’électricité et la musique qu’il pense en terme ésotérique.

► Durant cette période et jusque au XIX, les sociétés secrètes se multiplient, s’orientant sur des voies plus ou moins divergentes, ce qui les mène à des positions diverses vis à vis des pouvoirs temporels et spirituels. La maçonnerie voit ses obédiences et rituels s’accroître en nombre depuis le tronc commun du XVII. Toutes les loges ne sont pas ésotériques ou mystiques et si ésotérisme maçonnique il y a en loge, il est à l’échelle du mouvement maçonnique, de nature polymorphe, influencé par les nombreux facteurs culturels qui selon le lieu et l’époque, varient.

► Comme les autres groupes, la maçonnerie reste néanmoins discrète et communique peu sur le contenu desdits rituels ou de ses catéchismes. Elle les approfondit cependant, tout en ajoutant volontiers au contexte théosophique, une teinture symbolique relative à l’alchimie et ce dès 1760.

Ce soin apporté au secret entraîne nécessairement la curiosité. Les contemporains du grand public, au lieu de lire Willermoz, laissent vaquer leur imagination ou se renseignent auprès de Pérau et son Ordre des Franc-maçons trahi (1745) qui, faisant partie des premières divulgations sérieuses sur la maçonnerie, mentionne le premier les hauts grades. Le public accède également en 1752 via l’important dictionnaire jésuite Trévoux à la première apparition en français de l’adjectif "ésotérique", p.1066 : ézotérique, adj : Ce qui est obscur, caché, & peu commun. Les ouvrages ézotériques des Anciens ne pouvoient s’entendre, s’ils n’en donnoient eux-mêmes l’explication. Ces ouvrages étoient opposés à ceux qu’ils nommoient exotériques, qu’ils expliquoient volontiers publiquement à tout le monde. M. Toland dit que les ouvrages de Platon sont si remplis de la distinction exotérique, & ésotérique, qu’il en feroit bien un volume. Ils donnoient aussi à cette doctrine obscure et cachée le nom d’Acroatique. Voyez ce mot, pour n’en pas répéter ici l’explication. L’adjectif sera repris dans l’Encyclopédie dirigée par Diderot en 1765 (6, pp. 273-274).

► En effet, au XVIII et surtout durant la période de l’illuminisme, les sciences occultes et le merveilleux étaient populaires auprès du peuple et dans les salons où on débattait sur dieu, les phénomènes curieux de la nature et la sorcellerie.

On peut constater cet engouement aux éditions au succès fulgurant des grimoires dits Albert dès le début du siècle ainsi qu’aux traités de démonologie qui fleurissent comme le Traité des apparitions (1746) de Dom Calmet. Elle se confirme un peu plus tard avec la mode du Comte de Saint Germain (1750-60) et à la popularité de Cagliostro vers 1780-1790, ou par le succès du tarot divinatoire d’Eteilla (1788) et à l’audience dont disposaient partout en Europe, des visionnaires et prophètes comme en France avec Catherine Théot ou Mademoiselle Lenormand.

Il convient également d’évoquer le grand nombre de publications littéraires qui après le Comte de Gabalis (1670), Le Diable amoureux (1772) et Sethos (1731), n’hésitent plus à aller de l’avant dans le folklore, le conte et le merveilleux, et s’étendent volontiers dans le cadre de récits de voyage ou d’utopies et exploitent des thématiques occultes ou initiatiques. Cette orientation littéraire annonce ainsi par le biais des thématiques de l’occulte et du mystère, les gothic fiction de la sm.XVIII puis le genre fantastique au d.XIX. Ainsi pour les plus célèbres précurseurs en cette matière (qui à cette époque sont encore inspirés par l’illuminisme), mentionnons Les mystères (1784) et le Serpent Vert (1795) de Goethe, Das Heimweh (1794) de Jung-Stilling, Le Crocodile (1799) de Saint-Martin, Les Disciples à Saïs (1802) de Novalis ou enfin Le Pot d’Or (1812) de Ernst Hoffmann. Cette influence se fait aussi ressentir dans les œuvres visionnaires de Blake 👁 et celles de Philipp Runge.

Constellations illuministes, 1741


► À la fin de la première moitié du siècle, le célèbre savant suédois Swedenborg abandonne ses recherches scientifiques pour s’adonner aux recherches théosophiques qui ne feront qu’amplifier sa notoriété. Visionnaire, il écrit en 1741 son Traité des représentations puis ses Arcanes célestes en 1749 qui feront de lui l’un des plus célèbre théosophe.

Selon Kirchberger Le mot "illuminé" signifierait ordinairement un homme dont la raison et les connaissances naturelles étaient rectifiée, soutenues, éclaircies et perfectionnées par l’Esprit-Saint (𝕍 Kirchberger et l’illuminisme du XVIII, Antoine Faivre). Un proche de Saint-Martin défini pour sa part le théosophe : Un théosophe est un ami de dieu et de la sagesse et a pour mission d’inspirer l’amour de Dieu. (in Sur le Rapport entre Dieu, l’homme et l’Univers).

► Influencé par Böhme et Swedenborg, Pasqually établit en 1754 le rite para-maçonnique des Élus Cohens et pratique une théurgie qui influence Willermoz puis Saint-Martin. Ce dernier après avoir écrit à l’orée du Sturm und Drang un Homme de désir (1774), revient à la source de l’illuminisme en prenant connaissance de Böhme et produit un Ministère de l’homme-esprit (1802) capital pour l’illuminisme.

► On voit poindre un rosicrucisme maçonnique dans les rites à hauts grades germaniques, avec d’abord la Stricte Observance Templière crée par Karl Hund en 1750. Ce rite, qui devient rapidement le plus populaire en Allemagne est tiré de l’écossisme du Chapitre de Clermont fondé en 1754 par le stuartiste De Bonneville. Il se présente comme une maçonnerie "rectifiée" et se veut une continuation de l’Ordre du Temple. Elle véhicule en outre une rituélie à tendance théurgique, empruntés au Cléricat de Johann Starck. Cette tendance se poursuit ensuite, dans le rite aux sonorités alchimiques de Zinnendorf, dissident de la S.O.T. et qui est essentiellement tiré du Rite suédois.

↪ Puis ce rosicrucisme se confirme enfin dans le Rite écossais rectifié de Willermoz, qui, tributaire des enseignements de Pasqually tout en expurgeant son opérativité théurgique, les combine à ceux de la S.O.T. à laquelle il Willermoz est également initié. Privé de ses fondements ésotériques suite à sa rupture avec le Cléricat, la S.O.T. s’efface naturellement devant le R.E.R.. Un grand convent maçonnique est organisé en 1782 au sein de la Stricte Observance par Hesse-Cassel et Brunswick-Lunebourg et, réunissant des maçons favorables à l’ésotérisme et d’autres aux lumières, on y convient d’abandonner la filiation templière au profit du système de Willermoz.

► L’Ordre de la Rose-Croix d’Or établi dans les années 1770 en Allemagne se compose suite à une restructuration en 1777, de neuf grades au symbolisme alchimique. Montrant l’accessibilité grandissante des sociétés initiatiques et de leurs textes à leurs adeptes, est édité par ce groupe, la fameuse anthologie des Figures secrètes des Rose-Croix (1785 1788) avant sa mise en sommeil.

► Dom Pernety, bénédictin et alchimiste, célèbre pour ses œuvres de synthèse et de syncrétisme (Fables égyptiennes en 1751 et Dictionnaire mytho-hermétique en 1758) qui deviendront des classiques, fonde par sa part les Illuminés d’Avignon, ordre dans lequel furent admis de nombreuses personnalités d’Europe et qui sera dispersé à la révolution. On y pratiquait des interrogations de la "sainte-parole", hypostase de l’intelligence suprême, afin de lui faire livrer des oracles.

► Outre la maçonnerie illuministe proprement dite, à tendance chevaleresque et chrétienne, cette période voit donc également apparaître divers groupes para-maçonniques inspirés du paganisme :

On peut constater d’une part, l’émergence d’ordres initiatiques comme le Druid Order qui est fondé en 1717 par John Toland ou plus tard en 1792, le Collège des Bardes de l’Île de Bretagne, par Iolo Morganwg. Ce néo-druidisme se poursuit au XIX, se mêlant parfois avec d’autres religions antiques comme l’orphisme, avec par exemple Jean Reynaud avec Terre et ciel en 1854.

D’autre part, l’égyptomanie produit une maçonnerie égyptianisante pétrie de pythagorisme et d’hermétisme. On en voit un signe précurseur dans le Sethos de Terrasson en 1731 (suivi par Pernety et Gébelin), puis une manifestation dans le Rite égyptien qui est fondé par Cagliostro en 1785. Une concrétisation artistique enfin, dans la Flûte enchantée de Mozart en 1791 ou encore dans le Kostis Reise d’Eckartshausen en 1795. Il faudra néanmoins attendre la Campagne d’Égypte (1798) pour que Champollion puisse publier en 1824 son Précis du système hiéroglyphique des anciens Égyptiens qui poursuivra l’intérêt pour l’Égypte au travers de l’égyptomanie romantique qui au XIX, combine rêverie littéraire et considérations occultistes.

► La sophiologie issue de la théosophie débouche sur l’illuminisme de la Restauration dans les années 1820 avec des personnages comme Court de Gébelin d’abord puis et Fabre d’Olivet. Olivet, de sensibilité néo-païenne, se propose de découvrir l’origine du langage et d’établir une tradition universelle avec sa Langue hébraïque (1810), la même démarche se retrouve une génération avant chez Gébelin, avec son monumental Monde primitif (1773). Wronski initie la mode des clefs universelles avec sa Clef de l’infini (1814) et Ballanche combine la théosophie et les considérations politiques mêlant royalisme et socialisme. C’est de cette génération d’ésotéristes que sera issu le néo-occultisme du XIX.

Philosophies de la nature

1762 1822


f.XVIII d.XIX, la pensée des lumières se prolonge et le zeitgeist est à l’obtention de la connaissance définitive et totale de l’univers ainsi que du progrès indéfini de l’humanité sur le plan matériel.

► La tension entre science et spiritualisme qui prétendent toutes deux expliquer et donner un contrôle sur la réalité s’amplifie grandement et suscite des polémiques idéologiques.

Suite

► Aussi durant cette période, l’ésotérisme se mêle aux influences dominantes du moment, qui bien qu’elles ne furent pas exclues des recherches précédentes, prennent de plus en plus d’importance. La pensée scientifique d’une part et l’apport des religions orientales d’autre part, qui font suite à l’égyptomanie viennent toutes deux orienter les recherches.

Interpénétrations et nouveaux horizons


► Le magnétisme animal, l’hypnose balbutiante ou le spiritisme utilisent notamment un façon de raisonner scientifique et rationaliste en mêlant recherche expérimentale et pensée spéculative. Par la suite, vers la f.XIX la science sort gagnante de la confrontation car les progrès technologiques soutenus par l’industrialisation démontrent de façon visible ses bienfaits. Même si une séparation nette entre science et occulte fut déjà entamée au XIX par la science elle-même qui prétend à une rationalité absolue, on tente durant le siècle et jusqu’au XX de faire des démonstrations scientifiques des phénomènes revendiqués par l’occultisme.

↪ Les recherches médicales deviennent durant le siècle un sujet d’importance et plusieurs médecins produisent une médecine spéculative à l’intersection de la science et de la philosophie naturelle. On peut ainsi mentionner les travaux précurseurs de Boerhaave qui s’inspirent de l’alchimie en la plaçant dans un contexte opératif et médical ou de Stahl qui propage le vitalisme, se fait précurseur du psychosomatisme et développe dans la médecine la théorie phlogistique de Becher. Tout deux engendrerons des émules comme le rosicrucien Schröder, mais c’est le magnétisme qui aura le succès le plus important et durable.

► L’orientalisme repousse ses frontières en même temps que les explorateurs, missionnaires et commerçants permettent l’importation de ces enseignements. En conséquence, les études sur l’Inde, la Chine et le Tibet débutent durant cette période : Wilkins traduit par exemple les Bhagavad-Gîtâ en anglais en 1785. Les textes rendus disponibles, on recherche les points communs entre les systèmes religieux et en dernière analyse, une certaine tradition primordiale étendue non plus seulement au monde méditerranéen mais au monde dans son ensemble. Dans le même temps et d’une façon plus générale, des représentations de l’orient pénètrent l’imaginaire occidental.

Mais ce désir de découverte et ce besoin d’unité propre au romantisme ne se limite pas aux pays lointains et concerne aussi la compilation des mythes et légendes, du folklore et des traditions populaires qui sous la poussée du christianisme d’une part et de la science et du monde moderne d’autre part, tendent à disparaître.

↪ Le Kalevala (1828) est une compilation tardive du chamanisme ongrio-finnois. Les noaidi utilisaient l’esprit du renne et battent le tambour dont la membrane figure le cosmographe que le shaman same doit parcourir. Ce chamanisme sibérien est peu connu car un nombre très réduit de sources directes subsistent. L’essentiel nous a donc été transmis par les témoignages de contemporains étrangers et les déductions des universitaires. Peu d’études existent en français, 𝕍 tout de même Les religions arctiques et finnoises d’Ivar Paulson et la thèse de Céline Leduc : Le seiðr des anciens Scandinaves et le noaidevuohta des Sâmes.

► Dans l’orient orthodoxe, à lieu à partir de cette époque, entre 1762 et 1870, un renouveau des starets, dominé par les figures de Païssy Velitchkovsky qui traduit en slavon la Philocalie des Pères neptiques (1793, publiée en 1782 à Venise), et de Séraphin de Sarov (floruit 1822).

Radiesthésie et magnétisme animal, 1678 1778


► Au XVIII, la radiesthésie connaît une étonnante vitalité qui trouve son point de départ le plus significatif au siècle précédent. Le principe du pendule fut certes déjà connu des antiques (on utilisait une bague au bout d’un fil) et fut également utilisé au moyen-âge comme le montre la condamnation par Jean XXII dans une bulle de 1326. Néanmoins aucun ouvrage n’en explicite plus avant les mécanismes de façon synthétique.

► Ainsi, précédé par la Véritable déclaration et la Restitution de Pluton de Martine de Bertereau ainsi que par les prouesses divinatoires de Jacques Aymar-Vernay, le premier véritable ouvrage sur le sujet est la Physique curieuse {Physica Curiosa} (1662), ouvrage où le jésuite Caspar Schott fait mention du pendule divinatoire alors que la littérature alors disponible ne s’était juste là que contentée des principes généraux de la rhabdomancie comme on peut en trouver mention chez Agricola un siècle plus tôt.

► Les écrits de Schott sont repris par Kircher, humaniste, mystique et père de l’égyptophilie moderne, qui dans ses ouvrages encyclopédiques à l’esthétique baroque, fait montre, comme Goclenius l’Ancien, d’un intérêt pour les phénomènes naturels en rapport avec l’électro-magnétisme. Kircher cite Schott dans son Monde subterrestre {Mondo Subterranea} en 1678. D’un point de vu plus théorique, des philosophes de la nature comme Procopius Divisch élaborent une "théologie de l’électricité".

► Le principe sera dès lors peu à peu connu d’un public plus large et développé au cours du XVIII XIX en ramifiant différents courants. Le personnage clef est le médecin souabe Mesmer, qui est 1778 met au point le magnétisme animal, théorie qui aura un succès retentissant et influencera de façon décisive tant l’occultisme que la psychologie.

Naturphilosophie


► En Allemagne, les acquis de la renaissance se poursuivent à partir de l’illuminisme allemand et vivifiés par le rosicrucisme, transitent par le naturphilosophe. Ce dernier, attaché à un encyclopédisme synthétique est à la fois homme de science et de foi, attaché tant à l’exercice du savoir qu’à celui de la poésie. Ces théosophes s’attachent particulièrement aux spéculations sur la nature comme objet de gnose car reflet du divin ainsi qu’à ses relations avec l’Homme et Dieu dont elle est la médiation. Il se réclament presque tous d’une Église intérieure dont l’objet est de se démarquer tant du dogmatisme des institutions que du pragmatisme véhiculé par la méthode scientifique. L’alchimie est aussi présente, quoique de façon discrète dans cette mouvance sinon par le biais des récupérations symboliques ; l’époque se concentre en ce domaine sur les ouvrages de pharmacie et de magie naturelle. On peut nonobstant mentionner le Grand-Œuvre dévoilé (1775) de Coutan ou la Clef de Grand-Œuvre (1789) de Cailleau.

Parmi ses meilleurs représentants, nous trouvons d’abord le pasteur souabe Oetinger, qui écrit son Biblisches und Emblematisches Wörterbuch en 1776. À la fois philosophe de la nature et théosophe, il se penche également sur l’alchimie et la kabbale de façon savante et prise la magia comme moyen de compréhension de l’univers. Eckartshausen ensuite, écrivain prolifique et accessible, écrit sa Nuée sur le sanctuaire en 1802. Lavater encore, que l’on connaît principalement comme étant le théoricien et le promoteur de la physiognomonie (De la Physiognomonie, 1772) et producteur d’une grande correspondance avec les intellectuels de ton temps, est un expérimentateur des phénomènes occultes et empreint de christologie naturaliste. Enfin, le théosophe munichois et minéranologue Baader, böhmius redivivus, récapitule l’essentiel des thèmes de l’ésotérisme chrétien en usant de la conciliation créatrice des opposés.

► Ces différents auteurs, Baader surtout, constituent le début de la naturphilosophie qui intéresse particulièrement l’ésotériste lorsqu’elle se mêle de théosophie et prend des atours alchimisants. Initiée par Schelling (De l’âme du monde, 1798), la naturphilosophie est un courant appartenant essentiellement au romantisme allemand, ce dernier ayant évidemment une synergie certaine avec la pensée ésotérique, puisqu’ils partagent les thèmes de la chute et des limites humains, de la synthèse et de la réintégration.

Elle est influencée par le naturalisme français et les idéalismes de Kant et Spinoza d’une part et d’autre part par le climat expérimental autour de la physique qui prenait des tours plus ou moins magiques et pansophiques avec le magnétisme animal ou chez certains illuminés comme Œtinger.

Elle se donnait pour objet la compréhension métaphysique de la nature naturante et des rapports entre la nature et l’esprit, afin d’aboutir à une synthèse englobant le particulier et l’universel, le visible et l’invisible. Cette compréhension faisait jour par le biais des correspondances que l’on tiraient de recherches scientifiques spécifiques, qui renseignaient non seulement sur les liens unissant les différents niveaux de réalité mais aussi sur les articulations propres à l’intimité psychologique de l’Homme.

Ce courant initiera la psychanalyse avec la découverte de l’inconscient ainsi que l’homéopathie avec les travaux de Hahnemann. Il portera en outre les œuvres d’Eschenmayer, Novalis, Schubert et finalement sur des auteurs synthétiques comme Johann von Meyer épris de sciences occultes, ou Goethe avec son Traité des couleurs ou son De la tendance de la végétation à se développer en spirale (1831). Ce dernier sera plus connu auprès des amateurs de science occulte avec son Faust (1773 1831).

Néo-occultisme

1801 1924


► Durant le XIX, l’ésotérisme prolonge l’illuminisme et donc l’ésotérisme renaissant. Il est pluriel, d’une qualité inégale et d’une vitalité remarquable, profitant de l’ère du temps qui lui est favorable.

► Dans ce bouillonnement où on discerne aussi bien un retour aux sources qu’un plongeon vers l’avant, bon nombre de courants et de domaines d’application se détachent, en témoignent le nombre considérable d’organisations rosicrucienne et para-maçonniques qui voient le jour. Il n’est ainsi pas rare qu’un même ésotériste s’occupe à la fois d’orient et d’occident, d’alchimie et de magnétisme.

Suite

► Cette pluralité, parfois source de confusion, est due au nouveau statut de l’occultisme qui obtient, sous l’action de la volonté systématisante du siècle, une certaine autonomie théorique et pratique vis à vis de l’ésotérisme. Cette nébuleuse occulto-ésotérique et parfois aussi occulto-hermétique devient en outre populaire et se vulgarise, évolue en un phénomène social et culturel : chacun s’y plonge quelque peu, partageant ses propres vues et interprétations. Syncrétique et synthétique, avant tout expérimentale, elle s’attache moins aux considérations religieuses tout en s’opposant au scientisme régnant et intègre en outre dans son vaste programme, les progrès de la technologie et de la science, un intérêt pour les phénomènes et les démonstrations ainsi qu’un goût pour le merveilleux.

Le néo-occultisme parisien, 1801 1918


The Magus (1801) de Barett, ouvre l’occultisme du XIX en compilant et rendant aisément accessible plusieurs textes essentiellement issus d’Aggripa et de Pietro d’Abano. Dans la première partie du siècle plusieurs auteurs se distinguent : Jean-Jacques Bernard fusionne martinisme et swedenborgisme avec ses Opuscules théosophiques (1822), Jean-Marie Ragon ( Hortensius Flamel) écrit sur la maçonnerie (Orthodoxie maçonnique, 1853) et les sciences occultes (Livre d’or et Livre rouge en 1842), l’abbé pythagoricien Lacuria écrit son Harmonies de l’être exprimées par les nombres 1847 et Henri Delaage son Monde occulte en 1851. Le substantif ésotérisme devient de plus en plus utilisé dans les milieux maçonniques, comme chez le socialiste Pierre Leroux ou Marconis de Nègre qui écrit dans son Sanctuaire de Memphis (1849) p.17 : C’est pourquoi la science maçonnique, la science par excellence, est Esotérique et Exotérique. L’ésotérisme constitue la pensée, l’exotérisme le pouvoir. L’exotérisme s’apprend, s’enseigne et se donne ; l’ésotérisme ne s’apprend, ne s’ensigne ni ne se donne, il vient d’en haut. C’est d’ailleurs au XIX que se précise le hiatus entre la maçonnerie proprement ésotérique et initiatique et une maçonnerie sociale et politique. Ce hiatus, dont on a vu les prémices dans les différents cultes révolutionnaires (la théophilanthropie surtout) auxquels participent nombre de maçons possédant une sensibilité politico-religieuse, entretint durant un temps la confusion autour de l’idéologie et de l’histoire de la maçonnerie et pu nourrir certains fantasmes.

↪ La production alchimique est plus timide et anecdotique si ce n’est l’Hermès dévoilé de Cyliani (1832), le Cours de philosophie hermétique de Cambriel (1843) ou encore Les deux baisers de Louis Lucas (1857). L’alchimie ou plutôt l’hermésisme, se distingue plus par des essais comme les célèbres Hermetic mystery de Mary Anne Atwood en 1850, le Alchemy and the alchemists (1857) d’Hitchcock ou encore les Couleurs symboliques (1857) de Portal.

► Durant la sm.XIX et jusque la Belle Époque, l’ésotérisme est dominé par la figure de Levi au travers duquel l’influence de Swedenborg et le prophétisme humanitaire est visible. Accompagné par quelques personnalités contemporaines faisant figure d’aînés comme Saint-Yves (Mission de l’Inde eu Europe, 1886) ou Maître Philippe, le néo-occultisme initié par Levi, enfante tout un fourmillement d’héritiers plus ou moins directs et hétéroclites dans le Paris d’alors.

↪ Les plus célèbres sont le médecin Papus (Traité méthodique de science occulte, 1891) à la personnalité fédératrice, Guaita (Essais de science maudites, 1890), le symboliste Oswald Wirth (Le symbolisme hermétique, 1910) qui tente d’établir une maçonnerie ésotérique, le littérateur Péladan (L’Art idéaliste et mystique, 1894), François-Charles Barlet proche des milieux théosophiques et orientaux, Sédir (Sept jardins mystiques, 1918) plus proche pour sa part du christianisme ou encore Jollivet-Castelot qui met au point l’hyperchimie. Les Compagnons de la hiérophanie (1937) de Michelet est le meilleur et plus célèbre ouvrage témoignant du foisonnement de cette époque. Mentionnons également que c’est aussi à cette époque qu’a été fondé le Musée du Hiéron, premier musée d’art sacré de France et dont l’architecture est d’ordre symbolique. Il fut fondé par le jésuite Victor Drevon et le baron Alexis de Sarachaga, ce dernier cherchait à associer occultisme et catholicisme.

Les arts et l’ésotérisme, 1820 1924


► Durant cette période, ésotérisme et art fonctionnent aisément de paire. La littérature autant que les arts visuels et ceux de la scène, trouvent leur inspiration dans les thématiques occultes, ésotériques et théosophiques, bien que l’utilisation de ces thématiques soient fréquemment le signe d’une époque plus que d’un engagement personnel. L’œuvre de Wagner par exemple, inspire les herméneutes qui y décryptent une puissante religiosité, œuvre qui influencera le compositeur messianique Scriabine. Cette tendance se poursuivra jusque l’entre-deux-guerres.

Melmoth de Maturin en 1820 est l’archétype du roman gothique et reprend la thématique faustienne, de même l’œuvre de Byron (Caïn, 1821) influence de façon décisive le romanstisme français. Balzac est quant à lui, inspiré par les théosophies de Saint-Martin et de Swedenborg, il écrit sous ces influences ses Études philosophiques, triptyque composé de Louis Lambert (1832), La recherche de l’absolu (1834) et Séraphita (1835). Un ésotérisme didactique se présente dans Le Magicien (1836) d’Esquiros, qui comme Charles Fourier rapproche l’ésotérisme du socialisme. Une approche plus initiatique est clairement palpable dans le Consuelo (1845) de George Sand et en Angleterre, le très rosicrucien Zanoni (1844) de Bulwer-Lytton fait figure de classique du roman ésotérique, combinant plusieurs influences. L’ésotérisme prend un tour résolument fantastique avec plusieurs auteurs comme Poe où la même année que Zanoni, il publie sa Mesmeric Revelation (1844).

Durant la sm.XIX, Hugo, intéressé par le spiritisme, exploite des idées théosophiques dans les Contemplations (1854), Péladan écrit son imposante Décadence latine en 1884, Schuré explore l’idée de tradition primordiale en reprenant l’idée médicéenne de la chaîne initiatique des sages, augmentée désormais de personnalités orientales avec ses Grands initiés (1889), Villiers de L’Isle-Adam propose le drame Axel en 1890 et Huysmans le roman Là-bas (1891). En poésie, les deux auteurs les plus remarquables du XIX sont Nerval, qui publie ses Chimères en 1854, et Baudelaire son Spleen et idéal en 1857. On trouve cependant chez les symbolistes, nombre d’auteurs qui nous intéressent, comme Mallarmé (Igitur, 1869), Lautréamont (Les Chants de Maldoror, 1869) ou encore Rimbaud (Une saison en enfer, 1873).

Cette production artistique ésotérique déborde sur le d.XX avec d’abord un théâtre influencé par l’ésotérisme, notablement dans les pièces du swedenborgien Strindberg (La Danse de mort, 1900), celles d’Alexandre Blok (La Rose et la Croix, 1911) ou de Pessoa (L’heure du Diable, 1931). En littérature, nous trouvons Meyrink (Le Golem, 1915), Hesse (Demian, 1919), Lovecraft (L’Appel de Cthulhu, 1929), Howard (Conan, 1932), Tolkien (Le Hobbit, 1939) ou Daumal (Le Mont Analogue, 1939), cette littérature ésotérisante va faiblir et se diluer de plus en plus dans le fantastique et la science-fiction, le policier et le divertissement durant la sm.XX avec notablement Umberto Eco (Le pendule de Foucault, 1988). Concernant la poésie, le d.XX voit fleurir la remarquable œuvre de Milosz (Ars Magna, 1924) puis Arcane 17 de Breton en 1944, illustré par Maurice Baskine ; il y compare la démarche surréaliste à l’ésotérisme. Les sciences occultes auront en effet une influence décisive sur ce mouvement qui est le dernier représentant de l’ésotérisme artistique en occident et dont les derniers membres éminents disparaissent au d.XXI.

En peinture de nombreux artistes symbolistes, romantiques ou pré-raphaëlites se manifestent et intéressent l’ésotériste comme l’incomparable Moreau 👁, l’onirique Redon 👁, le mystérieux Böcklin 👁 ou le solaire Delville 👁 qui est exposé aux Salons de la Rose-Croix, Salons où on peut voir en outre, Khnopff 👁, Rops, Schwabe 👁, Rouault ou encore écouter Satie. On notera également les production de Bô Yin Râ au d.XX, également producteur d’une littérature spirituelle orientalisante (Le livre du Dieu vivant, 1927) dans l’entre-deux-guerres.

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Sciences animiques

1847 1958


► Au XIX, l’une des branches du magnétisme expérimental devient progressivement le spiritualisme, alors qu’une de ses pratiques consiste à questionner des sujets en transe magnétique sur des sujets relatifs à monde occulte.

► D’une autre manière, l’étude phénoménale des procédés du magnétisme, leur systématisation et la recherche de leur reproductibilité vont constituer des écoles s’attardant à la santé, à la psychologie et à la métapsychique.

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Du spiritualisme au spiritisme, 1847


► La maçonnerie illuministe pratique au XVIII, des expérimentations magnétiques, dans ces milieux, on tient en haute estime les médiums comme la chanoinesse Marie-Louise de Monspey, dite "l’Agent inconnu". Ces expérimentations qui pratiquent Willermoz, Kerner ou le Chevalier de Barberin et les enseignements divulgués par le truchement de sujets en transe vont constituer un corps de doctrines qui vont se cristalliser dans le spiritisme proprement dit.

► La mode du spiritualisme démarre aux États-Unis avec le médium Andrew Davis (The principles of revelation, 1847) et surtout les sœurs Fox. Dès lors, ce ne sont plus des entités angéliques dont il est question lors des communications, mais d’esprits des morts et au lieu d’être dicté par un clairvoyant, les messages sont transmis via un intermédiaire matériel, comme le guéridon, selon un code cinétique ou sonore.

► C’est à partir du spiritualisme que va naître le spiritisme. Kardec écrit son Monde des Esprits en 1857 et fonde une nouvelle religion qui jouit d’un grand succès à une époque où un sentimentalisme idéaliste et un rationalisme d’esprit se mêlent aisément. Au XIX le spiritisme est fort populaire au Brésil avec des personnalités comme Luiz Gasparetto.

Métapsychique, 1830 1958


► Les recherches sur la métapsychique proprement dite, démarrent avec Justinius Kerner, puisque son Son Die Seherin von Prevorst (1830) intéresse ces études. Les recherches métapsychiques se confondent en premier lieu avec l’occultisme comme avec le Baron du Potet qui écrit sa Magie dévoilée en 1852 et la direction du Journal du Magnétisme de 1845 à 1861.

Le courant qu’il initie est poursuivi par Hector Durville (Le magnétisme Humain (1890) lui même suivi par son élève Jagot et son fils Henri Durville qui combinent hygiénisme et sciences occultes jusqu’après la seconde guerre mondiale. Albert de Rochas d’Aiglun de son coté produit de nombreux ouvrages sur le sujet dont ses fameux Extériorisation de la sensibilité (1895) et Extériorisation de la motricité l’année suivante.

► Dans un registre différent, c’est en 1882 qu’est fondé à Londres, la Society for psychical research, l’organisation prétend étudier les phénomènes extraordinaires de façon scientifique. Ces recherchent s’attachent dans un premier temps à collectionner ces faits comme avec les Hallucinations télépathiques (1886) de Frederic Myers. Le terme évolue en même temps que les perceptions des chercheurs.

En 1889, dans le périodique allemand Sphinx, Max Dessoir propose le terme de "parapsychologie" pour caractériser toute une région frontière encore inconnue qui sépare les états psychologiques habituels des états pathologiques, et le terme de "paraphysique" pour désigner ses manifestations objectives.

Charles Richet (Traité de Métapsychique, 1922), fondateur de l’Institut métapsychique international unifie en 1922 ces deux concepts en définissant la métapsychique comme une science qui a pour objet des phénomènes mécaniques ou physiologiques dus à des forces qui semblent intelligentes ou à des puissances inconnues latentes dans l’intelligence humaine.

En 1954 enfin, Fernand Clerc propose le terme de psychotronique pour désigner les phénomènes dans lesquels l’énergie est dégagée par le processus de la pensée ou par la pulsion de la volonté humaine.. C’est le terme "parapsychologie" qui est le plus utilisé de nos jours.

Les recherches depuis la sm.XX, se destinent à expliquer ces phénomènes, principalement la perception extra-sensorielle, chez les sujets réceptifs et l’effet psychokinétique où l’esprit agit sur la matière, chez les sujets projectifs. On s’intéresse aussi aux phénomènes connexes de façon plus occasionnelle comme les expériences hors du corps et celles de mort imminente. La télépathie reste néanmoins le sujet le plus documenté (𝕍 le martiniste Robert Amadou, La Télépahie, 1958) et certains chercheurs avancent qu’il serait à l’origine de tous les autres.

Initiations d’occident et d’orient

1875 1936


► L’envie d’une nouvelle inspection des religions anciennes et du folklore se poursuit durant le siècle : Plancy publie la première édition de son célèbre Dictionnaire infernal en 1818. Le thème la Grande Pyramide fascine comme chez John Taylor avec son Great Pyramid en 1858 et l’idée romantique du druidisme comme religion-mère de l’humanité intéresse. Par l’entremise de Ménard et son Hermès Trismégiste (1866) puis ses Rêveries (1876), l’hermétisme revient sur la scène ésotérique en suscitant traductions et commentaires.

↪ De même, l’attrait pour l’orient est désormais installé tant dans différentes études que dans la société d’alors. Cette curiosité pour l’ailleurs va se matérialiser d’un point de vu initiatique par l’apparition de la Société Théosophique, qui va profondément imprégner les ordres initiatiques. Ces derniers, qui fleurissent à la f.XIX n’hésitent plus à se laisser pénétrer de kabbale ou par les doctrines bouddhiques.

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Ouverture vers l’Orient


► Il existait déjà des études sur le proche orient, comme celles par exemple de Franz Molitor, qui influencé par Schelling puis Baader, publie son Philosophie der Geschichte oder über die Tradition en 1827. Dans cet ouvrage, il se donne pour objet de prouver la supériorité de la kabbale sur le christianisme. Adolphe Frank propose une étude plus critique avec son La Kabbale en 1843. Néanmoins, la fondation de la Société théosophique, en 1875 par Blavatsky, Olcott et Judge, fera entrer l’occident de plein pied dans l’extrême-orient. Cette société au rayonnement considérable, a des sièges en France, en Angleterre et en Inde où elle est bien accueillie par les locaux. Son rayonnement est mondial et elle essaimera, surtout après la mort de sa fondatrice, bon nombre de branches. La Société Théosophique est un mélange à la fois de concepts et de cultures et son organisation n’est pas comparable à la maçonnerie. Au travers d’ouvrages à succès, Isis dévoilée (1877) et La Doctrine secrète (1888), Blavatsky promeut l’idée d’une tradition primordiale, d’une doctrine secrète, synthèse et racine des philosophies et religions dont le berceau se trouverait en Inde.

La vie de Blavatsky est aventureuse, un roman en soi et sa doctrine un pot-pourri de plusieurs influences émaillé d’une érudition atypique et d’une métaphysique bizarre. Elle combine les doctrines hindoues et l’hermétisme pour son fond métaphysique en abordant les concepts de l’immortalité de l’esprit, du karma et des maîtres de sagesse (mahatmas), de la réincarnation ou corps subtils, en y intégrant des concepts scientifiques comme l’évolutionnisme. L’organisation se donne pour but de former une fraternité universelle (elle entretient de bonnes relations avec les autres organisations ésotériques notamment par l’organisation de congrès), encourager l’étude des religions comparées pour en dégager un axe commun et étudier les lois inconnues de la nature (surtout à ses débuts où la recherche métapsychique y est importante). Son ésotérisme se manifeste politiquement de façon active en Inde et l’organisation est précurseur dans le domaine du féminisme et se positionne de bonne heure contre la colonisation. Dans le sillage de la Société théosophique, l’occident obtient en outre ses premiers contacts avec le bouddhisme, au travers d’ouvrages comme Esoteric Buddhism de Sinnett en 1883.

La Société Théosophique, avait dans ses rangs plusieurs auteurs remarquables comme Franz Hartmann (Dans le Pronaos du temple de la Sagesse, 1890) en outre actif dans le rosicrucisme allemand, Alan Leo (Astrologie ésotérique, 1913) ou George Mead (La doctrine du corps subtil, 1919) dont les travaux vont influencer Jung. Nombre de personnalités comme Papus, Steiner ou Kingsford ont eu l’opportunité de commencer dans ses rangs et participent par la suite à véhiculer dans leurs propres organisations, les idées qui y furent mises en valeur. La Société Théosophique aboutit enfin, à l’émergence d’une part de Krishnamurti qui se dégage officiellement de l’organisation en 1929 et entame ses conférences, ainsi que d’autre part, à celle de l’École arcane (1923) de Bailey qui, poursuivant la ligne initiée par Blavatsky dont elle est l’héritière, annonce le New-Age.

► À la fin du siècle, en 1893 à lieu le Parlement mondial des religions à Chicago. Cet évènement rassemblait pour la première fois des représentants de religions occidentales et orientales et constitue la première tentative de nouer un dialogue interconfessionnel au niveau mondial. Dans le même temps naît dans les universités la science des religions comparées.

Groupes initiatiques et organes de diffusion


► Après la mise en sommeil de la maçonnerie française imposée par la révolution, les personnalités actives à la Belle époque se mettent à graviter autour de plusieurs ordres initiatiques qu’ils créent eux-mêmes, l’influence de la Société Théosophique est également certaine sur eux, mais la plupart s’en démarquent, refusant de s’associer trop franchement aux doctrines orientales. Notablement, le rite swedenborgien des Illuminés après avoir subsisté aux États-Unis, revient en Europe en 1876. Et parmi ces ordres nouvellement crées, nous avons notablement l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix de Guaita en 1888 et la Rose-Croix esthétique de Péladan fondée en 1890, qui organise les Salons de la Rose-Croix, l’Église gnostique de France de Doinel (1890) et l’Ordre martiniste de Papus en 1891, ordre auquel le Tsar Nicolas II est initié. Il est important de mentionner aussi la Fraternité Hermétique de Louxor et le Mouvement cosmique fondés respectivement vers 1884 et vers 1900 par le kabbaliste ashkénaze Max Théon et dont l’influence souterraine sur différentes personnalités clef du néo-occultisme est indéniable. Loin de cette tumulte enfin, Sédir fonde en 1920 les Amitiés spirituelles, association chrétienne se focalisant sur les œuvres de charité.

► Outre manche, la Societas Rosicruciana in Anglia, franchement chrétienne et rosicrucienne, est fondée en 1865 par Robert Little et Kenneth Mackenzie et on nomme Bulwer-Lytton et Levi en tant que membres d’honneur. On y trouve Westcott qui, avec Mathers et influencé par l’Hermetic Society d’Anna Kingsford (La voie parfaite, 1881), donnera naissance en 1888 à l’Hermetic Order of the Golden Dawn in the Outer. L’organisation, imprégnée de kabbale, de tarot et de magie cérémonielle (notamment de l’Abramelin traduit par Mathers), ferme ses portes en 1903 non sans laisser son empreinte dans l’occultisme postérieur en influençant diversement un grand nombre de groupes s’enracinant dans la magie cérémonielle ou initiatique. Le poète Yeats (initié en 1888), l’érudit Arthur Waite (initié en 1891), le romancier Machen (initié en 1900) et Crowley (initié en 1898), chez qui à l’instar d’Agrippa, la frontière entre ésotérisme et occultisme se brouille, sont ses membres les plus célèbres. Ce dernier montre par ses voyages et ses ouvrages, une ouverture marquée pour les religions orientales. Il influence l’Ordre des Templiers Orientaux d’influence tantrique et créé en 1904 par l’occultiste viennois Kellner et l’allemand Reuss.

► Le rociscucisme essaime aussi aux États-Unis à partir de la Fraternitas Rosae Crucis fondée par Randolph en 1858 qui fait figure de précurseur, suivent notablement la Fraternité rosicrucienne de Heindel en 1909 et l’Ancien et mystique ordre de la Rose-Croix de Lewis en 1915, qui conjugue culture et voie initiatique et qui est le premier mouvement rosicrucien dont l’ampleur dépasse les millions de membres.

► Un grand nombre de revues d’ésotérisme (𝕍 nos Sommaires), aux qualités fort variables voient également le jour au XIX et au XX. Figure de précurseur, la Revue philosophique et religieuse de Levi est interdite en 1858. Parmi les plus connues : The Theosophist de Blavatsky en 1879, L’initiation de Papus est crée en 1888 et le Voile d’Isis en 1890, La Haute science en 1893, Modern Astrology d’Alan Leo en 1896, les Entretiens idéalistes de Paul Vulliaud en 1906. L’effort se poursuit durant l’entre-deux-guerres avec Atlantis de Paul Lecour en 1926, Hermès en 1933 et Études traditionnelles de Guénon en 1936. Puis durant la Guerre froide les publications se poursuivent mais s’assouflent avec la Tour saint-jacques de Robert Amadou en 1955 1963 et enfin Planète, en 1961 1968, fer de lance du réalisme fantastique de Pauwels et Bergier (Le Matin des magiciens, 1960) qui popularisa, souvent dans la confusion, nombre de notions relatives à la spiritualité et l’ésotérisme auprès du grand public.

Nouveaux mouvements religieux

1910 1995


► À partir du XX, la complexification de la société dans son ensemble et la mondialisation favorise la manifestation de nouvelles formes religieuses, balisant des voies d’exploration inédites pour la spiritualité. Souvent de nature syncrétiques, elles peuvent aussi par le revivalisme, réactualiser des formes religieuses disparues.

► De plus, par la multiplication exponentielle des Humains et donc des potentiels initiables, les divers ordres initiatiques déjà nombreux au siècle précédent, éclatent en de multiples entités par le biais de scissions multiples ou encore renaissent de leur cendres au travers de filiations plus ou moins douteuses. De plus, le nombre de personnes s’intéressant plus ou moins prosaïquement à ces sujets est tel que l’ésotérisme se dilue dans la société civile au travers des différents médias, de l’industrie ou de de la contre-culture.

Suite

Première moitié du siècle, 1910 1961


► Durant la première moitié du siècle divers auteurs et mouvements se construisent. Steiner (La science de l’occulte, 1910), écrivain prolifique sur les sujets littéraires et ésotériques fonde la Société anthroposophique. S’inspirant du rosicrucisme, il trouve en outre la structure de sa pensée dans la Société Théosophique pétrie d’occultisme tandis que le fond provient de la réception de la pensée théosophique de Goethe, Steiner fait en effet figure de précurseur dans l’étude des aspects ésotériques de son l’œuvre du Sage de Weimar. Il créer le Goethanum près de Bâle, bâtiment dont l’architecture et les vitraux figurent de façon symbolique son enseignement et dans lequel on représentera les drames de Steiner et les pièces de Schuré. Le rosicrucisme, la théosophie et l’hermétisme font encore des adeptes au XX, comme Giuliano Kremmerz avec sa Confraternita Terapeutica e Magica di Myriam (1896), Leopold Ziegler (Menschwerdung, 1948) ou bien Jan van Rijckenborgh, fondateur du peu prosélyte Lectorium Rosicrucianum qui se veut simultanément gnostique et rosicrucien.

Gurdjieff (Gurdjieff parle à ses élèves, 1914) mêle soufisme, gnosticisme et christianisme orthodoxe, commence à diffuser son enseignement à Paris en 1922. Il est épaulé par Ouspensky déjà auteur d’un Tertium Organum (1911). La même année, Karl Brandler-Pracht publie dans le sillage d’Allan Leo Astrologische Kollektion zum Selbststudium et Paul Case fonde dans le sillage de la Golden Dawn, les Builders of the Adytum à Los Angeles. Fulcanelli écrit son Le mystère des cathédrales en 1926 redonnant à l’aide de son disciple Canseliet (Alchimie, 1964), une impulsion à une alchimie moribonde qui trouve encore des adeptes, le plus souvent néo-paracelciens comme Von Bernus (Alchymie und Heilkunst, 1948) ou Albert Riedel (Le Manuel de l’alchimiste, 1960) qui fondent des groupes d’études malgré la tendance naturelle de l’alchimie à se pratiquer en solitaire.

Alexandra David-Néel publie également durant cette période (Mystiques et magiciens du Tibet, 1929) et Paul Lecour, fondateur de l’Association Atlantis, parle d’ère du verseau in L’Ere du verseau (1930). Sa pensée créera des émules comme Barbarin avec ses Destins occultes de l’humanité (1946). Dion Fortune, émule de l’Aube dorée et fondatrice de la Society of Inner light, écrit sur la kabbale dans sa Qabale mystique en 1935 et le martiniste Chauvet son Ésotérisme de la Genèse (1946) suivant Olivet. Le bulgare à l’influence bogomile Deunov, fondateur de la Fraternité Blanche désigne en 1946 son élève Aïvanhov pour propager son enseignement en France.

► Le reste du monde voit également plusieurs figures émerger. La Russie se voit gratifiée de plusieurs théosophes, dans le sillage de Soloviev, notamment les sophiologues Florensky (La Colonne et le fondement de la vérité, 1914) et Boulgakov (La Sagesse de Dieu, 1937). Cette sophiologie influencera Palamidessi pour son Association archéosophique fondée Loto+Croce en 1348 à Turin. Toujours en Russie, Berdiaev, influencé par Böhme et Baader et adversaire du théosophisme est plus franchement théosophe avec Le Sens de la création en 1955. En Amérique centrale et du sud enfin, on voit fleurir des organisations aux préoccupations éclectiques. Ainsi, les figures de La Ferrière et sa Grande Fraternité universelle, l’argentin Livraga et sa Nouvelle Acropole ou encore le colombien Samael Aun Weor (Le mariage parfait, 1961) et son Mouvement Gnostique.

Seconde moitié du siècle, 1951 1995


► Durant la seconde partie du XX, le revivalisme de religions anciennes qui prend racine dans les maçonneries thématiques du siècle passé prend un essor populaire ; de même, s’élabore une spiritualité individualiste, dont la caractéristique est de constituer sa propre doctrine. De ces mentalités, on peut néanmoins tirer un corps de doctrine commun qui prend sa source dans la Société Théosophique, les sociétés initiatiques de l’Angleterre victorienne et édouardienne et un néopaganisme proche de la naturphilosophie.

La Wicca d’une part, est fondée par Gardner en 1951 par la publication de Witchcraft Today. Le New-age, mêlant millénarisme utopique, spiritisme doctrinal et développement personnel, suit peu après et trouve ses racines dans l’Institut Esalen (1962) et la Fondation Findhorn (1962), les écrits de Roberts (The Seth Material, 1970) (Mentionnons tout de même les Dialogues avec l’ange de Mallasz censés avoir été captés en 1943) et l’astrologie transpersonnelle de Rudhyar (The Practice of Astrology, 1970). Ces deux courants se combinent aisément avec le mouvement hippie et l’intérêt pour les psychotropes que les écrits tout aussi suspects qu’inspirés de Castaneda illustrent bien, mais également avec l’ufologie, qui naît avec Carl Sagan et le Projet Livre Bleu (1966), marquant alors l’approche ufologique de l’ésotérisme en particulier.

► La fin du siècle voit paraître quelques ouvrages d’intérêt au niveau de l’ésotérisme traditionnel : influencé par Gurdjieff, Mouravieff produit un ésotérisme chrétien orthodoxe abouti avec Gnôsis en 1961 et Barbault met à disposition son Traité pratique d’astrologie la même année, Abellio publie sa Structure absolue en 1965, et Tomberg ses Méditations sur les 22 arcanes majeurs du Tarot en 1980 qui est l’aboutissement d’une littérature depuis Levi, combinant le Tarot aux autres sciences traditionnelles afin d’en tirer une gnose.

Les sciences physiques et biologiques de leur coté, profitant de l’évolution de l’épistémologie et bien que restant descriptives, sortent de plus en plus clairement de l’impasse scientiste. Puisque tendant à proposer des modèles holistiques, elles suggèrent par conséquent du sens voir des gnoses comme ont pu le faire les philosophies de la nature. La physique quantique par exemple, ouvre de nouvelles perspectives où les conclusions et spéculations actuelles recroisent les données les plus traditionnelles, on voit ce courant de pensée dans La Gnose de Princeton (1947) de Raymond Ruyer, le principe anthropique fort proposé par Brandon Carter (Coïcidences des grands nombres, 1974), Le Tao de la physique (1975) de Fritjof Capra ou L’Esprit cet inconnu (1977) de Jean Charon ; des considérations d’ordre biologique ou psychologies entrent enfin en compte dans les ouvrages comme l’Âme de la nature (1991) de Rupert Sheldrake ou Le principe de Lucifer (1995) d’Howard Bloom qui développent avec des outils scientifiques, des considérations relatives à l’âme du monde.

Dans les médias contemporains, 1910 1999


► Notons enfin, l’apparition de plusieurs médias qui utilisent de façon plus ou moins directe et parcimonieuse, les éléments présents dans les mythes et légendes en général et dans l’ésotérisme en particulier.

► Le cinéma tout d’abord, use fréquemment à cette fin des genres du fantastique et de la science-fiction ainsi que d’une mise en scène donnant mettant en avant le symbolisme. On trouve des films qui adapte des œuvres du passé comme L’Enfer de Bertolini et Padovan en 1910 ou qui s’en inspire, comme Le Golem de Wegener et Boese en 1920. D’autres se veulent plus originaux comme Métropolis de Lang en 1927 ou Le Septième sceau de Bergman en 1957 ou bien approchent le documentaire tel Häxan de Christensen en 1919 ou l’anti-maçonnique Forces occultes de Jean Mamy qui fut scénarisé par Marquès-Rivière. Durant la sm.XX, d’autres réalisateurs, comme Kubrick (2001 Lien vers le site, 1968), Jodorowsky (El Topo Lien vers le site, 1970), Brook (Rencontres avec des hommes remarquables, 1976), Alain Fleischer (Zoo Zéro, 1979), Aronofsky (Pi Lien vers le site, 1998) ou Érik Bullot (Les noces chymiques, 1999) intéressent l’ésotérisme. Notons enfin, que des films comme La Guerre des étoiles Lien vers le site (1977) de Lucas, Excalibur Lien vers le site (1983) de Boorman, L’Histoire sans fin Lien vers le site (1984) de Peterson, Highlander Lien vers le site (1986) de Mulcahy, La Neuvième Porte Lien vers le site (1999) de Polanski ou encore Matrix Lien vers le site (1999) des Wachowski, illustrent l’ésotérisme porté au rang de divertissement grand public, ésotérisme dont on retrouve par ailleurs des éléments épars dans plusieurs œuvres du fantastique ou dans les films d’arts-martiaux asiatiques.

► La bande dessinée cultive également dans certaines œuvres, un lien plus ou moins étroit avec des notions relatives à l’ésotérisme. Notablement, les séries de L’Incal Lien vers le site de Jodorowsky qui reprend des notions d’alchimie, Les Aventures de Tintin Lien vers le site de Hergé et les comics dans l’univers de Picsou de Don Rosa qui reprennent des éléments maçonniques ou encore l’univers des comics Marvel ou le manga, Berserk Lien vers le site (1989) de Kentarō Miura qui tout deux, s’inspirent de données relatives à l’ésotérisme et l’occultisme.

► On trouve ensuite des éléments d’ésotérisme dans les jeux de société contemporains, qui se sont exprimés via l’influence de Howard et Tolkien dans les jeux de guerre afin d’aboutir aux jeux de rôles sur table. Cette branche de jeux de plateau débute avec Chainmail (1971) Lien vers le site de Gary Gygax et Jeff Perren puis Donjons et Dragons (1974) Lien vers le site de Gygax et Dave Arneson qui pose les bases du genre consistant à incarner un personnage dans un univers fantasy et à lui faire vivre divers aventures. Le supplément Manuel des Plans Lien vers le site (1987) donnera lieu à l’extension de la seconde édition de D&D, Planescape (1994) Lien vers le site dont le ressort principal est de se déplacer dans divers mondes subtils qui reprennent les cosmographies et les entités des différentes religions de l’histoire Humaine. Ces mondes existent au travers d’une métaphysique et sont interconnectés entre-eux ainsi qu’aux personnages par le biais d’une physique dont les lois sont largement inspirées du néo-occultisme. Ces jeux de rôles sur table ont donné lieu à un nombre considérable de déclinaisons et la fantasy s’est rapidement diffusée dans les autres médias comme la littérature (Cycle des Princes d’Ambre (Corwin) Lien vers le site de Roger Zelazny, 1970), la bande dessinée (Chroniques de la Lune noire Lien vers le site de François Froideval, 1989) et le jeu vidéo (Ultima Lien vers le site de Richard Garriott, 1981) à la f.XX.

► Enfin, bien que tout les styles de musique peuvent receler des groupes dont les paroles ou les compositions peuvent avoir un rapport plus ou moins proche avec les sujets qui nous occupent, la musique metal possède un fond culturel privilégié qui la rapproche particulièrement des mouvances autour de l’occultisme et parfois de l’ésotérisme. Le groupe considéré comme fondateur de ce sous-genre de hard rock, Black Sabbath Lien vers le site, produit déjà en 1970 dans son premier album homonyme — et dans un but artistique, subversif et non-militant — des textes relatifs à l’occultisme satanique. Le metal se diversifie par la suite en plusieurs sous-genres dont certains cultivent plus particulièrement cette affiliation mais chacun à leur manière. Certains groupes reprennent ainsi l’esthétique ou la culture relative à la mythologie et au fantastique, au mysticisme ou à la spiritualité en général, voir à la philosophie et à la métaphysique, quant ils ne sont pas engagés dans un néopaganisme, satanisme ou christianisme plus ou moins militant. À titre d’exemple parmi des formations encore actives, populaires et entrant dans les impératifs chronologiques de cette encyclopédie, citons notablement : les groupes de black industriel Samael Lien vers le site (Passage, 1996), de power melodic Stratovarius Lien vers le site (Visions, 1997), de symphonic death Therion Lien vers le site (Vovin, 1998) ou encore de power symphonic Nightwish Lien vers le site (Oceanborn, 1998).

🕮

Études universitaires

1931 1999


► Durant le XX et grâce aux efforts parfois timides sinon prudents, d’érudits aussi curieux que courageux ainsi que d’ésotéristes cultivés, on constate une recrudescence des études universitaires autour de l’anthropologie religieuse et plus spécifiquement celles concernant la mystique et l’ésotérisme.

► Contrairement aux siècles passés où la pensée ésotérique était parfois confinée jusque dans la clandestinité et en regard du fait qu’à partir de la f.XIX on voit apparaître peu de bons ésotéristes mais plusieurs bons ésotérologues, il n’est désormais plus rare qu’au XXI, le public intéressé par ces sujets consulte, en complément d’ouvrages dédiés, des travaux d’anthropologues et d’historiens, de philosophes et de littérateurs qui abordent l’ésotérisme et la mystique au prisme de leur spécialité et avec une approche bienveillante favorisant l’objectivité intellectuelle.

Suite

► Le développement des recherches universitaires prend appui sur les études érudites du siècle précédent, non seulement sur le folklore et l’orient, mais aussi sur des essais plus spécifiques désormais classiques comme La Kabbale (1843) de Franck, L’Alchimie et les Alchimistes (1854) et l’Histoire du merveilleux (1859) de Figuier, La magie et l’astrologie (1860) de Maury. On trouve également des recollections, soit de manuscrits comme celle de Berthelot avec son Collection des anciens alchimistes grecs (1887) ou bien archéologiques par le biais des fouilles comme celles de Lenormand à Éleusis. Des traductions enfin, avec notablement la revue La Haute science (1893) suivie de la collection Bibliothèque de la Haute Science chez Bailly et sa Librairie de l’art indépendant où publient de nombreux intellectuels. Frazer avec son Rameau d’Or (1885) inaugure pour sa part la recherche scientifique sur la magie. Cette branche de références concernant les recherches universitaires dans le domaine de l’ésotérisme peut être remonté jusque Untersuchungen über Astrologie, Alchimie und Magic (1813) de Karl Windischmann.

↪ Ces recherches trouvent par la suite une source dans la poussée entreprise par des personnalités comme Steiner, Aurobindo (Synthèse des Yoga, 1914) ou les travaux de Jung (Psychologie et alchimie, 1936), dont la bibliothèque se révélera postérieurement une source importante du point de vu bibliographique ; il en va de même pour Manly Hall (The Secret Teachings of All Ages, 1928). En sus, les travaux conjugués des pérennialistes, initiés par Guénon (Le Symbolisme de la croix, 1931), qui amorcent une démarche autant savante que mystique, concourent également à créer une dynamique analytique et intellectuelle autour de l’ésotérisme. Les personnalités les plus importantes de ce courant sont Evola (La tradition hermétique, 1931), Coomaraswamy (Hindouisme et Bouddhisme, 1943), Chevillon (La Tradition universelle, 1946) et Schuon (De l’unité transcendante des religions, 1948).

↪ Enfin, les découvertes et déductions de l’archéologie permettent de produire des spéculations plus précises quant au mode de vie et à la pensée des civilisations anciennes. Pour n’évoquer que l’aspect philologique de ces découvertes mentionnons en effet la réunion du corpus des Papyri Graecae Magicae dès le XVIII, l’étude des archives de la Guéniza du Vieux-Caire débutée par Solomon Schechter en 1896, la découverte des manuscrits d’Oxyrhynque en 1897, de Dunhuang en 1900 et enfin de Nag-hammadi 1945. Relevons enfin la constitution en 1957 de la Librairie Ritman au Pays-Bas, qui possède la plus grande collection d’originaux ésotériques au monde.

► Différents auteurs se distinguent dans ces recherches à caractère universitaire : notablement Viatte (Les Sources occultes du romantisme, 1928), Festugière (La Révélation d’Hermès Trismégiste, 1944), Scholem (Les Grands Courants de la mystique juive, 1950) et Yates (Giordano Bruno et la tradition hermétique, 1964) pour les études spécialisées mais fondamentales, Durand (Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, 1960), Eliade (Histoire des croyances et des idées religieuses, 1967) et Corbin (En islam iranien, 1974), pour les formulations théoriques (comme chez Corbin le mundus imaginalis), puis enfin Thorndike (History of magic, 1933) et Riffard (L’Ésotérisme, 1990) pour une rétrospective synthétique.

En France, ce climat favorise d’abord via Alexandre Koyré (Mystiques, spirituels, alchimistes du XVIe siècle allemand, 1955) la création de la chaire "Histoire des idées religieuses dans l’Europe moderne" (1931) à l’École pratique des hautes études. Elle devient "Histoire de l’ésotérisme chrétien" (1964) par François Secret (Les Kabbalistes chrétiens de la Renaissance, 1964), puis devient encore en 1979 avec Antoine Faivre (Accès de l’ésotérisme occidental, 1986) "Histoire des courants ésotériques et mystiques dans l’Europe moderne et contemporaine".

► Pour terminer, précédé par plusieurs revues comme les Eranos-Jahrbuch (1933) de Fröbe-Kapteyn, The Hermetic Journal (1978) de Adam Mac Lean ou encore Politica Hermetica (1987) de Jean-Pierre Brach, apparaît dans différents pays des organisations dédiées à l’étude de l’ésotérisme. Mentionnons notablement aux États-Unis l’Hermetic Academy crée par Robert McDermott en 1980 et la Societas Magica crée en 1994, ou bien encore au niveau européen la Société européenne pour l’étude de l’ésotérisme occidental fondée en 2005 notamment grâce à Antoine Faivre et Wouter Hanegraaff et qui s’exprime via la revue Aries (1985).

► Avec les problématiques qui l’accompagnent mais avec aussi, les progrès que les sciences et la technologie ont accompli, il apparaît ainsi que le XXI, favorise l’ouverture vers une dynamique d’inventaire et de synthèses ainsi que d’interprétations et de compréhension. Cette dynamique favorisant en dernière analyse, une meilleure communication dans et à partir de la spiritualité humaine qui devrait aboutir à de nouvelles formes d’ésotérismes.